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n° 23005Fiche technique21275 caractères21275
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Temps de lecture estimé : 16 mn
11/04/25
Résumé:  À Saint-Fondu-en-Bouse, un simple banc déclenche des confessions torrides, tendres ou tragiques…
Critères:  #personnag #confessio #nonérotiq #humour #réflexion #chronique #société #ruralité
Auteur : L'artiste  (L’artiste)      Envoi mini-message

Projet de groupe : Confessions assises
Cul posé, secrets lâchés

Chapitre 1 – Le banc des révélations



Je m’appelle Jacky. Oui, comme le prénom des types qui mettent des jantes alu sur des Clio diesel. J’assume. 57 ans, vendeur de matelas à la retraite anticipée (hernie discale + ras-le-bol = pension correcte + liberté totale), et spécialiste non diplômé en observation de vieilles commères dans leur milieu naturel.


Je vis à Saint-Fondu-en-Bouse, un bled où le temps passe à deux vitesses : lent, puis très lent.


Autant te dire qu’un nouveau banc sur la place du village, c’est un événement municipal de niveau 4, juste en dessous d’un incendie de conteneur ou d’un flan raté à la cantine.


Et pourtant, j’étais pas prêt.


Je sortais de chez moi pour aller acheter mon pain (et une demi-bande matinale, mais c’est pas le sujet), quand je le vois. Neuf. Vernis. Si confortable qu’on aurait cru qu’un canard et un nuage avaient baisé là-dessus.


Et dessus, assise comme si elle venait de pondre l’univers, y avait Ginette, 68 ans, passionnée de tricot, d’églantines, et de jugement moral à distance. La harpie officielle du village.


Je m’apprête à faire un détour (parce que Ginette, une fois lancée, c’est comme la gastro : ça te vide sans prévenir), quand je l’entends dire, très posément, à voix haute, sans même me regarder :



J’ai freiné net.


Ginette avait lâché une bombe à fragmentation sexuelle, conjugale et vintage, sans ciller, les mains posées sur ses genoux comme si elle avait lu un verset de l’Évangile selon Saint-Quignon.


Je me suis retourné. Elle fixait l’horizon. Un pigeon picorait non loin, indifférent au cataclysme moral qui venait d’avoir lieu.



NON.


Enfin… j’ai dit non dans ma tête.


Parce que j’suis pas con. Ce banc avait l’air piégé. Genre objet démoniaque ou invention sociétale mal calibrée. Trop propre, trop neuf, trop sincère.


Alors j’ai fait ce que tout homme lucide ferait : j’ai observé.


Et j’ai pas été déçu.


Vers 10 h 12, Pierrot, 62 ans, jardinier, moustache taillée au cordeau et libido d’abeille, s’installe à son tour. Trois secondes plus tard :



Il s’est figé. Comme s’il s’était entendu pour la première fois de sa vie.


Il a rougi jusqu’aux oreilles, s’est levé précipitamment, et s’est barré en marmonnant un « J’vais arroser mes courgettes », sauf qu’il n’en a pas, des courgettes. Il a que des rosiers.


Et là, j’ai compris.


Ce banc fait parler. Mais pas parler pour de faux. Parler pour de vrai. Avec les tripes, la sueur et les secrets mouillés. On aurait dit qu’il tirait la vérité du fion comme un bouchon de champagne un lendemain de Saint-Valentin.


Je suis resté dans l’ombre, à observer. Fasciné. Terrifié. Un peu bandé aussi, mais c’est hormonal, à mon âge, on maîtrise plus tout.


À midi, déjà trois confessions :


La pharmacienne qui avoue qu’elle pique dans la caisse pour acheter des culottes en dentelle. Le maire adjoint qui déclare qu’il a voté écolo par erreur, mais qu’il aime le diesel parce que « ça sent la virilité ». Lucienne, 94 ans, qui murmure : « Je me touche encore. Et je pense à Aznavour. »


La nouvelle a commencé à circuler. Pas sur Facebook, non. Trop tôt. Mais dans les yeux. Les regards. Les demi-sourires coupables.


Moi, Jacky, j’ai pas posé mon cul dessus. Mais ça va venir. Et j’me demande bien ce que je risque de lâcher, le jour où ça craquera sous mon jeans trop serré. Peut-être que je dirai que j’aime toujours ma femme, même si elle est morte. Ou peut-être que j’avouerai que je me suis branlé sur la vendeuse de téléachats qui montre les Cocottes-Minute. Va savoir. Mais une chose est sûre : ce banc va foutre un bordel monstre.


Et moi, je vais adorer chaque seconde.




Chapitre 2 – Le banc fait son show



Le lendemain matin, 8 h tapantes, j’étais déjà sur la place. Assis au bistrot d’en face, derrière mon café et mon croissant rassis, façon sniper du commérage.


Le banc était toujours là. Suspect.


Mais maintenant, il n’était plus seul.


Y avait des gens qui tournaient autour, comme des mouches autour d’une pâtisserie tombée par terre : attirés, dégoûtés, irrésistiblement tentés.


La rumeur avait couru plus vite qu’une culotte de noces :


« T’as entendu pour le banc ? Dès que tu poses ton cul, tu dis tout ce que t’as sur le cœur. Ou sur la bite. »


À 8 h 43, Mireille, 42 ans, prof de français, bobonne bien coiffée et réputée pour ses leçons de morale à base de « le respect c’est la clé », s’est assise. Trois secondes plus tard, voix claire, regard dans le vague :



Elle est restée figée. Puis a bondi, a crié « Putain, mais c’est pas moi ça ! » et a fui en courant, cartable en bandoulière, comme si Satan lui avait léché l’entrejambe.


J’ai recraché mon café.


C’était officiel : le banc avait pris le contrôle.


Vers midi, c’était devenu un cirque. Des gens s’arrêtaient exprès. Des jeunes prenaient des vidéos. Y avait même un type venu du village voisin – « juste pour voir si c’est vrai », qu’il a dit.


Il s’est assis. Il a pas eu le temps de poser les deux fesses :



On aurait dit qu’on avait ouvert un robinet à merde.


Une femme s’est assise par défi et a lâché :



Un ado est venu pour rigoler. Il a pas ri longtemps :



Y a eu un silence. Puis des applaudissements. Puis une baston. Le banc déclenchait des vagues. Des tsunamis. Des orgasmes à l’ancienne et des divorces anticipés.


L’après-midi, le maire a débarqué. Chemisette en vrac, sueur au front, regard de type qui sent que son mandat vient de glisser dans la cuvette. Il a fait mine de l’examiner comme s’il cherchait un dysfonctionnement mécanique.



Et il a fait ce qu’il aurait jamais dû faire : il s’est assis.



Silence.


Puis un applaudissement. Puis deux. Puis une femme a hurlé :



La place est devenue un théâtre. Le banc, une scène. Et moi, Jacky, observateur planqué, je me suis demandé à quel moment le réel avait glissé dans la farce porno-politique.


Le soir, les ragots fusaient dans tous les sens. Certains disaient qu’il était ensorcelé. D’autres, qu’il avait été offert par un gourou du développement personnel pour « réconcilier les villages avec leur vérité intérieure ».


Mais y avait surtout une question qui revenait chez tous ceux qui ne s’étaient pas encore assis : et si moi aussi, je révélais un truc que je veux surtout pas sortir ? Parce que dans le fond, on a tous un cadavre dans la gorge. Un désir sale. Un regret honteux. Un mensonge qui nous tient chaud depuis vingt ans.


J’ai commencé à me dire que j’avais peut-être plus peur de parler que de me taire.


Mais bon… pas demain. Demain, j’observe encore.


Sauf si Gertrude me pousse. Et elle en est capable. Elle a des hanches de catapulte et le sens de l’opportunité.


Et si je me retrouve dessus sans l’avoir choisi… ben là, faudra assumer. Et prier pour que personne n’entende ce que j’ai fait un soir d’août 1999 dans le placard à balais du gymnase.


Mais ça… c’est une autre histoire.




Chapitre 3 – Les fesses piégées



Dans tout village normalement constitué, t’as trois types de gens :


Ceux qui veulent tout savoir. Ceux qui veulent tout cacher. Et ceux qui veulent te faire dire ce que t’as pas envie de dire, rien que pour le plaisir de te voir rougir du slip. Depuis que le banc avait pris le contrôle des fessiers locaux, ces trois catégories s’étaient mises à danser ensemble. Et ça faisait des étincelles.


C’était plus un siège. C’était devenu une arme sociale. Une vieille en a foutu son mari dessus « par hasard », pendant une balade digestive :



Il s’est posé. Il a même pas eu le temps de dire « ouf » :



Fin de la promenade. Début de la procédure de divorce.


Une gamine a balancé sa mère dessus en mode « tiens, maman, repose-toi là pendant que j’vais chercher des bonbons ».


Résultat :



BAM. Trauma en direct.


Mais le chef-d’œuvre, c’est Gertrude.


Gertrude, faut savoir, c’est le Yoda de la manipulation rurale. Elle connaît les failles de tout le monde : qui a couché avec qui, qui met des slips troués, qui aime se faire appeler « capitaine » en cachette.


Et elle s’est mise en tête de faire de la vérité un spectacle.


Elle a installé une table pliante, des chaises, une pancarte « CONFESSIONS SPONTANÉES – Apportez vos fesses », et une théière. C’était le bordel en version brocante. Elle avait même des tickets, comme à la boucherie. Et les gens venaient. Volontairement.


Des curieux, des paumés, des frustrés sexuels, des rombières en quête de frisson, des types qui attendaient d’être démasqués parce qu’ils avaient trop menti et plus assez de mémoire.


Et là, ils s’asseyaient.


Et ça sortait.


« J’ai couché avec mon prof de yoga. Sur le tapis. Il disait que mon chakra du bassin était très ouvert. »

« J’ai léché un orteil dans une soirée fondue. C’était même pas sexuel. J’avais bu. Et c’était celui du maire. »

« J’ai volé une courgette au marché en 2007. J’ai encore honte, mais je l’ai utilisée pour me faire du bien après. Elle était bio. »


Gertrude notait tout dans un carnet. Pas pour faire chanter. Non. Pour la postérité. Elle disait que « la vérité, c’est comme les pets : faut la laisser sortir, sinon ça pue à l’intérieur ».


Moi, je restais à distance. Parce que je savais que ma vérité, elle tenait pas sur un post-it. Un déguisement de pompier, et une relation très floue avec une bûche glacée.


Mais ça commençait à me travailler.


La nuit, je rêvais du banc. Moelleux. Brillant. Qui me chuchotait : « Allez, viens poser ton cul. Dis-leur. Dis-toi. » Je me réveillais en sueur, raide comme un cadet de gendarmerie, la bouche pleine de « non » et les fesses contractées.


Le pire, c’est que même les gens qui résistaient… finissaient par craquer.



Voilà. Le banc faisait des dégâts, mais aussi des miracles. Des couples se séparaient, d’autres se retrouvaient. Des gens faisaient leur coming-out. D’autres, leur coming-out du coming-out, genre : « Je suis gay. Mais surtout avec des femmes. Sauf le dimanche, où je me laisse aller à la poésie et au chèvre chaud. »


Et moi j’étais toujours debout. Je tournais autour du banc comme un curé autour d’un godemiché : fasciné, paniqué, presque prêt à y goûter… mais pas encore.


Mais je sentais le moment approcher. J’avais des bouffées de sincérité. Des envies de tout balancer. Des pulsions de micro ouvert. Et Gertrude… elle le savait. Elle m’a regardé l’autre jour, avec son regard de fouine amoureuse :



J’ai pas su si elle parlait du banc ou de ses draps. Mais je sais une chose : je suis pas loin de craquer. Et quand ça arrivera… va falloir évacuer le quartier.




Chapitre 4 – Faut que ça sorte



Ce matin-là, j’ai su.


J’ai su en enfilant mon slip – celui qui tient encore debout sans moi, le seul qui me respecte vraiment – que ça allait péter.


Gertrude me reluquait avec un sourire de piège à loups, un carnet dans une main, un thermos de verveine dans l’autre, comme si elle se préparait à noter mon orgasme émotionnel.


Et puis… voilà.


11 h 17. Soleil au zénith. Pas un nuage. Pas une excuse. Et moi, au milieu de la place. Les gens me regardaient, l’air de dire : « Alors, tu vas y aller, ou tu préfères encore crever en silence, mon vieux ? »


Et j’y suis allé.


Un pas. Puis deux.


Et là, le monde s’est mis au ralenti.


J’ai posé une fesse. Puis l’autre. Et j’ai senti le moelleux du diable. C’était pas un banc, c’était une confession ambulante. Une psychanalyse sans rendez-vous. Une levure à secrets. Et j’ai parlé.


Pas doucement. Pas subtilement. Pas comme dans un roman triste. Non. J’ai lâché :



Silence.


Puis, comme si mon cul avait libéré une deuxième couche de vérité :



Et puis, la troisième vague. La sale. L’intime.



Un pigeon a roucoulé. Quelqu’un a toussé.


Et puis, d’un coup… Des applaudissements. Vrais. Pas ironiques. Pas gênés. Y avait même une larme dans l’œil d’Yves, ce connard qui m’a traité d’andouillette sociale pendant des années.


Gertrude s’est approchée. Elle s’est assise à côté de moi. Et elle a dit, doucement, presque tendrement :



J’ai soufflé. Fort.


Et pour la première fois depuis des années… j’ai pas ressenti la nécessité de commenter la météo ou de me foutre de la gueule de quelqu’un pour me sentir exister.


C’était… bizarre.


Presque doux.


Après, j’ai marché un peu. Longtemps. J’ai repensé à ma femme. À mon vieux rêve d’écrire. À mes slips qui me pardonnent. Et j’ai souri. Pas un sourire de façade. Un vrai. Un qui vient des pieds.


Et quand je suis rentré chez moi, j’ai allumé mon ordi. Et j’ai commencé à taper cette histoire. Parce que maintenant… j’ai des choses à dire. Et surtout, j’ai plus peur de les dire.


Le banc brille. Il attend. Il aspire les non-dits comme un prêtre en chaleur pendant le carême.


Et chaque jour, un cul vient s’y poser. Et une vérité sort. Parfois belle. Parfois sale. Mais toujours… humaine.


Et moi, Jacky ?


Ben, je viens tous les jours. Pas pour parler. Pas besoin. Je suis vidé. Et plein à la fois. Mais je regarde les autres. Et j’ai la conviction que ce banc… c’est peut-être le seul psy gratuit qui sent la résine et les confessions à température ambiante. Et tu sais quoi ? Je crois qu’on devrait en installer un dans chaque mairie. Avec un rouleau de sopalin à côté. Juste au cas où.




Épilogue – Banc public, cul privé



Trois mois ont passé.


Le banc est toujours là. Pas tagué. Pas brûlé. Pas scié. C’est un miracle, quand on connaît la capacité de sabotage émotionnel de certains retraités sous tension artérielle.


Il a été officiellement baptisé : « Le Banc de la Vérité (mais assise, hein, faut pas déconner) »


Une petite plaque dorée, vissée sur le dossier, gravée par le maire lui-même, qui s’est fendu d’un discours devant une dizaine de personnes et un pigeon borgne :


Ce banc n’est pas qu’un objet. C’est un lieu de catharsis, de confession… et parfois de croustillants dérapages.


Tout le monde a applaudi, sauf Gertrude, qui s’est contentée de murmurer :



Depuis, le banc a une routine. Le matin, ce sont les vieux. Ceux qui n’ont plus rien à perdre. Ils viennent balancer leurs regrets comme on jette des miettes aux pigeons.


« J’ai aimé un homme. Je lui ai jamais dit. Il est mort en croyant que j’adorais sa femme. »

« J’ai vendu un faux bœuf bourguignon pendant 20 ans. C’était du canard. J’en suis pas fier… mais j’en suis pas triste non plus. »


À midi, ce sont les actifs stressés.


« J’ai giflé mon chef. Avec les yeux. Mais j’en rêve tous les jours. »

« Je veux tout plaquer pour élever des lamas. Ou des hommes doux. Ce qui viendra en premier. »


L’après-midi, ce sont les jeunes.


« J’aime pas le sexe. J’aime l’idée du sexe. »

« Mon fantasme, c’est qu’on m’écoute sans me dire «t’as vu TikTok ? » »


Le soir, ce sont les amoureux. Ou les cassés. Ou les deux.


« J’ai aimé trop fort. Et maintenant j’ai peur d’aimer même un poisson rouge. »

« Je suis restée avec lui pour pas me sentir seule. Et maintenant, même à deux, j’ai froid. »


Alors, je passe. Tous les jours. Je m’assois plus. J’ai dit ce que j’avais à dire. Mais parfois, je ferme les yeux. Et j’écoute. Et je me dis que ce banc, c’est peut-être la meilleure invention du siècle. Un endroit où les gens arrêtent de faire semblant. Où les slips tombent métaphoriquement (et même réellement – mais ça, c’est une autre histoire).


Gertrude vient encore, elle aussi. Elle s’assoit. Parfois sur mes genoux. Et on râle ensemble, à voix basse, pour le plaisir. Parce qu’on peut être sincère… Sans pour autant devenir chiant. Faut garder un peu de mauvaise foi, ça conserve.


Et quand on voit un inconnu s’approcher, on se tient la main. Comme deux spectateurs privilégiés d’un strip-tease de l’âme.


Parce que la vérité, c’est comme les pets bien sentis : faut que ça sorte. Et tant qu’on a un banc pour ça, on est pas si mal.




FIN





Ceux qui s’asseyent ensemble, jouissent ensemble


On savait tous que ça allait arriver un jour. C’était écrit dans les regards moites, dans les silences trop longs, dans les soupirs qui sentaient plus la frustration que la tramontane. Le banc ne pouvait pas être qu’un lieu de parole. Pas avec une assise aussi souple. Pas avec autant de verre poli et de bois caressant. Il allait forcément devenir un théâtre charnel.


Et un soir, il l’est devenu. C’était un mardi de pleine lune, la place était vide, sauf eux deux. Lucie, la bibliothécaire qui cache une poitrine révolutionnaire sous des pulls trop tristes. Et Denis, le pharmacien aux lunettes sales et aux fantasmes antiseptiques.


Ils s’étaient tournés autour pendant des mois, échangeant des regards entre deux Doliprane et un retour de DVD érotique glissé dans un sac plastique.


Ce soir-là, ils se sont assis.


En même temps.


Et le banc a craqué. Un bruit mi-soupir, mi-jouissance feutrée. Et là, ils ont parlé. Mais pas avec la bouche. Avec le bassin.


Lucie s’est tournée vers Denis :


  • — J’ai envie que tu me tamponnes comme une ordonnance urgente.

Denis, déjà à moitié dégrafé sans l’avoir réalisé, a répondu :


  • — Je veux te faire fondre comme un suppositoire mal rangé.

Et tout s’est emballé.


Elle s’est allongée en laissant tomber sa culotte couleur « catalogue La Redoute 2001 ». Lui, il a sorti son attirail : un flacon d’huile essentielle à l’eucalyptus, un gant de toilette, et un tube de lubrifiant « saveur gingembre – édition limitée congrès des pharmaciens ».


Lucie, haletante :


  • — Mets-moi à la page 69 de ton Vidal, et ne saute aucune ligne.

Denis, déjà glissant :


  • — J’vais te rédiger une ordonnance pour quatre gémissements par jour, à prendre avec ou sans rendez-vous.

Et ils l’ont fait. Pas juste une fois. Le banc, trempé, complice, grinçait comme un sommier en bois dans une grange de Bourgogne. Des phrases volaient :


  • — Oh putain, t’as décoincé ma colonne vertébrale émotionnelle !
  • — Tape-moi avec ton thermomètre buccal, saleté de rationaliste.
  • — Tu veux que je te récite un poème de Verlaine tout en te faisant jouir avec deux doigts et la langue de Molière ?!
  • — Fais-moi la bise sur les marges de mes non-dits.

Quand ils ont fini, trempés, rouges, hilares, Lucie a soupiré :


  • — Ce banc… est incroyable !

Et Denis, la main encore sur sa boîte de préservatifs goût anis :


  • — C’est plus un meuble. C’est un partenaire.

Le lendemain, Gertrude a trouvé une trace humide sur le bois. Elle a juste haussé les épaules :


  • — Ça, c’est une déclaration de cul… avec majuscules.

Et depuis, une légende circule : si deux culs consentants s’asseyent en même temps… et qu’ils sont bien alignés, le banc ne fait pas que parler. Il gémit. Il caresse. Officiellement, il est toujours propriété municipale. Officieusement, il est classé zone érogène d’intérêt communautaire.


Les soirs de pleine lune, quand les étoiles brillent assez… on entend des soupirs… et parfois même une citation. Et ça, c’est presque de la poésie. Mais avec des traces de fessées dedans.





Fin du chapitre bonus. Mais pas des ébats. 😏


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