| n° 22872 | Fiche technique | 16474 caractères | 16474 2993 Temps de lecture estimé : 12 mn |
13/01/25 |
Résumé: Si j’étais une femme, il n’y a aucun doute, je serais lesbienne. | ||||
Critères: #humour #délire #psychologie #personnages bizarre amour | ||||
| Auteur : Melle Mélina Envoi mini-message | ||||
Si j’étais une femme, il n’y a aucun doute, je serais lesbienne.
C’est ce que je me suis dit au sauna libertin de la ville. Je n’avais pas vu que c’était une journée 100 % gay. Je n’ai rien contre les pédés, qu’ils aillent se faire enculer, grand bien leur fasse, mais c’est pas mon truc.
J’étais donc là dans le jacuzzi et je n’arrivais pas à comprendre ce qu’on peut trouver d’excitant en eux. Je les regardais déambuler à poils dans les couloirs, leurs gros bides en avant, et cette saucisse qui pendouille entre leurs jambes.
Dégueulasse.
Il est vrai qu’il n’y avait que de gros lourdauds, j’étais le seul mec « potable » et tous ont tenté leur chance. Quand bien même, il y aurait eu un mec dit « bien gaulé ». Désolé, je trouve ça moche. Je n’aime pas le nez des mecs, souvent gros, les oreilles, souvent grandes, les visages carrés, les poils disgracieux. Que les mecs aient des plaques de chocolat ou un bidon Kronenbourg ne change rien, je les trouve moches.
Parfois, j’admets qu’il peut y en avoir de plus beaux que d’autres, mais la pseudo-beauté des Brad Pitt, des Tom Cruise me laisse de marbre. Ce n’est pas demain la veille qu’un mec me fera hisser ma frétillante.
Tandis que les femmes… Wahou ! Tout chez elles m’émeut, depuis leurs pieds jusqu’à leurs cheveux en passant par les fesses, leurs mains et surtout leurs lèvres (celles du dessous comme celles du dessus).
Je suis ce qu’on peut appeler un queutard. Ouais, j’aime bien baiser des greluches, leur mettre une bonne cartouche, leur en foutre plein leur culotte, les prendre en levrette, les tringler, les défoncer, les déglinguer ces p’tites salopes ! Et elles en redemandent ! Saaaaalllloooopes !
D’y penser m’a fait bander comme un Turc et une espèce de taffiote a cru qu’il avait le feu vert… J’ai préféré partir, j’suis pas un sale pédé.
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Je me réveille et plus rien n’est pareil, je constate (non sans effarement) que je suis devenue une femme. Étrangement, mon appartement a connu les mêmes déboires que mon corps. Il ressemble à celui dans lequel je vivais jusqu’à présent – et c’est le même – mais tandis que les cartons de pizza traînaient encore sur la table du salon, que les chaussettes sales se trouvaient l’une à droite, l’autre dans le frigo, que les canettes vides de bière sédimentaient sur la même table et que l’odeur de renfermé régnait en maître dans ma sacro-sainte cage à lapin, je trouve un endroit clean, un diffuseur à huile essentielle parfumant la pièce, des fleurs (des fleurs ????) sur un napperon choisi avec goût et surtout une vaisselle lavée et rangée ! L’antre de la fée du logis !
Pensez-vous que cela m’ait affolé, pétrifié ou simplement ébahi ? Oui, bien sûr, on ne passe pas d’un corps d’homme à celui d’une femme sans une once d’affolement. Toutefois, je dois me rendre à l’évidence, Fabien est devenu Fabienne, la carte d’identité en atteste.
J’ai vécu cette métamorphose comme on vit un deuil, à savoir en cinq étapes. Ça y est, j’ai vécu les cinq étapes, je l’ai accepté, je suis à présent une femme. Il m’aura fallu près d’une bonne dizaine de minutes pour arriver au stade de l’acceptation.
Ma première réaction a été de passer une demi-heure devant la psyché à me mater les fesses, mes lolos… et oui, bien sûr, j’ai regardé mon p’tit minou, pas évident à faire debout, j’y voyais pas grand-chose. Alors je me suis allongée sur le lit, j’ai écarté les jambes (tiens, je ne me savais pas hyperlaxe) puis j’ai relevé le buste et je me suis contorsionnée à m’en péter la colonne vertébrale – en vain. Alors, je suis allée dans la salle de bain prendre un miroir à main et je l’ai placé afin de renvoyer ce que la psyché miroitait.
Je faisais enfin connaissance avec « Perdita », oui, je sais, c’est con, mais j’aime bien l’idée que mon sexe ait un prénom (lorsque j’étais un homme, j’avais entre les jambes « Zutboom »).
Ô Perdita ! oh tu vas me faire perdre la tête ! Comme j’aurais aimé y fourrer mon nez afin d’en ressentir les effluves, comme j’aurais aimé la goûter cette petite chatounette ! Devant un tel spectacle, j’aurai craqué sans aucun doute mon slip et ma verge ultra tendue aurait atteint son paroxysme pour plonger dans le brasier avec ferveur et engouement !
À me voir les quatre fers à l’air m’a bien excitée. L’idée que je sois dans l’attente d’une intromission m’a chatouillé les méninges, alors, doucement, ma main s’est approchée de ce qui promettait des sensations inédites, puis mon doigt est venu simplement se rendre compte de l’effet produit.
Un p’tit sursaut plus tard, me voilà, plusieurs doigts en moi s’enfonçant plus profondément à chaque seconde. Oh là là là ! Mon corps jouait la gigue et dans ma tête, ça pétillait comme des bulles de champagne !
J’arrête là les descriptions salaces, mais je peux vous dire que je n’y suis pas allée de main morte !
Un orgasme incroyable plus tard, bien plus long que ce que je n’ai jamais vécu, le souffle court, je me suis rendu compte qu’il me fallait un gode ! J’ai regardé sur internet, ai trouvé mon bonheur, mais je ne pouvais pas attendre, il me le fallait maintenant – pas dans trois jours !
Pas le choix, pour trouver cette petite merveille, pour trouver chaussure à mon pied, afin que je le prenne, je dois me rendre au sex shop de la ville.
Je suis à présent devant ma garde-robe, une armoire de quatre compartiments bourrée à ras bord. Quelle désolation ! Je n’ai plus rien à me mettre ! J’en ai envie de pleurer tiens !
Je me dis : vivement les soldes, mais en attendant, je vais devoir me farcir les vêtements de la saison dernière.
Si je n’ai pas de mal à assortir mes sous-vêtements, il en va tout autre pour le reste ! J’opte finalement pour des collants opaques, un short noir en similicuir et un gros pull marinière. Là où cela se corse, c’est que je n’ai aucun manteau qui pourrait se marier avec.
Raah, j’ai un chèche couleur crème, mais le bonnet est plutôt écru. Je vais avoir l’air d’une plouc comme ça ! Bravo le mélange des couleurs ! J’en ai envie de chialer, tiens !
C’est lorsqu’arrive le choix des chaussures que la déception est telle que je reste interdite. Je n’ai qu’une trentaine de chaussures, aucune ne me convient… Ça y est, je pleure !
Je maudis le jour où je suis née, mais qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu pour mériter ça ??
Ouin Ouin !!!
De guerre lasse, je mets mes bottes montantes et c’est seulement à ce moment que je m’aperçois que dans la petite dizaine de sacs à main que j’ai, je n’en ai aucun noir ! Mes pleurs redoublent.
Deux heures plus tard, habillée comme un as de pique, comme le dirait ma grand-mère, j’entre dans « À la recherche du plaisir », un magasin dédié aux jeux d’adulte. C’est joli, je trouve ça poétique, c’est bien plus avenant que « Le sex-shop de chez ma tante », le concurrent de la rue d’en face.
J’entre et suis accueillie par un sourire affable du tenancier, je suis suspicieuse, que me cache ce sourire ? Pense-t-il que je suis une femme facile parce que j’entre dans un univers de concupiscence ? Veut-il me mettre dans son lit ?
En fait, non, il semblerait qu’il soit simplement aimable avec sa clientèle, car je lui trouve le même sourire lorsque descend de l’étage un quadragénaire plutôt bien de sa personne. À l’étage, on y trouve les DVD, les vidéos classées selon le genre.
Au plus proche de l’entrée, plusieurs rayons sont décernés à la lingerie. C’est plus fort que moi, je m’arrête dans ma quête de fausse quéquette (que je trouverai au fond du magasin, un peu moins à la vue des passants).
Un article m’intéresse tout particulièrement, il s’agit d’un ensemble bleu nuit avec un petit cadenas situé sur le devant du soutien-gorge. Il promet un effet push-up, ce qui dans mon cas ne sera pas superflu, apparemment je fais un petit 85 B.
Je m’imagine dedans, mmmm, belle à croquer !
Me voyant dans l’hésitation, le tenancier me propose son aide. Je l’envoie bouler gentiment : veut-il sincèrement m’aider ou a-t-il une idée moins catholique en tête ?
Du coup, il m’a coupé l’envie d’acheter cet ensemble de lingerie, j’arrive dans le rayon qui m’intéresse : les godemichets, les plugs. Alors là, ça y va ! Il y en a de toutes les tailles, de toutes les formes, de toutes les couleurs, des droits, des incurvés, des en forme de tentacules, des électriques à plusieurs vitesses, plusieurs programmes et des réalistes.
Étrangement, je me sens attirée vers un réaliste… Moi ? Une bite ? Mais qu’est-ce qui m’arrive ? Une bite assez large bien veinée, je la trouve… belle ? J’ai du mal à réaliser, je trouve cette bite belle ? Elle me donne envie… Je ne comprends pas. Je me rends compte que je mouille – oh ! pas abondamment, mais quand même !
Le tenancier revient à la charge. A-t-il perçu un changement chez moi ? Se rend-il compte que je commence à chauffer ? Je le regarde avec un peu d’attention, il n’est pas vraiment beau gosse, mais il a du charme, et je lui trouve une belle carrure, il doit avoir de beaux pectoraux, solides et dessinés dans du marbre… oh je ne reste pas de marbre…
Je regarde ses épaules carrées, ses mains de forgeron et, irrémédiablement, mon regard louche vers son entrejambe…
Mais qu’est-ce qui m’arrive ?
Si j’étais une femme, il n’y a aucun doute, je serais lesbienne.
Mon cul oui !! Mais c’est pas possible, je deviens pédé ou quoi ?
Je préfère m’enfuir avant de m’en prendre une bonne dans l’cul, tiens. En parlant de cul, lorsque j’étais un homme, je n’ai pu pratiquer la sodomie qu’une seule et unique fois, mon ex avait confiance en moi et nous y sommes allés tout doux tout doux, et malgré tout, elle a eu mal… Bon, j’dis ça, mais c’est pas demain la veille que quelqu’un m’explosera le trou de balle.
J’aime pas les hommes, j’aime pas les hommes.
Je n’arrête pas de ressasser cette phrase tel un gimmick pour m’en persuader. N’empêche que celui que je viens de croiser, le poivre et sel a un p’tit cul pas dégueu. Sur le trottoir d’en face, je vois un beau black devant le distributeur de billets, rooh, il a l’air d’être musclé comme une planche anatomique, je l’imagine torse nu, ouh là là, ¡ Muy caliente !
J’aime pas les hommes, j’aime pas les hommes
Je me rends compte que j’aime les plaquettes de chocolat, mais un p’tit ventre rebondi a son charme également… Finalement, en menant une réflexion à peine plus approfondie, je me rends bien compte que le physique m’importe peu, je suis plutôt sensible à quelque chose d’assez indéfinissable : le charme.
Quelques réminiscences de quand j’étais un homme remontent en surface, mais c’est de plus en plus difficile de m’en souvenir avec exactitude. Ces images, ces pensées s’effacent peu à peu… Lorsque j’avais un pénis, seules les bombasses m’attiraient et me faisaient dresser le mât de misaine…
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Arrivée chez moi, c’est incontrôlable, je trouve mon appartement sale comme un taudis qui sent le renfermé. Armée de ma serpillière, et vas-y que je frotte et vas-y que je récure et vas – y que pshiit ! Pshitt ! ♫ Avec Wizard, c’est épatant aaah, aaah ! ♫
Je finis éreintée avec un sentiment de bien-être que je ne me connais pas. Toutefois, un coup de fil me sort de ma bulle, c’est Yann, mon meilleur ami, qui me rappelle son invitation pour ce soir.
Euh… il a bien fait de me le rappeler. Normalement, j’avais rendez-vous avec lui pour voir le match, refaire le monde autour d’une bonne bière, mais ça m’étonnerait que j’y aille pour mater du foot, je déteste ce sport.
Mais qu’est-ce qui m’arrive ? J’ai toujours aimé le foot, je suis supporter du LOSC, je fais partie des Ultras, mais là j’en ai juste rien à fiche… Force est d’avouer que je n’ai plus les mêmes goûts : j’ai une aversion toute nouvelle pour le MMA, par contre, je kiffe la natation synchronisée et je ne vous parle pas de la danse classique !
Pour en revenir à Yann, je ne me serais pas doutée que Fabienne soit également amie avec lui.
Amie ?
Oh je n’ose aller plus loin dans ma réflexion… Amie ou petite amie ??
Raah, l’idée me révulse. Yann, mon pote de toujours, celui avec qui je jouais aux legos, avec qui je me masturbais devant les pages de la redoute, celui avec qui j’allais voler les magazines de charmes alors que nous avions 16 ans. Il accaparait l’attention du buraliste tandis que moi, je piquais un playboy.
Yann…
Je ne le trouve vraiment pas beau : une calvitie apparente, des lunettes, un gros bide et poilu avec ça…
Nooooon, c’est pas possible. Pas mon pote.
Je cherche dans mes affaires un début de réponse à mes questions, je trouve mon journal intime que je lis pour la première fois… Bin… J’suis une salope. Y a pas d’autres mots… J’suis une salope. Il n’y a que le train qui n’est pas passé sur moi !
Je suis injuste, en tant qu’homme, j’ai baisé bien plus que je ne l’ai apparemment fait en tant que femme…
Il est temps pour moi de me préparer, je stresse un peu, ça va être juste, je n’ai que trois heures devant moi. Tandis que je reste comme deux ronds de flan devant mon armoire pour choisir ma tenue, se produit l’improbable.
L’improbable ?
Je dois péter ! Ce n’est pas possible, tout le monde sait que les belles femmes ne pètent pas ! Les grosses, les moches, pourquoi pas ? Mais pas les belles ! C’est une question de bon sens !
Je suis un peu étonnée, mais bon, j’imagine que cela va un être un petit vent frais qui va sentir la camomille… alors je me laisse aller.
Ce n’est pas un vent, non. C’est une violente bourrasque sonore et… odorante.
Wahou ! Le mythe qui vient de tomber !
Habituellement, on ne souffre pas de son odeur, je savais que mes pets étaient radioactifs pour les autres, mais ils ne me gênaient pas outre mesure, mais, là, je risque de tomber dans les vapes…
Saleté de légumes ! Voilà, elle est là, l’explication ! Lorsque j’étais un homme, je bouffais de la viandasse, du cochonou, du camembert, mais, maintenant, c’est chou-fleur et haricots verts, graines de chia et compagnie, mes intestins n’ont pas l’habitude.
Si je suis capable d’envoyer de telles bombes analtomiques, j’ai peur de m’asseoir sur le trône… Pour moi, une belle nana ne pète pas, et bien sûr ne fait pas caca. On verra ça plus tard…
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J’arrive chez Yann. Je connais son appart’ sur le bout des doigts, c’est un trois pièces qui abrite un gamer, procrastinateur, spectateur de sa vie et de celle des autres, bref, l’antre d’un éternel ado. Dans sa chambre, il y a des posters de chanteuses, des figurines pop et une collection impressionnante de jouets-robots vintage qui font bzzzi ou tsssuu selon, avec des lumières qui jaillissent de leurs bras armés et surtout il y a un grand Goldorak avec son astérohache. Il lui a coûté les yeux de la tête, son Goldorak ! Je sais que c’est son bien le plus précieux.
Lorsque j’arrive, il m’accueille de façon un peu gauche, sur son trente-et-un, mais en chaussettes. Il me complimente, me trouve belle et m’invite à faire comme chez moi.
Je n’en reviens pas, je n’en crois pas mes yeux : son vieux clic-clac défoncé a fait place à un beau canapé, sa table de salon où trônent toujours des canettes de bière et des joysticks est clean et je ne vois plus aucune console à côté de sa télé.
Il m’invite à poser mon manteau sur le lit dans sa chambre. Et là…
Et là…
Des murs immaculés, un lit fait avec une belle housse de couette, deux tables de nuit avec deux lampes de chevet. C’est tout.
Oui, c’est tout : pas un robot en vue. Pas de Goldorak !
Je comprends, rooh, le bougre, il veut me plaire ! Mais bonhomme, pour me plaire, il faudrait que tu sois toi-même, c’est comme ça que je te kiffe, mec ! Qu’as-tu fait de ton Goldorak ? Décidément, tout part en couille dans cette histoire, je suis devenue une femme, je suis une fée du logis incapable de trouver une tenue, je commence à regarder les hommes avec envie et mon meilleur pote joue un rôle, joue les apparences.
Je ne suis pas prête à aller plus loin avec lui. Même si ceux-ci s’estompent graduellement, j’ai trop de souvenirs en sa compagnie. Toutefois, je ne peux nier être irrésistiblement attirée et je sens les barrières intérieures s’effondrer une par une.
Trois verres de vin plus tard, je suis pompette. Quand l’ivresse me grise, j’ai tendance à être plus volubile et surtout moins farouche, bref, je me sens chaude la braise…
Mon Yann est bien trop timide, réservé et introverti pour entreprendre quoi que ce soit avec moi. Fabien me hurle dans les oreilles « fais pas ça ! », mais ses cris s’éloignent. « Pas avec lui ! ».
C’est vrai que ça risque d’être drôle, la première bite de Fabien serait celle de son meilleur pote. Si je vais jusqu’au bout, je pense que Fabien s’effacera à jamais et je serais enfin qui je suis…
Alors, j’y vais ???? Ou pas.