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Temps de lecture estimé : 44 mn
23/03/25
Présentation:  Un récit historique se plaçant juste après la construction de la tour Eiffel.
Résumé:  Je viens d’être informé que mon andouille de premier fils vient de rompre avec fracas. Pourtant, il connaît sa fiancée depuis de nombreuses années, et tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Critères:  #historique #initiation #personnages fh hplusag
Auteur : Patrik  (Carpe diem diemque)            Envoi mini-message
La tour Eiffel en point de mire

Un récit historique se plaçant juste après la construction de la tour Eiffel. Bonne lecture :)





Rupture


Je viens d’être informé que mon andouille de premier fils vient de rompre avec fracas. Pourtant, il connaît sa fiancée depuis de nombreuses années, et tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes.


Nos deux familles sont fort proches, ce qui est utile dans le monde des affaires parisien de cette fin du XIXe siècle. Je ne pense pas que ça remette trop en cause notre partenariat, car je suis plus « gros », mais je n’aime pas qu’on donne un coup de pied à l’édifice que j’ai longuement mis en place, un peu comme cette fichue tour d’acier qui s’est érigée sous mes fenêtres.


À prime vue, Monsieur a succombé au charme d’une courtisane (restons polis), Clotilde de Cheneaux, une fort belle femme un peu plus âgée que lui, mais entourée d’un harem d’hommes à sa dévotion, et non des moindres. La plupart des artistes et des politiques se sont plus ou moins frottés à cette créature, et parfois entre deux draps.


J’avais bien entendu des rumeurs sur la possible inclination de mon fils, mais je pensais qu’il avait la tête sur les épaules. Il est vrai qu’il n’est pas toujours facile à vivre, il a son petit caractère, mais, dernièrement, il s’était assagi. Je me demande si ce n’était pas une ruse de sa part pour endormir son entourage pendant qu’il faisait ses petits coups en douce…


Ce qui me déplaît, c’est la façon dont il a rompu avec cette pauvre Augustine qui lui est pourtant toute dévouée. Il y a des choses à ne pas dire, et je suppute qu’on ne m’a pas tout rapporté par égard pour mon statut de père. Quoi qu’il en soit, on ne jette pas à la figure d’une honnête jeune fille le fait qu’elle ne soit pas aussi séduisante, provocante et expérimentée qu’une femme qui passe son temps à s’allonger.


Une grande horizontale, comme on le dit à mots couverts…




Augustine



Je pense avoir réussi à arrondir les angles avec les parents d’Augustine. Ils ont bien vu que j’étais navré de la tournure des événements, moi qui me faisais une joie d’accueillir leur fille en tant que bru. Mais qui sait, c’est peut-être un coup de sang de la part de Valentin, une révolte comme bon nombre de jeunes ont avant de rentrer dans le rang.


Je mets les choses au point en précisant :



Nous nous séparons en bons termes, ce n’est pas la foucade d’un jeune imbécile qui va mettre à bas des décennies de collaboration.


Mais je sens confusément qu’il y a quelque chose de cassé, comme quand on jette au sol une montre à gousset…




Mademoiselle Clotilde de Cheneaux



Toujours est-il que j’ai décidé d’aller voir de plus près cette fameuse courtisane qui a détourné mon fils du chemin déjà tout tracé. Je me demande d’ailleurs pourquoi j’y vais. Je ne vais certainement pas lui faire la morale, la supplier ou la payer pour qu’elle laisse tranquille mon fils. Je suis même persuadé que c’est plutôt Valentin qui est demandeur.


Ayant décroché un rendez-vous par pneumatique, je vais voir sur place, puis j’aviserai, mais j’aime avoir toutes les clés en main avant de prendre une décision.


Peu après, je suis introduit dans le salon-boudoir de l’habitante des lieux. Belle décoration, des meubles et des tapisseries de luxe, je constate que l’argent coule à flots. Clotilde se lève et fait la moitié du chemin vers moi. De mon côté, je parcours l’autre moitié.


Mon interlocutrice est habillée de façon vaporeuse, ce qui révèle très aisément pourquoi bien des hommes ont succombé, et je ne peux pas leur jeter la pierre. Valentin n’avait quasiment aucune chance contre cette araignée. Augustine non plus.


Après un baise-main de courtoisie que je viens de lui faire, Clotilde de Cheneaux prend la parole d’une voix enjôleuse :



J’en viens vite au fait : la rupture de Valentin et d’Augustine, et le fait que je voulais voir de mes yeux le pourquoi du comment. Je concède :



Elle se penche vers moi, me faisant admirer ses appas :



J’explique sans fard le pourquoi de ma venue :



Clotilde m’adresse un petit sourire :



Elle hausse les sourcils :



Il y a un mois, un duel a opposé deux quidams pour les beaux yeux de la Dame. Ça s’est mal terminé pour l’un d’eux. Et j’ai eu vent d’autres histoires, donc deux suicides avérés. Clotilde affiche un petit sourire navré :



Nous bavardons aimablement encore un peu, puis je prends congé. J’ai su ce que j’avais à savoir. Les choses sont claires, mais ce n’est pas bon signe pour Augustine, l’ex-fiancée de mon fils qui est décidément un chiot égaré dans un monde trop dangereux pour lui.




Autour d’un thé



J’ai demandé à Augustine de venir me rejoindre cet après-midi dans mon bureau, à l’heure du thé, afin de discuter avec elle de la suite à donner concernant la rupture unilatérale venant de mon fils. Elle est actuellement assise face à moi, de l’autre côté de la petite table ronde sur laquelle est disposé tout un goûter.


Un peu intimidée, Augustine regarde autour d’elle :



Augustine sourit, moi aussi. Ça détend un peu l’atmosphère. La jeune fille tend le bras pour prendre sa tasse tout en avouant :



Je lui adresse un petit sourire plein de chaleur :



Puis elle boit un peu de thé pour se donner une contenance. Elle n’a toujours pas digéré l’effondrement de ses rêves bâtis depuis des années. Ce n’est pas évident quand celui que vous croyez être votre futur mari et père de vos enfants part se jeter dans les bras d’une grande courtisane, alors que vous savez pertinemment que c’est illusoire.


Surtout après ce que mon fils a osé lancer à la figure de mon ex-future bru. C’est surtout ce comportement que je ne tolère pas ! Rompre avec sa fiancée de longue date est malheureusement quelque chose qui peut arriver pour diverses raisons dans la vie d’un homme, mais, dans ce cas, il est bon de se comporter en gentleman.



C’est curieux : depuis que je sais qu’Augustine ne deviendra sans doute jamais ma bru, je la regarde d’une autre façon. C’est un beau brin de jeune fille qui me rappelle un peu ma défunte femme sur divers points de détail. Mis à part une certaine timidité, je lui trouve beaucoup de qualités, et maintenant, je constate qu’elle est fort appétissante. Oui, c’est indéniable, même si la mode actuelle modifie beaucoup la silhouette des femmes. Je me rappelle des robes sous le Second Empire, c’était autre chose, surtout pour les décolletés !


Pourquoi diable mon fils a été s’amouracher de cette courtisane entourée d’un harem d’hommes, et non des moindres ? L’attrait de l’inaccessible ?


Inconsciente du changement de regard que j’ai sur elle, Augustine pose délicatement sa tasse devant elle :



Elle ne répond pas, elle rougit un peu. Je continue :



D’une petite voix, elle avoue :



Elle devient toute rouge :



Elle devient cramoisie :



Assez confuse, elle murmure :



Je me mets à rire :



Je pousse un petit soupir. Je pense souvent à ma défunte femme, nous avons vécu tant de choses à deux. Depuis son décès, j’ai eu quelques aventures, je l’avoue, mais rien qui me fasse sortir de mon veuvage. Juste des coucheries pour l’hygiène. Pourtant, si j’avais trouvé chaussure à mon pied, même la moitié d’une, je me serais laissé tenter. Mais ce ne fut pas le cas.




Autour d’un thé – Bis



De l’autre côté de la table ronde, derrière le service à thé, Augustine m’envoie un petit sourire de connivence :



Elle proteste :



Elle se met à rougir :



Je proteste :



Mine de rien, Augustine me titille. Avec son air de jeune fille très comme il faut, je commence à entrevoir autre chose derrière la façade qu’elle offre à tous. Amusé, je joue le jeu :



Tout en souriant, je remplis la tasse de ma visiteuse, puis la mienne. Elle me remercie, je repose la théière. Puis je me cale dans mon siège avant de dire :



Augustine n’a pas froid aux yeux, même si elle ne me regarde pas :



Je ne pensais pas entendre ce genre de réponse, enfin, pas toute de suite, pas aujourd’hui. Autant rester franc, ce sera mieux pour nous deux :



Je me lève de mon fauteuil, je contourne la table pour m’accroupir à côté d’elle, mettant ma tête à la hauteur de la sienne :



Elle plonge ses yeux dans les miens :



Nous restons silencieux tous les deux. Toujours accroupi, j’évalue le pour et le contre. J’entrevois ce que recherche cette jeune fille, je parie que mon fils a dû lui faire entrevoir certaines choses, et elle a sauté à la conclusion que j’étais mieux armé que son ex-fiancé pour abonder dans son sens. J’insiste à nouveau :



Sa réponse fuse aussitôt :



Puis elle rougit, plaquant ses mains sur sa figure, tout en baissant la tête. Je suis à la fois troublé et amusé :



Elle ne répond pas. Je me redresse pour déposer un bisou sur son front. Debout, je regarde par la fenêtre, mon regard accroche cette tour en métal au symbolisme assez criant. Augustine est toujours confuse, craignant d’en avoir trop dit. Il est vrai que la plupart des jeunes filles n’auraient pas ouvert la bouche, mais c’est touchant de constater qu’une femme, même un peu jeune, vous voue une certaine admiration. À moi de ne pas la décevoir.



Je me poste derrière elle, puis je pose mes mains sur ses épaules, elle frémit. Je continue :



Cette jeune femme me facilite les choses :



Elle se poste devant la fenêtre aux lourdes tentures, regardant droit devant elle. Une fois de plus, je me positionne derrière elle, posant mes mains sur ses épaules. Elle frémit moins, cette fois-ci. Je lui demande :



Assez dubitative, elle s’exécute :



Je fais glisser mes mains le long de ses bras pour venir les poser sur sa taille, légèrement au-dessus de ses hanches. Elle frémit légèrement, sa respiration s’accélère un peu, mais elle ne proteste pas.



Regardant toujours devant elle, Augustine me demande :



Augustine m’oppose un bémol :



Mes mains toujours sur sa taille, elle frémit. Il faut que je prenne une décision :



La jeune fille s’exécute lentement, tandis que je fais descendre mes mains posément sur ses hanches. Elle lève la tête vers moi, nos yeux s’accrochent les uns aux autres. Je penche doucement ma tête vers elle. Entrouvrant les lèvres, Augustine continue toujours de me regarder dans les yeux.


Quelque chose cède en moi, ma bouche s’empare de la sienne, dans un baiser d’abord fort léger, puis de plus en plus exigeant et passionné. Elle répond presque de même, d’abord un peu hésitante, puis de plus en plus assurée. Mes mains basculent de ses hanches à son dos, attirant ce corps juvénile contre le mien. Augustine se coule contre moi, preuve évidente qu’elle n’est pas contre l’évolution de la situation.


Toutes les bonnes choses ont une fin, nos lèvres se détachent, je la garde captive contre moi :



Cette absence de regret me plaît et cette appellation formelle me fait sourire :



Puis, n’y tenant plus, je la plaque à nouveau contre moi, afin de l’embrasser et de mettre un peu de désordre dans tous ses jupons. Elle pourrait jouer la jeune fille effarouchée, mais je constate avec plaisir qu’il n’en est rien. Elle essaye même de participer, de façon maladroite certes, mais ça augure des lendemains très intéressants.




Galatée et Pygmalion



Le feu sous la glace est une expression un peu forte pour qualifier Augustine, d’autant qu’elle ne s’est jamais montrée glaciale envers quiconque. Mais l’idée générale est là. Pour l’instant, nous nous cachons, c’est préférable. Au début, ce sont la curiosité, l’attrait de la nouveauté et un parfum d’interdit qui me poussaient.


Mais quand j’ai découvert ce qu’il y avait dans le coffre, je me suis nettement investi, me disant que le Destin m’était très favorable, et je serais un idiot fini de laisser passer ma chance. Je suis dans les affaires depuis de nombreuses années, et je sens, je sais quand une très bonne opportunité passe à ma portée !


Revenons un peu en arrière.


Augustine et moi avons décidé d’y aller lentement mais sûrement, avec la possibilité d’arrêter quand elle voulait. En ce qui concerne nos affaires, nous nous voyons deux à trois fois par semaine. Souvent ça se limite à quelques instructions qu’elle devra suivre, comme lire certains livres ou aller au Musée du Louvre pour y contempler certains tableaux ou sculptures. Ça peut paraître banal ou étrange, mais je sais où je vais. D’ailleurs, cet itinéraire plaît à Augustine, lui ouvrant petit à petit d’autres fenêtres.


De temps à autre, je glisse des demandes un peu plus coquines, mais raisonnables, du moins au début, car tout est dans l’art de la progression et de la transgression.


Pour éviter que nos petits mots tombent dans de mauvaises mains, ceux-ci sont camouflés dans des textes manuscrits tout à fait banaux, mais faciles à déchiffrer pour celui ou celle qui connaît l’astuce.


Pour l’instant, il y a un tabou : Augustine doit rester une pure jeune fille. Cette contrainte découragerait un certain nombre d’hommes, mais moi, elle me stimule. Je dirais même qu’elle pousse à une certaine perversion, sans toutefois devoir verser dans les excès.


Entretemps, ignorant tout, ma fille aînée Daphnée s’entretient avec moi :



Ça va faire une bonne semaine que Valentin est parti pas loin de Liège, en Belgique. Spa est un endroit très chic où on croise diverses têtes couronnées, ce qui est souvent utile, mais un faux pas peut se révéler critique. Je confirme :



Ce n’est pas plus mal que mon fils ne soit plus à Paris, ça me donne les coudées franches auprès de son ex-fiancée. D’ailleurs, comme pour une locomotive, j’ai augmenté la pression et elle ne déteste pas.



Elle rougit un peu, ce qui ne l’empêche de s’exécuter lentement mais sûrement. Comme le diraient les Anglo-saxons, elle me fait un strip-tease, un effeuillage qui manque un peu d’assurance et de savoir-faire, mais plein de bonne volonté. Oui, ma maîtresse a du potentiel et son ex-fiancé n’en a rien vu du tout. Tant pis pour lui.


Augustine a maintenant ses deux mignons seins révélés à mon regard. Ni trop gros ni trop menus : la taille idéale. Elle se mordille la lèvre. Je lui demande pourquoi :



Aussitôt, je les prends délicatement entre mes mains, elle soupire aussitôt :



Ma bouche capture un premier téton, elle soupire de plus belle, son corps agité de fins frissons. Tout en se laissant faire avec ravissement, elle gémit :



Tandis que ma bouche s’occupe toujours de ses seins, une main part en exploration sous ses jupons. Comme convenu depuis quelque temps, aucun tissu ne barre ma route vers son pubis et sa fente. Je me fais un plaisir de la masturber délicatement pour commencer, puis de plus en plus ardemment.


Sous cette double attaque en règle, Augustine ne met pas longtemps à gémir puis à jouir bruyamment, une nouvelle chose qu’elle a apprise : ne pas étouffer ses cris de plaisir, se laisser aller sans fausse honte.



C’est en franchissant ainsi divers gués qu’Augustine est vraiment devenue ma maîtresse. Exception faite du fameux petit détail.




Opération Opéra



Ce soir, Augustine et moi allons en fiacre à l’Opéra, ce sera une bonne façon d’officialiser notre relation. En catimini, les jours précédents, j’ai tâté le terrain auprès de mes connaissances. La réponse globale est que quasiment tout le monde est étonné que je ne m’affiche toujours pas avec une bonne amie. De nos jours, il est usuel pour un homme de rang d’avoir une maîtresse, souvent jeune.


Il a fallu que j’informe les parents de la jeune fille, que je négocie avec eux. Ils ont été assez étonnés de la tournure imprévue des événements, mais la carotte que j’ai proposée a fait taire leurs éventuelles récriminations. J’ai eu la singulière sensation qu’ils étaient soulagés par ce revirement, car une fille abandonnée par son fiancé ne vaut plus très cher sur le marché. De plus, il n’est pas rare qu’une jeune maîtresse soit ensuite casée, faisant un beau mariage, la dot offerte par l’amant. Les Rois et les Grands d’antan faisaient souvent la même chose. Avec un certain naturel, ils m’ont dit qu’ils comptaient sur moi pour assurer l’avenir de leur fille, et, me connaissant, sans esclandre et scandale.


En résumant cyniquement la situation : une de casée avec profits !


Tandis que nous traversons le grand hall d’entrée noir de monde, fébrile, Augustine s’inquiète un peu de sa tenue :



Ma main autour de sa taille, je souris :



Tournant la tête, Augustine constate que certaines femmes ne sont pas avares de leurs appas, on pourrait même affirmer qu’elles sont la vitrine du succès de leur amant et protecteur. À se demander s’il n’y a pas un concours implicite entre riches et influentes sommités de la Haute Société pour en mettre plein la vue aux personnes présentes à l’Opéra.



Puis elle me regarde vaguement inquiète :



À moitié rassurée, elle me sourit. Peu après, je la présente à diverses personnes de ma connaissance. Elle n’ose pas trop ouvrir la bouche, mais je sens que les regards qu’on porte sur elle sont flatteurs.


Puis nous prenons congé, nous dirigeons vers la loge que j’ai réservée. À l’abri dans la pénombre, j’en profite pour embrasser et câliner ma maîtresse avant que le rideau ne se lève. Je sais qu’Augustine aura ensuite les yeux et les oreilles fixés sur la scène, car elle adore l’opéra, je m’en étais aperçu les deux autres fois où nous y avions été en famille, du temps de ses fiançailles avec Valentin.


Bien que je fasse l’éducation d’Augustine, je préfère oublier de lui dire que certaines personnes sont actuellement présentes, non par amour de l’art, mais pour choisir éventuellement leur future maîtresse. En clair, une soirée à l’Opéra s’apparente pour eux à la consultation d’un gros catalogue…


Toujours ce côté sombre derrière la lumière.


Ce soir est un bon cru, tout est calibré au millimètre. Le spectacle est parfait, je suis content d’avoir emmené Augustine avec moi. La jeune femme est visiblement ravie, les yeux grand ouverts fixés sur la scène, la bouche ouverte. Puis arrive l’entracte.



Je me penche pour embrasser ses lèvres si rosées et sucrées. Puis je quitte la loge. Arrivé en bas, un de mes bons amis me demande carrément :



Puis il regarde aux alentours :



J’explique le commencement du fond de ma pensée à ce vieil ami :



Je continue ma précision :



Nous nous séparons. Deux verres dans une main, une bouteille de Champagne léger dans l’autre, je rejoins Augustine qui est restée dans la loge. Après deux flûtes chacun, je m’offre le luxe de l’embrasser tout en laissant courir mes mains sur ses courbes. Peu après, elle est à nouveau fascinée par ce qu’il se passe sur la scène. Au moins, elle ne fait pas semblant d’aimer l’opéra, contrairement à certaines femmes qui n’y viennent que parce qu’il faut y être.


Tout comme je sais qu’elle ne fera pas semblant d’aimer ce que je vais lui faire subir au lit, une fois que nous serons rentrés chez nous !




Valentin



C’est le monde à l’envers : à peine revenu de Spa (où tout ne s’est pas déroulé comme prévu pour lui), mon fils Valentin me fait carrément une scène !



Mes autres enfants ont été plus ou moins surpris quand j’ai officialisé ma relation avec Augustine, mais personne ne m’a incriminé. Mes filles m’ont simplement demandé si j’étais sûr de moi, et mon autre fils m’a félicité. En revanche, Valentin ne semble pas être du même avis. Je rappelle quelques points de détail à mon fils :



Assez désarçonné par ma question, mon fils hésite un peu :



M’entendant déballer ses petites combines, Valentin est gêné. Parce qu’il croit qu’il peut me cacher quelque chose ? Je continue sur ma lancée :



Pauvre homme, dont le seul tort réel est d’avoir été au mauvais moment et au mauvais endroit. Se souvenant de cet épisode finalement peu glorieux, mon fils proteste :



Valentin devient provocant :



Mon fils serre les poings :



Ce n’est pas faux, je considère mon gendre comme l’un de mes fils, la balance est rééquilibrée. Je change légèrement de ton :



Mon fils grimace, il se rappelle encore ce temps où nous n’étions pas installés dans la Capitale, même s’il a tendance à oublier son passé provincial. Je reprends la parole :



Je fais un geste :



Valentin grimace, j’aurais dû avoir cette conversation plus tôt. On ne sait certaines choses que trop tard. On appelle ça l’expérience. Mon fils revient au sujet initial :



Franchement surpris par mon affirmation, mon fils s’exclame spontanément :



Je me redresse, indiquant ainsi la fin de notre entretien :



Mon fils sent bien qu’il a tiré un peu trop sur la corde. Son jeune frère est plus subtil que lui. Il joue les journalistes mondains, il est toujours là où il faut être, mais il dépense peu. Et les articles qu’il rédige sont lus et appréciés. Je sais qu’il a une maîtresse, une lingère qui semble se contenter de peu, contrairement à d’autres femmes dont le train de vie est beaucoup plus conséquent. Il faudra que je rencontre cette jeune femme pour me faire une idée.


Vaguement inquiet, mon fils quitte le bureau.




Maurice



Comme je m’en doutais, sachant qu’il allait avoir des sous, mon fils en a déjà dépensé une partie avant de les avoir en main. Je ne panique pas : ça fait partie de mon plan.


Entretemps, j’ai convoqué mon autre fils dans mon bureau. Quand nous sommes en face-à-face, je ne tourne pas autour du pot :



Un peu surpris, Maurice répond en plaisantant :



Je joue les étonnés :



Je sais déjà tout ça depuis un certain temps, mais mon fils ignore que je me suis déjà renseigné au sujet de sa conquête. Ça me permet de vérifier si Maurice joue franc jeu avec moi. Accoudé au rebord de la cheminée, je dandine de la tête :



Maurice change de ton :



La réponse fuse aussitôt :



Je pose ma main sur l’épaule de mon fils :



Maurice se met à rire :



Deux jours plus tard, je rencontre la fameuse Eugénie qui tremble de la tête aux pieds. C’est une brave fille courageuse plutôt jolie, venant d’un milieu très modeste, mais honnête. Il y aurait meilleure alliance à faire, mais cette jeune lingère saura faire garder les pieds sur terre à mon fils, contrairement à Clotilde. Et puis, quand on est jeune, on possède des idéaux qui se modifient au fil des années.


Ajoutons qu’Alexandre Dumas a bien eu son fils le plus célèbre avec une couturière.


La façon dont mon fils regarde Eugénie est assez éloquente. La façon dont elle le regarde l’est tout autant. Je ne sais pas si cette relation durera longtemps, mais il est bon pour mon fils de vivre ce genre de sentiment. Et même si ça casse, il pourra toujours se dire plus tard qu’il a aimé et qu’il a été aimé pour lui-même, ce qui n’est pas le cas de tout le monde.




Lutinage à l’ombre de la tour



À travers la fenêtre, je distingue bien cette tour en fer qui est devenue un point de repère stratégique dans Paris. Je préfère la contemplation de la Seine entre les arbres, c’est plus reposant. Je me demande combien de temps cet ouvrage restera debout, on parle déjà de le démonter. Comment recycler pareille structure ? Comme poste d’observation ?


En tout cas, comme paratonnerre, ça fait efficacement son office, ce qui protège tous les bâtiments aux alentours. Comme point de repère dans Paris, c’est assez utile aussi.


Cet après-midi, comme souvent, je lutine ma maîtresse. Petit à petit, la rose s’épanouit. Il y a encore du chemin à faire, mais j’aime cette balade, je comprends de plus en plus la joie qu’il y a de jouer les Pygmalions, surtout avec Augustine comme matière première.



Dans l’intimité, Augustine est une bonne élève très appliquée et assidue. Bien des choses qu’elle estimait auparavant impossibles sont devenues usuelles ou presque. Il suffit d’y aller doucement, mais sûrement, ce que souvent les jeunes hommes ne comprennent pas, car ils veulent tout, tout de suite.


L’impatience de la jeunesse !


Pour l’instant, pour éviter certains événements fâcheux qui surviennent neuf mois plus tard, nous évitons certaines pratiques. Louis Pasteur a découvert, il y a peu de temps, un vaccin contre la rage. S’il en découvre un contre la conception, je prends tout de suite ! Est-ce possible, je ne sais pas, je n’y connais rien en biologie, mais quelque chose me dit que c’est envisageable, mais pas pour tout de suite. Dans dix ans, vingt ans, qui sait. Ou dans un siècle…


Si une firme découvre ce produit miracle, sa fortune est faite ! Dommage que je n’y connaisse rien dans ce domaine. Il reste les préservatifs, qu’ils soient masculins ou féminins, mais, ou bien les sensations sont réduites, ou bien ce n’est pas fiable à 100 %.


Je n’ai pas connaissance qu’une femme soit tombée enceinte en pratiquant des fellations. Idem pour les sodomies, bien que parfois, on a des surprises désagréables. D’après ce que j’ai pu comprendre, la paroi peut être déficiente, ça m’étonne quand même. De plus, il se peut que le sperme qui s’évade de la porte des artistes puisse glisser jusqu’à l’autre entrée. Il suffit de faire attention et de ne pas se laisser emporter par ses instincts.



Maintenant qu’Augustine est devenue ma maîtresse officielle, elle passe très souvent la nuit en ma compagnie, chez moi. Un homme en pleine maturité comme je le suis, se fait un plaisir de démontrer à sa compagne le désir qu’il a d’elle, à chaque coucher et à chaque lever. Du moins, un minimum.




Le lointain Tonkin



Comme j’en doutais, manquant de recul, Valentin s’est fourvoyé dans un truc pas possible. Résultat, ses « associés » veulent lui mettre la main dessus pour lui expliquer à leur manière brutale, mais efficace, qu’il n’est pas bon de tenter de les rouler dans la farine. Depuis, mon fils change d’endroit fréquemment, ne restant jamais deux nuits au même endroit. Et c’est quand on est dans la panade qu’on découvre qui sont ses vrais amis. Et dans son cas, il les compte sur les doigts d’une main, et encore.


Dans une pièce soigneusement à l’écart d’un de mes ateliers, je discute avec Valentin qui est venu déguisé en simple ouvrier, ce qui a dû lui demander un certain effort, lui qui est si dandy d’habitude. Il s’exclame :



Il semble sincère quand il me demande :



Je m’énerve un peu :



Je développe ma solution, souvent utilisée dans pareil cas par d’autres familles de bonne réputation de notre monde. À la fin de mon explication, Valentin s’exclame :



Agacé, je fais de grands gestes :



Excédé, je m’exclame :



Je hausse les épaules :



Il grimace, tout le monde est au courant de la mélasse (pour ne pas dire autre chose) dans laquelle il est actuellement plongé :



Tout ceci est intégralement faux, mais mon fils n’a aucun moyen de le vérifier. Et si je me fais prendre, rien ne m’empêche de suggérer que c’est une bande rivale qui a voulu profiter de l’aubaine. Valentin se tord les mains :



Il grimace à nouveau, le confort laisse à désirer, surtout en hiver. Je poursuis :



Je désigne son menton :



Une lueur d’espoir s’allume dans l’œil de mon fils :



Je suis affirmatif :



Valentin s’est renseigné auquel cas il porterait plainte. Son contact bien placé lui a confirmé qu’aux yeux de la loi, c’était lui le fautif et ça lui coûterait très cher, en tout cas beaucoup plus cher qu’à ceux qui l’ont menacé. Il est tombé des nues :



Résigné, mon fils est parti quelques jours plus tard pour le Tonkin. Ce qui l’a définitivement décidé, c’est d’avoir été repéré et poursuivi par ceux qui le recherchaient, il a réussi à les semer en zigzaguant dans diverses ruelles, puis en se cachant fébrilement derrière des immondices. Ça s’est passé le lendemain matin de notre rencontre.


Il en frémissait d’horreur quand il m’a raconté cette folle mésaventure. Alpagué dans la rue, il a vite compris que ce n’était pas exclusivement une question d’argent, car il a bien essayé de négocier un petit délai, sans résultat probant. Non, ces énergumènes voulaient lui expliquer à leur façon qu’on ne se moque pas d’eux impunément. C’est là qu’il s’est enfui sans attendre la suite des événements.


Quelques heures plus tard, crâne à moitié rasé, favoris en moins, méconnaissable, il était dans un train en direction du Havre afin d’embarquer pour l’Indochine, sans tambour ni trompette, avec un minimum d’affaires personnelles.



En réalité, c’est à moi qu’il a dû cette course-poursuite. J’ai payé pour que trois individus d’allure patibulaire le poursuivent sans le rattraper. Ils rigolaient bien quand ils m’ont expliqué où Valentin s’était caché, car ils n’étaient pas dupes.



Je ne pense pas que ces trois hommes viendront me chercher des noises ultérieurement. Un bon ami me les a conseillés, car il utilise leurs bons services depuis plusieurs années, et n’a jamais eu à se plaindre par la suite.


Quant aux fameux associés auxquels mon fils s’est acoquiné, eux aussi ne me causeront pas de souci, puisque c’est moi qui ai monté toute cette affaire pour donner une bonne leçon à mon fils. Mais s’il le sait un jour, ce sera sur mon lit de mort.




Mon Augustine à moi



Pour l’instant, on dirait que tout est remis d’aplomb. Valentin est parti au loin pour un certain temps. Dans les temps anciens, il existait des lettres de cachet qui permettaient de mettre à l’ombre les fautifs, mais nous ne sommes plus sous l’Ancien Régime, ni même sous un Empire. Resté fort sage, Maurice est toujours sur son petit nuage avec son Eugénie. Mes deux filles sont casées et heureuses. Quant à moi, j’avoue avoir fait le bon choix avec Augustine.



Allongée nue contre moi, sa main sur mon torse, Augustine soupire :



Elle se met à rire :



Je la serre un peu plus contre moi :



Augustine me regarde avec de gros yeux étonnés :



En effet, rien n’a changé depuis qu’elle est devenue mon épouse officielle et aussi la mère de notre premier enfant. Elle a simplement un peu plus d’amour à donner. Quand vient la nuit, dans notre lit conjugal, je profite éhontément de son corps juvénile, j’ai alors l’impression d’avoir vingt ans de moins, de braver le temps qui passe. Tandis que je m’oublie complètement en elle, je me sens prêt à défier le prochain siècle, le prochain millénaire qui arrive.


Et je parie que cette fichue tour d’acier sera toujours là.