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n° 23198Fiche technique45073 caractères45073
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Temps de lecture estimé : 33 mn
17/07/25
Résumé:  Parler à ma femme devient difficile. Elle ne m’écoute plus.
Critères:  #biographie #psychologie #rencontre #confession fellation
Auteur : Amateur de Blues            Envoi mini-message
La chaise mexicaine

Je ne sais pas si tous les épisodes de ce récit respectent la concordance des temps. Mais vous comprendrez en lisant pourquoi mon écriture a été perturbée. Après tout, il y a des choses plus importantes que la concordance des temps, non ?


Pendant des semaines, j’ai été très en colère. Il m’était impossible de lui adresser la parole. Finalement, j’ai dû me résoudre à passer outre, à accepter l’idée qu’elle n’était pas responsable de la situation et je suis revenu la voir. Mais j’ai pris des résolutions.



Ivy, ma femme n’a pas répondu. Elle est morte il y a cent quatre jours d’un cancer métastasé partout. Elle avait soixante-deux ans, comme moi. C’était un sacré coup de canif dans le contrat. Il était prévu depuis le début que je devais mourir le premier.

Mes débuts au cimetière ont été très fatigants, le stress, la station debout sous un soleil de plomb, tout a concouru à m’épuiser. Pourtant, la nuit qui a suivi, j’ai très mal dormi. J’ai réfléchi à tout ce que j’avais à raconter à ma femme et vous le savez bien, quand on pense trop, on ne dort pas. Le lendemain, je suis donc retourné au cimetière avec une chaise, une petite chaise en paille peinte à la mode mexicaine. Je l’ai choisie parce qu’elle n’était pas lourde et aussi parce qu’elle appartenait à la grand-mère de ma femme. C’est elle, ma femme pas la grand-mère, qui l’a repeinte et c’est elle aussi qui s’asseyait toujours dessus quand nous prenions nos repas. C’est de cela que j’ai parlé en premier, une fois assis sur la petite chaise mexicaine devant la tombe.



À ce moment-là, je me suis tu car une dame passait derrière moi, marchant lentement sur le gravier de l’allée, une veuve probablement car elle était vêtue toute en noir. Quand elle se fut éloignée, je repris mon monologue. J’avais vraiment l’impression que ma femme m’écoutait. Elle semblait si attentive, observant un rouge-gorge dans les arbustes derrière moi. Jusque-là, elle ne m’avait pas interrompu une seule fois, ce qui n’arrivait pas si fréquemment avant.



J’ai fait une pause. Peut-être que finalement, ma femme avait quelque chose à dire, peut-être que toutes ces croyances sur la communication avec les esprits des disparus n’étaient pas si stupides, après tout, mais je n’ai entendu que le bruit du vent dans les cyprès. Alors j’ai continué.



La chaise a craqué bizarrement et j’ai eu peur de tomber sur la tombe. Peut-être que ma femme était en colère, je ne sais pas. Mais le silence est revenu et je me suis juste redressé un peu avant de poursuivre.



C’était frustrant. Pour une fois que j’abordais ces sujets intimes, j’étais seul, ou alors il fallait imaginer ses réponses. Je pouvais très bien le faire car je la connaissais parfaitement. Mais ce n’était pas du jeu. Et je savais bien qu’on ne connait jamais le cœur intime des personnes. Ivy avait su me surprendre si souvent.



Le soir tombait et l’obscurité gagnait le cimetière. J’ai dit au revoir à Ivy et je suis rentré à la maison. J’avais laissé la chaise en place car je savais que j’allais retourner jour après jour devant sa tombe et je n’allais quand même pas traverser le village en portant ma chaise tous les jours.



J’aurais bien aimé qu’elle avoue. J’ai regardé autour de moi ; le soleil commençait à disperser la brume et les oiseaux ne respectaient pas les morts avec leurs pépiements incessants.



Un lézard a couru sur la tombe. Je ne crois pas que c’était vraiment un signe ou alors je n’ai pas su l’interpréter. J’aurais bien aimé à cet instant avoir les gros nichons d’Ivy, même mous comme ils étaient à la fin, pour y cacher mon visage. J’avais les larmes aux yeux et je me sentais ridicule. Heureusement, j’étais seul dans le cimetière. Pourtant, dans le silence qui a suivi, j’ai entendu quelqu’un pleurer. Est-ce que c’était cela le signe ? Je me suis rappelé toutes les larmes que nous avons versées quand Ivy a su que je la trompais et je me suis demandé si j’avais encore quelque chose à confesser ou si elle savait déjà tout.



Je m’échauffais en parlant et ma femme n’en avait rien à foutre. Le soleil me tapait fort sur le crâne alors qu’elle était tranquille au frais sous la terre. Et elle n’avait pas l’intention de participer à la discussion. J’allais devoir assurer le débat contradictoire tout seul. Mais j’avais vraiment trop chaud alors j’ai laissé tomber et je lui ai donné rendez-vous pour le lendemain.

Quand je suis revenu, la matinée était bien avancée parce que j’avais mal dormi avant de finir par sombrer au matin dans un sommeil sans rêves. J’arrivais avec un parasol pour échapper au coup de soleil et des chips, du saucisson de du fromage. Je comptais bien passer la journée à raconter toutes mes maîtresses à ma femme. Mais quand je me suis retrouvé devant la tombe, j’ai tout de suite vu que quelque chose n’allait pas. La chaise mexicaine avait disparu. Qui pouvait bien voler une vieille chaise en mauvais état dans un cimetière ? Ivy y était-elle pour quelque chose ?

J’ai erré dans les allées en pensant à une farce de mauvais goût. Mon village étant installé à flanc de colline – on dit « village perché » par ici – toutes les rues sont en pente et le cimetière qui est installé en haut du village n’échappe pas à la règle. Si bien que de la tombe d’Ivy installée à côté de celle de sa mère tout en bas, une bonne moitié des tombes échappent à notre vue. J’ai donc grimpé jusqu’en haut pour finir par découvrir ma chaise occupée. Une femme à chignon et robe noire était assise dessus et elle pleurait doucement, le visage dans les mains. Comme elle me tournait le dos, elle ne s’était pas aperçu de ma présence et je décidai de ne pas la déranger. Je suis retourné jusqu’à ma femme, j’ai installé le parasol et je me suis assis dans l’herbe.



Je lui ai laissé le temps de s’exprimer, sans vraiment y croire maintenant et j’ai tenté d’écouter pleurer la voleuse de chaise mais d’ici, je n’entendais rien.



J’avais l’impression de faire un bruit indécent en croquant mes chips dans le calme du lieu. Aussi, j’ai préféré me couper un morceau de fromage et de pain. Pendant que je mâchais, j’imaginais Ivy furieuse par ce que je venais de dire. J’essayais de la provoquer mais en vain.



À ce moment-là, je m’attendais vraiment à ce qu’il se passe quelque chose, je ne sais pas quoi, un coup de tonnerre par exemple. Mais le ciel était sans nuage. Au-dessus de ma tête, il n’y avait que les martinets qui se poursuivaient en criant leur joie d’être en l’air.



C’est le moment qu’a choisi la dame en noir pour me ramener ma chaise, enfin celle de ma femme, enfin celle de sa grand-mère. Elle avait une petite robe noire qui lui allait bien et cachait ses yeux derrière des lunettes de soleil. J’étais un peu gêné car je ne savais pas ce qu’elle avait entendu en s’approchant. De son côté, elle était gênée aussi car elle avait cru la chaise abandonnée. Nous bredouillâmes donc quelques paroles inutiles en regardant ailleurs et je me retrouvais à nouveau seul. Mais je n’avais pas envie de poursuivre. La jalousie structurelle d’Ivy aurait dû fonctionner. Dans une situation pareille, elle aurait sûrement dénigré cette inconnue, trouvant quelque chose à lui reprocher. Son silence me fit me sentir vraiment seul. Je parlais comme un dingue devant sa tombe et je n’avais pas envie de poursuivre.

Le lendemain pourtant, j’étais là, fidèle au poste avec un pot de nemesias rouges dans les mains. Ivy adorait les fleurs et nous ruinait en achats à chaque printemps. Je voulais lui montrer que malgré son décès, je restais coopératif. La chaise m’attendait, sagement.



Le gravier grince ; la veuve en noir passe derrière moi discrètement ; je m’interromps le temps qu’elle s’éloigne.



Un silence qui en dit long sur la vanité de ma tentative de résurrection par l’outrage, perturbé par une bande de moineaux indisciplinés. Qu’ont-ils à nous dire sur nos relations sociales ? Je les écoute mais n’entends ni réprobation ni complicité. L’humain n’a d’intérêt que par les miettes de chips qu’il abandonne au bord des tombes.



Cette fois-là, j’avais vraiment frappé fort et j’ai peut-être eu une réaction. De grosses gouttes d’orage se sont mises à tomber, d’abord éparses puis violentes et froides, si bien que je me suis mis à courir vers la sortie. Dans ma course, j’ai failli percuter la dame en noir qui trottinait devant moi. Évidemment, elle ne courait pas très vite avec ses chaussures à talon dans le gravier des allées. Je l’ai rattrapé en trois enjambées. Sa coiffure, sophistiquée la veille, s’était effondrée et l’eau ruisselait sur le verre de ses lunettes noires ; elle ne devait pas y voir grand-chose. J’ai hésité un instant à m’arrêter pour lui proposer mon aide mais je n’avais rien à lui offrir. J’étais sorti en tee-shirt. Alors j’ai filé sur le chemin.

Une nouvelle journée au cimetière. Il va falloir bientôt que j’aille faire des courses, que je parle à ma fille qui s’inquiète que je ne réponde pas au téléphone, que je recommence à marcher avec mes amis défenseurs des chemins communaux mais je veux en finir avec Ivy, savoir si oui ou non elle me pardonne ou me maudit, une fois qu’elle saura que j’en ai aimé une autre qu’elle.



Le ciel était couvert mais il ne se mettait pas à pleuvoir, comme je m’y attendais, ou comme je l’espérais. Il n’y avait aucun signe d’orage dans l’air et le petit lézard somnolait sur la pierre tombale. Il s’était habitué à moi, grand échalas presque immobile assis sur sa vieille chaise. Il s’était certainement aussi habitué à Ivy qui avait toujours aimé les petites bêtes et particulièrement les lézards.



Avant de parler de sexe, je fais une nouvelle pause en dégustant une barre chocolatée. Comme je n’ai vu aucun signe de la veuve à talons aujourd’hui, je décide d’aller voir qui est enseveli là où elle pleurait. Tout le monde se connaît dans le village et je ne l’ai jamais vue. Je suis donc curieux de savoir qui elle pleure et puis l’absence de réaction d’Ivy me déprime. Personne en vue, je m’approche de la sépulture. Il s’agit d’un rejeton d’une vieille famille du coin. Il avait disparu de la circulation, fait fortune dans l’informatique et ne venait que très rarement dans le manoir familial à la sortie du village. Il me semblait l’avoir croisé une fois avec sa femme qui était une grosse dondon à l’air bovin, très différente de la pouliche à hauts talons. Retour à Ivy qui doit m’attendre.



Je ne pouvais pas imaginer qu’Ivy résiste à un tel flot de méchanceté. La seule explication possible, celle que je refusais depuis cent six jours, était que ma femme avait vraiment disparu. Quand on se moque des croyants depuis cinquante ans comme c’était mon cas, c’est difficile de se mettre à croire parce que cela nous arrange. C’est pourtant ce que j’étais en train de faire, dans la panique générale qui m’avait saisi par les tripes. Pourtant, quoi qu’il en soit, je n’avais pas fini de vider mon sac et je comptais bien aller jusqu’au bout.



Si on demande aux moineaux, c’était une soirée paisible. Mais j’étais épuisé et je n’arrivais à rien. Il me restait encore quelques aveux importants à faire mais je n’y croyais plus. J’avais envie de regarder la télé en mangeant des chips. Quand je le faisais, j’imaginais toujours Ivy derrière moi, appuyée contre l’encadrement de la porte, les bras croisés et son visage exprimant la désapprobation. Je ne me retournais surtout pas et l’illusion était presque parfaite. Dire que ma femme me manquait était un euphémisme. Un soir, j’avais tenté de me remettre à lire. J’avais pris au hasard Kafka sur le rivage dans la bibliothèque mais je n’étais pas allé très loin. Je pleurais comme une madeleine en pensant aux malheurs de Nakata.


Le beau temps est revenu. Je suis arrivé tard au cimetière parce que ce que j’avais à dire n’était pas facile. J’avais pris une douche, je m’étais rasé et j’avais mis une chemise propre. Puis j’avais fait un saut à l’épicerie pour acheter des légumes et des fruits. En marchant avec mes courses dans les rues du village, je sentais la satisfaction d’Ivy qui bien sûr me suivait pas à pas. Mais en entrant dans le cimetière, j’ai fait comme si je ne la connaissais pas. Je me suis promené, regardant les noms sur les tombes en évitant soigneusement la sienne. C’était mesquin, je le reconnais. Mais on a le droit d’être mesquin quand on souffre.

Je suis tombé sur la dame en noir par surprise. Je ne pensais pas à elle. J’ai contourné un mausolée de mauvais goût à l’angle de deux allées et je me suis retrouvé face à elle. Elle était installée sur la plaque de marbre de son disparu et elle pissait, accroupie, les yeux fermés. Je voyais sa culotte noire autour de ses chevilles, la touffe entre ses cuisses blanches et le jet puissant qui sortait d’elle. Je ne me suis pas attardé. J’ai plongé derrière le mausolée et je suis ressorti du cimetière. Ce n’était pas un jour pour des confidences délicates. L’image de cette femme se soulageant m’a poursuivi toute la journée. Je suis rentré chez moi avec l’idée que je pourrais me masturber en pensant à cette scène mais le silence de notre maison vide m’a coupé le sifflet. J’ai allumé la télé pour regarder un match de polo entre l’Inde et les Philippines.

Ce matin, ne voulant pas abandonner, je suis retourné au cimetière que j’ai fouillé de fond en comble avant d’être sûr d’être seul et de m’asseoir sur la chaise mexicaine.



À ce moment-là j’ai regardé la terre et le ciel mais rien n’a bougé. Où Ivy était-elle donc passée ? J’allais reprendre, donner des détails quand la dame en noir s’est avancée dans l’allée. Je me suis tu. Elle s’est arrêtée à mon niveau.



Et elle s’est éloignée sur les graviers qui tordaient ses talons. Je l’ai regardée s’éloigner avec plaisir jusqu’à ce qu’elle contourne le mausolée et disparaisse à ma vue. J’ai soupiré et je me suis retourné vers Ivy.



Du coin de l’œil, j’ai vu la dame en noir revenir dans notre allée. Le temps que je tourne la tête vers elle, elle s’est effondrée dans l’allée, comme une poupée de chiffon. Je me suis précipité pour la secourir. La pauvre chaise mexicaine en est tombée à la renverse. Elle était vivante (la dame pas la chaise) mais sans connaissance. Je ne sais pas, j’ai paniqué. Au lieu de prendre mon téléphone pour faire un numéro d’urgence, je l’ai prise dans mes bras et je l’ai ramenée devant la tombe d’Ivy. J’ai redressé la petite chaise du pied et je l’ai assise délicatement dessus. Alors elle a repris lentement ses esprits. Sans les lunettes noires, elle avait de très beaux yeux. Toutes les femmes qui ont une âme ont de très beaux yeux. Même Ivy qui a de petits yeux marrons avait de très beaux yeux quand je pouvais lire en elle en les regardant.



Elle a regardé un instant autour d’elle comme si elle ne comprenait pas où elle était, puis elle s’est mise à me raconter sa vie, sans que je lui pose aucune question.



Elle était blanche comme les graviers de l’allée et de toute façon, je ne pouvais plus m’asseoir sur ma chaise qu’elle occupait. Je lui proposai donc de la raccompagner quelque part et j’appris qu’elle dormait dans sa voiture, une Golf, depuis le début de la semaine. Je l’invitai donc à venir boire et manger quelque chose à la maison. J’ai préparé des aubergines grillées au four, recouvertes de parmesan, une des meilleures recettes d’Ivy, accompagnées d’un vin bio local. Viviane, c’était son nom, dévora en me racontant qu’elle avait été virée de son boulot, les nouveaux administrateurs trouvant indécent son salaire, étant donné son peu de compétences. Elle restait là, allant jour après jour sur la tombe de son ancien amant, parce qu’elle ne savait pas quoi faire d’autre. J’ai eu pitié d’elle parce qu’elle semblait au bout du rouleau et je lui ai proposé de dormir à la maison. Je l’ai installée dans notre chambre. De toute façon, je ne peux plus y dormir depuis qu’Ivy est morte. J’insomnise dans la chambre d’amis.

Le lendemain matin, comme elle dormait encore, je suis allé au cimetière, le pas lourd et l’esprit vide. L’épisode de la veille m’avait fait perdre le fil de mes confessions et je ne savais pas ce que j’allais dire à mon absente. Mais une fois assis sur la petite chaise, je me suis mis à raconter ma soirée avec ma voisine de cimetière.



Je suis revenu à la maison plus tôt que d’habitude. Il était près de midi. Toutes mes habitudes étaient perturbées. Quand je suis entré dans la cuisine, mon invitée était là, vêtue du peignoir d’Ivy en train de cuisiner et cela m’a fait un choc. Oh, les deux femmes ne se ressemblaient pas du tout, ce n’est pas ça. Ivy était grande et toute ronde et cette petite bonne femme que j’avais recueillie nageait dans le peignoir qui trainait presque par terre. Mais c’était l’idée si étrange qu’une autre qu’Ivy s’installait dans ses affaires et dans sa cuisine. Cela me semblait impensable comme si un tsunami venait de se déverser sur le village.

Viviane s’est tournée vers moi et m’a souri.



Est-ce que je pouvais dire que je n’aime pas les tourtes, mon péché mignon ? Est-ce que je pouvais dire que j’aime les tourtes sans trahir Ivy qui était la reine des tourtes ? J’ai bredouillé quelques mots inaudibles et cela a visiblement suffi à la petite dame car elle s’est remise à remuer ses champignons. J’ai eu envie de retourner voir Ivy pour lui raconter ça mais je me suis abstenu. Il fallait que je voie où tout cela allait nous mener avant d’alerter ma légitime.

La tourte était malheureusement très bonne et je me régalais quand Viviane m’a regardé dans les yeux et a posé une main sur la mienne.



Est-ce que je pouvais dire que je n’avais pas envie de faire l’amour avec elle alors que le peignoir s’ouvrait à moitié et que je voyais la ligne pure d’un petit nichon tout à fait comestible ? Est-ce que je pouvais trahir à nouveau ma femme alors que j’avais tout avoué et que nous étions plus ou moins à égalité ?

Nous nous sommes retrouvés dans le lit conjugal, Viviane et moi. C’était la première fois que j’y mettais les pieds depuis qu’Ivy était entrée à l’hôpital. Mais je n’arrivais pas à ressentir quelque chose parce que Viviane me suçait avec gourmandise et on voyait bien qu’elle avait beaucoup d’expérience. C’est à ce moment-là que c’est arrivé. La concordance des deux évènements ne laisse aucune place au hasard. À l’instant où je lâchais prise, éjaculant dans la bouche de ma nouvelle partenaire, grognant comme un homme des cavernes, à cet instant précis où je venais d’oublier d’avoir honte, où la vie dans ce qu’elle a de plus élémentaire s’épanouissait à travers moi, à cet instant précis, la terre décida de trembler. Le séisme secoua le village, jetant quelques tuiles dans les rues, ouvrant d’une secousse le portail du cimetière. Dans la chambre, l’armoire contenant encore les robes d’Ivy vibra, un carton de souvenirs posé au-dessus tomba lourdement sur le parquet, laissant échapper quelques photos de nous à vingt ans tandis que mon sperme giclait encore sur le visage de Viviane.

Heureux, soulagé, j’empoignais le petit sein de ma nouvelle compagne. Ivy était avec nous, elle ne perdait aucun de mes gestes. Notre histoire pouvait continuer.