| n° 23020 | Fiche technique | 49686 caractères | 49686 8674 Temps de lecture estimé : 35 mn |
28/04/25 |
Résumé: Une maison isolée, un meurtre, un huis clos, une enquête façon Cluedo. Pas de quoi défriser notre héroïne. | ||||
Critères: #humour #policier #personnages | ||||
| Auteur : Laetitia Envoi mini-message | ||||
Candy avait le sexe de Taylor juste au-dessus de son visage. Les deux femmes étaient tête-bêche sur le lit. La langue de Candy s’agitait entre les lèvres de sa partenaire. Ses mains tenaient fermement ses fesses. Taylor poussait des petits cris, quand…
L’ordre du réalisateur claqua. Les deux femmes se relevèrent.
Candy posa ses poings sur ses hanches. Elle dit au metteur en scène :
Le metteur en scène s’interposa entre ses actrices, Candy Love 1 et Taylor Sif.
Puis, tout en marmonnant en sortant de la pièce :
Taylor quitta la pièce, un sourire aux lèvres. Candy se planta devant le metteur en scène :
oooOOOooo
Remettons les choses dans leur contexte.
Nous sommes au cœur des Alpes, quelques semaines avant Noël, dans une grande maison isolée à près de 1800 mètres d’altitude et au milieu des sapins.
Une équipe de tournage s’affairait à réaliser ce qui devait être le chef-d’œuvre du cinéma pour adultes, Le plus dur est derrière toi. Le tournage du film porno battait donc son plein, ou du moins, c’est ce que tout le monde pensait au début. Mais bien sûr, rien ne se passe jamais comme prévu… surtout lorsque les intervenants sont aussi… hauts en couleur.
Pour ne rien arranger, les conditions météo n’aidaient pas. Une tempête venait de débuter. Le vent hurlait à l’extérieur, la neige battait contre les fenêtres comme des coups de poing, et à l’intérieur, le chaos régnait. C’était juste censé être un tournage en toute simplicité, une comédie romantique pour adultes, avec des situations torrides, des répliques bien placées et des scènes de sexe scénarisées, où l’on joue avec la chimie… et les corps. Enfin, tout ça, c’était selon le réalisateur. Car il y avait un petit problème. Les deux « stars du film », Candy Love et Taylor Sif ne pouvaient pas se supporter. Depuis le premier jour du tournage, l’hostilité entre elles était palpable. Taylor, une blonde sculpturale au regard perçant, adorait être sous les projecteurs. Candy, brune, mystérieuse et… légèrement caustique sur les bords, n’avait qu’une seule règle : elle ne voulait pas être éclipsée. Et la compétition entre elles devenait de plus en plus féroce.
À la barre de ce navire en perdition se trouvait Jean-Luc Grodard, un réalisateur au nom évocateur, persuadé d’être le prochain grand auteur du septième art, bien que ses œuvres précédentes se soient surtout distinguées par des jeux de mots douteux et des scénarios aussi profonds qu’une flaque d’eau. On trouvait à sa filmographie, Le ramoneur des Lilas, Chéri j’ai agrandi les godes, Tata Nique ou bien encore Total Rectal. Jean-Luc Grodard, que tout le monde appelait JLG, était persuadé de sa propre « génialité ». Son obsession pour créer une œuvre révolutionnaire le rendait aveugle aux tensions croissantes parmi son équipe. Il interprétait les conflits comme des manifestations de la passion artistique, ignorant les véritables problèmes sous-jacents.
Taylor Sif, depuis le début du tournage, affichait une moue boudeuse qui aurait pu faire fondre un iceberg. Son animosité envers sa co-vedette, Candy Love, était aussi palpable que les muscles huilés de leurs partenaires masculins. Leur antipathie réciproque était bien connue dans le milieu du film X. Pourtant, Jean-Luc Grodard avait choisi de l’ignorer. Mais les deux actrices, au lieu de se disputer les faveurs de la caméra, s’engueulaient tout court depuis la veille, lors de leur arrivée sur le tournage.
Taylor Sif, ayant plus qu’attaqué la seconde moitié de la trentaine, était une actrice au sommet de sa carrière, habituée à être le centre de l’attention. Son professionnalisme cachait une profonde insécurité, liée à la peur de « l’obsolescence », dans une industrie où la jeunesse est primordiale. Cette crainte la rendait particulièrement sensible à la présence de Candy Love, l’étoile montante du milieu, qu’elle percevait comme une menace directe. Leur rivalité était alimentée par des échanges agressifs et des tentatives constantes de se surpasser l’une l’autre sur le plateau et aussi en dehors.
Hormis Taylor Sif, de son véritable nom Maeva Garnier, de Candy Love, de son vrai nom Clémentine Favre, d’Edmond Bernier, alias Jean-Luc Grodard, alias JLG, l’équipe était constituée de Xavier Ponce, alias Max Macho, l’acteur principal, Jean-Yves Morin, le cameraman, Sabrina Fresnel, l’ingénieure du son, également éclairagiste, Sophie Léger, la maquilleuse et Camille Chardin, l’assistante du réalisateur et accessoirement accessoiriste, mais aussi costumière, en fait femme à tout faire.
Dès l’arrivée à la maison la veille, alors que pluie et neige mêlées battaient les vitres du minibus de location, ça avait commencé à valser.
Jean-Luc s’est écrié en descendant et en levant les bras au ciel très théâtralement, enroulé dans une écharpe bariolée :
Ils entrèrent dans un hall sombre, poussiéreux, décoré de portraits d’ancêtres inexpressifs. Une armure rouillée, une horloge arrêtée à minuit, des craquements sinistres.
Un coup de tonnerre fit sursauter tout le monde.
Taylor lâche un ricanement tranchant comme un gloss mal appliqué :
Max Macho, l’acteur principal au look de bad boy arborait son éternel cuir noir et une barbe de trois jours savamment entretenue. Il projetait une image de mâle invincible, de par ses muscles saillants, savamment entretenus dans une salle de sport et aussi par la taille de son sexe… Cependant, il était en proie à un conflit interne et à une grande crise existentielle, étant homosexuel refoulé (du moins se croyant homosexuel, car n’ayant jamais pratiqué), dans un milieu où l’hyper-masculinité est valorisée. Son aversion croissante pour les femmes du plateau est le reflet de sa propre lutte avec son identité. Cela le rendait irritable et difficile à travailler. Chaque scène tournée avec Candy ou Taylor était pour lui une épreuve digne des douze travaux d’Hercule.
Un exemple ? Alors qu’il se préparait pour une scène en regardant son visage et son torse glabre dans une glace et en se posant l’éternelle question qui le taraudait depuis plusieurs semaines (Et si… j’étais… homo ???) :
Max soupira. Il avait l’air totalement perdu. Après tout, comment pouvait-il continuer à jouer l’homme viril, alors qu’il se sentait de moins en moins attiré par les filles sur le plateau et en dehors. Tout en se branlant pour conserver son érection, il se dirigea vers le sofa où devait avoir lieu la scène, au milieu des projecteurs. Il jeta un coup d’œil au cameraman, qui, pour l’anecdote, était toujours habillé en sweat et en jean et semblait plus intéressé par les angles de caméra que par les angles de séduction.
Camille Chardin, l’assistante du réalisateur, était une jeune femme discrète et efficace. Elle était myope comme une taupe et on distinguait à peine son regard, pourtant joli, derrière ses lunettes épaisses. Avec son look de bibliothécaire, elle faisait figure d’OVNI sur un plateau de film X. Son secret ? Être amoureuse en cachette de Candy Love. Pour elle, c’était à la fois une source de motivation et de souffrance. Elle admirait la confiance apparente de Candy, mais a été également témoin de ses moments de vulnérabilité, renforçant encore son affection et son amour. Camille, luttant avec ses sentiments, tentait coûte que coûte de les cacher, consciente des complications professionnelles et personnelles qu’une telle révélation entraînerait. Mais évidemment, Candy ne la voyait même pas. Camille se contentait de jeter des regards furtifs, espérant que la jeune femme aurait un jour un geste de tendresse… ou elle, une inspiration pour rompre avec cette situation qui la perturbait tant.
Alors que Max se dirigeait vers la scène où l’attendait Taylor en petite tenue, une dispute éclata à nouveau.
Taylor Sif interpella Jean-Luc, en désignant Candy Love, absorbée par son téléphone portable :
Jean-Luc Grodard leva les yeux au ciel.
La tension entre les deux actrices avait franchi un nouveau seuil, et ce n’était pas qu’une question de rivalité professionnelle.
Dans un coin de la pièce, Camille, l’assistante du réalisateur, observait la scène en silence, son cœur battant la chamade.
Sophie, la maquilleuse, se tourna vers elle, un pinceau à la main.
Mais continuons la présentation de la petite équipe de tournage.
Sophie Léger, la maquilleuse, était une observatrice silencieuse des dynamiques du plateau. Empathique, son rôle en coulisses lui permettait de recueillir les confidences des acteurs et d’anticiper les explosions émotionnelles. Psychologue, elle jouait souvent le rôle de médiatrice officieuse, même si elle ne se mettait pas beaucoup en avant. Enfin, là, avec Candy et Taylor, elle avait du pain sur la planche, comme on dit.
Le staff technique, Sabrina Léger, une trentenaire et Jean-Yves Morin, un quinqua, étaient des vieux routiers des plateaux. Sabrina s’amusait de la guéguerre entre Candy et Taylor. Jean-Yves, lui était plutôt flegmatique et taiseux.
Les seconds rôles devaient arriver le lendemain. En attendant Amélie Paquin, alias Léa Seydur, Sarah Gide, alias Pepper Doll, Antoinette Chapuis, alias Cherry Poppins, Abdoulaye Diallo, alias Docteur Monster et Aurélien Girard, alias Massimo Gucci, les premiers rôles avaient commencé le tournage des scènes principales.
Voilà où on en était. Ah ! Si, pour couronner le tout, la tempête de neige qui faisait rage devait encore s’aggraver dans la soirée.
oooOOOooo
Alors que dehors les éléments se déchaînaient et que la nuit était tombée, dans la salle à manger, Candy Love était agenouillée devant Max Macho appuyé à une table en chêne. Elle était en train de lui faire une fellation. Jean-Yves filmait en gros plan en se disant que ce n’était plus de son âge de se casser le dos en trois et que son arthrose du genou le travaillait de plus en plus. Sabrina tendait son micro au bout de sa perche tout en tournant légèrement un projecteur, pour modifier l’éclairage de la scène.
« Oh putain, les dialogues de merde », pensa Candy.
Candy fit un signe demandant à ce que l’on arrête le tournage.
Puis Taylor interpella Jean-Luc :
C’est à ce moment-là, très précisément, que l’électricité fut coupée.
Ça, c’était la voix de Candy. La voix de Camille lui répondit :
La voix de Jean-Luc ajouta :
« Si seulement elle savait combien je l’admire », pensa Camille en regagnant sa propre chambre, un peu déçue.
oooOOOooo
Le lendemain matin, Camille descendit à la cuisine, vêtue d’un sweat trop grand et de chaussettes licorne. Elle préparait le café lorsque Jean-Luc entra.
Les membres de l’équipe les rejoignirent tour à tour.
Jean-Luc reprit la parole :
Une petite voix timide, celle de Camille, s’éleva :
Elle quitta la pièce, pour se diriger vers une des chambres, transformée en studio de montage et en remise pour le matériel, à la recherche de Sabrina.
Au bout de trente secondes, tout le monde sursauta en entendant un cri perçant. Camille venait de revenir, la main sur la bouche.
Tout le monde se précipita dans la pièce. Sabrina était affalée sur un bureau, les cheveux en bataille, le visage figé dans une expression de surprise très artistique. Une main tenait encore une cigarette non allumée, l’autre reposant sur un câble fondu. Apparemment, elle s’était électrocutée avec son matériel. Jean-Luc et Jean-Yves s’agenouillèrent devant le corps. Une lueur bleutée clignotait depuis l’écran d’ordinateur. Une odeur de plastique cramé flottait dans la pièce. Jean Luc toucha l’épaule de Sabrina. Sa tête tomba lourdement sur le clavier.
Jean-Yves hocha la tête.
Jean-Luc se releva et leva les bras au ciel.
Après une dure matinée de labeur, l’équipe se retrouva pour le déjeuner. L’occasion de faire un point sur la situation. Tout le monde est rassemblé, Taylor en peignoir léopard, Candy déjà remaquillée après le tournage de sa scène (même en cas de crise), Max en caleçon Calvin Klein et bonnet tricoté. Jean-Yves notant fébrilement dans un carnet. Sophie distribuant des tisanes.
Jean-Yves dit d’un ton quasi exalté :
Un silence glacial s’ensuivit. Taylor dit sur un ton paniqué :
Tout le monde était installé autour de la table. Jean-Yves fit un plan, style Cluedo.
Camille baissa la tête, elle se dit qu’elle devait s’accrocher, principalement à Candy, comme si elle était la seule chose encore réelle dans ce tournage devenu un cauchemar.
Après que le tournage fût encore stoppé, notamment du fait de problèmes d’érection de Max, l’équipe se rassembla au salon. La tempête battait toujours son plein dehors. Le feu crépitait dans la cheminée, mais personne n’était réchauffé. Jean-Yves en pull tricoté main « I Love Sony PXW-Z380 », traça un plan de la maison sur un vieux tableau Velléda. Tel un chef de guerre improvisé, il prit la parole :
Candy, ironique, lui répondit :
Ils le retrouvèrent, dans son bureau, mort, un foulard noué autour de la gorge. Étranglé.
Max ajouta :
D’un ton soupçonneux, Candy dit :
Taylor dit à Candy sur un ton sarcastique :
Max, dit d’un air paniqué :
Taylor coupa tout le monde :
Jean-Yves, Camille et Candy se sont mis à fouiller les affaires de Jean-Luc. Des papiers, des scénarios raturés, des photos bizarres de JLG en toge près d’une statue grecque, ou en short tyrolien à bretelles.
Camille s’exclama :
De leur côté, Taylor et Max discutaient en montant l’escalier :
Une demi-heure plus tard, Max est redescendu et a rejoint les autres dans le salon.
Jean-Yves afficha le scénario modifié sur son tableau.
Ils grimpèrent les escaliers affolés.
Dans la salle de bain, l’atmosphère était lourde. Le miroir était encore embué. L’eau débordait légèrement de la baignoire. Des bulles roses flottaient à la surface.
(Flash-back)
Taylor, nue dans la salle de bain, se regarde dans le miroir. Elle réajuste son rouge à lèvres, replace ses mèches, glisse un doigt sur sa joue avec la grâce d’une publicité pour un démaquillant. Elle murmure, comme si elle répétait une scène. Le ton est toutefois dramatique.
Elle glisse sa main entre ses cuisses et commence à se caresser. Elle entend un bruit derrière elle. Un grincement sourd. Elle se retourne, mais la salle de bain est vide. Juste de la buée sur le miroir.
Elle soupire.
Elle ouvre la porte du placard à serviettes… rien. Personne…
Elle se penche pour ramasser son eyeliner tombé au sol… quand deux mains surgissent derrière elle et l’attrapent par les épaules.
Elle tente de crier, mais on lui plaque un chiffon parfumé au chloroforme sur la bouche et le nez.
(Fin du flash-back)
Candy s’est approchée lentement, a tiré le rideau en plastique qui cachait une partie de la baignoire… Elle poussa un cri… À l’intérieur, le corps de Taylor flottait, visage figé dans une expression d’horreur, les yeux exorbités et… un godemichet en plastique enfoncé dans la gorge.
Sophie, depuis le couloir, ajouta :
Le groupe, ou ce qu’il en restait, au bord de la panique, est redescendu au salon. Max a bu trois tisanes calmantes d’affilée. Candy fumait une cigarette comme dans un vieux film noir.
Reprenant le scénario, Camille dit :
Ils se regardèrent tous. Soupçons. Frissons.
Camille leva la main pour réclamer le silence :
Sophie, souriante, répondit :
Elle sortit un pistolet… et leur sourit en les braquant.
Après un moment de silence, Candy brisa le silence :
Jean-Yves s’est avancé vers Sophie :
Jean-Yves marqua un temps d’arrêt. Juste au moment où Max se mit à genoux en suppliant Sophie :
Le tout avant de perdre connaissance.
Sophie regarda Max. Ces quelques secondes de déconcentration suffirent à Jean-Yves pour s’approcher d’elle et abattre le tranchant de sa main sur le poignet de la maquilleuse. Le pistolet est tombé au sol. Jean-Yves et Candy se sont jetés sur Sophie et l’ont immobilisée sur le tapis.
oooOOOooo
Le lendemain, la tempête était calmée. Le ciel s’était dégagé et le soleil brillait sur la neige. Le réseau téléphonique était revenu.
Les secours sont enfin arrivés. Les ambulances et les véhicules de la gendarmerie, de la police scientifique, clignotaient sous le ciel gris. Il y eut même un médecin légiste. Le grand jeu quoi. Sophie, menottée, hurlait encore des répliques absurdes aux gendarmes.
Max, toujours vivant, fut emporté sur un brancard sous une couverture de survie, les cheveux parfaitement coiffés.
Candy s’éloigna, vêtue d’un manteau en fausse fourrure et de lunettes de star. À ses côtés, Camille. Main dans la main.
Le mot FIN s’affiche sur l’écran. Mais…
Extrait de l’émission « Confidences Crues » – Interview exclusive de Candy Love et Camille Chardin.
L’ambiance est chic, faussement détendue. Une émission « culturelle » de fin de soirée avec plantes en plastique et mugs jamais utilisés.
La journaliste, Daphné Castel, une icône médiatique bobo-intello, est assise en face de Candy Love, resplendissante dans une tenue sobrement provocante, et Camille, tailleur noir, discrète mais parfaitement contrôlée.
Une tasse de thé fume sur la table. Aucun des trois ne la boira.
Daphné Castel : Bonsoir à toutes et tous. Ce soir, dans « Confidences Crues », un face-à-face exceptionnel. Plusieurs mois après ce que la presse a surnommé Le massacre du manoir du X, elles sortent du silence.
L’une est une icône du porno devenue symbole de résilience, l’autre, une inconnue devenue une héroïne malgré elle. Candy Love, Camille Chardin. Bonsoir.
Candy (sourire en coin) : Bonsoir.
Camille (un peu raide, mais calme) : Bonsoir.
Daphné Castel : D’abord… comment allez-vous ? Vraiment.
Candy : Mieux. Disons que j’ai arrêté de sursauter chaque fois que quelqu’un dit « Action ».
Camille : Mieux également. Merci de nous inviter à revivre le pire week-end de nos vies en haute définition.
Candy : On est là parce qu’on a choisi de ne plus laisser les autres raconter notre histoire.
Daphné Castel (sourire nerveux) : On sent que l’humour noir n’a pas disparu. Mais derrière ça… vous avez vécu une expérience hors norme. Trois morts. Une enquête étouffée. Et puis toutes sortes de rumeurs. Une histoire d’amour aussi, dit-on. Vous souhaitez y répondre ?
Candy (regardant Camille) : Non.
Camille (sans détourner le regard) : Ce qui s’est passé là-bas est à nous. À ceux qui sont restés en vie.
Daphné Castel : Parlons de ce tournage. On l’a présenté comme « expérimental », « arty », « post-pornographique » … À quel moment avez-vous senti que les choses dérapaient ?
Candy : Quand on s’est rendu compte que personne n’avait l’air d’avoir lu le scénario.
Camille (plus grave) : Quand les regards sont devenus hostiles. Il y avait une tension étrange dès le départ. Pas juste du stress… quelque chose de plus… prédateur.
Daphné Castel : Vous parlez de méfiance. Pourtant, vous étiez vous-mêmes en conflit, non ? Candy, on vous décrit comme… difficile sur les tournages.
Candy : « Difficile », c’est ce qu’on dit des femmes qui ne sourient pas quand on leur manque de respect.
Daphné Castel : Justement… Camille, vous étiez l’assistante. Observatrice. Presque invisible. Et pourtant, c’est vous que Candy a protégée. Pourquoi ?
Camille : Parce qu’elle a vu en moi ce que personne ne voit. Et moi, j’ai vu ce que personne ne veut regarder chez elle.
Daphné Castel (légèrement provocante) : Une histoire d’amour ?
Candy : Une histoire de reconnaissance. Ce qui est parfois plus intime que l’amour.
Daphné Castel : Candy…
Candy : Appelez-moi Clémentine, j’ai repris ma véritable identité !
Daphné Castel : Vous avez arrêté votre carrière dans le X ?
Candy : Oui, ce tournage aura été l’élément déclencheur. Mais c’est une réflexion que j’avais commencée avant. J’avais fait le tour de la question. Et puis, on m’a proposé des rôles dans le cinéma traditionnel. J’ai accepté. J’ai tourné mon dernier porno juste avant, « Very Bad Trique », mais je n’étais plus dans le moove, je l’avoue. J’étais démotivée.
Daphné Castel : Le cinéma traditionnel justement !
Candy : J’ai tourné dans un film très intimiste, « Les flocons tombent toujours droit » d’Andrej Kriezkowski. On m’a proposé une comédie aussi. J’ai refusé. Le scénario était ringard. J’aimerais qu’on me propose une bonne comédie, mais c’est rare. Là, je termine un polar, l’histoire d’une flic de la BRI. Et tiens, j’ai un scoop pour vous. J’ai été approchée pour le rôle féminin principal dans un blockbuster à Hollywood. Je crois que je vais accepter. Le premier rôle masculin sera tenu par Georges Clooney. On parle aussi de Will Smith pour un rôle de méchant.
Daphné Castel : C’est formidable Candy…
Candy : Clémentine…
Daphné Castel : … Clémentine. Georges Clooney ! Et quel sera votre rôle à vous ?
Candy : Je vais interpréter le rôle de Mangouste, la célèbre aventurière. Je crois qu’il reste des détails à régler avec l’auteure et créatrice de Mangouste, mais les avocats sont sur le coup. Ils devraient trouver un accord rapidement. Bon, j’aurais quelques scènes dénudées dans Mangouste, ce que je ne faisais plus, mais pas vraiment explicites. Sinon Piotr Szozrda m’a soumis le scénario de sa version du « Procès » de Kafka. C’est amusant, parce qu’il y a deux ans, on m’avait proposé une version X de « La Métamorphose ». Le projet n’a jamais vu le jour.
Daphné Castel : Donc le cinéma pour Clémentine et vous Camille ? Quelle est votre actualité ?
Camille : J’écris un livre. Un roman. Une enquête. Une autofiction. Je ne sais pas trop. Peut-être les trois. Je n’en suis qu’au début.
Daphné Castel : Si vous pouviez revenir dans ce manoir, referiez-vous les mêmes choix ?
Candy : Aucune idée.
Camille : On ne se pose pas ce genre de questions. Quand on vit ce genre d’aventure, on agit par instinct, rien de plus.
Daphné Castel : Clémentine, comment les gens vous perçoivent en tant qu’ancienne pornstar ?
Candy : Comment ils me perçoivent ? À vrai dire, je m’en fous. Moi, je ne regrette pas du tout cet épisode de ma vie. Je l’ai fait, c’est tout. J’y ai trouvé un certain épanouissement, un certain équilibre. Et vous ? Comment vous me percevez ?
Daphné Castel : Euh… Il est temps de faire venir Tania Velours, la chroniqueuse de l’émission, celle que l’on surnomme la snipeuse du PAF et qui a beaucoup de questions à vous poser, Mesdemoiselles. Tania, c’est à vous…
Tania Velours : Bonsoir. Ce soir, nous recevons donc deux survivantes d’un tournage porno qui a viré au thriller sanglant. Trois morts, des secrets, et peut-être… une idylle cachée ?
Avec nous : Candy Love, star déchue ou muse rebelle ? Et Camille Chardin, l’assistante discrète devenue personnage principal. Bonsoir les filles !
Candy : Ça commence bien.
Tania Velours : Alors, sérieusement… un tournage porno artistique dans un manoir paumé, une tempête, des meurtres… C’est moi ou vous cherchiez le buzz ?
Candy : Ah oui, bien sûr. On a commandé la tempête au Père Noël, on l’a fait livrer par Amazon et on a choisi la tueuse avec un casting sauvage.
Tania Velours : Allez, Candy. Vous avez toujours su faire parler de vous. Des rumeurs disent que vous avez couché avec le réalisateur et avec Max, le comédien. Et que ça aurait mis le feu aux poudres…
Camille (qui intervient agacée) : Vous êtes là pour enquêter ou pour fantasmer ? Sinon pour Max, je confirme, et pas qu’une fois, mais c’était du cinéma.
Tania Velours : Camille, parlons de vous justement. Avant cette histoire, personne ne connaissait votre nom. Maintenant, vous êtes en Une de certains journaux. Vous vous sentez comment en passant de l’ombre à la lumière ? Un peu opportuniste, non ?
Camille : Je n’ai pas demandé les projecteurs. Je ne me suis juste pas enfuie quand tout le monde crevait autour de moi.
Tania Velours : Et vous ne vous êtes pas enfuie non plus des bras de Candy, à ce qu’on dit (une photo s’affiche à l’écran d’elles deux, main dans la main). Alors ? Relation professionnelle ou « plus si affinités » ?
Candy : Vous voulez savoir si on baise ? Ou si on s’aime ? Parce que dans les deux cas, c’est plus intéressant que vos questions.
Tania Velours : Touchée ! Mais… c’est une vraie interrogation. Vous étiez une star du X, Candy. Séduire, c’est votre métier. Camille, c’est une débutante. On dirait presque une… proie.
Camille : Elle ne m’a jamais prise pour une proie. Vous, par contre, vous chassez des cadavres avec des micros.
Tania Velours : Vous étiez devenues proches, pendant le tournage. Mais depuis… certaines photos vous montrent ensemble, d’autres disent que vous ne vous parlez plus. Alors ! C’est quoi, votre lien aujourd’hui ? Candy, certaines rumeurs vous prêtent une liaison avec un chanteur célèbre, qui aurait d’ailleurs quitté sa compagne pour vous…
Candy : Foutaises, je ne connais aucun chanteur.
Camille : Ragots de journalistes. C’est une chose, peut-être compliquée à comprendre pour certains, mais que nous deux avons ressentie. Dans la maison, j’étais au plus bas. Clémentine m’a tenu la main. Et parfois, c’est bien plus puissant qu’une histoire d’amour.
Tania Velours : Alors la vraie question, c’est : pourquoi vous, deux femmes si différentes, êtes encore ensemble aujourd’hui ? Curiosité morbide ? Syndrome de Stockholm ? Ou… vraie romance médiatique ?
Candy : Peut-être qu’on est juste deux femmes fatiguées qu’on leur demande de se justifier d’être vivantes.
Tania Velours : On ne saura donc rien de plus ?
Camille : Non…
Daphné Castel (reprenant la main) : Merci à vous deux. Et à ceux qui nous regardent ce soir : souvenez-vous, les cicatrices ne mentent jamais. Mais parfois, elles sauvent. À la semaine prochaine. Je recevrai Edmond Dantès pour la sortie de son livre « J’ai un nom dur à porter ».
Générique, puis voix off : « Ce programme vous a été présenté par Carglass : Carglass répare, Carglass remplace ».
Dans les loges, dans la lumière tamisée après la lumière crue du plateau, Candy Love s’écroule sur la banquette.
1. ↑ Pour ceux qui l’aurait ratée, Candy Love a déjà été l’héroïne d’une autre histoire, L’art et la manière, parue ici.
2. ↑ Le Slasher Movie est un sous-genre du film d’horreur. On y retrouve souvent des groupes d’adolescents qui se font assassiner par des tueurs en série. Pour les Slashers les plus célèbres, on peut citer Halloween, la nuit des masques de John Carpenter, ou bien Scream ou Les Griffes de la Nuit de Wes Craven.