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Temps de lecture estimé : 30 mn
10/04/24
Présentation:  Suite des aventures de Maya la journaliste
Résumé:  Maya se réveille au pied de l’Acropole, en pleine antiquité.
Critères:  #humour #nonérotique #aventure #fantastique ff odeurs
Auteur : Melle Mélina      Envoi mini-message

Collection : Terra incognita
L'odyssée de l'abeille épisode 1

Suite à un accident de camion, la journaliste Maya s’est retrouvée propulsée en pleine Égypte antique. Les dieux Horus et Isis lui ont confié une mission : récupérer le pénis d’Osiris que son frère, le terrible dieu du chaos, Seth, avait dérobé. Lors d’une ultime confrontation, ce dernier a désintégré l’aventurière.

Désintégrée ? Non, car nous la retrouvons saine et sauve au pied de l’acropole en Grèce antique !



Le soleil au zénith fait darder ses rayons sur l’acropole, alors majestueux. La chaleur écrase le sable et des volutes de poussières dansent à chaque pas lourd que je pose. Les personnes autour de moi qui s’étaient agglutinées se sont maintenant éloignées, craintives, laissant la petite fille seule à mes côtés. Je devine aisément le même scénario que lors de mon aventure précédente, à savoir que je suis apparue d’un coup, là où il n’y avait personne la seconde d’avant.



Puis, main dans la main, la petite fille me guide vers le mont. Elle se nomme Alix, c’est une petite brunette au teint mat, vêtue d’un Péplos, une longue toge jaune en soie ornée de quelques broderies et sandales aux pieds. Elle est une servante d’Athéna à qui rien n’échappe dans sa cité.

N’ayant rien raté de mon étonnante arrivée, elle a dépêché Alix pour venir accueillir comme il se doit une déesse.

Déesse ? Oh, il me semble avoir déjà vécu ce genre de scénario.



À notre passage dans la ville qui se déploie à présent derrière nous, alors que nous abordons l’ascension du mont, les habitants se sont prosternés en silence, en baissant les yeux comme s’il leur était interdit ne fût-ce que de nous regarder.


Je constate que la ville est solidement armée. Des Hoplites (des soldats) armure de bronze recouvrant le torse, casque vissé sur la tête, l’Aspis, le bouclier rond levé à hauteur de ventre et lance à la main, font le pied de grue à chaque coin de rue et sur les hautes tours qui quadrillent la ville, des Balistes, véritables machines de guerre sont prêtes à rugir leurs féroces flèches.


Alix perçoit mon étonnement et avant que je ne pose la question m’explique que Ménélas, le roi de Sparte va bientôt venir s’entretenir avec son frère le roi Agamemnon au sujet d’une guerre de grande ampleur qui se prépare contre Troie.



Nous arrivons enfin sur le plateau de l’acropole, et j’entre par les Propylées et laisse à ma droite l’Athéna Niké. Nous pénétrons un couloir, la voie sacrée, bordée d’une double rangée de colonnes doriques. Je suis émerveillée par les frises qui nous accompagnent dans notre balade.


Au centre de l’acropole, se dresse la gigantesque statue d’Athéna Promachos, la reine des lieux, la déesse des lieux en apparat de combat, une statue en bronze doré de bien dix mètres de haut. Ainsi, prête à la bataille, la maîtresse des lieux n’invite pas à la sérénité.


Un grand nombre de Grecs, prêtres et philosophes occupent les lieux, et tous nous font une révérence à notre passage. La petite Alix doit être connue de tous ces « mortels ».

Arrivée aux pieds de l’immense statue, Alix me demande de me prosterner avant d’aller rejoindre la fille de Zeus. Je n’aime pas trop ni les idoles, ni les salamalecs religieux, que je me prosterne ou non ne change rien à l’affaire, alors à quoi bon ? De mauvaise grâce, je me plie à cette exigence, mais cela me coûte.


C’est ainsi que j’entre au Parthénon, un Parthénon encore intact, intégral, majestueux. J’ai déjà utilisé cet adjectif, non ? Désolée, je n’en ai pas d’autres qui correspondent exactement à la magnificence du lieu. Je suis comme une gamine dans un magasin de bonbon, je ne sais plus où jeter mon regard. En haut, en bas, sur les côtés, tout invite à la contemplation.


Une frise des Panathénées se déploie tout du long du bâtiment de marbre peint, y est représentée toute la procession ainsi que tous les Dieux olympiens – une photographie de l’histoire d’Athènes en quelque sorte.

Alix doit me tirer par le bras pour que j’avance encore un peu et m’arrache à ma rêverie. Nous dépassons une deuxième statue représentant Athéna avant de pénétrer dans la salle des trésors. Cette statue d’or et d’ivoire est encore plus monumentale que celle de la place de l’acropole. Je ne peux m’empêcher d’être narquoise, c’est plus fort que moi, je ne supporte pas les prétentieux, Dieux ou simples mortels.



C’est Alix qui manque de s’étouffer par ma remarque !


Je me fais gronder par une gosse de huit-neuf ans ! Elle me réclame plus de respect et me prévient du caractère un peu ombrageux de la maîtresse des lieux. D’autant plus, ajoute-t-elle, qu’elle vient de se fâcher avec Aphrodite et avec la déesse mère Héra.



Nous sommes à présent dans la salle des trésors. Depuis le sol jusqu’au plafond, s’entasse toute la richesse d’Athènes, des statues en or massif, des pièces d’or et des montagnes de Drachmes, la monnaie de la Grèce antique, on y trouve également des rivières de diamants, des parures, des bijoux, des sceptres, des lampes, des calices et des armes rutilantes.


Dans un coin sont posés les cadeaux à l’attention d’Athéna que lui ont faits ses pairs : un casque ailé, un trident supposé magique, un heaume indestructible, des armes et enfin une harpe qui joue des mélodies sans qu’aucun doigt ne vienne à effleurer la moindre corde. Effectivement, je me rends compte que depuis notre entrée dans cette salle, une douce mélopée se fait entendre, comme une musique en sourdine d’un grand magasin.


Alix frappe du pied en un endroit précis et une partie du sol soudain s’affaisse, laissant apparaître un escalier. Ma petite guide me sourit et m’invite à passer en premier. Je descends les marches puis suis un long corridor éclairé de torches apposées aux murs. Mon ombre danse au gré des flammes tandis que je m’enfonce dans le ventre du souterrain. À quelques centaines de pieds s’ouvre une large pièce octogonale au centre de laquelle se tient une brune aux traits parfaits, portant un casque grec, une tunique, lance et bouclier dans ses mains : Athéna.


Les statues ne lui rendent pas hommage, elle est bien plus belle et plus impressionnante que ces sculptures dorées, mais elle est également beaucoup plus antipathique. Il n’y a même pas l’ombre d’une esquisse de sourire qui pourrait illuminer ce visage dur, visage de guerrière. Les sourcils froncés, la déesse me déshabille du regard de bas en haut et je la vois distinctement passer sa langue sur ses lèvres rouge sang.


J’ai l’impression qu’elle m’envisage comme elle le ferait d’un repas. Je ne doute pas un seul instant que ce doit être une tigresse au lit.


Soutenue par huit cariatides, qui semblent être les seules richesses des lieux, la pièce est à l’image du caractère affiché de la maîtresse des lieux, austère et froid. Depuis le côté opposé duquel je me trouve, j’entends le bruissement léger du vent qui s’engouffre. Je ne sais comment rompre le malaise qui s’installe et je cherche une aide d’Alix. Cependant, elle a disparu.


Athéna lit dans mes yeux :



Une fois de plus, je fais face à une divinité, un être surpuissant. Je ne connais pas l’étendue de son pouvoir, peut-être est-elle capable de déchiffrer le vrai du faux, mentir n’est peut-être pas une solution à envisager.



Oui, j’ai choisi de la vouvoyer, j’ai les warnings allumés, je ressens un danger, je la sens sur les nerfs et de ce que je sais, elle peut vraiment être garce.


Étonnée, la protectrice d’Athènes me demande quelques explications :



Je commence par m’amuser en lui répondant avoir volé la DeLoréan de Doc, mais me ravise et finalement lui narre toutes mes pérégrinations. Athéna semble très sceptique – surtout à l’évocation des Dieux égyptiens.


Je comprends sa défiance quant à Osiris et toute sa bande. L’Égypte, en cette veille de la guerre de Troie, n’est plus qu’une simple petite province de l’Empire perse où ne sont vénérés que deux Dieux : Ormazd et Ahriman. La fille de Zeus n’a jamais entendu parler de Dieux Anthropomorphes.



Visiblement, la déesse ne connaît pas Matrix. Pfff ! quelle inculte ! Cependant, cette dernière continue :



Je comprends l’idée et je reste toujours interrogative sur ma place dans cette histoire.



Moui… je vois exactement où elle veut en venir. Une abeille dans une toile d’araignée…



Puis finalement d’un ton qui se radoucit, elle ajoute :



J’ai comme la vague impression de n’avoir pas le choix et si mon destin est écrit, alors j’ai déjà décidé… Raah, voilà que je me prends pour l’oracle de Matrix ! Je retiens deux faits : le premier, je vais devoir voler une corde à une araignée géante et je suis arachnophobe ; le deuxième, la déesse Athéna me sera redevable – ce qui n’est pas rien.

Finalement, j’accepte le deal et enfin un sourire de satisfaction se dessine sur le visage de ma belle guerrière. Un Bonze renierait ses vœux de chasteté pour un tel sourire. Puis, de son bras m’indique un chemin entre deux cariatides.

Je suis un long couloir éclairé naturellement (j’entends par là que je n’ai pas besoin de torche malgré l’absence d’ouverture vers l’extérieur). Les murs rosâtres remuent et je m’aperçois bien vite qu’ils sont constitués de matière organique. Le sol devient gluant, j’ai l’impression de marcher sur une langue. Une odeur putride vient me tarabuster les narines et elle devient plus forte à mesure de ma progression. Je suis dans un boyau et plus exactement dans des intestins – je me demande dans quel univers je vais être projetée.


Le couloir-boyau se rétrécit à tel point que je finis par marcher à quatre pattes, les mains dans une sorte de mélasse et l’odorat sollicité par cette odeur atroce. J’en ai des haut-le-cœur. Devant moi se trouve une sortie de chairs flasques que je perce péniblement.


Je rouspète pour la forme :



Une fois traversée, s’ouvre devant moi une gigantesque grotte avec en son centre une faille plongeant dans les abîmes. Il n’y a aucun pont reliant mon point d’accès jusqu’à l’autre côté, sinon des toiles d’araignées disséminées ici et là.


Brrrr, je réalise que je suis dans l’antre d’une araignée géante, moi qui suis arachnophobe ! Je n’ai pas vraiment le choix, le courage est de surmonter sa peur, non ? Alors, soyons courageuse, ma fille, et allons-y gaiement.


Les toiles semblent solides et collantes, elles supporteront sans problème mon poids et malgré la sueur qui me dégouline de tous les pores, je ne risque pas de glisser. J’avance doucement d’une toile à une autre, parfois, je dois mettre une certaine force pour arracher mes mains de cette colle et je ne suis qu’à la moitié du chemin qu’il me faut reprendre du souffle. Si une araignée a la bonne idée de venir maintenant, je ne donne pas cher de ma peau.


Cette réflexion me donne assez d’énergie pour ne pas me lamenter et continuer coûte que coûte ma lente progression forcenée.


Au bout d’une bonne heure, je suis enfin de l’autre côté du gouffre. La caverne se prolonge dans un espace plus petit comme une sorte d’antichambre. L’odeur est démultipliée, tant et si bien que je ne puis réprimer mon estomac de révulser et me voilà à quatre pattes en train de dégobiller.

Je suis dans la nécropole d’Arachnée, le reste de ses repas des plus anciens aux plus récents se balancent sinistrement dans leur toile.


Tandis que je vomis, une voix lugubre m’accueille :



Arachnée est à peine à cinq mètres de moi, horrible, terrifiante, puante. Je suis tellement mal que je n’ai plus le temps d’avoir peur de cette mygale de bien deux mètres d’envergure et c’est la colère qui dicte mes mots.



Je rassemble mes forces pour lui répondre :



Et je vomis même si je n’ai plus rien à vomir sinon de la bile.


L’araignée patiente le temps que je sois opérationnelle. Elle profite de ce laps de temps pour engager la conversation. Avoir une conversation avec une mygale, quelle absurdité !



J’ai bien envie de retirer mes chaussures, tiens ! On verrait si cela continue de l’amuser, madame « j’ai un odorat à toute épreuve » ! Mais ajouter de la puanteur à de la pestilence, je ne suis pas vraiment certaine que je n’y laisserais pas ma peau moi-même, je ne suis pas suicidaire.


Je regarde son garde mangé qui est plutôt fourni. Les restes de ces personnes m’apprennent qu’il doit y avoir une autre entrée que celle par laquelle je suis venue.



Comme je reprends un peu du poil de la bête en même temps que des couleurs moins livides, avec cette résurrection, revient ma phobie. C’est plus fort que moi, la chair de poule témoigne de la terreur grandissante qui gagne mon corps. Il faut que je me calme et respire, il faut que je réfléchisse. Doucement, je recule et je remarque que cette bestiole ignoble gagne petit à petit du terrain.



Oh punaise ! J’ai déjà imaginé les pires morts et celle qui figure au top de mon classement est celle de me faire bouffer par des araignées. Réfléchis ! Punaise, réfléchis, Maya !!! Dans mon cerveau, ça bouillonne, ça fourmille, mais la lumière ne vient pas, je commence à paniquer là ! Je n’ai même pas d’arme pour espérer, je n’ai que mon briquet Bic que j’avais failli donner à Bastet…


Mon briquet ?


Mais oui ! Je brandis mon briquet comme Luke Skywalker son sabre laser. La mygale stoppe net son avancée, me regarde de ses quatre yeux globuleux et me demande :



Rien.


Bon sang, et voilà que mon briquet se met à déconner !!


Saloperie de cochonnerie, je m’échine en de fructueuses tentatives tandis qu’Arachnée, en un bond, échappe à ma vue. Où est cette mygale à la mords-moi le nœud ? Mes yeux oscillent entre le briquet et les alentours. Je ne la vois pas, mais je l’entends :



Elle n’a pas besoin de me le dire deux fois, je fonce dans sa nécropole en direction de la porte dont elle m’a tantôt parlée. Je dois me frayer un chemin entre les restes des victimes dans des sacs de toile.


Je crois distinguer une lueur à une vingtaine de mètres, serais-je assez rapide pour l’atteindre ? Et alors que j’envoie valdinguer un des linceuls de toile, je me trouve nez à nez avec elle.



Tandis que je fanfaronne pour ce qui semble être ma dernière punchline, je tente une dernière fois d’allumer mon briquet Bic et miracle ! Une flamme orange en ressort, fière et dansante. La flamme sacrée d’Udun « vous ne passerez pas ! ».


Arachnée se fige instantanément, glacée d’effroi devant le feu sacré.



Ça fonctionne, la mygale recule, tente de se faire plus petite.



Promis, craché, juré. Cette dernière me laisse quelques instants seule, le passage vers la sortie dégagée d’obstacle. Je pourrais simplement me sauver, mais je me souviens également de la menace d’Athéna. Il serait avisé que j’ai ce pour quoi elle m’a envoyée risquer ma vie.

Finalement, au bout de quelques trentaines de secondes, une corde échoit à mes pieds.



Enfin à l’air libre !




Chapitre 2 : Un Tanga pour Aphrodite



Lorsque je sors de l’obscurité de l’antre putride, la clarté est telle qu’il me faille fermer les yeux et l’air est si pur que je prends le temps de bien m’en abreuver. Une fois mes yeux habitués et mes poumons gavés, je fais un tour d’horizon et constate non sans effarement que je ne suis plus à Athènes.


Tout autour de moi, la végétation est luxuriante, des arbres somptueux dominent les lieux et laissent la place aux fleurs de s’épanouir à leur pied – si ce n’est des terriers qu’ils acceptent de bon gré. Le terrain est en pente et de mon promontoire, se dévoile en contrebas une vallée profonde tandis qu’en levant les yeux au ciel, le chemin se perd dans les nuages.


Je m’apprête à descendre en direction du cours d’eau qui, tel un serpent, zigzague dans le décor, lorsqu’une chouette se pose sur une branche voisine. Des rayons du soleil percent les nuages laissant l’espace d’un court instant se découvrir le palais des Dieux, la résidence cachée. Le rapace d’Athéna hulule à mon encontre et je comprends que la déesse elle-même m’invite à la rejoindre sur Olympe.


L’ascension est aisée, mais me coûte en énergie, et il est tard lorsque j’arrive enfin aux portes d’or de cette demeure hors norme. C’est un château monumental de marbre rose qui s’élève vers la voûte céleste, bâti sur douze niveaux – un niveau par Dieu. Sur les remparts qui entourent l’œuvre d’Héphaïstos, des statues des résidents surveillent la vie des mortels qui s’activent en bas.


J’arrive sur une esplanade où m’attend un beau gosse, que dis-je, pas un beau, mais The beau gosse. Je le reconnais pour être Hermès – facile : un blondinet avec des ailes dans le dos et un caducée !



Très prévenant, il s’empare de la lourde corde puis me présente son bras pour me mener à l’intérieur du palais.



Hermès me conduit dans une riche pièce dont des fresques ornent les murs. J’y entrevois l’histoire des Dieux depuis la naissance des six frères et sœurs et leur combat contre Cronos et ses Titans, l’arrivée à Olympe des enfants de Zeus, ainsi que beaucoup des légendes qui s’y rattachent. J’ai de quoi lire !


Dans une alcôve m’attend une piscine d’eau chaude, et aussi incroyable que cela puisse paraître, une douche ! Hermès me dit qu’il s’agit d’une invention bien pratique d’Héphaïstos.

De l’autre côté, un lit fabriqué dans du bois d’olivier avec une tête de lit en ivoire, des bandes de cuir lacées sur lesquelles des peaux sont placées, m’invite à le rejoindre rapidement.



Juste avant de me laisser prendre mes aises, le beau gosse me sourit et avec un soupçon de mélancolie ajoute :




********



Que cela fait du bien, j’avais encore l’odeur insupportable de cette araignée de malheur ancrée dans mes narines et jusque sur ma peau ! Le repas englouti (un bon cochon de lait rôti, des figues, un gâteau de miel et du bon vin rouge au goût subtilement sucré), un bon gros dodo avec bave et ronflement, je me vêts d’une toge immaculée, agrémentée de bordures de fils d’or ainsi que de diamants finement ciselés.


Je remarque que mes vêtements ont disparu, où sont mon short mini, mini, mon t-shirt « Powerslave d’Iron Maiden » et mes Pataugas ? Et où se trouve mon p’tit ensemble de lingerie ???


Alors que je m’apprête à quitter mes appartements, entre la plus belle femme qui m’ait été donné d’admirer. C’est bien simple, elle est l’incarnation de la perfection. Je ressemble au loup dans les Tex Avery devant une Pin Up, j’ai la bouche grande ouverte et la langue qui tombe, les yeux qui s’écarquillent et mon cœur qui bat la chamade.


Elle me sourit, consciente de l’effet qu’elle produit sur moi, j’en ai des suées. Je cherche mes mots, ils se sont enfuis avec le reste de ma conscience et de ma dignité.



Nooon, sans dec ? J’avais pas deviné !



Aérienne, comme si ses pieds ne touchaient pas le sol, elle s’approche de moi, je manque de défaillir. Tandis que je reste plantée là, tétanisée par sa présence, elle se place dans mon dos, surjoue de sensualité et me murmure dans le creux de l’oreille :



Je suis enivrée par le doux parfum de son haleine, ma tête tourne, je ne suis plus capable de réfléchir. Je suis totalement sous son emprise et ne peux rien lui refuser :



Ce qui veut dire : ma culotte est à toi.



Comment lui refuser ? Hein, dites-moi !



********



Plusieurs heures plus tard, éreintée par une succession d’orgasmes inouïs, la caboche noyée par les hormones du bonheur, je regarde Aphrodite quitter ma couche et se vêtir de mes sous-vêtements.



Main dans la main, nous empruntons divers couloirs, traversons de nombreuses pièces plus incroyables les unes que les autres. Je ne sais plus où donner des yeux, je suis une gosse dans un magasin de jouets, j’ai retrouvé mes six ans (mais il me suffit de regarder celle qui me guide pour retrouver mes dix-sept ans).


Nous arrivons devant une porte végétale monumentale, deux acajous formant une voûte avec à leur pied des buissons que je reconnais pour être de l’Ambroisie. La déesse de l’amour m’invite à passer en première :



J’arrive dans un espace rond, une sorte de clairière au beau milieu d’arbres millénaires gigantesques. Je lève les yeux et constate qu’il n’y a pas de plafond sinon un ciel dégagé de nuages où volent quelques oiseaux. À ma droite, une douce cascade s’écoule d’une petite corniche dans un lac d’eau turquoise. Partout autour, des fruits juteux qui ne demandent qu’à être cueillis et enfin douze arches de granit blanc entourant ce décor végétal.


Aphrodite m’invite à rejoindre le centre de cette clairière. À peine placée, les Dieux apparaissent dans le cadre de leurs arches respectives. Cette situation est pour le moins stressante, mais je tente de faire bonne figure. Je me souviens des épreuves orales du baccalauréat alors que je n’avais pas encore de bagout, je regardais mes chaussures et balbutiais les réponses aux questions qu’on me posait.

Depuis, j’ai fait du chemin, et malgré l’angoisse d’une telle situation, j’arrive à me tenir droite et le regard affirmé.


Je reconnais Hermès et Athéna qui n’a toujours pas desserré les dents. À sa droite se tient un Dieu d’une laideur à faire pâlir un vampire, tenant un lourd marteau, j’imagine que ce doit être Héphaïstos. À ses côtés, nul doute, Arès me foudroie du regard, un monstrueux barbu de muscles saillants cachés par une armure de laquelle suinte du sang. Suivent la chasseresse Artémis avec son arc et son carquois, le doux Apollon tenant une lyre, Dionysos, un verre de vin à la main, une jolie blonde que j’imagine être Déméter, Héra avec son diadème et son sceptre et enfin Zeus, barbu grisonnant qui me dévisage avec sévérité. Une arche reste inoccupée, celle d’Hestia.


Athéna me remercie de m’être acquittée de ma mission, témoigne de la chance que j’ai, moi, simple mortelle, d’être au centre des intérêts des Dieux, me lance une pique quant à ma liaison avec Aphrodite.


La déesse de l’amour prend à son tour la parole pour expliquer le courroux et l’amertume des déesses de la sagesse et celle de la déesse-mère, rappelant l’histoire de la pomme d’or de la discorde Ce à quoi Arès réplique :



Zeus ne dit rien, laisse les Dieux se chamailler, puis lève la main pour prendre la parole.



De nouveau, cette épreuve orale du baccalauréat me revient en mémoire. Je cherche des yeux un regard sur lequel je vais pouvoir me raccrocher. Je trouve ce soutien chez Hermès, Apollon et bien sûr Aphrodite. Je commence mon histoire et lorsque j’énonce les Dieux égyptiens, je sens un malaise grossir auprès de mon auditoire et j’entends distinctement Zeus glousser.


À la fin de mon exposé, un silence gênant règne, tous attendent le verdict du Dieu des Dieux. Soudain, il explose de rire bientôt imité par tous les autres. Mouais, ils ne me croient pas…



Dionysos en rajoute une couche :



Seul Apollon n’a pas ri de mes aventures, serait-il le seul à me prendre au sérieux ? Bientôt, le mégaron se vide de ses occupants. Ne reste plus qu’Aphrodite et le plus beau des Dieux, le dieu des arts, de la musique, de la poésie et de la lumière.



Je ne cherche pas à me justifier, qu’elle ne me croit pas me vexe, mais je n’en montre rien. Puis elle continue :



Je n’ai pas le temps de réaliser cette déception que le dieu des arts s’adresse à moi :



Pégase.


Ce dernier se pose à nos côtés et Apollon me tend une bride puis s’adresse au puissant cheval blanc dans un langage que je ne comprends pas.





Chapitre 3 : La peur est une chimère



Après m’avoir donné mon sac à dos dans lequel sont mes quelques vêtements et mon briquet, ce n’est pas sans difficulté que je le monte. Le dos fouetté par l’air des battements de ses gigantesques ailes, je m’accroche à sa crinière lorsqu’il s’élance, plein de grâce, haut dans le ciel. Nous voyageons au-dessus des nuages, au-dessus de la mer Égée. De Pégase émanent une force, une farouche volonté qui m’inspire des sentiments de plénitude, d’insouciance et d’invincibilité.


Nous amorçons notre descente et nous passons la barrière de nuages. Se dévoile devant mes yeux un paysage désolé, toute verdure a disparu, tout au sol semble calciné depuis les vieux arbres jusqu’aux quelques rares habitations – preuves qu’il y avait de la vie dans cette partie de l’île.

Pégase me fait comprendre qu’il est temps pour nous de prendre congé et me laisse au milieu de nulle part, seule sur ces terres arides.


Avec son départ, toute mon énergie s’étiole, toute l’assurance dont je faisais preuve s’en va. Je pense qu’Apollon s’est foutu de ma tronche : reprendre une discussion dans un temple de Xanthos, mon cul, oui ! Ce que je peux être gourde moi !


Il n’y a pas âme qui vive à des lieux à la ronde. Je préfère me changer : une toge, avec des claquettes c’est joli, mais ce n’est pas pratique. Dans mon sac, ne manque que mon ensemble de lingerie resté sur le corps magnifique de la déesse de l’amour. Les pieds dans des chaussures fermées, je vais pouvoir parcourir une longue distance sans trop de soucis.


Le sol est en pente et j’atteins une sorte de promontoire duquel je peux à loisir étudier le paysage qui s’étend jusqu’à l’horizon. Derrière moi, l’immensité bleue de la mer me décourage d’emprunter cette voie. Devant moi et sur les côtés, tout n’est que désolation, j’ai l’impression d’être sur Mars. Il n’y a rien sinon des terres dévastées, pas l’ombre d’une ville, pas l’ombre d’un village, pas l’ombre d’une activité humaine. Il est tard dans l’après-midi, le soleil décline, il faut que je me trouve un endroit pour bivouaquer.


Depuis le ciel, j’avais aperçu à l’ouest de ma position les restes d’une vieille bâtisse. Aussi est-ce là que je vais passer la nuit. Demain, j’aviserai. Construire une embarcation ou rejoindre la ville de Xanthos, si ville il y a.


Je n’ai rien à manger : juste un feu pour me réchauffer et la voûte céleste en guise de spectacle. Il n’y a plus un nuage, la lune pleine illumine la plaine d’un pâle halo. Je contemple la nuée d’étoiles, devine les constellations, ou cherche les géantes gazeuses : Jupiter, Saturne, Vénus et Uranus.



J’en suis là dans mes pensées lorsque j’entends au loin un féroce rugissement. Un lion dans cette partie du globe ? Cela me paraît bien improbable, la Lycie se situe en Anatolie, l’actuelle Turquie, et que je sache, aucun grand fauve ne monte aussi haut dans les latitudes.


Je m’empare d’un gros morceau de bois et prépare la toge à portée de main, prête à y foutre le feu pour me défendre en cas d’attaque. Je me recroqueville en chien de fusil dans un coin et tente malgré les feulements lointains de trouver un peu de sommeil. Je m’endors finalement au bout de deux bonnes heures, après avoir tourné et tourné dans tous les sens.


C’est un bruit sec qui me réveille, j’ouvre péniblement un œil, je ne réalise pas tout de suite que c’est une branche cramoisie – venant de tomber d’un pan du mur restant – qui vient de me réveiller. Une forte odeur s’insinue dans mes narines, un certain parfum règne, le fumet délicat d’un gaz intestinal, une fragrance d’humus, des relents putrides. Et enfin, je sens un pas lourd écraser le sol, une grosse bête tourne autour de mon abri de fortune.


Je suis encore blottie, le dos contre un muret de bois et soudain une tête énorme se tient pile au-dessus de moi… une tête ? Non, une deuxième sur le même corps passe à son tour le museau au-dessus de l’enceinte, puis une troisième : un lion, une chèvre et un dragon. Je reconnais ce monstre, il s’agit de la Chimère.


Elle ne m’a pas remarqué, mais renifle, elle doit probablement sentir une odeur qui lui est chère. Le feu l’a probablement attirée. L’animal a le sens de l’odorat ultra développé et sensible : surtout ne pas péter.


L’animal mesure au moins cinq mètres au garrot, possède non pas trois têtes, mais quatre si je considère sa queue qui se finit en gueule de serpent. De grandes ailes de chauves-souris parfont la monstruosité de cette infamie de la nature. Tel un chat marquant son territoire, la Chimère se frotte contre le mur en bois, lequel tremble sous le poids et la puissance de la bête.


Je n’en mène pas large, je n’ai à ma disposition aucune arme capable d’en faire de la chair à saucisse et ce n’est pas un bout de bois enflammé qui sera dissuasif. J’attends, tremblante, que la créature s’en aille, ce qu’elle ne tarde pas à faire. Une fois certaine qu’elle se trouve ailleurs, je sors de ma cachette et je la vois à une distance que j’évalue à environ trois cents mètres.


Un choix s’offre dès lors à moi : aller plus avant dans les terres dans l’espoir d’atteindre Xanthos… Cela signifie suivre le chemin emprunté par la Chimère, ou bien tenter d’atteindre des côtes plus accueillantes en empruntant la mer, ce qui signifie : construire une embarcation avec le bois mort à ma disposition.


Dans ma tête, ça carbure sec, j’ai assez de bois pour me fabriquer un radeau, mais aucun lien pour attacher les rondins entre eux. Ma progression dans l’eau serait lente et je ne sais quel genre de bestiole marine peuple les profondeurs de la mer Égée. Lorsque j’envisage les créatures terrestres, il est fort à parier que les créatures marines n’ont rien à envier en termes de monstruosité. Il n’est pas improbable de vivre de sacrées déconvenues en mer.


Aussi, je décide d’emprunter les terres et suivre à pas prudents Chimère. Je me taille une lance avant de m’élancer sur les traces de la bête. Je garde espoir d’atteindre la ville sans avoir affaire avec l’immonde créature, il faut toujours garder l’espoir, l’espoir c’est la petite étincelle qui permet d’avancer même dans les heures les plus sombres.


Voilà maintenant bien une dizaine de lieues parcourues, et le paysage a sensiblement changé. Tout reste calciné, comme sur une terre morte, sans doute l’œuvre de la Chimère, mais le terrain présente plusieurs dénivelés, jusqu’à devenir une vallée bordée de monts où se devinent des cavernes. J’ai perdu de vue l’animal et donc je redouble de vigilance.


Une telle créature a beau faire ce qu’elle peut, comme se mettre dans le sens du vent, se cacher, son poids et sa taille l’empêchent de rester complètement silencieuse. Nonobstant le fait de l’entendre, je la sens, je suis dans sa ligne de mire.


À une vingtaine de mètres, il y a mon salut, une brèche dans les rochers. Il va falloir que je coure vite, très vite, très, très vite, mais j’ai une chance. Une infime chance.

Soudain, je m’élance. Plus le temps de réfléchir, pas le temps de regarder, il faut foncer. Je manque par deux fois me casser la binette, mais les mètres défilent et la brèche se rapproche. Je sens la bébête immonde dans mon dos, les arbres l’empêchent de fondre sur moi en pleine vitesse. J’y suis, et j’échappe de justesse d’un coup de griffe dans le dos.


Je suis dans une cavité qui pénètre assez profondément dans la roche, la Chimère rugit, tente de sa patte de m’atteindre, mais même sa patte est trop grosse pour la brèche dans laquelle je me trouve. Je la vois se tourner et ainsi fourrer sa queue-tête de serpent dans la trouée. Saloperie de saloperie !!


Je manœuvre avec difficulté le pieu que je me suis confectionné. Après un combat âpre où le serpent tente de me mordre et moi de l’en empêcher avec mon bâton pointu, j’arrive à entrer la pointe de ma lance en plein dans sa gueule. Coup de chance.



Le serpent hurle de douleur puis sort de la cavité.

De nouveau, la Chimère se tourne, et me fait face à présent la tête de Dragon. Ouh là là, je sens bien qu’elle va cracher du feu celle-là ! Je dois me tortiller telle une contorsionniste entre les rocs pour me frayer un chemin, et grand bien m’en fasse, la Chimère me crache une véritable fusée.


Néanmoins, je me suis faufilée à travers le boyau et le crachat de flamme ne m’a pas atteint. Bientôt, l’étroit conduit s’élargit jusqu’à me mener dans une large caverne. Il y fait très sombre et je dois bientôt me servir d’une torche pour bien distinguer la pièce dans laquelle je me trouve.


C’est un cul-de-sac, à moins de m’aventurer dans une chatière de laquelle coule de l’eau, laissant au sol, un petit puits suffisant pour m’abreuver. Je n’ai pas l’intention de m’y risquer, je n’ai pas le matériel nécessaire pour m’embarquer dans une telle entreprise.

Le plafond couvert de stalactites se trouve à quelques mètres au-dessus de moi, la fumée de ma torche s’y faufile et trouve une échappatoire. J’enregistre cette information, il y a une sortie possible par le haut.


Au sol, je découvre un cadavre qui ne doit pas dater, la chair encore présente est en partie brûlée. Il semblerait que ce guerrier n’ait pas eu la même chance que moi et que Chimère l’ait atteint avant que ce dernier n’ait le temps de s’engouffrer plus avant dans l’étroit conduit. Il a probablement succombé de ses brûlures. Je trouve à ses côtés un bouclier, un carquois avec trois flèches, un arc et un Xiphos (une épée courte).


La chance semble me sourire. Ainsi armée, je reprends un peu d’espoir, toutefois, je sais que ce n’est pas suffisant. Les guerriers grecs sont entraînés dès leur plus jeune âge à l’art de la guerre, ils vouent leur vie à apprendre et à parfaire les techniques du combat, ils travaillent le maniement des armes jusqu’à atteindre une parfaite maîtrise. Le combattant qui gît à mes pieds a sans aucun doute suivi le même cursus, c’était un guerrier surentraîné et malgré tout, il est mort. Il a perdu son combat.


Et moi ? Je suis une simple journaliste qui connaît deux trois techniques de Krav-maga, histoire de. C’est tout. Alors, me risquer à combattre Chimère, désolée, je passe mon tour. La bête est encore à l’extérieur, je l’entends et je la sens. Elle m’a désignée pour être son prochain repas, je ne pense pas qu’elle se résignera de sitôt.


De là où je suis, bien à l’abri, je ne risque rien, j’avance dans le boyau. Elle est là, elle me regarde de sa tête de chèvre, cherchant un moyen d’avancer. Et non, t’es trop grosse, ma poule ! Je bande mon arc et décoche une flèche qui vient lui percer un œil. De nouveau, gros coup de bol, je n’ai jamais tiré à l’arc de ma vie ! On appelle ça, la chance du débutant.


La créature se retire de l’entrée en un formidable hurlement de douleur.


Mine de rien, j’ai mis HS la tête de serpent et celle de la chèvre. Pas mal pour un p’tit bout d’femme du vingt et unième siècle ! Chimère semble avoir déserté les lieux, mais je reste aux aguets, avant de sortir de ma cachette, je décide d’approfondir mes fouilles dans la caverne. Appelons ça sixième sens, je ne sais pas, mais quelque chose en moi me pousse à ne pas sortir tout de suite.


Tandis que je fais marche arrière, j’aperçois une légère lumière qui émane du centre de la caverne. Mon Xiphos tenu fermement dans la main, je m’approche de la source luminescente. Prête à fondre sur ce nouveau phénomène, je me fige lorsque se matérialise la petite Alix.



Je ne comprends pas et la servante d’Athéna m’explique que c’est la déesse qui est intervenue dans le tir qui a blessé Chimère, que c’est son bras qui a bandé l’arc et qui a visé juste. Et moi qui pensais que j’avais eu de la chatte !


Athéna m’était redevable, elle a payé sa dette, les compteurs sont mis à zéro.


Mais avant que ne parte Alix, je lui demande pourquoi Apollon m’a fait un coup pareil.



En guise de réponse, le spectre de la petite Alix se contente de me dire :