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Temps de lecture estimé : 6 mn
14/05/25
Résumé:  Ce jour-là, c’était veille de Noël, elle se rendait chez Jean-Pierre, il allait voir Madeleine.
Critères:  #romantisme #coupdefoudre amour
Auteur : Patrick Paris            Envoi mini-message

Projet de groupe : Une chanson, une histoire
Ces amants-là

Une guerre venait de s’achever, une autre venait de commencer. C’était la trêve de Noël ce soir-là, tout le monde essayait d’être heureux.


Comme il y a un an, l’hiver était rude. Une vague de froid s’était abattue sur toute la France. Paris, recouvert d’une fine couche de neige, ressemblait à une carte postale. Les arbres étaient blancs, les rues, les trottoirs étaient blancs, les voitures givrées avaient du mal à rouler, il fallait les démarrer à la manivelle.

Beaucoup de malheureux erraient, cherchant la moindre source de chaleur. Heureusement, certaines stations de métro restaient ouvertes la nuit, et des centres avaient été créés pour héberger les sans-logis.


La ville était silencieuse, elle semblait être emballée dans du coton. Les cheminées laissaient échapper un nuage de fumée, les lampadaires diffusaient une lueur blafarde. À trois heures de l’après-midi, le ciel s’était assombri, on se serait cru le soir à la tombée de la nuit. De loin en loin, on entendait la petite clochette de l’Armée du Salut, espérant attendrir les rares passants qui marchaient avec prudence dans les rues désertes, tant le sol gelé était devenu dangereux.


Dans son appartement des bords de Seine, Madeleine s’était faite belle pour recevoir son amoureux, elle voulait lui plaire, elle avait revêtu sa plus belle robe, celle des grandes occasions. Il devra braver les éléments pour la retrouver, avec le désir de ne pas repartir avant le lendemain, elle avait aussi ce secret espoir. Dans l’après-midi, elle avait préparé un petit réveillon et disposé sur la table de la salle à manger, sa plus belle vaisselle illuminée par quelques bougies. Elle se doutait qu’il porterait une bouteille de champagne, et sûrement un gros bouquet de fleurs comme à son habitude.


Dans son appartement des bords de Seine, Jean-Pierre avait allumé un feu, une douce chaleur emplissait son petit appartement. Romantique, il espérait faire l’amour devant la cheminée avec sa bien-aimée, avant ou peut-être après le petit réveillon qu’il avait fait livrer d’un grand traiteur de la capitale. Ce matin, il avait même changé ses draps dans l’espoir qu’elle reste avec lui toute la nuit.



— --oOo---



Il se préparait à aller réveillonner chez Madeleine qui l’attendait. Il avait acheté un gros bouquet de roses rouges chez la fleuriste du coin de la rue, le message était clair. Pour la séduire, il avait mis sa chemise blanche, et la cravate qu’elle lui avait offert pour son anniversaire.


Bottée de noir et gantée de blanc, elle se préparait à aller réveillonner chez Jean-Pierre, dans l’espoir d’y passer la nuit. Sa décision était prise, elle allait lui dire « Je t´aime ».


C´était vingt heures à peine, emmitouflé dans un gros manteau, il marchait en sifflotant sur les bords de Seine, pour atteindre l’autre côté du fleuve, là où logeait Madeleine.


Pour aller chez Jean-Pierre, elle devait traverser le pont de l’Alma. Serrée dans son manteau, elle chantonnait en marchant à petits pas, sans penser à rien.


Alors qu’ils arrivaient en sens inverse, surprise de constater qu’elle n’était pas seule à braver le froid, elle dérapa sur une plaque de verglas et s’étala de tout son long au milieu du pont. Il s’arrêta net et se précipita pour lui porter secours. D’une main puissante, il l’aida à se relever.

Sa cheville foulée l’empêchait de marcher, elle avait même du mal à se tenir debout. Elle lui confia ne pas habiter loin. Charitable, il la raccompagna jusque chez elle. Appuyée contre lui, elle claudiquait lentement. Il n’était pas pressé, heureux de sentir sa poitrine palpiter contre son bras.


Dans l’ascenseur, pour ne pas tomber, elle s’appuya à nouveau contre lui. Sans un mot, il posa ses lèvres sur les siennes, elle ne le repoussa pas.


Elle ôta son manteau et partit à cloche-pied dans la cuisine préparer un café. Tandis qu’il admirait son petit logis tenu si soigneusement, il se sentit infidèle. Il déposa ses fleurs sur la table, ne sachant que faire de la bouteille de Champagne qu’il avait mise au frais pour Madeleine.


Quand elle revint dans le salon avec les tasses fumantes, il remarqua deux adorables petites fleurs incrustées dans le fin tissu de son chemisier blanc.


Une pensée lui traversa l’esprit.


Elle s’assit près de lui, troublée par la même pensée.


Galamment, il lui proposa de lui masser la cheville. Elle enleva ses bottines et tendit sa jambe, il avait les mains douces, elle ferma les yeux en soupirant.


La prenant dans ses bras, il l’embrassa.

En tremblant, elle l’embrassa.


Quand ils furent rassasiés de cette première étreinte, le café était froid. Le prenant par la main, elle l’emmena dans sa chambre, le lit était étroit, il ne s’en aperçut pas. Sa cravate rejoignit sur le sol son chemisier blanc. Blottis dans les bras l’un de l’autre, ils se réchauffèrent sous le petit édredon.


La nuit fut douce pour les deux amants. Il lui fit des choses qu’elle ne connaissait pas, elle lui fit des choses qu’elle n’avait jamais osé faire avant. Ils s’endormirent au petit matin.


Il avait oublié de prévenir Madeleine, elle avait oublié de prévenir Jean-Pierre. Comment auraient-ils pu faire ? Elle avait bien commandé le téléphone à la Compagnie des Postes, mais les délais étaient longs, elle n’était pas prioritaire. Lui ne savait même pas si Madeleine en avait un.


Un pâle soleil avait commencé à faire fondre la neige, la vie reprenait petit à petit dans les rues de Paris. Prudent, il n’osa pas sortir trop vite. Ils s’aimèrent trois jours et trois nuits.


Quand il décida de partir, elle ne le retint pas.


C’est alors qu’il pensa à Madeleine, c’est alors qu’elle pensa à Jean-Pierre. Qu’est-ce que ça pouvait leur faire, ils avaient vécu le plus beau des Noëls.



— --oOo---



La semaine suivante, veille de l’année nouvelle, il se rendit chez Madeleine un bouquet de fleurs à la main, elle se rendit chez Jean-Pierre pour fêter ça.


À vingt heures à peine, ils se croisèrent sur le pont de l’Alma.


Elle regardait par terre pour ne pas tomber une seconde fois, elle ne le vit pas.

Il regardait devant lui, plongé dans ses souvenirs, il ne la vit pas.


Désespérée, Madeleine ne l’attendait plus. Elle se jeta dans ses bras en pleurant de joie quand il arriva, elle avait eu si peur en ne le voyant pas. Il trouva une excuse qu’elle fit semblant de croire, mit les fleurs dans un vase et l’entraîna dans sa chambre rattraper le temps perdu.


Après ce triste Noël, Jean-Pierre espérait toujours sa venue, son cœur battit la chamade quand elle frappa à sa porte. Elle entra en boitant, lui parla du verglas et de sa chute. Galamment, il lui proposa de lui masser la cheville. Il avait les mains douces, elle ferma les yeux en soupirant.


La nuit fut chaude de chaque côté du pont de l’Alma. Elle fit à Jean-Pierre ce qu’elle n’avait jamais osé faire avant, il fit à Madeleine ce qu’elle connaissait déjà.


Ils s’endormirent au petit matin.



— --oOo---



Un mois plus tard, jour de la Saint-Valentin, un bouquet de violettes à la main, il retrouva Madeleine qui l’attendait. Elle se jeta dans ses bras, et l’embrassa tendrement.


De l’autre côté du pont, après avoir échangé un long baiser, Jean-Pierre fut heureux de goûter les chocolats qu’elle venait de lui offrir.


Ils s’aimèrent toute la nuit.


Et tandis qu’il demandait sa main à Madeleine, Jean-Pierre était à genoux pour faire la déclaration qu’il avait longuement répétée devant le miroir de sa chambre.


Ils se marièrent au printemps, une fois les beaux jours revenus.


Il s’installa chez Madeleine, elle s’installa chez Jean-Pierre.


Ils ne traversèrent plus le pont de l’Alma.


Bien sûr, il y eut d’autres Noëls, d’autres fêtes, d’autres joies, des sapins, des guirlandes et des rires d’enfants. Mais jamais, jamais, ils n’oublièrent le plus merveilleux des Noëls qu’ils avaient vécu cette année-là.



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Un grand merci à Barbara pour sa chanson « Joyeux Noël ».


Barbara - Joyeux Noël

https://www.youtube.com/watch?v=b6rCLQb-GSU