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Temps de lecture estimé : 10 mn
21/01/24
Résumé:  D’un musée à l’autre.
Critères:  fhh
Auteur : Landeline-Rose Redinger            Envoi mini-message
Rhinocéros

J’ai préféré patienter au Café Campana. Son goût à lui allait bien généralement vers des lieux plus confinés, plus sélects. Mais cela, lui dis-je non sans un brin d’ironie, cela m’éloigne de l’essence même de la réalité.



J’ai souri en pensant que semblablement à lui, mes racines s’ancraient dans un monde que je ne reniais pas, pour autant, d’autres perspectives m’avaient éloignée de mes beaux quartiers, m’avaient ouvert l’esprit autant que le corps.

Les journées se succédaient, se jouant des prévisions météorologiques avec malice. Si hier un presqu’automne nous avait fait ressortir pulls et jeans, aujourd’hui vent doux et léger emportaient un rude soleil.

Par nature, il était enclin au retard, il le cultivait comme un trait de sa personnalité, comme une vertu.

Moi je cultive l’attente et la patience comme un luxe bourgeois. J’ai avec moi comme un petit trésor, le roman d’Anne Philippe: Un été près de la mer qui s’inscrit tout à fait dans mon rythme et donne à mes balades le prétexte d’occuper un banc sur les quais, un transat au Jardin des Tuileries, un fauteuil en terrasse. Il coule de mon état d’esprit, une tranquillité aoûtienne, un apaisement de vacances.


Tout sous le battement régulier de l’horloge du musée, tout et tous ici semblent marcher à sa mesure. L’air presque saturé dehors a fait place à une petite fraîcheur à l’intérieur. J’ai chaussé des tennis confortables pour la virée urbaine, un ensemble de lin sombre, pantalon ample, veste droite et pour ajouter une touche de relâchement, j’ai laissé mon torse nu sous le tissu.

J’aurais pu, sans trépigner, l’attendre jusqu’à la fermeture des portes du musée ; quand bien même ne fût-il pas venu que le temps de cette pause m’aurait rendu bien-aise.


Je suis dans l’incessant brouhaha des gens. Toute nationalité en tous sens bien qu’il ne régnât point l’anarchie pas plus que le désordre. Vêtus sobrement de gris, chemise et pantalon, jeunes filles et jeunes hommes placent les visiteurs aux tables de consommation. Mais je suis tout à ma lecture. Et le tournoiement fourmilier me distrait à peine, pas plus que ne me font ciller les flashs des iPhone et autres Smartphones qui, dans un jeu croisé, sillonnent de-ci de-là le vaste hall. À vrai dire je crois que j’ai oublié l’objet de mon rendez-vous. Pour cause, car d’objet, Tom ne m’en donna pas. Bon pour être franche, Tom était sorti de ma pensée. Sans doute ce temps que d’autres auraient pris pour une pure perte, n’avait été pour moi qu’une ellipse. En levant mon visage vers une présence verticale et proche, je fus presque contrariée que Tom fût silencieusement souriant devant moi. Il n’avait pas changé ; j’aimais que les années passent sur lui avantageusement. Un amant décati est un amant perdu. Tom ne l’était pas.


L’exposition, Portraits de Cézanne, fut une bonne manière d’accroche entre nous. Nous nous laissions l’un et l’autre le luxe des silences. Tom souriait et le désir se lisait comme un rai de lumière qui cherche un interstice pour exister. Il émanait de lui et de sa façon de dire les choses comme une renaissance. J’avais eu connaissance, bien que nos liens se fussent effilochés, j’avais eu vent d’un cancer et d’une convalescence longue. Mais Tom à demi-mot signifiait que la vie le piquait à nouveau, l’aiguillonnait.



Et nous avions rebondi sur nos courses respectives. Il prévoyait l’Urban Trail de Lyon – qui me ramena à quelques souvenirs, à quelques haltes routières – je visais La Parisienne que j’avais faite avec mon amie Albane ; nous nous entraînions pour.



Il me semblait par une sensible insistance dans le ton que Tom avait recouvré ce qui parfois impacte les hommes. Je l’avais compris. Mais une certaine bienséance le retint de préciser les choses. Il buvait de la bière, portait chapeau, allait sortir un nouveau roman. Je me sentais renaître de son désir de vivre. J’avais plus ou moins stagné, dirais-je, faute de vocable plus romantique, et mon désir s’était émoussé. Pour autant, je n’étais pas dans une disposition immédiate ; ce que j’étais ici et à cette heure me semblait un luxe suffisant. L’atteindre était un privilège. Je souriais à Tom avec toute la bienveillance que l’on a dans le partage d’un instant plaisant. Que Tom veuille prolonger ce petit bonheur m’apparut par trop convenu. Le restaurant en soirée, le passage dans un bar à la nuit tombée et la chambre d’hôtel n’auguraient pour moi que d’un banal et prévisible enchaînement. Poussés par l’heure de fermeture du musée, nous nous retrouvâmes sur le parvis bavardant devant le rhinocéros massif et trapu. Tom déployait une remarquable énergie pour prolonger le moment. Non sans lui laisser mon numéro de portable, je sautais dans la voiture noire Uber – j’en étais adepte maintenant – et laissais Tom hébété comme un adolescent.


C’est dans une forme de plénitude que je me posai sur la banquette arrière du taxi. Et comme le corps nous réserve parfois ce que nous ne maîtrisons guère, je sentis comme les battements réguliers de mon cœur au creux de mes cuisses. Je fus tentée de commander un demi-tour au chauffeur pour retrouver Tom. Au final, mon désir était insidieux et lent, mais pour autant ne décroissait pas. Je priais le chauffeur de me déposer dès que possible et m’engouffrai dans la première rame de métro. Ligne 12. J’en sortis peu après vacillante de désir. L’enseigne multiple et rougeoyante du Sexodrome avait un effet d’accélérateur du désir et à la fois une forme de trac frissonnait au ras de mon corps. Que ce fût pour une course à pied de compétition ou une aventure insolite, j’avais toujours été tendue par ce petit supplément d’adrénaline qui fait les souvenirs de nos vies. Voyez-vous de quoi je parle ?


Entrée dans le hall de vente, j’avais soudainement oublié les pulsions irréfrénées et violentes qui m’avaient conduite aveuglément ici. Je parcourais les rayons au rythme apaisé du cœur, mais le désir ne me quittait pas. Pourquoi, je ne saurais le dire, je choisis une perruque rose et une robe très courte et scintillante noire. Les talons aiguille du même rose rendaient l’ensemble à une vulgarité qui me renvoyait à des envies résurgentes de sexe comme on déterrerait un trésor longtemps convoité.


J’ouvre la porte qui donne sur les cabines individuelles avec la discrétion d’un cambrioleur. Couloir vide, cabines, posters suggestifs. Tout comme dans un hall de gare ou à la piscine, une rangée de casiers métalliques. J’y glisse le grand sac papier avec la robe, les talons aiguille et le reste. L’allée sombre que je longe dans le pas de chat de mes tennis semble déserte. Mon cœur soulève le tissu léger de ma veste. La toile de mon large pantalon se chauffe à chacun de mes pas. Je marque un petit arrêt, juste avant une cabine d’où, presqu’étouffés, on entend des soupirs, la jouissance d’une femme dans une déplorable acoustique. Un homme assis nu à l’exception d’une serviette blanche posée sur ses cuisses ; rien ne semble mobile, ses mains reposent de chaque côté de son corps et sous la serviette on devine son sexe dressé, presque vertical. À la fois surpris, envieux, il tourne son regard vers moi. Je continue à l’observer, il reste immobile. Cette fixité de nos deux corps est une forme violente de préliminaires. J’ouvre avec nonchalance ma veste, un à un les boutons dans une manière de striptease, mon pantalon s’étiole à mes pieds. Je pince le bout de mes seins en déglutissant dans un souffle surjoué.


Entre lui et le petit écran, peu de place ; je m’y faufile. Littéralement ouverte devant son visage, cambrée, je lui offre mon sexe, mon sexe baillant de désir. Sa langue le lèche à petites lapées rapides. Mes mains en accroches sur sa nuque hispanique plaquée contre mon sexe. L’homme, comme on revient à la surface de l’eau, reprend de l’air et pénètre à nouveau ma vulve. Je me laisse emporter par cette langue inconnue, je suis dans un monde retrouvé. Enfin.



Ma voix se confond à celles des acteurs du film. L’homme empoignant mes fesses comme une viande souple salive dans mon trou ; sa langue remonte, habile jusqu’à mon sexe. Les effilures baveuses de mon sexe et de sa bouche glissent au long de mes cuisses. Il souffle, s’essouffle et je masque mon plaisir en me mordant les lèvres.

Comment le fit-il, je ne saurais le dire, mais soudainement je suis à genoux à son côté, il retire vivement la serviette blanche.



Quelque chose de plus brutal passe dans le ton de sa voix et dans ses gestes. Ma main pistonne son sexe. Un sexe épais que seuls mes doigts recouvrent ; ses couilles sont un paquet disproportionné au regard de sa bite.



Une recherche plus avancée dans le vocabulaire n’eut pas été de trop pour une fille altruiste comme moi.


Puis comme un trait de télépathie entre nous, l’homme s’étouffe dans une logorrhée de mots orduriers que je redécouvre avec une sensation qui décuple ma jouissance. Je maintiens sa bite contre son ventre lourd alors que ma langue balaye ses couilles fermes et velues. Je prends sa main et son doigt force le trou de mon cul. L’extrémité de son sexe brille dans la luminosité de l’écran. Ma bouche l’engloutit ; sa main fait aller mon visage à une cadence de folie. Ses doigts agrippent sauvagement ma chevelure. L’homme ne se contrôle plus, son jus emplit ma bouche.

Rien, je ne veux rien perdre ; je déglutis son sperme chaud et abondant. Lui est dans l’incapacité d’émettre autre chose que des grognements d’animal. Puis comme une baudruche crevée, il semble que ma bouche ne contient plus qu’une chair sans vie. Je me redresse.



J’ai ramassé mon pantalon, revêtu ma veste et traversé le long couloir. Une porte rouge battante donne sur une salle de projection. Comme une immédiate et mémorielle sensation me ramène à des séances orgiaques passées dans ce petit cinéma du deuxième arrondissement. Si la configuration est dissemblable, l’écran projette lui des films pornographiques sans le panache suranné de ce cinéma de quartier. La salle laisse dans le rayon lumineux de l’écran, apparaître deux nuques dégarnies et luisantes. J’observe les deux hommes d’âge côte à côte branlant leur sexe, le pantalon sur les chevilles. Ils ne se sont pas retournés, poursuivant leur ouvrage sans souci d’une présence. Je me racle la gorge. Leurs visages reflètent dans la pénombre un improbable étonnement. Que l’homme de la cabine n’ait pu pénétrer mon cul m’avait laissé une impression forte de manque, quelque chose de l’ordre de l’inachevé. Renouer avec le plaisir devait être un acte entier. Un don absolu. J’avais connu cette offrande dont j’étais le joyau, et sortir d’ici hors de ce sublime avilissement m’eut rendu à une tristesse sans nom.


Je suis une sentimentale.


J’ai laissé mon pantalon sur le sol, ouvert ma veste. Doucement et méthodiquement les deux vieux s’astiquent, l’un me pince le bout des seins tout comme s’il tentait par ce geste de lancer une offensive qu’il refrénait. Je suis entièrement nue, et mon ventre implose de désir, une intense chaleur appelle à l’ignoble. J’ouvre mes fesses devant le plus gras de deux :



L’autre agite une bite longue et flasque que je prends comme un hochet la tapotant sur mes joues. La langue me rappe l’anus.



Lorsque la longue bite est raide, je la parcours de mes lèvres remontant des couilles au gland. Je sais que le temps est compté, leur bandaison n’est pas une œuvre naturelle.




J’ai une affection particulière pour le mot putain, car peu employé par la jeunesse, il trouve sa juste place dans la bouche des générations anciennes.

Ta mère est une jolie putain, une majestueuse putain, m’avait glissé à l’oreille un homme que je ne revis jamais, sortant de la demeure de mes parents. J’avais trouvé sous cette manière, qu’on peut penser indélicate, que cet homme rendait à maman un ultime et sublime hommage. Ce fut sans doute un des éléments fondateurs et constitutifs de ma vision du bonheur.


Je passe ma main entre mes cuisses et mon sexe est un terrain glissant, imbibé des scories baveuses de la salive du vieux et des éruptions de mes sécrétions. L’autre queue est droite, y perle quelques gouttes opaques de sperme.



J’ai senti sa bite s’enfoncer et j’ai joui sans retenue.



L’autre jouit très vite dans mon anus en ahanant un râle asthmatique.




Aussi vite, son jus a chauffé mes cuisses.

Puis les deux hommes côte à côte debout devant moi ont caressé mes seins tandis que je léchais leurs couilles et les viscosités de leurs glands. Leurs sexes pendaient, comme leurs ventres.

J’ai remis ma veste, mon pantalon, donné du volume à ma chevelure, tamponné mes joues.




Au vestiaire, j’ai troqué mon ensemble contre la robe courte, et les talons roses. La perruque changeait ma physionomie, et j’aimais que la femme dans la vitrine fût bien une autre que Landeline. La journée tombait et la nuit, on le sait, nous rend à d’autres horizons. Assise sur le siège du métro, je sentais les regards des touristes, en découverte by night, qui scintillaient entre gêne et envie furieuse. Mon portable a joué une courte partita de Bach, Tom me répondait.


Peu après le son métallique de la porte qu’il ouvrait m’a donné tout loisir de me glisser dans l’ascenseur – certains éléments de notre quotidien peuvent à d’autres moments devenir les vecteurs d’un prélude érotique. L’ascenseur en était un.

J’ai poussé la porte, Tom m’a suivie entièrement nu. Son sexe irréellement raide frôlait mes fesses, y entrer serait un jeu d’enfant.