Une Histoire sur https://revebebe.pages-perso.free.fr/
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Temps de lecture estimé : 6 mn
01/07/25
Présentation:  Je vis dans un monde où Pornhub prétend sauver l’humanité, où le sexe se vend comme du soda, et où chaque tag me file la nausée. Alors, je me réfugie dans ma tête. Parce que là-bas, au moins, c’est simple. Et sans streaming.
Résumé:  Le narrateur se réveille chaque matin avec la sensation d’étouffer sous le poids du quotidien et des injonctions de performance. Pour respirer, il s’évade dans ses fantasmes, et se souvient de l’alchimie sexuelle que lui a fait découvrir sa conjointe.
Critères:  #romantisme #psychologie #journal #société f fh
Auteur : reveurlejour      Envoi mini-message
Chez moi c'est sans streaming !



Je me force, je traîne des pieds. Déjà 7 h.


La veille, j’ai eu du mal à dormir. Trop de choses en tête. Les crises, la fatigue, son épuisement. Le lave-vaisselle qu’il faudrait changer. Les factures qui s’accumulent. Et encore ce matin, ce foutu vacarme mental.


Ai-je été un bon chef au boulot ? Un bon conjoint ? Un bon père ?


Parfois, la vie, c’est juste ça : serrer les dents. Et pas seulement parfois. Ça devient mon quotidien. Vivre. Survivre.


Le réveil sonne, et j’ai déjà la sensation d’être en retard sur ma propre vie. Je me traîne, je fais semblant d’être solide. Les sourires forcés au petit-déj. La boule au ventre avant de partir bosser. Je me demande si tout le monde fait semblant, ou si je suis le seul à avoir peur de m’effondrer.


Et pourtant, bordel… j’en ai envie. Envie de lâcher prise. De m’évader. Parce que c’est trop lourd. Parce que sinon, je vais finir par m’écrouler.


Alors, je ferme les yeux. Je m’invente une histoire. Parce que dans ma tête, c’est toujours plus simple. Plus vibrant aussi. Là, je peux tout me permettre.


Je pense à elle. À cette femme persuadée d’être trop sage, presque prude, qui se croit faite pour la retenue, alors qu’en elle bouillonne un désir qu’elle n’ose même pas s’avouer. Et puis, un frôlement, un regard, et tout bascule. Elle sent la chaleur monter en elle. Elle essaie de lutter, elle a honte de ce qu’elle ressent. Mais c’est trop fort. Et elle finit par s’abandonner, haletante, des rougeurs sur ses joues, la main pressée sur ses lèvres pour étouffer ses soupirs.


Parfois, je l’imagine me lancer ce regard presque sauvage, mêlé de peur et d’envie. Elle viendrait se coller contre moi, le parfum de sa peau me frapperait en plein cœur. Ses cheveux dans mon visage. Ses doigts qui tremblent. Et ce moment où elle cesse de résister. Comme si tout ce qu’elle avait retenu explosait enfin.


Cette honte qu’elle ressent… c’est aussi la mienne. Parce que le sexe, pour moi, n’a jamais été simple.


Il fut un temps où je passais mes journées à rêvasser, à fantasmer. Mon moi d’avant s’évadait dans la musique, dans les clips qui tournaient en boucle à la télé. Je fixais l’écran, fasciné par cette chanteuse pop américaine et son personnage sulfureux. « Oops ! … I Did It Again », chantait-elle, comme si tout était un jeu. À l’époque, le désir me semblait léger, presque innocent. Comme un terrain de jeu où tout était possible.


Et puis, il y a eu cette expérience. Ce traumatisme. Celui qui m’a figé pendant presque dix ans. D’un coup, le sexe avait cessé d’être un terrain de jeu. Il était devenu une honte, un sacrilège. Comme si j’étais puni d’avoir trop voulu y goûter.


J’ai longtemps cru que le désir était une faute. J’en avais peur. Comme Pégase cherchant la vérité, je m’étais brûlé les ailes à trop vouloir m’en approcher. Alors, je me suis replié dans ma tête. J’ai appris à vivre avec l’idée que le sexe, pour moi, ce serait compliqué. Peut-être même impossible.


Je fuyais chaque regard trop insistant. Je passais mes soirées à bosser ou à faire semblant d’être occupé. Même un simple baiser me paralysait. J’avais honte d’être un homme qui ne savait plus désirer ni se laisser toucher. Ça me rongeait. Je me sentais différent, comme défectueux.


Jusqu’au jour où j’ai rencontré l’amour. Celui qui m’a réconcilié avec la sexualité.


Techniquement, je pense que je me débrouille. Il faut bien se lancer des fleurs, parfois. J’aime donner du plaisir. J’adore quand elle se détend sous mes mains, quand elle ferme les yeux, quand elle gémit. Quand elle atteint l’extase, je me sens fort. Fier.


Mais mon propre plaisir… c’est plus compliqué. J’ai toujours eu du mal à lâcher prise. Peut-être parce que j’ai trop vu ces foutues vidéos où tout doit être parfait, où le mec est inépuisable et la fille hurle comme si elle participait à un concours de cris.


Je me demande parfois : est-ce qu’ils ressentent vraiment quelque chose, ces gens-là ? Ou est-ce juste une performance devant une caméra ? Parce que moi, ça ne me touche pas. Ça sonne creux.


Avec elle, j’ai appris autre chose. L’amour à deux. Les moments doux. Les caresses sans précipitation. Les baisers sans fin. Le partage.


Elle ne m’a jamais pressé. Elle a attendu que je sois prêt. Elle m’a appris que le désir pouvait être silencieux, timide. Que parfois, un simple regard suffisait. Elle a ri quand j’étais maladroit. Elle a essuyé mes larmes quand le passé revenait. Avec elle, j’ai compris qu’on pouvait jouir sans se sentir coupable.


J’adore quand elle vient sur moi. Pas forcément parce que j’ai besoin qu’elle me domine… enfin, peut-être un peu. Mais surtout parce que j’adore la sentir se blottir contre moi, me laisser entrer en elle, lentement, sentir ses frissons, cette vibration silencieuse quand elle retient sa respiration.


Et rien à voir avec ces vidéos où tout est violent, rapide, mécanique. Là, c’est une communion. Deux corps qui se répondent. La chaleur de la peau, les odeurs mêlées. Oui, ça sent le désir, la sueur, la tendresse. Et c’est délicieux.


Nos respirations s’entremêlent. Elle se tend, elle tremble contre moi, et je sens cette chaleur familière grandir au fond de moi. Et je me laisse aller.


Et là, putain, je me sens vivant. Vraiment vivant. Comme si tout le reste disparaissait : le boulot, les clients pénibles, les histoires de RH, les échéances impossibles. Plus rien n’existe. Il n’y a plus qu’elle. Et ce silence d’après, où j’ai la tête vidée et le cœur léger.


Fini, cette époque où je restais seul, à fixer ce traversin qui, lui, ne me ferait jamais de câlin.


Je l’aime. Et j’ai décidé de la suivre. De construire quelque chose. Moi, ce jeune type un peu paumé, mais qui veut bien faire.


Parce que le porno… il m’est arrivé d’en consommer. Comme tout le monde. Ces titres racoleurs en lettres capitales : CREAMPIE, ANAL, STEP. Même des trucs du style : Baiser ta belle-sœur pendant que ta femme regarde Netflix. Non, mais sérieusement ? Le pire, c’est que ça marche. Ça brasse des millions.


Et puis ces titres toujours plus longs, comme s’ils voulaient t’écrire toute la scène avant même que tu cliques. HOT Blonde Gets Fucked HARD While Husband Sleeps IN SAME ROOM !!! Super, merci, j’ai déjà mal au crâne.


Et ces sites qui se prennent pour des héros pendant le Covid : Aidez-nous à aplatir la courbe, restez chez vous, matez du porno gratuit. Quelle générosité… J’ai presque eu envie de leur envoyer un don pour services rendus à l’humanité.


On vit dans un monde où tout se vend. Même le désir. Et on essaye de te convaincre que c’est émancipateur. Qu’on devient libre en matant des inconnus se trémousser sur un vieux canapé IKEA.


Moi, j’en peux plus de ces scénarios sur mesure. De ces streameuses à moitié nues qui te parlent comme si elles te connaissaient, alors qu’elles scrutent juste leur compteur de tips. Marre de ces catégories STEP qui flirtent avec l’inceste pour faire du clic.


Parfois, j’ai l’impression que l’humain est fasciné par ce qui le dégoûte. Et moi, chaque tag me laissait un drôle de goût, un mélange de malaise et de honte.


J’en ai marre qu’on vende le sexe comme on vend des canettes de soda. Qu’on me fasse croire que jouir, c’est juste cocher une case sur un site. Moi, je veux du vrai. Du vivant. Même si c’est maladroit. Même si ça fait peur.


Alors, un jour, je me suis dit : pourquoi bouffer cette sexualité prête à l’emploi ? J’ai l’imagination qu’il faut. J’écris.


Dans l’écriture, j’expulse tout. J’explore ce que je n’ose pas toujours vivre. J’invente des histoires, sensuelles, parfois tendres, parfois brûlantes. J’y mets mes désirs, mes peurs, mes contradictions.


Je ne prétends pas sauver le monde. Mais quand j’écris, je me sens vivant. Et surtout, je me sens libre. Libre de mes fantasmes. Libre de mon désir. Libre de dire merde à Pornhub et à leurs algorithmes.


Et ça, parfois, ça vaut toutes les branlettes du monde.