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n° 22211Fiche technique20475 caractères20475
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Temps de lecture estimé : 15 mn
30/12/23
Résumé:  Un couple illégitime part à la découverte du libertinage. Elle en écrit les débuts dans un journal, des fantasmes et découvertes aux moments précédant leur première expérience à quatre.
Critères:  fh journal humour
Auteur : Aventurine      Envoi mini-message
Quand je serai libertine

20 octobre


Cet après-midi, j’ai pu me libérer pour un café avec Marc. Il a tellement insisté pour me montrer sa fameuse liste que je me suis démenée pour pouvoir sortir plus tôt du bureau. Alors que nous aurions pu nous envoyer nos petits textes par mail en jouant le jeu de la lecture simultanée. Bref, qu’il est joueur, mon amant chéri ! Il faut dire qu’il a trouvé en moi une camarade de jeu tout aussi créative. Malgré toutes les petites fantaisies que nous nous sommes offertes sur l’année que nous avons vécue ensemble, l’insatiable Marc a encore des idées ludiques, et m’a demandé de me creuser les méninges moi aussi.


Quelles petites folies, quels fantasmes pourrions-nous encore expérimenter ensemble ? Oui, cher Journal (pas trouvé d’autre nom un peu fun pour toi, désolée), le but du duo amant-maîtresse, c’est quand même de briser la routine, alors autant y aller à fond, si je puis dire. Marc m’a fait beaucoup rire quand il m’a proposé de rédiger cette liste. Avant chacune de nos rencontres, il me demande toujours ce que je souhaite faire et si certaines fantaisies me trottant dans la tête mériteraient d’être mises en application. À chaque fois qu’il me pose cette question, j’ai juste envie de lui dire : « être avec toi ». Au risque de passer pour la reine des fleurs bleues. Mais bien sûr, pourquoi ne pas essayer de pimenter encore plus nos retrouvailles en tentant de nouvelles expériences ? J’ai déjà découvert tant de choses avec lui, j’en rigole rien que d’y penser.


Cet après-midi donc, nous avons joué le jeu de la lecture simultanée de nos deux listes, assis côte à côte dans le coin le plus discret d’un bar. Quel suspense et quelle partie de fous rires aussi ! Nous avons donc sorti de nos poches nos feuilles respectives avant de les déplier solennellement. Me concernant, j’ai eu l’impression d’être le père Noël qui découvre les envies d’un enfant très inspiré. Enfin, la mère Noël, plutôt. Certains items ont quand même manqué de m’effrayer, mais je sais à quel point son imagination est débordante en matière de fantasmes et de sensualité. Voilà donc la fameuse Liste de mes envies by Mister Marc, mon obsédé chéri :


– prendre des photos sexy de toi, de nous, en intérieur ou en extérieur, dans diverses situations excitantes ;

– se livrer à une séance de sexe oral dans une cabine d’essayage ;

– t’exhiber en cam de manière anonyme via des sites spécialisés ;

– t’attacher à un lit les yeux bandés pour que tu sois à ma merci (smileys bleus d’effroi) ;

– touer les voyeurs en te regardant prendre du plaisir avec une autre femme ;

– te regarder te caresser devant moi avec tes doigts ou un jouet ;

– te regarder m’offrir un striptease torride ;

– nous offrir un massage à l’huile où nous serons nus et serons à tour de rôle masseur et massé ;

– organiser une sortie dans un club libertin ;

– ouvrir un compte couple sur un site libertin, y publier des photos sexy de nous deux et échanger avec d’autres couples.


À côté de cette liste, la mienne s’est distinguée par son côté mignon. Je suis un bisounours en guêpière mauve et bas noir.



23 octobre


Quand je repense à cette liste… Le dernier élément en particulier a attiré mon attention : partager nos ébats avec une ou deux autres personnes. Nous en avons déjà parlé, sans plus. Une autre femme, un autre homme, un couple ? Quand tu écris, « ouvrir un compte couple sur un site libertin, y publier des photos sexy de nous deux et échanger avec d’autres couples », cela fait plusieurs envies en une seule, non ? Quel gourmand, mon amant… ! Bien sûr, je sais que de son côté il étudie la mienne, de liste, et qu’il ne manquera pas d’accéder à certaines de mes envies dans la mesure du possible. Je lui ai donc donné le feu vert pour nous lancer dans le libertinage. À défaut d’avoir pu y amener nos couples légitimes respectifs, ce sera notre expérience à tous les deux. Pauvre de moi, j’espère que je n’aurai pas à le regretter. Mais on sera deux dans l’histoire, alors… À nous les joies du libertinage.



30 octobre


Marc veut absolument faire d’autres photos de moi. Jusque là, nos petits jeux photographiques se limitaient à l’envoi de selfies plus ou moins dénudés, dans diverses tenues ou positions sexy. Très propice, le déshabillage précédant la douche, ou pour lui, la petite pause pipi au bureau… Eh si, juste pour le plaisir de s’exciter mutuellement. Le pire, c’est que cela fonctionne chaque fois. Enfin, je parle pour moi, qui bave immanquablement devant les photos de sa chemise ouverte sur son torse de rêve. Il lui suffit de cadrer également son boxer déformé par une érection naissante et c’est le cataclysme dans ma culotte. Je suis peut-être un peu obsédée moi aussi, finalement, LOL ! Pour tous les deux, il s’agit surtout de faire plaisir à l’autre au quotidien, de réapprendre à séduire et de trouver dans le regard de son amant(e) le désir que des années de vie de couple peuvent user.


Aujourd’hui, Marc m’a donc encore demandé s’il pourrait prendre lui-même des photos sensuelles de moi. Après son obsession assumée pour les bas, en voilà une nouvelle. Il ne me lâchera pas avec ça, je le sens. Mais comment lui résister, à mon petit pervers d’amant ? Il y a des fois où je me dis qu’un jour, il arrivera à me convaincre de m’exhiber en lingerie ultra sexy face à une webcam, devant une flopée de mecs qui se branleront pendant que je glisserai une main, voire un gode, dans ma culotte. Oui, comme sur sa liste de fantasmes. Bref. Il me dit que je suis sexy, qu’il a quelques idées de photos qui seraient très belles. J’avoue ne pas être totalement emballée par le projet de prime abord. Mes quelques fichus complexes y sont pour quelque chose… Je sais pertinemment qu’il ne m’obligera pas à le faire à contrecœur. Il est tellement chou de me dire qu’il veut vraiment que je prenne du plaisir dans tout ce que nous faisons ensemble. Je vais quand même y réfléchir, à l’idée du shooting, cela pourrait être amusant.



6 novembre


Encore un après-midi mémorable ensemble. Torride et sensuel. Je viens de découvrir dans mes mails les photos de moi qu’il a prises tout à l’heure à l’hôtel. Je suis tellement ravie du résultat. Finalement, j’ai apprécié la séance photo, même si inévitablement sur certaines, mes petits défauts me sautent aux yeux. Pourtant, quand je repense à lui, nu devant moi avec son téléphone, à demi allongé sur le lit avec une magnifique érection, j’ai envie d’en faire d’autres, des photos sensuelles. Dans un recoin de mon esprit et malgré ma confiance envers lui, je croise quand même tous les doigts pour qu’il les garde bien au chaud, ces photos. Juste pour lui et notre compte libertin. Et que ces clichés ne finissent pas sur un site obscur de photos amateurs, consulté par des mecs qui banderont comme des ânes à la seule vue de mon charmant fessier ou de ma main posée négligemment sur mon entrejambe.



13 novembre


Ça y est, nous avons notre compte libertin. Je vois bien que Marc est super motivé par le projet : il s’est occupé de créer le profil et de définir les paramètres de base en un temps record. Il a bossé dur à son bureau aujourd’hui, c’est moi qui te le dis, cher Journal ! Nos premières photos figurent aussi sur notre page. Quelle sensation étrange de voir ma silhouette et certaines parties de mon anatomie ainsi exposées sur Internet ! Même sans visage, cela fait bizarre. Pourtant, qu’ils sont jolis, ces clichés plus ou moins suggestifs, avec ma lingerie, mes courbes ou nos deux corps enlacés le temps d’une pose. Le résultat est bluffant ! Je me sens de plus en plus désirable à travers son regard et cette séance photo restera l’un de nos plus beaux instants de complicité.



15 novembre


C’est fou comme ce site libertin pourrait être addictif si j’y passe trop de temps. Tellement de photos, de profils différents… Il ne faut pas se mentir, je me rince l’œil. Je parcours des textes de profils expliquant les envies et recherches de chacun, principalement des couples. C’est excitant, j’avoue. D’admirer de jolis corps, d’envoyer des bisous virtuels, de rire avec Marc de tous les likes sur certaines de nos photos. Mon fessier a du succès. Qui l’eût cru… ?!


Je suis tellement étrangère au libertinage que je vais certainement apprendre une multitude de nouveaux mots dans l’histoire. C’est un monde dont il faut apprendre la langue et l’éthique pour y évoluer sans incident, ne serait-ce que pour savoir ce que l’on cherche et ce dont on ne veut pas. Aujourd’hui, nous avons reçu un message du genre :


Nous sommes un couple mélangiste qui aimerait évoluer doucement vers de l’échangisme. Le côte à côtisme, on a essayé la dernière fois, mais c’était un peu frustrant.


Oh perplexité, quand tu me tiens… Je voulais demander innocemment à l’expéditeur quelle était la différence entre ces termes. Entre-temps, j’ai appris que Marc, chez lui, derrière son écran, avait lui aussi lu ce message et se trouvait dans le même état de perplexité avancée. On cherche quoi, nous ? On se mélange ou on échange ? Côte à côte ou bien les uns sur les autres ? Les trois trucs en même temps, c’est possible ? Pour ne pas passer pour les novices que nous sommes, nous avons fini par chercher les définitions correspondantes. Merci, Googolle, nous essaierons peut-être l’échangisme, cela nous ira très bien !



20 novembre


J’apprécie de plus en plus la photo sensuelle ou érotique. Je le vois comme l’art de mettre en scène un joli corps, de la lingerie fine, des poses suggestives ou plus coquines. Il paraît délicat d’y éviter la vulgarité, de faire en sorte qu’un cliché « fait maison » devienne un petit délice visuel. D’ailleurs, certains contenus photo piquent les yeux, sur ce site comme sur tant d’autres, j’imagine. Ce n’est que mon avis, car d’autres personnes adoreront voir, dans un fil d’actualité, des gros plans gynécologiques ou des photos de membres érectiles sous toutes les coutures. Charme et sensualité. Poésie et finesse. Même pour Marc, il ne m’est jamais arrivé de jouer la contorsionniste, jambes écartées, pour prendre mon sexe béant en photo et lui envoyer le truc dans la foulée. Ce serait… Portrait de moule, by Amélie. Lui non plus, il n’est pas amateur de ce genre d’images. Je suis peut-être une obsédée, mais il me reste un minimum de pudeur.


En dehors d’un certain bon goût dans leurs photos, je peux déjà constater que certains couples ont des points communs avec nous. Nous ne sommes pas les seuls à tenter ce petit jeu même si les couples illégitimes n’y sont pas légion. Couples illégitimes ou non, peu importe, d’ailleurs. Beaucoup cherchent, comme nous, ce qui peut donner un nouvel élan à leur couple. Il y a les novices, comme nous. Les pros des clubs et des parties fines. D’autres, comme nous aussi, aimeraient faire de belles rencontres au fil de leurs échanges. En tout cas, nous verrons bien où tout cela nous mènera.



28 novembre


L’euphorie des débuts est un peu retombée pour la libertine en devenir que je suis. Je savais que la gestion de notre compte libertin me prendrait du temps. Certes, Marc gère le tout d’une main de maître, il débusque des profils intéressants, m’informe des messages reçus, des albums photos qui nous sont ouverts. Pourtant, ce soir j’ai l’impression qu’on ne parle presque plus que de notre compte couple. Je n’ai pas envie de nous perdre là-dedans, je le lui ai déjà dit. Il a l’air de prendre les choses tellement à cœur, même s’il me dit que tout cela n’est que la cerise sur notre gâteau. Il est déjà tellement savoureux, ce gâteau !



3 décembre


Et dire que j’étais contente de ne plus me prendre la tête en solo sur un site de rencontres, à croiser des gens aux recherches parfois farfelues. Aujourd’hui, motivée, j’ai cru bien faire en commençant à chatter avec un couple. Quand je pense que cette dame voulait me passer une laisse et me retrouver, vêtue selon ses instructions, pour jouer à la domina avec moi… Je préférais presque les obsessions anales de Gilles sur ledit site de rencontres. Tous les goûts sont dans la nature. Mais je n’ai pas forcément envie de goûter à tout ce que l’on me propose.



4 décembre


Il n’y a pas que des poètes sur les sites libertins. Et pourtant, un dénommé Rimbaud (juste un pseudo) a attiré mon attention. Par son style parfois pompeux, la beauté de sa plume. Le vouvoiement, qu’il ne lâche toujours pas au fil de nos échanges épistolaires. La recherche de ce couple n’est pas commune : le mari prépare une surprise à sa femme et cherche un couple acceptant de faire vivre à celle-ci une expérience sensorielle intense. Elle aurait les yeux bandés tout au long de nos ébats à quatre, sans voir à aucun moment les visages du couple d’inconnus. J’avoue que le concept me laisse perplexe, mais l’intention paraît tellement belle vis-à-vis de son épouse que j’ai bien envie de me laisser tenter.



12 décembre – J-3


On y sera bientôt. Avec Marc, nous avons enfin réussi à fixer une date de rencontre avec les Rimbaud. L’épouse s’est ravisée et n’aura finalement pas les yeux bandés en notre présence. Du moins, si personne ne sort un bandeau de sa poche pour un petit jeu improvisé dans le feu de l’action. Ce sera une rencontre à quatre, pendant laquelle aucun des sens des participants ne sera entravé. Nous voulons tous de la sensualité, de la séduction, l’harmonie de nos corps qui s’embrassent, se caressent et s’abandonnent à des jouissances successives. De la douceur, de la bienveillance. À nos yeux, cette rencontre est parfaite pour une initiation libertine. J’ai tellement hâte de revivre le frisson des plaisirs charnels avec une femme. Je ne connais Marion qu’à travers sa plume, mais sa photo fait naître chez moi des fantasmes récurrents, un début de désir. Avant de m’endormir, mon imagination me transporte jusqu’au jour J, jusqu’à la pièce qui verra nos jeux de séduction, nos baisers, nos plaisirs, nos déceptions peut-être.


Ce matin, je me suis faite belle, enfermée dans ma salle de bains, munie de ma cire et de mon vernis à ongles. Il y a des jours où j’aimerais être blonde. Avoir un ticket de métro blond, et surtout moins fourni. Quand je vois le nombre de petits abricots tout lisses sur les photos, je me demande si je suis vraiment faite pour jouer à ce jeu-là. Ils semblent si rares, les hommes qui aiment les petites toisons sur Minou. Cela dit, je vous comprends tellement mieux, Messieurs, depuis que j’ai goûté aux plaisirs entre femmes. Personne n’aime trouver un poil dans son assiette, on est bien d’accord. Il n’empêche que j’aurais dû vivre mon libertinage avant le 21e siècle. J’aurais au moins été à la mode capillairement parlant.


J’aime beaucoup prendre un soin particulier à cette mise en beauté, quelques jours avant un rendez-vous avec Marc. Cette fois, ce n’est pas seulement pour lui. Dans le sens où deux autres personnes poseront les yeux sur moi et leurs mains sur mon corps. Mais finalement, c’est lui que j’ai hâte de retrouver, même dans ces conditions particulières. Quand un bon mois s’est écoulé sans le voir, chaque fois tout mon être semble faire sonner la petite alarme du manque de lui. Mon corps le réclame comme jamais, poussé par mon imagination délurée qui devient intenable. Et encore, nous échangeons des messages quotidiennement. Je veux ma dose de Marc. Snif.



13 décembre – J-2


Je me demande… Si Marc en a vraiment envie, de cette rencontre. Autant je reçois des messages enflammés exprimant son impatience de me voir, lorsque nous prévoyons de nous retrouver seuls, autant cette fois… il ne semble pas se préoccuper de l’échéance qui approche à grands pas. Certes, il me demande si je suis prête, stressée, mais s’exprime peu sur le sujet. Il m’a laissé le soin de réserver l’hôtel, d’informer nos partenaires de jeu des modalités du rendez-vous. Est-ce un test de me laisser ainsi prendre les choses en main ? Pour tester mon implication dans l’histoire ? Ou alors est-ce dû à une certaine déception sur le choix de ce couple ? S’il me posait un lapin, il aurait la fessée de sa vie. Même si cela risquerait de lui plaire. Bien sûr, je sais pertinemment qu’il sera là et que le libertinage, pour lui comme pour moi, c’est tous les deux ou rien.



14 décembre – J-1


P…, c’est demain. Ne pas stresser, ne pas se demander si un imprévu va nous obliger à tout annuler. Je ne sais pas quoi me mettre. Mon petit minou pleure encore en silence, rouge comme une tomate, traumatisé par les supplices infligés à la cire. Allez, il faut juste que je pense à Marc, je suis trop impatiente de le retrouver. On y est, à notre première expérience de libertinage. Nos fantasmes…



15 décembre – Jour J


Quelle expérience mémorable ! Ce soir, il me reste des images plein la tête et j’ignore comment je vais réussir à m’endormir. Je commence à peine à me remettre de mes émotions. En arrivant sur le parking cet après-midi, j’étais tellement nerveuse que je suis restée quelques instants dans la voiture, juste pour inspirer profondément. La voiture de Marc était stationnée non loin de la mienne. Mon cœur s’emballait, je savais qu’il m’attendait chambre 28 et craignais que nos camarades de jeu ne soient arrivés avant moi. Je n’aurais pas aimé que Marc ait à gérer la rencontre sans moi, car je savais qu’il serait aussi stressé que moi.


Ce stress intense, il me rappelle le jour de notre première rencontre, autour d’un café. Je le vois encore, c’était il y a un an déjà. Nous avions passé plusieurs semaines à nous dévoiler un peu et à nous écrire des messages de plus en plus enflammés. Ce jour-là, lorsque je l’ai vu pour la première fois, il faisait les cent pas au milieu de la galerie marchande alors que je marchais vers lui, au moins aussi troublée, mais feignant l’assurance. Avons-nous battu notre record de niveau d’adrénaline aujourd’hui ? C’est fort probable.


À mon grand soulagement, il était donc seul lorsqu’il m’a ouvert la porte de la chambre. Enfin dans mes bras ! Le frisson a commencé comme à chacune de nos rencontres, par le plaisir de se serrer l’un contre l’autre et de s’embrasser. De se regarder, après un mois sans se voir ni se toucher. J’avais vu juste, il semblait être dans ses petits souliers. Impatient aussi, comme moi. C’était sans nul doute le jeu le plus excitant que nous allions vivre ensemble, celui que nous avions le plus attendu en tout cas. À cet instant, nous étions comme deux gamins sur la route de Dysneyland. Intenables et avides de découvrir toutes les attractions qui nous étaient promises.



22 janvier


Cher Journal, cela fait plusieurs semaines que je ne t’ai pas écrit. Le temps m’a manqué, mais surtout l’envie de coucher le récit de mes expériences sur tes pages. Je ne savais pas quoi te raconter, quels sentiments te livrer sans que certains redeviennent trop intenses et gâchent mes souvenirs. Il fallait que je laisse reposer tout ce que j’ai vécu. Depuis ce 15 décembre, j’ai beaucoup discuté avec Marc de nos débuts de libertins. Nous n’en sommes pas déçus, car l’expérience nous a rapprochés. Malgré le fait que ce n’étaient que des débuts, l’expérience demeure exceptionnelle, un fantasme éveillé, une belle rencontre. Cependant, l’harmonie des corps est rarement parfaite. Dans l’attente et l’aventure épistolaire, inconsciemment j’ai fantasmé la perfection. Désormais, je sais combien il est important de parvenir à ce subtil mélange composé d’excitation et d’un certain détachement vis-à-vis de son partenaire. Alors seulement, je serai libertine. La jalousie est l’ennemie du libertin lorsqu’elle est mal dosée.


De tout cela, je vais apprendre, pour n’en garder que les moments de plaisir partagés à deux, trois ou quatre. Je m’amuse souvent à penser que quand je serai une vraie libertine, j’aurai le sexe toujours lisse et n’aurai peut-être plus de scrupules à le prendre moi-même en photo pour le publier sur un compte libertin. Enfin, rien n’est moins sûr. Quand je serai libertine, je ne quitterai plus Marc en tentant de refouler des larmes parce que j’aurais eu le sentiment d’avoir passé trop peu de temps contre lui pendant un après-midi à quatre. Quand je serai libertine, je le regarderai avec excitation posséder une autre femme, et toujours dans nos ébats il y aura ces regards ou ces frôlements de doigts qui se diront : « vas-y, vis-le, ce plaisir, avec lui, avec elle, on est ensemble, je ne l’oublie pas ». Je suis une libertine novice, comme on dit. Pourtant, pour le moment, je suis encore juste son amante. Je serai peut-être un jour libertine, de l’une des mille manières qu’il est possible de le devenir. Qu’allons-nous faire alors, recommencer ? Bien évidemment, parce que nous aimons tellement jouer ensemble… même si c’est avec le feu.