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Temps de lecture estimé : 24 mn
18/12/24
Résumé:  Deux frères, une femme... et un jeu trouble, un jeu trouple aussi !
Critères:  #chronique #romantisme #coupdefoudre #confession #personnages #groupe fhh grp danser fête amour caresses pénétratio fsodo partouze
Auteur : Jane Does      Envoi mini-message

Collection : Rêves de Femmes
Les Eaux-Vives

C’est dingue. Jamais je n’aurais pu imaginer que ma chronique « Potins de nanas » pour un magazine féminin qui s’intitule : « Rêves de femmes », oui, jamais je n’aurais cru qu’ils provoquent un tel engouement. Ce sont des sacs de courriers entiers qui sont acheminés par les services postaux et qui atterrissent… dans mon bureau. Un travail fastidieux et complexe que de lire toutes ces lettres et surtout y apporter une réponse est chronophage. Mais la rédactrice en chef est très contente de ce succès inattendu. Elle qui, juste avant la parution de mon premier article, freinait des quatre fers, est assise dans son fauteuil club et elle me sourit.


  • — Élisabeth… franchement, je n’aurais pas misé un centime sur tes chances de réussite dans ton projet. Je dois admettre que tu as bien ficelé ton truc. Nos ventes ont grimpé de quinze pour cent en deux mois, et tu contribues largement à cette montée en flèche… je te félicite.
  • — Merci, Mélanie… je suis de mon côté complètement désorientée par ce qui me tombe sur le nez… Regarde… il y a là au bas mot des milliers de lettres.
  • — La rançon du succès. Rassure-toi, je vais t’attribuer une jeune stagiaire pour gérer le courrier. La petite France Allard va s’en charger. Il suffit pour la plupart de taper une lettre type… et pour les cas plus spécifiques, Arielle de l’accueil sera au fait de faire les réponses plus personnelles. Je présume que tu n’as pas le temps de t’en occuper…
  • — Merci Mélanie… je dois me rendre en province pour y rencontrer une jeune dame… Lucie quelque chose… tiens, lis donc son courrier.

La cheffe jette un coup d’œil en diagonale sur le courrier manuscrit émanant d’une femme de Franche-Comté… Je ne pense pas vraiment qu’elle ait le temps d’en apprécier le contenu, mais, pour faire illusion, elle s’attarde sur l’adresse de la dame en question.


  • — Lure ? Tu sais où ça se situe un pareil patelin ?
  • — Ben un peu, oui ! La ville du « sapeur Camenber », ça ne te parle pas à toi, Mélanie ?
  • — J’avoue que non ! Et puis, moi, sortie de la grande couronne, je me sens déjà à l’étranger, alors l’est de la France, tu peux imaginer que je n’ai guère envie d’y mettre les pieds.
  • — C’est pourtant une jolie petite bourgade.
  • — Oui ? Avec un accent à couper au couteau, non ?
  • — Peut-être, mais chaque région de notre pays a le sien et puis c’est bien ce qui nous rend sympathiques aux yeux du monde à mon avis…
  • — En plus, ta nana habite : « Résidence des Eaux-Vives… », ça fait vieux tube de Guy Béart, on dirait… bon, je te laisse gérer ça. Continue de toute façon sur ta lancée !
  • — Pas de souci… je prends la route ce soir.
  • — Parfait…

Ouf ! C’est une chic fille, mais qu’est-ce qu’elle cocotte ! Bon sang, je vais devoir aérer mon bureau pour chasser les effluves de son capiteux parfum. Et le sourire de l’apprentie qu’elle vient de m’envoyer pour les réponses aux lectrices me conforte dans mon idée que Mélanie doit se baigner dans une baignoire d’Opium. À haute dose, il en devient un zeste écœurant ! La gosse me regarde, chouffe les sacs de lettres, puis son regard se fait plus interrogateur. La tâche qui l’attend est… énorme.


  • — Tu sais, France, ne te biles pas trop. Tu vas d’abord taper une lettre type qui va servir à expédier le plus gros et, pour les trucs qui sortent de l’ordinaire, tu vois ça avec Arielle de l’accueil, elle est de bon conseil.
  • — D’accord. J’écris une lettre passe-partout, je te la soumets, tu la signes et j’en fais des copies…
  • — Voilà ! Tu es loin d’avoir été oubliée le jour de la grande distribution… tu sais, il n’y a pas si longtemps, j’étais à ta place et tu vois où ça peut mener ?
  • — Ouais… dans les vapeurs d’une autre…

Elle rigole de sa bonne blague puis se colle à son traitement de texte… Je reprends le courrier de celle pour qui je vais faire une demi-nuit de route. En deux lignes, elle me fait part de son désir de témoigner et ma foi… j’y vais au feeling. Jusque-là, mon instinct m’a branché sur les bonnes personnes, alors je veux profiter du facteur chance qui… me colle aux basques. La stagiaire dix minutes plus tard, se radine, une feuille à la main. Je ne lis pas vraiment, signe et lui donne mon feu vert.


  • — C’est bon France ! C’est un métier où la confiance doit régner… alors tu as toujours fait du bon boulot, je veux te lâcher la bride.
  • — C’est sympa, Élisabeth… merci ! Je saurai m’en souvenir.
  • — Je file… je vais en Haute-Saône… à Lure, ça te dit quelque chose ?
  • — Une sous-préfecture au pied des Vosges… de la montagne et du département… je crois.
  • — Je vois ! Tu es meilleure en géographie qu’une certaine cheffe que je connais.

Nous sourions toutes les deux, je vais chercher deux caouas à la machine dans le hall d’entrée et nous sirotons nos gobelets elle et moi.


  • — Ça marche fort ta rubrique…
  • — C’est ce qu’a l’air de dire Mélanie.
  • — Mmm ! Mélanie…
  • — … Chut ! On ne critique pas la boss… elle a plein de qualités, et puis tu peux compter sur elle si tu as un problème ou des ennuis, tu comprendras à la longue que c’est vachement important.
  • — Elle a un gros défaut aussi !
  • — Ah bon ?
  • — Ouais… celui d’asphyxier les autres avec le poison dans lequel elle doit se rouler.
  • — … !
  • — Allez, salut, ma grande ! Fait pour le mieux avec tout ceci, moi, je vais me préparer chez moi pour un long voyage… tu crois qu’il fait froid en cette intersaison, dans l’Est ?
  • — C’est pas le pôle Nord non plus… ça se saurait.
  • — Je t’adore, toi, tu sais…

Un bisou sur sa jolie frimousse et je me détache d’elle. Mais sa réponse est des plus ambiguë.


  • — Et moi, je t’aime, c’est aussi bête que cela !
  • — … ?

Ma voiture me ramène à la maison. Là, une douche pour désincruster la fragrance d’Yves Saint-Laurent qui me colle aux fringues suite au débarquement de Mélanie dans mon espace de vie professionnelle et… ma valise chargée dans le coffre, je me lance sur le périphérique, puis direction… Troyes, et plus loin encore, la Franche-Comté. Pourvu que les autoroutes que je vais devoir emprunter ne soient pas surchargées. Je laisse Paris et sa banlieue derrière moi à cent trente à l’heure. Un vrai soulagement pour moi qui n’aime pas tellement la capitale.


Les « Eaux-Vives », une petite résidence de quelques immeubles proche d’une caserne de CRS où je rencontre une jeune femme épanouie. Celle-ci ne doit pas avoir plus de trente ans. Elle me reçoit chez elle dans un appartement calme, meublé avec un goût subtil. La femme vit seule, et je sens chez elle une sorte de sérénité, pour ne pas dire une sagesse qui me laisse penser qu’elle est épanouie. Immédiatement, un climat de confiance s’instaure presque de suite entre celle qui se dit libertine et qui revendique le droit de disposer de son corps comme bon lui semble. Ce qui, chez une femme, finalement, constitue une position très progressiste. Après une orangeade maison, nous nous installons gentiment dans son salon, chacune dans un fauteuil fleuri. Et elle se lance dans un récit bouleversant.



— xXx — 



La campagne, un trou d’un millier d’âmes, c’est de là que je viens, là aussi où j’ai passé une jeunesse assez joyeuse. Ma mère, infirmière libérale avec son cabinet installé dans une pièce de la maison, un père garagiste, deux êtres que tout opposait et qui cohabitaient plus qu’ils n’étaient amoureux. J’ai donc eu ce sentiment très jeune que l’amour, c’est du blabla. Aucune crise, enfin apparente, entre ces deux-là qui en fait se croisaient plus qu’ils ne passaient de temps ensemble. Et moi… au milieu de tout ceci, un peu oubliée. Une erreur de la vie en quelque sorte, mais je n’ai jamais manqué de rien, soyons honnêtes. En revanche, ma vision des relations humaines, celle du couple bien sous tous rapports s’est trouvée entachée par ce côte-à-côtisme avéré.


C’est à la fête de la Saint-Jean, autour d’une chavande, que j’ai cédé pour la première fois à un garçon. Lui accroche à son tableau de chasse un énième trophée et moi… je ne ressors pas très enthousiaste d’un corps à corps sans fioriture qui n’a duré en tout et pour tout qu’une dizaine de minutes, et encore pas certaine que ce laps de temps soit aussi long. Le sexe… pas vraiment la panacée dont mes copines me rebattent les oreilles pour fanfaronner. Ou alors, peut-être avons-nous toutes eu affaire au même hâbleur ? La seule personne à qui je m’ouvre de cette « initiation » s’appelle Gisèle. Ah ! Mamie Gisèle… ma grand-mère maternelle, ma confidente.


Bien entendu, je ne nomme pas mon dépuceleur, mais, après m’avoir entraînée d’office chez son médecin traitant pour qu’il me prescrive un contraceptif, Mamie se met en devoir de me cajoler. Elle est au courant du peu de plaisir que l’acte a entraîné en moi et elle s’évertue à me rassurer. À son avis, c’est parce que ce type n’était pas le bon et patati et patata… Elle s’empresse de me faire oublier celui qui a, ce sont ses termes, bâclé le travail ! Et du coup, le moral remonté comme une pendule, je chasse de ma mémoire cet instant inapprécié. Oh, pas bien longtemps, je le reconnais. Le second s’appelle Maurice. Et là, c’est tout différent, pour bien des raisons. Oui ! Maurice c’est tout le contraire.


Il est le père de Sophie, une de mes amies chez qui je viens de temps en temps passer un moment après nos cours. Pourquoi ce mercredi-là est-ce que je viens chez Sophie ? Je sais pertinemment qu’elle est absente, partie avec sa mère pour la journée. Mais Maurice est chez lui et… gentiment, nous discutons. Je le sens sûr de lui, mûr, un homme vrai en quelque sorte. Oh ! Il ne provoque rien, ne me drague pas, ou alors si discrètement que je ne le sens pas. Par contre, de mon côté, je fais tout pour l’aguicher. Il est bien bâti, bel homme, et encore aujourd’hui, je suis incapable de savoir ce qui me passe par la tête cet après-midi-là. Je suis à l’aube de mes dix-neuf printemps, il est souriant, fort, il est beau et ce qui se déroule dans son salon est la conséquence de mon inconséquence.


C’est là, après ce qui nous unit, que je sais le pouvoir du corps des femmes sur celui des hommes. J’apprends l’amour physique avec Maurice. Il me guide dans des situations que je ne connais pas, et je comprends que les caresses peuvent nous révéler. Nous faisons l’amour, lentement, avec amour si j’ose dire. Et tout mon corps participe à une fête qui me fait découvrir des tas de petites ficelles que celui qui m’a défloré n’a jamais abordées. Sans doute ne savait-il rien de tout ceci, eh oui, c’est bien avec ce Maurice que mon premier orgasme me propulse au rang de femme. Fière de l’être, heureuse d’avoir tant appris, contente de voir que tous les hommes ne se valent pas en sexe. En sexe oui !


Cette partie de cul avec un homme de l’âge de mon père m’ouvre les yeux, en fait. Maurice et moi n’avons jamais recommencé, mais il a ouvert la voie à de nombreux échanges physiques avec des tas d’hommes. Je dis bien des tas, parce que toute une ribambelle de coups d’un soir, d’un après-midi ont succédé à cet essai concluant. De mes dix-huit ans à mon vingt-deuxième anniversaire, je ne saurais pas dire combien sont passés dans mes draps. Ma sexualité débridée m’a aussi montré pourquoi mes parents vivaient ensemble depuis des années sans se disputer, sans être amoureux vraiment. Je ressemble sûrement à maman. Enfin, mamie Gisèle me le répète souvent… elle a qui je confie mes petits et grands secrets.


Le coup d’arrêt à mes folies charnelles ? Le bal du quatorze juillet a lieu la veille et je suis sur la place du tribunal de Lure où des tas de couples dansent sur les notes doucereuses de musiciens envoûtants. Je suis d’humeur égale, et le type qui me fait tourner est bien foutu. Il valse divinement et je suis grisée par la musique. Lorsqu’il me quitte une minute pour un besoin physique naturel, je refuse un autre cavalier. Il revient assez rapidement et nous nous lançons de nouveau dans la joyeuse sarabande. Drôle aussi ! Cette fois, il me marche sur les pieds, semble plus empoté, et je n’y pige plus grand-chose. Tant et si bien que je lui fais croire que j’ai soif, pour arrêter le massacre de mes orteils.


Le bar nous tend les bras et je me contente d’une limonade alors qu’il descend une bière. Nous discutons de tout et ce Georges a un truc, je ne saurais dire quoi, mais il est… touchant. Il doit aussi avoir un problème de prostate puisqu’il s’éloigne une fois de plus de moi, pour se rendre au petit coin. Je hausse les épaules et le regarde filer. Trois minutes tout au plus d’attente, et le revoilà qui m’entraîne sur l’esplanade pour suivre les crincrins de l’accordéoniste. Finesse, souplesse, je retrouve le bonhomme de la première invitation. C’est à n’y rien comprendre. Georges a-t-il eu un coup de mou pour la seconde séquence de voltige sur la piste ?


Cette fois, je ne cherche pas à filer à l’anglaise, appréciant au plus haut point ce gaillard qui me serre contre lui. Une série de slows nous rapproche davantage et je frotte insidieusement, histoire de le mettre en condition. Et pour l’être, il l’est ! Ça se traduit par un endroit de lui qui prend des proportions assez… démesurées. Pas de souci particulier de ce côté-là, et je songe déjà qu’un « après » sympa se profile à l’ombre de notre soirée. Il est beau gosse, sans doute plus âgé, mais je sais par expérience que les gens plus vieux sont plus attentifs aux désirs des dames. Alors ? Pourquoi devrais-je changer mes habitudes et rejeter ce que la nature a de plus beau ? J’aime le sexe… enfin le cul et je ne renie rien.


Une pause encore, nous devisons gentiment et Georges reprend le chemin des pissotières. Pas très normal, ça ! Pas de quoi m’affoler non plus, et son retour nous renvoie au milieu des danseurs, qui s’agglutinent sur le parvis du tribunal. Le garçon est plus… provocant. Il a donc décidé de passer à la vitesse supérieure ? Qu’à cela ne tienne, puisque nous avons le même objectif. Celui de finir en position allongée, et je ne me défile pas vraiment. Je minaude pour la forme, expression favorite de mamie Gisèle, que je remets au goût du jour. Georges a cependant ceci de curieux, c’est que, visiblement, il ne bande plus. Mon ventre ondule contre le sien, et ouf, tout rentre dans l’ordre. Bon sang… je ne voudrais pas d’un type qui… bon, bref, il est dans de bonnes dispositions. Il ne me reste plus qu’à allumer le feu.



Il s’écarte un peu de moi, sans pour autant me repousser véritablement. Il y a dans ses yeux une sorte d’affolement. Je ne pige rien à cette réaction aberrante. Je ressoude notre couple qui se désolidarise trop à mon goût et lui susurre à l’oreille quelques mots :



D’autorité, il m’attrape le poignet et s’empare de ma main. Nous quittons hâtivement la piste et il marche, vers ce que je crois être les toilettes.



Nous sommes à l’entrée et il marque le pas, sans me lâcher. Puis il se tourne vers moi et… me sourit.



Il m’attire dans ses bras, me serre contre sa poitrine et je me sens fondre. Moi aussi j’ai des envies qui ressurgissent sous la pression du corps de cet homme. Il émet une sorte de sifflement et je perçois une présence dans mon dos. Un sursaut que son étreinte atténue, et il rit de nouveau… Il parle, mais ce qu’il raconte me cloue sur place.



Celui qui se dit Gabriel me lâche donc et je me retourne dans un geste brusque. Ma raison vacille. Il est face à moi et… dans mon dos du coup. Comment est-ce possible ? Je me sens bizarre, la peur me tenaille soudain les tripes. Ici, à l’écart de la place où les autres dansent toujours, nous ne sommes que trois.



Les deux mecs sont rigoureusement vêtus de la même manière et je suis là à les scruter avec effroi.



C’est ainsi que nous remontons la ville, traversons les voies du chemin de fer et plongeons vers le quartier où résident les deux mecs. De loin, les immeubles de leur résidence profilent leurs contours dans une aube naissante. C’est calme et nous entrons dans des bâtiments qui sentent encore la peinture fraîche et le neuf. Puis un appartement richement meublé, mais où je ne décèle aucune âme féminine. Oui ! Les deux frères vivent seuls ici, j’en jurerais. En guise de champagne, je réclame finalement un café. Et un des deux, je suis bien en peine à ce moment-là de dire lequel me laisse seule, en compagnie de son frangin. Impossible de déterminer si je suis en présence de Georges ou de Gabriel. Et je songe que pas mal de monde doit aussi se poser souvent la même question. Le gaillard veut me rassurer.



Il me fait sourire en me rappelant que mes orteils ont eu à souffrir de son manque de souplesse. Et femme qui rit est femme conquise. Le besoin remonte en moi. Mais mon problème, c’est cette dualité qui existe réellement. Il y a son frère qui, m’est d’avis n’est pas très loin de nous. Et… je ne sais pas gérer une telle situation. Pourtant, quand il se lève, qu’il vient se planter face à moi, je ne cherche pas à fuir. Et il se passe un truc énorme. D’un coup, c’est comme si je me prenais tous les soleils de l’univers dans la figure. Oui ! Je me prends en pleine face un sentiment totalement délirant. Inexplicable, ce que je ressens soudain pour ce Georges… ou Gabriel, je n’en sais fichtre rien. Je n’ai de plus aucun moyen de les dissocier, du reste. Le rouge me monte aux joues alors que je suis sur un gros nuage.


La main qui frôle la mienne, qui, sans brusquerie, me fait me relever et atterrir contre une muraille de chair et de muscles. Il est solide le gaillard. Puis, toujours dans un flou des plus artistiquement programmé, deux lèvres m’écrasent la bouche. Un baiser d’une exquise douceur, une pelle qui me paraît… merveilleuse. Nos bouilles se désolidarisent, mais c’est pour mieux plonger nos yeux les uns dans les autres. Et je me noie littéralement dans ces deux mares gris-bleu où je lis quelque

chose qui me paraît impossible. Un second baiser nous unit, plus fort que son aîné, et je sens contre mon bas-ventre le retour de flamme du bâton qui s’y vautre. Intensément, le feu coule dans mes veines, se déverse en torrents de lave partout en moi. Tous les pores de ma peau sortent de leur léthargie.


Deux paumes sont bien à plat sur ma croupe et elles contribuent à me faire bouillir. Au fond de mon crâne demeure cependant une alarme qui me secoue, comme pour me rappeler que je ne sais pas qui est qui dans cette histoire. Georges ? Gabriel ? Lequel me serre contre lui ? C’est compliqué de lâcher prise, malgré l’appel de la chair qui se fait plus présent… « oppressant » serait plus juste assurément. Et d’un coup, je repense aux mots qui viennent d’être prononcés.



Bouche bée, je me sens dans mes petits souliers. Oui… il a raison, j’ai senti la barre contre mon pubis chez les deux garçons, et du coup, qu’il m’en parle me ramène un froid au creux de l’échine. Je suis en mauvaise posture… il n’est pas si loin de la vérité et ça m’ouvre les yeux. Si aucun des deux ne m’avait avoué le subterfuge ! Ça me traverse le cerveau, une fulgurance qui me fait frémir. Bien sûr que, si Georges ou Gabriel m’avait fait l’amour séparément, je n’y aurais vu que du feu. Peut-être aurais-je eu du mal à percevoir une possible disparité entre deux prestations à quelques minutes d’intervalle ? Mais ce n’est pas certain. Et là, la solidarité masculine joue en faveur de celui des deux qui n’est plus visible. Le bonhomme ne me propose rien de moins que de finir dans le lit des deux.


Une expérience inconnue et pour cause, pour la jeunette que je suis. Les tentacules de Georges enroulent mon corps de nouveau et… je le laisse m’embrasser. Il y a une électricité dans l’air ambiant qui semble faire des nœuds à ma cervelle. Il me tripote de plus en plus intimement et je n’ai plus le courage de repousser ses avances que mon corps appelle de tous ses vœux. Il me lèche le lobe des oreilles, ce qui devient très vite un point de non-retour. Alors, quand il m’entraîne par la main dans une chambre aux volets clos, il n’y a plus chez moi aucune révolte. Il me couche sur un lit immense et me dévêt intégralement. Puis il me colle entre les cuisses son mufle avide. C’est dans un mouvement désordonné de mon bras gauche que je heurte dans l’obscurité… le corps de Gabriel.


Oui… c’est cette nuit-là que nous faisons l’amour dans le noir. Et toute seule, comme une grande, je me livre toute entière à la fièvre de ces deux frères qui sont si proches. Lorsque l’un me prend, l’autre me caresse et les rôles s’inversent sans à coup, sans refus de ma part non plus. Je dois même admettre qu’il y a chez moi une certaine perversité à les exciter sans cesse. Impossible de définir avec exactitude qui fait quoi, qui me fait quoi surtout. Mais je trouve là dans cette bénédiction charnelle un plaisir si trouble que… nous sommes à la veille de mon trentième anniversaire et que je suis restée dans l’appartement des jumeaux.


Je me fiche depuis ce fameux soir de savoir qui est qui, puisque, de toute façon, ils m’aiment tous les deux. De mon côté ? Est-ce que j’en suis amoureuse ? Ben… c’est une question que je ne me pose jamais. Je profite de la vie, de l’existence en vivant ce qui demeure le plus beau rêve d’une femme. Deux amants si semblables que rien ne les dissocie. Et nous jouons aussi bien séparément qu’ensemble, c’est au gré de nos envies, de nos désirs qui sont comme pour tous les couples, selon nos humeurs. Nous avons nos bons et mauvais jours, et nous y trouvons tous notre compte. Et puis… si eux partagent mon amour, moi je reçois deux fois plus… donc je suis la grande gagnante de cette affaire. Je ne souhaite qu’une seule chose… qu’elle perdure le plus longtemps possible. Et aucun de nous trois ne s’en plaint jamais.



— xXx — 



Lucie a les yeux brillants. Elle semble émue et la porte qui vient de s’ouvrir laisse passer un homme un peu plus âgé qu’elle. Il me salue, embrasse sur la bouche celle qui vient de finir son récit.


  • — Gaby n’est pas encore rentré ?
  • — Non, mon cœur ! Je te présente Élisabeth.
  • — Ah ! Enchanté de vous connaître, Élisabeth ! Que nous vaut l’honneur de votre visite ?
  • — Élisabeth est cette journaliste dont je vous ai parlé à Georges et toi.
  • — Ah oui… vous allez raconter notre belle aventure ? Vous savez, le bonheur, ça peut aussi se conjuguer à plusieurs. Lucie est une femme merveilleuse, elle a très vite compris que me couper de mon frère serait impossible. Alors, nous sommes ses maris Georges et moi… enfin pas sur le papier, mais dans la vie.
  • — Oui ! Lucie vient de tout me raconter… je suis certaine que mon article sera lu et vous allez faire beaucoup d’envieux. Vous êtes beaux tous les deux…

C’est à l’instant où je prononce le mot « deux » que la copie conforme du gars s’encadre dans le chambranle de la porte d’entrée. Un sourire vers nous tous regroupés au salon et… je suis bluffée pour de bon. Les deux hommes s’ils ne sont pas rigoureusement habillés de manière identique, sont si ressemblants que rien ne permet de dire qui est qui. Le second arrivé embrasse sur la bouche la radieuse Lucie et… je ressens au fond de mes tripes, cet amour puissant qui les unit. Oui, je viens de rencontrer une femme heureuse, une libertine aussi, hors du commun !