| n° 22260 | Fiche technique | 33398 caractères | 33398 5801 Temps de lecture estimé : 24 mn |
01/02/24 |
| Présentation: Turbulences, éloignements et retrouvailles dans un cadre et un environnement gastronomique. | ||||
Résumé: Turbulences, éloignements et retrouvailles dans un cadre et un environnement gastronomique. | ||||
Critères: dispute restau extracon vengeance | ||||
| Auteur : Briard Envoi mini-message | ||||
| Épisode précédent | Série : La bonne étoile Chapitre 03 | Fin provisoire |
Jérémy avait suivi pratiquement la même montée en compétence sur les ingrédients de la cuisine que Dorine. Il avait fait quasiment tous les postes du restaurant et était devenu indispensable au point que son patron, le père de Déborah lui avait offert le poste de second.
Le vieux chef l’avait pris sous son aile et entendait le former pour prendre sa succession. Il était devenu la pierre angulaire de l’établissement et rien ne se faisait sans qu’il soit consulté.
Il suivait avec beaucoup d’attention les approches et les tractations du jumelage entre les deux établissements.
Il n’avait pas vraiment apprécié que Deb soit intégrée aux négociations et doive revoir chaque semaine son ex.
Même s’il comprenait qu’en tant qu’héritière et, de ce fait, future propriétaire et patronne, il était naturel qu’elle ait été conviée aux réunions par son père. Ce qu’il ne comprenait pas c’est pourquoi Deb ne lui disait pratiquement rien de ses journées de rencontre. Elle lui parlait de la déco, de la vaisselle, des enseignes, mais pas de ses relations au sein du groupe.
Même s’ils étaient quatre, la savoir avec William dans la même pièce des heures durant ne lui disait rien qui vaille.
Il l’avait questionnée sur ce qu’elle pensait de son ex aujourd’hui.
Elle lui avait répondu qu’il avait changé, visiblement mûri, mais qu’elle lui en voulait toujours pour l’avoir trahie et qu’il n’était plus désormais, qu’un confrère et futur collègue.
En dépit de son caractère bon enfant et placide, Jérémy ne se sentait pas complètement convaincu par ces quelques explications arrachées à sa compagne. Le coup de fil de Dorine l’avait vraiment déstabilisé.
Comme elle, il voulait savoir ce qu’il se tramait, au sein du groupe de négo et le contenu réel de celles-ci, et, surtout, entre eux deux. Il ne pouvait pas croire qu’elle restait totalement hermétique aux sentiments qu’elle avait éprouvés pour le plus grand séducteur qu’il ait jamais connu. Ce gars tombait les filles comme des mouches. Elle était en adoration devant lui et sortait les griffes dès qu’une lolita s’en approchait ou bien dès qu’il semblait faire les yeux doux à une grognasse.
Elle avait trop aimé ce mec pour qu’il la laisse véritablement indifférente dix ans plus tard.
L’idée de Dorine ne lui semblait pas si mauvaise.
Au moins, ils seraient fixés. Et, revoir celle qu’il avait aimée en secret à l’époque lui plaisait finalement.
Bien sûr, il n’avait pas oublié à quel point il avait souffert, non seulement d’avoir loupé le coche avec elle, mais aussi et surtout de se l’être fait voler sous son nez par ce don Juan de William.
Il aurait aimé être son premier amour.
Il était certain qu’elle avait eu des sentiments pour lui, mais sa timidité, presque maladive, l’avait littéralement paralysé au moment de se déclarer. Il se demandait si elle avait changé, si elle avait des enfants, s’ils étaient mariés. Il avait hâte de savoir si elle était heureuse dans sa vie, car, au fond de lui-même, la savoir heureuse, lui donnerait le sentiment que la vie avait agi à leur place, pour le meilleur et pas pour le pire. Il avait quand même en tête le doute qu’une brute épaisse comme Willy pouvait convenir à une fille aussi délicate que Dorine. Il la connaissait depuis toujours. Il savait quelle fille fragile et timide elle était. À moins qu’elle se soit transformée et ait perdu cette irrépressible retenue envers les garçons, il pensait que, vraiment, ils n’étaient pas faits pour être ensemble.
Un peu comme Deb et lui. Au fond, il savait qu’ils ne se correspondaient pas.
Elle aimait être brusquée, dominée et un peu bousculée. Lui, il se savait un tendre, un gentil, incapable de rudoyer une femme. Lui, ce qu’il aimait, c’étaient les préliminaires, les caresses, se prendre dans les bras, la tendresse, le « peau contre peau ». Elle le poussait toujours dans ses retranchements dans les moments intimes, l’exhortait à la malmener, à la secouer à grands coups de reins, elle n’aimait pas les préliminaires, détestait le sucer ou le branler pendant qu’il lui léchait la fente, même ça d’ailleurs, elle lui avait avoué ne pas en être spécialement attirée, alors qu’il adorait ces caresses. Bien sûr, ils s’étaient accommodés l’un à l’autre et, au fil du temps, lui comme elle s’était fait une raison. Il avait des sentiments pour elle et elle pour lui. Mais il sentait quelque part en lui que ce n’était certainement pas ça le grand amour.
Il savait qu’il ne lui avait jamais vraiment donné le grand frisson, celui qui met une femme dans un total abandon dans ces moments-là.
Elle était comme ça et il l’avait accepté. Elle devait certainement avoir fait, et depuis pas mal de temps, le même constat que lui. Mais lui, il était un fidèle. Il était avec elle, et aucune autre fille ne l’intéressait. Dorine, elle aurait sans doute pu être son grand amour. Mais cela ne s’était pas fait, alors il n’y avait plus repensé.
Le lundi était leur jour commun de congé. Dorine et Jérémy s’étaient donné rendez-vous au Café Gourmand à la Place des Grands Hommes.
Arrivé le premier, il choisit une table en terrasse. Il était là depuis cinq minutes lorsqu’il la vit arriver.
Il la trouva encore plus belle que dans son souvenir. Plus femme, plus épanouie. Elle avait coupé ses cheveux qui n’étaient plus aussi longs, mais elle avait toujours le même regard bleu charron qui l’avait toujours charmé.
Elle le vit et lui sourit. Il se leva pour l’accueillir et ils se firent la bise. Un long silence marqua leurs retrouvailles.
Elle le fixait intensément, le détaillait posément.
Elle se redressa sur sa chaise.
Il ne répondit pas.
Elle se rendit compte qu’il avait le regard chargé de tristesse et se tut. Elle savait pertinemment qu’elle y était allée un peu fort.
Il la regardait, lui aussi, dans les yeux.
Elle lui prit la main et y déposa un baiser.
À son tour, il serra sa main entre les siennes.
Ils réglèrent leurs consommations et prirent la direction de la Place de la Comédie. Ils marchèrent d’un bon pas et n’eurent besoin que d’un quart d’heure pour se trouver en face de l’entrée du Régent.
Jérémy laissa Dorine passer devant et ils entrèrent.
Une jeune secrétaire vint à leur rencontre et reconnut Jérémy.
Jérémy et Dorine se regardèrent complètement abasourdis.
Ils étaient un peu décontenancés, car ils ne s’attendaient pas à une pareille information.
Dorine ne savait plus trop quoi penser.
Y avait-il des raisons particulières pour que cela ne se sache pas ?
Ils se dirigèrent vers le bureau du père de Déborah. La secrétaire les vit arriver et se précipita.
Jérémy traversa le bureau de la secrétaire et, suivi de Dorine, ouvrit la porte de séparation.
Ils entrèrent dans la pièce et se figèrent face au spectacle qu’ils découvrirent. Déborah était totalement nue, allongée sur le canapé, et William, nu également, entre ses jambes posées sur ses épaules, la prenait à grands coups de hanche.
Il la tenait aux hanches et la pilonnait avec rage.
Dorine et Jérémy étaient saisis de stupeur et assistaient, silencieux, à ce rapport sexuel plein de hargne et de rage.
Elle ne reconnaissait pas son compagnon, ni son visage déformé par la rage et l’effort, ni sa façon de posséder sa partenaire.
Elle avait toujours dû le freiner pour qu’il soit moins brutal. Là, elle découvrait sa vraie nature, faite de force sauvage, instinctive et égoïste. Chacun semblant ne chercher que son propre plaisir et ne pas se soucier du plaisir de l’autre. Jérémy, au même instant, voyait une Déborah qu’il ne connaissait pas, mais qu’il avait souvent devinée à travers son instinct de femelle exigeante et dominatrice. Il avait tout fait pour lui faire apprécier les caresses, les contacts avec la peau, les baisers sur tout le corps, elle lui montrait, là, sa vraie nature de femelle farouche et inapprivoisée, faite d’instinct de frénésie et de fièvre.
Ils pensèrent au même moment que ces deux-là étaient faits pour être ensemble, car ils se ressemblaient trop.
Si les contraires s’attirent, les semblables s’aimantent irrésistiblement.
Ils étaient tellement tournés sur eux-mêmes et fermés à tout ce qu’il se passait hors leur accouplement qu’ils ne les avaient même pas entendus.
William donna encore quelques grands coups de reins et se figea au fond d’elle.
Dorine claqua violemment la porte, provoquant un bruit assourdissant.
Les deux amants se figèrent, encore encastrés l’un dans l’autre.
William et Déborah semblaient figés, ne bougeant pas d’un pouce et restant comme statufiés.
Jérémy s’avança, menaçant.
Dorine le retint par le bras.
Elle s’avança jusqu’à les toucher.
Elle pointa le doigt vers lui.
Jérémy pointa la jeune femme, toujours immobile.
William se redressa, la bite en berne, s’empara de son sweat-shirt et s’en couvrit.
Elle fit demi-tour et sortit de la pièce.
Jérémy se pencha sur Déborah qui leva une main comme pour se protéger.
Elle prit sa robe pour se couvrir, courut le rattraper et lui prit le bras.
Jérémy lui enleva fermement la main de son bras.
Il fit volte-face et sortit du bureau.
Jérémy rejoignit Dorine qui l’attendait sur le trottoir. Ils retournèrent au parking où ils avaient laissé la voiture.
Elle n’avait pas l’air si désespérée que ça. Il s’arrêta, s’appuya sur la portière du véhicule et la regarda.
Ils en vinrent à rire de leur infortune.
Ils venaient d’arriver chez Dorine.
Ils entrèrent toujours en riant, ravis, finalement, de prendre les choses du bon côté.
Elle se rapprocha et posa sa main sur son bras.
Ils échangèrent leur premier baiser.
Il avait pour eux deux, le goût de l’amour juvénile, innocent, pur. Elle lui prit la main et l’entraîna dans sa chambre.
Elle s’allongea sur le dos et l’attira à elle.
Il se posa délicatement et lui déposa des baisers sur tout le visage. Il s’arrêta aux oreilles qu’il mordilla l’une après l’autre.
Elle lui prit le visage entre ses mains, le regarda au fond des yeux.
Il lui retira son chemisier ainsi que sa jupe, lui dégrafa son soutien-gorge et lui retira sa culotte.
Il se déshabilla rapidement, se recula et la regarda.
Il se coucha sur elle et l’embrassa fiévreusement. Elle noua ses bras autour de son cou et lui rendit son baiser. Il lui caressa les seins et en agaça les pointes. Il lui fit de courts baisers sur la bouche, sur les joues, puis sur les yeux. Sa main descendit et découvrit son intimité cachée. Il la caressa du bout des doigts pour mieux en découvrir les contours.
Il s’inséra entre ses jambes et vint poser sa bouche sur ses lèvres intimes. Sa langue sortit, la pénétra, puis alla trouver son clitoris qu’elle titilla.
Elle lui caressait la tête avec ses mains.
Elle se crispa, appuya sur sa tête et se libéra en criant. Il remonta vers son visage et vit un sourire de joie illuminer son visage.
Elle le poussa sur une épaule pour le faire basculer sur le dos.
Elle sortit sa langue et lui agaça les tétons. Dans le même mouvement, sa main droite partit à la découverte de son ventre.
Elle empauma sa tige, raide et droite.
Il la pénétra lentement, avançant centimètre par centimètre pour qu’elle s’habitue à sa présence.
Il se ficha tout au fond d’elle et s’immobilisa.
Elle resserra ses bras autour de son cou.
Il posa sa main à plat sur son bas-ventre.
Elle se mit à faire jouer ses muscles internes et à le masser.
Il commença à aller et venir doucement, mais profondément, la faisant gémir à chaque avancée.
Il lui prit les fesses à pleine main pour mieux s’enfoncer en elle.
Elle se fondit dans son regard.
Ses mouvements s’étaient amplifiés et elle geignit sans discontinuer. Il accéléra, déclenchant leurs plaisirs simultanés. Il lâcha sa semence et elle atteignit l’orgasme au même instant, en criant son bonheur.
L’après-midi n’était pas terminée.
Dorine et Jérémy sortirent de l’agence bancaire.
Ils reprirent la voiture de Dorine, et échangèrent sur la rencontre décisive qu’ils s’apprêtaient à avoir.
Ils s’étaient retrouvés et avaient reconstruit leur complicité.
Jérémy avait le sentiment qu’ils ne s’étaient jamais vraiment séparés, que le temps et la distance n’avaient rien cassé entre eux. Il se disait que leurs chemins ne s’étaient pas séparés, mais avaient avancé en parallèle.
Ils avaient suivi à peu de choses près le même apprentissage et en connaissaient autant sur la cuisine et ses ingrédients. Ils avaient toujours les mêmes espérances, devenir chef, se marier, avoir des enfants et se consacrer cent pour cent l’un à l’autre.
Il l’avait tenté, en vain, avec Déborah.
Ce n’était pas qu’il n’était pas fait pour elle. Il aurait pu continuer à s’accommoder de leurs trop grandes différences. Il savait depuis longtemps prendre sur lui. Il aurait quand même pu être heureux, malgré tout.
Non, c’est elle qui n’était pas faite pour lui.
Lui, il lui fallait quelqu’un de sensible, de doux et, surtout, quelqu’un d’aimant. Une femme qui s’intéresse à lui, qui prend le temps de l’écouter, de lui montrer qu’il comptait pour elle et qui aime qu’il lui montre combien elle comptait pour lui. Quelqu’un qui partage un univers dans lequel chacun respectait l’autre et savait aimer leurs différences.
Dorine avait le sentiment d’être sur un nuage. Elle avait retrouvé son amour de jeunesse. Ce n’était pas qu’elle l’avait perdu de vue. Elle avait souvent pensé à lui, se demandant ce qu’il devenait, s’il lui arrivait, à lui aussi, de penser à elle.
Elle aurait pu continuer, comme ça, à faire sa vie avec William. Après tout, sorti d’une brute épaisse, elle savait le canaliser, le freiner. Elle avait tout fait pour le domestiquer aux choses de l’amour, mais devait faire le constat d’un échec cuisant. Mais un échec dont elle ne se sentait pas responsable.
Même si sa vie n’était pas, tant s’en faut, celle qu’elle dont elle avait rêvé, elle aurait fini par l’accepter et, quelque part, y trouver son compte. La cuisine était sa grande passion et elle avait si souvent été y puiser le réconfort d’une vie qui ne la satisfaisait pas complètement.
Mais, maintenant, tout allait changer.
Elle savait que Jérème était son âme sœur. Elle le savait depuis longtemps, mais l’avait rangé dans un coin de sa mémoire. Elle exultait de la tournure amoureuse et folle de ce qu’elle vivait depuis quelques heures.
Ce bonheur qu’elle avait fini par croire ne pas mériter lui était apparu soudain si évident.
Elle avait envie de mordre la vie à pleines dents. Avec lui, elle se sentait capable de soulever des montagnes.
Tous leurs proches, toutes leurs connaissances, allaient être les témoins de quoi tous les deux étaient capables.
Le petit univers de la restauration entendrait parler d’eux.
Ils allaient le révolutionner, le transformer et il serait le témoin de leur talent. Elle se sentait pousser des ailes à ses côtés.
Tout en conduisant, elle posa sa main droite sur celle de Jérémy.
Ils arrivèrent au « Fous du Bassin ». Ce restaurant bénéficiait d’une vue imprenable sur le port d’Arcachon et d’une assiette plutôt réputée.
L’établissement n’était pas encore ouvert, mais ils sonnèrent et une jeune femme vint leur ouvrir.
Elle s’absenta de longues minutes et revint.
Elle les précéda à l’intérieur du restaurant et les amena à une petite salle de réunion où leurs deux patrons les attendaient, l’air interrogatif. Celui de Jérémy leur tendit la main.
Ils s’assirent en face des deux hommes. Dorine prit la parole la première.
Les deux pères de famille semblèrent choqués.
Jérémy qui se dandinait sur sa chaise éclata.
Dorine posa sa main sur celle de Jérémy.
Le père de Déborah se redressa.
Le père de William allait répliquer, mais elle l’arrêta d’un geste de la main.
Ils leur tendirent chacun un courrier rédigé une heure plus tôt avant de quitter l’appartement.
Les deux patrons se regardèrent puis le père de William reprit la parole.
Jérémy se leva et tapa du poing sur la table.
Jérémy se rassit et Dorine prit le relais.
Jérémy prit la main de Dorine et se leva.
Ils se regardèrent, se firent un clin d’œil et partir main dans la main.
Quelques semaines plus tard, un restaurant ouvrait ses portes sur Lanton, après un changement de propriétaire.
Sur le bassin nord, près du port de Fontainevieille et des parcs ostréicoles, face à l’île aux Oiseaux, un soixante couverts en salle et quarante en terrasse, avec deux jeunes chefs de cuisine et une carte des plus originales et rafraîchissante qu’il eût été donné de voir sur ce charmant coin de Gironde, fêtaient son ouverture.
Un établissement qui ne mit pas longtemps à faire parler de lui : La Bonne Étoile.