| n° 22810 | Fiche technique | 33671 caractères | 33671 6206 Temps de lecture estimé : 25 mn |
11/12/24 |
Résumé: Deux gamins en famille et quelques moments douloureux ! | ||||
Critères: #drame fh inconnu | ||||
| Auteur : Jane Does Envoi mini-message | ||||
| Projet de groupe : Noëlies |
Agathe se frotte dans mes jambes et sa petite main agrippe mon bras. Alors, je baisse les yeux et je caresse sa joue. Elle a un drôle de sourire.
Je ne trouve pas les mots justes. Et mon visage se tourne vers Maryse et son mari, Marc, qui, dans la cuisine, ne semblent pas avoir suivi la conversation entre la cadette de leurs enfants et moi. J’ai soudain une bouffée de tristesse qui vient retirer tout le sang de mon visage. Mais la fillette est trop petite pour s’en apercevoir. Elle reste là à attendre une autre partie d’une réponse dont je ne suis pas capable d’inventer la suite. Mentir n’est pas une solution et lui clore ses rêves d’un mot, d’une phrase, je ne peux m’y résoudre.
C’est mes premières fêtes de fin d’année sans Michel. C’est vrai aussi que l’espace d’un soir, il s’habillait de rouge, portait une longue barbe blanche pour ses deux petits, les enfants de sa sœur. Oui ! Avant… c’était un jour de joie, un soir extraordinaire, et là… je ne sais si leurs parents ont prévu un remplaçant. Rien que le mot me glace le sang. Michel… mon Michel, comment lui trouver un successeur ? De la cuisine, par chance, Maryse détourne l’attention de la gamine.
Ils sont deux à répondre à l’appel du ventre. Le garçon c’est Axel… et il a cinq ans et va à la « grande école ». Donc c’est l’âge où les langues se délient et le père Noël est le premier des rêves à passer à la trappe. Alors bien sûr qu’il a sans doute flairé l’an dernier la supercherie, mais c’est pas sympa d’avoir délibérément mis un coup de canif dans les croyances de sa sœur. Marc canalise les enfants et chacun y va de son coup de doigt dans le mélange brun sucré. Maryse s’approche de moi !
Mon index pointe vers les deux têtes aussi brunes que leur maman. Ils plongent toujours avec délice leurs petits doigts contre les parois du saladier, et aussi bien Axel que sa frangine sont mâchurés de chocolat. Et leur père au milieu qui tient le bol… sourit à ce spectacle touchant. C’est l’arrivée de Marine qui coupe court à cette dégustation si spéciale. Dans sa robe noire, stricte, la vieille dame digne ouvre les bras et deux feux follets s’engouffrent contre cette poitrine accueillante qui les appelle.
Les effusions durent quelques minutes, puis ma belle-mère lève le menton et ses yeux viennent me saluer. Elle avance vers le trio que nous formons, sa fille, son gendre et moi. Chacun notre tour, nous la prenons dans nos bras et il me semble entendre son cœur battre si violemment dans sa poitrine. Si j’ai une peine immense, je veux bien croire que pour elle, c’est aussi un autre calvaire de ne plus retrouver son fils pour ces fêtes incontournables. Elle a un mot gentil pour tous et puis… comme les gamins reviennent l’accaparer, elle suit la marmaille pour aller admirer le sapin qui orne la salle à manger.
Il y a dans l’air comme une sorte de vibration qui me cloue sur place. Toute la détresse du monde vient de s’abattre là, sur nos épaules à Maryse et moi. Renforcée à coup sûr par la présence de cette maman qui ne veut rien montrer. Les quatre femmes de la vie de Michel sont réunies dans cette maison et l’atmosphère s’en ressent. Noël… je le hais de toutes mes forces… bien que sachant que personne ne peut rien faire pour améliorer cela. Je me sens affreusement en manque de cet homme avec qui j’ai toujours tout partagé. Onze mois déjà, quarante-quatre semaines de galère et… une fin d’année que j’abhorre sans lui !
Chacun garde pour lui ses pensées sombres, et la soirée, avant-veille de jour de fête, se déroule du mieux possible, compte tenu des circonstances. Tout me rappelle ce mari brutalement parti et je dois faire des efforts impressionnants pour ne pas gâcher le sourire des deux mômes. Pour eux, tous autour de la table devons mettre nos états d’âme au placard. Mais combien c’est difficile et quelques couacs sont évités de justesse ! L’heure d’aller dormir des enfants précède la mienne de tout juste une petite heure. La nuit… un autre moment que j’exècre, celui-ci me rappelant cruellement une solitude imposée par la vie.
— xXx —
Petit matin frileux, temps gris annonciateur d’une poudrée que beaucoup espèrent. L’esprit de Noël n’est-il pas aussi dans une couche de neige qui se fait appeler « désirée » un peu plus chaque année ? Mais la météo parle de flocons et le ciel paraît lui donner raison. Les deux petits lors du petit déjeuner sont venus spontanément vers moi. Axel est tout excité par la perspective de la nuit prochaine, des cadeaux à ouvrir. Agathe, elle se gave de tartines de pain grillé beurrées et emmiellées. Insouciante jeunesse qui me redonne un certain courage, une foi en l’avenir que l’absence de mon mari m’enlève trop souvent. Et dès que Marine paraît, les moineaux changent de branche.
On peut lire sur son visage que son sommeil n’a sans doute pas eu les effets réparateurs escomptés. Les cernes sous ses yeux sont étrangement ressemblants à ceux qui ornent les miens. Lorsqu’elle me regarde, je sens un courant très fort qui nous unit. Un fils, un mari, nous devons vivre pour ceux qui restent et ils sont tous là, devant des bols fumants. En maîtresse de maison accomplie, ma belle-sœur retrace les évènements à venir. Son homme sait ce qu’il doit faire et elle délègue les tâches. J’hérite des dernières courses à faire et Marine se propose de m’accompagner. Quant aux enfants, la salle de jeux du premier étage les attend.
C’est ainsi que ma belle-mère et moi prenons ensemble la route qui serpente dans un col vierge de toute neige encore. Une chance parce qu’ici c’est parfois très dangereux. Les premiers kilomètres se font simplement, sans un mot. C’est Marine qui brise ce lourd silence.
Elle me regarde avec les yeux humides et je me retiens de toutes mes forces pour ne pas laisser couler également mes quinquets imbibés eux aussi de ces perles d’amour qui y naissent d’un coup. Le sent-elle ? En tout cas, elle s’empresse de me lancer une phrase pour couper court à mes larmes.
Nous avons l’air d’une mère et sa fille qui arpentent les allées du supermarché et la liste remise par ma belle-sœur remplit notre chariot au fil des rayons. Enfin, c’est l’heure de rentrer et, de nouveau, le trajet en voiture nous donne l’occasion de discuter. Durant la remontée du col aux lacets serrés, Marine me pose d’un coup une question surprenante.
Nous n’avons plus le loisir d’en dire plus. La maison est déjà là, qui profile son toit pointu. Dans la cuisine, les effluves agréables de ce qui mijote sur la plaque de cuisson nous chatouillent les narines. La frimousse de Maryse est là qui nous scrute, se demandant sûrement ce que nous avons bien pu nous raconter. Elle ne pose pas de question, se bornant à empoigner le sac que tient sa mère. C’est à moi qu’elle s’adresse d’un coup.
Elles rigolent un peu. Moi, je suis là, à suivre ces échanges avec une boule au ventre. C’est vrai que la fille de Marine a tous les traits de sa mère, jusque dans ses petites manies de cuisinière. Mon Michel s’en moquait souvent gentiment en les singeant parfois. Là, devant la mère et la fille, avec la solitude comme recul, je peux vraiment saisir cette similitude dans les attitudes. Et je me sens empruntée du coup dans cette espace qui n’est pas le mien. Alors…
Les mains occupées, je me sens utile et la question de Marine me remonte au cerveau. Est-ce qu’elle me l’a posée vraiment ou n’est-ce que dans ma tête qu’elle trouve un drôle d’écho ?
Je ne relève pas. Il y a dans l’intonation de ses paroles quelque chose d’indéfinissable qui en d’autres circonstances me laisserait à penser que Marc et elle ont des intentions un peu glauques. Je ne veux pas imaginer qu’un seul instant ils puissent songer à avoir invité ce type pour que je me sente moins isolée. Je chasse cette idée, la voulant fausse, bien qu’elle me laisse un goût bizarre dans la gorge. Non ! Maryse et Marc ne sont pas ainsi. Je dois me tromper. Je finis le pelage de mes patates et je les coupe en dés pour les faire cuire à l’eau. Bon sang ! C’est idiot, mais je me sens étrangement perturbée par la réponse de Maryse quant à cet Adrien inconnu. Je mets ceci sur le compte de mon mal-être consécutif à la perte de Michel.
Pourquoi ce sentiment flou s’incruste-t-il dans mon cerveau ? La sœur de mon mari voudrait jouer les entremetteuses ? C’est très flou, vague aussi, mais j’ai un pressentiment qui ne me quitte plus et je m’enfonce dans mes pensées sombres. Et les images qui me reviennent, celles d’un Michel souriant qui, l’an dernier… jouait avec les deux gosses, elles sont là qui me hantent. Le pire c’est bien qu’il me fait comme un clin d’œil, semblant accréditer la thèse que sa frangine a raison. Zut ! Je suis si inattentive à ce que je fais que je renverse un peu d’eau sur la plaque électrique.
— xXx —
La nuit est tombée. Le ciel, s’il s’allume sans doute de milliers d’étoiles n’en montre aucune. De gros nuages noirs tournent autour de la montagne et les flocons annoncés commencent à dégringoler. Oh ! Pas une avalanche non plus, juste de quoi faire briller les yeux des deux gamins et de les voir battre des mains en tentant d’attraper depuis le balcon les papillons volatiles. Marine aussi est près d’eux, scrutant l’horizon de moins en moins visible. Elle fait irruption dans la maison.
Le gendre de Marine n’a pas de réponse ou n’entend pas les propos de sa belle-mère. Je le vois qui dévale les marches pour se porter au-devant de l’arrivant. Et les voix masculines dans la cour s’estompent alors que le bruit du moteur se fait plus présent dans la maison. Ensuite, le ronron de la porte du sous-sol qui se referme s’éteint et les pas dans les escaliers annoncent l’arrivée du visiteur et de son ami. L’homme salue Marine, puis embrasse Maryse et ses quinquets viennent se poser sur moi. Du coup, je ne baisse pas les yeux. Il me tend la main et… Marc enfin ouvre la bouche.
Personne ne réplique. Nous avons tous bien senti que, si Maryse parle beaucoup, haut et fort, c’est pour masquer ce qui la mine depuis un moment. Je reste près d’elle alors qu’elle enfourne les gâteaux salés qu’elle a préparés.
Je la regarde à la dérobée et elle a l’air sérieuse en me racontant cela. Bon sang, elle et sa mère se sont-elles donné le mot ? Qu’ont-elles donc à toutes vouloir que je m’intéresse à ce type ? Je ne relève pas, et nous entrons dans la pièce où tous sont réunis. La bouteille de champagne est déjà en perce et une coupe atterrit donc dans ma main, venue de celle de ma belle-mère.
— xXx —
C’est d’une seule voix que tous trinquent et chacun garde au fond de lui ses pensées pas forcément très gaies. Axel et Agathe, eux aussi, ont droit à un verre contenant une boisson pétillante sans alcool, cadeau de leur grand-mère. Et si l’ombre de l’absent plane sur l’assemblée, personne ne veut plomber l’ambiance par des paroles moroses. Les bulles coulent dans les gorges et c’est avec l’arrivée des petits choux au fromage, un moment de partage. La soirée se déroule ensuite avec pour point d’orgue, le passage du bonhomme en rouge, qui bizarrement fait suite au départ pour les toilettes de l’invité d’honneur. Dans les yeux des enfants, il y a ces étoiles qui manquent au ciel d’hiver.
Si Axel a un doute, il ne fait pas le rapprochement entre le départ d’Adrien et la venue du bonhomme à la barbe blanche. Un verre de « mirabelle », un morceau de bûche, et le vieillard reprend sa tournée dans le froid. Signe que tout est bien réel… les deux cageots contenant foin et carottes dans la cour sont vides. Il est déjà l’heure d’aller dormir pour les deux gamins qui vont rêver des cadeaux déposés devant la cheminée, entre l’âtre et le sapin enluminé. À tour de rôle, Axel et Agathe embrassent les participants à cette folle nuit, puis Maryse les entraîne vers leurs songes. Le calme retombe sur la maisonnée.
Adrien s’est montré charmant. Il discute avec son ami et les trois femmes desservent la table. La première à rejoindre le duo de mâles, c’est Marine. Elle embrasse son gendre, salue l’hôte et, de ses petits pas traînants, elle file vers la chambre qu’elle occupe lors de ses visites chez sa fille. Claude et Maryse finissent le rangement et la maîtresse des lieux interpelle sa belle-sœur.
— xXx —
Et les bras de Maryse qui se referment sur mon buste me pressent contre son cœur. Elle me garde contre son sein et je me doute bien que c’est pour me cacher une montée de larmes. Ce qu’elle ne peut camoufler cependant, ce sont les soubresauts de son corps qui se love contre le mien. Et le résultat est immédiat, nous voici deux à chialer dans les bras l’une de l’autre. Quand cette étreinte prend fin, nous épongeons nos pleurs et une fois de nouveau présentables, nous gagnons le salon. Là, les deux collègues ont attaqué la bouteille de « mirabelle », et visiblement Noël est un bon moment pour eux.
Mon beau-frère lève les yeux, et son pote fait exactement la même démarche, pas besoin d’être devin pour qu’ils sachent que nous venons de nous épancher toutes deux sur notre sort. Et le maître de maison se redresse, attire sa femme contre son torse et lui câline le dos. Rien de compromettant dans ce simple geste, non ! Une démonstration d’un amour inconditionnel, et mon regard croise celui de l’invité qui n’ose plus ouvrir la bouche. Je ne sais pas non plus sur quel pied danser, pas quoi faire durant de longues secondes. Adrien prend l’initiative. Il sert les deux dés à coudre vides qui sont posés sur la table basse.
Une fois que c’est fait, il s’empare du premier et me le tend. Instinctivement, j’attrape le mini verre et reste figée. Il fait exactement pareil avec le second godet et Maryse qui vient de se détacher de son mari reçoit la boisson qu’elle-même a réclamée. Elle tourne le cou vers moi, nos dés s’entrechoquent et il y a dans ses yeux des éclairs brillants.
Je n’ai de réponse que dans la montée rapide de ma main vers ma bouche ! Je bois d’un trait le breuvage clair qui m’arrache la gorge. Et je toussote, alors que les trois autres éclatent de rire. Marc rigole, mais son ami se redresse rapidement, et se précipite pour me tapoter dans le dos. La glace est rompue. Nous passons encore un long moment tous les quatre au salon, à parloter de tout, de rien, pour briser le mur d’un trop long silence. Et le feu sur lequel une bûche toute neuve crépite demeure la seule lumière de la pièce. Les ombres dansent sur les murs, puis Maryse et Marc s’esquivent, sans se soucier de me laisser en tête à tête avec leur invité.
De plus, celui-ci ne semble guère pressé d’aller se coucher. Nous buvons une autre « mirabelle » et celle-ci ne fait plus tout à fait les mêmes ravages dans mon œsophage. Elle paraît glisser dans mon estomac, sans vouloir faire bon ménage avec les différents mélanges de vins pris au préalable. En un mot comme en mille, je suis un peu grisée par un excès d’alcool. Et le gars avec qui je suis en tête à tête n’a rien à envier à mon état. Il reste courtois, poli et mon Dieu, j’avoue que sa présence me fait un bien fou. Jusqu’au moment où, évidemment, je pose la question qui s’impose.
Et puis, soudain, comme une évidence !
Je me suis déjà élancée d’un pas chancelant vers le couloir qui donne sur les chambres. Je vais passer la porte lorsque le garçon me rattrape par le poignet. Je stoppe ma progression saccadée et difficile, me tourne vers lui. Pas de mot, seules deux lèvres viennent se coller aux miennes. Est-ce les effets de la boisson ? Je me sens enivrée encore davantage alors qu’une langue vient s’incruster dans mon palais. Je n’ai à aucun moment le réflexe de repousser cette bouche qui joue avec la mienne.
— xXx —
Le jour tarde à poindre. De l’Est lentement monte une lueur et l’aube grise montre un spectacle éblouissant. Il a bel et bien neigé et la couche avoisine les dix centimètres. Blanche, immaculée, elle a tout recouvert aux alentours, plongeant la maison dans un silence que les murmures de deux fantômes miniatures viennent troubler. Ce sont ces pépiements infantiles qui sortent Claude d’une torpeur ouatée. Dans le couloir devant sa chambre, une porte grince légèrement. Marc ou Maryse ? Finalement, il s’agit de la maman qui rejoint les bambins à la salle à manger. Une robe de chambre sur son corps, son appareil photo à la main, elle se dirige au son des voix. Marine débouche également dans la pièce, suivie en cela par les deux hommes, déjà vêtus.
Agathe les billes écarquillées bat des mains devant le monceau de cadeaux. Et c’est l’hallali. Pas de précautions à prendre pour une ouverture rapide des paquets et au fur et à mesure du décachetage agile, la gamine et son aîné restent ébahis. Un train électrique par-là, une belle poupée par ici et des tas d’autres babioles qui rendent les gosses heureux. C’est ensuite Marc qui se penche vers l’arbre de Noël et se redresse avec un paquet pour sa belle-mère. La grande distribution bat son plein et chacun y trouve un peu d’amour. Dans la pochette qu’ouvre Claude, un livre et une carte pour un soin du corps. Tous découvrent un présent sur mesure et la joie se lit dans les mirettes des enfants.
Claude tourne le visage vers celle qui vient de l’interpeller. De ces quatre-vingts centimètres de haut, Agathe pose cette question.
Alors qu’elle serre la jeunette sur son cœur, pourquoi a-t-elle la sensation qu’un regard s’appesantit sur elle ? Elle cherche et… il est là, face à elle qui la fixe avec des yeux ronds. Le souvenir d’un baiser trop doux, trop chaud, lui fait monter le rouge aux joues. Une erreur ? Elle n’en est pas si certaine. Oh ! Bien sûr qu’il reste du chemin à faire pour que la rencontre de leurs deux bouches aille plus loin. Mais n’est-ce pas les prémices à une vie nouvelle ? Vite ! Détourner le regard pour ne pas montrer aux autres. Cependant, les mirettes de Maryse qui sont également sur elle n’ont-elles pas déjà deviné une suite logique à ce qui s’est passé la veille ?
La fine mouche sait-elle assurément ce qui s’est déroulé entre ces deux-là qui, visiblement, tentent de donner le change ? C’est au tour d’Axel de venir se lover dans les bras tendres de sa tante. Mais cette fois, pas question de se laisser piéger par les prunelles bleues de cet homme qui l’a troublée. Michel n’est pas oublié pour autant. Non ! Il est là dans les souvenirs, mais il sourit aux anges et ne montre aucune jalousie. Peut-être même que c’est lui qui encourage ce rapprochement. Bien entendu que ce dernier n’en est qu’au stade d’une simple ébauche, mais c’est bien l’ouverture d’une porte hermétiquement close par son cerveau, qui est importante. Claude se sent d’un coup envahie par une irrépressible envie de vivre, de revivre.
Un petit déjeuner où, de temps en temps, sous la table, un pied vient flirter avec le sien, c’est drôle comme les heures filent à une vitesse vertigineuse. Et la carte que lui glisse discrètement dans la main Adrien avant de reprendre sa route après le déjeuner n’est pas faite pour arranger ses états d’âme. Il y a encore bien de l’eau à passer sous les ponts avant qu’elle se décide, mais ce pas vers l’autre est important. Et d’un signe de tête, elle lui fait savoir qu’elle l’appellera… Quand ? Elle ne sait pas encore, n’est pas non plus en mesure de dire ou définir une date. Ce dont elle est certaine, c’est seulement que cet homme lui plaît, et dans son esprit… c’est bien son Michel et l’esprit de Noël qui viennent de lui envoyer un signe.
Alors… demain, dans un jour, dans huit ou dans un mois, oui ! Elle sait qu’elle rappellera Adrien, et qui sait ce que le destin leur réserve ? La neige tombe encore une bonne partie de l’après-midi, mais si peu abondante que les traces des roues de la voiture de l’ami de Marc ne sont pas totalement disparues… un autre signe que l’homme a déjà marqué son passage ? Sans doute ! Mais pour Claude, il est encore trop tôt pour y voir clair… Après l’hiver, revient toujours une belle saison !
Celle des amours ne fait pas exception à cette règle !