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n° 22885Fiche technique20730 caractères20730
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Temps de lecture estimé : 15 mn
19/01/25
Résumé:  Marie s’ennuie et découvre un livre qui la perturbe.
Critères:  #journal fh grosseins vacances plage campagne humilié(e)
Auteur : Amateur de Blues            Envoi mini-message

Concours : Récit d'après 4 images imposées
L'été de mes vingt ans

Vous retrouverez le règlement de ce concours ici.




J’enrage. C’est l’été de mes vingt ans, le meilleur âge de la vie et je le passe ici, dans ce village où personne n’a jamais passé ses vacances. Je n’ai pas eu le choix, je dois m’occuper de Tonton Gérard, quatre-vingt-deux ans. La dame de compagnie de Tonton est en vacances et il faut bien que quelqu’un prépare ses repas et fasse son ménage. Et ce quelqu’un, la famille a décidé que ce devait être moi. Car Tonton Gérard a du bien et je serai son héritière, une sordide histoire d’argent qui me condamne au pire été de ma jeune vie. Je suis allée au village ce matin et il n’y a vraiment rien à faire, pas de café sympa, pas de piscine, pas de bibliothèque, pas de boîte de nuit. Je n’ai croisé que des anciens et deux jeunes boutonneux très laids qui réparaient un scooter contre le mur de l’église. Aussi, j’ai décidé de tenir un journal de cet été mortel, pour m’occuper d’abord et plus tard, au cas où j’oublierais, pour me souvenir qu’on m’a injustement privée de ma jeunesse.


Tonton vit au rez-de-chaussée et je passe mes journées au premier étage. Je suis une gentille fille et je fais tout ce qu’il me demande, mais il se contente de peu et je suis très libre de mon temps. Beaucoup trop libre d’ailleurs, puisque je n’ai strictement aucune activité. Je passe mon temps, allongée sur mon lit à regarder mon téléphone dans l’espoir qu’un message vienne rompre l’ennui, ce qui n’arrive guère. Tonton Gérard a une grande maison et, le premier jour, j’ai visité mon domaine, quatre chambres meublées à l’ancienne. J’en ai choisi une pour en faire mon repaire et j’ai vite étalé mes culottes sales et des magazines idiots un peu partout pour avoir l’impression d’être chez moi. Ensuite, j’ai écouté le silence et je suis morte d’ennui. Depuis, tous les jours sont semblables. Le matin, je fais des courses au village, je passe l’aspirateur et je lave la lessive du tonton. Nous buvons un café en parlant des nouvelles locales. Je prépare le repas et monte ensuite dans ma suite pendant que le vieil homme fait la sieste. À partir de ce moment, ma vie s’arrête jusqu’au lendemain.



&&&



J’ai vécu une curieuse expérience hier après-midi. Il y avait dans une des chambres de l’étage une malle à laquelle je n’avais pas fait attention lors de ma première visite. Je l’ai ouverte hier et elle est remplie de vieux livres, pour la plupart sans intérêt, vie de saints, livres d’histoire, recueils de psaumes. Mais il y avait sur le dessus un livre relié de cuir rouge qui attirait immédiatement le regard. C’était un bel objet et le titre : « Chienne » était assez inhabituel. Je me suis allongée sur le lit et j’ai commencé à lire. Dès les premières pages, on apprend que la jeune femme dont on raconte l’histoire a vingt ans et qu’elle porte mon prénom : Marie. Bien que ce soit une jeune paysanne d’il y a très longtemps, je me suis aussitôt identifiée à elle et j’ai dévoré le livre, n’arrivant pas à le quitter avant d’en arriver à la dernière page. Quand j’ai relevé le nez, il faisait nuit et j’avais complètement oublié mon vieux tonton. Je ne me souviens même pas d’avoir allumé la lumière pour finir ma lecture.


C’est une histoire affreuse, très dérangeante, et même plus que ça. Je ne comprends pas encore ce matin pourquoi je m’y suis attachée à ce point. Quand j’ai eu fini de lire, j’avais les larmes aux yeux et j’étais mouillée intimement comme cela ne m’était jamais arrivé. J’ai ouvert grand la fenêtre pour respirer l’air de la nuit. Les millions de criquets menaient leur sarabande habituelle et cela m’a un peu calmé. La chambre n’est pas tournée vers le village et je ne voyais qu’une lumière tremblotante entre les arbres. Curieusement, j’ai associé cette lumière au livre et j’imaginais que c’était là que tout s’était passé. J’étais très impressionnée et puis, subitement, je me suis rappelé le pauvre tonton qui n’avait pas eu de dîner et je me suis précipitée dans l’escalier.


Je me demande encore ce qui m’a pris de lire cette histoire jusqu’au bout. Il y a des images que je n’oublierai pas. Dans la première partie du livre, Marie échappe au viol dans de nombreuses circonstances. C’est très violent et tous les hommes se jettent sur elle dès qu’ils la voient, qu’ils soient soldats, commerçants ou prêtres. Tous lorgnent les gros seins de la jeune femme et cela les transforme en bêtes sauvages. J’ai moi-même une poitrine généreuse et j’ai eu beaucoup de mal à accepter ce cadeau de la nature pendant l’adolescence. Le regard des hommes était constamment dérangeant. Depuis, j’ai compris que cela pouvait être un atout quand on veut plaire à un garçon et j’ai appris à vivre avec et à porter des décolletés provocants quand j’en ai envie.


Puis le livre bascule dans tout autre chose. Le père de Marie est arrêté pour braconnage et doit être pendu. La jeune femme se rend chez le seigneur pour plaider sa cause. Et là commence un dialogue qui m’a tant marqué que je le sais par cœur.




La suite du livre est une longue description de tous les sévices sexuels que cet homme fait subir à la pauvre Marie. Et ce qui est pour moi le plus horrible, c’est qu’on ne sait jamais ce que ressent cette femme. Elle est humiliée, violentée, battue et offerte à tout un tas d’hommes plus pervers les uns que les autres, mais l’auteur se contente de nous décrire cela comme il décrirait une bataille ou une chasse au renard. D’ailleurs, dans une scène, Marie doit fuir dans la campagne, nue évidemment, poursuivie par une meute d’hommes armés de fouets et de bâtons.


J’ai appris ce matin par mon grand-oncle que la malle a été déposée par son voisin, le propriétaire du château, qui a eu un dégât des eaux dans sa bibliothèque. Cet homme qui possède le livre rouge impressionne fort mon oncle, car il est riche et érudit. Pour ma part, sans le connaître, je pense que c’est probablement un pervers que je n’ai pas envie de rencontrer. Mais je reste troublée parce que je ne comprends pas pourquoi j’ai voulu lire ce texte jusqu’au bout. Maintenant, il me hante.



&&&



Hier soir, Tonton, qui lisait le journal, m’a annoncé que la foire du village se tient ce week-end. Il m’a conseillé d’y aller pour me distraire. Le pauvre vieil homme comprend que je m’ennuie à mourir. Pourtant, il n’est pas prêt à renoncer à mes services. Me voilà donc partie sur mon vieux vélo sous le soleil de l’après-midi. J’ai mis une jolie petite robe, on ne sait jamais. La foire en question est à l’image de cette région. Les gens d’ici n’ont pas compris que le monde change et tout se passe exactement comme si nous étions en 1960. On peut gagner des ours en peluche en tirant à la carabine, les maquignons ont des blouses grises et des bérets sur la tête.


J’errais dans les allées, cherchant un stand moins ringard que les autres quand je me suis retrouvée en face d’un énorme taureau. Cet animal avait gagné le premier prix le matin même et faisait l’admiration de la population. Je suis une fille de la ville et je n’avais jamais pu observer un tel animal. C’était une bête splendide et je restais là à admirer sa musculature de champion. L’animal qui devait avoir chaud se mit à meugler puissamment et à laisser grandir sous son ventre un sexe sombre et aussi gros qu’un tronc d’arbre.


J’étais donc là, toute chose, à regarder l’animal bander quand une voix placée derrière moi m’interpella :




Je me suis retournée brusquement et me suis retrouvée face à face avec un homme grand, beau et grisonnant qui me regardait avec gourmandise.




Je n’avais pas d’avis. J’étais en train de béer devant cette bite avec les testicules gros comme des noix de coco qui pendaient en dessous, sans penser à rien et je n’allais certainement pas le dire à un inconnu. Mais il n’attendait pas de réponse.




Je devais être rouge comme un camion de pompiers et je ne répondais toujours pas. Même en y réfléchissant maintenant, je ne vois vraiment pas ce que j’aurais pu dire. Je voulais juste que cette conversation se termine. Pourtant, le voisin de Tonton Gérard a une voix de basse très agréable à écouter. J’aurais bien voulu qu’il me parle d’autre chose.




Là, bien sûr, il devenait évidemment que je devais dire quelque chose, mais j’étais si surprise que j’en étais incapable. Néanmoins, ce monsieur devait bien voir sur mon visage cramoisi que je n’appréciais pas ses commentaires. D’ailleurs, il fit aussitôt machine arrière.




Il s’est éloigné et moi, je suis restée comme une idiote au milieu du champ de foire, les joues rouges et les bras ballants. Je n’avais pas ouvert la bouche un seul instant. Pendant ce temps, le taureau pissait comme une cascade et des gosses le montraient du doigt en riant. Mon tour de foire était terminé. Je suis partie ou plutôt j’ai fui cet endroit. Arrivée à la maison, j’ai dû répondre aux questions de Tonton Gérard et c’était un vrai supplice. Dès que j’ai pu, je me suis carapatée à l’étage et jetée sur mon lit. J’ai pleuré, je me suis caressée comme une folle et j’ai dormi le reste de l’après-midi. Qu’est-ce qui cloche avec moi ?


Après cette histoire à la foire, j’ai passé le week-end sur mon lit à regarder des vidéos de chatons sur YouTube. Mais quand je m’ennuie, c’est-à-dire la plupart du temps, je ne peux pas m’empêcher de penser à ce voisin. J’ai compris que c’était lui le propriétaire de la malle, donc le lecteur du livre rouge.



&&&



Ce matin, j’ai décidé de me bouger un peu. Il fait très chaud et j’ai envie d’aller me baigner. J’ai demandé à Tonton Gérard où on peut nager à portée de vélo puisque je n’ai pas encore réussi à passer le permis. Il m’a indiqué un étang où il se baignait quand il était jeune. Sa description n’avait pas l’air très engageante, mais n’ayant pas de meilleure idée, j’ai mis une serviette et un maillot dans mon sac et j’ai sauté sur mon vélo dès le déjeuner terminé.


Le trajet a été un véritable calvaire. Cette campagne a l’air plate, mais cela n’arrête pas de monter et de descendre, des vraies montagnes russes avec le fun en moins. J’avais un peu peur de me perdre, mais j’ai trouvé l’étang du tonton. C’est un coin charmant qui mériterait d’être connu. Je dis ça parce que je me suis retrouvée toute seule au bord de l’eau. Après les efforts en vélo, je me croyais prête à sauter dans mon maillot et à piquer une tête aussitôt, mais la solitude m’a refroidie.


Je me suis allongée dans l’herbe et j’ai décidé de prendre le temps de regarder autour de moi. Peut-être est-ce un endroit dangereux, mais il est aussi possible que les gens d’ici soient tellement bêtes qu’ils ne se baignent pas dans les étangs. Ils vont en vacances aux Antilles où ils construisent une piscine dans leur jardin. J’en étais là de mes réflexions quand j’ai entendu une voix derrière moi.




Je me suis retournée brusquement et le bel homme de la foire était là, debout juste derrière moi.




Il souriait. Il ne se rendait pas compte de ce que sa conduite avait d’anormal. Je me sentais comme une bête traquée. J’aurais voulu m’enfuir sans savoir comment faire.




Encore une fois, j’étais si outrée que je n’ai pas réussi à dire quoi que ce soit. Je devais être écarlate et ridicule, allongée dans l’herbe et dominée par cet homme détestable.




Il a alors entrepris de se déshabiller, sans cesser de me dévisager. Quand il a été en slip, j’ai cru qu’il allait s’arrêter là, mais je suppose que c’était mal le connaître, car il l’a enlevé sans une hésitation. Je n’avais jamais vu un homme entièrement nu en plein jour comme ça dans la nature et j’étais impressionnée. Il faut dire que son corps était très attirant. Je ne connais que des étudiants, des hommes jeunes pas très sportifs, et j’avais plutôt un a priori au sujet des vieux.


Pour un cinquantenaire, ce monsieur De Monfort est mince et musclé. Évidemment, je ne pouvais pas le fixer et montrer mon intérêt. Je n’ai eu qu’un aperçu, de brefs coups d’œil, la ligne de poils noirs entre le pubis et le nombril, les épaules larges et surtout son membre, gros, noueux, à moitié décalotté.


Cette vision, même fugitive, a transformé mon ventre en un maelström bouillant et, bien sûr, cela ne lui a pas échappé.




Sur ces mots, il a fait demi-tour et est entré dans le lac en courant. J’ai juste eu le temps de voir des fesses rondes et fermes et il a plongé sous la surface. J’aurais dû partir, mais je n’avais plus la tête à réfléchir à ce que je devais faire. J’étais fascinée comme un rongeur face à un cobra, partagée entre la colère et le désir. Il nageait, un crawl académique et puissant, et je restais comme une gourde à le regarder faire.


De temps en temps, il a essayé de m’appeler pour que je le rejoigne, mais j’étais comme paralysée. Alors, il est sorti de l’eau, ruisselant, beau comme un Dieu grec et il est venu s’écrouler dans l’herbe à mes côtés. J’avais envie de lécher les gouttelettes sur sa peau ou de le gifler, je ne sais pas trop.




Il était allongé sur le ventre et je voyais ses fesses se contracter lorsqu’il bougeait. J’ai fermé les yeux. C’est tout ce que je pouvais faire. J’ai fermé les yeux si longtemps que, lorsque je les ai rouverts, il était parti. J’ai mis longtemps avant de reprendre mon vélo et de rentrer. Maintenant, j’ai décidé de ne plus sortir et d’attendre chez Tonton Gérard que sa dame de compagnie revienne de vacances.



&&&



Cela fait trois jours que je ne suis pas sortie, même pour faire des courses. J’invente n’importe quoi pour expliquer à Tonton qu’on doit se contenter des boîtes de raviolis qu’il a dans ses placards, mais l’idée de rencontrer Régis de Montfort est au-dessus de mes forces. J’ai bien sûr changé de chambre. Je m’occupe en lisant et relisant une pile de vieux Spirous que j’ai trouvés dans ma nouvelle grotte. J’ai relu aussi « La chèvre de Monsieur Seguin », un petit livre qui traînait sur une étagère. Quand Blanchette est mangée par le loup, j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. La nuit, je ne réussis pas à dormir sans rêver de lui.


Il fallait en finir, de toute façon, c’était trop pénible. Je viens de prendre une décision définitive et, quand j’aurai écrit ces dernières lignes, je me mettrai en route. Ce matin, au petit-déjeuner, Tonton Gérard m’a annoncé que son ami De Monfort lui avait téléphoné.




J’ai donc promis à Tonton. D’ailleurs, mon ventre en ébullition me dit lui aussi que je ne peux plus esquiver cette rencontre. Je suis allée dans mon ancienne chambre et j’ai regardé vers le manoir. On voyait bien la petite fenêtre où est installée la lunette, mais je ne parvenais pas à voir si Régis était là. Je me suis déshabillée, lentement. Je sentais la mouille couler le long de mes cuisses et j’ai eu un orgasme presque sans me toucher. Mes seins me faisaient mal.


Comme dans un rêve, j’ai sorti ma robe la plus courte, celle que je n’avais pas encore mise parce qu’elle a des manches longues et je l’ai enfilée, sans soutien-gorge ni culotte. Avec mes gros seins, c’est assez vulgaire, mais je suppose que c’est ce qu’il attend de moi. Je me suis maquillée pour la première fois du séjour. J’ai mis le livre rouge dans un sac rouge informe qui traînait dans une chambre. En fait, je répugne même à le tenir à la main. Voilà, je suis prête, comme Blanchette était prête quand le soleil s’est couché et qu’elle a décidé de rester dans la montagne. Je ne sais pas ce qui m’attend, mais j’y vais. Je ne veux pas mourir idiote.