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01/05/25
Résumé:  En l’an de grâce 1676, Louis XIV règne en maître absolu sur le royaume de France. C’est alors qu’éclata le plus grand scandale de son règne, l’affaire des poisons. À l’époque, les mœurs étaient très différentes d’aujourd’hui.
Critères:  #drame #historique #personnages vengeance
Auteur : Patrick Paris            Envoi mini-message

Concours : Conspirations et manigances
Les dessous cachés de l’affaire des poisons

Nous sommes en l’an de grâce 1676, le 16 novembre exactement. Depuis douze ans, Louis XIV règne en maître absolu sur le royaume de France. La cour le suit dans tous ses déplacements, du château de Fontainebleau, à celui de Saint-Germain ou au Palais des Tuileries à Paris. Caprice du Prince, il se rend de plus en plus souvent à Versailles, le petit château de son père, Louis XIII, dont les travaux d’embellissement ne sont pas encore terminés.


À la tombée de la nuit, une calèche s’arrête devant un logis rue Beauregard entre les remparts de Paris et le Faubourg Saint-Denis, deux femmes en descendent, une toute de noir vêtue, encapuchonnée pour ne pas être reconnue. Elle est accompagnée d’une jeune fille qui baisse la tête et la suit docilement.


La porte s’ouvre. Les deux femmes s’engouffrent chez Catherine Deshayes, épouse du sieur Antoine Montvoisin, empoisonneuse notoire, plus connue sous le nom de La Voisin.

Un peu sorcière, entremetteuse, devineresse, avorteuse, elle fait partie d’une dangereuse association d’alchimistes et de faux-monnayeurs, tous pensant avoir trouvé la pierre philosophale et la transmutation du mercure en argent pour fabriquer de la fausse monnaie.


Le Tout-Paris défile chez celle dont la réputation n’est plus à faire. Elle crée des poudres, sortes de philtre d’amour, pour reconquérir un être cher, mais aussi des poisons pour se débarrasser d’un mari gênant ou d’une femme encombrante.


La Voisin connaît bien la dame voilée qui vient d’entrer, c’est la Marquise des Œillets, dame de compagnie de la Marquise de Montespan, favorite du roi Soleil. Mademoiselle des Œillets tenait ce doux nom de fleurs du sieur des Œillets qu’elle a épousé quelques années auparavant.


Depuis quelque temps, le roi délaisse la favorite, il n’a d’yeux que pour Mademoiselle de Fontange, une jeune beauté de la maison de la Reine.


Pour attirer les bonnes grâces du ciel, ou plutôt de l’enfer, sur les dames de la cour dont la bourse est bien remplie, La Voisin organise des messes noires à la gloire de Satan, se livrant à des pratiques où le sacrilège se mêle à l’obscénité. Parfois accompagnée du sacrifice de nouveau-nés, la messe est dite à l’envers par un prêtre défroqué, sur le corps dénudé de ses clientes.


La marquise de Montespan a-t-elle déjà participé à l’une de ces messes noires dans l’espoir de reconquérir le cœur du roi, ou sa dame de compagnie avait-elle pris sa place ?



— --oOo-- — 



Pendant ce temps, à Vincennes, dans les cachots du donjon où croupissent les prisonniers avant d’être envoyés à la Bastille, Marie-Madeleine Dreux d’Aubray, Marquise de Brinvilliers, est allongée sur une planche, simplement vêtue d’une chemise qui remonte sur ses cuisses sous les yeux lubriques de ses bourreaux. La jeune femme, un entonnoir dans la bouche, vient déjà de boire deux litres d’eau, il y a encore dix qui l’attendent.


La Brinvilliers, comme on la nomme communément, est accusée de sorcellerie, et d’avoir empoisonné ses deux frères, son père, et plusieurs membres de sa famille. Étant noble, elle ne sera pas brûlée vive, elle vient d’être condamnée à être exécutée en place de Grève face à l’Hôtel de Ville de Paris.


Avant son exécution, il faut s’assurer qu’elle a bien dénoncé tous ses complices et connaître le lieu où elle s’est procuré les poisons utilisés pour perpétrer ses crimes. Comme le veut la procédure, après leur jugement, les condamnés sont donc soumis à la question ordinaire et extraordinaire, c’est-à-dire à la torture. Les juges ont le choix entre le supplice de l’eau et le brodequin. Ce dernier consiste à enserrer les jambes du condamné entre deux planches et d’enfoncer des coins, faisant craquer les os et exploser les genoux, mais n’empêche pas le supplicié de répondre aux questions. Pour la Brinvilliers, les juges ont opté pour l’eau.


Il est certain que, dans les deux cas, les condamnés avouent tout ce qu’ils savent, et surtout ce qu’ils ne savent pas, mais que les juges ont envie d’entendre.


La Brinvilliers sera décapitée le lendemain, son corps livré au bûcher pour ne pas priver le bon peuple de Paris, bourgeois et nobles, du spectacle qu’ils sont venus voir, d’autant plus attrayant, vu l’horreur des crimes de la suppliciée.


C’est ainsi que périt la première des empoisonneuses, ce ne sera pas la dernière.


L’affaire était grave, il fallait vérifier au plus vite les dires de la Brinvilliers, et arrêter ses complices avant que l’affaire n’enflamme la capitale, et n’atteigne le roi. L’enquête est confiée à Gabriel Nicolas de La Reynie, Lieutenant général de police, qui vient d’être nommé par Colbert à la tête de la Chambre Ardente, tribunal extraordinaire pour les affaires d’exception touchant à la sécurité de l’État.



— --oOo-- — 



Laissons là cette sombre histoire, pour revenir quelques mois en arrière.


Depuis plusieurs jours, Baptiste, cadet du Poitou, chevauche vers Versailles. Il espère trouver, malgré son jeune âge, une place aux écuries du roi. Surtout, il a hâte de retrouver sa fiancée, la belle Marie-Anne, femme de chambre de la maison de Madame de Montespan.


Marie-Anne, ce nom lui a été donné par son père en l’honneur de Marie-Anne de Bourbon, fille des amours du roi avec Louise de La Vallière que celui-ci venait de légitimer, avec le titre de Mademoiselle de Blois. La Vallière eut moins de chance, moyen bien pratique utilisé par Sa Majesté pour se débarrasser de ses anciennes maîtresses, elle fut envoyée finir sa vie dans un couvent.


Quand Marie-Anne eut quatorze ans, son père l’envoya à Paris munie d’une lettre d’introduction de son oncle bien en cour, avec l’espoir inavoué qu’une bonne fortune rejaillirait inévitablement sur toute la famille.


Louis XIV avait l’habitude de choisir celle qui partagerait son lit dans la suite de la reine ou de la favorite. Toutes les dames de la cour essayaient de se faire remarquer, certaines mariées, avec la bénédiction de leurs époux qui voyaient là une façon bien commode de se faire distinguer. Même la marquise des Œillets avait l’espoir de partager un jour la couche royale, elle dut attendre plusieurs années pour que ce rêve se réalise.


La jeune Marie-Anne espère donc comme les autres. Elle se souvient de son arrivée au château, il y a bientôt un an. L’intendant, qui devait lui attribuer sa place, lui a fait comprendre qu’une petite gâterie serait favorable à sa demande. Docile, elle s’exécuta et fit sa première fellation avec beaucoup d’application, surprise d’y prendre goût. Au fil du temps, côtoyant les jeunes freluquets de la cour, elle apprit tous les secrets de la vie.


Mademoiselle des Œillets la remarqua, elle la fit entrer, comme dame de compagnie, au service de Madame de Montespan. Ainsi, Marie-Anne eut droit à certains égards et à loger au château.


Ce soir-là, quelle ne fut sa surprise de voir Baptiste, son amoureux, venu l’attendre dans les couloirs menant aux chambres sous les combles du château, chambres réservées à certains serviteurs et aux petits nobles.


Baptiste était resté chaste depuis le départ de Marie-Anne. Un peu réservé quand elle lui a sauté au cou pour l’embrasser, il ne savait que faire de ses mains. Il la trouva encore plus belle qu’avant. Voulant lui faire profiter de l’expérience acquise dans les boudoirs de Versailles, elle fit preuve d’initiatives qui surprirent agréablement son bien-aimé. Le logis était petit, le lit très étroit, mais les amoureux n’en avaient cure, ils s’aimèrent toute la nuit.


Grâce à plusieurs arrangements dont Marie-Anne a le secret, Baptiste fut nommé aux écuries du roi pour s’occuper des chevaux. Tous les soirs, ils se retrouvaient dans les combles du château pour partager leur petit lit.


Elle aimait bien son Baptiste, mais les grands de ce monde avaient d’autres attraits. Éblouie par le faste de la cour, Marie-Anne se voyait déjà marquise ou duchesse, un beau parti qui sûrement ravirait son père. Lors des réceptions données par le roi à Versailles, ou après les représentations de Molière, auxquelles Baptiste n’avait pas accès, elle se laissait parfois aller dans des bras qui la tenaient éveillée toute la nuit. Comme tous les amoureux, Baptiste était aveugle. Au petit matin, il accueillait sa bien-aimée avec toujours autant de joie.


Tous les soirs, les jeunes tourtereaux se retrouvaient, sauf quand le roi changeait de résidence, Marie-Anne devant suivre la cour à Fontainebleau ou aux Tuileries.


Une fois, elle dut accompagner le roi sur un champ de bataille. La guerre faisait rage, mais Sa Majesté aimait en faire profiter son entourage et quelques courtisans. Il avait pris place dans le carrosse royal face à la reine et à Madame de Montespan, suivait le carrosse des gens de la reine, puis celui de la maison de la favorite, c’est là que pris place Marie-Anne avec la des Œillets et trois autres dames de compagnie.


Pendant ce temps, Baptiste, n’osant rester seul au château, passait ses nuits à côté des chevaux, comme les autres palefreniers. Marie-Anne revint enchantée, avant même de faire l’amour, elle lui raconta son périple avec moult détails.




— --oOo-- — 



À Versailles, Louis XIV appliquait la règle « diviser pour mieux régner ». Il distribuait récompenses et blâmes selon son bon vouloir, suprême honneur, assister au coucher ou au lever du roi. Ce qui inévitablement, créait des inimitiés parmi les courtisans.


Le passé amoureux du monarque était connu de tous. Il ne pouvait susciter que jalousie et espoir parmi les dames de la cour.


Louis XIV était monté sur le trône depuis dix ans, lorsque sa mère, Anne d’Autriche, décida d’en faire un homme, il avait alors quinze ans. Elle chargea la Baronne de Beauvais, sa femme de chambre, de le déniaiser. De vingt-cinq ans son aînée, disgracieuse pour ne pas dire laide et borgne de surcroît, elle était surnommée Cateau la Borgnesse. Elle s’acquitta de sa tâche avec zèle. Le roi sembla y prendre goût, on ne fait pas le difficile à cet âge. Il retourna la voir plusieurs fois pour parfaire son éducation.


Ce fut sa première conquête, mais pas la dernière.


Jeux d’enfants, amour d’adolescent, le roi profita de son expérience pour séduire Olympe, Hortense et Marie Mancini, les nièces du cardinal. Amoureux, il eut même la prétention de vouloir épouser cette dernière, folie de jeunesse. Pour éviter une mésalliance, la reine se chargea d’éloigner rapidement la donzelle, en la faisant enfermer sous bonne garde dans une citadelle loin de Versailles. Le roi pleura, mais se remit rapidement de cette séparation. Mazarin venait de lui trouver une femme digne de son rang, l’infante Marie-Thérèse d’Autriche, qui, comme tout le monde le sait, était espagnole.


Sans oublier d’honorer régulièrement la reine, Louis XIV multiplia les conquêtes. Il s’intéressa rapidement à Henriette d’Angleterre, la femme de son frère Philippe d’Orléans plus à l’aise avec de jeunes hommes qu’avec sa femme. Pour le détourner de ce qui aurait pu faire scandale, on lui présenta la jeune et belle Louise de La Vallière, dont il eut cinq enfants. Il fut ensuite attiré par Athénaïs, la Marquise de Montespan, sa favorite pendant 14 ans. Maintenant, il n’avait d’yeux que pour Marie-Angélique, Duchesse de Fontanges, et bientôt pour Madame de Maintenon, pour ne citer que les favorites en titre.

Mais, nous n’en sommes pas encore là.


Pour l’heure, l’intérêt du roi pour Mademoiselle de Fontange ne pouvait que susciter la fureur de Madame de Montespan. Prête à tout pour retrouver la faveur royale, elle envoya à Paris la marquise des Œillets, sa fidèle dame de compagnie, pour une mission de la plus haute importance.


Tout naturellement, celle-ci demanda à Marie-Anne de l’accompagner :



C’est ainsi que les deux femmes se retrouvèrent dans l’antre de La Voisin, ce 16 novembre 1676.


Pour sa maîtresse, la marquise venait chercher une potion qui redonnerait au roi le regain d’amour qu’elle espérait et le détacherait de cette demoiselle de Fontange.


Informée de sa venue, La Voisin avait préparé une fiole contenant une poudre bleue composée de bave de crapaud, de fiente de chauve-souris, du sang menstruel séché d’une vierge, et de cantharide pour ses propriétés aphrodisiaques.


La marquise ne voulait pas s’attarder plus que nécessaire, mais une idée lui trottait dans la tête. Elle avait entendu dire que La Voisin était aussi spécialisée dans la confection de poisons très efficaces, qui ne laissait aucune trace. Son amant devenant encombrant, c’était une opportunité à saisir.


La Voisin, habituée à ce genre de demande, lui montra un creuset contenant une poudre jaunâtre, composée de divers ingrédients, certainement censés impressionner les acheteurs, comme le vert-de-gris ou la coque du Levant, mais principalement de l’arsenic en forte dose, de loin le plus efficace.



Daltonienne, la marquise ne distinguait pas les couleurs, pour elle, tout était marron. Ne voulant pas se compromettre, elle confia à Marie-Anne les deux fioles. Elle mit dans sa robe, à droite, celle contenant la poudre bleue à destination du roi, à gauche celle qu’elle destinait à son amant.


Après avoir payé son dû à l’empoisonneuse en louis sonnants et trébuchants, elles rentrèrent à Versailles le plus discrètement possible.


Arrivée à destination, la marquise demanda :



Munie de la précieuse potion, elle se rendit auprès de Madame de Montespan qui s’enquit, sans plus tarder, de la réussite de son entreprise.



— --oOo-- — 



Tandis que Marie-Anne rejoignait Baptiste dans les combles du Château, Mademoiselle des Œillets retrouvait son amant en ville dans un petit hôtel particulier. Elle avait fait préparer un souper fin, dans lequel elle mélangea le contenu de la fiole qui devait la libérer. Le malheureux ne remarqua aucun goût particulier au repas qu’ils partagèrent avant de regagner leur chambre.


Il se fit tendre, elle répondit à ses avances qui devaient être les dernières, autant en profiter avant que le poison ne fasse son effet. Leur nuit fut des plus chaudes.


Quant au matin, se croyant débarrassée définitivement de son amant, Mademoiselle des Œillets le trouva en grande forme, sa première pensée fut pour cette La Voisin, un charlatan, sa poudre n’avait eu aucun effet. En pensant à la performance inattendue de son amant durant la nuit, elle eut un doute. Elle essayait de se souvenir… Elle avait mis elle-même les fioles dans les poches de la robe de Marie-Anne, celle qui devait la débarrasser de son galant dans la poche de droite. Donc, la fiole pour Madame de Montespan était dans celle de gauche. Ne distinguant pas les couleurs, elle avait pris sans méfiance celle que lui avait tendue Marie-Anne, sans savoir que, comme beaucoup de monde, celle-ci confondait souvent la droite et la gauche. Plus elle y pensait, plus le doute se transformait en certitude. Quelle affreuse méprise ! Sans s’en rendre compte, elle allait être responsable de la mort du roi. Épouvantée, elle resta prostrée quelques instants.


Retrouvant son calme, la marquise se rendit sur-le-champ chez Madame de Montespan. Elle fut soulagée de voir que la fiole mortelle était toujours à sa place. Impossible de la récupérer sans se faire remarquer. Elle alla retrouver Marie-Anne qui prit peur en se voyant responsable de la mort du roi. Il fallait trouver rapidement une solution. Jamais à court d’idées, la marquise savait qu’il fallait être très prudente, les conséquences de son geste pouvaient lui être fatales :



Devant le silence de Marie-Anne, elle exposa son plan et rajouta :



Marie-Anne, en pleurs, vint se confier à Baptiste. Effrayé de devoir s’introduire dans les appartements de la favorite, il prit peur en entendant ce que sa belle attendait de lui. Elle dut user de ses charmes pour venir à bout de ses réticences. Il comprit ce qu’elle risquait. En galant homme, il accepta pour la sauver, et de surcroît, il sauverait le roi.


Elle lui exposa son plan, enfin celui de sa maîtresse, l’assurant que la voie serait libre. Leur nuit fut torride, Baptiste réalisant toutes les folies qu’il avait imaginées dans ses rêves les plus fous. C’était sa façon à elle de le remercier par avance.


En se réveillant, Baptiste n’eut pas le temps de trop penser, occupé par la gâterie dont Marie-Anne avait fait sa spécialité. Son réveil fut donc des plus doux.


Au petit jour, deux ombres guettaient dans les couloirs du palais. Elles attendaient le départ de la favorite qui, comme tous les jours, devait se rendre à la messe en compagnie de Sa Majesté et de la reine.


Marie-Anne alla distraire le valet de Madame de Montespan, trop content de l’aubaine, tandis que Baptiste se glissait dans l’appartement, à la recherche du poison qui pouvait mettre fin à la vie du roi. Il le trouva rapidement, et le cacha dans son pourpoint.


Sortant sans faire de bruit, certain de retrouver sa fiancée pour lui annoncer la réussite de sa mission, Baptiste fut surpris par deux gardes du roi qui le saisirent alors qu’il fermait doucement les portes.


Marie-Anne, cachée dans un petit corridor, avait suivi l’arrestation de son amoureux. En fermant les yeux, elle s’était mis les mains sur les oreilles pour ne pas entendre ses cris. Que pouvait-elle faire d’autre ? Elle pleurait. Se sentant coupable, elle courut chercher du secours auprès de sa maîtresse :



Marie-Anne comprit qu’elle avait été jouée, elle n’insista pas, et se retira dans sa petite chambre, pleurant sur le lit qu’elle partageait hier encore avec Baptiste.


Ne pouvant plus rester au service de Madame de Montespan, elle rejoignit l’entourage de la reine, grâce à l’entremise de la marquise des Œillets pressée d’éloigner un témoin gênant.


Baptiste fut mené illico devant monsieur de La Reynie qui le confia à ses sbires de la Chambre Ardente. Le poison trouvé sur lui ne laissait aucun doute sur sa culpabilité. La poudre fut testée sur un chien qui mourut dans l’instant.

Avait-il voulu assassiner la maîtresse du roi, peut-être le roi lui-même ? Attenter à la personne sacrée du roi, le pire crime venait d’être évité.


L’enquête fut longue, très longue. Les jours, les semaines, les mois passaient, Baptiste se lamentait dans les geôles de Vincennes. Il pensait à sa fiancée, avait-elle aussi été arrêtée ?

Répondant par bribes incompréhensibles aux questions de ses juges, il passa pour un simple d’esprit. Il resta muet sur le rôle joué par Marie-Anne dans cette aventure. Personne ne sut jamais comment il s’était procuré ce poison, mais voulait-on vraiment le savoir ?


Entre-temps, La Voisin avait été arrêtée.

Elle parla, trop, dénonça tous ses complices, mentionna le nom de ses illustres clientes, espérant ainsi la grâce de ses juges.


La Reynie, épouvanté par ses aveux, alla s’en ouvrir à un intime de Sa Majesté, François Michel Le Tellier, marquis de Louvois, alors secrétaire d’État à la Guerre qui, devant la gravité des révélations, se rendit sans attendre auprès de sa majesté pour l’informer de la tournure de l’instruction.



Le roi faisait, bien sûr, allusion à Madame de Montespan. Avait-elle eu l’intention d’attenter à sa vie ? La favorite ne pouvait être mise en cause, ni même interrogée. Impossible de l’impliquer sans que cela ne rejaillisse inévitablement sur sa royale personne.


Louvois s’empressa de demander à La Reynie d’approfondir autant qu’il serait possible l’affaire en question, et lui demanda de lui confier toutes les pages de son interrogatoire, afin de ne laisser aucune trace de cette lamentable histoire qui pouvait faire chanceler le royaume. C’est ainsi que bon nombre de complices furent arrêtés, mais personne ne sut de quoi ils étaient exactement accusés.


La justice est lente et implacable. Trois ans plus tard, après un procès vite bâclé, Baptiste fut condamné à être brûlé vif. La question ordinaire ne lui fut pas appliquée de peur de ce qu’il aurait pu dire, ou qui il aurait pu dénoncer. Le lendemain, à la grande joie des Parisiens, il fut exécuté en place de Grève avec La Voisin et plusieurs de ses complices.


Madame de Sévigné, qui assistait au spectacle, écrivit à sa fille, Madame de Grignant, en son château de la vallée du Rhône :


« Un juge, à qui mon fils disait l’autre jour que c’était une étrange chose de la faire brûler à petit feu :



Vous voyez bien, ma fille, que ce n’est pas si terrible que l’on pense ».


Après avoir versé toutes les larmes de son corps, Marie-Anne se consola dans les bras du roi. Amoureux de toutes les femmes qu’il croisait à la cour, il n’avait pu rester insensible aux charmes de la jeune et douce nouvelle femme de chambre de la reine. Son père fut heureux de recevoir en fermage les terres qui s’étendaient autour de sa modeste demeure. Quelques mois plus tard, Marie-Anne donnait naissance à une fille baptisée du doux prénom de Blanche, que Madame de Maintenon éleva avec les autres enfants du roi.


Nous ne saurons jamais qui eut la préférence dans le lit royal, Madame de Montespan ou Madame de Maintenon ? La première lui a donné sept enfants, il s’est marié avec la seconde dans le plus grand secret.

Discret sur sa vie intime, Louis XIV n’en parla jamais dans ses mémoires.



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Avec l’exécution des dernières empoisonneuses et de leurs complices, l’affaire était close. Ni Madame de Montespan, ni Mademoiselle des Œillets ne furent jamais inquiétées. Celle-ci termina sa vie dans le luxe de son hôtel particulier de la rue Montmartre à Paris, tandis que Madame de Montespan se retira à proximité de l’abbaye de Fontevrault dirigée par sa sœur, elle s’éteignit à l’âge respectable de soixante-sept ans.


Quant à Marie-Anne, depuis longtemps délaissée par son royal amant, elle fut envoyée finir ses jours dans une abbaye lointaine, aux marches du royaume, elle avait à peine vingt ans. Elle mourut dans l’anonymat le plus complet. Baptiste fut entièrement ignoré des historiens, les interrogatoires de la Chambre Ardente concernant Madame de Montespan ayant été détruits sur ordre du Monarque.


Sévère envers les petites gens, la justice l’était beaucoup moins pour les grands de ce monde. Comme l’écrivit La Fontaine dans une de ses fables :


« Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir ».