| n° 22288 | Fiche technique | 18778 caractères | 18778 3150 Temps de lecture estimé : 13 mn |
24/02/24 |
Résumé: Une jeune femme découvre l’origine étrange de son partenaire et cela change à jamais son existence. | ||||
Critères: #sciencefiction fh ff caférestau voyage | ||||
| Auteur : SulfurousGuy Envoi mini-message | ||||
J’ai toujours bien aimé les insectes. Mais je ne pensais pas que cette passion me mènerait aussi loin.
Depuis l’enfance, j’aimais observer les fourmilières. Comme une reine sur son territoire, je me demandais ce que ressentaient les insectes, à quoi ils pensaient. Et parfois, quand il n’y avait personne autour de moi, je m’imaginais être dans un corps d’insecte. Sentir la carapace autour de moi et les ailes qui battaient dans mon dos. Je trouvais ça terriblement excitant.
Lorsque j’observais des choses microscopiques, je ne pouvais m’empêcher de penser aux choses plus grandes que moi.
J’aimais donc l’infiniment grand autant que l’infiniment petit. Je rêvais qu’un jour, je puisse voir d’autres mondes. Et j’étais persuadée que de la vie existait dans l’univers, que nous n’étions pas seuls. Bien évidemment, dans ce domaine, la science n’en était qu’à ses balbutiements, mais certains spécialistes estimaient comme très probable l’existence de la vie sur d’autres planètes.
Ce fut le sujet d’une discussion que je commençais à alimenter avec un mec qui avait récemment rejoint le club de passionnés d’insectes dont je faisais partie. Le contact avec lui s’est fait assez facilement, comme si nous avions tous les deux beaucoup de choses en commun. On se rapprochait peu à peu l’un de l’autre. Je m’étais éprise de ce garçon et il semblait que c’était réciproque. Quand il me regardait, je rougissais. Il finit par me proposer d’aller boire un verre, que j’acceptais avec plaisir. À la fin de la soirée, on s’était embrassé plusieurs fois.
Le lendemain, je parlais de cette rencontre à mon amie Camillia. Je lui racontais comment, pour plaisanter, il m’appelait sa « reine », et disais que cela ne me déplaisait pas. Je perçus alors un peu de jalousie dans le ton de voix de mon amie. Il y a peu, nous étions encore amantes. Elle était heureuse pour moi, bien sûr, mais je savais qu’elle aurait bien aimé être à la place du garçon.
Pour ne pas trop y penser, je reportais mon attention sur ma nouvelle conquête. Il n’était vraiment pas comme les autres. À notre rendez-vous suivant, il semblait pressé et nerveux. Je lui demandais ce qui se passait, et il me demanda si je savais garder un secret.
Je le regardais en riant, mais il restait très sérieux, et cela m’intrigua. Ce fut à ma demande (très insistante), qu’il finit par m’avouer :
Je ne pris conscience qu’au bout d’un long moment que ma mâchoire s’était décrochée. J’étais abasourdie.
Il continua en expliquant qu’il était l’un des derniers mâles choisis par son essaim pour trouver une nouvelle reine.
Je le laissais finir poliment, je le félicitais pour ce scénario original de science-fiction. Puis je tâchais de réunir à nouveau mes pensées et de me rappeler que tout cela n’existait pas. Mais son regard intense fixé sur moi me rendait mal à l’aise. Nous nous regardâmes en silence. Un silence que j’essayais de briser avec des rires nerveux. Mais ça ne me calmait pas. Et je trouvais la raison de cet inconfort intérieur : ce mec ne m’avait jamais menti jusqu’à maintenant.
Quand j’étudiais la simple possibilité que cela soit vrai, une foule de sentiments variés envahirent aussitôt mon esprit et se mélangèrent, s’affrontant les uns les autres comme diverses teintes de peintures dans l’eau. La fascination et la curiosité s’emparaient peu à peu de moi. N’importe qui d’autre aurait fui à cet instant. N’importe qui d’autre, mais pas moi. Je n’attribuais pas aux insectes une intention malveillante. Ils ne cherchaient qu’à survivre et se reproduire. Et ce qu’il m’avouait ouvrait des possibilités extraordinaires. J’étais comme un animal nocturne pris dans les phares d’une voiture.
Mais quelque part au fond de moi, j’avais compris à son comportement et à ses propos parfois atypiques, qu’il me cachait quelque chose de ce genre. Comme si j’attendais cette révélation depuis que j’avais commencé à faire connaissance avec lui. Je me remémorais comment, lors de notre première discussion, il avait insisté sur ce que ressentaient les insectes, sur sa passion à en parler. Ce n’était pas seulement parce que cela l’intéressait, mais parce qu’il était concerné. Dans sa chair, dans sa chitine.
J’avais devant moi la preuve que nous n’étions pas seuls dans l’univers. Un spécimen d’une espèce extrêmement différente de la nôtre, et pourtant capable de nous ressembler. Tous les scientifiques du monde s’arracheraient cette découverte. Mais il était bien plus qu’un sujet d’expérimentation à mes yeux. C’était un individu. Et plus encore, il m’aimait, et je l’aimais. Peut-être même davantage, étrangement, maintenant que j’en savais autant sur lui.
J’eus alors besoin qu’il m’en dise plus sur le monde et la société d’où il venait. Ce qu’il fit avec beaucoup de détails. C’était si fourni qu’une telle invention me paraissait peu probable. Cela le surprit que nous puissions en parler sincèrement, que je sois une fille si différente de toutes les autres qu’il avait pu rencontrer sur cette planète. Je lui demandais s’il en avait rencontré beaucoup, et ce fut à son tour de rougir.
Quand je finis par épuiser mon stock de questions. Il attendit le temps de reprendre un café, et il ne me posa qu’une seule question. Une seule, mais d’une importance capitale. Il me demanda si j’étais prête à changer de vie.
Si j’avais bien compris, les ruches de son espèce se comptaient sur les doigts de la main. Il me demandait d’aider à la constitution d’une nouvelle colonie. Mais en quoi cela me concernait, moi, une simple habitante de la terre ? À la réflexion, cela paraissait bien plus excitant et ambitieux que de finir mes jours sur cette planète, où je me sentais déjà seule. Je pouvais participer à une entreprise d’une ampleur gigantesque, et cela, avec mon propre corps. D’ailleurs, il me promettait des plaisirs charnels très différents de ceux de mon espèce. Je le croyais sans peine.
Peut-être avais-je envie d’essayer. Cependant, il attendait un accord complet de ma part, car une fois le processus de transformation lancé, il ne serait plus possible de revenir en arrière. Je finis par dire oui. Oui, je voulais vivre ça, même si cela semblait aberrant. Oui, je voulais me donner à lui, peu importe ce qu’il était au fond.
Avec soulagement, il m’emmena dans son antre. Celle-ci se trouvait sous une maison à l’écart de la ville. Sous le tapis de son salon se trouvait une trappe. Lorsque je lui emboîtais le pas à l’intérieur, je n’en crus pas mes yeux.
L’intérieur, plongé dans la pénombre, était encore plus grand que ne le suggérait sa maison. Nous étions entourés d’une toile blanche qui couvrait tous les murs. Ce duvet, pareil à un trampoline géant, rebondissait sous les mains et les pieds. Visiblement aucun moyen de se faire mal.
Curieusement, cette toile d’araignée avait plutôt quelque chose de confortable. Je m’y sentis aussitôt à mon aise. Un vrai petit cocon, en quelque sorte. Cela évoquait des rideaux et un lit à baldaquin. Il les avait produites pour décorer ce lieu, pour moi, sa reine. Je me décontractais en m’allongeant contre la douce pellicule en pente. C’était moelleux, et très solide. Cela attisait mon excitation. Je commençais à me déshabiller. La cérémonie nuptiale put commencer.
D’immenses pattes se déployèrent alors dans son dos. Ses yeux se multiplièrent et me regardèrent avec envie, mais aussi avec un peu de timidité, attendant ma réaction. Il était magnifique. Il me semblait plus grand, maintenant, et plus musclé. Son corps semblait avoir le don de morphisme et ce n’était pas pour me déplaire. Je le laissais s’approcher de moi. Nous nous sommes enlacés.
J’attendais ce moment avec impatience, mais aussi avec un peu d’appréhension. Étais-je prise dans les rets d’une énorme araignée prête à me dévorer ? Il me rassurait par des caresses douces sur mes épaules. Peu à peu, je me laissais faire. Je n’avais rien à craindre. D’ailleurs, je n’avais jamais eu peur des insectes. Au contraire, ils me fascinaient, et je n’aspirais qu’à les connaître davantage.
Après de tendres préliminaires, j’accueillis en moi sa queue d’une taille très respectable. Avec délice, je sentais distinctement son membre pousser et grandir en moi. Cette tige de plus en plus ferme étirait doucement les parois de mon vagin. Mais cela attisait mon excitation à mesure que je m’empalais sur lui. Je voulais savoir jusqu’où il pouvait aller.
Petite cerise sur le gâteau : En tant que mâle de son espèce spécialement choisi pour la tache de la reproduction, il était très doué. Je me fis soulever facilement et j’ondoyais sous les coups de son bassin.
Puis il se lâcha au fond de moi. Une vie grandiose passa en moi et se multiplia au sein de mon corps. Des milliers d’organismes micro cellulaires inconnus envahissaient mon corps. Ils avaient traversé tout l’univers et avaient trouvé enfin un lieu qui leur convenait.
Soudainement, je pris conscience de ce que signifiait réellement devenir une reine. Voyant ma panique, le garçon m’enveloppa de ses bras et plongea son regard dans le mien pour me calmer. Pendant que sa « sève » coulait encore en moi, sa voix me murmurait :
Il me prit dans les bras pendant que mon ventre gargouillait, comme si quelque chose remuait à l’intérieur, qui modifiait mes organes. C’était à la fois terrifiant et excitant. J’évoluais. Je haletais tout de même, tant la sensation de croissance était forte à l’intérieur de moi. C’était comme avaler une eau portée à ébullition qui prenait peu à peu possession de l’ensemble de mon corps.
Mes mains agrippaient ses pectoraux bien musclés. Mes doigts s’affinaient jusqu’à presque ressembler à des pattes d’araignée, pendant que j’atteignais l’apogée en criant ma joie.
Quand la saillie fut terminée, le garçon se retira de moi et je m’abandonnai dans la toile qui s’adapta à mon corps. Épuisée et satisfaite, je me recroquevillais dans cet environnement douillet pour y dormir, sombrant dans un sommeil profond.
Lorsque je me réveillais, le garçon était allongé à côté de moi. Je le poussais légèrement du coude, mais il ne bougeait pas. L’inquiétude me prit alors. Je pris son pouls et réalisais que c’était fini. Mes craintes se réalisèrent. Il avait accompli sa mission et n’avait plus de raison d’être. J’avais réalisé trop tard que dans certaines espèces d’insectes, le mâle meurt une fois la reproduction effectuée. Il en était de même pour mon ami. Une preuve supplémentaire de la véracité de son intention.
Je tombai à genoux et rebondis sur la toile. Je m’étais attachée à lui, et il partait déjà. Je restais un moment dans le silence de la cave matelassée par le cocon. Je m’étais imaginée qu’il m’accompagnerait et me guiderait dans mon évolution.
Ce mâle d’une espèce si différente de la nôtre, mais visiblement compatible (vu la nuit que j’avais passée) s’était sacrifié pour me transmettre la graine d’une civilisation insecte au complet ! C’était moi qui en avais la responsabilité, à présent, et ces nouveaux fluides qui coulaient en moi étaient très stimulants. Je sentais que je pouvais faire sortir des mandibules de ma bouche, et je trouvais cela très excitant, mais je laissais ça pour plus tard.
Puis l’instinct animal reprit le dessus. Je devais cacher la dépouille de mon « mâle », ou bien j’aurais des problèmes avec les forces de l’ordre. Et je ne tenais pas à ce que des médecins fassent des autopsies sur son corps, ou bien que l’on prélève mon sang. Quant à ce lieu… je n’osais même pas l’imaginer.
J’allais devoir sceller l’issue de cet endroit, pour qu’on ne le retrouve jamais. Mais j’allais avoir besoin d’aide. C’est là où j’ai pensé à Camillia, ma confidente et amie de toujours. Une amie qui avait un esprit très ouvert. Au téléphone, elle avait l’air inquiète, mais une fois que je lui donnai l’adresse, elle m’assura qu’elle se dépêchait d’arriver.
Tout le temps où je l’attendais, je me demandais comment j’allais lui révéler ce qu’il m’était arrivé. Si elle apprenait qu’une chose insectoïde poussait en moi, allait-elle encore m’accepter ? Quand est-ce que cette chose émergerait-elle et prendrait le contrôle de moi ?
Mon corps changeait. Par exemple, je n’étais pas certain du nombre d’yeux que j’avais encore, ou bien de la taille de mes pattes, je veux dire de mes jambes. Des appendices devaient déjà sortir de mon dos, vu la douleur que me déchirait la nuque.
Quand Camillia arriva, je tenais à peine debout. Tout mon corps bouillonnait, comme s’il s’apprêtait à se déchirer sous l’impulsion de quelque chose de plus profond. À présent, pour moi aussi, le temps était compté.
Je titubais. Elle resta un moment stupéfaite devant ma nouvelle apparence, mais elle me prit dans les bras malgré sa peur. La transformation me pompait toute mon énergie. C’était comme de renaître. Je ne me souvenais pas de ma propre naissance, mais celle-ci était particulièrement douloureuse. Je sentais mes organes et mes membres changer de forme et de place dans mon corps.
Elle m’aida à bloquer la trappe avec une poutre et quand nous fûmes sûres que l’entrée était définitivement fermée, elle me fit monter dans la voiture. Puis elle resta dans le silence, à me regarder de côté, comme si elle attendait quelque chose. Quand Camillia et moi nous nous étions disputés, nous avions décidé de rester amies et d’éviter le charnel.
Mais il était difficile d’ignorer une telle attirance physique entre nous. Surtout si je n’allais pas rester longtemps sur cette planète. Et puis elle m’avait enfin pour elle toute seule. Et peu importe la forme que j’avais, elle voulait profiter du temps qui lui restait à mes côtés. Au bout d’un instant passé à me regarder, son regard changea et je compris que ma nouvelle apparence ne la rebutait pas, au contraire. Je perçus quelques gestes furtifs dans ma direction, qu’elle retint. Elle cherchait le contact. Finalement, je lui pris la main pour lui faire comprendre qu’elle n’avait rien à craindre. Nous nous embrassâmes et je dus lui lâcher la main pour qu’elle nous conduise chez elle.
Heureusement, il n’y avait personne dans la rue quand nous arrivâmes. Camillia fit le guet dans l’escalier avant de me prévenir, mais il était désert lui aussi. Je me dépêchais de monter.
Quand nous eûmes passé le seuil de son appartement, je poussais un puissant soupir de soulagement. Je m’allongeais sur le canapé, mais les douleurs augmentaient. Elle s’allongea près de moi pour me calmer. Je n’osais pas raconter à Camillia, ce qu’il se passait en moi, mais elle me regardait comme si elle le sentait. Et curieusement, cela semblait l’exciter aussi.
À l’intérieur de mon corps, à chaque seconde qui passait, je me sentais quelqu’un d’autre. Un être vivant d’une autre espèce, bien différent de ce que l’on pouvait trouver sur terre. Mon instinct maternel et mon appétit sexuel étaient décuplés. Comme si un ou une prétendante ne pouvait me suffire, mais qu’il m’en fallait des myriades. Et que l’on me traite comme une reine. Oui, une sorte de reine, de souveraine, voici ce que j’étais devenue. Une reine insecte d’une autre planète. Et il était temps que je me conduise comme telle.
Camillia retira ses vêtements et s’allongea tout contre moi pour me tenir chaud. Quand la robe à fleurs glissa le long de ses flancs pour tomber au sol, je me déchaînais. La vue de mon amie en petite tenue me prodiguait une énergie bestiale. En attirant Camillia près de moi pour l’embrasser, je pouvais sentir chaque molécule de parfum sur chaque centimètre carré de sa peau. Quel plaisir ! Je m’arrêtais pour savourer cette extase, tant son intensité envahissait mon horizon sensitif. Je devenais une reine honorée et possédée par un parasite qui se nourrissait de mon intimité, tout en me faisant goûter des sensations qui n’étaient pas de ce monde. Un dard poussa entre mes jambes. Soudain, je m’arrêtais.
Quand je lui exprimais ma crainte de la transformer elle aussi, elle me rassura :
Alors je pénétrais Camillia, lui faisant ressentir la même chose que moi. Nous criâmes toutes les deux à l’unisson. Nous pouvions enfin profiter du plaisir que nous prodiguait ce symbiote extraterrestre.
Le sexe fit s’accélérer la transformation. M’accoupler avec Camillia fit pousser un abdomen d’insecte géant dans le bas de mon dos, étirant ma silhouette à l’horizontale, dans une courbe étonnamment élégante, tandis que des mandibules se déployaient autour de ma bouche et que d’immenses ailes d’insecte se développaient dans mon dos. Je ressemblais maintenant à une mante religieuse avec un bassin humain (enfin, presque). J’avais quatre yeux, quatre bras armés de crochets, des ailes dans le dos, des antennes et de jolies mandibules qui me sortaient de la bouche. Ma mère ne m’aurait pas reconnue. Ni d’ailleurs n’importe quel humain. Tout à fait normal, étant donné que j’étais maintenant une jolie hybride.
J’étais enfin un insecte, mais un insecte à taille humaine, voire plus grande.
Il était impensable pour moi de quitter cette terre sans libérer les insectes de collection que j’avais gardé toutes ces années dans des boites transparentes.
Camillia alla chercher toutes les boites qui étaient restées chez moi. Émues, nous relâchâmes, de nuit pour ne pas nous faire repérer, toutes mes cages et boites à insectes dans des lieux adéquats à leur survie. En les regardant tous partir pour conquérir leur liberté, je réalisais que moi aussi, j’avais besoin d’un horizon plus vaste pour me développer. Il était temps de partir, avec mon amie de toujours.
Je sentais qu’elle était prête à rester avec moi jusqu’au bout. Elle caressa le dessus de mon abdomen qui frétilla de bonheur. À l’intérieur, une énergie nouvelle m’habitait, une envie que toutes les mères connaissaient, mais cette fois-ci, à une bien plus grande échelle. Un son tout à fait insectoïde résonna dans ma gorge, et mes élytres frétillèrent, tandis que je levais la tête et me tournais vers les étoiles. J’étais impatiente de pondre, et d’être l’heureuse génitrice d’un immense essaim. En volant, nous quittâmes la terre et ne revînmes plus jamais sur la terre qui nous avait vus naître.