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Temps de lecture estimé : 16 mn
27/03/24
Résumé:  Le Romancier se questionne sur cette série de trois et Mona lui présente ses conjoints.
Critères:  fhhh hbi couleurs couple
Auteur : Samir Erwan            Envoi mini-message
Le trouble de Mona Gaze

Quand je vois Mona Gaze se déplacer tout en aisance parmi les invités de la soirée, je suis en train de me masser la main droite. J’avais passé la journée à offrir des dédicaces lors d’un Salon, à écouter des lecteurs me signifier leur appréciation de mon dernier roman, à me faire part des discussions de couples qu’il avait engendrées. Je ne m’attendais pas à une telle réception : « À quel nom ? », demandais-je, et je signais, en gribouillant une phrase évoquant l’avenir ou les mutations en devenir.


Tandis que je malaxe le muscle qu’on appelle l’éminence thénar – celui que nous avons entre le pouce et le poignet –, Mona m’aperçoit et se dirige vers moi. Elle remarque que je pétris ma main pour soulager la douleur procurée par le fait de tenir un stylo toute la journée. Habillée d’une courte robe de cocktail noire avec un bustier trapèze qui s’attache autour du cou, elle me lance un beau sourire avant de me donner la bise en me susurrant à l’oreille :



Je n’ai pas le temps de réagir, sinon en grimaçant d’incompréhension, elle fait un pas arrière et me regarde, fière : ses yeux vert amande m’enchantent et ses fossettes se creusent. D’une voix plus forte ensuite :



Mona se tourne vers un homme d’une soixantaine d’années avancées, bien mis sur lui, élégant, en forme pour son âge, cheveux poivre et sel, qui me tend la main en me vrillant de ses yeux bleus et rieurs :



Mona n’a pas le temps de rester près de moi ni Pierre d’ailleurs, ils sont amenés à sourire à d’autres invités. Mona a un beau dos nu, musclé, sa robe s’attache avec une fermeture éclair et j’ai reconnu Pierre : il s’agit aussi d’un auteur fameux, faisant carrière depuis plus de quarante ans. J’ai lu ses bouquins quand j’étais tout jeune et je me souviens avoir clos ses livres, fermé les yeux, soupiré et espéré, en admiration, un jour écrire comme lui. Mona et lui ? J’entends rire fortement et me retourne :



Mona lui caresse la hanche en tournant l’Éditrice vers ma direction :



L’Éditrice m’embrasse les joues, heureuse de me trouver :



Mona m’adresse un nouveau clin d’œil, donne son bras à Pierre aux yeux bleus et tous les deux se dirigent vers le bar, me laissant en plan.



*



Autre soirée mondaine, quelques semaines plus tard. Une réunion de critiques littéraires et de chercheurs en littérature, quelques collègues écrivains : on a vivement encouragé ma présence à ce type d’évènement pour, sans le démontrer, promouvoir mes romans et la Maison d’Édition. Je bois au bar avec un Ami qui écrit des trucs sur le décolonialisme : il est sympa, l’Ami, mais son écriture est imbuvable. Alors on commande des cocktails et on se saoule. Il me dit :



Je ne sais que répondre sinon : « N’importe quoi ! » et tente de saisir ce qu’il vient de lancer. Celui qui cherche à comprendre la mutation du larynx serait… mon MOI déguisé ? Mais « JE » est un autre alors… pas de souci à se faire :



Je l’ignore et m’accoude, dos au bar. Je regarde les invités. Sans surprise, mais avec émotion, j’avise Mona saluer des amis, rigoler un verre à la main, embrasser sur la bouche mon Éditrice qui elle aussi s’amuse dans ce rassemblement. J’examine mon verre en forme de dôme inversé et doute : ai-je vraiment remarqué Mona et l’Éditrice s’embrasser sur la bouche ?


Cette fois-ci, ma Conseillère porte un pantalon en similicuir noir, moulant, à taille haute. Avec de fins talons, toujours. Et un haut noir, encore, sans manches, léger, confortable, sexy. Décidément, je n’ai rien appris avec elle, il me faut toujours la décrire : ses anneaux à ses oreilles qui font rayonner son visage, ses bracelets qui cliquent alors qu’elle dépose son verre à une table, sa fine chaîne autour du cou qui rappelle mon regard à son visage, ses cheveux noirs attachés, sa frange, son sourire, ses fossettes, ses yeux qui brillent en me voyant. J’avale ma salive, elle vient vers moi d’un pas décidé et lève ses deux bras. De ses mains, Mona enserre mes joues et je crois, soudainement figé, qu’elle fera comme avec l’Éditrice, mais non, elle me fait la bise tout heureuse de me rencontrer en cette soirée et elle me le fait savoir en gardant une main chaude sur mon bras. Je pense qu’elle a bu quelques verres :



L’homme qui vient vers nous n’est pas Pierre le vieil écrivain, mais un beau jeune homme, fin vingtaine peut-être, avec quelques piercings au visage, des tatouages sur les bras, des yeux noirs, des sourcils noirs. Il me serre la main et quand il me parle, je suis obnubilé par son charme, et les piercings sur sa langue ; une boule au centre, un anneau sur le bout. Mona s’enthousiasme :



Mona me caresse la joue rapidement en me souriant : « Allez, à bientôt ! » et va se servir un autre verre. Elle profite vraiment de sa soirée, Quentin, jamais non loin. Je regarde son cul. L’Ami qui écrit sur le décolonialisme me glisse :



Et je détourne mon regard du cul de Quentin pour celui tout aussi sexy de Mona, dans son pantalon moulant, en train de rire avec des amis, alors qu’elle repousse ses cheveux noirs.



*



Une autre semaine, un autre lieu :



Je suis seul et je m’emmerde. Au moins, l’alcool est gratuit. Tous des tocards, tous des faux-culs, des hypocrites qui se font du fric sur notre dos, nous les auteurs, les autrices : la littérature pour eux n’est qu’une richesse argentée, et non de savoir. Je souris, réponds aux questions que certains invités me posent, je me retrouve dans un coin. Tout près de Mona. Qui s’ennuie aussi, une flûte à la main. Belle, comme toujours : une robe salsa, asymétrique, courte, noire, sa peau pâle en valeur. Je la retrouve, en levant mon verre, nous portons un toast simple :



Les bretelles fines de sa robe sont reliées par un anneau dans son dos nu, elle me dit :



Je ne termine pas ma phrase, car Mona embrasse un grand homme noir, athlétique, souriant, habillé d’une chemise blanche et serrée sur ses pectoraux :



Nathan me sourit honnêtement et englobe ma main :



Mona appuie son index sur les lèvres de Nathan en chuintant et change de sujet pour nous inclure dans la même discussion :



Je tente de ne pas les regarder, mais je rebondis sur l’information :



Mona se retrouve dos à lui, plus petite que lui, et le couble – non, le couple – me regarde, intéressé. Mona s’accole lascivement à son troisième conjoint – ou je me trombe  ? Je me trompe  ? –, et lui, Nathan, le visage rieur, ses yeux entrant dans mon corps, semble vouloir mieux me connaître. Mais je suis un écrivain, je me raconte des histoires :




*



L’oreille collée au téléphone :



Un silence au téléphone. L’Éditrice serait-elle empathique ? Elle ne veut pas que du fric ?



*




*



Un appartement épuré malgré les nombreuses étagères en verre supportant des collections de livres. Des sculptures, des tableaux, de confortables fauteuils. Et des baies vitrées partout, encore, offrant les mille toits de la ville comme décor de nuit. La Lune jette sa lueur sur la terrasse, Mona en clair-obscur me sourit de côté :



Mona me devance et en me mordant l’intérieur de la lèvre, je zyeute sa robe courte d’été à volants, sans bretelles, blanche cette fois-ci, qui épouse sa peau opale et contraste avec ses cheveux noirs attachés. Elle ne doit pas porter de soutien-gorge, me dis-je en suivant son pas, et de culotte ? Pierre, le vieil écrivain que j’enviais tout jeune, est assis à un piano à queue et termine une sonatine avant de se lever et de venir à ma rencontre :



J’aurais pu continuer à représenter le panorama qu’il voit tous les jours, toutes les nuits, mais je suis interrompu dans ma tirade par Quentin qui débouche du couloir, un plateau à la main et singeant un maître d’hôtel maladroit. Piercings au visage et tatouages sur les bras, il rigole en disant « Attention », feignant d’échapper les verres à cocktail, mais il est habile, il dépose tout sur la table basse. Mona rit, c’est bon l’entendre rire et j’entends claquer les mains de Nathan entrant dans l’énorme appartement et qui s’exclame en un « Ah ! » de satisfaction :



L’ambiance bon enfant et complice me rend quelque peu mal à l’aise : je croyais travailler avec ma Conseillère littéraire sur mon blocage d’incohérence et sur mon manque d’inspiration pour perdurer dans le monde livresque, et me voilà à boire de la vodka sans m’en apercevoir tellement c’est succulent. Des toasts, des sourires, des jambes croisées, chacun confortablement sur son séant, devisant de l’état du monde et prenant de petites gorgées, avec Quentin qui remplit les verres d’une réserve déjà concoctée.


Je me sens bien, mais mon questionnement sur la cohérence du récit évoquée à l’Éditrice – une série simple, trois épisodes, des unités de temps, de lieu, une question existentielle à la fin – me triture et me harasse. Suis-je bien ici pour causer littérature ?



On me raconte donc, à quatre voix, que Mona et Nathan étaient colocataires, il y a des années (ils rient en se remémorant quelques anecdotes universitaires). Ce qui devait arriver est arrivé après plusieurs (é)mois de vie commune, ils se sont vus nus et ont vécu une histoire d’amour ensemble (Nathan qui tient la main de Mona me perturbe).



Ils s’étaient par contre donné une liberté.

Plus tard, Mona a rencontré Pierre à un salon, elle avait lu tous ses livres, et lui, le vieil homme, était charmé par cette jeunesse (l’œil de Pierre qui vibre toujours autant en regardant ma Conseillère). Pierre écrivait à l’époque des livres BDSM loups-garous/vampires. Surtout axés sur la domination et la soumission, les jeux de rôle de chantage et de contrainte, les bouquins de Pierre inspiraient Mona et Nathan. Après des discussions avec les deux intéressés, Mona a donc invité son colocataire aux ébats entre Pierre et elle (le geste de Pierre, ce baiser sur la bouche de Nathan, m’agite).



Puis Nathan a rencontré Quentin à un restau, ils se sont charmés (les papillons dans les yeux de Quentin vers Nathan, puis son regard vers Pierre, puis vers Mona ; son sourire à elle, ses fossettes), et Nathan, après avoir bien causé de ses émotions avec Mona et Pierre, Quentin le plus jeune du groupe s’est retrouvé dans ce quad amoureux…



Je réfléchis le nez dans mon verre vide, Quentin le remplit de nouveau, la vodka me monte à la tête, il a de beaux yeux, Quentin. Pierre dégage une prestance hors norme. Et les bras de Nathan semblent fermes. Mona me sourit et me pénètre de ses yeux verts :



Je hoche la tête, indécis. Quentin prend son portable et manipule son écran tactile. Je regarde Pierre et me sens charmé par son regard envoûtant et bienveillant. Par celui de Nathan aussi, mais ce dernier semble plus attiré par ma personne, comme si je l’avais ensorcelé, je ne sais, je ne sais. Une alerte de notifications se fait entendre, Quentin me sourit de manière magnétique. Pendant ce temps, Mona s’explique :



Je le retire de ma poche arrière, j’ai une notification, je viens d’être inclus dans un nouveau groupe. Quentin me fait un clin d’œil. Pierre rigole gentiment et pose sa main sur la cuisse de l’homme aux piercings. Ce dernier attire la caresse du vieil homme vers son entrejambe. Mona, séduite par le geste, émet un petit rire. Nathan aussi, mais plus caverneux et il attire ma Conseillère vers lui, l’embrassant à pleine bouche. Mona se laisse aller, les caresses de Nathan descendent sur ses épaules dénudées, ses clavicules et doucement, fait descendre sa robe d’été sous ses seins qui jaillissent. J’ai des spasmes au cœur, je détourne le regard, confus, pour remarquer Pierre penché entre les jambes de Quentin : il a son sexe en bouche, il lui malaxe doucement les couilles et Quentin soupire. Je zyeute la bouche de Pierre sur ce membre bien dur et je salive. Mon regard revient vers les seins de Mona que Nathan mordille, Mona entourant de ses bras la tête de son amant : elle me dévisage, scrute mes intentions, elle sourit, satisfaite de l’effet pour le futur de la littérature. Je me surprends à me caresser par-dessus mon pantalon, comme lors de ma dernière discussion sur les mutations humaines…


Je ne sais plus où poser mon regard, mon gaze, je ne sais quoi décrire ; la main de Quentin dans les cheveux poivre et sel de mon auteur favori lorsque j’étais plus jeune ? Les lèvres mouillées de Pierre autour d’une bite plus jeune ? Ou bien les seins libres, lourds et pointus de Mona ? Sa main fine et blanche en train de branler le calibre noir de Nathan ? Ou bien encore cet énorme sexe ? Je salive et déglutis. Puis Mona m’invite de son index et d’une petite torsion du cou à la rejoindre. Je fixe ses seins, mais suis soudainement obnubilé par les couilles de Nathan :



Pierre lève la tête pour m’observer aussi, de la salive sur les lèvres, il sourit et lui et Quentin s’embrassent passionnément.



Je m’ajuste à sa volonté et me retrouve à genoux entre les jambes musclées de Nathan. De mes yeux, je constate la grosseur du chibre que Mona tient d’une main coulissante. Mon attention longe son bras blanc, s’arrête sur ses seins libres et majestueux aux auréoles foncées et durcies, monte vers son cou, son larynx, sa mâchoire, ses lèvres reluisantes, agréables. En même temps, elle et moi nous rapprochons l’un de l’autre en humidifiant nos lèvres de nos langues. Et sa chaleur m’emporte, sa langue en moi, la douceur de sa peau…

Mona me sourit, je m’exprime d’un souffle :



Les fossettes de Mona se creusent :



Je m’adapte au mouvement qu’elle me propose, sa main derrière ma tête et je salive en avisant le sexe tout près. Quentin et Pierre nous rejoignent en enlevant leurs vêtements et tandis que j’écume, tandis que Mona soupire – un moan que je souhaitais véritablement entendre depuis sa connaissance – tandis que je suis maintenant caressé par de multiples mains, partout, six ? Sept ? Je me questionne sur ce que j’enserre de ma main. Et sur ce que j’englobe de mes lèvres.