| n° 22419 | Fiche technique | 10490 caractères | 10490 1760 Temps de lecture estimé : 8 mn |
15/05/24 |
Résumé: L’énigme de la mort de mon oncle | ||||
Critères: #policier | ||||
| Auteur : tatamarie Envoi mini-message | ||||
Une fois de plus j’étais au loin, au-delà des mers, et difficilement joignable. J’ai cependant reçu un message sur un réseau professionnel, link quelque chose… un soi-disant notaire m’annonçant un héritage. Le genre de message qui part tout de suite à la poubelle.
Deux jours plus tard, rebelote, avec toutes les informations sur le notaire : nom, adresse, téléphone. Par curiosité, je vais voir sur Internet, et tout est parfaitement conforme, le notaire existe bien. Je me décide de l’appeler pour le prévenir.
Déjà avec la secrétaire, le ton change, on me remercie chaudement de les avoir contactés, cela fait plusieurs jours qu’ils me cherchent, ils ne savaient plus comment faire. On me passe le notaire qui me confirme que j’ai un héritage qui m’attend, un héritage important, qui justifie un voyage rapide en France.
Il s’agit de l’héritage de mon oncle Valentin, frère de ma mère. Même du temps de mes grands-parents on ne parlait pas beaucoup de lui, je crois qu’il était artiste-peintre, mais il avait très mauvaise réputation. Je ne l’ai d’ailleurs jamais rencontré.
Le notaire ajoute que la police aussi aimerait me causer, vu que mon oncle a été assassiné de deux balles de revolver.
Et c’est comme cela que je me suis retrouvé dans cette étude de notaire de province quelques jours plus tard. Est également présente une autre personne, Auguste Machin, que l’on me présente comme un grand ami de mon oncle, et également un peu comme son conseiller financier.
Le notaire explique succinctement les démarches en cours et à venir, puis aborde le sujet des biens de mon oncle. C’est plutôt une bonne surprise, car mon oncle était fortuné. Il me lègue plus d’un million en actifs financiers, quatre maisons ou appartements dans la ville, cela vaut le déplacement. En plus il y a plus de deux cents dessins de sa main, par contre difficiles à évaluer.
Pour terminer le notaire me confie à monsieur Machin, qui me fera visiter la maison qu’habitait mon oncle, et qui saura mieux m’expliquer les détails de l’histoire de mon oncle.
Vu l’heure, Machin propose de commencer par déjeuner, et m’emmène dans un très bon restaurant du coin, où mon oncle avait ses habitudes. Dès l’apéro il me paraît bien sympathique et le courant passe bien entre nous. Apparemment il connaissait très bien mon oncle Valentin.
À la base, il faut savoir que votre oncle était un artiste, un grand artiste. Il avait beaucoup de succès, sa fortune vient de la vente de ses œuvres. Il s’est très vite limité techniquement au dessin, crayon ou encre de Chine. Ses dessins étaient extrêmement précis, et il dessinait toujours d’après un modèle.
Mais votre oncle était aussi un grand névrosé, c’était un obsédé sexuel, un grand obsédé sexuel. Il y a une vingtaine d’années son côté obsession a débordé sur son côté artiste. Il n’a plus dessiné que des sexes, d’hommes ou de femmes, quelquefois les deux ensembles. Avec son souci du détail et de la précision, il faisait des dessins extraordinaires, aussi précis qu’une photo.
Une photo de près d’un sexe est souvent obscène, les dessins de votre oncle, représentant exactement la même chose, sont profondément érotiques. Il a commencé à jouir d’une certaine réputation, évidemment dans un milieu restreint, vous ne trouvez pas ses œuvres au musée d’Orsay, bien qu’il y ait là-bas un tableau d’un certain Courbet…
Petit à petit sont venues des demandes de vrais clients, qui souhaitaient se faire dessiner leur sexe. Des femmes souhaitant offrir le dessin à leur amant, où des hommes à leur amante. Les affaires marchaient bien, mais le côté obsessionnel de votre oncle augmenta encore.
Il décida que pour sublimer son inspiration il devait faire jouir son modèle, faire l’amour avec lui. Donc faisait maintenant partie du contrat une séance de jambes en l’air. S’il n’obtenait pas ce qu’il voulait, il était capable de déchirer le dessin qu’il venait de faire.
Il se pliait à tout pour obtenir satisfaction, avec ces dames cunnilingus, où toute autre position, avec les messieurs fellation, mais il était prêt à se faire sodomiser si nécessaire. Il était devenu cher, mais cela ne nuisait pas à ses affaires, au contraire, malgré ou à cause de l’intermède sexuel, elles marchaient de mieux en mieux.
Bien entendu il était à la limite de la légalité, on pouvait l’inculper de prostitution, et la plus grande part de ses revenus n’étaient pas officiels. Mais il n’avait pas de problème, peut-être que la femme du maire ou du préfet avait été cliente ? Cela fait maintenant quelques années que cela fonctionne ainsi.
Ensuite Machin m’emmène à la maison de mon oncle. Il me fait visiter, principalement l’atelier. En dehors des installations et outils propres au dessin, il y avait tout un coin garni de matelas et couches diverses.
Dans une pièce à côté se trouvent les archives, soit des dessins originaux de différents formats, soit des copies, toujours en A3, des dessins des clients. Machin m’explique que mon oncle gardait des images de toutes ses productions dans son ordinateur, mais la police a emporté tout le matériel.
J’essaye d’interroger un peu Machin pour avoir des détails sur la mort de mon oncle, mais il ne sait pas grand-chose. La police pense, évidemment, que cela a un rapport avec ses activités, mais ils n’ont pas donné d’information pour l’instant.
J’ai feuilleté un peu la production de mon oncle, c’est vrai que techniquement c’est assez extraordinaire, la précision du dessin, la finesse du trait. Les sexes semblent vrais, sans artifice, et la représentation n’est pas polluée par les détails annexes comme sur une photo. Je suis bien d’accord, c’est profondément érotique, mais au bout de vingt dessins l’érotisme s’estompe, cela devient un peu lassant.
Je rentre enfin à mon hôtel, un peu fatigué après une journée bien remplie. On m’a asséné aujourd’hui une quantité d’informations prodigieuse, pas évident de tout intégrer d’un coup. On parlait très peu de Valentin dans la famille, je sentais qu’il y avait un gros contentieux, mais je n’y ai jamais vraiment prêté trop attention. Ensuite j’ai quitté la France, tous mes parents sont décédés, je n’ai plus jamais entendu parler de mon oncle.
Arrivé à l’hôtel j’y trouve un message de la police, me demandant, si cela était possible, de passer au commissariat le lendemain matin. Je ne m’inquiétais pas, je n’avais pas tué mon oncle pour l’héritage, j’étais à dix mille kilomètres lors de sa mort.
C’est ainsi que je me retrouve devant un commissaire, qui souhaite me communiquer des informations complémentaires sur l’assassinat de mon oncle :
Votre oncle a bien été assassiné, et nous pensons avec préméditation. Il a pris deux balles de revolver, mais cela ne semble pas un travail de professionnel. Pour nous c’est plutôt du style crime passionnel.
Je pense que vous connaissez les activités de votre oncle, on peut donc supposer un mari qui n’a pas apprécié que son épouse soit « modèle » de votre oncle. L’inverse est possible, avec le mari en modèle, mais c’est quand même plus rare.
Bref, nous suivons donc un certain nombre de pistes, mais sans trop m’avancer, je suis assez optimiste pour résoudre cette affaire. »
Je sors du commissariat assez perplexe, le commissaire a beaucoup parlé mais n’a pas dit grand-chose, même s’il semble plutôt optimiste ; on verra bien.
Je passe les jours suivants, avec le notaire et l’aide d’Auguste Machin, à essayer de dépatouiller l’héritage. Je me rends compte, c’est la première fois que j’hérite quelque chose, que ce n’est pas si simple, et que cela prendra plusieurs mois. Machin me laisse aussi entendre qu’en plus de l’héritage officiel, il y a aussi des « choses » à l’étranger, mais que l’on verra ça plus tard.
Trois jours après, grande nouvelle, la police a arrêté un suspect ! Mais les journaux donnent peu de détails, ils encensent surtout la police pour ce résultat obtenu malgré le manque d’information exploitable. Mais on n’en saura pas plus.
Quelques heures plus tard le commissaire me recontacte et me propose de le rencontrer, il souhaite me communiquer des informations complémentaires. Il dit que, comme il s’agit de mon oncle et de ses activités, il me doit des explications. Dans son bureau il me donne le détail des investigations.
À la base, ce crime est pour nous un crime passionnel, il n’y a pas eu de vol, même pas d’effraction. Votre oncle ne semble pas avoir de compagne ni de relations, féminines ou masculines, même tarifées. Nous avons donc supposé qu’il s’agît de ses activités « artistiques », que nous connaissions bien entendu.
À son âge, votre oncle n’exerçait plus comme dans le temps, d’une manière que j’aurais qualifiée de « frénétique » à l’époque. Par exemple, durant les deux derniers mois il n’a réalisé qu’une seule commande, mais nous ne savions pas pour qui. Nous n’avions que la copie du dessin qu’il avait réalisé, votre oncle ne gardait jamais les informations sur ses clients, et les payements étaient en liquide ou à l’étranger.
Il me montra le dessin, de la vulve d’une femme, précis et détaillé comme toujours, tonton prenait de l’âge sexuellement, mais sa technique était toujours aussi bonne. Le commissaire continua :
Regardez bien les détails anatomiques, on remarque rapidement des particularités. La vulve n’est pas symétrique, la lèvre droite est bien plus large, et elle recouvre un peu la lèvre gauche. De plus son dessin n’est pas rectiligne, il y a une déviation vers le milieu.
Je ne suis pas puceau, je suis même marié, et si je ne suis pas obsédé comme votre oncle, j’ai un peu d’expérience. J’ai donc tout de suite trouvé un aspect particulier au sexe représenté. Consulté, notre médecin confirme que la configuration du sexe de cette femme est effectivement spéciale et peu commune.
Comme c’était notre seule piste, nous avons appliqué les méthodes classiques de porte à porte sur ce cas particulier. Munis de ce dessin, nous avons donc fait le tour des médecins et gynécos, élargissant le périmètre géographique au fur et à mesure. Et finalement une gynéco, à cent kilomètres d’ici, a reconnu le sexe d’une de ses patientes.
Ensuite ce fut classique, perquisition, on a trouvé l’arme, puis le mari a avoué.
Mais je compte sur vous pour ne pas ébruiter le détail de notre méthode, elle ferait le régal des journalistes.
Je le félicite pour l’intelligence de ses déductions et la rapidité de ses recherches, et l’assure de ma discrétion. Mais je lui conseille cependant de faire un peu de pub, au moins en interne, car après la reconnaissance faciale, il a quand même inventé la reconnaissance vaginale.