| n° 23176 | Fiche technique | 51215 caractères | 51215 8591 Temps de lecture estimé : 35 mn |
07/07/25 |
Résumé: Nouvel entrant à l’université, mes parents me dégotent un meublé chez une amie de la famille. | ||||
Critères: #initiation #personnages #premiersémois #différencedâge fh fagée fellation cunnilingu | ||||
| Auteur : Delectatio Envoi mini-message | ||||
Quand je suis entré en faculté, je n’étais pas encore un jeune homme accompli. J’avais traversé mes années de lycée dans le cocon familial. Peu d’amis, peu de sorties, et encore moins de débrouillardise. L’idée que je me retrouve seul, dans une ville inconnue, loin de tout repère, glaçait le cœur de ma mère.
Par un hasard providentiel, mes parents avaient gardé le contact avec une vieille amie de la famille, une certaine Ghislaine Perléaud, qui habitait justement dans cette localité. Elle avait pris l’habitude de louer des meublés à de jeunes étudiantes. « À des étudiantes, exclusivement », avait-elle précisé. Mais mon père, usant de toute sa diplomatie, un brin insistante, réussit à faire une entorse à la règle.
Voici comment je me retrouvai pensionnaire, ou plutôt captif, chez madame Perléaud. Une veuve de soixante-trois ans, fervente catholique, d’un tempérament sec et d’une autorité implacable. Ses autres locataires avaient des entrées indépendantes et on ne les voyait quasiment jamais. Mais la chambre qu’elle m’octroyait se trouvait dans son propre appartement, et j’y vivais comme on vit dans un monastère, sous surveillance constante et dans le respect strict d’un règlement tacite. Pas de visiteurs. Pas de sorties après vingt-deux heures. Les repas du matin et du soir se prenaient avec elle, dans le silence ponctué de prières murmurées et de remarques convenues. Je n’avais pas voix au chapitre, ni dans le salon, ni dans la cuisine, encore moins dans les décisions de la maisonnée.
Comparé à mes camarades de première année, bruyants, libres et légèrement éméchés en fin de semaine, ma condition faisait figure de pénitence. J’en avais parfois honte : honte de toujours rentrer tôt, honte de n’avoir nulle part où inviter, honte de vivre sous le joug d’une logeuse au regard perçant, qui semblait lire mes pensées les plus inavouables.
Ghislaine Perléaud n’était pas simplement sévère, elle était acariâtre, au sens rugueux du terme. Une femme froide et austère, que le sourire semblait avoir désertée depuis des décennies. Jamais un mot aimable, jamais la moindre chaleur dans la voix ; elle parlait peu, et quand elle le faisait, c’était d’un ton sec, supérieur, comme si chaque phrase lui coûtait un effort inutile et qu’elle n’attendait rien de bon de personne, et surtout pas de moi.
Tout, chez elle, obéissait à un code rigide qu’elle n’avait jamais pris la peine d’énoncer clairement, mais que j’étais censé deviner, assimiler et respecter. Il y avait des règles pour tout : l’usage minuté de la salle de bain, les formules de politesse qui devaient être récitées comme des litanies, le lit impeccablement fait au carré, les affaires soigneusement rangées, comme dans une chambre témoin. Aucun écart n’était toléré. Pas de nourriture dans la chambre, pas de musique audible, pas un grain de poussière. Tout ce qui était spontané, tout ce qui respirait un peu trop fort semblait la déranger.
Avec mes parents, il avait été convenu que je rentrerais chaque week-end, et durant les vacances. Je retrouverais leur maison, leur chaleur et leur bienveillance. Mais du dimanche soir au vendredi matin, c’était chez Ghislaine que je devais vivre, ou plutôt survivre. C’était bien elle, avec sa silhouette sombre, sa mise sévère et ses remarques en forme de couperets, que je devais endurer. Pire qu’au pensionnat !
Je n’aurais pas voulu l’avoir comme grand-mère. Elle inspirait davantage la crainte que l’affection. La communication avec elle était une sorte de duel feutré, où chaque mot devait être pesé, car tout était sujet à malentendu, ou plutôt à sous-entendus. Des piques, des reproches déguisés, qui glissaient comme des lames froides entre les mots polis.
J’ignore comment nous en étions venus à parler de ce sujet. Ce n’était ni dans ses habitudes, ni dans les miennes. Ce soir-là, après un dîner silencieux comme tant d’autres, ponctué du bruit des couverts sur la porcelaine, nous étions restés assis dans le salon, devant sa télévision massive, un vieux poste à tube cathodique au ronronnement discret.
Elle avait mis un film, l’un de ces mélodrames à l’ancienne qu’elle semblait affectionner : une histoire d’amour contrariée entre un militaire au regard droit et une jeune femme pâle sans consistance. Le genre de récit convenu, où les dialogues suintent la bienséance, et où l’émotion se mesure à l’intensité des regards échangés plutôt qu’à la justesse des mots.
À l’écran, le soldat faisait ses adieux avant de repartir au front. Il confessait son amour à cette jeune oie blanche au vocabulaire limité, qui, dans un souffle extatique, lui promettait de l’attendre pour l’éternité. Ils s’embrassèrent, chastement bien sûr, mais longuement, comme on le faisait dans les vieux films, sous une déferlante de musique mélodramatique.
C’est à ce moment précis que Ghislaine, jusqu’ici mutique, tourna légèrement la tête vers moi. D’une voix à peine plus basse que d’ordinaire, mais non moins autoritaire, elle me demanda :
La question me déstabilisa. Elle ne parlait jamais d’amour, encore moins de choses de cet ordre. Elle se méfiait des émotions, elles échappaient au contrôle et salissaient la raison.
Je balbutiai quelque chose d’évasif. Un rire gêné, un haussement d’épaules. Comment répondre ? À cette époque, je n’avais jamais connu de fille. J’étais encore puceau : ce concept me brûlait intérieurement sans que je ne puisse jamais le formuler. Le désir, chez moi, était un continent flou, angoissant, que je n’osais encore explorer.
Mais Ghislaine, loin de s’apaiser devant mes hésitations, sembla s’alarmer. Elle fronça les sourcils, se redressa légèrement et lança avec une pointe d’effroi dans la voix :
Je sentis mes oreilles chauffer brutalement. Le mot lancé par Ghislaine avait claqué dans l’air comme une gifle. Archaïque, brutal, sorti d’un autre siècle, il résonna un instant entre les murs couverts de crucifix et de napperons amidonnés. Je ne sus que répondre. Tout dans cette question était déplacé : son fond, sa forme, sa violence à peine voilée.
Je restai figé. Dans le silence qui suivit, je crus sentir son regard s’appesantir sur moi, me sonder, me jauger, peser ma normalité à l’aune de ses valeurs. La scène du film continuait pourtant à dérouler son fil tranquille : la jeune femme agitait un mouchoir blanc, et le train s’éloignait dans la brume.
Elle hocha lentement la tête, pensive, puis se leva sans prévenir et disparut un instant dans la cuisine. J’en profitai pour expirer longuement, pensai un instant m’inventer une copine fictive, peut-être cette étudiante en histoire de l’art croisée en amphi, dont l’opulente poitrine m’avait subjugué, mais l’idée me parut aussi ridicule que suspecte.
Ma logeuse revint bientôt avec une boîte en carton, s’assit près de moi et me présenta un assortiment de gâteaux crémeux, tous plus écœurants les uns que les autres. J’en eus presque un haut-le-cœur.
Je bredouillai un « merci » inaudible, en optant pour une mille-feuille bien gras, que j’eus bien du mal à avaler.
Je baissai les yeux pour constater les dégâts, penaud d’être ainsi pris en faute.
Elle se leva, quitta la pièce d’un pas lent, ses jupes effleurant les meubles, et me laissa seul devant l’écran.
Le soldat, conduit dans un hôpital de campagne, souffrait un martyre, sous le regard concupiscent d’une jeune infirmière délurée qui lui faisait les yeux doux. Dégoûté par tant de niaiserie, j’éteignis la télé, et quittai la pièce à mon tour.
À quelles bêtises faisait-elle allusion ? À la masturbation, bien sûr. Je ne me serais jamais permis hors de chez moi… Toute la nuit, j’avais repensé à cette phrase absurde : « Il savait se tenir. » Le ton sentencieux, le regard lointain, et surtout… le mensonge. Je me souvenais parfaitement de ce dîner de famille, où l’oncle Henri, légèrement éméché, nous avait révélé que Pierre Perléaud, feu le mari de Ghislaine, n’avait jamais sauté d’avion en tenue camouflée, il n’en avait pas la capacité physique. Il avait bien été militaire, mais simple scribouillard, dans un obscur bureau à Nancy, où il passait le plus clair de son temps à rédiger des rapports abscons. Qui plus est, c’était un fieffé alcoolique qui avait connu une fin minable, laissant une veuve qui n’était pas si éplorée que ça, en fin de compte.
« Alors pourquoi enjoliver la réalité ? », me demandai-je le lendemain matin, en beurrant ma biscotte, sous le regard scrutateur de ma logeuse. Est-ce que cet air revêche ne cachait pas tout simplement une cohorte de fausses vérités ?
J’avais bien insisté sur ce terme, en trempant ma biscotte, le regard en coin pour guetter sa réaction.
Ghislaine eut un très léger mouvement de paupière, presque imperceptible. Puis, elle leva sa tasse de chicorée avec un calme affecté.
Je haussai les épaules.
Le silence pesant devint, l’espace d’un instant, assourdissant.
Je me contentai de lui sourire, mais sans répondre. Je me levai et emportai son bol à l’évier. Je pensais avoir touché une corde sensible. C’était infime, mais bien réel. Pour une fois, je ne pensais plus être le parfait candide.
Une ou deux semaines plus tard, je revins de la fac à l’improviste en fin de matinée. Ce n’était pas dans mes habitudes, car je prenais généralement mon déjeuner au resto U. Mais j’avais oublié des documents importants sur ma table. Rentrant dans la maison sans faire de bruit, je m’apprêtais à aller dans ma chambre, quand j’entendis Ghislaine dans le salon. Une voix forte, presque théâtrale :
Ça me figea sur place.
La voix de Ghislaine était plus vibrante et plus vivante que je ne l’avais jamais entendue. Intrigué, je m’approchai doucement du séjour. La porte vitrée était entrebâillée. Un mince filet de lumière s’échappait, et au-delà… la scène.
Ghislaine était là, dans son fauteuil de velours bordeaux, le combiné du vieux téléphone serré contre son oreille, sa jupe tirée haut sur ses cuisses parcheminées, ses bas plissés. Mais ce fut cette main aux veines bleutées, ornée de bagues trop grandes, qui me figea. Elle parcourait son intimité, un geste mécanique, presque solennel.
Elle murmurait désormais dans un ton qui se voulait séducteur :
Je reculai brusquement, le cœur battant, m’apprêtant à déguerpir. C’est alors que me revint en tête l’objet de ma visite. C’est à pas feutrés que je rejoins mon antre. J’attendis un bon moment, retenant mon souffle, les sens en alerte, l’oreille collée contre la cloison. Puis enfin, un clac : le téléphone raccroché. Un soupir. Une chaise qu’on repousse. La vieille avait terminé sa petite affaire. J’entendis grincer la porte de la salle de bain, puis un bruit d’eau qui coulait, elle devait prendre une douche. J’en profitai pour m’éclipser.
Sur le seuil, je jetai un dernier coup d’œil vers le couloir. La porte de la salle d’eau était entrebâillée. Une ombre passait derrière le verre dépoli.
Plus tard, dans le tram, je regardais par la vitre sans rien voir, partagé entre un mélange de gêne, de stupeur et de trouble. Quelle vieille cochonne ! L’imaginer avec une vie sexuelle me désarçonnait, elle qui ne jurait que par bienséance et bonnes manières. C’était bien la dernière personne que j’aurais imaginée faire ce genre de choses.
Ghislaine Perléaud, si prompte à juger, à interdire, à surveiller, venait d’exploser son propre masque. Après le parachutiste, la branlette ! Le petit étudiant timide, en pyjama à rayures, qu’on reprenait pour un oui ou pour un non, se sentit soudain surpuissant.
Mais je ne tardai pas à déchanter…
Le soir même, en refermant la porte derrière moi, j’entendis sa voix fuser :
Elle ordonnait, avec cette autorité calme et sèche qu’elle réservait d’habitude aux rappels à l’ordre sur les miettes de pain ou les traces de savon sur le lavabo. Je restai un instant figé, comme un collégien convoqué dans le bureau du proviseur. Puis, d’un pas lent, m’approchai du salon.
Elle était assise bien droite, les deux mains croisées sur son tablier, les lunettes posées sur le bout de son nez, une pile de lettres à sa droite et, à sa gauche… le téléphone. Il y avait quelque chose de cérémonial dans sa posture, comme si elle m’attendait depuis longtemps, comme si tout avait été prémédité.
J’obéis, la gorge était sèche, je pressentais que quelque chose allait basculer.
Elle me fixa un instant, en silence. Puis, doucement :
Je ne répondis pas. Elle poursuivit :
Je sentis mon estomac se contracter.
Elle baissa les yeux un instant, soupira. Puis, elle releva la tête, soudain dure :
Je sentis une bouffée de colère monter. C’est elle qui était en faute, et elle se permettait pourtant de me sermonner. Soudain, j’explosai :
Elle ne bougea pas d’un poil, un semblant de sourire s’esquissa même au coin de ses lèvres.
J’ouvris la bouche pour protester, mais la refermai aussi sec. Je ne savais plus trop qu’en penser. L’homosexualité, la masturbation : pourquoi aborder de tels sujets de façon si abrupte ?
Je sortis de la pièce tout penaud. Une fois de plus, c’était moi le dindon de farce, complètement soumis aux dictats de cette vieille rombière.
Quelques jours passèrent.
Le quotidien semblait revenu à une certaine normalité. Les repas étaient pris à heure fixe, les commentaires acerbes sur l’actualité fusaient toujours au journal de 20 h, et Ghislaine continuait à découper méticuleusement ses coupons de réduction dans le Télé 7 Jours.
Mais quelque chose avait changé. Une tension nouvelle, feutrée, presque imperceptible, flottait entre nous, comme un parfum invisible dans l’air trop calme d’une pièce.
J’étais rentré très tard, ce soir-là. Mais j’avais prévenu Ghislaine que je ne dînerais pas avec elle. Une réunion de groupe à la fac, obligatoire, mais sans grand intérêt. J’avais entrouvert la porte sans bruit, pensant qu’elle dormait déjà. Mais la lumière du salon était encore allumée. Des bruits de pas, doux, glissants. Puis, elle apparut, debout, un livre à la main. Elle portait une robe de chambre ivoire, trop légère, trop ouverte. Et, dessous… rien. Ou si peu que l’œil devinait les plis discrets, mais encore pleins, les courbes cachées d’un corps que je n’avais jamais pensé regarder auparavant. Une peau étonnamment lisse, presque opalescente sous la lumière jaune de l’abat-jour. Ses cheveux argentés étaient relevés négligemment en un chignon dévoilant sa nuque.
Elle me fixa avec calme, presque amusée, comme si rien dans sa tenue n’avait la moindre connotation.
Je bafouillai une excuse, détournai les yeux, mais trop tard : l’image était imprimée, comme une brûlure rétinienne, dans mon esprit.
Elle vint lentement jusqu’à moi pour refermer la porte restée entrouverte, et dans ce bref passage, je sentis, ou crus sentir, la chaleur de son corps effleurer mon bras. Elle ne m’avait pas touché, mais c’était tout comme.
On avait probablement évoqué ce livre au lycée, mais ce n’était plus pour moi qu’un souvenir lointain.
Elle sourit, puis alla s’asseoir dans le fauteuil. Le tissu glissa un peu, découvrant une cuisse pâle. Je ne savais plus où me mettre, ni où regarder. C’est alors qu’elle ajouta d’un ton doux :
Ses mots étaient feutrés, délicats, une dentelle verbale, fine et suggestive. J’étais pétrifié et sentais une sueur froide glisser le long de mon dos. Le crapaud transformé en prince charmant, ou plutôt dans son cas, la sorcière revêche transformée en ange de sensualité, j’étais subjugué. Un trouble intérieur me faisait tourner la tête.
Je bredouillai finalement « bonne nuit », et m’éclipsai dès que je pus dans ma chambre, claquant la porte un peu trop brutalement, trahissant mon émoi. Assis sur mon lit, haletant, j’eus l’impression d’être le dernier des trouillards. Mais mon esprit ne cessait de rejouer l’image de cette robe entrouverte, de cette peau offerte et de ce regard brûlant.
Les jours suivants, le trouble s’installa pour de bon. Chaque mot de Ghislaine paraissait porteur de double-fond, chaque silence semblait calculé. Était-elle en train de me manipuler ? Ou m’offrait-elle, à sa manière, une chose que je n’avais jamais connue, une forme subtile de désir ? Elle avait changé d’accoutrement et de parfum aussi, un déluge de dentelles et de robes subtilement romantiques. Sa voix s’était également adoucie, elle était devenue suave…
Je ne savais qu’en faire, mais approchais peu à peu du précipice.
Ghislaine tourna la dernière page du roman qu’elle feuilletait distraitement sur le canapé. Elle posa le livre sur ses genoux, puis me regarda adossé à la fenêtre, pensive.
Je ne sus que répondre.
Elle se leva et s’approcha lentement de moi.
Je soupirai. C’était bien la première fois que je racontais ces expériences ratées à quelqu’un. Mais avec elle, je me sentais mystérieusement en confiance.
Ghislaine m’écoutait sans bouger. Alors j’ai continué, pour combler ce silence qui m’angoissait.
Je clignai des yeux, surpris qu’elle se souvienne de cette anecdote.
Je hochai la tête, honteux. Ghislaine leva les yeux au ciel, amusée et attendrie à la fois.
Le week-end chez mes parents avait commencé comme d’habitude. Un repas copieux, une remarque de ma mère concernant mes cernes sous les yeux, un silence complice avec mon père devant le journal télévisé. Tout semblait figé dans la routine.
Mais en moi, rien n’était calme. Ghislaine hantait mes pensées : sa voix, ses silences, sa façon de parler du désir, sans jamais le nommer. Cette robe de chambre, ce tissu blanc et presque sacré, entrouvert comme une confidence, cette épaule dénudée, cette gorge dévoilée, ces jambes d’une blancheur éclatante. C’était évident qu’elle le faisait exprès pour me mettre à l’épreuve ! Le message était clair, bien trop clair, et mettait tous les sens en alerte.
Dans la solitude de ma chambre d’adolescent, au milieu de ses posters désuets et des livres de Terminale, j’avais cédé au désir en pensant à elle. Je m’étais masturbé en invoquant son nom. « Ghislaine, bouffe-moi la queue ! Salope d’allumeuse ! Vieille suceuse de bites ! ». Et je m’étais répandu sans complexe, giclant abondamment sur le clavier et sur l’écran de mon ordi. Vidé, honteux, presque dégoûté, j’avais mis du temps à m’en remettre, en tentant vainement de nettoyer l’appareil. Puis je m’étais allongé, pensif. Comment cela était-il possible ? Moi, amoureux d’une femme qui avait l’âge d’être ma grand-mère. Pourtant, je n’avais jamais ressenti ce trouble, ni pour les filles qui m’avaient souri, ni pour celles que j’espérais en cachette.
Le lendemain matin, je me rendis à la bibliothèque municipale. Sans vraiment y penser, je demandai La Princesse de Clèves. La bibliothécaire me le tendit sans un mot.
Ce soir-là, dans mon lit, le livre posé sur mes genoux, je lus jusqu’à trois heures du matin. L’histoire d’une femme prise entre passion et devoir, entre la brûlure du désir et les murs invisibles d’une époque.
« Il y a peu d’exemples d’une passion plus véritable et plus tendre que la mienne ; mais elle était combattue par des mouvements plus puissants encore. »
J’imaginai Ghislaine, jeune, peut-être belle, peut-être fière. Mais enfermée, comme Madame de Clèves, dans une vie dictée par les convenances. Et maintenant, à la toute fin, seule dans une maison trop grande, elle ouvrait des brèches. De petites failles, où elle laissait passer quelque chose. Quelque chose pour moi, une offrande.
Le dimanche soir, après avoir posé mon sac dans l’entrée, j’ai jeté un œil vers le salon : la lampe était encore allumée, la radio diffusait un air ancien, un de ces tangos désuets qui appartiennent au passé. Sur la table basse, un service à thé, deux tasses, une était pleine, encore fumante, l’autre m’attendait. Elle était assise comme toujours dans le même fauteuil, drapée dans une étoffe prune aux motifs orientaux, cigarette longue à la main. Son regard s’attarda un peu trop longtemps sur moi.
J’esquissai un sourire maladroit :
Cela se voyait-il autant ? Elle sentait mon émoi et manifestement s’en amusait. C’était ça le plus terrible.
S’en suivit justement un silence, long, trop long.
Puis, elle se leva lentement, le tissu de son kimono glissa un peu sur son épaule, mais elle n’y toucha pas. Elle laissa voir. Dans le clair-obscur du salon, je perdis toute notion de temps, ne sachant plus si je devais regarder ou fuir.
Elle se pencha légèrement vers la théière.
Je balbutiai quelque chose qui ressemblait à un « oui ». Elle servit. Le thé coulait doucement, en un mince filet doré, presque sensuel. Puis, elle s’assit de nouveau, croisant ses jambes nues avec lenteur.
Je levai le regard vers elle, elle me fixait droit dans les yeux. Mais je restai muet, prisonnier de mon désir, de ma honte et de ma jeunesse engluée.
Elle sourit, un sourire de chatte repue.
Elle se releva avec grâce.
Sans un mot de plus, elle disparut dans le couloir.
Je restai figé, la tasse à la main, le cœur au bord de l’éclatement. « Sa porte toujours ouverte », c’était tellement clair que c’en était effrayant.
Les jours qui suivirent, Ghislaine intensifia le jeu.
Chaque soir, une nouvelle robe de chambre, un peu plus transparente, un peu plus courte. Une épaule nue, un mouvement de jambe nonchalamment suggestif. Elle s’étirait lentement, buvait son thé les yeux mi-clos, glissait parfois des allusions qui n’avaient plus rien d’innocent.
Je me recroquevillais un peu plus dans mon fauteuil, comme brûlé vif par la chaleur que dégageait cette femme. Mon regard fuyait. Mon souffle se faisait court. J’avais des sueurs froides en allant me coucher. Je rêvais d’elle. Je pensais à elle à chaque instant.
Mais je ne faisais rien, et elle me regardait m’éteindre à petit feu, avec une satisfaction trouble, presque tendre.
Un matin, au petit-déjeuner, elle me servit mon café d’un geste lent. Je remarquai de suite qu’elle ne portait aucun soutien-gorge sous sa robe de chambre de satin vert. Elle exhibait ses appâts, négligemment, mais en toute connaissance de cause. Encore bien galbés, malgré son âge, les tétons pointaient fièrement au bout. Pauvre de moi, je sentis soudain mon sexe se redresser.
J’ouvris la bouche, mais aucun mot ne sortit.
Un peu plus tard, profitant de ce qu’elle cherchait quelque chose dans le réfrigérateur, je me suis relevé brusquement, laissant ma tasse sur place, et j’ai bredouillé que je devais filer, que j’allais être en retard en cours. Et je me suis échappé comme un voleur, sans lui laisser le temps d’ajouter une parole.
J’ai marché au hasard dans la rue, le cœur en feu. Puis je me suis arrêté sur un banc et j’ai fermé les yeux.
Comment avais-je pu laisser passer une telle occasion ? Une femme, une vraie, une qui s’offrait à moi, qui me mettait à l’épreuve. Mais qu’avais-je à offrir ? Des mains moites ? Un sexe raide de peur ? Des pensées d’adolescent attardé ? J’avais envie de hurler.
Mais au fond, que voulait-elle vraiment ? Si tout ça n’était qu’une mise en scène pour me piéger et m’humilier un peu plus ? « Il faudrait que je me trouve un autre meublé », ai-je pensé à cet instant. Fuir, toujours fuir, la situation devenait trop dangereuse !
Ce soir-là, le salon baignait dans une lumière dorée. Une pluie fine tapait contre les vitres, comme un murmure discret du monde extérieur. Ghislaine avait préparé un dîner plus soigné qu’à l’accoutumée : une volaille en sauce, une bouteille entamée, un dessert fait maison.
Ghislaine était coiffée différemment. Un chignon bas, quelques mèches libres. Son visage, poudré avec soin, semblait plus jeune. Sa robe, d’un tissu noir fluide, soulignait ses épaules et sa poitrine d’une façon presque indécente. Ou peut-être était-ce moi qui voyais désormais de l’indécence partout.
Pendant le repas, elle parla peu. Elle se contenta de me regarder avec intensité, semblant guetter le moment exact où j’allais craquer.
Ce mot résonna dans la pièce. Un homme. Pas un garçon. Pas un étudiant. Pas un locataire.
Je rougis, mais ne répondis rien.
Elle se pencha légèrement vers moi, posant son coude sur la table, et me fixa droit dans les yeux.
Toujours la même question… Mais elle avait mille fois raison, j’avais la trouille de ce que son attitude impliquait, c’était trop proche, trop réel. J’étais écartelé entre honte et désir, entre raison et pulsion.
Elle se leva lentement, laissa le silence s’épaissir, et s’approcha de moi.
Elle se tenait désormais juste derrière ma chaise.
Je ne bougeais pas. Je sentais son odeur, un mélange de savon, de vin et de quelque chose d’âcre, de chaud, de vivant.
Mes mains restaient crispées sur la table, Ghislaine posa les siennes sur mes épaules. Ses doigts étaient chauds, fermes.
J’obéis. Elle se pencha. Nos visages étaient bien trop proches.
Un souffle. Un battement de cœur. Un tremblement dans la gorge.
Puis, d’un geste lent, elle se redressa et s’éloigna. Sans un mot de plus, elle disparut dans le couloir, vers sa chambre, laissant derrière elle une pièce remplie de tension, de parfum, de silence.
Je restai seul à la table, le cœur battant à tout rompre.
Il me fallut encore un bon moment pour me décider.
Un étudiant m’avait parlé d’une location qui était encore libre dans son immeuble, pas trop chère en plus, à la portée de mon budget. Mais ajouter ce nouvel échappement à la longue liste de mes échecs, alors que cela semblait si facile… seulement quelques mètres à franchir.
Le temps s’écoulait inexorablement.
J’étais désormais derrière sa porte, les doigts figés sur la poignée. Devais-je frapper ou entrer de suite, le moindre geste me posait un problème ? Je me sentis vaciller, un bourdonnement dans les oreilles, une sensation étrange dans le ventre, entre l’excitation la plus pure et une peur presque sacrée.
Elle avait dit ces mots calmement, sans emphase, sans séduction forcée. Elle avait ressenti ma présence et m’invitait simplement à la rejoindre. Alors j’ai tourné la poignée et j’ai poussé la porte, lentement.
La chambre était sombre, juste éclairée par une lampe de chevet au halo doré.
Ghislaine était assise sur le lit, droite, digne, dans une chemise de nuit en soie satinée, avec un décolleté plus ouvert que la décence ne l’aurait permis dans un autre contexte. Son visage était calme, mais ses yeux brillaient d’une intensité farouche.
Je refermai la porte derrière moi, d’un geste est lent et mécanique. Mes mains tremblaient. Chaque seconde gagnée sur l’inéluctable m’apparaissait comme vitale.
Elle ne sourit pas.
Je m’approchai d’elle, comme on s’avance vers une vestale, belle et interdite. Elle inclina légèrement la tête, à la façon d’une reine antique. Puis, elle tendit la main vers moi. Je m’avançai et la lui pris. Elle était chaude, solide. Au contact de sa peau, quelque chose se libéra. Elle me guida avec douceur vers elle, comme une maîtresse d’initiation. Son regard était grave, car il n’y avait plus de jeu, plus de provocation, juste deux corps et deux âmes qui se rencontrent.
Je m’assis au bord du lit. Elle me regarda encore, longuement, comme pour s’assurer qu’il s’agissait vraiment de mon choix. Puis, elle se pencha et posa doucement ses lèvres sur les miennes. C’était doux, lent, étonnamment pudique, mais délicieusement bon.
Je n’avais encore jamais embrassé qui que ce soit sur la bouche. Je fermais les yeux. Son corps était désormais collé contre le mien, et nous n’arrêtions plus de nous bécoter. Nos lèvres, d’abord hésitantes, se firent soudain dévorantes. Ce n’était plus un simple effleurement, c’était une morsure de feu, une plongée sans fond. Lorsqu’elle ouvrit les lèvres, je sentis sa bouche offerte. Le monde s’effaça, avalé par la chaleur qui montait en nous. Ma langue rencontra la sienne, plus charnue et plus envahissante que je ne l’aurais imaginé, chaude, humide et goulue à la fois. Un étrange ballet, une lutte de territoire, s’en suivit, cru et bestial. Finie la bienséance, il n’y avait plus que le désir et l’envie. Il n’y avait plus de retenue, plus de frontière, seulement ce baiser en apnée, profond, brut, tremblant d’une faim trop longtemps contenue.
Elle m’entraîna sur le lit. Allongé tout contre elle, encore drogué par le goût de cette femme qui remplissait désormais ma bouche et mon esprit, j’osai enfin poser mes mains sur elle. Je la touchais comme on effleure un objet précieux, du bout des doigts, avec hésitation, avec crainte de la casser. Des gestes imprécis, souvent trop légers, parfois trop brusques, une lente exploration d’un territoire jusqu’alors inconnu. D’abord fasciné par sa poitrine charnue, émerveillé par ses tétons érigés, je décidai enfin d’explorer d’autres territoires, descendant lentement le long de son ventre, me hasardant sur le haut de ses cuisses, délaissant pour l’instant son sexe qui restait l’endroit sacré. J’apprenais à mesure qu’elle respirait, qu’elle frissonnait, qu’elle s’impatientait.
Mes doigts tremblaient un peu, sous l’effet de l’intensité érotique. Elle me laissait faire, s’ouvrait à moi, me guidait à peine, et n’interrompait rien. Elle m’accueillait, tout simplement, tandis que j’avançais à tâtons dans la nuit chaude de son corps, comme un homme enivré par la beauté et par la magie de l’instant.
Soudain, elle se cabra et poussa une succession de petits gémissements qui me prirent au dépourvu. Je n’avais pourtant fait qu’effleurer les poils de son pubis. Cependant, cela faisait si longtemps que je tournais autour du pot qu’elle devait avoir les nerfs à fleur de peau. Était-ce une forme de jouissance pour une femme ? Je n’en savais rigoureusement rien.
Prise par la fièvre, elle se redressa, arracha d’un geste sa nuisette et entreprit de dégrafer mon pantalon. Elle eut un peu de mal à retirer celui-ci, car mon sexe, gonflé et dressé, faisait piquet de tente. Mais, une fois libéré, elle entreprit de s’occuper de mon pénis, d’une façon totalement incompatible avec ses bonnes manières habituelles. Car, après l’avoir lentement caressé en léchant mon gland avec précaution, elle devint comme folle et emboucha carrément ma bite avec un appétit féroce. Je voyais sa chevelure poivre et sel aller et venir le long de mon piton de chair, et n’en croyais pas mes yeux. La tension montait en moi, irrépressible. J’aurais voulu la prévenir, lui demander de se retirer, mais elle ne m’en laissa pas le loisir. Mon excitation exacerbée ne faisait qu’accroître un peu plus son propre désir et elle me pompait de plus belle, avec encore plus d’entrain. Je ne pus retenir ma jouissance plus longtemps et explosai dans sa bouche, ce qui ne sembla pas le moins du monde la perturber.
Une fois remise de ses émotions, Ghislaine remonta vers moi, pour me glisser à l’oreille, dans un murmure à peine audible :
Puis, elle m’embrassa de nouveau avec ses lèvres luisantes de sperme.
J’étais un peu désespéré de ne plus bander, me demandant avec angoisse si j’allais quand même pouvoir la satisfaire. Mais elle me fit comprendre qu’il n’y avait rien d’anormal dans tout ça et qu’il y avait bien d’autres façons de s’amuser quand même. Une fois complètement nu à mon tour, elle me guida lentement vers son entrecuisse pour que je l’explore. Son odeur était un peu forte, entêtante, mais suscitait l’envie. Une forêt de poils dense camouflait sa vulve. Alors que je me perdais un peu dans cette toison luxuriante, elle n’hésita pas à écarter les chairs avec ses doigts pour dévoiler son clito, ses lèvres et l’entrée de sa grotte. Son bouton d’amour était plutôt charnu et vraiment très sensible, je m’en aperçus quand j’eus par la suite des expériences avec d’autres femmes. Un simple effleurement avec l’index lui arrachait des gémissements. Quant à sa caverne, profonde, mystérieuse, j’y enfonçai d’abord délicatement les doigts. Cependant, elle me fit bientôt comprendre qu’elle désirait davantage en attirant avec douceur ma tête vers sa chatte. Elle m’initia au cunnilingus, m’indiquant, par petits gestes, les endroits les plus sensibles et la meilleure façon de lui donner du plaisir. Je m’y appliquai avec précaution et fus récompensé au final par des grognements de satisfaction et par des jets de cyprine sur mon visage.
C’était tellement excitant que j’en étais de nouveau raide. Quand elle s’en aperçut, elle m’invita à venir sur elle et, saisissant fermement mon sexe, elle le guida entre ses cuisses.
Cette nuit-là, dans cette chambre trop chaude, aux rideaux tirés, je devins enfin un homme, dans un silence plus éloquent que tous les longs discours.
Le matin venait juste de pointer son nez quand j’ouvris les yeux.
La lumière, douce et pâle, filtrait à travers les rideaux à fleurs. Il me fallut un instant pour me rappeler où j’étais et ce que je venais de vivre. Mais je n’étais pas seul. À quelques centimètres, Ghislaine dormait encore, nue, paisible, une main posée sur le drap, comme si elle avait oublié de le tirer sur elle.
Puis ses yeux s’ouvrirent. Elle ne dit rien, me regarda, tout simplement. Dans ce regard, il n’y avait ni domination, ni ironie, ni provocation, juste de la tendresse.
Je sentis en moi quelque chose de puissant, de chaud, d’irrépressible. Je me penchai vers elle, l’enlaçai sans réfléchir et posai mes lèvres sur les siennes. Elle répondit à mon baiser avec ferveur et s’offrit de nouveau à moi, sans mise en scène et sans chichi, juste le désir de partager du plaisir.
L’on s’aima une deuxième fois, plus lentement, avec encore plus de délicatesse et de symbiose, une communion silencieuse, quelque chose qui ressemblait peut-être à de l’amour.
Quand je me rhabillai en hâte, les cheveux en bataille, la chemise froissée, je ris tout seul en regardant l’heure. J’allais manquer le premier cours de droit privé. Mais qu’importe !
Je n’étais plus tout à fait le même. Dans la rue, les gens semblaient marcher autrement. Le ciel paraissait plus haut, plus clair. Même les arbres avaient une couleur différente. Je sentais en moi une assurance nouvelle que je n’expliquais pas, et une forme de sérénité.
Je pensais à Ghislaine, à cette femme que je croyais auparavant cruelle, autoritaire, inaccessible, et qui s’était révélée être une excellente initiatrice, ma première vérité.
Les jours qui suivirent s’étirèrent dans un calme étrange. J’étais comme en apesanteur, je riais pour rien, j’avais des absences en cours, les yeux dans le vide, le cœur ailleurs. Je revoyais sans cesse nos moments, nos corps emmêlés, nos silences après l’amour. Je me sentais adulte, pas seulement sexuellement, moralement aussi, et n’avais plus l’impression de faire partie de ce monde d’étudiants un peu gauches, qui m’entouraient.
Ghislaine, je la chouchoutais, j’étais aux petits soins pour elle. J’accumulais les compliments, les gestes tendres, les attentions. Je lui apportais du pain frais le matin, buvais ses paroles au dîner, riais aux histoires que je connaissais déjà. Mais surtout, je la couvrais de baisers dès qu’elle m’en donnait l’occasion. Elle préférait, en général, garder un peu de distance dans la journée, et réserver nos étreintes à l’intimité de sa chambre, ce qui ne nous empêcha pas d’essayer d’autres pièces pour varier les plaisirs. Les semaines qui suivirent furent pour le moins torrides.
Mais Ghislaine m’observait ! Elle sentait la ferveur qui brûlait en moi et s’inquiétait de me voir tomber amoureux. Je n’en étais pas loin, car je ne pensais plus qu’à elle, et envisageais déjà un avenir commun. Parler d’elle à mes amis, la présenter comme ma future femme à mes parents, tout me semblait désormais possible, disons même incontournable. Là où ma logeuse ne voyait qu’une idylle, tendre et passionnée, j’imaginais le Grand Amour. Je rêvais bien trop fort et ne voyais pas le précipice.
Ghislaine prit ses distances tout doucement, pas par cruauté, mais par instinct de survie. Elle savait que ça ne durerait pas et s’efforçait de ne pas trop s’attacher.
Un jour, au marché, où j’avais pour une fois décidé de l’accompagner, elle refusa que je lui prenne la main et, me prenant à part, elle me remit sèchement à ma place :
Vu son air mal aimable, cela me refroidit d’un coup.
Il y eut d’autres incidents du même ordre, et je compris très vite que notre liaison devrait rester secrète. Je lui proposai, par exemple, de partir ensemble quelques jours, en Normandie ou ailleurs, histoire d’être dans un autre contexte, avec des gens qu’elle ne connaîtrait pas. Je m’imaginais marchant avec elle sur les falaises, riant dans des cafés, main dans la main, comme un couple jeune et fier. Mais elle refusa catégoriquement ! Un « non » brutal et sans appel.
L’idée faisait lentement son chemin en moi.
Mais elle détourna les yeux. Et dans le silence tendu qui suivit, je sentis bien qu’un fossé était en train de se creuser entre nous.
Les jours s’écoulèrent, plus calmes, presque paisibles. Mais quelque chose avait changé. Ghislaine continuait de me sourire, de me toucher, de se donner. Mais apparaissaient de nouveaux silences, plus longs, plus lourds, des regards détournés, des phrases qui s’arrêtaient avant la fin.
Et, un soir, elle commença :
Sachant très bien où elle voulait en venir, je m’agaçai aussitôt.
Une douleur monta en moi, sourde, glacée, inacceptable.
Elle sourit tristement.
Elle parlait doucement, sans forcer. Mais chaque mot était une petite fissure de plus dans l’édifice que je croyais solide.
Je savais qu’elle avait raison. Alors à quoi bon pleurer, supplier ou tenter vainement de la convaincre. J’ai préféré accuser le coup pour ne pas tomber dans la médiocrité.
Le printemps était déjà bien installé. Les fenêtres ouvertes laissaient entrer l’odeur du lilas et le bourdonnement paresseux des abeilles.
Dans la demeure, le temps semblait suspendu. Nous vivions nos derniers jours, comme dans une belle parenthèse, sans trop nous poser de questions, sans regarder l’avenir, juste vivre le moment présent. Nous avions recouvré un semblant de sérénité. Nous faisions encore l’amour, mais doucement, sans feu, avec la tendresse de ceux qui savent qu’ils vont devoir se dire adieu.
Un soir, dans le salon, elle me dit :
Je ne répondis rien. Nous en avions maintes fois discuté, c’était acté : notre histoire devait s’arrêter là et je faisais peu à peu mon deuil de cette relation. Pourtant, j’aimais cette femme et aurais plus que tout aimé rester avec elle encore et encore. Mais c’était sans doute impossible, cela heurtait trop ce que la bienséance aurait permis. Elle avait déjà prévenu mes parents qu’elle ne reprendrait pas d’étudiant l’année suivante…
Vint le jour du départ. Ma grosse valise à la main, debout dans le couloir, je la regardais. Elle était là, droite dans une robe bleue, le visage digne, les yeux humides.
Elle sourit, s’approcha et m’enlaça longuement, pas une étreinte charnelle, une étreinte d’adieu, une étreinte à un amant qu’on ne reverra pas.
Ce fut la seule fois où elle me tutoya.
Une fois dans la rue, je me retournai plusieurs fois, mais elle n’était pas à sa fenêtre. Alors, je repris ma route, le cœur serré. J’étais né ici, dans cette demeure, pas au sens biologique, mais au sens profond. Et maintenant, j’allais pouvoir vivre.