| n° 22420 | Fiche technique | 18328 caractères | 18328 3105 Temps de lecture estimé : 13 mn |
15/05/24 |
Résumé: Demain je serais le plus beau pour aller danser… danser | ||||
Critères: fh | ||||
| Auteur : Landeline-Rose Redinger Envoi mini-message | ||||
Que faire de la liberté retrouvée ? Non que je ne fusse pas libre avec Alban, car souvenez-vous que cette contrainte, initiée, acceptée dirais-je, par moi-même, alimentait grandement mes désirs. Décuplait mes plaisirs.
Non, je parle du quotidien, de la maison où nul ne s’approprie mon espace. Et que ce même espace tarde à se réajuster à ma seule présence. Une maison se mérite. Un corps se meut avec l’assentiment des meubles, des murs, des recoins. Il en est de même pour les villes, avec leurs rues, leurs espaces dédiés, leurs monuments et leurs musées, leur architecture adéquate et respectée. Bref, on est en sa demeure par tacite acceptation de l’espace qui le compose.
Je m’habillais de tissus flottants, car mon corps était encore douloureux. La ceinture de Pedro avait laissé ma peau aux excoriations. La géographie de mon corps peinait à recouvrir la douceur propice aux caresses. À l’endroit de mes fesses, les rougeurs étaient telles, que je dusse m’abstenir de string et de petites culottes échancrées au profit – ou au détriment – de shorty de coton couvrant largement ma peau. Entre mes cuisses subsistait encore le passage indélicat des sexes rudes et massifs. Mais cela bien entendu n’est pas la confidence d’un regret. Oh ! Que non ! La saveur des douleurs a sa part dans la valeur ajoutée des souvenirs.
Si bien entendu, j’avais éconduit Pedro qui n’avait pu refréner ses désirs de cuir et de fouet, cela avait également à voir avec le complet rétablissement de mon corps. Même si demeurer passive dans un club SM ne m’eut pas contraint, je mesurais à quel point parfois, la pensée oblige le corps. Ma bouche à la lèvre inférieure fendillée peinait à cicatriser. Elle n’aurait pu prendre un ou plusieurs sexes, plusieurs aigres jus sur la plaie. Oh ! Un simple sourire la vrillait. Pour autant, j’ai maintenu l’esthétique que j’aime, blush, mascara, gloss, mais point de robes ou de jupes courtes, pas de poitrine visible. Mes mains perdaient en souplesse. Mes poignets avaient tant pistonné qu’une petite tendinite semblait les figer par instant.
La modération, qui n’est pas d’ordinaire mon domaine de prédilection, devint mon mode de vie de ces quelques semaines. Mais tout est tellement étrange. Des enchaînements inattendus surviennent, qu’une main maligne ou coquine envoie vers vous dès lors même que vous aspirez à la sagesse.
Oui, les obligations du corps sont vraiment distinctes des injonctions de la pensée.
Le samedi matin, je reprenais un peu de tonicité, mes nuits étaient longues, apaisées et réparatrices. De ma ruelle Santos au parc Georges Brassens, il y a une petite marche à faire et ma foi, je la fis. Certes pas avec l’allure sportive qui d’ordinaire me caractérise, mais tout de même dans une forme convenable de flâneuse.
Il ne me fallut que l’instant d’un regard, pour enlever du fatras de livres que le bouquiniste avait déserté pour le vin chaud de ses potes ; un tout petit format des romans Albin Michel en tirage illimité. Une nuit d’été au Grand Hôtel – Patrick Poivre d’Arvor. Une nouvelle inédite pour le magazine Elle.
Que je ne vous en dévoile pas le contenu, je ne suis pas une spoileuse. Assise sur un banc du parc, frappée d’un petit rayon de soleil, je dévorais le petit livre d’une traite. Un petit filet salé frissonnait quelque part sur mon corps. Oh ! Rien d’extravagant, court et exquis ce petit ouvrage. Un petit accelerando de mon pouls. Un friselis humectait l’endroit encore sensible de mon sexe. Ce délicieux moment, je ne l’avais aucunement pressenti. Étais-je donc appelée à faire venir à moi la sensualité, comme d’autres attirent l’ennui.
J’eus, après ce petit instant suspendu, quelque mal à me remettre au monde. Je l’avais oublié. Certaines lectures vous absorbent, vous soustraient de la réalité. Il en va de même pour le sexe. La petite sudation qui avait humidifié mon sexe lançait sa brulure au creux de mes cuisses. Mais pas de sévices sans délices ! Je m’évertuais à tenir à l’écart des pensées évocatrices. PPDA m’y avait un peu replongé.
De retour j’entrepris de confectionner un quatre-quarts au chocolat. Hors du sexe, mon goût va au chocolat. Oh ! J’entends déjà les petits malins, les deux sont possibles, oui. Chocolat chaud et pâtisserie, un zeste de Stéphan Zweig. Sérieusement calme et résolue.
Voilà que ces quelques huit jours de repos m’ont permis de reprendre la juste mesure de la réalité, de retrouver des habitudes qui m’ont aidée à l’apaisement. Boulangerie Le grenier à pain ou un brin de causette avec Max Poilane en personne, qui sans en avoir l’air me fait un peu de gringue ; Monoprix, traiteur, rue de Vouillé, tout concourt à me rendre à la réalité commune. Je crois, sans émettre un seul regret que j’avais perdu pied. Oh ! je vous rassure, le noviciat n’est pas mon projet.
J’ai repris mes sorties musées, mes cafés avec Albane. Nous avons ri, j’ai aimé lui parler de moi, j’ai aimé qu’elle se raconte. Et puis nos souvenirs partagés d’Amsterdam étaient encore frais.
J’ai passé un réel moment de grâce qui sans doute m’a remémoré l’amour des villes, la sensuelle façon de voir l’espace qui nous entoure. Moment de grâce disais-je, à écouter Christian de Portzamparc qui parle si bien de la ville et qui la fait si bien. Vous n’êtes pas sans savoir mon inclination pour l’architecture.
Et puis il y a la liasse conséquente de billets de banque du petit trafic de Pedro pour le piano ; elle me laisse une aisance matérielle non négligeable. Tout cela contribue à ma renaissance à la vie, à l’envie de la poursuivre comme j’aime la vivre.
J’ai tendu la main vers mon Smartphone.
La porte de derrière.
Une fois n’est pas coutume, j’ai pris ma voiture pour circuler dans Paris. Le croirez-vous si je vous dis que de le retrouver m’a rendue fiévreuse ? J’ai fait le choix d’un habillement qui oscille entre rétro et classique, mais néanmoins sexy ; une courte jupe ample, mi-cuisse au tissu Jacquard épais sur des bas résille à la géométrie de losanges largement ajourés. Des bottes de style cavalier et un pull cintré, coupées à mi-bras, dont l’élasticité marque franchement ma poitrine nue au-dessous. Un bandeau barre le haut de mon front, des lunettes aux verres grisés jouent pour moi le cliché de la femme embourgeoisée que je suis, en somme. Je me dis que j’ai fait tout cela pour lui.
J’ai un peu perdu l’aisance de la conduite parisienne faite d’entrecroisements et de klaxons. Le petit Waze reste encore mon plus fidèle compagnon.
Je peine à trouver une manière de stationner non loin de la bouche de métro, sans me faire agonir par les furieux, les pressés et les chauffeurs de taxi. Chauffeurs de taxi que j’ai relégués au rang des antipathiques depuis l’avènement des Uber-men distingués et maîtrisés. Donc j’attends. Je l’attends. Pour l’heure, je n’ai ni créé un embouteillage pas plus qu’on ne m’a délogé manu militari pour appropriation illégale de la chaussée. Je vois l’écran de mon Smartphone sans message sans alerte. Je scrute les alentours quand, à quelques dix mètres, je le vois, endimanché presque engoncé dans son costume, étranglé d’une cravate jaune du plus mauvais goût. À la fois, la scène est risible et touchante. Quand il aperçoit ma petite voiture, son visage se fend d’un sourire crispé et libérateur aussi. Posé sur le siège, Pedro tamponne son front et ses joues d’un petit tissu qui garnit la poche de sa veste, reprend sa respiration et oublie tout à fait les règles de la rencontre. Me dit que la peur le tient depuis la veille au soir.
Je m’étais habillée pour lui et Pedro portait son regard fixement devant lui. Ses yeux reflétaient la lividité de celui qui a vu le diable ou la vierge.
Je tirai sur ma jupe, que j’avais sciemment remontée à la lisière de mes bas car Pedro était maintenant atteint de cécité et frisait l’arrêt cardiaque.
Mon ami Waze indiquait vingt-deux minutes pour joindre le lieu de toutes les audaces. Mettons cinq minutes à pied en quittant le parking souterrain le plus proche. En espérant que cette petite marche d’approche octroierait à Pedro le souffle nécessaire à une forme approchée de la sérénité. Mais il n’en fut rien. Pedro semblait tournoyer comme un petit toutou énervé à mes côtés.
Au vu des regards qui s’étaient posés sur mon corps durant cette courte marche, d’autres que Pedro ne se seraient pas offusqués de mes prévenances.
Ce qui en soi est drôle, est l’aspect épicerie ou cordonnerie de quartier avec sa devanture classée et la petite cloche qui marque l’entrée des clients. Ces petits égards apparaissent comme le premier signe extérieur des prémices du délassement de Pedro, c’est dire l’ampleur des dégâts.
Mélanie, que je connais depuis quelque temps, est ce qu’on peut appeler une fille avenante – et je le dis sans arrière-pensée – qui n’a pas fait le choix de revêtir les cuirs vernis, les Vinyl et les Polyesters qu’elle crée pour une clientèle, je dirais spécifique et friquée ; Pedro, intrinsèquement animal semblait avoir perçu cela de Mélanie.
D’abord tel un enfant qui, l’effarement passé s’enhardit, Pedro parcourt du bout des doigts, les vêtements des portants ou tombant du plafond, maintenus par des chaînes ou des cordelettes sophistiquées.
Puis Mélanie l’invite à passer en cabine et se propose de lui assortir un choix à sa morphologie. Mélanie est à la fois une fine connaisseuse du genre humain, et son approche esthétique des choses en fait une conseillère hors pair.
Lorsque j’écarte sensiblement le rideau Pedro est debout presque fixe dans l’espace, son ensemble tricot de corps et slip kangourou bleu nuit, lui confère l’allure d’un homme dont la place n’est pas ici. Et plus que d’afficher un sourire à son encontre, intérieurement je salue son courage ; lui qui ne cherche qu’à vivre la vie qui le tanne, comme il en est bien souvent de nous autres. Certains franchissent le pas.
Pour ma part, très jeune j’avais fait le choix de la chair. Je sus vitement que la quête du sexe serait mon Graal. Et je poursuis mon effort.
Mélanie me sortit de ma pensée égocentrée.
Pedro quitta son maillot et fit glisser son slip avec une forme naturelle qui soudainement faisait de lui un homme en pleine décontraction. Pedro est-il fait pour être nu ? Par mon entremise, Mélanie tendit un string au tissu de latex fin comme un gant de protection. Je remarquai au passage que son pubis, sans être glabre, ne conservait plus qu’une pellicule velue et parfaitement délimitée autour de son sexe. Sans doute était-ce là l’œuvre d’une professionnelle. Soucieux du détail, Pedro avait préparé les choses avec, je dois le dire, un certain raffinement. Parfois et loin de ses copains, Pedro n’était plus le Brutus qu’il aimait à loisir cultiver. Que son sexe fût caché par un fourreau de latex moulant, que ses fesses soient fendues d’un élastique, ne semblaient ni l’outrer ni lui porter de gêne. Pedro avait sans aucun doute pressenti avec justesse sa vraie nature.
Mélanie fit passer une combinaison jaune qui, lorsqu’il sortit de la cabine, me fit franchement pouffer de rire.
L’ensemble blouson et collant évasé aux chevilles, orné d’une chaînette, quoique plus seyant, lui laissait alors un côté « Bob le bricoleur chez les SM ». Je pensais alors que Mélanie perdait la main, mais son petit clin d’œil ne voulait rien dire d’autre que le petit jeu qu’elle menait.
La combinaison noire scintillante que Pedro enfila était sans nul doute ce qu’il lui fallait. Avec une forme étonnante de désinvolture, Pedro était sorti de la cabine tournant devant le miroir comme un modèle de Karl Lagerfeld, même si son allure de petit culbuto pouvait prêter à sourire, pour peu que l’on fasse abstraction du contexte et de l’objectif.
Pedro ne sembla pas tout à fait saisir l’image littéraire que Mélanie suggérait joliment. J’étouffais un fou rire dans le tissu de mon pull-over. Pour parfaire l’essayage, Mélanie proposa les chaussures finement cloutées qui allaient bien et Pedro était ravi.
Plus tard dans la voiture, Pedro me confia être en érection et l’était encore à mes côtés. Tout ce qui jusqu’alors, faisait la souffrance de sa vie, s’était entièrement dissipé et cela « grâce à vous Landeline ». Le joli sac de la maison de Mélanie trônait sur le siège arrière. Pedro souhaitait que je le conserve chez moi.
À peine avais-je mis le contact, que mon corps reprit son frémissement et, pour cette fois j’avais laissé haute ma jupe sur mes cuisses et ma poitrine tendait le tissu de mon pull. J’avais très envie de sentir le petit sexe dur de Pedro dans la paume de ma main.
L’espoir s’emballait entre mes pensées et mon sexe qui battait la chamade.
Mon visage se crispa, je fis signe de la tête.
Je voulais faire de chacune de mes sorties, une joie du corps et pour le coup, Pedro venait d’anéantir celle-ci.
Avant de sortir de ma voiture, il fixa une petite bise amicale sur ma joue et fila, engoncé dans son petit costume du dimanche.
Peu après je pris un chocolat chaud dans un grand café des Champs. Dans les toilettes, je quittais ma petite culotte et m’en fus retrouver ma table. J’attendais. Il ne fallut pas vingt minutes pour qu’un petit homme – qui étonnement ressemblait à Pedro, du moins d’une morphologie proche – me lance quelques regards appuyés d’une esquisse maladroite de sourire. Je quittais son regard pour y revenir. Il quittait le mien, puis vainquait la forme de gêne que trahissait un petit tremblement de sa tasse à café. Je sentis sous ma jupe, la chaleur moite de la banquette chauffer mes fesses et mon sexe. Je sortis de mon sac une pochette papier, y glissais discrètement ma petite culotte. Une fois réglé ma consommation au bar, je fis glisser la pochette vers le petit homme, qui à peine osait me regarder, et je sortis. Quelques dizaines de mètres plus loin, je m’engouffrais dans le parking, devançant le petit homme qui se comportait comme dans une piètre filature. Le petit cliquettement de l’ouverture de ma Mini-Cooper résonna dans le parking. Je demeurais debout légèrement dissimulée par ma portière ouverte. L’homme encore hésitant m’observait à quelques pas. Je glissais ma main sous ma jupe, j’étais dans la tendre moiteur de l’avant. Le petit homme glissa ses mains sur la laine de mon pull, d’autorité je les lui passais dessous, laissant ses doigts prendre mes tétons. Ma main droite libre allait vers le renflement de son sexe. J’entendais son souffle saccadé, étouffé comme le mien. Je me retournai et assise sur le siège avant les jambes largement écartées, je caressais mon sexe.
Bien inversement à Pedro, son sexe presque disproportionné du reste de son corps, pointait vers moi. Un gland rose et veineux. À peine approchais-je pour le sucer, qu’un jet épais de sperme macula mon visage ; je m’employais à lécher au mieux la longueur de sa bite. L’homme étouffait sa jouissance tant qu’il le pouvait. Un second jet se colla contre mon verre solaire. Sans doute passait-on à quelques pas de nous. De mon index je fis glisser son jus dans ma bouche ; mais l’homme avait déjà disparu. Un voleur n’eut pas fait mieux.
Même si l’on considère parfois les choses comme purement fantasmatiques, tandis que mon doigt avivait encore mon clitoris, je vis tomber devant moi le petit sachet qui renfermait ma petite culotte.
Encore affublé de son habit de barman, le quinqua massif du bar me retourna sans ménagement et enfila mon cul avec la hargne d’un homme dans la guerre. Mais je voulais bien tomber au champ de bataille sous les coups de sa dague.
Si le temps du sexe est par nature un espace du vide, il semblait que cet homme pouvait ainsi me sodomiser une nuit de long. J’aurais voulu hurler mon plaisir, mais ses doigts occupaient ma bouche. Le va-et-vient de sa bite dura jusqu’à ce qu’il prît en pince son gland entre pouce et index, puis me fît plier genoux.
Lorsqu’il relâcha la pression sur son gland, un jus dru presqu’amer fila dans ma gorge. À deux mains, le barman forçait mon visage ; j’eus un haut-le-cœur tant son sperme regorgeait de ma bouche. Déglutir n’était plus efficient. Il saisit sa queue comme on essore un linge, laissant s’en égoutter le jus au bord de mes lèvres, et reprit sa posture de barman. Reboutonnant son pantalon, il se saisit du petit paquet.
J’étais à la fois fourbue et tellement heureuse ; je peinais à essuyer le jus qui mouillait mon entre-jambe.
En quittant le parking, j’ai pensé que sans ma petite culotte, la porte de derrière était toujours ouverte.