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n° 23206Fiche technique54102 caractères54102
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Temps de lecture estimé : 38 mn
20/07/25
Présentation:  Texte écrit en réponse à un défi lancé par Pattie : « une enquête policière à la plage, en pleine canicule, avec une licorne dedans…
Résumé:  Où désir et vérité s’entrelacent jusqu’à l’étouffement.
Critères:  #psychologie #drame #érotisme #policier #rencontre #regret #confession #personnages #libertinage #lesbienne #domination #voyeur #exhibitionniste #vidéox #lieudeloisir #lieupublic
Auteur : L'artiste  (L’artiste)      Envoi mini-message
Pas de culotte sous les aveux

Chapitre 1 – Sable chaud, corps froid



Le soleil n’était toujours pas levé, mais la chaleur avait déjà commencé à ramper sur les dunes. À cette heure-là, seuls les joggeurs les plus motivés ou les fêtards les plus égarés hantaient encore les abords de la plage naturiste de l’Espiguette. C’est justement l’un de ces corps en mouvement qui s’arrêta net au sommet d’un monticule sablonneux.


Camille, quadra en lycra fluo, fut d’abord frappée par la tache vive d’une bouée géante en forme de licorne, renversée sur le flanc comme un animal mort. À côté, ce qui ressemblait à un amas de tissus prit forme humaine à mesure que ses yeux s’habituaient à la pénombre dorée.


Un pied dépassait, nu, recouvert de sable. Plus loin, un sein. Tendu, haut, presque irréel dans cette lumière d’aube. Le reste du corps semblait partiellement enterré, comme si quelqu’un avait tenté de le dissimuler à la hâte.


Camille ne cria pas. Elle recula lentement, décrocha son téléphone de sa brassière en respirant court.


*


Quand la capitaine Charlie Vernet arriva sur les lieux, le soleil s’était imposé au ciel. Elle descendit du 4x4 banalisé avec la lenteur d’une femme qui ne voulait pas froisser sa robe d’interrogatoire : un lin beige, fendu sur la cuisse, assez chic pour le commissariat, assez sexy pour faire parler les témoins. Une paire de lunettes noires masquait son regard encore collé par une nuit difficile.


Elle s’agenouilla à côté du corps et se figea, comme si elle avait vu un fantôme. La peau de la victime était blanche, striée de traces rouges. Certaines griffures nettes, d’autres floues. La bouche était entrouverte. Une odeur salée, métallique, de sang, de sueur, de sable chaud. Elle tendit la main vers la cheville. Un collier en perles cassé était mêlé à une mèche de cheveux blonds. Plus loin, un préservatif vide, gonflé comme une méduse échouée.



Le lieutenant Morales, fraîchement nommé, s’approcha en transpirant à grosses gouttes. Il évitait soigneusement de regarder le sein exposé.



Elle essuya machinalement ses genoux et observa les dunes, les cabanes en contrebas, les premières silhouettes qui s’agitaient au loin. Elle nota les traces de pas : fines, désordonnées, pas très profondes. Quelqu’un était revenu, ou avait hésité. Elle inspecta la bouée : un œil était crevé, la corne était penchée.


Charlie alluma une cigarette.



La buvette en question n’avait pas encore ouvert, mais quelqu’un y faisait déjà sonner des glaçons.


*


Sous le store battant de la « Licorne Enragée », l’ombre offrait un léger répit. La lumière filtrait à travers des persiennes poussiéreuses, zébrant le comptoir de lignes pâles. À l’intérieur, une femme en débardeur noir, cheveux attachés à la va-vite, dos nu bronzé à la perfection, plaçait des bouteilles dans des bacs à glaçons. Pieds nus. Vernis corail. Des chevilles fines. Une sensualité nonchalante, animale.



La voix était grave, voilée, légèrement rauque.



Capitaine Vernet sourit, amusée malgré elle. La barmaid sortit deux tasses. Bon début.



La barmaid haussa une épaule nue.



Charlie gribouilla un mot sur son carnet.



Charlie but une gorgée. Le café était trop chaud, trop noir. Parfait.



Charlie sourit franchement. Puis, plus bas :



Léa s’accouda au bar, lentement. Elle regardait la flic avec un mélange de curiosité et de défi. Pas le genre à se laisser impressionner par une plaque en cuir ou une robe fendue.



Sur le seuil, Charlie se retourna une dernière fois. Léa essuyait déjà un verre. Un frisson d’excitation se glissa sous la peau moite.


Pas lié au crime, cette fois.


Ou peut-être que si.




Chapitre 2 – Fêtes, fantasmes et fausses pistes



Le poste de police temporaire, installé dans un bungalow blanc près du parking sauvage, sentait la crème solaire et le papier moisi. Une brise tiède faisait claquer les stores vénitiens, et chaque clac semblait vouloir masquer l’odeur d’un crime pas encore digéré.


Charlie Vernet feuilletait les premières photos du médecin légiste. Contusions récentes. Griffures sur les fesses et l’intérieur des cuisses. Présence de lubrifiants variés. Sperme détecté. Le préservatif retrouvé à côté du corps était vierge, utilisé comme leurre, ou déposé après coup. Mise en scène.


Elle reposa les clichés, s’étira, passa une main sur sa nuque.



Morales esquissa une grimace. Charlie se leva.



*


L’adresse indiquée la menait à un camping, à l’écart du tumulte. Une pancarte flanquée d’un cheval scintillant marquait l’entrée : Club Licorne – Liberté, sensualité, discrétion.


Une tente blanche accueillait les visiteurs. Dedans, un homme d’une cinquantaine d’années, torse nu, sirotait un smoothie vert. Il leva un sourcil appréciateur quand Charlie apparut.



Il sourit.



Charlie s’assit, jambes croisées, carnet sorti.



François se pencha, complice :



Charlie gribouilla sans relever.



Elle se leva.



Charlie ressortit en silence. Les jeux de nuit sont faits pour ne pas survivre à l’aube. Mais parfois, un détail surnage.


Et ce détail, c’était peut-être ce Kevin.


*


Le « Kevin » en question avait le regard fuyant d’un ado surpris à se masturber dans les vestiaires. Vingt-trois ans, t-shirt mouillé, barbe fine, l’air mal lavé et nerveux comme un lapin sous stroboscope. Charlie l’avait fait asseoir dans l’arrière-salle d’un snack attenant au camping. Une table bancale, un néon blafard, et l’odeur persistante de frites froides.



Kevin rougit. Il suait des tempes. Charlie en profita.



Il se pinça les lèvres. Elle s’approcha, posément, et s’assit à côté de lui. Juste assez près pour qu’il sente son parfum – un mélange de lin chaud et de peau salée.



Il déglutit.



Et il reprit, plus bas :



Charlie se figea.



Il n’inventait pas. Ou alors, il mentait avec talent, ce qui revenait au même.


*


Plus tard, dans la pénombre de sa chambre d’hôtel, Charlie enleva sa robe avec un soupir long. Le tissu humide de sueur glissa contre sa peau comme une langue lasse. Elle jeta son carnet sur le lit, se dirigea nue vers la salle de bain.


Sous la douche, elle se laissa envahir par le bruit blanc de l’eau sur la faïence. Le filet chaud dévalait ses épaules, coulait entre ses seins, s’attardait sur son ventre tendu. Elle ferma les yeux. Le souvenir d’un rire dans la nuit. D’une bouche ouverte sur un cri de jouissance ou de douleur. Le regard de Léa, intense et amusé. Les mains nerveuses de Kevin. Les corps qui glissent, qui se frottent, qui s’effacent.


Ses propres doigts descendirent, presque malgré elle, explorant les courbes familières avec une lenteur méthodique. Ce n’était pas vraiment du plaisir. C’était… une mise à jour du système. Juste assez pour se détendre. Pas assez pour oublier.


Le téléphone vibra sur la table de nuit, Charlie sortit de la salle de bain enroulée dans une serviette. Message de Morales :


Le rapport d’autopsie vient de tomber. Lésions internes. Rapport sexuel violent. Strangulation probable, mais pas exclusive. Une contusion occipitale pourrait aussi avoir contribué à l’arrêt respiratoire. Il est difficile de trancher sans plus d’éléments. Et… un détail : des fibres synthétiques multicolores retrouvées dans sa culotte. Probablement arrachées à la crinière de la bouée licorne.


Charlie soupira.


La bête avait encore des choses à dire.




Chapitre 3 – L’éclat sous la peau



Le jour s’était retiré, la chaleur, elle, restait, tapie entre les grains de sable, dans les tissus, sur la peau. Charlie roulait fenêtre ouverte, une main sur le volant, l’autre sur sa cuisse nue. Le rapport d’autopsie, toujours posé à côté d’elle, bruissait à chaque virage. Strangulation. Traces de latex. Fibres plastiques multicolores – la bouée licorne se confirmait comme pièce centrale.


Elle retrouva Morales devant le food truck « Chez Tonton Kiki », une institution de la plage. Franky était adossé à la bâche, les bras croisés sur un torse aussi musclé qu’huilé. Il mâchait un cure-dent avec l’arrogance paresseuse des types qui pensent que leur bite est un argument valable.



Charlie s’avança, le carnet bien visible, la robe encore plus.



Il la regarda des pieds à la tête, sans détour. Elle laissa faire. Parfois, il faut nourrir la bête pour qu’elle parle.



Il plissa les yeux, puis hocha lentement la tête.



Charlie haussa un sourcil. Il se croyait drôle. Mais il parlait trop vite, trop librement.



Il la fixa, amusé.



Il hésita un instant, puis sourit.



Charlie soupira.



Elle le fixa. Longuement. C’était peut-être vrai. Ou bien il jouait très bien le salaud désinvolte.



Il sourit, carnassier.



*


La nuit tombait vraiment, maintenant. Charlie prit la direction de la « Licorne Enragée ». Léa était là. Pieds nus, toujours. Les cheveux défaits.



Léa ne répondit pas. Elle servit de l’eau, glacée, avec une rondelle de citron. Leurs mains se frôlèrent. Pas par erreur.



Charlie sourit et s’approcha un peu. Assez pour sentir l’odeur du savon de Léa, un mélange de pin et de vanille. Le bar était presque vide. Juste deux ombres, des habitués trop ivres pour capter ce qui se tramait dans la lumière tamisée. La flic posa les coudes sur le comptoir.



Léa hésita. Puis secoua lentement la tête.



Elle s’éloigna du comptoir.



L’arrière-boutique sentait le rhum, le vieux bois et le sexe à venir. Charlie n’attendit pas qu’on l’invite davantage. Elle referma la porte, appuya Léa contre le mur sans brutalité, mais avec une urgence très claire. Leurs bouches se cherchèrent, se dévorèrent.


Le goût de la menthe. De la chaleur. Des soupirs.


Les mains de Charlie glissèrent sous le débardeur, trouvèrent la peau lisse, le galbe des seins sans soutien-gorge. Léa se cambra, mordit la lèvre de sa partenaire.


Charlie descendit à genoux, lentement. Un doigt traça un chemin précis, sensuel, le long du ventre de Léa jusqu’à sa culotte, déjà humide. Elle la retira du bout des dents, et goûta la jeune serveuse qui bascula la tête en arrière en jurant doucement. Jeux de bouches. Langue contre chair.



Et elle jouit contre le mur, en silence, les yeux fermés.


*


Un peu plus tard, dans la chaleur rendue au calme, Léa souffla, étendue sur le canapé :



Charlie se redressa. La sueur coulait le long de son dos.



Elle toucha son omoplate. Charlie se figea. Le même tatouage que Franky avait décrit.



Elle s’habilla en silence, lentement. Ses gestes étaient précis, mais son regard était déjà ailleurs. L’enquête venait de changer de rythme, et elle était prête à galoper.




Chapitre 4 – L’œil de la licorne



Le soleil tapait dur sur le capot de la 4L jaune du service technique. Morales en extirpa un sac plastique. Une corne dépassait, tordue.



Charlie haussa un sourcil en jetant un œil par-dessus ses lunettes.



Il tendit une petite caméra d’action, recouverte de sable. Le genre qu’on fixe à un harnais pour filmer sans les mains.


Charlie la prit avec précaution.



*


Plus tard, dans une salle sombre du poste de police, l’image s’anima.


La fête. La musique. Les rires. Le sable qui vibre sous les basses, les corps qui s’agitent dans une lumière mauve. Charlie reconnut la bouée, et dessus : Sandrine. Nue. Vivante. Radieuse. Autour d’elle, deux hommes, une femme. Tous à demi déshabillés. L’un – tatouage à l’omoplate – s’approche, l’embrasse à pleine bouche.


La caméra trembla, puis s’immobilisa. L’image était floue, mais le son, lui, était limpide. Un cri. Bref. Étouffé. Coupé net.



Le technicien obéit. Une phrase retentit : « Lâche-moi, putain ! » Puis plus rien. La caméra s’éteignit. Le tatoué n’était pas Franky. Trop mince.



*


Elle ressortit dans la lumière de fin d’après-midi. La chaleur était devenue collante, vicieuse. Elle pensa à Léa, au souffle court de la veille, et à cet inconnu qui avait cru pouvoir « dresser » Sandrine.


La plage de l’Espiguette n’était plus qu’un cirque moite, peuplé de créatures aux masques fondus. Une phrase lui revint, lancée par Léa, ou Sandrine, ou elle-même – elle ne savait plus :


« Les licornes ne sont pas faites pour être montées. Elles te jettent à terre si tu tires trop fort sur la bride. »


Un appel. C’était Dupleix.



Mais au moment où elle raccrocha, un autre message s’afficha sur son écran. Un numéro inconnu. Un partage de position, et une phrase :


Tu veux savoir ce qui s’est vraiment passé ? Viens seule. Je t’attends


Charlie soupira.


*


Elle y alla seule, armée, téléphone coupé. La cabane était un squelette noirci entre deux dunes. Un ancien snack brûlé, devenu repaire pour âmes troublées. Une silhouette l’attendait. Nue sous un kimono. Dos tourné. Immobile.


Charlie s’approcha. Le cœur serré.



Silence. Alors, elle avança encore, et cette fois, une voix s’éleva. Douce.



Jeune. Corps souple. Tatouage discret sous le sein gauche.



La femme tendit la main, glissa ses doigts contre la joue de Charlie, et descendit le long du cou, jusqu’à l’épaule.



Sa poitrine fut caressée. Un murmure sur la peau. Elle laissa échapper un soupir. Le contact, la mémoire, le fantasme. Sandrine, Léa, toutes… Et cette inconnue, qui parlait en énigmes, mais touchait avec une tendresse désarmante.


Un baiser. Puis deux. Un téton pris entre des lèvres. Une expiration. Puis un feu. Charlie l’attrapa, brutalement, la plaqua contre le mur calciné. Sa bouche dévora, ses mains fouillèrent. La douceur avait cédé. Place au besoin. Elles s’aimèrent – allongées dans la poussière chaude, doigts imbriqués, hanches offertes – avec l’intensité de celles qui savent qu’il n’y aura pas de seconde fois.


Et dans le silence revenu, la femme souffla :



Charlie se redressa, à demi nue, les cuisses couvertes de sable.



Une hésitation, puis :



Et elle disparut dans la nuit comme un mirage.


Charlie resta un moment, les jambes repliées sous elle, le souffle court. Elle n’était plus sûre de ce qu’elle traquait. Le désir ou la vérité ?


Peut-être les deux.




Chapitre 5 – Le cavalier sans bride



Le matin s’était levé sans fraîcheur. La moiteur collait partout sur l’Espiguette. Charlie, lunettes noires vissées au visage, attaquait son deuxième café sur la terrasse du commissariat temporaire. Morales, en nage, la rejoignit : classeur sous le bras, sandwich qui suintait dans le papier.



Charlie hocha la tête, sans surprise.



Charlie se leva. Son corps protestait, un peu. Pas d’avoir baisé. D’avoir trop peu dormi.



Ils le trouvèrent en train d’étendre un drap entre deux pins. Torse nu. Pantalon militaire coupé au genou. Crâne rasé. Yeux verts trop clair – un faisceau, pas un regard.



L’homme tourna la tête, lentement. Il ne sembla pas surpris.



Charlie s’approcha, carnet en main, posture droite.



Morales nota cette phrase. Charlie, elle, fixa son regard sur l’omoplate gauche de l’homme. Le tatouage. Un sigil stylisé. Propre, net, pas encore fané.



Il parlait calmement, trop.



Il pencha la tête, comme s’il pesait la question, puis :



Charlie sentit une tension s’infiltrer sous sa peau.



Il sourit, presque tendrement.



Charlie recula. Pas d’arrestation. Pas d’oubli.


*


Dans la voiture, Morales grogna :



Elle ouvrit la fenêtre. L’air chaud entra comme un désir mal maîtrisé.


*


Le soir, Charlie se fit déposer près de la buvette par Morales, prétextant un besoin « d’étude terrain ». Morales haussa un sourcil, puis acquiesça.


Léa était là, comme toujours. Robe longue et fendue. Décolleté plongeant, pas de soutien-gorge. Pieds nus, évidemment.



Charlie ne répondit pas et observa les clients, l’ambiance douce, la lumière qui glissait sur les verres.


Puis elle dit, très bas :



Léa se raidit légèrement.



Charlie la fixa un instant avant de répondre, presque bravache :



*


Elle retourna le retrouver sur la plage, là où la dune se courbe vers la mer, entre ombre et lumière.



Elle s’approcha assez pour que leurs haleines se croisent.



Gabriel la fixa. Immobile.



Le silence qui succéda n’était pas une hésitation, mais un aveu.


Gabriel leva la main. Il la frôla d’un doigt, et dessina une ligne dans l’air, de sa clavicule à sa hanche. Charlie resta stoïque, mais à l’intérieur, tout basculait.



Il avança un peu. Son souffle effleura la joue de Charlie. Elle ferma les yeux une seconde – deux – puis recula lentement. Comme on quitte une falaise qu’on brûle d’escalader.


Sur le chemin du retour, elle ne savait plus si elle avait fui… ou gagné du temps. Mais une chose était claire : Gabriel Dorne n’était pas un coupable comme les autres. C’était un désir déguisé en alibi, et Charlie n’avait pas fini d’en payer le prix.




Chapitre 6 – Rendre gorge



Viens. Cette nuit. Seule. Sans arme. Sans culotte.


Charlie l’avait relu trois fois. Elle hésita, puis mit une robe noire. Courte. Fluide. Nue en dessous. Un soupçon de parfum. Et un couteau plat, coincé dans une couture.


« Sans arme ? Mon cul. »


Le lieu du rendez-vous n’était pas loin de la dune aux cerfs-volants, là où la plage s’élargissait en une zone interdite au public. Un ancien terrain militaire, dit-on. Il fallait marcher longtemps, les pieds nus dans le sable, la robe collée aux cuisses par la sueur.


Quand elle l’aperçut, il était torse nu, comme toujours. Dos à elle.



Il se retourna. Ses yeux, plus clairs dans la nuit, se posèrent sur elle et la détailla.



Elle ne répondit pas et s’approcha. Très près. Il attendait. Elle aussi. Puis, elle souffla :



Le regard de Gabriel changea. Une nuance plus sombre, plus affamée. Sa bouche trouva celle de Charlie avec une douceur brutale. Pas une attaque. Une prise. Ses mains frôlèrent ses hanches avant de découvrir la peau nue sous le tissu. Elle ne protesta pas. Mieux : elle écarta les jambes.


Ses doigts glissèrent entre ses lèvres. Mouillée. Déjà.



Il la plaqua contre un vieux tronc couché dans le sable, un bois lisse poli par les marées. Sa main sur sa gorge. Pas de pression. Juste la promesse.


Il se pencha. Sa langue descendit le long de sa clavicule, de ses seins, de son ventre, et il s’agenouilla. Il lécha. Aspira. Charlie se cambra. Un soupir, rauque. Il la bouffa comme on mange pour survivre. Lenteur d’abord. Puis frénésie. Elle était sur le point de jouir. Elle ne voulait pas. Pas déjà.


Elle le repoussa avec un soupçon de défi dans le regard. Il se redressa, ouvrit son pantalon. Il était aussi dur qu’une menace. Longuement, elle le suça, les yeux plantés dans les siens. Pas une soumise. Une maîtresse qui jouait l’innocence.


Puis elle dit :



Il la prit d’abord debout, une main sur sa hanche, l’autre derrière sa nuque. Elle sentit chaque millimètre la remplir.



Il cogna profond. Régulier, brutal. Ses seins ballottant à chaque poussée, Charlie haleta. Le sable collait à ses cuisses, à ses fesses, à sa bouche ouverte sur un cri qu’elle étouffait.


Puis elle se retourna, jambes écartées, dos cambré. Elle s’offrit sans réserve, regard jeté par-dessus l’épaule. Il rentra en elle d’un coup sec. Elle jura.



Il la tenait par les hanches et la pilonnait comme un manque. Comme si elle seule pouvait le faire respirer. Ses couilles claquaient contre sa peau, son souffle se faisait désordonné. Charlie perdit pied un instant, puis se redressa, bascula sur lui. Elle voulait le dominer à son tour. Le chevaucher. Ne plus être la licorne, désormais.


Elle s’empala avec une maîtrise presque cruelle. Elle se frotta, gémit à voix basse, animale, magnifique. Il l’attrapa par les seins, les serra, les mordilla. Elle rit, un rire cassé, et jouit sans un cri, secouée de spasmes extatiques.



Il la reprit. Partout. Jusqu’à ne plus savoir qui tenait qui. Profondément. Avec frénésie. Corps salés, poisseux, parfaits. Et enfin, il gicla dans un râle rauque, visage tordu de plaisir. Elle sentit la chaleur, le jet. Et elle sourit.



Il haleta, les yeux flous.



Il la regarda. Hésita. Charlie se pencha, l’embrassa langoureusement, puis se releva. Elle remit sa robe, les jambes encore tremblantes.



Elle repartit seule. Baisée. Lessivée. Enflammée. En paix nulle part.




Chapitre 7 – Ce qu’on retient sous la peau



Le soleil n’était pas haut, mais la lumière avait déjà ce tranchant de verre chauffé à blanc. Charlie gara sa voiture devant le bungalow du poste provisoire, le cœur encore battant plus bas que la ceinture. Elle n’avait pas dormi. Juste sombré, par vagues.


Morales l’attendait sur la terrasse, une tasse en main, les bras croisés.



Charlie retira ses lunettes et le fixa.



Il sortit une chemise cartonnée et la lui tendit. Elle l’ouvrit en silence. Une série de captures d’écran, noir et blanc, tirées de la vidéo en circulation. Moins nette que la GoPro, plus tremblée, filmée de loin. Mais suffisamment lisible pour qu’un détail saute aux yeux.



Un bracelet en cuir rouge, fin, tressé. Serré au poignet de Sandrine. Un bijou discret, mais bien visible. Puis une main dans le champ. Petite. De femme. Qui semble tirer violemment, comme pour l’arracher.


Image floue.


Charlie sentit une tension étrange s’installer dans son estomac. Ni peur ni colère. Une sorte d’inquiétude intime.



Dans sa mémoire, une image remonta. Léa. Le matin. Un instant fugace. Un objet en main. Elle le rangeait dans sa poche quand Charlie avait remis sa robe. Elle n’y avait pas prêté attention.


Jusqu’à maintenant.


Morales reprit :



Charlie referma le dossier, un tremblement discret lui remontant jusqu’aux doigts. Elle se massa la tempe, sans mot dire.


Le désir est une chose. Mais le doute, lui, ne jouit jamais.


*


Prétextant le besoin de rester seule pour réfléchir, Charlie s’était enfermée dans le bungalow. Elle avait verrouillé la porte et était restée là, immobile. Ses cernes. Sa bouche mordue. Les traces, invisibles, mais présentes, de la nuit précédente. L’odeur de Gabriel n’avait pas disparu. Pas tout à fait. Et une pensée s’installait. Collante. Insidieuse. « Et si ce n’était pas lui ? »


Elle se remémora Léa. Son sourire, parfois trop calme. Ses silences. Ce petit moment, presque rien : elle, assise nue sur le canapé, les cuisses croisées, un bracelet enroulé autour des doigts, qu’elle avait glissé dans la poche arrière de son short. Une habitude. Un réflexe.


Charlie se rappela aussi ses mots :


« Je filtre ce que je donne. Et à qui. »


Et si elle ne lui avait donné que ce qu’elle voulait qu’elle voie ? Et si le sexe n’avait été qu’un appât ?


Une émotion froide lui traversa le ventre. De la déception en suspens. Elle essaya de se souvenir. Les ongles de Léa. Clairs. Vernis transparent. Les mains. Petites. Habiles. Elle rouvrit les yeux. Sa propre image dans le miroir lui parut floue. Trop de contradictions sous la peau.


Elle voulait encore y croire, mais savait déjà qu’elle allait devoir vérifier.


*


Gabriel était assis en tailleur, torse nu, face à la mer. Le soleil tapait sur sa nuque comme un doigt accusateur, mais lui semblait en paix. Ou vidé.


Charlie arriva sans bruit. Il l’entendit quand même.



Il ne se retourna pas tout de suite.



Elle resta debout. La robe noire d’hier flottait autour de ses cuisses, marquée du sable de la veille. Il aurait pu s’imaginer qu’elle était venue pour recommencer.



Gabriel fixa l’horizon un instant, puis :



Charlie tressaillit. Marie. La voix douce. Le kimono. Ce contact chaud sous la lune… La main sur sa joue. Elle n’avait pas menti, pas tout révélé non plus.



Charlie s’accroupit. Plus près. Les yeux dans les yeux.



Un silence.



Gabriel ne sourit pas, ne réagit pas. Il répondit simplement :



Charlie ferma les yeux un instant. Elle sentait encore l’odeur du gin sur la peau de Léa, la douceur de ses lèvres, la précision de sa langue. Rien, dans leur nuit, n’avait dit « violence ». Tout avait hurlé « contrôle ».



Charlie se releva.


Elle avait désormais deux suspects et n’était pas plus avancée. Les deux lui avaient donné du plaisir. La vérité ne serait pas un verdict, mais un retour de flamme. Et ce feu-là, elle allait devoir s’en approcher. Tout près.


Trop près. Là où le cœur bat pour de mauvaises raisons.




Chapitre 8 – Les sabots dans le sable



Charlie poussa la porte battante d’un geste calme, presque las. Une fin d’après-midi suspendue, où même le vent semblait retenir son souffle.


Léa était penchée sur le comptoir, paume sous le menton, le dos dessinant une vague paresseuse. Une grâce nonchalante. Cette manière de ne pas paraître surprise – bien qu’elle le soit peut-être.



Charlie s’assit au bar. À angle oblique. Comme on se place dans une salle d’interrogatoire, quand on veut que les masques tombent d’eux-mêmes.



Charlie la fixa.



Léa leva les yeux. Enfin. Juste assez pour laisser voir une étincelle. Ou un piège.



Un cillement. Léger. Presque imperceptible.



Un silence.



Léa se pencha vers elle. Très près. Son souffle chaud, le citron sur sa langue, la menthe au bord de la voix.



Un sourire. Presque triste.



Charlie ne broncha pas.



Léa contourna le bar et s’approcha, très lentement.



Elle murmura à l’oreille de Charlie :



Charlie ne bougea pas. Son ventre, lui, se noua. Elle n’était plus sûre de rien. Ni de Léa ni d’elle-même.


Une cliente entra. L’instant se brisa. Léa repartit derrière le comptoir, comme si de rien n’était. La partie venait de commencer.


*


La cliente s’en alla aussi vite qu’elle était venue. Un soda, deux mots, puis le vent.


Charlie se leva, contourna le comptoir, et rejoignit Léa dans l’arrière-boutique sans demander la permission. La porte claqua. Un battement de cœur, puis plus rien.



La pièce était petite. Chaude. Une odeur de rhum, de citron, de sueur féminine, et cette tension qui collait aux murs comme une nappe de sel. Charlie s’approcha, fixa Léa, l’attrapa doucement par le poignet.



Léa ne broncha pas, mais son regard vacilla. À peine. Charlie n’attendit pas. Elle glissa ses doigts dans la poche arrière du short en jean. Elle sentit d’abord les coutures… puis un petit objet roulé, souple. Elle le sortit. Un bracelet. En cuir. Rouge. Chaud encore de sa peau.


Elle le sortit et le tendit devant elle.



Léa pencha la tête. Une mèche de cheveux tomba sur son visage.



Charlie inspira profondément.



Charlie rangea le bracelet dans sa poche. Léa s’approcha.



Un long silence. Les corps à deux centimètres l’un de l’autre. Puis, dans un souffle :



La capitaine n’eut pas le temps de réagir que Léa l’embrassa. Ni innocente ni coupable. Comme quelqu’un qui sait que le désir est plus fort que la vérité.


Et Charlie répondit.


Parce que c’était plus facile, pour une seconde, que d’avoir raison.




Chapitre 9 – Ceux qui savent trop bien jouir



Charlie n’était pas rentrée au bungalow. Elle avait marché longtemps, un picotement entre les cuisses. Pas à cause de Léa. Pas seulement. Elle s’était encore embrassée, mais cette fois, c’était plus grave. Parce qu’il n’y avait pas de plaisir immédiat, pas de corps qui s’ouvrent, mais du pouvoir. Léa avait gagné quelque chose. Mais quoi ?


Mille questions s’entrechoquaient. Que poursuivait-elle ? Un assassin ? Un fantasme ? Ou une femme capable de prendre son cœur entre deux doigts et de le presser comme un citron sur un cocktail d’été ?


Elle se réfugia dans la cabane carbonisée entre les dunes. Celle où elle avait rencontré Marie. Le sable chaud lui brûla la peau. Elle laissa faire.


Puis, lentement, elle ferma les yeux.


Et le souvenir revint.


Sandrine.


Une nuit trouble, il y a des mois. Pas ici. À Montpellier. Une rencontre furtive, dans un bar à thème. Charlie n’avait jamais trop parlé de cette soirée.


Une table basse. Des regards. Un défi. Et puis un canapé, dans l’arrière-salle.


Sandrine, nue sous une chemise blanche, le tatouage tribal sur la hanche gauche. Elle avait ri quand Charlie lui avait dit qu’elle était flic.


  • — T’as le droit de me fouiller… avait-elle soufflé, en écartant les jambes.

Elle l’avait prise, avec deux doigts, puis trois. La bouche sur un sein. Sandrine s’était cambrée, offerte. Pas un cri. Juste un sourire muet. Elle l’avait fait jouir. Deux fois. Puis l’avait laissée, sans rien promettre, hormis un frisson.


Ce souvenir revenait. Même scène. Autre goût. Charlie rouvrit les yeux. Le sable brûlait toujours.


Elle en connaissait trop.


Et trop bien.


*


Quand Charlie revint, Morales l’attendait dans la voiture. Il ouvrit la portière sans un mot. Elle s’y glissa, attacha sa ceinture, encore pieds nus. L’odeur de la mer séchée collait à sa peau.



Charlie se redressa, attentive.



La vidéo tremblait, en noir et blanc. Horodatée : 3 h 18.


On y voyait une silhouette féminine. Taille moyenne. Short court. Débardeur. Cheveux attachés. Elle marchait vite, les bras serrés contre elle. Un tissu dans la main. Léger. Flou. Elle disparut dans la zone hors champ, juste après avoir tourné vers là où le corps de Sandrine serait retrouvé plus tard.


Morales commenta :



Charlie fixait l’écran. Son estomac se contractait lentement.


C’était la façon de marcher de Léa. Les pieds légèrement en dedans. Les hanches souples. La tête droite. Et surtout : le bracelet. Il pendait à la main gauche.


Elle éteignit la vidéo. Morales la regarda.



Il fronça les sourcils.



Dehors, le soleil entamait sa descente. Il baignait la plage dans une lumière dorée, presque trop belle pour ce qui allait s’y dérouler.


Charlie sourit. Féroce.


« Tu crois aux licornes ? Ce soir, c’est la cavalière qui mordra. »




Chapitre 10 – Rejouer pour mieux jouir



La nuit tombait sur l’Espiguette. Tout semblait s’être suspendu. Le vent. Même les moustiques. Charlie avait choisi le lieu avec soin. La bouée licorne, regonflée pour l’occasion, trônait là où Sandrine avait été vue pour la dernière fois. Une torche plantée dans le sable offrait une lumière tremblante, presque rituelle.


Léa arriva vêtue d’un débardeur noir et d’un short en jean. Pas de soutien-gorge. Pas de maquillage.



Charlie alluma une cigarette, laissa filer la première bouffée.



Léa sourit en coin.



Léa monta sur la bouée. Une jambe après l’autre. Elle chevaucha l’animal gonflable. Sa robe glissa un peu, révélant un bout de tissu noir, fin, presque absent.


Charlie s’approcha.



Charlie la frôla. La hanche, la cuisse, sous la culotte. Pas une attaque. Une lecture aussi tactile que tactique.



Léa ferma les yeux. Bougea à peine. Sa respiration se fit plus lente.



Charlie monta à son tour sur la bouée, en amazone, face à elle. Le plastique couina. La torche crépita. Leurs visages n’étaient plus qu’à quelques centimètres. Deux femmes. Une suspecte et une flic. Deux amantes.



Léa rit. Un rire doux. Dangereux.



Charlie posa une main sur un sein. L’autre entre les cuisses. La bouée tangua légèrement. Les souffles s’accélérèrent. La culotte de Léa descendit peu à peu. Le tissu se coinça un instant, résistant à l’humidité, puis ripa jusqu’aux chevilles avant d’être abandonné. Des doigts explorèrent un sexe détrempé. Ouvert. Brûlant.



Elles s’embrassèrent. Profondément. Leurs langues se cherchèrent, se goûtèrent, se défièrent.


Puis Charlie descendit, la tête entre les cuisses de Léa. Sa bouche trouva la chair tendre, offerte, dégoulinante de désir ou de peur. Elle lécha, suça, avala. Sans délicatesse inutile. Elle voulait la faire parler. Avec le corps.



Mais Léa ne répondit que par un cri. Un orgasme foudroyant. Elle se cambra, agrippa la licorne par la crinière, s’y accrocha comme à un souvenir trop fort. Charlie remonta vers elle, laissant son genou glisser entre ses cuisses, la frictionner à nouveau. Une pression. Léa ouvrit la bouche pour parler… mais se mordit la lèvre à la place.



Léa la renversa soudainement. Sèchement. Charlie bascula sur le dos, la robe retroussée, les seins à l’air, les jambes déjà écartées. Léa s’installa, la fente contre la sienne. Un frottement, peau contre peau, clitoris contre clitoris. Un combat doux et moite. Leurs hanches ondulaient, cherchaient, s’accrochaient.



Charlie gémit. Leurs regards ne se quittaient plus.



Léa s’arrêta. Juste un instant. Un souffle suspendu. Puis elle reprit le mouvement. Plus vite. Plus fort.



Elles jouirent en même temps. Le silence tomba comme un drap humide sur leurs corps emmêlés.


Charlie resta allongée un moment. Elle avait ce goût dans la bouche. Celui du sexe. Et de la vérité qui se refuse. Elle savait deux choses : Léa avait suivi Sandrine. Et elle n’allait plus jamais la regarder pareil.


La licorne grinçait sous elles, doucement.


Comme un témoin.


Ou un complice.




Chapitre 11 – Celle qui regarde quand les autres jouissent



Le retour au poste se fit dans un silence de cendres. Charlie conduisait pied nu, la robe encore froissée, les cuisses collantes d’un plaisir pas encore digéré. Elle évitait son propre reflet dans le rétroviseur.


Morales l’attendait devant le bungalow, les bras croisés. Il avait cette tête-là, celle qu’il réservait aux mauvaises nouvelles ou aux vérités qui grattent.



Il l’entraîna à l’intérieur, posa une enveloppe kraft sur la table.



Charlie tira une série de clichés. Caméra de sécurité. Un autre angle. Côté opposé du chemin.


On y voyait Marie. Robe longue. Lunettes. Elle observait la plage depuis une butte de sable. À 3 h 19. Exactement au moment où Sandrine mourut.


Charlie resta figée.



Charlie s’exécuta.


Sur ce cliché flou, on distingue Marie quittant les dunes en courant.


Charlie lâcha les captures d’écran. Morales haussa les épaules.



Il hésita. Puis :



Charlie ramassa les photos, puis planta ses yeux dans les siens.



Dans sa poche, elle sentit le cuir du bracelet rouge. Il collait à la peau, comme un mensonge qu’on a trop caressé.


*


Ils la trouvèrent dans une chambre minuscule, louée à la nuit dans un camping « deux étoiles ». Marie. Robe courte, lunettes rondes, cheveux tirés. Un visage de secrétaire de mairie qui aurait connu les backrooms berlinoises. Elle ne parut pas surprise.


Charlie entra seule. Morales resta dehors.



Marie hocha lentement la tête.



Charlie s’installa sur une chaise. Le silence suinta entre elles.



Charlie nota le glissement de « elle » à « moi ». D’accusation à aveu.



Marie sourit. Ce sourire qu’on réserve aux enfants qui posent des questions trop grandes pour eux.



Un silence glaçant. Charlie sentit une sueur froide dans son dos. Elle se leva lentement et rangea son carnet.



La voix de Charlie trembla.



Marie sourit, presque compatissante.



Dehors, la lumière était crue. Morales alluma une cigarette sans rien dire. Charlie, elle, resta un instant les yeux perdus vers l’horizon. Elle avait son témoin. Pas son « coupable ».




Chapitre 12 – L’écume ou le fond



« La Licorne Enragée » était fermé. Les volets tirés. Aucune lumière. Mais la porte arrière n’était pas verrouillée.


Charlie entra sans frapper. À l’intérieur, la chaleur stagnait. Une étrange sensation – un souvenir ou un fantôme. Léa était là. Assise sur le comptoir, en débardeur noir, jambes croisées, pieds nus. Elle tenait une clope éteinte entre deux doigts.


Elle ne bougea pas.



Charlie s’approcha lentement. Le cœur lourd d’un mot qu’on n’a pas envie de prononcer.



Léa se redressa. Son visage était calme, mais ses yeux trahissaient une fatigue qu’aucun sommeil ne réparerait.



Charlie resta droite. Implacable en surface. En vrac dedans.



Léa posa la clope sur le zinc. Se leva.



Charlie sentit sa gorge se serrer.



Un silence plus pesant que tous les autres. Charlie ne bougeait pas. Elle ne pleurait pas, mais chaque mot s’inscrivait en elle comme une entaille.



Charlie inspira, profondément. Une seule fois. Elle devait rester flic. Mais c’est l’amante qui tremblait.



Léa avança, poignets tendus, et dit dans un murmure :



Charlie sortit les menottes, mais son regard, lui, était ailleurs, perdu dans une chambre moite, entre un lit défait, un soupir étouffé, un orgasme arraché. Elle se demandait ce que ça révélait d’elle. Pas d’avoir joui avec une femme qu’elle soupçonnait déjà. Mais d’avoir aimé. Et de l’avoir crue, volontairement, dans l’ombre d’un doute.


Quand elle passa les poignets de Léa dans le métal froid, elle sentit un frisson courir sous sa peau. Ce n’était pas de la haine. Ce n’était pas de la justice non plus. C’était une perte. Quelque chose qu’elle aurait voulu sauver. Ou qui aurait pu la sauver, elle.


*


Charlie entraîna Léa dehors. Sa voiture les attendait.



Charlie hocha la tête.



Léa monta à l’arrière sans un mot. Charlie attacha sa ceinture, ferma les yeux une seconde. Juste une.


Elles roulèrent, longtemps. Le pare-brise découpait le paysage camarguais en silence. Sel et solitude.



Charlie ne répondit pas. Elle tourna sur un chemin de sable blanc, bordé de tamaris. On devinait encore l’odeur iodée de la mer. Elle coupa le moteur.


Un instant de flottement. Puis elle ouvrit la boîte à gants, en sortit une enveloppe.



Léa ne bougea pas et la fixa. Charlie hésita. Les mots avaient du mal à venir, là où le désir avait toujours su quoi dire.



Léa cligna des yeux.



Léa sortit de la voiture. Pieds nus dans la poussière. Elle ne regarda pas en arrière. Elle marcha droit devant. Une silhouette dans la lumière. Puis elle disparut.


Charlie retourna seule sur la plage. Celle où tout avait commencé.


Elle s’assit à même le sable. Dos au monde. Face à la mer. Et alluma une cigarette. Une dernière. L’air portait des odeurs de sel et de rhum séché.


Elle pensa à Sandrine. À ses rires. À ses soupirs. À sa peau tendue.


Elle pensa à Léa. À ce qu’elles avaient fait. À ce qu’elle n’avait pas voulu voir. Par envie. Par lâcheté. Par amour.


Et elle ferma les yeux.


Elle n’était pas en paix.


Mais encore capable de ressentir.


Et peut-être que ça valait mieux qu’un verdict.