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n° 22381Fiche technique3520 caractères3520
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Temps de lecture estimé : 3 mn
11/04/24
Résumé:  errance en mon jardin
Critères:  textecourt f
Auteur : Landeline-Rose Redinger            Envoi mini-message

Texte court
Le jardin de Landeline

Le jardin de Landeline.


Dans le jardin de Landeline, le lierre court sur le pavé, à peine si le soleil y a le droit de cité. Dans le jardin de Landeline, vit dans le secret, caché, fuyant sous la feuille rosée, le lézard vert effrayé. Mais le bonheur n’est pour personne, Landeline s’est perdue dans les dédales ombragés.


Il est de l’inconstante beauté dans ces feuillages désordonnés. Sous les verrières de Landeline où la lumière peine à passer, le chèvrefeuille et l’orchidée s’étirent comme des femmes lascives. Dormez au vent, que dis-je, à la brise, au cœur des vierges de Landeline, corolles des Lys semblables au fiel de ces roses noires qui distillent l’Amour et la Mort.


Sous le pied nu, la pierre chaude où le Liseron se faufile dans la crainte ou dans la douleur, selon que vous êtes ballerine ou tueur. Ne flânez pas dans cette bruine, dans ce cortège tropical, ce temple de verdure sur les ruines, dans ce grand concert de lianes où se froisse l’oiseau dont on cherche la trace.


Landeline est en cette prison verte. Sa chevelure vénitienne cache ses yeux que le soleil ne saurait éblouir, car au jardin de Landeline le temps passe mais n’a pas de prise. Qui pour le bonheur n’est pas doué, ou qui passe sa vie à chercher sa vie, devrait faire le détour.


Au fond d’une rue, dans une cour, ouvrez la porte doucement. Ici, Paris n’est pas ce grand tumulte incessant. Comme le souffle d’un Dieu vieux et fatigué, au jardin vert, il est de mise silence comme religieux. Seule femme et fière de l’être, aucune autre présence n’est admise, au jardin luxurieux. Là, sous la feuille de Mahonia, ayant clos comme deux fenêtres ses yeux, l’Iguane muet crapuleux le complice de Landeline. Elle va parcourant les lieux d’un pas sage et précieux, tant s’insinue en elle la duveteuse Alchemilla.

Elle arrive à la dérobée, dans les broussailles vertébrées, d’un parterre de Bonsaïs sans doute plus que centenaires.

Mais où donc se cache l’infante ? Jeune Indienne qu’elle nomme, car à chaque fois elle l’invente comme si c’était une autre femme, pour que leur liaison ne se brise. Elle est une apparition surprenante, imprévisible dans la jungle de Landeline. Et si la belle, au sécateur, règle son compte à l’Astragale, elle attend que passe le sabre comme un diable d’entrechat. Puis, elle va les mains tendues vers la Mandragore recluse, elle lui parle de Paris comme d’une grande inconnue.


Quand la ville et ses lumières se croient éclairant le monde, Landeline sous sa verrière filtre la poussière qui tombe, sur sa peau cuivrée et nue caressée par les fougères. Elle regarde sa liquette s’étioler là sur la terre, mais la terre n’est pas visible tant la verdure la conquiert. Et la chiffe fait comme une tache, car elle est d’ocre et de sienne. Puis, quand le voile épais du ciel couvre le jardin de Landeline, dans le rayon blanc de la lune, elle s’allonge et s’endort sur les mousses odorantes et musquées. Elle s’endort près de son gardien zélé, bel Iguane, bête d’ailleurs, sous le halo, plus monstrueux et plus sauvage.


Veille sur le temple de ma belle, et si l’importun se glisse, avec la fourche de ta gueule injecte-lui loin ton venin ; car le rôdeur non ne sait pas, que dans le jardin de Landeline, quand l’astre est plein, on n’entre pas.


… Puis, je suis rentrée chez moi en longeant la rue des Saules.

Dis-moi, connais-tu le fer des balcons anciens et cette taverne, Maison Rose, où je suis seule chaque soir ?

Avant de marcher vers d’autres, vers des chambres éclairées, des chambres mansardées ou des garçonnières.