| n° 22355 | Fiche technique | 38132 caractères | 38132 6411 Temps de lecture estimé : 26 mn |
27/03/24 |
Résumé: Rien de tel qu’un séjour bien-être pour oublier ses tourments et se ressourcer. Caroline y trouvera-t-elle un peu de sérénité ? | ||||
Critères: ff amour cérébral revede voir fmast caresses cunnilingu jouet sm | ||||
| Auteur : Aventurine Envoi mini-message | ||||
J’ai converti mon manteau en couverture de fortune et regarde sans le voir le paysage qui défile à grande vitesse. Un peu groggy ce matin, je crois que je me suis assoupie quelques minutes dans le train, tant le silence est complet dans mon compartiment. Fait rare, aucun pleur d’enfant ni conversation téléphonique ultra-discrète n’est venu troubler la quiétude de mon trajet de deux heures. Je me redresse sur mon siège et entreprends de débarrasser ma tablette de ce qui l’encombre : bouteille d’eau, restes de chocolat et téléphone disparaissent dans ma valise. Avant de ranger mon bagage à son tour, je parcours une énième fois la brochure de présentation du séjour. Retraite spirituelle et bien-être. Ressourcement. Énergies. La lecture du programme de ces trois jours me met en joie, ou du moins recharge un peu en joie mes batteries. Voilà ce qu’il me faut, une cure de sérénité.
Il faut dire que j’ai épuisé les promesses que j’attendais de ma cure de chocolat. Les petits carrés bruns n’ont pas suffi à combler, ni davantage à masquer mon chagrin. Le manque d’elle est encore vivace au bout de deux mois. C’est bien ma veine d’avoir laissé mon désir et mes sentiments pour Hélène grimper en flèche alors que de son côté, ils sont restés au sol. Ou plutôt, à l’état d’une lévitation juste suffisante pour apprécier le jeu de séduction, les baisers et les caresses entre femmes. Avant que le verdict ne tombe : nous deux, c’était agréable, mais si on restait amies ? On avait dit qu’on verrait bien ce que donnerait notre relation, non ? Ben oui, on l’avait dit. Pourtant, cela ne m’a pas empêché de prendre une belle claque et d’écouter en boucle, d’un air hébété, cette chanson de Clara Ysé qui dit : « Moi je voulais simplement ton âme, Toi tu voulais qu’on partage nos charmes… ». Tout cela pour dire que cette cure de ressourcement vient à point nommé.
Fatigué par le chocolat, mon estomac me crie qu’il est en PLS au moment de quitter le wagon. Sur le quai, je cherche des yeux la sortie de la gare. À vrai dire, je n’ai pas eu besoin de chercher mon chemin bien longtemps. Un quai, un train. Une petite gare plutôt mignonne, si ce n’est pour l’aspect quelque peu défraîchi de ses peintures. Mon téléphone à la main, je m’efforce de suivre les indications du GPS en traînant ma valise derrière moi. Jamais personne ne pourra faire une arrivée discrète avec ce genre de bagage, pensai-je, tant le bruit des roulettes sur le bitume est assourdissant. Peu importe finalement, car les rues de la petite ville sont quasiment désertes et il m’a suffi de descendre une avenue pour parvenir à destination. « Collège et lycée Saint Gabriel », me renseigne l’écriteau dont le design moderne et bigarré fait outrage à la noblesse du bâtiment habillé de pierres calcaires apparentes.
Alors que je reste immobile sur le trottoir faisant face à l’édifice, le son d’une autre valise à roulettes me parvient du bas de l’avenue. Qu’est-ce que je vous disais ? Discrétion impossible. À l’oreille… Valise un peu plus grosse que la mienne, descente un peu brusque d’un trottoir, foulée assurée sur talons aiguilles (pour encore plus de discrétion). Soudain, la valise apparaît au coin d’une ruelle longeant l’enceinte de l’établissement. Devancée par sa propriétaire d’une rare élégance. Avec ses cheveux poivre et sel mi-courts et un port plutôt altier, elle a la classe naturelle de Meryl Streep dans Le diable s’habille en Prada, sans le côté dédaigneux du personnage. Sous son manteau trois-quarts grand ouvert, sa robe à fleurs noir et rouge épouse harmonieusement les courbes de sa silhouette. Mon regard se pose incidemment sur ses genoux gainés de noirs et sur ses mollets plutôt rondelets. Puis je ressens une soudaine envie de me gifler. Arrête de la mater comme ça, tu es encore moins discrète que le boucan de ces fichues roulettes !
Meryl Streep parvient à ma hauteur après m’avoir étudiée de la tête aux pieds, et m’aborde avec un signe de tête en direction de ma valise :
Je lui rends son large sourire puis réponds aimablement :
Hochant la tête, mon interlocutrice hausse les épaules puis reprend d’un air complice :
Sans plus de cérémonie, les roulettes reprennent alors leur course folle, talonnées par les miennes. Les deux valises traversent la rue à vive allure en direction de l’entrée imposante du lycée. S’arrêtant quelques instants alors qu’on leur fait survoler un escalier carrelé, elles se posent enfin devant une lourde porte en bois verni.
Myriam me sourit d’un air entendu et tient la porte grande ouverte pour me faciliter le passage. Je m’efforce de ne pas croiser son regard et passe devant elle avec un merci à peine audible.
Tout n’est que silence autour de nous. Dans le petit hall dont la porte vitrée s’ouvre sur une vaste cour de récréation, les portes béantes du secrétariat et de l’infirmerie ne cachent aucun occupant. Myriam me précède et sort sur la cour. Aucune roulette de valise ne se fera plus entendre, à partir de ce point-là. Il faudra porter nos bagages, car la cour est garnie de gravillons. L’espace est ceint par des bâtiments du même cachet que celui de la façade. Au-delà on devine, dans une autre cour, le clocher d’une chapelle. Tout n’est que silence et pourtant j’imagine cette cour prendre vie en dehors des vacances de printemps. J’imagine des nuées de lycéens déversées sur la cour par les deux petites portes rouges perçant les façades. Des groupes d’élèves occupant les quelques bancs de bois disséminés sous les châtaigniers. Dans un coin, deux adolescents échangeant un baiser métallique sans fin, enlacés, mais les mains pudiquement immobiles. En dehors des vacances, point de valise à roulettes, mais des troupeaux de sacs à dos négligemment lâchés dans les coins, le temps de la récréation. La voix suave de Myriam met fin à ma rêverie :
Je me tourne alors vers Myriam qui me dévisage intensément. Un peu confuse, je me sens rougir légèrement, car j’ignore depuis combien de temps ses yeux bleus ourlés de mascara sont fixés sur moi. C’est forcément la seule raison pour laquelle je rougis, pensai-je ensuite.
Nous écoutons Myriam dans un silence religieux, alignées autour d’elle en un demi-cercle n’osant franchir les limites d’une distance révérencieuse. Suite au discours d’accueil de rigueur et une brève présentation de notre séjour, nous restons dans les locaux de la cantine pour mener à bien l’activité de notre première matinée : un atelier cuisine autour de la pizza. Pour les autres jours, les repas seront préparés par le personnel pour la douzaine de personnes inscrite à cette retraite. Uniquement des femmes. Guidées par Myriam, nous découvrons dans les cuisines le matériel et les ingrédients qui ont été préparés pour notre petite brigade.
Le vaste plan de travail se mue très vite en une peinture abstraite tout en couleurs et en textures : sur fond inox, entre les petits pâtons dodus, la poudre blanche de la farine forme des nuées irrégulières. Ici et là, quelques rouleaux à pâtisserie identiques sont pour l’instant abandonnés ; une belle grappe de tomates joufflues se prélasse près des plaques de cuisson ; des bouquets d’herbes fraîches sertis de gouttelettes trônent dans des verres. À l’une des extrémités de l’îlot, la silhouette d’Estelle est masquée par les volutes de vapeur émanant de la casserole de coulis de tomates placée devant elle. Sa spatule de bois s’agite et caresse le mélange, tandis qu’une petite cuillère à café disparaît parfois entre ses lèvres qui goûtent et évaluent la perfection de la cuisson. À côté d’elle, Laura détaille le jambon en dés réguliers. Ce faisant, elle papote avec animation avec sa voisine occupée à verser de belles olives luisantes dans un bol. De mon côté, je m’applique à pétrir une boule de pâte que je juge un peu collante à cet instant. Piochant une pincée de farine dans le sachet posé près de moi, j’en parsème le globe moelleux pour mieux l’apprivoiser.
La vibration répétée d’un téléphone se fait entendre parmi les cuisinières.
Les iris bleus de Myriam balaient alors le groupe du regard et fusillent la jeune Carla alors qu’elle dégainait son arme vibrante pour la désactiver.
Soucieuse de ne pas me laisser distraire par des pensées parasites, je me laisse porter par la voix envoûtante de l’animatrice qui déambule entre nous, fournissant tantôt une aide, tantôt un conseil à l’une ou l’autre d’entre nous. Alors que ma pâte à pizza commence à prendre la texture désirée, je me concentre sur le plaisir de la sentir si souple sous mes doigts. Comme un corps offert à une masseuse, elle se laisse modeler sous mes mouvements presque sensuels. Incidemment, je lève les yeux vers Sandra postée juste en face de moi sur l’îlot. Celle-ci vient d’entamer le pétrissage de son pâton avec une application hésitante. De temps à autre, je jette un œil vers ses mains aux doigts fins qui esquissent un timide ballet avec la boule blanche. Parfois, elle écarte une mèche de cheveux blonds d’un bref mouvement de tête. Inconsciemment, mes propres mouvements ralentissent tandis que je me mets à observer Sandra à la dérobée. Comme moi, elle doit avoir la quarantaine, mais paraît plus jeune. À travers son pull de mailles légèrement ajouré, ses seins s’agitent au rythme de ses bras sur le pâton. Je devine qu’elle ne porte pas de soutien-gorge. C’est alors que je sens Myriam s’approcher lentement de moi et poser une main sur mon avant-bras.
Le ton est un peu sec et la main manucurée reste immobile quelques secondes sur ma peau parsemée de farine. Prise au dépourvu, je réponds par un hochement de tête à son haussement de sourcils, avant qu’elle ne poursuive à l’intention de tout le groupe :
Pendant que les pâtons enflent bien au chaud sous des linges, les langues se délient à nouveau autour d’une dégustation de vin italien et de quelques amuse-bouches. Il est temps d’essayer de faire connaissance avec ces femmes qui, comme moi, ont certainement de bonnes raisons d’avoir choisi cette retraite. Mon verre de Nero d’Avola à la main, je me dirige vers un petit groupe qui discute en picorant des olives. Ma présence est accueillie par des sourires aimables. Il y a Sandra que je m’efforce de ne pas trop dévisager, près d’une petite brune frisée nommée Pauline. C’est encore Laura qui semble mener les conversations. Pas de chance, je ne suis pas une spécialiste d’œnologie, moi… En dépit de tous mes efforts pour participer à la discussion, je peine à m’y intéresser. Malgré moi, mes yeux s’accrochent furtivement à Sandra. Ses lèvres luisantes de nectar… Une gorgée. La longueur de ses doigts… Une gorgée. Ses seins nus sous son joli pull… Je m’agace contre moi-même. Était-ce vraiment une idée lumineuse de m’inscrire à un séjour entre femmes ? Soudain, mon regard se pose sur la taille de Sandra, non pour l’admirer, mais parce que la main de Pauline s’y est posée discrètement. Je termine mon verre en épiant le pouce insolent de Pauline qui caresse la peau blanche de Sandra sous son pull. Un couple. Je les envie tout en maudissant leur présence. Je deviens écarlate sous les effets de l’alcool et de la chaleur des fours. D’autant plus que Pauline m’adresse des regards soupçonneux entre deux gorgées.
Largement nourries de nos succulentes pizzas, nous disposons d’un peu de temps libre avant de participer à une séance d’initiation à la sophrologie. Assise sur les marches de la salle d’étude, je contemple la statue de Saint Gabriel trônant au centre de la cour. De retour de son escapade « cigarettes » en ville, Pauline surgit du hall d’entrée et traverse la cour d’un pas décidé. À chacune sa bouffée d’oxygène, me dis-je. Elle, le tabac. Moi, le chocolat. Les mains dans les poches, Pauline s’approche d’un air détaché et s’assied près de moi.
J’essaie de lui rendre son sourire, mais le cœur n’y est pas. Un parfum de représailles me chatouille les narines jusqu’à masquer celui de sa cigarette.
La question est prononcée d’un ton cassant, mais avec le sourire bon enfant qui adoucit souvent son visage cerné de boucles désordonnées.
Baissant les yeux, j’articule un « oui » que je regrette immédiatement.
Nous demeurons silencieuses durant d’interminables secondes, assises côte à côte en contemplant les feuilles des châtaigniers onduler sous les caresses de la brise. Le reste du groupe s’est retiré à l’internat pour défaire ses valises.
Nos regards se croisent et se sondent, cherchant à percer les mystères de l’inconnue qui leur fait face. Puis le sourire bienveillant réapparaît sur les traits de Pauline, qui murmure d’un ton rassurant en écrasant son mégot dans les gravillons :
Je me sens piquée par cette dernière remarque. Comme par une petite aiguille, juste là où ça fait mal.
Sa remarque me fait sourire malgré moi. Inspirée, Pauline continue à me parler sans cesser d’observer la cour déserte devant nous :
En confiance, je dévisage Pauline qui se tourne enfin vers moi quand j’ose m’épancher :
Pauline hausse les épaules avant de répondre nonchalamment :
Pauline se met à glousser de rire sans parvenir à s’arrêter. Elle essuie même quelques larmes sur ses pommettes saillantes. De bon cœur, je l’accompagne dans son hilarité. Quand elle parvient à retrouver son sérieux, elle pose une main sur mon épaule et murmure, les yeux pétillants de gaieté :
Je ne sais que répondre et laisse Pauline s’éloigner vers l’internat, en la remerciant intérieurement pour cette précieuse séance improvisée de confidences et de rires.
Quel sentiment étrange et exaltant de passer la nuit à l’internat ! Pourtant, de toute ma scolarité, je n’ai jamais été interne dans les établissements que j’ai fréquentés. Seulement, en pénétrant dans la grande pièce où une trentaine de box individuels sont disposés sur deux rangées, j’ai l’impression d’avoir rajeuni de plusieurs années. Allez, j’avoue, de trois dizaines d’années environ… Étant peu nombreuses, nous disposons de la liberté de choisir notre box. Ainsi, chacune s’est installée en laissant au moins un espace libre entre elle et sa voisine. Les cloisons et les rideaux fermant chaque chambre sont suffisants pour assurer l’intimité de chacune, mais les parois ne s’élevant pas jusqu’au plafond, les murs risquent d’avoir des oreilles. J’écoute avec attention la concierge qui nous énumère les diverses règles de l’internat. Cela a toujours été la volonté des proviseurs successifs d’en conserver la configuration d’origine, au même titre que le cachet et les bâtiments historiques de l’établissement.
La soirée lecture et méditation à la bibliothèque du lycée nous a placées dans d’excellentes conditions de sommeil. En enfilant mon pyjama de soie, je sens que cette première journée bien remplie va me conduire sereinement dans les bras de Morphée. C’est avec une pointe d’amusement que j’ai découvert les proportions plutôt réduites de mon lit. Néanmoins, je le trouve finalement très confortable lorsque je m’y blottis. Au-dehors, le silence est total en dehors du son reconnaissable de la cathédrale de la ville, dont les cloches ponctuent chaque heure passée. Autour de moi, le silence tarde à s’installer. Des bruits de fermeture éclair me parviennent, le claquement de pas sur le vieux parquet, le crépitement d’une brosse à cheveux. Des bâillements plus ou moins discrets, une toux tenace, puis le grincement des ressorts fatigués de plusieurs sommiers. Des chuchotements, un bruissement de draps.
Tandis que je commence à m’envoler vers le sommeil, le chuintement de baisers répétés me fait dresser l’oreille. Dans l’obscurité, j’ouvre à demi les yeux, puis les referme. Le silence ne dure pas et le chuintement se fait plus net, plus humide et doublé de soupirs d’aise. Sandra a dû se faufiler dans le box de Pauline, tout proche du mien. Comment voulez-vous que je dorme ? Je sens poindre un certain agacement et m’oblige à chercher le sommeil malgré tout. Peine perdue, mes oreilles font les sourdes avec mon for intérieur et se dressent à nouveau, à l’affût de nouvelles sources de distraction. Puis mon imagination, tirée de sa torpeur, se met à s’échauffer au son des gloussements et des soupirs alentour qui, pourtant, se veulent discrets. Les ressorts du sommier gémissent plaintivement pendant quelques secondes, puis se taisent.
Mon cœur bat la chamade et j’imagine les deux femmes nues enlacées sur le lit du box non loin du mien. Les seins parfaits de Sandra, ondulant au rythme de sa respiration s’accélérant sous les caresses de Pauline. Je ne parviendrai pas à dormir. Je ne parviendrai pas non plus à rester dans mon lit. Un élan de transgression, une envie d’interdit, me pousse à me lever d’un bond. Les ressorts de mon sommier grincent dans la manœuvre. Pendant plusieurs secondes, je reste debout, sans un bruit et immobile, dans l’obscurité. Les soupirs ont cessé brièvement, mais reprennent de plus belle.
Mes jambes me portent hors de mon box en pilote automatique. Émoustillée par les images lubriques fusant dans mon esprit, je passe silencieusement devant le box vide attenant au mien. Puis je m’arrête juste devant celui de Pauline et Sandra. Le rideau marque un pli laissant un interstice de quelques millimètres entre l’étoffe et la cloison. Une certaine honte me gagne, bientôt remplacée par l’audace : je glisse un regard vers l’intérieur du box. La faible lueur d’une veilleuse posée sur la table de chevet suffit à éclairer le couple de femmes allongé sur le lit minuscule. Pauline darde la blancheur de son auguste fessier dans ma direction. Installée entre les jambes de Sandra, elle a le visage posé sur son intimité et les mains agrippées à ses hanches. Les mains fines de Sandra sont enfouies dans les boucles de Pauline. Caressant ses cheveux, elle l’encourage à poursuivre les faveurs buccales que sa partenaire est en train de lui prodiguer. Les yeux clos, Sandra peine à contenir ses soupirs, ses jambes tremblent et tout son corps semble vouloir tanguer avec volupté. De temps à autre, de légers bruits de succion me parviennent et m’électrisent. Fascinée par la scène, je me vois prendre la place de Pauline pour goûter à sa place aux points sensibles de Sandra. Je sais pertinemment que je ne peux pas bouger et que je ne devrais pas rester là, sombre voyeuse plantée dans l’obscurité.
Quelque part, j’ai honte. Quelque part, je sens que mes désirs au féminin vont trop loin à cet instant précis et me rendent Autre. En silence, je contemple la main de Pauline qui s’active sur son propre sexe béant alors qu’elle continue à lécher avidement sa belle. Mon bas-ventre est en feu et ma main moite aspire à imiter celle de Pauline, sur mon propre berlingot. Dès lors, je cède à mon envie et mes doigts se mettent à caresser mon abricot sous l’élastique de mon pyjama. Mon majeur ne rencontre aucun obstacle, aucun sous-vêtement, quand il cherche le contact humide de mon clitoris gonflé de sang. Sous mes yeux, le couple s’est enlacé et s’embrasse passionnément, laissant la main frénétique de Pauline amener Sandra au bord de la jouissance. Je suis alors convaincue que d’autres dormeuses autour de nous entendent ce qui se trame ici. Je les imagine allongées dans le noir, amusées ou excitées, intriguées, les yeux grands ouverts. Je risque moi-même de me faire surprendre si l’une d’elles décide de quitter son lit. Cependant, je demeure ainsi dans l’allée, une main posée sur la cloison de bois pour compenser la faiblesse soudaine de mes jambes chancelantes de plaisir. Quelque part, j’ai honte, mais la sensation est délicieuse et me pousse à me caresser encore, oui encore, à pénétrer de mes doigts trempés mon sexe qui voudrait tant se presser contre le bassin de Sandra. Les yeux mi-clos, je la regarde jouir, les lèvres serrées et le corps cambré contre celui de Pauline qui couvre ses seins de baisers. Puis, à mon tour, je jouis dans le noir, sans un son, avant de regagner mon lit aussi discrètement que je l’ai quitté. De toute évidence, ma présence est passée inaperçue. Bientôt, l’internat est à nouveau plongé dans le silence le plus total.
Je me réveille un peu plus tard et constate avec désespoir que je n’ai dormi que trois heures. Mon front paraît brûlant lorsque j’y pose la main et la sueur a collé la soie de mon pyjama à mes seins. Les yeux clos, j’écoute mon souffle s’apaiser, avant que mes lèvres ne s’étirent en un sourire amusé. Je me rappelle mon rêve, qui commence par cette question innocente de mon amie Hélène :
Dans ce songe, je reste interdite, agenouillée sur le matelas et la main posée entre les petites lèvres d’Hélène. Celle-ci se tortille en tous sens tant son clitoris apprécie le lent ballet de mes doigts sur son petit bouton. Remarquant mon hésitation, elle se redresse d’un geste et pose un baiser gourmand sur ma bouche en empaumant mes seins.
Joignant le geste à la parole, Hélène s’installe sur le ventre et m’attire doucement à elle. Délicatement, je m’allonge contre son flanc et écarte ses cheveux longs pour dégager sa nuque. Elle frémit quand je pose quelques baisers dans son cou.
Je m’exécute et entame un lent balancier de mon bassin contre son fessier, cherchant le contact le plus agréable de mes grandes lèvres contre sa peau. Hélène, déjà étreinte par une forte excitation, se met à gémir au même rythme et laisse chacune de mes poussées plaquer son mont de Vénus contre le matelas.
Je me souviens de la surprise que j’ai ressentie en rêvant de cette Hélène si audacieuse, comme si de nous deux c’était elle la plus expérimentée avec les femmes. Pourtant, cela ne m’empêche pas d’accélérer le rythme de mon bassin contre ses formes généreuses. De plus en plus sauvagement, je me frotte contre ses reins jusqu’à ce que mon clitoris devienne fou et que les gémissements d’Hélène se déchaînent. Subitement, je voudrais posséder deux autres mains pour caresser en même temps son dos perlant de sueur. Je voudrais deux autres mains pour pouvoir caresser à nouveau ses cheveux et, le buste plaqué contre elle, saisir ses mèches brunes en un simulacre de domination. Dans ce songe, je voudrais même plaquer mes paumes contre ses épaules pour la maintenir immobile, au cas où elle serait tenaillée par la moindre envie de se soustraire à mes assauts lubriques. Pendant cette folle cavalcade, je baisse les yeux par hasard et mon sang ne fait qu’un tour. Je me découvre alors pourvue d’un membre érectile bien raide. Un gode-ceinture ? Absolument pas ! Entre mes jambes, de chair et de sang, se dresse une verge pourpre et épaisse, dont la remarquable longueur disparaît de moitié par intermittence dans le sillon fessier de Sandra. Affolée par la tournure que prend mon rêve, je suis brutalement tirée du sommeil par mon inconscient. Au creux de mon ventre, mon sexe palpite encore d’envie. De vie.
Le temps printanier de cet après-midi sublime le bien-être que je ressens enfin en marchant sur le sentier. Le poids de mon sac à dos s’est fait oublier depuis que j’ai trouvé mon rythme de croisière. Notre groupe chemine en silence parmi les fougères et les pins vertigineux. En-tête, Myriam se retourne de temps à autre afin de s’assurer que la file indienne n’a perdu aucun de ses maillons.
Écouter, regarder, sentir. Les consignes paraissent simples et pourtant… Je me suis mise en marche tout à l’heure avec les autres en repensant à ma conversation avec Pauline. J’ai arpenté les rues de la ville en direction de la campagne environnante, alourdie par des poids ralentissant mes pas : le poids de mon sac à dos, pourtant très relatif ; le poids d’une tristesse ou d’une amertume que je pensais un peu allégée depuis quelques jours ; le poids du doute. Pour faire abstraction des mains entrelacées de Sandra et Pauline qui avancent devant moi, je me force à lever la tête vers les frondaisons luxuriantes. Respirant l’odeur des pins à pleins poumons, je me laisse surprendre par le son des coups de bec rythmés d’un pic vert. Écouter, regarder, sentir… Et se contenter de cela. Malgré tous mes efforts, un visage vient s’ancrer périodiquement sur les décors bucoliques qui m’entourent. À deux reprises, mes yeux se voilent d’humidité.
Devant moi, je vois Myriam se retourner à nouveau. Cette fois-ci, elle laisse passer devant elle les randonneuses me précédant et reprend sa marche quand j’arrive à sa hauteur. Nous avançons ainsi côte à côte pendant quelques minutes. Mes tentatives pour m’absorber dans la contemplation du paysage ne font cependant pas illusion auprès de l’animatrice, qui finit par rompre le silence :
Sans cesser de marcher, je lève les yeux vers le visage vaguement inquiet de Myriam. Cet après-midi, elle n’est plus la Miranda vêtue d’une robe griffée et chaussée d’escarpins vernis. Sous sa casquette et son coupe-vent de randonnée, elle ne montre désormais de ses atours que le maquillage ornant ses yeux et le vernis écarlate de ses ongles parfaits. Pourtant, je me sens envoûtée par sa voix et lui réponds d’un ton tout aussi doux :
Myriam reste impassible, mais fait remarquer d’un air pensif :
Je laisse ces mots s’imprégner dans mon esprit, mais ne sais que répondre.
Je me sens perdue… quel est donc ce lieu ? Le couloir désert qui se déroule devant moi ressemble à s’y méprendre à celui d’un château médiéval. L’obscurité qui y règne est presque totale. Le pas hésitant, je m’aperçois que mes pieds sont aussi nus que le reste de mon corps, car le contact de la pierre froide me fait frissonner. D’autant plus qu’un courant d’air glacial s’engouffre tout à coup par l’une des meurtrières. Étreinte par l’angoisse, je m’approche pourtant de l’ouverture et jette un œil au-dehors. En contrebas, je ne distingue à perte de vue que des champs cernés de haies, éclairés par une pleine lune au teint blafard. Son faisceau parvient tout de même à m’offrir une source lumineuse salutaire.
Soudainement, je sens une présence inquiétante dans mon dos alors que règne le silence le plus total. Toujours tournée vers la meurtrière, je n’ose bouger d’un pouce. Le plus lentement possible, je tourne la tête pour tenter de discerner une éventuelle silhouette. Mon cœur bat à tout rompre. J’ai terriblement froid, mais sens des sillons de sueur dégringoler le long de mon dos. À demi retournée, je ne peux m’empêcher de sursauter quand une voix me demande :
Je reconnais immédiatement le timbre suave de Myriam, qui se tient juste derrière moi. La lune fait scintiller le bleu de ses yeux, inhabituellement cernés de crayon noir. Comme moi, elle est nue. Mon regard s’attarde sur ses seins lourds et les grains de beauté qui parsèment son ventre à la manière des étoiles de la Grande Ourse. Sans dire un mot, elle avance et m’entraîne plus près du mur. J’y plaque mes paumes à hauteur de ma tête. Elle pose alors une main sur chacun de mes bras, qu’elle se met à caresser délicatement, des poignets aux omoplates. Je me surprends à trouver la sensation exquise, car ses caresses me réchauffent.
Ses mains quittent bientôt mes bras pour rassembler mes cheveux et me masser les épaules avec une douceur teintée de fermeté. Ses tétons tendus, puis les globes de ses seins se pressent contre mon dos. Toujours sans un mot, elle dépose plusieurs baisers appuyés dans mon cou. Sa langue effleure ma peau, puis goûte le lobe de mon oreille. Je voudrais bouger, mais j’en suis incapable. Je voudrais non pas me soustraire à ces avances, mais me retourner pour enlacer, embrasser, caresser. Les doigts de Myriam, posés sur ma taille, descendent sur mon ventre, tandis qu’un objet cylindrique en latex entre en contact avec l’arrière de ma cuisse. Surprise, je laisse la chose se presser contre ma peau, s’y frotter avec insistance. Doucement, Myriam me pousse contre la muraille de pierre brute et me murmure à l’oreille :
La main de Myriam vient de glisser sur mon mont de Vénus, entraînant mon bassin en un oscillement involontaire. Contre ma peau, je sens le frottement du godemichet qui me caresse tel un gros gland tentateur. La chair de poule qui me saisit alors n’est pas causée par le froid, mais par l’envie de sentir cet appendice, bien qu’artificiel, assiéger mon intimité.
L’intensité de ce rêve étrange, ou plutôt de cette bribe de rêve, m’a réveillée en sursaut. Je m’installe plus confortablement sur le matelas, dans un grincement métallique. Mes yeux se referment, car j’ai envie que la scène se poursuive. Évidemment, une fois passée la porte de sortie du royaume des songes, il est impossible de faire demi-tour. Dès lors, c’est mon imagination qui m’y transporte à nouveau et je pose ma main là où celle de Myriam s’est arrêtée. À défaut de gode-ceinture, mes index et majeur pénètrent mon sexe moite, jusqu’à ce que tout mon corps divague dans mon monde de plaisir. J’imagine, sous mes propres caresses, que mon bassin tangue au rythme des coups de reins de Myriam me prenant avidement, debout contre la muraille du château.
Mes nuits sont agitées, mais en journée, je trouve une certaine sérénité à profiter de nos activités et à échanger avec les femmes du groupe. Les soucis ou les aspirations de certaines de mes compagnes de retraite me permettent de relativiser un peu l’étendue de mon mal-être. Je ne participe pas à ce séjour suite à un deuil, comme Séverine. Ni parce que le récent diagnostic d’un cancer mine mon envie de vivre, à l’instar de Clotilde. Contrairement à Laura, je n’ai pas non plus vécu de burn-out professionnel dont je dois m’extirper. Dès lors, ne serait-il pas plus juste, me concernant, d’avouer que je ne suis ici que pour un simple chagrin ?
En l’espace de deux jours, des complicités se sont nouées et les langues se sont déliées, en toute amitié. Pour aujourd’hui, Myriam propose, mais nous laisse libres de nos activités du jour, dans la mesure où celles-ci nous amènent à nous détendre, à méditer ou à créer. C’est ainsi que ce matin, la table de massage apportée par Laura trône dans une petite salle d’étude. Sur l’un des pupitres, elle a aligné flacons d’huile parfumée et crèmes de soins et se prépare à accueillir des clientes enthousiasmées à l’idée d’un tel moment de bien-être. En attendant mon tour, je cherche à profiter encore un peu de chaque instant à Saint Gabriel. Profiter, jouir du moment en pleine conscience de son unicité, de son potentiel en bonheur. Dans la jolie chapelle où je m’assois quelques minutes, je me sens dans une bulle de paix qui étouffe les grondements extérieurs de mon âme. Dans la bibliothèque, avec Pauline et Carla, je noircis de quelques vers de ma composition l’une des douze feuilles blanches posées sur les tables. D’autres pages resteront vierges, car certaines d’entre nous préfèrent feuilleter les œuvres de poètes plus inspirés. L’heure du déjeuner et une partie de l’après-midi se passent autour d’une grande table dans l’un des restaurants de la ville. Poissons et fruits de mer frais nous rappellent la relative proximité de la mer.
Néanmoins, ce n’est pas à la plage que nous avons décidé de terminer la journée, avant de repartir chacune de notre côté. L’appel de la forêt a été plus fort, d’autant plus que le soleil est à nouveau de la partie et nous promet à nouveau une belle sortie nature. En bordure des chemins se dressent des chênes et des hêtres centenaires. Comme certaines d’entre nous, j’ai failli me montrer sceptique lorsque Myriam nous a invitées à communier avec le tronc noueux d’un arbre de notre choix. J’ai failli me demander en quoi le fait d’enlacer un arbre m’aiderait à aller mieux ou, pour le moins, à y trouver un quelconque bien-être. Dans mes songes, Myriam m’apparaît domina et je sais pourquoi. Pendant cette retraite, elle s’avère jouer le précieux rôle de guide. Je sais donc également pourquoi je lui fais confiance lorsque je m’approche d’un châtaignier majestueux pour l’enlacer de mes deux bras tendus. Fermer les yeux, respirer, sentir.
Avant de terminer notre boucle, nous nous arrêtons dans une clairière cernée de fougères. La brise y joue avec les herbes hautes, faisant onduler celles-ci comme une longue chevelure livrée au vent. Levant les pieds à chaque pas, nous nous plaçons au centre de cet espace verdoyant. Face à Myriam, nous formons un demi-cercle, tel un collier ouvert de douze perles différentes. Au-dessus de nous, point de canopée, ce qui nous laisse une vue dégagée sur le bleu vif d’un ciel sans nuages. Une fois encore et pour la dernière activité de cette retraite, la voix lancinante de Myriam nous enveloppe :
Les yeux clos, j’inspire profondément. J’inspire la beauté d’une aimée, quelques souvenirs heureux, la sensation d’un plaisir sans bornes. Puis j’expire la tristesse et les doutes, en un long souffle cathartique, vers la voûte turquoise. Sans crier gare, des larmes cherchent alors à se frayer un chemin. Dépitée, j’ouvre les yeux l’espace d’une seconde. Je croise le regard de Myriam qui, d’un hochement de tête doublé d’un clignement de paupières, m’encourage à continuer l’exercice. Alors je recommence. J’inspire à pleins poumons la fierté d’être moi, le bonheur d’aimer, des rires partagés, de petites et immenses joies à venir… Avant d’expirer de toute mon âme la frustration et les regrets. J’imagine ces poids libérer mon cœur et s’envoler vivement vers le ciel. Ils auront tôt fait de disparaître dans les airs, mais reviendront sans doute, comme mes songes, me tourmenter.