Le jour où Pierre-Yves m’a dit que sa frangine avait très envie de se faire sauter, je crois que j’ai failli m’étouffer, d’autant plus que j’étais en train de lui sucer la bite, car il faut que je vous dise, avec Pierrot, nous sommes un peu pédés.
- — Ben oui, quoi, elle a bien droit, elle aussi, à un peu d’amour, a-t-il ajouté devant mon air étonné… Toi qui t’y connais un peu en filles, tu ne voudrais pas lui donner ce petit plaisir ?
Pierre-Yves a une petite bite, mais j’aime la faire gonfler dans ma bouche et prends soin de bien la lui pomper. De toute façon, ce n’est pas pour sa queue que j’aime ce type, ce qui m’excite chez lui, c’est son côté pervers polymorphe, vicieux et obscène, j’adore sa perversité.
Lors de notre première rencontre, nous étions en terminale dans le même lycée. Avec ses airs plutôt efféminés, je l’ai toujours considéré comme mon alter ego. Il faut dire que, moi aussi, j’aimais jouer sur le côté féminin de ma personnalité pour attirer les mecs (et accessoirement les gonzesses). En particulier, j’avais de belles petites fesses, charnues et rebondies, que je savais bien cambrer.
Pierre-Yves me donna tout de suite très envie. J’adorais sa façon de parler, ses gestes un peu précieux, ses allusions à peine voilées, j’avais envie de le toucher, de l’embrasser, et plus si affinités. J’avais déjà fait quelques séances de touche-pipi avec un copain d’enfance.
Nous étions tous les deux internes au bahut ; à l’époque, c’était très fréquent pour les gus qui, comme nous, venaient de la campagne. Tout commença probablement par une espèce de rixe à cause d’un casier mal fermé. Nous fîmes mine de nous bagarrer, mais cette empoignade servit surtout à nous rapprocher et à nous coller l’un à l’autre dans un pugilat totalement improvisé. Issues de ce corps-à-corps, deux belles bandaisons, sa queue dressée contre mon bras et mon sexe dur contre sa cuisse. Par chance, les autres du dortoir n’avaient pas trop suivi l’affaire et n’étaient pas autour de nous à nous regarder. Cela nous permit de nous dégager sans que personne ne remarque rien. Mais nous ne sortîmes pas indemnes de cette confrontation. Nous regagnâmes chacun notre lit, mais nous n’arrêtions pas de nous jeter des coups d’œil furtifs, histoire de savoir ce qu’en pensait l’autre. Quelques jours plus tard, ce petit salopiaud m’entraîna un soir avec lui sous la douche et nous nous caressâmes comme des malotrus pendant un bon moment, à quelques pas du lieu où nos comparses se brossaient candidement les dents.
Malgré notre volonté de discrétion, nos camarades finirent par découvrir nos bien curieux penchants, au bout de quelques semaines. Évidemment, deux garçons ensemble, ça les écœurait et ils nous considéraient comme des anormaux, comme deux petites pédales ; accessoirement, nous faisions aussi office de souffre-douleur pour leurs humiliations. Nous en entendions des vertes et des pas mûres. Pour la plupart, ces gars de bonne famille détestaient les pédés, pourtant certains auraient sûrement aimé en croquer, à commencer par ceux qui nous mettaient parfois négligemment une main aux fesses !
Mais cela ne nous empêchait pas de nous aimer et de passer de bons moments ensemble, dès que l’occasion se présentait. Pierrot m’avait présenté à sa famille, qui était beaucoup plus cool que la mienne en matière d’éducation sexuelle, et nous passions parfois des week-ends ensemble dans leur maison familiale, avec la bénédiction des parents et de la fratrie.
Depuis, nous ne nous étions jamais perdus de vue et nous aimions de temps en temps nous retrouver et passer de bons moments, même si nous avions l’un comme l’autre nos vies par ailleurs. De son côté, il était macqué avec un grand black filiforme et très sensuel, tandis que moi, j’avais une vie nettement plus décousue. J’avais connu des mecs et des nanas, mais je crois que Pierre-Yves était quand même un de mes préférés, il y avait chez lui ce petit côté vicelard que d’autres n’avaient pas, et c’était toujours hyper-excitant de baiser avec cet obsédé.
Toujours est-il que ce jour-là, après que je l’eus bien enfilé, il me parla de nouveau de Marie-Aline. J’avais encore ma bite dans son cul quand il me demanda :
- — Alors, ça ne te dit pas de te la sauter, ma sœurette ? J’ai discuté avec elle, tu sais, elle se sent vraiment très seule, seule et désespérée. Si le fait de se faire baiser pouvait lui redonner, ne serait-ce qu’un semblant d’espoir, une étincelle de joie de vivre…
Finalement, j’ai déculé et ce petit cochon de Pierrot en a profité pour retirer ma capote pour la vider sur son pubis. Tout en le regardant se branler avec mon foutre, j’ai répondu :
- — Si elle veut tant que ça un mec, pourquoi ne met-elle pas une petite annonce ?
- — Parce que tu crois que si elle indique « Amputée d’une jambe et partiellement défigurée », les mecs vont se presser au portillon ?
- — Elle n’est pas obligée de le préciser.
- — Parce qu’ils ne vont pas le voir ? La jambe passe encore, mais avec sa tête de chiotte, elle découragerait même un type en manque.
- — Bof, elle n’est pas si horrible que ça, en plus, elle a de ravissants yeux verts.
- — Justement, toi, tu la connais, tu sais comment elle était avant, tu sais voir la beauté derrière sa laideur apparente… et puis vous vous entendiez bien à l’époque. Et, même très bien, il me semble… tu avais même un faible pour elle.
- — Que veux-tu dire par là ? Nous avons juste fait quelques petits bisous, un soir où nous avions trop bu ! Rappelle-toi, elle était avec l’autre taré et encore salement accroc. C’est d’ailleurs à cause de lui que tout ça est arrivé !
- — Toujours est-il que tu l’aurais bien sautée ! Tu passais des après-midi à flirter avec elle. Tu avais eu le frère, alors pourquoi pas la sœur…
Que répondre à ça ? Pas grand-chose. Ces péripéties appartenaient au passé.
- — Et puis, si tu le fais, je te ferai un petit cadeau, ajouta-t-il après un long silence.
- — Une petite gâterie ? Mais j’y ai déjà eu droit, il me semble…
- — Non. Je t’offrirai mon mec, depuis le temps que tu le lorgnes. Comme ça, tu pourras faire un peu plus sa connaissance et surtout voir comme il baise bien ! Et, vu qu’il sait que l’on couche de temps en temps ensemble, c’est aussi un bon moyen pour qu’il soit moins jaloux.
- — Bah, je ne te promets rien. À chaque fois que je vais la voir, ta sœur trouve une bonne excuse pour m’envoyer paître. Je suis pourtant son seul ami, enfin l’un des seuls qu’il lui reste ! Mais, après dix ans à me faire rembarrer, je crois que j’ai fini par me lasser. Elle découragerait le plus tenace !
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Marie-Aline est une jeune femme, autrefois pleine de vie, qui dépérit à vue d’œil depuis son accident. Elle reste cloîtrée dans son appart, ne voit personne, passe le plus clair de son temps à glander, un peu de lecture, des jeux débiles sur son portable, des émissions à la con à la télé, c’est tout ce qui lui reste.
Avant, à défaut d’être vraiment belle, elle avait un charme démoniaque et ses jolis yeux verts irradiaient. À l’époque, lorsque Pierre-Yves me l’avait présentée, sa personnalité m’avait de suite fasciné, ce je-ne-sais-quoi que les autres filles n’avaient pas, une présence presque magique, que je ne pouvais pour ma part ignorer et qui me mettait dans tous mes états. Malheureusement, pour mon plus grand malheur, elle était déjà macquée, et mon coup de foudre semblait à sens unique. Pourtant, je m’étais accroché durant des semaines, à lui faire une cour discrète, malgré l’omniprésence de son mec dans les parages… Il faut dire qu’elle ne faisait absolument rien pour me décourager, poussant même le vice à m’indiquer les moments de la journée où j’avais le plus de chance de la trouver seule. Perverse comme son frangin, elle cultivait avec malice un vague espoir chez moi. Elle était bien sûr au courant de ma bisexualité. Mais, loin de la déranger, je crois que celle-ci excitait au contraire sa curiosité. Tout ça pour dire qu’au moment de la catastrophe, une sorte de lien étrange nous unissait.
Mais l’accident avait fait table rase de tous les liens sociaux. Du jour au lendemain, elle ne voulait plus voir personne.
Désormais, ses émeraudes étaient devenues bien ternes, perdues au milieu d’une figure complètement ravagée. Passé le choc de la rencontre, il fallait un certain temps pour s’habituer à son visage plus ou moins reconstitué. Et le fait d’être amputée et d’avoir du mal à se mouvoir, évidemment, n’arrangeait rien.
La dernière fois que j’étais venu la voir, elle m’avait dit qu’elle ne voulait surtout pas de ma pitié. Elle me le disait d’ailleurs presque à chaque visite et me présentait toujours des facettes désagréables de sa petite personne pour bien me rebuter. Inutile de lui parler de sentiments, d’amour ou de sexe, ce n’était plus pour elle, elle se voyait déjà morte et enterrée. « Si seulement il avait roulé un peu plus vite », « Si seulement la voiture avait cogné un peu plus fort », cela lui aurait évité de penser !
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Maintenant que je suis face à elle, elle m’accueille avec une moue désabusée :
Comme si je venais la déranger… alors que je viens juste pour lui conter fleurette. Mais je vois tout de suite que ce n’est pas gagné, car elle n’est pas dans un grand jour. Si elle n’y met pas un peu plus du sien, on ne va pas y arriver.
Toujours est-il que je m’incruste. Malgré son visage défiguré, l’idée de lui faire l’amour ne m’est en rien désagréable. Bien au contraire, son mal-être intérieur laisse augurer une grande sensibilité, un affectif à fleur de peau. J’ai toujours été attiré par les personnes déchirées par la vie, quelle que soit en fin de compte l’origine de leurs souffrances.
Tout ça pour dire que, Marie-Aline, je suis dans les meilleures dispositions à son égard, je suis prêt à tout lui donner, pourvu qu’elle l’accepte. J’aime cette fille, et pas simplement parce que c’est la sœur de Pierre-Yves et qu’il m’a demandé de m’en occuper. J’aime cette fille parce qu’à un moment de ma vie, je l’ai aimée au-delà du raisonnable et que je suis fidèle en amour comme en amitié. Alors, peu importe pour moi son apparence !
Nous sommes assis dans le salon à nous regarder en chiens de faïence :
- — Tu n’as rien d’intéressant à me dire, lance-t-elle soudain avec agressivité. À quoi ça sert que tu viennes ici, si c’est pour ne pas me parler.
Mes pensées fusent : « Si tu savais tout ce que j’aurais envie de te dire ! ». Mais ce n’est ni le lieu ni le moment pour se confier.
Alors, revenons-en aux choses concrètes. Et comme j’en ai marre de tourner autour du pot, autant jouer les cartes sur table :
- — Pierre-Yves m’a dit que tu avais très envie de te faire sauter, que je lui lâche tout d’un bloc.
- — Mais vous êtes des grands malades ! s’insurge-t-elle. Qu’est-ce qu’il en sait ? Il ferait mieux de s’occuper de ses oignons, mon cher frère. Il t’a demandé de venir me baiser et toi tu es venu, je ne le crois pas ! Ça ne va pas la tête, faut être homo pour penser que ce genre de plan foireux peut fonctionner.
- — Bah, j’avais aussi très envie de te voir, essayé-je de tergiverser. Pour ma part, je préférerais te donner de l’amour plutôt que te sauter. Tu sais bien que j’ai toujours eu un petit faible pour toi.
- — Ben voyons, soyons fous… on va rejouer une scène de Roméo et Juliette pendant que tu y es. Mais tu l’as vue ma gueule ? Et arrête de détourner les yeux, j’ai horreur de ça. Regarde-la bien ma sale tronche ! C’est ça que tu veux baiser ?
- — Enfin, si tu ne veux pas, ce n’est pas grave, je peux m’en retourner, dis-je un peu dépité par tant d’agressivité.
- — Et tu en as d’autres sur ta liste des comme ça ? D’autres filles à sauter ? Tu fais ça à temps plein ou juste pour ton argent de poche ? J’espère au moins que mon frère ne s’est pas trop ruiné pour m’offrir ta prestation !
- — Pourquoi tout est si compliqué avec toi, Marie-Aline ?
- — Pourquoi ? Elle est bien bonne celle-là ! Tu l’as vue, ma vie ? T’arrives même pas à me regarder en face ? Tu trouves que c’est simple pour moi ? Je t’ai déjà dit que je ne voulais pas de ta pitié.
- — Qui te parle de pitié ?
- — Parce que tu fais ça pour le plaisir ? À qui veux-tu faire croire ça ? Si c’est pour me baiser en fermant les yeux et en pensant à une autre, très peu pour moi !
- — Je te jure bien que non… Et puis d’abord, nous n’allons pas baiser, nous allons faire l’amour.
- — Vous, les pédés, vous vous faites enculer dans les toilettes par le premier venu rencontré dans un bar, et vous appelez ça faire l’amour ?
- — Je parle juste de toi et de moi, et de personne d’autre.
- — Eh bien, moi, je n’ai pas envie de faire l’amour avec toi, comme tu dis. Mais, éventuellement, je veux bien que tu me baises, si toutefois tu t’en sens capable. À en parler, j’ai même très envie que tu m’encules ! Comme ça, par-derrière, en levrette, ça t’évitera de voir ma bobine.
- — …
- — Alors, toujours partant, petit escort de mes deux ? Ça t’a cloué le bec, hein ? Il ne te dit pas mon beau petit cul ?
Joignant le geste à la parole, elle retire sa prothèse, me dévoilant son moignon :
- — Je peux pas baiser avec ça, ça me débecte, ce truc.
Puis, se retournant sur la banquette, elle trousse sa jupe, baisse sa culotte et me présente son joli fessier bien galbé. Esthétiquement, il vaut bien celui de Pierre-Yves.
- — Alors, tu viens, qu’est-ce que t’attends ? On ne va pas y passer la nuit. Encule-moi fissa et qu’on en finisse !
- — Tu ne veux pas un peu plus de tendresse ?
- — Encule-moi, puisque je te le demande, il y a du lubrifiant dans le tiroir du meuble sous la télé.
Devant mon air effaré, elle ajoute, sarcastique :
- — Ben oui, j’ai ce qu’il faut, tu crois peut-être que je suis restée complètement asexuée ces dix dernières années. Désolée de te décevoir, j’ai eu quelques aventures, rien de bien palpitant, je te le concède, mais il a bien fallu « essayer ».
Elle glisse sa main entre ses cuisses, écarte ses fesses et enfonce un doigt dans son petit trou, pour me montrer qu’elle est bien prête. Le temps pour moi d’enfiler une capote, je risque mon gland à l’entrée de sa chatte.
- — Non, pas par là, proteste-t-elle avec véhémence. Et n’insiste pas : non c’est non ! Prends-moi juste le cul, comme si j’étais un mec.
Alors, je lubrifie son anus en y glissant un doigt, avant de l’enfourner ainsi qu’elle le demande. Agrippant fermement ses deux cuisses, je glisse en elle et la lime sans plus attendre.
- — Oh putain, c’est bon, gémit-elle, c’est vraiment bon de l’avoir dans le cul, je comprends mieux mon frère. J’imagine qu’avec lui, vous le faites aussi, s’exclame la petite coquine. Et lui, ça lui arrive de t’enculer ?
- — Bien sûr.
Aussi perverse que son frangin et aussi bonne à sodomiser. Au bout d’un certain temps, elle pose sa main sur son bouton et se frotte comme une damnée tandis que je vais et viens en elle. Et la jouissance vient par vagues. Je la sens tout d’un coup qui s’arc-boute puis qui explose, elle vient d’abord et moi ensuite, hyper-excité par le plaisir bestial que vient de se donner ma partenaire. Je m’effondre sur elle et la plaque sur la banquette, ma bite profondément fichée dans son fondement. Nous restons ainsi un bon moment, à essayer de reprendre nos esprits, ce qui est un peu difficile pour elle, car je l’écrase de tout mon poids. Elle finit par se dégager :
- — C’était très bon pour un début, finit-elle par admettre. Pour le même prix, j’espère que j’aurai droit à une autre séance ?
Et, devant mon air ahuri, elle éclate de rire à cette évocation.
En attendant, elle retire le préservatif et me branle un peu avec mon propre sperme.
- — Ça fait quand même un bout de temps que je n’avais pas vu une bite de mec, j’avais oublié que j’aimais ça, conclut-elle de la façon la plus naturelle qui soit.
- — On aurait pu le faire depuis bien longtemps !
- — C’est certain, si tu ne me faisais pas autant chier avec tes sentiments, on l’aurait déjà fait ! Et plutôt deux fois qu’une. Mais tu te pointes toujours ici avec ton amour et ta tendresse, ça me révolte, ça me débecte. Comment pourrais-tu aimer une fille comme moi ?
- — Je ne peux pas te l’expliquer, Aline, c’est comme ça, c’est plus fort que moi, mon cœur bat pour toi.
J’éprouve vraiment des sentiments pour elle, et elle aussi, j’en suis certain. Alors, pourquoi faire comme si nous n’en avions pas ? Je l’attire à moi, la prends dans mes bras, essaie de la dorloter un peu. Mais elle se dégage avec brutalité.
- — Arrête ! Tu sais bien que je ne supporte pas !
- — Si seulement tu pouvais évacuer toute cette colère qui est en toi… et laisser les autres te donner un peu d’affection.
- — Il faudrait au minimum que ça soit sincère, répond-elle avec une pointe de méchanceté dans la voix.
- — Parce que tu doutes de ma sincérité ?
- — Non, même pas, admet-elle dans un soupir.
- — Tu es une fille formidable, j’éprouve énormément d’affection pour toi.
- — Tu m’en diras tant ! C’est aussi mon frère qui t’a demandé de me dire ça ?
- — Fiche-moi la paix avec tes sarcasmes. Depuis l’accident, je ne peux plus te dire deux mots sans que tu prennes la mouche.
- — Oui, parce que tu m’agaces ! Pourquoi voudrais-tu t’encombrer d’une femme comme moi ? Tu nous vois sortir ensemble, me présenter à tes amis, à ta famille ? Imagine les gens se retourner vers nous, se demandant si c’est du lard ou du cochon, ou peut-être même la foire aux monstres. Pourquoi t’infligerais-tu ça ?
- — Parce que je t’aime tout simplement !
- — Mais que t’es con ! Celle que tu aimes, c’est celle qui était avec Rémi à l’époque. Tu étais hyper-jaloux et j’en étais heureuse. J’ai été conne, j’aurais dû te choisir toi, tu ne m’étais pas du tout indifférent. Je n’aurais peut-être pas eu cet accident, nous nous serions mariés, nous aurions eu trois beaux enfants, une superbe maison, une vie de rêve, tu aurais pu continuer à sodomiser mon frère, j’aurais fermé les yeux… Mais non, arrête, je déconne, tout ça, c’était avant. Je ne veux pas de ta pitié !
- — Détrompe-toi, je n’éprouve aucune pitié pour toi. En ce moment, j’ai surtout envie de te tordre le cou, car ça me fout en rogne de te voir cultiver ton désespoir.
- — Bien voyons, ne te gêne pas, c’est tout ce que je désire, que tu m’étrangles et qu’on en finisse !
Sur ce, je lui vole un petit bisou que je dépose au coin des lèvres. Mais elle se rebiffe à nouveau :
- — Toi aussi, tu m’agaces avec tes attentions à la con, ta douceur, ta tendresse. Je ne mérite pas ça. Mon frère t’avait juste demandé de me baiser, alors baise-moi et restons-en là !
- — Je m’en fiche de ton frère, je veux juste retrouver la vraie Marie-Aline.
- — Et ne t’avise plus de poser tes lèvres sur les miennes, j’ai horreur de ça.
Elle me repousse à nouveau avec brutalité, remet sa prothèse et se rhabille prestement.
- — Alors, on fait quoi ? Allez, bouge un peu, on ne va pas rester plantés là à s’engueuler comme des chiffonniers. Ces discussions à la con me donnent le cafard.
- — Très bonne initiative. Ça te dirait d’aller faire un tour ?
- — Oui, pourquoi pas, du moment que c’est dans un endroit où il n’y a personne.
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Je l’emmène en forêt, je connais un endroit paisible, au bord d’un petit étang. Le ciel est d’un bleu éclatant, baigné de lumière, mais nous nous installons sagement à l’ombre, sous les frondaisons.
- — Mon Dieu, que c’est romantique et que je n’aime pas ça !
Aline a toujours cet humour pince-sans-rire, ce franc-parler tout en subtilité, c’est quelque chose que j’ai toujours apprécié chez elle.
- — Tu comptes me baiser ici aussi, ajoute-t-elle, inquiète de mon mutisme.
- — Qui sait…
- — Les petites bêtes et les chardons, c’est pas trop mon délire.
- — Madame « Je vois toujours le verre à moitié vide ».
C’est plus fort qu’elle, elle éclate de rire à cette évocation, et ça fait du bien de l’entendre s’esclaffer ainsi.
- — Bon OK, je vais te laisser ta chance… Ce que tu aimais chez moi, à l’époque, c’étaient mes petits seins pointus. J’étais plus plate que Jane Birkin ! D’ailleurs, je le suis toujours.
- — Oui, et le fait que tu ne mettais jamais de soutien-gorge.
- — Je te rassure, ça n’a pas changé… Pas de poitrine et un clito un peu trop gros… C’est ça qui t’attirait ? Tu avais l’impression de te faire un mec ? (Elle rit encore, franchement.)
- — Ceci dit, avant aujourd’hui, je ne l’avais encore jamais vu, ton clito…
- — Humm, c’est vrai, tu as raison, nous n’avions jamais « consommé ». Tu vois, on progresse !
- — Faut dire qu’il y avait ton Rémi !
- — Tu ne le portais pas dans ton cœur. Il avait pourtant ses bons côtés, mais ils étaient fort rares. Mais sur d’autres points, je te rejoins, c’était un vrai connard. Que veux-tu, j’étais une adolescente un peu conne !
- — Une adolescente de vingt et un ans ?
- — Amour, quand tu nous tiens… Et s’il n’avait pas été là, tu m’aurais fait plus d’avances ?
- — Qui sait ? J’étais assez timide, mais tu me plaisais beaucoup.
- — C’est peu de le dire, je le constatais à chacune de nos rencontres… c’était très flatteur pour moi. En plus d’être réciproque !
- — Pourtant, juste après l’accident, tu as rompu le lien, tu ne voulais plus voir personne. J’ai pourtant essayé de m’incruster, Rémi t’avait larguée et j’étais débordant d’amour pour toi, je voulais te venir en aide.
- — Tu m’en diras tant… Mais, à l’époque, c’était insupportable pour moi, j’avais les idées noires, j’ai préféré couper les ponts. Ton aide, je n’en voulais pas, je voulais juste que tu m’oublies, je n’existais plus en tant que telle.
- — Et tu regrettes d’avoir coupé les ponts ?
- — Non, même pas ! Je n’avais pas d’autres choix. Pour moi, c’était question de santé mentale. J’ai mis énormément de temps à me reconstruire. Aujourd’hui, je ne peux pas dire que j’aille vraiment bien. Mais je me sens quand même plus forte.
- — Il est encore temps de fonder une famille, avec trois enfants.
Elle explose de rire, c’est un bonheur de la voir si détendue.
- — Toi, tu ne perds pas le nord. Mon vieux, il va falloir que l’on se dépêche, on a dépassé tous les deux la trentaine… Le pire, c’est que, moi aussi, je t’aime énormément. Mais, j’ai tellement peur que notre amour se dissolve dans la réalité, c’est pour cela que je n’arrête pas de t’envoyer chier. Pourtant, tu es une des rares personnes avec qui je me sente vraiment à l’aise. Même quand tu détournes les yeux en essayant de regarder mon faciès, je sais que c’est difficile, mais tu y arriveras. Tout ce qui est bizarre fait toujours un peu peur, il te faut encore un peu de temps, mais tu progresses, je le vois et j’ai confiance en toi.
- — C’est une déclaration d’amour ?
- — Qui sait ? Embrasse-moi, que je vois ce que ça donne ! Puisque tu es là, autant en profiter !
Un baiser qui n’en finit pas, tendre et précautionneux. Sa bouche a été entièrement reconstruite. Sa langue, qui avait été en partie sectionnée, reste fragile et elle a toujours deux belles cicatrices au coin des lèvres.
Elle finit par doucement se détacher.
- — Plutôt pas mal, même si j’ai perdu en sensibilité. En tout cas, ma langue supporte bien le contact de la tienne. Tu es doux et enveloppant. Trop doux, trop enveloppant. Putain, merde ! Tu me fais craquer à chaque fois. D’un autre côté, j’ai tellement peur que ça s’arrête, c’est dingue ça. Dix ans que ça dure… Tu ne vois pas que tu me rends complètement folle ? Je suis raide-dingue de toi.
Je plonge mes yeux dans les siens. Tout ce qu’elle a au fond du cœur vient de sortir. Forte et fragile à la fois, j’adore cette femme.
- — Je ne m’appelle pas Rémi, je ne te laisserais jamais tomber, même si tu avais un autre accident !
- — Je ne le sais que trop bien…
De grosses larmes roulent maintenant le long de ses joues. Elle vient de passer un cap, elle a décidé de faire un pas en avant.
Alors, je me relève et lui tends la main.
- — Allez, viens, on reviendra faire l’amour ici une autre fois. Ce soir, j’ai envie que l’on sorte ensemble. Un restau, un ciné, une boîte de nuit, tout ce que tu veux. Il est temps pour nous d’affronter la vie.
- — Tu es sûr de pouvoir me supporter comme je suis ?
- — Certain, je suis même très fier d’être avec toi. Et toi, tu en penses quoi ?
- — Moi aussi. Je n’ai plus peur de rien. Je me sens prête à tout, du moment que c’est avec toi. J’aimerais aller me balader sur les quais, tellement longtemps que je n’y suis pas allée… À cette époque, cela doit être noir de monde. Mais tant mieux, tu vas me protéger de tous les regards en coin. Et quel bonheur de me trémousser au bras d’un beau mec ! Tu vas sortir ton petit monstre…
Je l’attire contre moi sur le chemin de la voiture et la serre contre mon corps. Cette fois-ci, elle ne me repousse pas.
C’est ainsi que naquit notre couple.