Note du comité éditorial
Cette série est à replacer dans son contexte du dix-neuvième siècle. La condition de la femme n’était pas ce qu’elle est aujourd’hui. Heureusement que cela évolue (lentement) dans le bon sens.
Résumé des épisodes précédents :
La comtesse de Beauchamp a confié sa fille Adélaïde aux soins d’une tenancière de bordel afin qu’elle accepte d’épouser un riche vieillard. Mais la jeune fille refuse de se soumettre, et maudit sa mère. Mais alors qu’elle s’apprête à la quitter pour toujours, toutes ses certitudes s’effondrent brutalement.
La vérité lui éclate à la figure avec une telle violence, qu’Adélaïde a l’impression que son crâne va exploser. En un éclair, elle se rend compte à quel point elle a été injuste envers sa mère.
Quelques secondes plus tard, ne tenant plus, elle s’effondre en sanglots sur les genoux de la matrone.
- — Oh madame, pardonnez-moi, je vous en supplie. Je ne savais pas.
C’est la première fois qu’Hortense la voit pleurer, elle qui n’avait pas versé une seule larme lors des coups de badine.
- — Pleure ma petite, pleure, ça te fera du bien. Mais ce n’est pas à moi que tu dois demander pardon, mais à ta mère.
Adélaïde éclate en sanglots de plus belle et répète à l’infini :
- — Je ne savais pas madame, je vous le jure, je ne savais pas.
- — Je m’en doute ma petite, je m’en doute.
Entre deux sanglots, Adélaïde parvient à dire :
- — Je vous en conjure madame, expliquez-moi.
- — Soit ! Je pense en effet que tu as droit de savoir.
Hortense plonge dans ses vieux souvenirs, au temps où elle était une jeune fille innocente, et commence lentement son récit :
- — C’était il y a bien longtemps déjà, dix-neuf ans pour être précis, dans un misérable petit village de l’Oise dont le nom ne te dirait rien. J’avais déjà perdu ma mère, et mon père me rouait de coups quand il avait trop bu, c’est-à-dire tous les jours. Ma vie était un enfer, mais fort heureusement, j’avais une amie qui vivait dans des conditions tout aussi sordides que moi et qui était comme une sœur.
Mais très vite, transportée par l’émotion qui la submerge à son tour, elle ne se contente plus de décrire les faits, mais les revit de nouveau à voix haute, imitant tour à tour la sienne et celle de Joséphine :
- — Hé beh, qu’est-ce qu’il t’a mis ce coup-ci, ton vieux !
- — Tu l’as dit Josie. Le salaud, depuis que maman est morte il me cogne tous les jours pour un oui ou un non.
- — C’est plus possible Hortense, il va finir par te tuer. Il faut que tu partes !
- — Je sais bien, mais pour aller où ?
- — Écoute, moi non plus cela ne se passe pas très bien avec mes vieux. Ils ont beaucoup de bouches à nourrir et seraient bien contents d’en avoir une de moins.
- — Oui, et alors ?
- — Eh bien j’ai décidé de partir, d’aller tenter ma chance à la capitale. Pourquoi ne pas y aller toutes les deux !
- — À Paris ?
- — Oui, à Paris ! J’ai toujours rêvé d’y aller, là-bas tout est beau, tout est propre. Les gens sont tous riches, on pourra se trouver un bon mari et être heureuses. Alors, qu’est-ce que t’en dit ?
- — C’est génial. On part quand ?
- — Maintenant !
Les yeux humides, Hortense revient à la réalité quelques secondes avant de replonger dans sa mémoire :
- — En ce temps-là, ta mère n’était pas la comtesse guindée et hautaine que tu connais, c’était au contraire une jeune fille souriante et pleine de vie. Elle était aussi très fleur bleue, le genre à croire qu’un prince charmant viendrait la prendre sur son cheval blanc.
Bref, elle était comme toi.
Mais elle a rapidement déchanté, cela faisait seulement deux jours que nous étions arrivées quand :
- — Eh mes jolies, vous chercher du travail ?
- — Regarde Hortense, je crois qu’on a tapé dans l’œil de ce jeune homme.
- — Ne soyez pas timides, je connais un hôtel réputé qui recherche des femmes de chambres.
- — Laisse tomber Josie, il ne m’inspire pas confiance.
- — Mais ta mère ne m’a pas écouté, Et c’est comme cela que nous nous sommes retrouvées toutes les deux ici.
Pour être réputé, ça, l’établissement l’était ! Mais pas vraiment de la façon que nous l’espérions. Comme hôtel de luxe il y a mieux, par contre, question chambre on a été servies : nous y passions en moyenne douze heures par jour en compagnie d’hommes plus ou moins avinés.
- — Comment… Comment ma mère a-t-elle réagi ?
- — Comme toi. Elle a refusé de devenir une putain, elle s’est battue bec et ongles pour échapper à cet enfer. On a même essayé de s’évader Josie et moi, mais c’était sans compter sur la mère maquerelle de l’époque ainsi que sur Alphonse, son homme et souteneur. Un vrai cerbère, à côté de lui, même Fernand est sympathique. On n’a même pas pu atteindre la place des Anges que ses deux mains énormes nous sont tombées sur les épaules. La punition a été terrible, Il nous a attaché sur une table côte à côte et nous a fouetté à tour de rôle. Outre la douleur indescriptible quand le cuir déchire la chair, le fouet présente aussi l’avantage de laisser des cicatrices indélébiles. Nous étions marquées à vie comme du bétail. Après cela, comment aurions-nous pu trouver un époux, ainsi frappées du sceau de l’infamie ?
- — Ça a dû être horrible. Je comprends maintenant pourquoi Edwige m’a traité de chochotte quand je me suis plainte des coups de badine.
Cette remarque fait sourire la matrone. C’est la première fois qu’Adélaïde voit le visage de sa patronne se dérider.
- — Ah, ah, ah, les fameux coups de badine. Dire que Fernand a été à deux doigts de vendre la mèche. Je t’ai dit que ta mère m’avait donné carte blanche, mais c’était faux, je voulais juste te faire peur. En fait, elle m’avait interdit d’utiliser tout procédé qui laisserait des marques à vie.
- — Ma mère, je suppose qu’elle a capitulé après le fouet.
- — Moi oui, mais elle non. Elle était animée d’un courage inimaginable. Je pense qu’elle aurait préféré mourir plutôt que de céder, et c’est ce qui aurait pu arriver.
Adélaïde se lève affolée.
- — Comment. Ils étaient prêts à la tuer ?
- — Alphonse en aurait été tout à fait capable, mais heureusement la mère maquerelle s’est interposée. Fou de rage, il a ensuite voulu l’envoyer au Paradis.
- — Quoi ! Au paradis !
Hortense sourit de nouveau devant l’ingénuité d’Adélaïde.
- — Non, je te rassure, ce n’était pas le paradis auquel tu penses. Il n’avait pas l’intention de la tuer, quoique cela aurait peut-être été préférable. En fait, le Paradis est le nom d’une rue tout près d’ici. C’est le bas fond de la prostitution, entre l’alcool, les maladies vénériennes, la tuberculose, les coups des clients, ceux des maquereaux et j’en passe, les pauvrettes tiennent rarement plus d’un an.
Adélaïde repense à ces filles en hayons qu’elle a croisées en venant ici. C’est maintenant évident, sa mère n’a pas emprunté cette rue par hasard.
- — Mère y a été ?
- — Ça a failli mais non. Encore grâce à la mère maquerelle. Oh, pas par bonté d’âme, mais parce qu’elle trouvait que jeter ta mère en pâture aux pourceaux qui fréquentent cet endroit, c’était vraiment donner de la confiture à des cochons. C’était une horrible grippe-sou, et elle savait que Joséphine pouvait lui rapporter beaucoup d’argent à condition de savoir utiliser ses talents correctement.
Et c’est là que la chance a souri à ta mère. En effet, Suzon, la fouetteuse, avait contracté la tuberculose, et elle ne pouvait plus travailler. Quant aux autres filles, pas une seule ne voulait prendre sa place. La mère maquerelle a donc eu l’idée d’utiliser le caractère bien trempé de Joséphine à cet effet.
- — La fouetteuse ? demande Adélaïde intriguée.
- — Oui. Je doute que tu le saches encore, mais beaucoup d’hommes aiment être dominés par des femmes, enfin en privé bien sûr, et certains aiment même être battus par elles. Ta mère a remplacé Suzon et est vite devenue la reine du fouet. Oh, pas celui utilisé pour dresser les putains, les hommes sont bien trop douillets pour ça, mais plutôt une sorte de martinet.
Se défouler sur le dos de ses clients lui a permis de mieux supporter la vie ici. Quant aux patrons, ils gagnaient enfin de l’argent avec elle et la laissaient tranquille.
Adélaïde trépigne d’impatience.
- — La suite, s’il vous plaît, la suite.
- — Tout s’est très bien passé pendant plusieurs mois, jusqu’au jour où un bel officier est venu. Il était magnifique dans son uniforme de Hussard. Les filles étaient prêtes à se battre pour bénéficier de ces faveurs, moi y compris. J’ose à peine l’avouer, mais je lui aurais offert la totale pour pas un sou ! Pire, j’aurais même payé pour qu’il me prenne.
Hortense ressent un léger pincement au cœur en disant cela.
- — Il a choisi ma mère ?
- — Non. En fait, c’est ta mère qui l’a choisi lui. Alors qu’elle n’avait jamais accepté qu’un homme la touche, elle a pris cet éphèbe par la main et l’a embrassé avant de l’entraîner dans une alcôve.
- — Il s’est laissé faire ?
- — Oh pour ça oui, il semblait comme hypnotisé par le regard de braise de Joséphine. Et ta mère a du savoir y faire, car il est ensuite venu tous les jours en demandant à la voir elle et pas une autre. A chaque fois, ils ressortaient comme transcendés de leur rencontre. Nous aimions toutes les regarder, cela nous faisait oublier notre quotidien. Ils étaient tellement beaux à voir tous les deux, Joséphine semblait avoir trouvé son prince charmant, et lui sa princesse.
- — Ils étaient tombés amoureux l’un de l’autre ?
- — Oh oui, et du plus bel amour qui soit. Je pense que cette période a été la plus heureuse de toute la vie de ta mère, pour ne pas dire la seule.
- — Cela n’a pas duré n’est-ce pas ?
- — Non en effet. Un tel amour n’est pas fait pour durer. À la fin de sa permission, le bel officier est reparti à la guerre et il a été tué peu après.
- — Oh c’est affreux.
- — Oui, ça a brisé le cœur de Josie.
- — Comment ma mère a-t ’elle fait pour s’en remettre ?
- — Je ne pense pas qu’on puisse se remettre d’un tel drame. Mais ta mère était très courageuse et elle a fait face. Et puis surtout, elle avait une très bonne raison de continuer à vivre.
Hortense fixe Adélaïde dans les yeux.
- — Comment ça ?
- — Oui, tu as très bien compris. Avant de repartir à la guerre, ce beau hussard lui avait laissé un petit cadeau.
Le cœur de la jeune fille bat à tout rompre, tandis que ses yeux se remplissent à nouveau de larmes.
- — Moi ? Demande-t-elle dans un murmure à peine audible.
- — Oui, toi. Mais c’était un cadeau empoisonné.
En effet, tu n’es pas restée ici suffisamment longtemps pour le savoir, mais un bordel n’est pas l’endroit idéal pour donner vie à un enfant. Une femme enceinte n’attire plus le client et en plus elle mange pour deux. Ce n’est évidemment pas rentable et c’est pourquoi on fait appel aux « faiseuses d’anges » dans ces cas-là.
- — Vous voulez dire… ?
- — Oui. Mais tu avais la chance d’avoir une mère qui t’aimait plus que tout, plus que sa propre vie. Elle aurait égorgé avec les dents toute personne qui aurait voulu te faire du mal.
La maquerelle le savait, mais ce n’est pas pour autant que tu étais tirée d’affaire. Heureusement pour toi, Joséphine était prête à tout pour sauver la vie de l’enfant qu’elle portait, et elle lui a proposé un marché. En échange de ta vie sauve, elle lui a juré qu’elle deviendrait la plus salope de toutes ses pensionnaires, qu’elle se ferait baiser sans rechigner par tous les hommes qu’elle lui enverrait.
Adélaïde éclate en sanglots en repensant à toutes les horreurs qu’elle a dites à sa mère.
- — Mais ce n’est pas tout. Elle a aussi accepté de fellationner les clients. Très maligne, ta mère savait que cette pratique lui permettrait de cacher sa grossesse.
Hortense caresse les cheveux d’Adélaïde, qui sanglote la tête sur ses genoux.
- — Tu sais ce qu’est une fellation n’est-ce pas ?
La jeune fille opine du chef. C’est ce que sa patronne et Edwige essaient de lui faire faire sans succès depuis des semaines.
- — Tu sais donc que les hommes en sont très friands. À notre époque, peu de femmes acceptent cette pratique, mais il y a vingt ans une bonne suceuse valait de l’or.
La mère maquerelle a immédiatement sauté sur l’occasion.
- — Ma mère a sucé des hommes pour me permettre de vivre. Murmure Adélaïde les yeux rougis.
- — Oui, des dizaines, chaque jour. En quelques mois, elle a fait jouir des centaines d’hommes au fond de sa gorge, peut-être mêmes un millier, pendant que toi tu grandissais tranquillement dans son ventre.
Elle était extrêmement douée, et les clients accourraient de tout le pays et même de l’étranger pour découvrir ses talents. D’ailleurs, elle a vite gagné un surnom qui est resté célèbre : « La petite Goulue ! »
Adélaïde s’efforce de se reprendre.
- — Et après, que c’est-il passé ? Je suis née ici ? Comment mère a-t-elle épousé père ?
- — Doucement, doucement, une question à la fois. Non, tu n’es pas née ici. C’était déjà un quasi miracle que ta mère ait pu éviter d’avorter, mais te conserver dans ce lieu c’était hors de question. Si elle avait accouché ici, tu aurais aussitôt été abandonnée dans un orphelinat sans même qu’elle puisse te voir.
- — Mais alors, comment a-t-elle fait ?
- — Comme toujours, ta mère a fait preuve de courage, d’intelligence et elle s’est sacrifiée. Son amour pour toi était tel qu’elle aurait soulevé des montagnes pour te sauver.
D’une voix enrouée par l’émotion, Adélaïde parvient à demander :
- — Expliquez-moi, je vous en supplie.
- — C’est très simple, voilà ce qui s’est passé : Un jour, un de ses clients s’est jeté à ses pieds. Il lui a dit qu’il l’aimait, qu’il était prêt à l’épouser. Il avait vingt ans de plus qu’elle, n’était pas très grand, ni très beau, ni très futé.
Des hommes comme lui, ta mère en avait déjà vu des dizaines. Ce sont des exaltés à qui l’excitation fait dire n’importe quoi, probablement dans l’espoir d’obtenir une faveur particulière. Mais celui-là n’était pas comme les autres. Tout d’abord il était Comte, mais surtout ta mère a senti en lui quelque chose de différent et l’a mis à l’épreuve.
Adélaïde tend l’oreille dans un mélange de curiosité et d’excitation, tandis qu’Hortense poursuit sa narration.
- — Après l’avoir rendu fou de plaisir avec la bouche, elle a dégrafé le bas de son corsage. Cet homme a tout de suite compris. Il a embrassé le ventre de ta mère et lui a juré qu’il élèverait son enfant comme si c’était le sien.
Ta mère a aussitôt accepté de l’épouser.
- — C’était mon père ?
- — Oui.
- — Il l’a prise dans ses bras et l’a emmenée chez lui ?
Cette fois-ci, Hortense éclate de rire.
- — Décidément, tu es bien ingénue. On ne quitte pas ce genre de maison aussi facilement. Il faut payer pour ça, et dans le cas d’une aussi bonne gagneuse que ta mère, le tarif peut être très élevé.
- — Mais père était riche.
- — Aisé oui, mais pas à proprement parler riche. L’argent lui a toujours filé entre les doigts et il ne disposait pas de la somme nécessaire au rachat de ta mère.
- — Comment ont-ils fait alors ?
- — Comme toujours, c’est ta mère qui a trouvé la solution. Ton père n’était pas riche certes, mais il avait un nom prestigieux et des relations haut placées. Joséphine a expliqué à la mère maquerelle qu’il n’était pas son intérêt de se mettre à dos un individu aussi influent. En échange de son départ, elle lui a non seulement promis de ne pas nuire à son activité, mais également d’assurer sa protection en haut lieu. La matrone savait parfaitement à quel point un soutien politique est indispensable pour un établissement comme le sien, et que Joséphine saurait manipuler son futur mari en ce sens.
- — Et elle savait que ma mère ne pouvait pas trahir son secret.
- — Tout à fait. Ce secret a scellé leurs destins pendant cinq ans.
- — Que s’est-il passé ensuite ?
- — Le mari de la mère maquerelle a été tué lors d’une rixe, et elle l’a suivie peu après dans la tombe suite à une banale indigestion.
- — C’est comme cela que vous avez pris sa place ?
- — Absolument, grâce à l’aide de Josie. Elle n’a jamais oublié son amie d’enfance et m’a toujours protégée dans l’ombre.
Mais je m’égare, revenons-en à toi. Ta mère a quitté ce lieu deux mois avant ta naissance, et a cessé d’être la petite goulue pour devenir la comtesse De Beauchamp.
- — Personne ne l’a jamais reconnue ? Beaucoup de clients de cet établissement appartenaient à la haute société.
- — Ha ha ha. Tu es loin d’être bête, tu as hérité de la sagacité de ta mère. C’est très simple, la petite goulue portait toujours un masque, cela faisait partie du mystère qui entourait son personnage. Mais malgré ça, la comtesse m’a avoué qu’à plusieurs reprises, certains collaborateurs de ton père avaient eu des doutes la concernant. Mais bien sûr, ils ne pouvaient pas en faire état.
Voilà ma petite, tu sais tout.
Adélaïde a toujours les larmes aux yeux. Maintenant qu’elle sait toutes les épreuves que sa mère a dû traverser pour elle, son attitude lui apparaît méprisable.
- — Mme Hortense, Croyez-vous que mère me pardonne un jour ?
- — Cela ne fait aucun doute pour moi ma petite. On pardonne toujours à ceux qu’on aime, une mère encore plus.
Leur conversation est subitement interrompue :
« TOC TOC TOC ».
Adélaïde se précipite vers la porte. Comme elle s’en doute, il s’agit du médecin.
- — Docteur, comment va ma mère ?
- — Bien, elle est tirée d’affaire.
- — Oh merci docteur, qu’a-t-elle ?
- — Le cœur. Bien que votre mère soit encore jeune, son cœur est fatigué comme si les tourments de la vie l’avaient fait vieillir prématurément. Ce qu’il lui faut, c’est du repos et surtout rien qui puisse la contrarier.
- — Ne vous en faites pas docteur, je veillerai sur elle. Puis-je la voir ?
- — Oui, mais seulement quelques minutes.
Adélaïde dépose un baiser sur la joue du vieil homme avant de courir au chevet de sa mère.
- — Maman, Mme Hortense m’a tout raconté. Je me rends maintenant compte à quel point j’ai été injuste avec vous.
- — Tout ?
Debout devant la porte, Hortense acquiesce d’un signe de la tête.
- — C’est peut-être mieux ainsi.
- — Pourrez-vous me pardonner un jour ?
Joséphine passe une main dans les cheveux de sa fille.
- — Oh Adélaïde, je suis tellement contente que tu sois là. C’est moi qui te demande pardon. Excuse-moi pour tout le mal que je t’ai fait, je n’aurais jamais dû te forcer la main en t’envoyant ici. Mais ne t’inquiète pas, nous allons retourner toutes les deux à la maison. Je trouverai un moyen de nous tirer de ce mauvais pas et tu n’auras pas à épouser ce vieux débris de baron d’Harcourt.
Je ne sais pas encore laquelle, mais je trouverai une solution, j’en ai toujours trouvé une.
Adélaïde se lève brusquement.
- — Il n’en est pas question mère ! Vous en avez bien assez fait pour moi tout au long de votre vie, maintenant c’est à moi de prendre le relai. Non seulement je vais devenir la femme du riche baron d’Harcourt, mais je vais le rendre fou de désir. Pour cela, je ferai en sorte d’exceller dans l’art de la fellation. Ensuite, je mènerai mon époux par le bout du nez jusqu’à ce que je devienne une veuve aisée, et je consacrerais le reste de ma vie à promouvoir l’égalité des hommes et des femmes.
La comtesse de Beauchamp s’exclame en souriant :
- — Quel beau programme !
- — N’est-ce pas mère ? La seule chose que je vous demande, c’est de le faire patienter quelques semaines, de façon à ce que je devienne une maîtresse douée et expérimentée.
Adélaïde se tourne alors vers Edwige, dont elle aperçoit le minois près du pas de la porte.
- — Edwige, je suis désolée de toutes les horreurs que je t’ai dites. Veux-tu toujours m’apprendre à sucer ? Je veux devenir la meilleure fellatrice de tout Paris, je veux me rendre digne de la « petite goulue ».
S’il te plaît Edwige, dis-moi oui.
Cette dernière se jette dans les bras de son amie.
- — Mais bien sûr petite idiote, bien sûr !
Les deux filles se serrent l’une contre l’autre, puis Adélaïde reprend la parole :
- — Mère, je te présente Edwige, ma meilleure amie, ma seule amie. Si tu le veux bien, et si elle le souhaite bien sûr, j’aimerais qu’elle vienne vivre avec nous lorsqu’elle aura fini de me former.
La comtesse observe le regard mutin de la petite brune.
- — Je la considérerai comme ma deuxième fille, et en échange des conseils qu’elle va te prodiguer, je lui donnerai une éducation digne de ce nom.
EPILOGUE :
De retour auprès du comte de Beauchamp :
- — Ma mie, quel plaisir de vous revoir en si bonne forme. J’ai ouï-dire que vous aviez eu un malaise ?
- — Ce n’était rien, juste un léger afflux de sang dû à un excès de joie.
- — Vous m’en voyez ravi, mais dites-moi, vous avez dit : de joie ?
- — Absolument ! Notre fille a enfin entendu raison, et elle accepte d’épouser le baron d’Harcourt. Le mariage pourra se faire dans quelques mois, le temps qu’elle finisse de parfaire son éducation.
Mais dites-moi mon ami, cette nouvelle n’a pas l’air de vous réjouir.
Le comte s’assoie, pensif.
- — C’est que… Cette nouvelle, pour aussi bonne qu’elle soit, arrive trop tard. J’ai reçu une missive de la banque m’indiquant qu’elle ne pouvait pas couvrir mes dettes plus longtemps. Si je n’ai pas remboursé jusqu’au dernier Napoléon avant la fin du mois, notre demeure sera saisie. Or, vous connaissez ma situation…
Mais ce n’est pas tout. Un malheur n’arrivant jamais seul, le ministre de l’Intérieur a eu vent de mon infortune, et je risque également de perdre mon siège à l’académie impériale. Et oui, un homme ruiné, donc déshonoré, n’y a plus sa place.
Joséphine se penche vers son époux et lui prend la main tendrement.
- — Courage mon cher, ne perdez pas espoir. Je suis certaine que la providence ne vous abandonnera pas, elle ne l’a jamais fait.
- — Puisse-t’elle vous entendre ma mie. Bien, si vous le permettez, je vais maintenant me retirer.
- — Faites très cher, faites.
Le comte a peine parti, Joséphine tire à tout rompre sur le cordon pour appeler sa servante. Constance surgit encore plus essoufflée que d’habitude, le visage rubicond. Le morceau de paille dans ses cheveux trahit sans équivoque ce qu’elle était en train de faire, mais la comtesse a d’autre chat à fouetter.
Allez prévenir Firmin, qu’il soit prêt dans vingt minutes.
La pauvre Constance repart en courant sous le regard décidé de sa maîtresse.
- — Ou allons-nous, madame la comtesse ?
- — À la banque Danglard, au galop !
Prévenu dès l’arrivée de la comtesse, Hector Danglard, le directeur de la banque, se précipite à sa rencontre.
- — Mme la comtesse de Beauchamp, que me vaut l’honneur de votre visite dans mon humble établissement ?
- — Inutile d’être aussi obséquieux M Danglard, vous savez pertinemment pourquoi je suis venue ici.
- — Je le subodore certes, mais je ne pensais pas que le comte de Beauchamp s’abaisserait à envoyer son épouse pour plaider sa cause.
- — M le comte n’y est pour rien, c’est moi qui ait pris l’initiative de venir vous voir. J’ai un marché à vous proposer.
- — Un marché ? Bien, dans ce cas, veuillez me suivre dans mon bureau.
Le banquier précède la comtesse qui se tient la tête haute devant les employés.
- — Prenez place je vous prie. Nous serons mieux ici pour discuter, dit-il en désignant un fauteuil en cuir.
- — Merci
- — Bien Madame la Comtesse, que puis-je faire pour vous ?
- — Je suis venue vous demander de surseoir quelques mois au paiement des dettes de mon époux. Notre fille Adélaïde va épouser le baron d’Harcourt, qui est fort aisé comme vous devez le savoir, et je m’engage à vous rembourser la somme due avec un supplément de vingt pour cent.
- — Vingt pour cent, c’est effectivement une proposition alléchante, mais je suis néanmoins dans le regret de devoir vous dire qu’elle ne m’intéresse pas. En effet, la somme que vous me proposez est bien en deçà de celle que je pourrais retirer de la vente de vos biens dont je possède l’hypothèque.
Joséphine feint de se sentir mal.
- — Il fait horriblement chaud dans votre bureau. Vous permettez que j’enlève mon manteau ?
- — Mais bien sur Mme la Comtesse, faites comme chez vous.
- — Merci, vous êtes un gentleman.
Joséphine retire son lourd manteau de fourrure et le pose nonchalamment sur le dossier du fauteuil, mais elle ne s’arrête pas là. Prétextant avoir encore trop chaud, elle enlève également son gilet, dévoilant ainsi sa magnifique poitrine dont les seins débordent du bustier trop serré.
- — Ah, ça va mieux dit-elle en secouant son éventail. Mais dites-moi, vous semblez avoir chaud également, ne bougez-pas, je vais arranger ça.
Comme vous l’avez sûrement deviné, la rougeur qui est apparue sur le visage du banquier n’est pas due à la chaleur de la pièce, mais plutôt à la vue des seins pigeonnants de la comtesse.
Mais le calvaire de Danglard ne fait que commencer. Parfaitement consciente de l’effet qu’elle lui fait, Joséphine se lève, contourne le bureau afin de se placer derrière lui, et entreprend de déboutonner sa chemise.
- — Enfin Mme la Comtesse, ce que vous faites n’est pas convenable.
Mais malgré ses protestations, qui sont évidemment de pure forme, Joséphine plonge la main en descendant le long de la poitrine jusqu’à ce que…
- — Ah voilà. J’ai trouvé quelque-chose qui a bien besoin de prendre l’air également dit-elle en s’emparant de la queue du banquier.
- — Mme la comtesse, vous outrepassez les limites de la décence !
- — Vous trouvez ? Je vous l’accorde, mais vous n’avez pas encore idée de ce que je compte faire !
Et avant que Danglard n’ait eu le temps de protester, Joséphine prend le sexe en bouche avant d’entamer une fellation passionnée.
Elle aspire la queue de toutes ses forces tout en faisant des va-et-vient langoureux avec ses mains.
- — Mme la comtesse… non… il ne faut pas… ce n’est pas convenable…
Le banquier proteste pour la forme les premières secondes, puis ses paroles se muent rapidement en cris de plaisirs.
- — Oh oui… oui… encore… c’est bon…
Les hommes sont décidément tous les mêmes se dit Joséphine en pompant le gland. Au début ils font semblant de protester, et ensuite ils en redemandent.
Et cette fois, tout ce qu’elle a mis tant d’années à construire étant en jeu, inutile de vous dire qu’elle ne lésine pas sur les moyens pour faire hurler celui-ci de plaisirs : elle pompe, lèche, aspire, titille, mordille… Utilise ses lèvres, sa langue, ses mains, ses doigts, ses ongles, ses dents…
Le banquier perd très vite toute notion de la réalité, son esprit comme son corps sont désormais entièrement sous le contrôle de la comtesse.
De toute évidence, c’est la première fois qu’il se fait sucer se dit celle-ci. Ce n’est certainement pas sa bigote de femme qui lui pompe le dard après la messe, et il a bien trop peur de se faire prendre pour aller dans un lieu de plaisirs.
Au bout de quelques minutes de ce traitement, Danglard commence à s’agiter de plus en plus fort sur son fauteuil. Sa respiration devient de plus en plus haletante, des soubresauts commencent à agiter sa queue. Ça y est, le moment est venu comprend notre héroïne. Elle place alors les lèvres justes sur le sommet du gland en poussant la cadence des va-et-vient à son paroxysme.
Un jet de foutre tiède asperge le fond de sa gorge.
Joséphine avale tranquillement le sperme qui gicle dans sa bouche, tandis que le banquier pousse ses derniers cris de jouissance. Puis, de ses doigts délicats, elle replace tous les boutons et rajuste leurs tenues respectives pendant qu’il se remet de ses émotions.
- — Bien M DANGLARD, inutile de me dire que vous avez grandement apprécié ma prestation, votre comportement pendant que je vous suçais a parlé pour vous. Voici donc le nouveau marché que je vous vous propose : je m’engage à vous prodiguer une fellation deux fois par mois aussi longtemps que vous accepterez de surseoir au règlement des dettes de mon époux.
- — Deux fois par mois ? Je ne pourrais jamais tenir aussi longtemps, disons deux fois par semaine.
- — La gourmandise est un vilain défaut M Danglard, disons une fois par semaine. Cela vous laissera le temps de savourer davantage le rendez-vous suivant.
- — D’accord, vous avez gagné. Mais dites-moi, qu’en sera t’il quand vous aurez remboursé votre dette ? Vous m’abonnerez à mon misérable sort ?
- — Vous voulez dire, la queue entre les jambes ? Rassurez-vous, je n’ai pas pour habitude de laisser tomber les personnes qui m’ont aidé. Je continuerai donc à vous sucer toutes les semaines en échange de…
- — En échange de quoi ? Ne me faites pas languir.
- — De vos conseils.
- — De mes conseils, je ne comprends pas.
- — Vous êtes un homme d’affaires avisé, contrairement à mon époux. Et je crains que tôt ou tard, il nous place de nouveau dans une situation délicate, ce que je veux absolument éviter.
- — Pouvez-vous préciser votre pensée ?
- — C’est très simple. Je veux dorénavant avoir un pouvoir de contrôle et de maîtrise des activités financières de mon époux. En échange de mes services, je souhaite que vous vous occupiez de son argent comme s’il s’agissait du vôtre. Mais attention, je tiens absolument à être immédiatement informée de tout, et à ce qu’aucune décision ne soit prise sans mon accord. Cela vous convient-il ?
- — Je ne sais pas, j’hésite. Mes employés pourraient finir par trouver vos venues suspectes ?
- — C’est pour cela qu’il faut leur dire la vérité, enfin une partie. A savoir que je viens pour gérer en sous-main les comptes de mon époux. Qui donc pourrait soupçonner ne serait-ce qu’un seul instant, qu’une femme de mon rang vient pour vous purger le poireau.
- — « Purger le poireau ». Quel langage particulièrement fleuri dans la bouche d’une femme de votre condition s’exclame le banquier en rougissant.
- — N’est-ce pas ! Et pour vaincre vos dernières hésitations, je vous assure qu’en cas de refus de votre part, je me ferai un malin plaisir de venir vous voir à la moindre occasion, et de passer vicieusement ma langue sur les lèvres pour vous rappeler ce que vous auriez manqué.
- — Passer votre adorable petite langue sur vos merveilleuses lèvres, mais Madame, ce serait la plus abominable des tortures.
- — En effet, ce serait pire que de retourner un couteau dans une plaie. Mais croyez-moi, je sais être très, très méchante avec les vilains messieurs. Si le cœur vous en dit ?
- — Oh Mme la Comtesse, vous me faites monter l’eau à la bouche. C’est d’accord, j’accepte votre marché.
- — C’est parfait, je vous garantis que vous ne le regretterez pas. Bien, vu que le problème est réglé, je vais maintenant prendre congé.
- — Permettez-moi de vous raccompagner, que je puisse profiter de la vue de vos lèvres encore quelques instants.
La comtesse sourit.
- — M Danglard, vous êtes un petit coquin.
Puis, reprenant son sérieux elle ajoute :
- — Je vous demande la plus grande discrétion, il va de soi que M le comte ignore tout, des initiatives de sa femme. Quant à votre propre épouse, il serait fort dommageable qu’elle apprenne quoi que ce soit. N’est-elle pas la vraie propriétaire de votre établissement ?
- — Je serai muet comme une tombe Mme la comtesse, ni vous ni moi n’avons intérêt à ce que les conditions de notre petit arrangement ne s’ébruitent !
- — Mon cher, je constate qu’en plus d’être un gentleman, vous êtes un homme intelligent.
Afin de donner le change devant ses employés, Danglard accompagne la comtesse jusque dans le hall, et dépose un chaste baiser sur la main qu’elle lui tend en déclarant haut et fort :
- — À la semaine prochaine, même jour, même heure ?
- — Je n’y manquerai pas.
Ragaillardie par le franc succès de sa démarche, Joséphine retourne à la calèche avec un grand sourire aux lèvres. Quand il la voit aussi joyeuse, le cocher ne peut s’empêcher de lui demander :
- — Si je puis me permettre, au visage radieux de Madame la comtesse, je présume que son entrevue s’est bien passée ?
- — À merveille Firmin, à merveille.
- — J’en suis très heureux. Mme la comtesse souhaite-t’elle rentrer chez elle ?
- — Non, pas encore. Auparavant, j’ai un autre rendez-vous à honorer.
- — Bien, où allons-nous alors ?
- — Fouettez les chevaux Firmin, direction le ministère de l’Intérieur !
Fin.