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n° 22772Fiche technique14826 caractères14826
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Temps de lecture estimé : 11 mn
24/11/24
Résumé:  Meurille Les Havreaux est un trou paumé dans le Nord glacial, j’y suis pompiste depuis des siècles. Y a une vieille usine hantée, ma grosse carcasse et, surtout, la meilleure copine de ma fille : Jenny.
Critères:  frousses revede humour
Auteur : Dr Lamb      Envoi mini-message
Rousse comme le diable

Meurille Les Havreaux était ce genre de petite ville perdue dans le Nord du pays, où les hommes étaient tous bedonnants et s’hydrataient à la bière au bar du coin.

Moi inclus, pour être franc.


La plupart bossaient à l’ancienne usine, désormais fermée, et tous avaient en mémoire le jour fatidique du 9 décembre 2011. C’était un vendredi glacial, et les mines défaites des ouvriers auraient pu faire l’objet d’un tableau intitulé « La fin d’une époque ». Ça ouais, ça en aurait jeté !


Maintenant, l’usine close était une sorte de curiosité visitée par quelques touristes, et c’était tout. Malgré son imposante structure située au bord de la forêt qui délimitait la ville, elle fut évacuée des mémoires des habitants assez rapidement, la plupart ayant mieux à foutre que de se souvenir de ce colossal édifice qui avait provoqué la fuite de la population, à la recherche d’un nouvel emploi.

Le déchirement de quelques familles, des cris, quelques vagues protestations et beaucoup de bières éclusées plus tard, l’usine fut laissée à l’abandon.


En 2015, un groupe de jeunes adeptes d’Urbex se lancèrent à sa découverte. Deux mecs et deux nanas qui venaient de la côte d’Azur, à ce qui se raconta après la découverte de leurs corps, tous soigneusement dépecés et suspendus par les pieds dans les anciens vestiaires. Leur matériel et caméras, leurs fringues, tout fut retrouvé méticuleusement rangé dans un coin.


L’affaire fit grand bruit et la rumeur - merci Internet de mes couilles -, se répandit vite comme quoi une usine hantée attendait que de curieux et imprudents trous du cul viennent se donner des frissons en visitant ses locaux.


Le Gros Georges, comme on l’appelait, était un ancien ouvrier qui était resté, contrairement à beaucoup de ses anciens collègues. Il passait son temps à rouler des cigarettes artisanales, à vider des godets çà et là et à beaucoup trop bavasser. Oh, ça ouais !

Pour avoir été témoin de beaucoup de ses verbiages parfumés à la 1664, je peux vous assurer qu’il en bavait, des conneries. De tout et de rien, il n’y avait qu’à demander.

Parce qu’entre ses délires, comme quoi la vieille usine avait été construite sur un terrain maudit, que c’était la faute de ses putains de négros de merde qui piquaient le boulot des honnêtes gens, où alors que les jaunes allaient envahir le Monde, alors ça, le Gros Georges était capable de vous tenir la crampe pendant des heures.

Intarissable, il était.


Fallait le voir, ce gros sac accoudé au comptoir, un vrai cliché sur pattes.

Une main sur son verre, l’autre tapant du poing, à nous déclarer de grandes choses sans queue ni tête.

En parlant de queue, j’étais certain qu’il ne voyait plus la sienne quand il pissait, à se demander comment il se lavait et, à juger à l’odeur, ça ne devait pas être chaque foutue semaine.


C’est ainsi qu’il nous raconta comment, une nuit, il s’était aventuré dans l’usine (mes couilles, ouais !) et avait déambulé pendant des heures à la recherche du Dépeceur, puisque c’est ainsi que les médias l’avaient surnommé, ce sinistre salaud.

Mais qu’il n’avait vu personne.


Rien qu’à l’imaginer, à crapahuter dans les ténèbres avec sa lampe torche et son reniflement asthmatique, j’avais du mal à réprimer un sourire.



Et bam, bagarre ! Sacrés poivrots.


Toujours est-il qu’un jour d’octobre ou novembre 2017, une vidéo était sortie sur YouTube. Un mec s’était aventuré dans l’usine et avait filmé presque trois heures avant de faire demi-tour. Il était descendu dans les sous-sols et apparemment, avait vu quelque chose de si flippant, creepy comme dirait ma tarée de fille, qu’il s’était enfuit ventre à terre.


Sûrement du chiqué parce qu’à la fin de la vidéo, on le voyait dans sa voiture en train de conduire comme un fou. Il se filmait la tronche, et ce qui faisait le buzz c’est qu’il avait tous les tifs devenus blancs d’un coup, alors qu’il était d’un blond pédé flagrant au début de la vidéo.


« Je suis passé pas loin de l’usine », racontait un commentaire posté sous la vidéo.

« J’ai entendu des cris bestiaux. Je n’ai pas traîné dans le coin. »

« C’était la fois où on a gangbangé ta mère ? » répondait un mec juste en dessous, et j’en avais hurlé de rire pendant dix bonnes minutes, seul dans mon salon, avant que Laurie ne descende voir si son paternel ne faisait pas une crise de démence.

Putain, la jeunesse et leur répartie, j’en étais fan.


Pourquoi je pense à tout ça, au volant de ma bagnole et tous feux éteints ?

Bah, bordel, tout ça, c’est à cause de Jenny.


Cette petite pouffiasse est la meilleure copine de ma fille, et elle a un foutu problème, cette gamine, et moi aussi, par la même occasion.

C’est, pour reprendre les expressions de mon vieux, qu’elle « me fait bander à en réveiller les morts ».

Putain de Dieu, faudrait que vous la voyiez, cette espèce de petite conne, sa crinière rousse bouclée, sa petite gueule d’ange parsemée de taches de rousseur et… nom de Dieu, ce corps !


Pas humain d’être gaulée comme ça à vingt et un ans, non.

Quand je mate ma bonne femme, et moi aussi du même coup, dans le miroir, je vois juste des corps fatigués, des bourrelets, des veines trop apparentes et des marques infligées par la vie dont il est impossible de nier l’existence.

Les grosses mains calleuses que je me trimbale, mon début de bedaine (j’ai toujours fait gaffe mais rien à faire, la bière reste la bière), ma foutue calvitie et surtout, ces affreux poils blancs partout dans ma barbe.

Merde, j’avais vingt ans hier ! Faut croire que trente-deux ans à bosser dans une station-service (l’une des deux seules de la ville), de nuit en prime, ça use un homme.


Mais revenons sur un sujet bien plus bandant que ma vieille carcasse : Jenny.

Ha, Jenny !

Si j’avais ton âge, bon sang, tu verrais ce que c’est que l’amour à l’ancienne.

Un vrai miracle, cette gamine. Elle dresse mon mât mieux que n’importe quel marin.

Comme ma femme, elle a l’air crétine. Mais je veux dire, et sans méchanceté, juré craché, c’est vraiment l’air qu’elle a. Toujours à mâcher du chewing-gum, à rire comme une dinde et surtout, à se prendre en photo toutes les dix minutes, afin de voir si son cul n’aurait pas pris un gramme.

Niveau culture générale, c’est le néant. Mais vraiment.

Elle a lu en cours « Le Marquis de Sable » qu’elle nous a sorti à table, putain j’en ai presque recraché ma 8-6.


Bénie soit cette gosse.


Toujours est-il que cette dinde m’a poussé à faire quelque chose que je n’avais plus fait depuis des décennies : aller m’enfermer dans les WC pour moucher le cyclope en plein repas.


Bordel, Jenny !


Il a fallu que j’aille chercher sur Youtube un tutoriel pour installer cette merde d’application sur mon portable dernier cri (merci Laurie, mais comment je téléphone avec cette merde ?) et me faire un faux profil pour m’abonner à celui de la dinde.

Et putain, que ça valait le coup !

Des dizaines de photos d’elle, en bikini, à la salle de sport, en train de faire tout et n’importe quoi. Je peux vous dire que j’ai rentabilisé les boites de kleenex qui traînaient à la baraque et au boulot, ça oui.


Enfin bref.

Par ricochet et par curiosité, et surtout pour déterminer la violence des trempes à infliger, je me suis abonné aussi au profil de ma fille, pour la surveiller et c’est tout, juré craché.

Rien que des photos de nature, de chevaux, de ciel bleu et ça ne m’étonnerait pas qu’elle finisse bouffeuse de gazons, celle-là.


Mais ce soir, après ma purge journalière sur les photos de la dinde, j’ai vu que Laurie avait fait ce que ces cons appelaient une story, c’est à dire plein de petites vidéos en temps réel. Et que la première d’entre elle, c’était Laurie, Jenny et trois autres mecs devant la vieille usine. À 21h55.



Bordel de merde. Mes couilles ouais.

Le kleenex encore en main, j’ai bondi hors du canapé, remonté mon froc et attrapé mes clés pendant que bobonne pionçait déjà à l’étage avec ses ronflements d’ours brun qui faisaient trembler les murs.


Vingt minutes de bagnole plus tard, et je les avais rejoints.

Un break était garé à l’entrée de l’usine. Putain, ils étaient rentrés là-dedans.

Une deuxième vidéo était sortie entre temps : Laurie qui se filmait devant l’entrée grillagée et le cadenas, et un des trois mecs derrière qui beuglait « On y est ! » en agitant une pince Monseigneur.


Maintenant, voilà que je me faufile par l’entrée, moi, mon téléphone chinetoque brandi devant moi comme un putain de 38, avec la lampe torche qui éclaire quasi que dalle, et mes presque 98 kilos.

Et mes 57 ans, j’ai failli vous oublier, les gars.


Je n’ai pas vu grand-chose sur le parking, et il a fallu que je teste trois portes avant d’en trouver une ouverte. L’entrée des ouvriers sans doute.

Haha, comme si le Gros Georges avait pu se faufiler par-là ! Ce pachyderme me doublait de presque 60 kilos, alors vas-y ma vache, toi d’abord !


Rien que des bureaux vides et poussiéreux, des longs couloirs, des outils oubliés un peu partout. Y avait même un casque posé sagement sur un portemanteau, dis donc !



Mais la seule réponse que j’ai eue, c’est l’écho. Puis le silence.

Alors j’ai arpenté les lieux un bon vingt minutes, le temps de penser aux mille et une façons que j’aurai de lui bleuir le croupion. Putain, t’es pas près de mentir à nouveau à ton paternel, ni de t’asseoir, d’ailleurs. Parole de pompiste.


Au bout d’un moment, je suis tombé sur l’escalier qui menait aux vestiaires et brièvement, j’ai repensé aux quatre trous de culs de la côte d’Azur, avant de réaliser que j’étais moi-même un trou de cul, venu ici sans flingue alors qu’il s’était passé des trucs pas très nets.


Mais j’suis comme ça moi, je ne réfléchis pas, je fonce.

Jenny et ma fille sont venues ici, il faut que je m’assure que tout va bien.

Que par exemple, elles ne sont pas en train de se faire remuer l’intérieur par les trois gugusses que j’ai vus sur leur vidéo.


Alors j’ai descendu les marches et je suis arrivé en bas, et putain que ça puait. Une odeur de terre mouillée, de boue et de merde qui me mit les larmes aux yeux.



Et là, j’ai entendu une sorte de cri, comme ceux que font les cerfs en forêt.

Devant moi, une porte close, et bon sang, ça commençait à me foutre les pétoches tout ça.

Que je sois pendu si ce n’était pas le fameux vestiaire où les gamins avaient été retrouvés.



Un nouveau cri, puissant et animal.

« Merde. Merde, merde, merde ! »

J’ai essuyé la sueur qui me coulait dans les yeux et j’ai ouvert la porte.


Le premier truc que j’ai vu, ce sont les bougies, sur le sol et les murs, partout.

Ensuite, les peintures sur les anciens vestiaires, au plafond et au sol.

Après, j’ai vu Laurie, nue, à quatre pattes et les trois mecs en train de la filmer, tous placés à un endroit différent.



Un de ces trous de cul beuglait, un noir surexcité qui sautillait sur place.

Le dernier truc que j’ai vu, c’était l’espèce de chose, mi-cerf mi-homme, occupé à baiser ma fille. Ses cornes étaient gigantesques, recourbées et touchant presque le plafond ; et ses mains humaines ramenaient et repoussaient ma fille contre son truc énorme et difforme avec lequel il l’embrochait.

Elle hurlait, incapable de faire autre chose, le corps recouvert de peinture rouge et de signes bizarres.



Mais ce qui me fit le plus mal, c’est de voir Jenny, nue elle aussi, occupée à caresser le dos de cette chose et à lui glisser la langue dans l’oreille.


Oh putain… Jenny nue ?


Bordel, mais c’était inespéré ça !


Comme déconnecté de mon corps, j’ai juste pris conscience de ce que je faisais au moment où je déchargeai dans mon caleçon, secoué par une chaleur comme je n’en avais pas ressenti depuis des années.



Laurie avait relevé sa tête un court instant, avant de repartir en hurlant face aux assauts de cette… de ce truc… de ce…


J’ai refermé la porte et j’ai remonté les marches quatre à quatre en beuglant, tenant toujours ma merde chinoise en main, avant de traverser l’usine en sens inverse.


Je me suis retrouvé dans ma voiture je ne sais comment, et j’ai attendu de reprendre mon souffle, avec une seule envie, de défoncer la pédale d’accélérateur sans mettre le moteur en route. Mais au lieu de ça, j’ai senti que je partais en arrière dans mon siège et je suis tombé dans les vapes, comme un pédé de la côte d’Azur.


Il faisait jour à mon réveil, et le premier truc que j’ai fait, c’est aller sur Insta-machin truc pour voir la story de Jenny et de Laurie.

Et bordel, ce n’était pas un rêve.


On les voyait descendre au sous-sol, préparer leur truc de merde en allumant leurs bougies et en peignant leurs signes un peu partout, se réunir en cercle et répéter deux trois phrases dans une langue bizarre (latin, ou je n’en sais rien et je m’en branle) et bordel, ce truc est sorti des chiottes.



Oh Putain !

En se déshabillant ?

Sans déconner ?


Des images revinrent en flash devant mes yeux, et l’odeur qui se dégageait de mon froc et calbute ne laissait aucun doute. Mais rien à foutre, si je puis dire.

Il a fallu que je tapote l’écran comme un fou pour redémarrer la courte vidéo, quelques secondes à peine, tout en me lustrant le poireau mais il ne me fallut que peu de temps avant de décharger de nouveau dans mon caleçon malgré l’inconfort de la manœuvre.


Putain, elle était bandante comme un démon, cette conne.


Une fois soulagé, j’ai regardé la suite, Laurie et Jenny qui se donnaient successivement à ce truc. Et après, il a buté les trois trous de cul. En leur arrachant la peau, pendant qu’ils hurlaient à l’aide et que les deux filles filmaient le tout.


C’était dégueulasse, bordel.


On a toqué à la vitre et j’ai poussé un cri, le froc encore sur les genoux et la saucisse molle et poilue à la vue de tous.



Elle a ouvert la portière et s’est installée, recouverte de sang et puant la merde et la terre de la forêt.


Jenny fumait une clope pas loin, complètement à poil à part les chaussures.

Je me suis refroqué et me suis demandé, pour la première fois depuis longtemps, si quelque chose ne tournait pas rond chez moi.



Pas besoin de lui demander de qui elle parlait.



Et bah crois moi, putain de démon, je vais être muet comme une carpe ! Parole de pompiste !