| n° 22633 | Fiche technique | 13428 caractères | 13428Temps de lecture estimé : 10 mn | 12/09/24 |
Résumé: Le même scénario, vu du côté naufragée… | ||||
Critères: fh hplusag inconnu campagne froid amour nopéné | ||||
| Auteur : Tylodine Envoi mini-message | ||||
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Résumé de l’épisode précédent :
Le 31 décembre, je récupère une jeune femme après une sortie de route.
Jeudi trente-et-un décembre, le temps est beau sur les Cévennes, les rues du Vigan sont animées sous ce soleil hivernal, et pourtant, en cette fin d’année c’est le cœur lourd que je m’apprête à vivre seule ce passage vers l’an neuf.
J’ai rangé dans le coffre de ma vieille Golf les provisions pour la semaine, rien de particulier pour ce réveillon qui s’annonce solitaire. L’image que me renvoie la vitre arrière est brouillée, vieillie, pas celle d’une (encore) jeune femme dans la plénitude de ses trente-six ans.
Venue m’installer dans cette belle région après un divorce difficile en Allemagne, j’ai cru y trouver la paix avec ma compagne française, dessinatrice comme moi ; elle travaillant dans la mode, moi dans la bande dessinée et l’illustration.
Nous avons acheté un ancien mas dans la vallée de la Buège, restauré cette vieille demeure et passé deux années merveilleuses.
Et puis Hélène a rencontré « l’homme de sa vie », me laissant seule dans cette maison devenue trop grande. Comme si cela ne suffisait pas, elle souhaite récupérer sa mise dans cet investissement…
Logique, mais je ne dispose pas d’une telle somme et cela va m’obliger à revendre le mas.
Voilà une fin d’année qui s’annonce bien morose, pensé-je en m’installant au volant tandis que quelques flocons de neige viennent voleter sur le parebrise.
Il ne manquait plus que ça !
Tandis que je prends la route, le rideau neigeux se fait de plus en plus dense et je pense aux trente kilomètres de route qui me séparent de la maison.
Je ne suis pas équipée de pneus neige et pas vraiment une conductrice émérite sur ces routes tortueuses.
Quelques kilomètres avant d’atteindre Saint Laurent-le Minier, la conduite devient de plus en plus difficile et la visibilité réduite à une dizaine de mètres.
Un virage en dévers et je sens la voiture partir… surtout ne pas freiner, j’essaie le frein moteur, mais rien n’y fait, je glisse, je glisse…
Prenant de la vitesse, la Golf semble aspirée vers le bas-côté et plonge au ralenti vers le ravin, heureusement stoppée au bout de quelques mètres par un jeune châtaignier.
Je veux sortir, mais à peine ai-je esquissé un mouvement que la voiture bouge.
Je n’arrive même plus à pleurer… je fais quoi maintenant ?
Toc, toc…
On vient de toquer sur la vitre… je distingue un visage dans la pénombre, je commence à baisser la vitre, ce simple geste provoque un nouveau soubresaut de la voiture.
Je n’ose plus faire un mouvement et au bout de quelques minutes c’est l’envoyé du ciel qui ouvre ma portière, délicatement.
Je suis encore sous le choc et c’est d’une voix mal assurée que je croasse :
Je distingue mieux le visage de mon sauveur, barbu, mais pas trop, le teint hâlé, je lui donnerais dans les quarante-cinq ans.
Je constate qu’en quelques minutes, il a trouvé un cordage, sécurisé la Golf, et évalué la situation, le tout avec le plus grand calme… y aurait-il finalement un dieu ?
Soudain, je retombe sur terre…
Que oui, des affaires, j’en avais et plein le coffre !
Au-dessus de nous au bord de la route, une Range Rover, pas toute jeune, apparemment, tous feux et warnings allumés, attendait, havre de sécurité dans ce chaos, j’étais tellement soulagée qu’aucune crainte ne vint m’effleurer !
En quelques minutes tout fut calé, un dernier coup d’œil à la Golf… et je m’installais, un tantinet essoufflée.
Un peu interloquée, ma ceinture bouclée, je me tournais vers lui, le regard interrogateur…
Quelques minutes plus tard, la glace était rompue tandis que nous nous dirigions vers Ganges dans l’espoir, bien mince, d’y trouver une dépanneuse.
Malgré tous nos efforts, il fut rapidement acquis que l’engin de sauvetage routier ne serait pas disponible avant la fin des festivités, j’étais effondrée !
Comment allais-je rentrer chez moi ? Et comment me sortir de cet enchaînement de calamités qui semblaient s’acharner sur ma petite personne ?
Pour Hervé, la réponse semblait aller de soi…
Je ne savais que répondre, tout me paraissait trop beau pour être vrai ; épuisée, je me laissais emporter par cet inconnu, sans la moindre réticence…
Anelore, idiote, ressaisis-toi, c’est peut-être un maniaque, un assassin, un détraqué…
Tiens ? La petite voix… il ne manquait plus que ça !
Et nous voilà partis, dans la nuit, enveloppés par les tourbillons de neige.
À la dérobée, je regardais mon sauveur… bel homme à vrai dire, quelques poils blancs dans la barbe, le menton volontaire ; ses mains sur le volant… je les trouve sexy…
Anelore, ma grande, tu trouves que c’est le moment ?
Perdue dans mes pensées, je réalisais, un peu tard, que lui aussi… à ce moment nos regards se croisèrent et nous éclatâmes de rire.
Bien au chaud au milieu de la tourmente, je me sentais revivre et je me pris soudain à redouter le moment ou je devrais me retrouver seule dans ma grande maison froide.
Pendant les deux heures qui suivirent, nous avons parlé comme de vieux amis, j’appris qu’il était marin, capitaine au long cours, divorcé et père d’une grande fille. À ma grande surprise, sa fille était aujourd’hui aussi dans la marine marchande, officier sur un cargo quelque part sur les côtes nord-américaines.
Nous étions maintenant presque arrivés, une accalmie nous permettait de distinguer quelque peu le paysage dans la lueur des phares.
Nous arrivions à proximité de Pégairolles, mais le village, perché sur sa colline rocheuse, était totalement invisible.
Cela le fit en effet et bientôt la façade du mas devint visible. Descendant de la voiture, je me précipitais pour ouvrir la double porte de la bergerie située au rez-de-chaussée et fis signe à Hervé d’y faire entrer le 4x4.
Ce fut vite fait et bientôt nous nous affairâmes à décharger mon ravitaillement par le large escalier de bois menant à l’étage.
À peine avais-je prononcé cette phrase que je réalisais que je l’avais tutoyé !
Je sentis mes joues s’empourprer, heureusement la pénombre fit que ce fut invisible pour Hervé, qui ne sembla aucunement s’en formaliser.
Posant mes emplettes dans la vaste cuisine, je m’empressais de gagner la salle de séjour attenante.
J’avais eu la bonne idée de préparer une flambée dans la grande cheminée et une seule allumette me suffit pour y porter le feu.
Hervé, peut-être surpris par les dimensions de la pièce, jetait, discrètement, un regard curieux sur les nombreux objets, fossiles, coquillages, bibelots, disposés un peu partout dans un joyeux fouillis.
Cette simple phrase me fit sursauter…
Quelques heures plus tôt, nous étions de parfaits inconnus et voilà que la simple idée de le voir repartir me mit hors de moi…
La peur de me retrouver seule ? L’envie de prolonger un contact qui pour être récent me mettait du baume au cœur ? Un peu des deux, sans doute.
Ma réaction fut rapide… je me redressais et empoignais son blouson !
Un peu surpris sans doute par ma réaction, Hervé ne sembla pas pour autant fâché à l’idée d’une soirée en ma compagnie et se laissa convaincre sans discuter davantage.
On aurait pu croire en effet que mon invité malgré lui avait tout manigancé : foie gras, chablis, le coffre de la Range Rover semblait regorger de trésors.
J’avais, pur hasard, une bouteille de Veuve Clicquot au frais dans le cellier et je disposais rapidement une table basse devant la cheminée, quelques peaux de mouton sur le canapé…
Anelore, Anelore, je trouve que tu vas un peu vite petite imprudente…
Encore la petite voix dans ma tête… tais-toi, rabat-joie !
Pop ! à nous les bulles, demain est un autre jour…
D’où tenait-il ce foie gras… un régal et ce pain, croustillant… le chablis après le champagne ? Bof !
Les divines notes de la sonate Arpeggione tout autant que le festin improvisé me plongeaient dans un univers ouaté, je m’installais par terre, sur la peau de mouton.
Sans attendre sa réponse, je m’installais le dos au canapé, calée entre les jambes d’Hervé, lequel ne dit mot, la vue imprenable qu’il devait avoir sur mes seins le rendant pour le moins distrait !
Avec un peu de mal j’étalais de la tapenade sur une languette de pain que je lui tendis, constatant en douce qu’il semblait avoir quelques problèmes de choix entre la contemplation de ma poitrine et celle de la tartinette !
J’avoue que la situation commençait à frôler le dérapage, stress encore présent de mon naufrage terrestre, vapeurs d’alcool, chaleur du foyer… et bien sûr la présence inespérée d’un sauveteur plutôt séduisant… cela faisait beaucoup.
Le simple frottement de mes tétons contre le tissu de mon corsage les avait mis en joie et une certaine chaleur commençait à se manifester à la partie inférieure de mon corps… chaleur non due à la flambée qui pétillait dans l’âtre !
Anelore ! Dans quel pétrin vas-tu encore te fourrer ?
La ferme, toi, Jiminy Cricket !
Hypocritement, je tentais une diversion en direction d’Hervé…
Avec une adresse que mon état éthylique ne laissait pas présager, j’entrepris de le dévêtir… au moins le haut…
Hum ! Plutôt appétissant, le bonhomme ! Un torse bien musclé, mais pas trop, une mince fourrure de poils châtains…
Je ne pus m’empêcher d’y promener mes mains (c’était tout doux, j’en eus des frissons…)
Je tentais de me ressaisir et parvins à lui enfiler le kimono (que j’avais préparé, petite futée…)
Emportée par mon élan, je m’installais sur ses genoux calant mon dos contre sa poitrine.
Comme il avait l’air de ne pas trop savoir ou mettre ses grandes mains, je les pris et les plaquais contre mes seins… il ne les retira pas, il dut sentir leurs pointes dressées…
Je considérais la légère pression de ses larges mains comme une réponse positive, de même que la rigidité certaine qu’il me semblait soudain percevoir sous mes fesses…
La vie me semblait tout à coup moins morose et j’eus comme une envie de ronronner, de ronron… ron…
Fin de l’épisode 2