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n° 22619Fiche technique19339 caractères19339
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Temps de lecture estimé : 14 mn
07/09/24
Présentation:  Peut-on aimer deux personnes? Peut-on partager son coeur?
Résumé:  Marjorie tombe amoureuse de Giovanni alors qu’elle aime et est aimée de Mathis. Saura-t-elle faire le bon choix?
Critères:  piscine nonéro confession
Auteur : Briard      Envoi mini-message
J'ai tout perdu

À Marjorie, dont le faux pas fut la seule faute pour laquelle je regrette amèrement le dénouement.


Cette nouvelle est tirée de faits réels, transposés dans un contexte totalement imaginaire. Cette histoire m’a tellement marqué que je n’ai pas eu le courage d’imaginer les scènes intimes qu’a vécues Marjorie, aussi j’espère que vous comprendrez la relative platitude de ces passages.



J’ai tout perdu.


Au club, il y avait deux vedettes. Mathis, le roi du mille-cinq-cent mètres et moi, Marjorie, la sirène de la natation synchronisée.


Nous nous étions rencontrés lors de notre premier jour au club. J’avais quatorze ans, il en avait dix-sept.


Il était déjà le meilleur nageur de fond français, sans concurrence, et tous les pratiquants de la natation française lui vouaient une admiration et un total respect.


Au cours d’une rencontre interclubs, il s’approcha de moi alors que je m’apprêtais à effectuer ma prestation et me donna quelques conseils agrémentés de compliments. J’en fus toute retournée, mais gonflée à bloc au point de réaliser une grande performance et de gagner la compétition.


Le lendemain, je vins, reconnaissante, le remercier et lui offrit ma médaille qu’il accepta volontiers, sachant que j’avais conservé la superbe coupe remportée.


Nous prîmes, dès lors, l’habitude de nous voir aux entraînements pour lesquels nous avions coordonné le calendrier hebdomadaire.


Avant sa majorité, nous sortîmes ensemble. Avec les primes de compétition, il s’était acheté une moto, une Yamaha, cent vingt-cinq centimètres cubes, m’avait-il appris. Il m’avait offert un casque intégral identique au sien, et tous deux, nous faisions des virées inoubliables dans notre région.


Au club, ma coach, ancienne grande championne, avait réussi à recruter une dizaine de nageuses pour constituer une équipe de huit. Mathis, toujours affable dès qu’il s’agissait de moi, me certifia que, si j’étais la plus jeune de l’équipe, je n’étais pas la moins douée, loin de là. Il était persuadé que d’ici un an ou deux je deviendrais capitaine de l’équipe.


De son côté, l’entraînement s’était intensifié en préparation des championnats d’Europe pour lesquels il devait atteindre les minimas qualificatifs. Il avait déjà un corps d’adulte avec des pectoraux larges et minces, un ventre plat souligné par une tablette d’abdominaux saillants, des cuisses fuselées dominant des jambes interminables et musclées. En fait, il était plus proche de la plastique d’un Tarzan que de celle d’un bodybuilder.


Nous fêtâmes sa majorité en famille ; il y avait longtemps que nos parents étaient devenus amis et se côtoyaient fréquemment. Le soir de ces dix-huit ans, je lui offris ma virginité. Je l’avais fait suffisamment attendre et décidai de récompenser sa patience.


Je savais qu’il n’était plus puceau ; il m’avait avoué quatre-cinq flirts avec des filles plus âgées qui l’avaient déniaisé comme il disait. Mais ce que je découvris ce soir-là fut un océan de plaisir. Avec ses mains et ses doigts, avec sa bouche et sa langue, avec sa vigueur et son sexe, il m’offrit une nuit de volupté.


J’étais profondément, entièrement, viscéralement amoureuse. Je n’avais que quinze ans, mais, en dépit des milliards de choses que la vie me faisait encore découvrir tous les jours, il n’y avait pas une minute où je ne pensais à lui. Je me sentais inexorablement enchaînée à Mathis. Il y avait cette fusion physique qui m’unissait à lui, bien entendu, mais il y avait aussi toutes les attentions qu’il avait pour moi. Attentions matérielles, tels des bouquets de fleurs sauvages, mes préférés, des gadgets, des ustensiles scolaires personnalisés, des petits bijoux, boucles d’oreilles, bracelets et colliers. Attentions intellectuelles aussi, tels compliments, encouragements, primautés, voir prééminences.


J’étais son phénix, sa reine, sa déesse. Celle qui passait avant toute chose et toute personne. Je me sentais belle avec lui, rayonnante, importante. Il savait mettre en valeur ma personnalité, mon physique, mes attitudes et mes actions. J’étais SA priorité, son égérie, son idéal. Je flottais sur un nuage, survolant un monde où tout me paraissait beau et attirant.



L’année de mes dix-huit ans fut une apothéose de bonheur et de félicité. Nous envisagions de nous fiancer au printemps, de prendre un appartement pour ne plus nous voir chez nos parents, et de tout partager.


Pour gagner les interclubs, notre cercle de natation engagea un nageur-sprinteur italien. Mathis, en bon capitaine, l’accueillit, lui présenta tous les athlètes et promit au coach de lui faciliter son intromission au club et d’en faire un ami.


Giovanni était une force de la nature. Il toisait deux mètres quinze, pesait cent kilos et était taillé comme une montagne. Avec un nageur de cette trempe, nous postulions au rang de favori pour les championnats, de France et d’Europe. Il concourait sur cinquante mètres, cent mètres et deux cents mètres nage libre. Il dirigea rapidement les relais, tant en nage libre qu’en quatre nages, si bien qu’il rivalisa avec Mathis sur le plan des célébrités locales. Cela n’empêcha nullement ce dernier d’en faire rapidement un ami, SON ami.


Dans le même temps, le club recruta une nageuse espagnole de demi-fond pour compenser la faiblesse du cercle de nage dans ce domaine.


Almudena arriva un matin et ma coach me confia la charge de la présenter à la gent féminine du club.


Elle était un rien plus jeune que moi, mais jouissait déjà d’une sacrée réputation dans les bassins et ses chronos laissaient entrevoir une future grande championne. Nous nous liâmes d’amitié, tant Mathis et moi, et il devint courant de nous voir tous les quatre sortir ensemble.


Tant les filles du club s’étaient tenues éloignées de Mathis, chasse gardée, qu’elles papillonnèrent autour de Giovanni. Celui-ci, beau comme un dieu grec, avait l’embarras du choix et, semaine après semaine, on prit l’habitude de le voir accompagné d’une petite amie différente. Dans les vestiaires, les commentaires allaient bon train sur sa beauté, son physique et ses performances, tant en nages que sexuelles.


De son côté, Almudena se débattait constamment avec une nuée de nageurs qui papillonnaient autour d’elle. Sa plastique de rêve et ses yeux améthyste agissaient comme des aimants auprès des jeunes du club. Pourtant, elle restait insensible à ces tentatives de séduction, même le pauvre Giovanni s’y était cassé les dents. Elle m’avoua un amour secret et malheureusement non partagé qu’elle éprouvait pour un jeune homme, et qu’elle se morfondait, attendant qu’une hypothétique fée se penche sur son infortune et change le regard sur elle de ce prince charmant inaccessible.


L’amour donnant des ailes, les performances de Mathis progressaient à vue d’œil et son coach lui proposa un stage d’un mois en altitude aux États-Unis pour améliorer encore ses performances et se positionner favorablement pour les championnats du monde à venir. Nous en parlâmes tous les deux et je me surpris à l’encourager à accepter à la condition qu’il m’emmenât en week-end en amoureux avant son départ. La veille de partir pour le chalet que nous avions loué, Mathis annula la réservation pour secourir son ami qui venait d’être largué par sa dernière « fiancée ». Très amoureux depuis plusieurs semaines, il ne « bougeait plus une oreille » face aux approches des jeunes filles qui se pâmaient devant lui. Je me mis en colère, arguant qu’il gâchait nos derniers instants avant une séparation de plusieurs semaines. Rien n’y fit et, tel un bon samaritain, il passa son week-end à soutenir et épauler son ami. Nous nous séparâmes fâchés et je ne répondis pas aux appels et messages enflammés et repentants qu’il me fit pendant tout le stage.


Un soir, Giovanni me proposa de sortir pour me changer les idées. Il m’emmena au restaurant, puis dans une discothèque connue pour son ambiance festive et le caractère bon enfant de sa clientèle. Il me fit parler et je m’épanchai la tête sur son épaule, débitant un chapelet de lamentations et de plaintes tout en consommant une boîte entière de mouchoir en papier ainsi que plusieurs verres de ponch. Il me caressait les cheveux tout en me plaignant et en s’apitoyant sur ma détresse. Il posa sa main sur ma joue, me disant que son ami avait bien de la chance d’avoir une petite amie aussi éprise et amoureuse que moi et qu’il se demandait si Mathis, au fond, me méritait.


Je me tournai vers lui, les joues encore maculées de larmes, et allai lui répondre quand il me ferma la bouche d’un baiser. En plein désarroi, je m’accrochai à son cou et lui rendis son baiser qui devint enflammé. J’avais un peu bu, et l’alcool et le chagrin me firent perdre la tête. Nous nous retrouvâmes chez lui où il me déshabilla fiévreusement et me jeta plus qu’il ne me poussa sur son lit. Nous passâmes une nuit d’exaltation de nos corps ; mon âme et mon esprit s’embrasèrent, et je ne fus plus que sensation, acceptant le déchaînement de mes liens et de mes attaches par cette tornade qui balayait tout sur son passage.


Je fus saisi d’une irrépressible attirance pour cet homme qui enflammait mes sens et me donnait une fièvre qui m’échauffait et m’enivrait à la fois. Nous vécûmes une dizaine de jours de folie amoureuse, nous plongeant dans un puits sans fond d’où je ne voulais plus ressortir. Je ne me lassais pas de caresser son corps si robuste ; je fondais sous ses baisers ensorcelants ; je perdais pied sous ses assauts surpuissants. J’oubliais tout, et en premier lieu l’entraînement. Tout le club savait que je pleurais le départ de mon chéri et personne ne vint nous déranger, facilitant ma perdition.


Mais Mathis rentra et cette idylle devint secrète. Ma conduite envers lui s’en trouva très certainement affectée, mais il dut mettre cela sur le compte de notre brouille, pas vraiment résolue, et ne m’en fit aucune remarque. La vie continuait et je me noyais dans le mensonge au point d’inventer tout un tas de stratagèmes pour me libérer le plus souvent possible et rejoindre Giovanni. Lui ne me demandait rien. Il semblait vivre cette situation sans aucune difficulté. Il se montrait juste plus distant avec les filles du club, ce qui amusait Mathis, mettant cela sur le compte des réminiscences de sa dernière déception amoureuse.


Pour mon anniversaire, Mathis m’invita au restaurant. Je le connaissais bien, l’ayant souvent fréquenté avec Giovanni. Le serveur ennuyé nous annonça que la salle était pleine et qu’il nous faudrait attendre un peu. Nous nous installâmes au bar. Le barman, sans rien dire, déposa un ponch sans alcool devant moi avant de demander à Mathis ce qu’il buvait. Amusé, il lui répondit la même chose que moi. Juste après, le serveur vint nous chercher et nous amena à notre table où trois couverts étaient dressés. Il me demanda si mon fiancé allait nous rejoindre, ce qui provoqua un silence de ma part. Hilare, Mathis lui répondit que c’était lui, LE fiancé. Mais le garçon le démentit, précisant qu’il recevait suffisamment souvent la demoiselle pour savoir que ce n’était pas lui. Toujours jovial, Mathis lui demanda de le décrire et, dès les premiers mots du serveur, il perdit son sourire. Nous nous assîmes et Mathis remarqua mon teint blafard et me questionna. Je ne pus que lui avouer être venue plusieurs fois avec Giovanni. Il me demanda si j’avais couché avec lui. Ce fut comme un signal, comme une étincelle qui enflamme la paille et je lui avouai tout, que je n’avais pas « couché », mais que je « couchais » avec lui ; que j’étais irrésistiblement attirée par lui ; que cela m’était tombé dessus sans que je n’aie rien fait pour que cela arrive.


Au fur et à mesure de mes sordides explications, je voyais le visage de Mathis se refermer, ses poings se serrer sur la table. Un rictus que je ne lui connaissais pas lui faisait cligner d’un œil par moment. Je le sentais désemparé, mais aussi en colère. Je laissai un long silence suivre mon monologue puis, me levant, je lui annonçai le quitter. Il me saisit la main avant que je ne parte et me demanda si j’avais perdu tout sentiment pour lui. Je lui avouai qu’aussi bizarre que cela puisse paraître, je l’aimais toujours et, tirant sur son bras pour qu’il me lâche, je m’enfuis en courant.



Les premiers temps avec Giovanni furent idylliques. Je nageais dans le bonheur et nos nuits d’amour étouffaient mes derniers sentiments de culpabilité. J’avais appris que Mathis avait demandé à changer ses horaires d’entraînement pour ne plus nous croiser. Nous n’échangions plus aucun regard et Giovanni et moi nous tenions à l’écart des autres nageurs et nageuses. Je vivais dans le déni de ma faute, repoussant même l’envie de me jeter dans les bras de Giovanni en présence de toute personne qui nous connaissait.


Pourtant, et petit à petit, un sentiment de mal être m’envahit. Plus Mathis s’éloignait de moi physiquement, plus il était présent à mon esprit. Je me mis à comparer les deux hommes dans ce que je ressentais ou avais ressenti pour chacun d’eux. Giovanni était la force brute, Mathis, la solidité personnifiée. Giovanni était un ouragan dévastateur, Mathis, un anticyclone rassurant. Giovanni envahissait, Mathis partageait. Ils étaient les antonymes l’un de l’autre. Mathis m’avait donné quatre-vingts pour cent de mes besoins amoureux. Quatre-vingts pour cent de bienveillance, de douceur, de tendresse, de rassurance, de joie et de paix intérieure. Giovanni m’avait apporté les vingt pour cent qu’il me manquait. Vingt pour cent d’audace, de puissance, de vigueur, de hardiesse, d’impudicité et de folie. De quoi pouvais-je me priver le plus ou de quoi avais-je le plus besoin ?


L’existentialisme du désir amoureux, chez moi, avait-il un prix, CE prix ? Le prix de devoir choisir ? Aimer Giovanni me comblait, mais me rendait triste de ne plus aimer ni être aimée par Mathis. Ma vie sentimentale devait-elle être l’objet d’une exégèse de mes sentiments amoureux ? Pourquoi toujours préférer et finir par rejeter ? Pourquoi devoir choisir ? Folie ou sagesse ? Fougue ou placidité ? Fureur ou sang-froid ? Passion ou lucidité ?


J’étais perdue, je n’étais plus sûre de rien. Je proposai un break à Giovanni, ayant besoin de faire le point avec moi-même. Il m’avoua comprendre ma situation et ne pas m’en vouloir, mais qu’il n’attendrait pas longtemps. Je savais à quoi m’en tenir et que, dès la nouvelle publique, les amazones du club repartiraient à l’assaut de cette force de la nature. Cela faisait six mois que j’avais rompu avec Mathis. Six mois pendant lesquels il n’avait jamais vraiment quitté mes pensées. Pourquoi n’avais-je pu l’oublier ? Pourquoi n’avais-je pu cesser de me questionner à son sujet ? Pourquoi ai-je eu, de façon continuelle, le sentiment de l’aimer encore, ou plutôt toujours ?


Bien sûr que Giovanni était une torpille qui vous explosait en plein visage. Bien sûr, il vous domptait par sa force et sa puissance. Bien sûr, il vous entraînait dans un torrent d’énergie inépuisable. Mais, quel profit sensoriel votre existence en tire-t-elle ? Quel épanouissement intellectuel en résulte-t-il ? Quelle félicité éprouvez-vous au bout de la découverte ? Que reste-t-il de vous après ce tsunami ?


Rien ! Il ne reste rien de vous. Comme après le passage de l’ouragan, vous êtes dévastée, vide, sans accroche. Ces quelques mots « Je n’attendrais pas longtemps » avaient sonné le glas de mon amour pour lui. Le tocsin avait retenti sur cette relation consumériste dans laquelle j’avais dilapidé tout mon désir, toute ma passion, toute mon amativité.


Qui vit dans la tempête en permanence ? Qui nage sans épuisement dans un torrent déchaîné ? Qui subsiste dans une bourrasque endémique ? Avais-je été inconsciente au point de ne pas voir ce qui me crevait les yeux ? J’aimais toujours et plus que jamais Mathis. Comment avais-je pu m’égarer de la sorte ? Quel sortilège m’avait frappé ces quelques derniers mois ? Je me retrouvais honteuse, dégoûtée, déconfite. Mon attitude était inqualifiable, mais, je l’espérais, pas impardonnable. Je serai repentante et ma résipiscence, ma faute avouée, me vaudra certainement son pardon. Tel que je le connais, tel que je l’aime, tel que je le chéris et le vénère, il saura se montrer compréhensif, magnanime et miséricordieux. Je lui promettrai un amour indéfectible et éternel. Je lui promettrai de tout faire pour gagner de nouveau sa confiance. Je lui jurerai ma loyauté et ma fidélité.


Et il me reviendra. Il me reviendra tel le Messie, mais auréolé de sa couronne et resplendissant de mille feux. Il me reviendra comme le beau temps après l’orage. Il me reviendra comme le temple de Jérusalem ouvrant ses portes au juif errant. Tel le phœnix, notre amour renaîtra de ses cendres. Nous nous marierons et ferons cet enfant que je désirais tant avant cette fêlure désormais consolidée.


Je me rendis au bassin d’entraînement un jour où je sus l’y trouver et lui demandai de me recevoir, car j’avais à lui parler de toute urgence. Devant mon air décidé, il me proposa de nous retrouver chez lui le soir même. Je me vêtis avec élégance et me maquillai ce qui n’était pas trop dans mes habitudes. Mais rien n’était trop beau pour plaire à l’amour de ma vie. Il me reçut dans le salon que j’avais connu jadis, au temps de notre amour calme et apaisé. Je lui avouai ma faute, mon égarement et mon inconduite. Je fis amende honorable et promis un amour indéfectible, inaltérable et éternel. Je lui proposai de nous marier rapidement et de faire notre enfant de l’amour dont nous avions si souvent parlé.


Il m’écouta jusqu’au bout, attentivement, le visage reflétant une paix intérieure qui me fit chaud au cœur, dans mon espoir de le reconquérir. Il ne prononça que deux mots « tu viens ? » dirigés vers la pièce voisine. Comme dans un cauchemar, je vis apparaître Almudena, le visage grave. Elle vint se placer à côté de Mathis et posa sa main sur son épaule. Il reprit la parole et m’annonça leurs fiançailles et leur projet de mariage. Il n’avait pas de rancune à mon endroit, cette rupture lui avait permis de découvrir en Almudena, une jeune fille droite et entière, qui s’était révélée être son âme sœur.


Je fus décontenancée et consternée. C’était donc lui le prince charmant inaccessible. Ma disparition de l’univers amoureux de Mathis lui avait autorisé tous les espoirs et ceux-ci s’étaient concrétisés. Je les quittai et retins mes larmes jusque dehors où j’éclatai en sanglots. Comme un zombie, je rentrai chez-moi et m’écroulai sur mon lit en proie à une crise de nerfs et de larmes. Plusieurs jours passèrent sans que je ne mange ni ne dorme et, doucement, mes forces m’abandonnèrent. Je n’avais plus la volonté de lutter contre le mal intérieur qui me rongeait. Je savais que plus jamais je ne retrouverais la félicité, la joie de vivre et la paix de mon âme tourmentée. Mon monde s’était écroulé, le désespoir avait envahi mon esprit et possession de tout mon être. À quoi bon lutter ? À quoi bon continuer ? À quoi bon rester ?



La porte explosa sous le coup de bélier et le lieutenant de police se précipita à l’intérieur de l’appartement. Une famille avait signalé la disparition de leur jeune voisine et la coach du club avait confirmé ne pas avoir vu Marjorie depuis au moins une semaine. Sur le canapé, il découvrit le corps sans vie de la jeune fille. Sur un guéridon, il remarqua une carafe d’eau, un verre vide, ainsi qu’une demi-douzaine de boîtes de somnifères. Un mot était posé sur le guéridon « À quoi bon, j’ai tout perdu ».