Un texte plutôt court et fort soft. Bonne lecture :)
Charles
Juste après le boulot, je reçois chez moi Charles, un ami de longue date, qui a souhaité me parler en privé. Je me demande bien quelle est la raison cette fois-ci. Ce n’est pas la première fois qu’il me demande conseil pour diverses choses, même si parfois, il oublie de suivre ce que je lui ai raconté. C’est alors que je songe au fait que nous nous étions un peu éloignés ces derniers temps, à la suite de la naissance de son petit dernier.
Il est vrai qu’avoir un bébé n’est pas de tout repos, surtout quand l’accouchée a du mal à s’en remettre. Par chance, je suis célibataire, je n’ai pas eu cette immense joie d’accueillir sous mon toit une mini-copie de ma personne ou de celle de sa génitrice.
À peine assis dans mon petit salon, sans toucher au verre que je viens de lui servir, mon ami se jette à l’eau :
- — François, il faut que je te raconte quelque chose. Toi seul as l’esprit assez ouvert…
- — Je te remercie de ta bonne opinion à mon sujet, Charles.
- — Ça concerne mon couple… enfin, ça a concerné mon couple.
- — La plupart du temps, tes problèmes sont souvent liés à ton couple.
Charles devient songeur :
- — Ce n’est pas faux… Tu te rappelles l’état de Sophie après la naissance du petit dernier ?
- — Oui, je me souviens : elle s’est offert un gros baby-blues.
- — Six mois de congés parentaux qu’elle avait mal vécus, d’après ce qu’elle dit, mais cette idiote ne me disait rien ! Il paraît que j’aurais dû deviner ses états d’âme ! Je ne suis pas Nostradamus, moi !
Je connais un peu ce refrain, je reste philosophe :
- — Les femmes sont souvent ainsi : il faut que tu les comprennes sans qu’elles aient à ouvrir la bouche.
- — Désolé d’être si peu psychologue ! Elle ne me dit rien, donc c’est que ça va bien ! En général, elle sait râler, même pour des broutilles !
- — Je sais, je l’ai déjà vue à l’œuvre…
Et pas qu’un peu ! Peu importe s’il y a du monde ou pas, Sophie n’y va pas de main morte. J’ai parfois l’impression qu’elle jubile en rabaissant son époux devant un public. Mon ami marque une petite pause avant de continuer :
- — Puis… il y a eu des signes un peu… étranges…
- — Lesquels ?
- — Elle était plus joyeuse…
Perplexe, je ne comprends pas bien en quoi est-ce étrange :
- — C’est la preuve qu’elle était sortie de son baby-blues, non ?
Charles opine du chef :
- — C’est ce que j’ai cru au début. Et puis, elle a commencé à s’acheter des habits un peu plus sexy…
- — C’est bon signe pour elle et pour toi, non ?
- — Elle est aussi devenue plus… affectueuse, attentionnée…
- — C’est très bon signe pour toi, ça, non ?
Je suis de plus en plus perplexe, je ne vois pas où est le problème. Toujours enfoncé dans le fauteuil qui me fait face, mon ami fait la grimace :
- — Oui et non… Pour les petits plats, les câlins, rien à redire… mais pour le sexe, il y avait comme une gêne… D’ailleurs, elle était très souvent fatiguée et s’endormait comme une masse, comme si elle avait eu une énorme activité durant la journée.
- — Curieux…
- — Je ne te le fais pas dire, François ! Et puis… il y a eu le déclencheur.
- — C’est-à-dire ?
- — J’avais oublié mon téléphone, donc je lui demande le sien pour passer un coup de fil. J’ai bien vu qu’elle tiquait, qu’elle était inquiète. Elle est d’ailleurs restée à côté de moi, comme si elle me surveillait.
- — Ah oui…
Charles se penche vers moi :
- — Sur le coup, je n’ai rien dit, j’ai fait l’innocent. Mais en pleine nuit, tandis qu’elle dormait, j’ai jeté un coup d’œil sur son téléphone.
- — C’était risqué, elle aurait pu se réveiller !
- — Je sais. Eh bien, tu sais quoi ? Tous ses SMS avaient été effacés !
- — Aïe ! Pas bon signe…
- — Comme tu dis !
Mon ami marque une nouvelle pause, je sens confusément qu’il va me lâcher un gros morceau dans peu de temps. Il enchaîne :
- — Et puis… elle a commencé à se raser le minou…
- — C’est un grand classique, l’été approche.
- — Avant, Sophie était rigoureusement contre. Pour elle, il n’y avait que les femmes de mauvaise vie qui faisaient ce genre de truc.
- — Eh bien, elle a changé d’avis…
- — Sophie ? Changer d’avis ?
Je suis obligé d’admettre :
Sophie change très rarement d’avis, sauf quand elle ne peut vraiment pas faire autrement, du genre : l’eau, ça mouille, le feu, ça brûle, un carré possède quatre côtés, des vérités indubitables. Je soupçonne que Charles va m’annoncer dans très peu de temps que sa femme a pris un amant…
Sophie
Après avoir bu une gorgée, il reprend son discours :
- — Pour savoir le fin mot de l’histoire, j’ai pris un jeudi après-midi pour savoir.
- — Pourquoi ce jour-là ?
- — Parce que la veille, elle avait commencé divers soins de beauté… Et comme tu le sais, ma femme n’est pas du genre à se pomponner.
- — Je suis d’accord avec toi… Et donc, ce jeudi-là ?
Charles fronce des sourcils :
- — Il y avait une voiture inconnue garée devant chez moi, et ne me dis pas que c’était le hasard.
- — Vu la petite cité en cul-de-sac où tu habites…
- — J’ai fait le tour de ma maison, et j’ai vu ce que je n’avais pas à voir : ma femme en train de s’envoyer en l’air avec un gugusse plutôt bien baraqué.
Je m’en doutais ! Je compatis :
- — Aïe ! T’as fait quoi ?
- — Je suis reparti aussi discrètement que je suis arrivé. Il fallait que je digère la chose, j’étais déboussolé. J’aurais pu surgir en plein beau milieu de leurs ébats, mais je ne pense pas que ç’aurait été une bonne idée. Je t’expliquerai plus tard pourquoi. Mais le soir venu, j’ai mis les pieds dans le plat, j’ai exigé des explications à ma femme.
Je me penche vers mon ami :
- — Alors, ça a donné quoi ?
- — Elle a tout avoué.
- — Ah oui…
Charles s’anime beaucoup plus :
- — Figure-toi que ça durait depuis deux mois environ ! Et en plus, Madame était amoureuse !
- — Aïe !
- — Oui, elle avait envisagé de me quitter pour lui, mais manque de bol pour elle, son amant ne voulait pas.
Outch ! Je n’aurais pas aimé être à sa place :
- — Pas très… folichon… comme situation…
- — Ça m’a fait un choc quand elle me l’a avoué ! En clair, si elle était toujours avec moi, c’est parce que l’autre ne voulait pas d’elle ! Eh merde !!
- — Laisse-moi deviner : il était lui aussi marié ?
- — T’as tout compris ! Et lui, il comptait rester avec sa légitime et ses enfants, contrairement à ma salope de femme !
Même si je n’ai jamais été dans ce cas, je comprends parfaitement sa colère :
- — Pas facile à digérer !
- — Attends, tu ne sais pas le reste ! Non seulement, ils font l’amour sans préservatif, et en plus, elle lui accorde des trucs qu’elle m’a toujours refusés !
C’est hélas un grand classique : souvent l’infidèle accorde des choses qu’elle aurait honte de faire avec son mari. Mais pour l’amant, il en va autrement. Mais je m’abstiens de le dire à mon ami. Je me demande au passage si Sophie n’a pas envisagé de tomber enceinte afin de forcer les événements. Mais ça non plus, je ne vais pas le lui dire.
Pour éviter que Charles me déballe des trucs trop intimes, je lui demande de façon neutre :
- — Comment l’a-t-elle connu, ce type ?
- — C’est un pompier ! Un spécialiste pour éteindre les incendies, y compris chez les femmes mariées !
Ça va, il n’a pas perdu le sens de l’humour. Comme Sophie et lui vivent toujours ensemble sous le même toit, je suppose que ça s’est arrangé depuis cette crise.
- — Un pompier ? L’attrait de l’uniforme ?
- — Faut croire ! Mais le plus beau est à venir…
- — Pourquoi ? Ce n’est pas fini ?
- — Ah non, ce n’est pas fini ! Avec ce pompier à la con, Madame se sent épanouie, elle est enfin très bien baisée, elle se sent chienne, en extase !
- — T’en rajoutes pas un peu ?
S’agitant un peu plus, Charles est impératif :
- — Rien du tout ! Je te cite ses propres mots. Avec moi, elle joue la mijaurée, et avec lui, elle joue la pute et même plus !
- — Euh… c’est-à-dire ?
- — Que parfois, ils ne sont pas qu’à deux, mais à trois, ou plus !
- — Pardon !?
- — T’as bien entendu, mon vieux ! Son record, ça a été de baiser avec quatre pompiers en même temps !
J’avais entendu des choses croustillantes sur ce corps de métier (comme sur d’autres), je sais que souvent ils ont du temps libre, mais je ne pensais pas que c’était réel. Néanmoins, il ne faut pas généraliser. Intrigué par un point de détail, je demande :
- — Au fait, t’es certain qu’elle t’a vraiment dit la vérité ?
- — Tu crois qu’elle aurait inventé tout ça ?
- — Peut-être, je ne sais pas. Pour te rendre jaloux ?
- — Non, non, j’ai eu confirmation…
- — Attends… ne me dis pas que t’as causé avec son amant ?
- — Plus tard, oui. Et pas que lui…
Je me demande comment on cause à l’amant de sa femme. J’espère n’avoir jamais à vivre ce genre de chose. De toute façon, je ne suis pas marié, ni même concubiné. Qui sait ce que l’avenir réserve ? Ne jamais dire « fontaine, je ne boirai pas de ton eau »…
- — Quinze jours plus tard, par l’intermédiaire de Sophie, j’ai pris rendez-vous avec son type. Entre-temps, mes relations avec ma femme s’étaient améliorées. Je me suis vite fait à l’idée de la partager, si en retour, ça allait mieux.
- — Je vois le topo… Ça a donné quoi, ce rendez-vous ?
- — Disons que nous nous sommes arrangés sur la garde alternée de Sophie.
- — On dirait que tu parles d’un divorce !
- — Il y a un peu de ça, sauf que je garde ma femme, enfin, en général.
La vie de couple est une suite de compromis, mais certains plus que d’autres ! Un peu à court d’idées, assez dépassé, je me contente de lâcher :
- — Oui… en effet…
- — Cette relation a duré encore quatre mois.
- — Quatre mois ?
- — Oui, quatre mois. Ils ont continué leurs petits jeux. La seule différence est que j’étais au courant, et même que parfois je participais.
Eh bé ! Ça va plus loin que j’aurais osé imaginer ! Ne sachant pas quoi répondre, je me contente d’une banalité :
- — Ah bon ?
- — Et quand je ne participais pas, j’avais droit à des photos ou des vidéos. J’aurais préféré être présent à chaque fois, mais il y avait les enfants. Il faut bien quelqu’un pour veiller dessus et on ne peut pas toujours payer une nounou ou les refiler aux parents.
Là réside l’un des soucis pour ceux qui ont des enfants, ils sont moins libres de leurs mouvements, c’est évident. Je hoche la tête :
- — Je comprends…
- — Deux ou trois fois par semaine, Sophie s’est fait un plaisir d’aller à la caserne assez régulièrement dès la tombée de la nuit, une fois les enfants couchés. Elle revenait souvent vers minuit, mais parfois au petit matin. Il est arrivé qu’elle ne revienne pas, allant directement au boulot.
- — Carrément ! C’est vrai, elle a repris le boulot, il y a quelques mois, tu m’en avais parlé.
- — Sa… euh… proximité avec les pompiers nous a permis d’avoir quelques avantages. En clair, le cul de ma femme nous a été bien utile !
- — En quoi ?
Il fait un petit geste évasif de la main :
- — Je t’expliquerais plus tard.
- — OK, mais je crois comprendre…
- — Tant mieux pour toi. Ma femme était devenue une sacrée salope, mais en contrepartie, elle est devenue une bonne mère et une bonne soubrette.
Je ne m’attendais pas à entendre ce mot :
- — Soubrette ?
- — Je lui ai acheté une tenue pour certains de nos petits jeux. Si tu vois ce que je veux dire…
- — Ah d’accord…
Un certain silence s’installe. J’ai l’impression que mon ami revit par la pensée ces petits jeux, comme il dit. Sophie en soubrette, ça doit donner, je suppose…
Himalaya
Comme Charles ne semble pas vouloir enchaîner, j’en profite pour le questionner pour relancer la machine :
- — Quatre mois, tu disais…
- — Oui, c’est ça, quatre mois.
- — Donc, c’est fini.
- — Oui et non. Avec ce type, c’est fini, mais pas avec les autres.
Je fronce des sourcils :
- — Tu veux dire : les autres pompiers ?
- — T’as tout compris. Quelque part, Sophie l’a échappé belle avec son amant. Il est actuellement en taule.
Je m’étonne franchement :
- — En taule ? Pour quelle raison ?
- — Il a tapé un peu trop fort sur sa légitime.
- — Hein ? Je croyais qu’il ne voulait pas divorcer ?
- — Tu sais, quand on a une case en moins, la logique, c’est très secondaire ! D’après ce que je sais, ça a failli être un féminicide. Heureusement, elle a survécu.
Tant mieux pour elle… ou tant pis, car parfois, rester en vie est nettement pire que de mourir. Intrigué, je demande :
- — Elle est dans quel état ?
- — Un bras et une jambe cassés, quand même. Ce salopard l’a frappée avec une chaise. Avec le recul, je me suis dit que j’aurais pu avoir des gros ennuis le jour où je l’ai découvert en train de baiser ma femme.
- — Oui, tu avais précisé qu’il était balaise.
- — Oui, mais tous les hommes balaises et tous les pompiers ne sont pas des meurtriers en puissance. Par la suite, j’ai appris qu’il était assez gratiné dans son genre, assez « bad boy ». Il paraît que pas mal de femmes aiment bien, ça les fait mouiller !
- — Eh bé !
Charles regarde dans le vague :
- — Sophie a été très choquée.
- — Je veux bien le croire !
- — Du coup, les autres l’ont consolée, moi y compris.
Entendant ces propos, assez surpris, je cligne des yeux :
- — Ça devient bizarre, ton histoire.
- — Je ne l’ai pas inventée, c’est la stricte vérité…
- — Je te crois, mais ça devient bizarre ! Si je résume bien : ta femme t’a trompé avec un pompier qui s’est révélé être une brute, mais qui lui a fait découvrir d’autres horizons, ainsi qu’à toi. Dois-je comprendre que ça continue toujours ? Je veux dire, ces « découvertes » ?
- — C’est bien résumé.
Il respire un grand coup. Je sais qu’une suite va arriver, alors j’attends.
- — Vois-tu, François, il y a un grand plaisir de voir sa femme jouir comme une folle sous ses yeux et parfois de participer à la mêlée. Je ne sais pas bien comment l’expliquer, mais… c’est… c’est l’Himalaya !
- — Si tu le dis…
Je crois que j’ai eu ma dose de nouveautés aujourd’hui ! Je ne m’attendais pas trop à ce genre de déballage quand Charles m’a demandé si j’étais dispo pour qu’on fasse causette à deux. Je m’attendais à autre chose de plus anodin, genre une dispute classique ou un conflit sur l’achat de la prochaine voiture.
La morale de l’histoire
Maintenant, Charles est plus détendu, comme si avoir parlé l’avait libéré d’un poids. Je remplis son verre devenu vide. Le saisissant, il me dit :
- — Honnêtement, quand j’ai su qu’elle me trompait, je me suis franchement posé la question de divorcer.
- — Je comprends…
- — Mais, finalement, en prenant un peu de recul, vaut mieux avoir une grosse salope dans son lit qu’une sainte nitouche. Et puis, tout le monde y gagne !
Verre en main, je souris :
- — C’est la morale de ton histoire ?
- — Hahaha ! La morale, elle est la grande perdante de mon histoire !
Pas faux ! Mon ami a versé dans le libertinage avec sa femme, alors que ç’aurait pu se terminer par un divorce, avec des enfants en jeu. À l’entendre, ç’aurait même renforcé son couple. Pourquoi pas…
- — Au fait, François, tu fais quoi, ce vendredi soir ?
- — Rien de spécial… Pourquoi ?
- — Dans ce cas, réserve ta soirée à partir de vingt heures, tu es cordialement invité. Je suppose que tu sais où se trouve la caserne des pompiers…
C’est bien la première fois de ma vie que je me retrouve vraiment bouche bée !