| n° 22840 | Fiche technique | 24522 caractères | 24522 4146 Temps de lecture estimé : 17 mn |
22/12/24 |
Résumé: Mélancolie passagère | ||||
Critères: #chronique #confession fh | ||||
| Auteur : Landeline-Rose Redinger Envoi mini-message | ||||
J’ai eu cette chance de le retrouver. Il m’avait fallu me morfondre le temps d’un week-end pour que la vie revienne.
Un rayon orangé du soleil couchant perçait à la fois la vitre de mon salon et ma rétine. Ce fut là que mon portable vibrionna comme une guêpe piégée dans la translucidité d’une vitre ou comme le joujou à piles qui animait les mornes après-midis de mon nouveau job, stupide et mécanique, d’opératrice de saisie.
Bref, je visionnais le numéro qui en somme m’apparut comme cabalistique car masqué.
D’ordinaire, j’ai une prédilection pour ces appels anonymes où bien souvent les auteurs s’étouffent dans une rapide logorrhée de jurons plus salaces les uns que les autres ; scandés au rythme mécanique d’une branlette sauvage, d’une giclée organique.
J’ai même parfois invité mon interlocuteur à plus de clarté dans le verbe, plus d’élocution, plus d’oralité dirais-je.
Mais au creux de la vague de mélancolie qui me tenait, je ne saisis même pas mon IPhone et celui-ci s’étouffa en mode léthargie.
Quelques longues minutes plus tard, la sonnerie remarquable des messages – Pavane, Op. 50 de G. Fauré – tourna jusqu’à ce qu’une voix d’homme m’annonçât qu’il était disposé à me rendre mon petit carnet Moleskine, objet perdu et raison majeure de ma joie de vivre, perdue également.
Si par pure volonté de copier les plus grands, j’avais consigné mes idées de romans et nouvelles, j’y avais également griffonné mes fantasmes et leurs réalisations les plus folles. Menu parfois détaillé sans ou avec concision, mais imagé pour sûr.
Ainsi en date du premier soleil printanier, on pouvait y découvrir les frasques sexy d’une semaine riche en chair et en don de soi. Bref, je tenais à mon petit carnet Moleskine autant que Chatwin ou Hemingway au leur.
Il y avait beaucoup de moi dans cet objet et qu’il fut perdu à jamais m’aurait laissé à l’âme, la plaie ouverte de toute peine. Qu’il fut rendu aux objets trouvés, ô quelle aubaine ! Mais aussi bien mon 06 y faisait office d’identité. Donc mon interlocuteur avait adopté une forme posée, pour ce qui était du ton d’où émanait, pour qui connaissait bien la nature des hommes, une forme d’excitation mêlée à la peur. Pourtant dans le calme qu’elle se voulait, sa voix chevrotait, tout comme si l’homme qui entendait la contrôler, se laissait emporter par le désir coupable de rencontrer celle qui consignait texto-sexo, que [sa] main avait doigté son sexe durant l’heure que durait son trajet maison-bureau. Peut-être l’anonyme interlocuteur avait-il à son tour, joui tout comme ce voyageur de la ligne 12, vers qui ma main s’était habilement glissée sous le pan de son large duffle-coat, pour branler son sexe lentement, alors que la foule debout et compacte autour de nous, demeurait un amas unique dans un monde égoïste.
Mais là n’était pas ma motivation, ma grande motivation à retrouver mon Moleskine.
Ah ! pour les non-initiés, je vais prendre un peu de mon temps pour lancer une petite page de publicité pour la maison Moleskine. Bon, nous allons en fait nous en tenir à ce petit extrait Wikipédia qui au final fait l’affaire, et vous donnera la teneur de mon désarroi et en la matière, une liste très exhaustive de mes célèbres prédécesseurs qui eux-mêmes en passèrent par l’annotation directe et vivante sur le légendaire petit carnet. Nous sommes donc assez nombreux à en user, et que l’on ajoute mon nom à la liste des célèbres utilisateurs, apporterait sans doute à la renommée de la marque, une coquetterie entre Louis-Ferdinand et Ernest Hemingway, non ? Donc, une page d’histoire.
L’entreprise Modo et Modo décide de recréer ce carnet décrit par Bruce Chatwin et de le doter d’une histoire reconstituée. Ni le concept de ce type de carnet ni le terme « Moleskine » n’étaient alors déposés en tant que marque. La marque « Moleskine » est créée en 1997.
Ils vont rechercher un ensemble des personnalités créatives, artistes ou écrivains, qui pourraient de façon plausible avoir utilisé un carnet similaire à celui décrit par Chatwin.
Ainsi, dans son autobiographie Paris est une fête, Ernest Hemingway évoque un carnet de notes à la couverture bleue, qui lui sert pour la rédaction d’une œuvre. Le mot Moleskine n’apparaît pas mais la marque indiquera dans sa communication qu’il s’agit d’un carnet moleskine. Louis-Ferdinand Céline se voit également attribuer l’utilisation d’un carnet Moleskine ; dans Le neveu d’Amérique, un roman de Luis Sepulveda, l'auteur précise : « C’est une pièce de musée, un de ces authentiques carnets de moleskine si appréciés par des écrivains comme Céline ou Hemingway ».
Mais retournons sans tarder à cet évènement que je puis qualifier de majeur dans ma vie de femme stricte et studieuse. Quelle femme, un tant soit peu prudente, aurait cherché à rencontrer l’individu qui avait sué sang et eau en découvrant les fredaines d’une fieffée salope qui se revendique comme telle.
Lorsqu’au deuxième ou au troisième appel, je décrochai à la première sonnerie, l’homme parut illico perdre la suavité de sa voix et son chevrotement se fît zézaiement, tant que je dus le rasséréner sur le contenu de sa trouvaille ; aussi reprit-il quelque assurance, puis plus encore lorsqu’il laissa entendre que les retrouvailles avec mon petit carnet ne seraient pas sans contrepartie. Cette attitude m’encoléra, mais sans céder totalement à ce mesquin terrorisme, j’invitais mon interlocuteur à me transmettre par texto – souvenons-nous de mon 06 identifié en page de garde – la liste exhaustive de sa rançon.
Ah ! revenons en arrière, car j’ai dû laisser en chemin, une forme de haine à mon égard, chez les puritains et les prudes et une autre outrageusement fantasmatique chez les avides et les ardents. Donc revenons sur le contenu de mon carnet Moleskine.
Mon carnet Moleskine n’est en somme rien d’autre que la part sombre de vos cerveaux, de vos insanes pensées. Vous me voyez là, vous me cherchez sans doute, dans ce wagon du métropolitain qui chaque matin et chaque soir fait le moyen de locomotion de vos transports urbains. Vous me cherchez, quasi statique, allant avec la discrétion d’une statue, chercher sous le pan d’un inconnu l’objet tendu de son désir. Et donc, pensez-vous, mais où donc est-elle celle-là qui branle chaque jour un homme sous le manteau. Cela vous transforme, vous rend fou peut-être, envieux et jaloux ; mais si je vous avance une raison toute médicale, là j’outrepasse le respect et vous riez, un peu énervé de cette impertinence, ou plus prosaïquement vous pensez : cette salope se fout de notre gueule. Mais la salope vous propose alors un petit détour par la célèbre Clinique,
36 bis rue Nicolo, dans le 16ème arrondissement.
Il résulte parfois d’une douleur, quelle qu’elle soit, de bien différentes manières d’y apporter du soin. Et c’est par les canaux carpiens, ces petits trublions, que bien des opératrices de saisies souffrent à friser la paralysie ou le chômage. Je n’en étais qu’aux prémices du mal, ne pratiquant pas l’activité d’encodage depuis de nombreux mois. J’alignais huit heures durant des suites de signes dont le contenu et la signification me créaient un total désintérêt.
À l’égale des cent cinquante dactylographes qui œuvraient dans cet espace ouvert, j’étais une forme robotisée de l’encodage manuel avec un cœur, deux jambes – un joujou discret parfois animait mes journées entre ces deux-là – deux seins et, bien plus utiles pour le job, deux mains et dix doigts. La mécanique de travail, et cela malgré un véritable souci de l’ergonomie de la part de notre employeur, la mécanique carpienne était à la peine.
Même si pour moi, vous le savez, il ne s’agissait là que de m’inscrire quelque temps dans la société des petits laborieux, je tenais à honorer au mieux ma mission.
Donc le spécialiste de la main, outre quelque anti-inflammatoire pour l’heure, m’engagea non sans une esquisse de sourire fripon, - oh ! cet homme est polisson, dirais-je – à casser le rythme horizontal de mes mains par une activité contraire. Une plus verticale, dit-il en faisant trainer sa phrase. Il savait que l’oie n’était pas blanche !
Moi en toute logique et tout à mon soulagement métacarpien, sinon à ma guérison, je ne vis alors que l’activité de pistonnage. Et qu’elle fut pratiquée peu avant ma journée de labeur me paraissait un gage prometteur d’apaisement.
Entre l’œil et la bite, il n’y a parfois qu’un court trajet chez certains hommes, et ce fut donc par un regard oblique et canaille, que cet homme d’affaires affublé d’un large duffle-coat vint se frotter à moi, sans aucunement connaitre les desseins de mes poignets souffrants. Élection naturelle, me dis-je, du supplicié et de son sauveur. Sauveur que je n’allais pas tarder à mettre au supplice.
Lorsque, donc je glissai ma main vers le renflement de son sexe sous le manteau, je n’eus qu’à me saisir de sa bite déjà en position de salut. L’homme, chic, devait être un habitué du jeu, pour sentir sous mes doigts la chaleur épidermique de sa queue qui battait de sa grosse veine centrale. Chez un homme le centre de l’univers se situe parfois là où le sang afflue, là où le cœur bat, là où le cerveau s’endort. Main gauche je pistonnais lentement le gland, m’évertuant à pratiquer au mieux cette kinésithérapie, facteur indéniable de l’assouplissement de mes poignets.
Le premier jour, l’homme qui avait précisément six stations pour transporter son plaisir, éjacula à la troisième. Je fus alors contrite que l’exercice ne durât pas plus longuement tout de même, il en allait de ma thérapie, comme de ma guérison.
Je ne sais ce que fit cet homme de sa souillure, mais nos rendez-vous suivants, sans concertation et sans mots, me firent astiquer une queue sous cellophane dans lequel, après quelques jours, monsieur ne giclait qu’à la dernière seconde de la dernière station, puis s’en allait se perdant dans la foule travailleuse et pressée.
Donc cette fuite spontanée de son sexe laissa au bout de mes doigts ce premier matin, un petit jus compact qui m’envoya presto aux toilettes de l’entreprise où j’officiais. Bien entendu émergeant de la station de métro, j’avais jeté à la corbeille, les kleenex où j’avais collé la seccotine spermatique de monsieur.
Maintenant que l’affaire était rodée, chaque matin, main droite main gauche, je réintégrais l’antre sombre de son pardessus et pistonnais la queue déjà prête de monsieur. Sixième station, dernière seconde, le caoutchouc se gonflait de son jus et nos vies respectives s’allaient chacune à ses préoccupations et occupations.
Des quelques trois mois que dura ma mission, mes poignets furent plus aptes à la tâche dactylographique qu’aucune autre de mes consœurs. J’atteignais parfois les mille signes-minute, du jamais vu dans l’espace ouvert de cette fourmilière-usine. Mais ma déception fut grande, lorsque convoquée par le super superviseur, l’on me proposa le poste valorisant, ô combien gratifiant, de cheffe d’équipe. Tout de go, je refusai et quittai l’entreprise avec le panache d’un Giscard d’Estaing s’éloignant du plateau de télévision de l’entre-deux tours de la présidentielle le 19 mai 1981.
Au revoir, fis-je, et les jours suivant rendirent à mes poignets leur souplesse sans que j’eusse chaque matin à retrouver le ponceau de chair, engainé, p. a. p - prêt à l’emploi – de mon classieux inconnu. Je l’imaginais dès lors dans les sombres abysses de l’abandon, de la tristesse, du désemparement et de la dépression. Que l’on annonçât un accident grave de personne sur la ligne 12 et j’y voyais mon homme coupé en deux, le bas du tronc laissant son pantalon ouvert sur sa bite inflexible, encapuchonnée de son bonnet caoutchouteux, espérant encore une main leste et salvatrice même dans l’au-delà. Bref, cette longue digression pour justifier en quelque sorte, ma volonté toute sentimentale de retrouver mon carnet Moleskine.
Lorsque quelques heures plus tard, au beau milieu de la nuit, l’inconnu me lista ses désidérata, je ne fus que peu surprise, tant la prévisibilité de ses désirs était affligeante. Et comme la nuit aide à cela, le stupide s’était enhardi du vocabulaire commun et banal des hommes en érection.
Mais la nuit est bonne conseillère parfois, et l’idée même de retrouver mon petit carnet Moleskine sans passer par mon preneur d’otages, et sans livrer la rançon, commença à faire son chemin.
La suggestion est une arme terriblement efficace. Il n’est point de dicton populaire qui ne soit vérifiable et d’une tangible vérité, fussent-ils bruts et crument édictés ; celui-là, très ancré chez la femme, dit en substance qu’on peut aisément tenir un homme par les couilles et cela me servit à loisir. Lorsque stratégiquement et avec la patience de l’archer zen, j’apprivoisais mon homme, alors la bascule s’opéra sans peine, presque trop facilement. Sa bite prit la place de son cerveau et ses couilles en furent la chape, le couvercle.
Reprenant la liste non exhaustive, car tous les jours, agrémentée de ses doléances, je l’encourageais habillement à me livrer ses désirs les plus enfouis. Je pouvais maintenant entamer un échange, le ballot ayant péché par excès de confiance ne masquait plus son numéro. Pour autant, je poursuivais mon idée fixe de mettre la main sur mon petit Moleskine, plus que mes lèvres rouges sur sa bite – item récurrent de sa liste.
On y trouvait bien sûr la classique sodomie, mais aussi des petites perles qui parfois avaient fait leur petit effet aux creux de mes jambes. En fait, il fut un temps où retrouver mon carnet ne fut plus l’objet majeur de notre correspondance. Pour autant l’homme qui avait construit une bible à l’égale de Citadelle – mais sans le panache et l’érudition de Saint Ex – s’enhardissait chaque jour un peu plus dans ses messages, et l’on sentait que prit dans les méandres de son obsession pour moi, le mâle affaibli, souffrait d’une profonde addiction à la narratophilie. J’étais tour à tour sa salope, sa putain – et pour le coup, le terme peu usité par la jeunesse, révélait un homme d’âge mûr – je fus à l’acmé de ses énervements, tour à tour, son trou à bites, sa chienne suceuse, parfois sa catin dégueulasse, plus rarement sa petite vicieuse, qui revêtait une accalmie dans l’onanisme forcené de mon maitre-chanteur. Bien que ne reniant pas certaines tournures d’une bassesse royale, j’échafaudais toujours le petit plan de retrouver mon Moleskine sans retrouver l’homme.
Quelle ne fut pas ma colère et ma déconvenue, quand – et je n’y avais tout simplement pas songé - mon chevalier m’avoua que son désir était tel maintenant, qu’il avait instauré ce rituel matinal de se vider sur le petit objet du désir pour commencer sa journée.
Que l’on violât mon Moleskine fut une atteinte qui me perfora l’âme et pour tout dire, le corps. Je songeai dépitée à abandonner la partie, à lâcher l’affaire, mais ne m’avait-on pas appris dans l’enfance que l’abandon est en somme une forme aiguë de la lâcheté ; mon précepteur qui mettait en point d’orgue dans sa particulière didactique, l’honneur et le courage, la guerre et la patrie, le combat et au Tercio, la mise à mort, m’avait enseigné cela.
Alors je poursuivis ma quête et qu’il fut agglutiné de page en page par un jus de corps d’homme, j’allais retrouver mon Moleskine, ne fut-ce que pour la fierté et la ténacité, contre le rabaissement et la lâcheté. Le combat continue, jusqu’à la lutte finale pensais-je avec le poing gauche brandi et la hargne qui va avec.
Mais contre ma hargne farouche, je fis profil bas et saluai le geste sportif et matinal de mon preneur d’otage. En retour, j’eus dès potron-minet la voix poussive de mon héros, pour qui la paluche devait rendre plus de souplesse à ses poignets qu’aux miens.
Presque impossible à lui, tant l’effort musculaire le paralysait, son débit verbal relevait moins de la volubilité que de la lalomanie. Quasi inaudible, m’arrivait son sabir, entremêlant en rafale les salope, et autre pute, avant que le bougre ne mitraille une page – je le supputais, le visualisais – de mon Moleskine. La mise à mort progressive et transgressive de mon carnet n’était rien au regard de celle que je souhaitais à cette bite, à ces mains qui l’astiquaient, à ces bras tendus comme une arbalète, à ce type infâme que sur le champ, j’aurais harakirifié !
La dernière salope, s’étouffe en même temps qu’un petit floc de jute, que j’imagine autant que je l’entends comme l’écho dans la vallée. Les petites et inélégantes joutes matinales durèrent ; j’en aurais fait une sonnerie de réveil, car l’astiqueur se poutsait l’ithyphalle à heure régulière. Et je dois là plaider ma culpabilité car, j’étais éveillée quelques minutes avant le clairon et pour tout dire je l’attendais. Je l’attendais tout comme je m’impatientais du retour de mon carnet Moleskine.
Mais les revers de la vie sont parfois cruels et la sonnerie liquide de mon maitre-chanteur, n’eut plus lieu d’un jour à l’autre. Je relaterais cependant la dernière séance où le spécimen se contenta de réciter poussivement, un passage de mon carnet, qu’il ponctuait comme une forme lancinante de sourate, du bruit particulier de sa main sur sa bite, portant tour à tour le microphone de son portable du gland aux lèvres. Le petit jeu était non seulement audible par son bruit graisseux sur une chair adipeuse, mais aussi par la description détaillée du joueur.
Oui je l’entendais et puis tel le lecteur d’un roman Audiolib, le masturbateur lisait ma prose.
… ai pensé très fort à Marc-An si crédule tandis que deux bites fourraient mon cul… les camionneurs ont ma préférence ces derniers temps… autoroute A5, sucé deux routiers dans toilettes aire de Montard… un intello m’a léché le corridor humide, pitoyable ! … sur chantier RN 19 multiples pénétrations anales, très bon moment… gorgée de foutre jusqu’à l’étouffement, j’aime ah ! que j’aime…
Et ainsi mon lecteur s’en fût jusqu’à l’explosion, aux abords de l’apoplexie. Mais ce fut là sa dernière apparition.
Aussi, et je dois l’avouer, quelques matins m’avaient trouvé humides et réécouter ses emportées me laissèrent follement excitée on my bed. En somme, à mon tour, j’adoptais le rituel de l’inconnu disparu. Tout comme l’était à jamais mon carnet de Moleskine.
Bien que plus aucune mission professionnelle ne m’occupât, un matin je repris le métropolitain ligne 12, avec le désir accroché au corps. Sous mon manteau couvrant jusqu’à mi- mollet, frissonnant un peu, seule une très courte robe m’habille. Foin des sous-vêtements quand l’espoir est dans la spontanéité et la rapidité d’exécution. Mes bottes à talons me rehaussent avec panache et ma bouche fardée appelle à l’insolence.
Si la perte de mon carnet Moleskine m’affectait, en outre son histoire à rebondissement en avait décuplé l’élan ardent qui me transportait. Et c’est avec une élévation qui me mettait hors du temps, hors du monde rationnel et mécanique, que je me glissais, ou plus justement, que mon corps me conduisait là où l’envie trouverait son point de chute.
Deux stations plus loin, l’homme au par-dessus de belle facture, était là et si son œil sourcilla, il s’efforçait à garder le maintien qui seyait à son rang, car je le pressentais de bonne naissance.
Je forçais le passage pour m’installer à ses côtés et sans préambules ma main glissa vers son sexe. Droit, dur, long mais non sans une certaine ductilité, sa bite savait se donner. Je sentais sous ma robe un écoulement de tout mon corps, ma chatte était un pédiluve, je branlais sa queue jusqu’à la sixième station – ainsi un humble service reçoit une récompense insigne - et l’homme retint son foutre. Rituel élaboré, je quittais le wagon – cette fois sans but – et lui fila ailleurs.
Remontée à l’air libre, je sentis à mon bras une poigne décidée à me conduire, à me guider. C’était lui – certes je le vis mais, plus encore, je le sus sans vraiment le chercher. Indéniablement l’homme était un décideur, un guide, un chef. Sa poigne était ferme sur mon bras mais sa guidance était souple ; sans mot, nous marchâmes jusqu’à l’entrée d’un café vaste et classique. L’homme qui connaissait les lieux, prit main droite vers les escaliers qui plongeaient directement à l’étage inférieur. Toilettes hommes. Cabine vaste. Il fit tomber mon manteau, fixa son majeur dans le trou de mon cul et masturba son sexe.
Je pris un appui ferme de mes deux mains au mur, campée solidement sur mes talons hauts, et sa queue fourra mon trou exactement comme je l’aimais. Avec lenteur et longuement. Sentir une chair cylindrique dans le couloir de mon corps est une allégresse, la félicité presque. Après, son jus tiède regorgea de mon cul pour filer au long de ma cuisse, stoppé dans le petit agglutinement de son onctuosité. Retournée, assise sur la cuvette, je jouais le jeu, et engloutis sa queue qui lâcha une salve visqueuse sucrée-salée et bonne. Comme un sirop d’été, elle glissait dans ma gorge, à la commissure de mes lèvres que ma langue balayait. L’homme ne parlait pas. Jouissait à peine. Il redoubla d’ardeur quand, étonnamment je le croyais vide et sec, il guida sa bite au sillon de mes seins et se frictionna en larguant un jus fluide qui fit une douchette dans mon cou. Fidèle à mes pratiques, je léchais le coulis de ses couilles et lapais le col de sperme blanchâtre de son gland.
J’étais nue et seule dans la cabine quand l’homme, lui, était loin, sans doute déjà loin.
La rue est un espace hors du temps. Quand tout s’empresse autour de vous, il semble qu’un rythme particulier et clément vous autorise à la flânerie. J’étais dans cet état de semi-apesanteur. Je sentais les effluences de sperme au pli de mes fesses ; une soie liquide. Ma gorge était un velouté entre potage d’hiver, crème anglaise et thé de Chine. J’étais aérienne.
Bien sûr cette queue inconnue, qui avait fait un va-et-vient exquis dans mon cul, bien sûr la souillure fait mon contentement, et que celles qui ont foulé les trottoirs de Paris, tranquilles et auréolées du plaisir, me contredisent si par hasard elles ne reconnaissent pas le bien-être qui se propage au-delà, lorsque comme un cylindre embouti, leur cul ne se réchauffe pas à chaque pas de la queue pourtant absente maintenant. J’aurais voulu enserrer cette chair en mon trou et la garder en moi.
Mais si vous me voyez dans le bonheur suprême des effets de la peau dans la peau, je pourrais semblablement aux chroniqueuses de France Inter, vous lâcher le stupide, oui mais …pas que. Expression dans le vent que j’abhorre ! Eh bien, plus crument, je dirais, dans la bouche et le trou du cul, la bite, ô bonheur ! oui mais pas que ! Mais, revenons un temps en arrière si je puis dire.
Assise sur la cuvette des chiottes, tandis que j’astiquais mon clitoris, étouffant mal quelques petits râles de plaisir, la porte s’ouvrit sur un petit monsieur râblé en costume de maitre d’hôtel, de rayon, enfin qu’en sais-je, qui me regardant sans gêne, me tendit mon petit Moleskine.
Non, je n’étais pas gênée pas rougissante. Pas même n’avais-je esquissé un geste pour voiler mon impudeur. Sans sous-vêtements et en robe ultra-courte on cache peu de soi. Je pris le petit carnet, le glissais dans la poche de mon manteau éployé à terre.
La cabine fut clause en un tournemain.
Et sa langue râpa ma vulve, sa bouche glougloutait comme on aspire une huitre, goulue et asphyxiée elle gobait, sans souci que le jus qui y perlait ne fut pas seulement le mien. Mon corps n’y résistait pas. Je me cramponnais à sa chevelure épaisse. Le petit trapu me retourna vivement, fit l’huitre avec le trou encore juteux de mon cul ; la bouche n’est pas sélective parfois.
Ses doigts vifs branlaient mon sexe. Derechef il se posa sur le siège de la cuvette et me fit m’empaler sur sa bite. Je fis la truie-sale-pute !
Et un jet de sperme chauffa mon corps. Je lui fis ma spécialité-finish. Surface et polissage lingual du gland en n'exceptant pas les couilles massives du gaillard. Le goût du travail bien fait est une seconde nature chez moi.
Rabattant ma robe et réintégrant un spaghetti de jus dans ma bouche, je sortis de la cabine, remaquillais mes yeux, ma bouche, alors que le maitre d’hôtel reprenait sa professionnelle posture. Réintégrait son corps social.
La main sur mon petit carnet Moleskine, je fis une salutation au soleil, au ciel, à l’univers.