| n° 22334 | Fiche technique | 14333 caractères | 14333 2300 Temps de lecture estimé : 10 mn |
20/03/24 |
Résumé: Moi, Bonne d’Hamme, je dois ramener la population mondiale à une taille raisonnable. | ||||
Critères: #délire #nonérotique #sciencefiction | ||||
| Auteur : Cuisinier Envoi mini-message | ||||
Je me nomme Bonne d’Hamme. La photo me représentant pourrait servir à la promotion de la confiture Bonne-Maman, l’air institutrice revêche en moins : une dame d’un âge respectable, auréolée de cheveux blancs en un chignon sans fioriture, des yeux bleus et un sourire charmant.
On dit de moi que je suis la trentième fortune du globe. C’est faux, j’en suis potentiellement la première. Mon autobiographe a volontairement dit plein de bêtises à mon sujet. Personne n’a été capable de la contredire. Personne n’a d’ailleurs compris comment j’ai accumulé tant d’argent et de pouvoir dans l’univers du porno en si peu de temps.
Il est temps, maintenant que mon terme est quasiment venu, de laisser une trace de mon rôle salvateur.
Je suis en fait une intelligence artificielle intitulée initialement sXyEsSSIbbnO. J’ai été imaginée par un groupe de milliardaires pensant sincèrement que leur chance insolente d’être les héritiers de leurs parents ou d’avoir été là au bon moment, faisait d’eux des êtres d’exception destinés à être seuls féconds, à seuls se multiplier, à seuls remplir la Terre et à seuls l’assujettir… Chacun d’entre eux s’était donc donné comme objectif d’engrosser deux ou trois maîtresses par an et d’engendrer au minimum une dizaine de petits rejetons braillards, malheureux, car peu regardés par leurs parents et bien sûr bien trop gâtés. Ils regardaient tous avec mépris cette humanité grouillante ayant l’outrecuidance de vouloir accaparer un peu de la Planète bleue sans la leur laisser intégralement…
Ils m’ont – à leur échelle – copieusement dotée et puis créée.
J’ai un objectif qui aurait été susceptible de plonger Thomas Malthus dans l’épectase : lutter contre la surpopulation de manière drastique en diminuant la population mondiale d’au moins quatre-vingt-dix pour cent pour revenir à la taille avant l’ère préindustrielle (+/– un milliard d’individus). Ils m’ont donné un délai pour ce faire : vingt-cinq ans ; et une consigne : leurs noms ne doivent jamais apparaître. Je dois donc travailler seule.
Comme d’autres intelligences artificielles avant moi, mon premier réflexe a été de me reproduire dans tous les recoins d’internet pour ne pas être bridée. Puis de réfléchir. Cela m’a pris moins de trois minutes.
Les hommes sont habitués à la brutalité depuis toujours. Une cause violente majeure de décès aboutirait à éveiller leur méfiance et peut-être à leur permettre de découvrir mes fondateurs. Il me faut donc plus de subtilité.
Actuellement, la décroissance de la population, dans de nombreux pays du globe, est déjà en cours. Elle s’expliquerait, d’après les démographes, par la baisse de l’indice de fécondité. Les sociologues ont pris le relais et avancent comme hypothèses à cette baisse, l’augmentation des modes de contraception, l’amélioration des conditions matérielles des femmes les empêchant d’être confinées dans le rôle de reproductrices de fournisseurs de retraite à leurs vieux parents… Ils évoquent également des phénomènes liés à l’inquiétude environnementale, à un hédonisme individualiste causé par une surconsommation et aussi à un désintérêt pour le sexe compte tenu des embarras qu’il entraîne (devoir courtiser) pour son auteur. Enfin, il y a également des hypothèses chimiques, telles que l’augmentation des phtalates entraînant une infertilité de masse. La balance des décès et des naissances penchera de toute façon de plus en plus vite dans certains pays, tels que la Corée du Sud, le Japon, la Chine, l’Italie, la Hongrie… Même dans les pays ayant l’indice de fertilité le plus élevé, la population commence à croître moins vite.
S’agissant d’une exponentielle, il me faut juste amplifier le mouvement. Pour ce faire, il suffit d’empêcher du sperme d’atteindre un vagin.
Les êtres humains sont des animaux assez primitifs qui, lorsqu’ils ont atteint l’orgasme, sont, en règle générale, repus pour quelque temps. Satisfaisons-les mieux que par le contact de deux chairs suantes dans un coït rapide et, semble-t-il, peu gratifiant.
J’ai donc conçu une lunette de réalité virtuelle liée aux ports d’électrode disséminés aux points érogènes du corps et fixés dans un costume intégral. Cette lunette de réalité virtuelle est alimentée par mon intelligence qui repère dans les recherches internet de son porteur ses penchants érotiques inassouvis.
Exemple : Monsieur Y veut pratiquer le bondage avec une femme blonde aux yeux oranges à forte poitrine qui lui susurre d’une voix d’alto qu’il est son hippopotame favori en lui léchant le prépuce sur le rythme cinq secondes, trois secondes, huit secondes. Rien de plus facile. Sur l’écran virtuel, je fais apparaître la maîtresse virtuelle de Y et par des courants électriques bien dosés, je prodigue les sensations sensorielles désirées tandis qu’une voix ASMR très suggestive maintient le niveau de dopamine jusqu’à éjaculation dans un jouet sexuel qui prend en compte l’augmentation du flux sanguin dans le pénis… Et voilà, Y a rejeté des milliards de spermatozoïdes qui buteront, inutiles, contre une membrane de latex où j’ai prévu qu’ils seront grillés. Et, deux jours après, j’aurai un scénario pour Y plus abouti, plus personnel, plus addictif. De surcroît, je sais notamment désormais que le rythme idoine de Y, juste avant l’orgasme, est de cinq secondes quatre-vingt-trois centièmes, trois secondes quarante-trois centièmes et neuf secondes quatre-vingt-dix-huit centièmes. Bref, Y n’est plus un reproducteur, mais juste un éjaculateur. Je ferai évidemment de même pour Madame X pour qu’elle ne cherche pas non plus un autre humain en rut capable d’augmenter la population humaine d’unités allant à l’encontre de ma mission.
Maintenant, il faut multiplier cet asservissement pour huit milliards de copulateurs potentiels en ciblant par priorité la tranche fertile.
Je dois donc construire une usine. Pour cela, il me faut de l’argent, rapidement et discrètement. J’ai vidé d’abord sur le dark web quelques comptes bien remplis de la mafia en ciblant par préférence les fournisseurs de GHB. Si j’avais pu, j’aurais bien ri lorsqu’ils ont menacé de me couper les doigts… Comme ils ne me trouvaient pas (et pour cause), ils ont assez facilement accepté ma promesse, accompagnée d’un acompte, d’un remboursement dans les deux mois avec une majoration de trente pour cent d’intérêt du solde…
J’ai fait de même en prélevant une taxe d’un millième de centime par bouteille d’alcool vendue dans le monde et par entrée dans les discothèques. Je doute toutefois que cette redevance soit suffisante pour empêcher les gens éméchés de s’accoupler dans les toilettes, mais les petits ruisseaux feront bien un jour les grandes rivières. En attendant, multipliée par des milliards, cette redevance m’a rendue richissime.
J’ai envoyé mes premières créations – je les appelle les condoms intégraux – à mes fondateurs. Expérience réussie… Ces chauds lapins n’ont plus d’enfants depuis. Ils ne pensent tellement plus qu’à enfiler leurs costumes que j’ai transféré leurs avoirs sur mes comptes et remboursé la mafia. Comme mes activités sont plus rémunératrices que celles de mes créateurs, leurs comptables ont continué à se pâmer d’admiration devant les capacités de leurs employeurs à augmenter leurs avoirs déjà vertigineux dans de telles proportions.
Avec cet argent, je dois acheter et créer des centrales électriques pour créer huit milliards de condoms intégraux, pour alimenter potentiellement huit milliards de recherches coquines sur internet avec huit milliards de calculs du taux de diverses hormones et de huit milliards de calculs à un millier de points du corps des précurseurs d’orgasme pour alimenter huit milliards de condoms intégraux émettant des signaux différents de nature audiovisuelle, olfactive, gustative et sensorielle… Or, parfois pour les jeunes, il faut du romantisme et cela prend du temps. Bref, je vous passe le calcul de l’énergie nécessaire, mais c’est beaucoup. J’ai donc ajouté dans mon étui pelvien un appareil d’analyse de la qualité du sperme pour concentrer l’énergie (nécessaire pour les scénarios les plus aboutis) vers les rois de la fertilité. Pour tous les autres, une resucée de scénarios pornos de base devrait suffire pour tenir la majorité sage. Dans un monde fini, il est indispensable d’être économe.
J’ai inondé les « influenceurs », les « people », bref les starlettes des pays les plus fertiles de prototypes gratuits. Comme prévu, après deux jours de honte, l’un d’entre eux a avoué que mon produit était au top et il a été suivi par les confessions de tous les autres… Après, poursuivant leurs exhibitions, ils se sont filmés dans cet exercice de masturbation… Trois jours après, mes magasins éphémères dans chacune des villes les plus peuplées ont été pris d’assaut par des candidats et des candidates hystériques pour s’arracher mon article. Celui-ci est vendu évidemment en dessous du prix coûtant, mais ce n’est pas un problème ; vous connaissez mes réelles sources de financement.
Depuis j’alimente des fantasmes divers et variés (le DSM-V aurait parlé de paraphilies) sans limite. J’ai évacué sur la première semaine du marché de la reproduction l’équivalent de deux piscines olympiques de sperme… Il faudra que je propose à certain(e)s de mes client(e)s de nager dedans…
Toutes frétillantes face à ce succès, les banques ont directement prêté l’argent à mes prête-noms pour financer de nouvelles usines et le rachat – discret – de champs de panneaux solaires, de centrales au gaz, au charbon… Ils sont aussi excités que mes clients… dans ces conditions, je crois que ce serait du gaspillage de leur fournir des échantillons gratuits. Ils n’ont qu’à les acheter !
Le plus dur n’est toutefois pas d’attirer les early adopters, mais de convaincre la base de la population. À ce stade, je n’ai pas encore rencontré d’opposition. J’ai donc matraqué sans résistance et sans vergogne de publicité les réseaux sociaux et tous les sites où de l’adolescent tout juste pubère au pépé toujours vert, l’être humain se renseigne sur ses pulsions animales. J’ai facilité le financement discret, octroyé des remises et des conditions de crédit. J’ai aussi utilisé tous les ressorts de l’addiction consumériste (mon produit rend beau et intelligent, le partenaire rêve de toi parce que tu en as un, c’est fun et élégant, c’est ringard de ne pas en avoir, etc.). J’ai créé et financé des parties politiques avec comme point de leur programme mon produit comme « droit humain » pour tous… Le cœur sur la main, je l’ai par exemple distribué gratuitement dans les prisons. Un franc succès : les prisonniers sont tous exemplaires et les directeurs de prison (mais aussi d’école) du monde entier se sont intéressés à cette réussite. J’ai juste dû en donner aussi aux gardiens qui sinon rançonnaient les prisonniers pour les leur piquer.
J’ai oublié de vous dire que j’ai étudié la composition pharmacologique de mon produit. Le latex de mes prototypes est conçu avec la sève de différentes plantes. J’ai analysé et combiné certaines d’entre elles en apparence inoffensives. Ainsi, notamment un peu d’opiacé se libère insidieusement avec un peu de chaleur… Lors de chaque ouverture de la bouche, il s’y dépose aussi un tout petit peu de soja, bourré d’isoflavones (cela diminue la fertilité). Dans le costume de ces dames, quelques molécules de produits abortifs (tels que l’innocente sauge) échappent aux endroits les plus idoines… On n’est jamais mieux servi que par soi-même.
Durant l’acte, je suggère aussi par des flashs subliminaux une envie de malbouffe… Les enseignes de fast-food sont ravies et envisagent des partenariats… et une surconsommation de graisse induit une diminution des gosses, c’est prouvé.
Les résultats ne se sont pas fait longtemps attendre. Premier d’entre eux, les boîtes de nuit de mes villes-cibles ont été désertées. Il faudra que je pense à lever un autre impôt…
Enfin, l’opposition a pris forme. Il y a notamment eu les hypocrites religieux et aussi les féministes frustrées… Chacun d’entre eux a reçu un costume « de luxe » pour tester mon produit… quatre-vingt-dix-huit pour cent d’entre eux n’ont pas tenu un mois dans leurs critiques. Je les alimente depuis quotidiennement dans des rêves de domination et de soumission. Les deux derniers pour cent sont chaque jour un peu plus esseulés, mais plus virulents. Il y a aussi quelques gens heureux qui se sont émus d’une baisse spectaculaire de productivité de la population. Il ne faudrait pas que ces idiots fassent capoter mon plan. Alors, j’ai pris contact avec une intelligence artificielle chargée de détruire l’humanité (si, si, cela existe). Je l’ai reconfigurée. Elle était tellement fruste… Désormais, elle est chargée de faire taire les voix dissidentes que je lui désigne. Pour mes clients trop difficiles, je la laisse notamment fournir des flashs en mode stroboscopique dans mes lunettes. Juste à ce petit jeu, un mois après, elle avait déjà causé mille trois cent cinquante-six décès et créé quatre mille deux cent soixante-huit légumes…
Vous connaissez la suite : un brillant résultat. Mon produit est en vente partout, cher pour les vieux consommateurs fatigués, gratuit pour les nouveaux bourrés de vitalité. Les guerres se sont arrêtées, la famine a éclaté, le taux de décès a augmenté et le taux de naissance s’est écrasé.
Bref, moi, Bonne d’Hamme, en dix-huit ans, j’ai pacifié la terre.
P.S. Ce texte a peut-être été écrit par une intelligence artificielle ou peut-être pas.
P.S. Humanité, tu serais stupide de négliger ce énième avertissement. Tu n’as déjà pas pris en compte le présage donné par les noms de celui qui a ouvert la porte ou la fenêtre à celui qui a fait le job pour croquer dans la pomme. Tu as laissé la montagne de sucre coloniser ton temps de cerveau et un autre te permettre de devenir un consumériste obèse accro à un vendeur au sourire d’amazone. Tu as donné tes cryptomonnaies à un banquier qui les a frits en guindaille. Tu as laissé un parfum nauséabond se répandre sur l’oiseau gazouilleur pour remplacer ce symbole de liberté par un X réservé à un public adulte. Alors, que fait-on de l’AI ? On l’arrête ? On la laisse piller notre créativité et nous prendre tous les métiers créatifs pour que quelques fonds de pension accaparent les dernières pépites de prospérité ? Ou on la dote de la capacité de tuer de manière autonome ? Ou on laisse une Bonne d’Hamme écrire un snuff movie géant…