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Temps de lecture estimé : 19 mn
19/12/23
Présentation:  Voici un petit texte sans aucune prétention, sinon celle de vous faire passer un agréable moment de lecture.
Résumé:  Après avoir échangé sur un site, Mina force le destin et propose à Rafaëlle une rencontre.
Critères:  ff froid hotel amour -rencontre -lesbos
Auteur : Melle Mélina      Envoi mini-message
Un simple Noël avec Elle

Chapitre 1 :



Mais qu’est-ce qui m’a pris ? Mais bon sang de bonsoir ! Me voilà partie à Paris au volant de ma deudeuche ! À chaque fois qu’un camion me double, mon tas de ferraille se déporte sur le bas-côté, je manque la mort à chaque fois. À soixante-dix kilomètre-heure à fond la caisse ! Lille-Paris se fait généralement entre deux heures et demie et trois heures, moi, il me faut bien une heure de plus. Et encore, c’est parce que je ne sais pas compter !


Il pleut comme vache qui pisse, une pluie verglaçante qui me crucifie à chaque fois que je fais halte dans les stations-service. Je bois un café qui me coûte les yeux de la tête, mais il a meilleur goût que celui que je me sers régulièrement depuis le distributeur de mon boulot. Tout a meilleur goût. Le sandwich Dauna qui est plus cher de deux voire trois euros que celui que l’on trouve dans les supermarchés est meilleur, il a le goût du « ailleurs », les chips du paquet Lays sont plus savoureuses, elles ont un arrière-goût d’essence.


Et l’eau de Cologne dans les sanitaires ! Bon sang, ce que ça pue ! Toutefois, je ne résiste pas à l’appel de cette eau et m’en asperge (pschitt !) un peu, histoire de me fondre dans la masse de touristes qui fondent sur Paris.


Les stations-service se sont parées de leurs plus belles couleurs à l’approche de Noël, l’atmosphère embaume les sapins qui en rang d’oignons nous invitent à y entrer. Du rouge à foison, du vert en veux-tu en voilà autour des rayons illuminés de guirlandes chatoyantes. Au centre du supermarché d’une gigantesque station, je trouve une montagne de peluches. Je me croirais chez Disney. Un Teddy Bear me fait les yeux doux et m’appelle.


Oh, l’appel de la peluche ! Terrible ! Impérial, irrésistible. Je le regarde, il me fixe de ses yeux globuleux. Raah, je craque ! Aïe, aïe, aïe ! Mon porte-monnaie, il a les reins cassés, on n’peut plus le réparer !


Je préfère fuir cet endroit avant qu’un autre appel ne se fasse entendre. Le nounours sous le bras, je manque de glisser sur une fichue plaque de verglas avant d’atteindre ma voiture. Je reprends la route, Let it snow à fond dans l’autorad.


Je passe devant le parc Astérix, je sais que j’approche. De doux flocons tombent doucement alors que je dépasse Charles de Gaulle. J’arrive enfin à la capitale. Paris sous la neige, c’est une circulation qui très vite s’enlise. Pour parcourir deux kilomètres, une demi-heure passe. I’m dreaming of a white christmas.


J’ai pas de GPS, je me paume dans la goutte d’or, mais punaise, j’aurais pas pu y aller en train ? Bon, il est où ce putain de canal Saint-Martin ?


Je m’arrête et regarde sur mon itinéraire de fortune. Après moult péripéties, j’arrive enfin à destination. Je me laisse charmer par ce petit coin qui fleure bon le métropolitain. C’est un endroit très pittoresque, les décorations sur les ponts piétonniers, les vitrines enluminées ajoutent une touche de magie qui m’émerveille. Bin, oui, je suis une vraie gamine et je l’assume.

Je trouve enfin le « parking ». C’est un garage sur plusieurs étages, estampillé « Renault ». Mouais, faut voir la tronche du garage ! Toutefois, pas vraiment le choix, j’y dépose ma voiture. Le gardien, un vieux black, me demande mes clés et mes papiers ! Faut vraiment pas avoir peur de se faire arnaquer !


Vingt boules ! Harry Potter me demande vingt boules pour laisser ma 2CV dans c’truc ! Je l’appelle Harry Potter parce que ce pauvre vieillard vit visiblement dans la loge de 4 m². Y a pas à dire, Renault est une société qui fait attention et à son image et à ses employés.


Harry Potter me sourit, il faut dire que je suis sur mon trente-et-un. Je suis en robe élégante, apprêtée, pomponnée, cela change de mes tenues « patates » que j’affectionne particulièrement. Après avoir remis mes clés de voiture et la carte grise (faut pas avoir peur !), je laisse Harry me reluquer un peu avant de rejoindre le restaurant « Le comptoir général ».


J’ai rendez-vous, un rendez-vous charmant, un rendez-vous déroutant, un rendez-vous troublant.



********



Cela faisait maintenant déjà six mois que j’entretenais une correspondance avec la belle Mina, que j’appelais affectueusement « Ma louloute ». Je n’attendais rien ni n’espérais quoi que ce soit de cette relation écrite. Un monde nous séparait, un océan pour être plus précise. Pour moi, c’était clair, il s’agissait d’une amitié par correspondance, point à la ligne.


Je n’étais pas plus attirée par les femmes que ça. J’avais déjà eu un rapport avec une certaine Soliflore, une sculptrice aveugle assez irrésistible, je m’étais laissée happée par ce maelstrom et avais connu ma première expérience au féminin.

Honnêtement, j’avais plutôt aimé cette belle parenthèse, mais ni l’envie ni l’occasion ne s’était représentée.


Mina et moi avions souvent échangé des photos, cela ne m’engageait pas à grand-chose, et même si dans le fond de mon crâne je savais que cette Mina pouvait être en réalité Robert ou Maurice, cela ne me dérangeait pas.

Elle écrivait souvent qu’elle était sous mon charme, qu’elle m’adorait, autant physiquement que mentalement, et qu’elle aurait bien voulu m’initier aux charmes mystiques de l’amour lesbien (je lui avais caché la relation d’avec cette sculptrice).

C’est vrai, nous avions des atomes crochus. Je n’étais pas non plus insensible à ses charmes. Les photos, qu’un possible Robert ou Maurice envoyait, mettaient en scène une jolie petite blonde tirant sur le roux, un visage angélique discrètement parsemé de taches de rousseur et surtout animé d’un sourire désarmant, un sourire qui briserait un iceberg en deux.


Puis, il y eut ce message :


Je serais à Paris le week-end du 21 décembre.


Panique !

Cette relation devenait soudainement beaucoup plus réelle que je ne l’avais imaginé.

Je passai plusieurs jours à ressasser, à me poser mille questions. Je naviguais entre deux sentiments diamétralement opposés. Une part en moi avait envie de ne plus répondre aux sollicitations, mais une autre part, la partie canaille de moi-même, y était beaucoup plus réceptive. Je menais un véritable combat intérieur, pendant lequel la dualité de mes sentiments s’exprimait tour à tour, où les arguments « pour » et les arguments « contre » d’entreprendre une telle rencontre étaient posés, pesés.


Après deux nuits d’insomnies, je décidai enfin d’y répondre favorablement.




Chapitre 2 :



Rendez-vous aéroport Pierre-Eliott Trudeau de Montréal, le « Yul », direction Paris Charles de Gaulle. Onze heures de voyage avec escale… Onze interminables heures. Je suis excitée comme une puce, oh, pas tant d’aller à Paris, la Ville lumière, pas tant pour visiter la France, mais parce qu’ici vit mon amour ! La chanson à fond dans les écouteurs, j’écoute toutes les versions depuis celle de Ella Fitzgerald à celle toute récente de Zaz…


J’enrage, mon vol aura du retard ! Bien évidemment, il fallait que ce soit aujourd’hui ! J’attends donc (im)patiemment dans la zone d’embarquement, vais faire un tour dans le duty free, achète trois quatre cochonneries à becqueter, fais le tour de l’aéroport, achète trois quatre cochonneries à becqueter, trouve un petit sac super mignon, mais qui coûte un bras (duty free, mon œil, oui !), puis achète trois quatre cochonneries à becqueter. À ce train-là, je vais arriver à Paris, diabétique ou obèse…


Dans l’avion, je prends place au côté d’une femme âgée qui rejoint pour la première fois depuis près de vingt ans son fils qui vit dans la capitale française au côté d’une femme qu’elle n’a jamais rencontrée, et surtout de ses trois petits-enfants qu’elle ne connaît pas.

Nous parlons de nos attentes et sommes sûres que la magie de Noël va se découvrir cette année pour nous. Direction le Quartier latin pour elle. Elle m’explique son programme en long en large et en travers, et me donne l’envie également de visiter la tour Eiffel et de voir la plus belle ville du monde à mes pieds.

Je m’imagine tenant la main de ma belle Rafaëlle, Rafaëlle avec un « F », elle y tient à son « F ». Je m’imagine avec elle monter les marches innombrables de cette architecture d’acier et de boulons. Elle me dit avoir le vertige ; ça tombe bien, moi aussi. J’espère que les marches ne seront pas trop glissantes, auquel cas nous emprunterons les ascenseurs.


J’ai fait des pieds et des mains pour m’installer côté hublot et me rends-compte à quel point il s’agit d’une démarche ridicule, nous voyageons de nuit. Je ne vois rien, je n’entrevois même aucun nuage. J’espère à chaque fois croiser des yeux le père Noël, mais il ne sort que pendant la nuit du vingt-quatre.


J’ai quitté Saguenay sous une montagne de neige. Par endroit, la neige atteint facilement le mètre et le mercure est descendu en dessous des moins vingt-cinq degrés. Il paraît qu’à Paris, les températures négatives sont synonymes de mort assurée. Ainsi le froid parisien est plus cruel que celui du Grand Nord. J’avoue avoir du mal à y croire. Toutefois, je suis parée, mes vêtements sont ceux que je vêts en plein hiver canadien.


Je vais descendre dans un hôtel tout proche du métro Jaurès. Je vais y arriver demain tôt dans la matinée, le temps pour moi de me reposer, me préparer, et j’aurai le bonheur de la voir enfin en chair et en os.


Je n’ai parlé de ce projet à personne. Je sais que l’on me qualifierait de folle… traverser les océans pour rencontrer une femme que j’aime alors que je ne l’aie jamais vue ni même entendue. On me dirait que ce n’est pas de l’amour. On me jugerait, et on me demanderait : comment est-ce possible de tomber amoureuse par correspondance ?

Je n’ai pas envie d’entendre ce genre de reproches, je n’ai pas envie de me justifier. Moi, je sais. C’est tout.


Dans l’avion, alors que ma voisine s’est endormie, je regarde un film ; Noël oblige, j’opte pour Gremlins 1. Je craque, je fonds de nouveau pour Guizmo et me marre une nouvelle fois devant la scène du cinéma. C’est clair, je veux un Guizmo !


Il est tôt lorsque nous atterrissons, il est tôt lorsque le taxi me dépose devant mon hôtel. Ma chambre n’est pas prête, je dois attendre dans le salon.


Je ne suis pas déçue par l’endroit. Je lui trouve un petit aspect suranné, old school comme on dit chez moi, une atmosphère un peu feutrée. De la moquette atténue bien l’acoustique. Le silence règne, une odeur de sapin se dilue dans l’air, j’ai l’impression d’être dans un salon du début du siècle.

Le maître d’hôtel est un grand monsieur dégarni, vêtu d’un costume trois-pièces, élégant, un peu guindé. Je me demande s’il est capable de sourire autrement que pour le côté professionnel. Je l’imagine plutôt, Monsieur Scrooge, que Saint-Nicolas.


Je laisse mon esprit vagabonder.


Je réalise que j’y suis. Ce soir, je vais enfin la rencontrer et l’angoisse commence à me submerger, je ne suis pas prête ! Bon sang, il me faut des friandises, trois ou quatre cochonneries à becqueter ! Le sucre me rassure.


Tout à mes pensées, je n’avais pas pris le temps de regarder la ville sous les flocons qui tombaient doucement. Je n’avais pas vu à quel point cet endroit était charmant, plein de caractère et d’histoire. Aussi, lorsque je sors de l’hôtel, direction la première boulangerie, je prends le soin de me poser et de regarder enfin ce Noël à la française.


Les décorations, tant dans les vitrines que dans le ciel, donnent un semblant de merveilleux à toute cette histoire. Nonobstant d’être la plus belle ville du monde, Paris sait en plus se parer de bijoux étincelants pour nous subjuguer comme nulle part ailleurs.


Je ne sais à combien le thermomètre se trouve : moins un ? Moins deux ? Toujours est-il que la légère bise, qui me fouette le visage comme une gifle impitoyable, me confirme qu’il fait un froid de canard, un froid comme rarement je ne l’ai ressenti.


Je claque la moitié de mon pognon dans des macarons et chocolats ; oui, je sais, ce n’est pas sérieux, mais ainsi parée, je saurai surmonter l’attente et l’angoisse qui montera à coup sûr crescendo.


De retour à l’hôtel, je découvre enfin ma chambre. Un lit king size au centre d’une pièce blanche, avec un tableau contemporain sur le mur. Un enfant de quatre ans pourrait dessiner une telle horreur, néanmoins, je suis sûr qu’il doit valoir les yeux de la tête.

Faisant face au lit, une télé, un petit meuble bas. Une penderie, dans laquelle je dépose ma valise sans même l’avoir ouverte, je suis trop fatiguée, se trouve au côté de la salle de douche. C’est particulier, une douche à l’italienne, sans aucune porte séparant cette pièce de la chambre… Bonjour l’intimité !


Je me mets à penser que de toute façon, pour ce qui est de l’intimité, j’espère pouvoir la donner à l’élue de mon cœur, de même que j’espère pouvoir l’admirer se doucher.


Je suis au cinquième étage, j’ai une vue plongeante sur une cour de deux mètres carrés, et de part et d’autre, des fenêtres comme la mienne qui se prolongent deux étages plus haut. Je comprends un peu mieux les murs blancs, la lumière ne doit pas souvent accéder dans cette chambre.


Enfin, je m’allonge sur le lit et il ne me faut que quelques petites secondes pour que tout s’éteigne. Je tombe comme une souche.




Chapitre 3 :



Je me réveille en sursaut, je regarde ma montre, je n’ai plus qu’une petite heure pour me préparer, me pomponner. C’est simple, je veux être belle à crever. Quelques minutes plus tard, je suis satisfaite du résultat. Je sais de nos échanges que Rafaëlle n’aime pas les « pots de peinture », ces femmes qui empilent les couches de maquillages et qui cocottent l’odeur de plusieurs parfums. C’est pourquoi je reste le plus possible au naturel en ne sublimant que par traits discrets mes yeux vert émeraude et me contente d’une seule petite impulsion dans le cou d’un parfum fruité.


J’arrive devant le Comptoir général. J’ai besoin de retrouver en plus de mon souffle un peu de sérénité. J’angoisse terriblement et me pose mille questions. Comment va-t-elle me trouver ? Est-ce que je vais lui plaire ? Allons-nous nous entendre ? Ou est-ce que le fait de nous rencontrer cassera la magie créée par nos échanges ?


Oups, je pensais que le resto serait un restaurant chic et je me retrouve face à ce qui ressemble plutôt à un parc d’attractions façon « Pirates des Caraïbes ».

Je m’installe à table, dans un petit coin à l’abri des regards. Je suis à peine posée, qu’un serveur me propose un apéritif en attendant. Eh oui, c’est Noël ! Un p’tit cadeau de bienvenue. J’accepte bien sûr, mais espère ne pas trop attendre. Plus l’heure approche, plus les minutes me paraissent longues et plus j’ai envie de m’enfouir, de m’enfuir, et l’alcool m’y aiderait assurément.


Soudain, je la vois, ma p’tite brunette aux yeux noisette, un ours en peluche sous le bras. On lui désigne ma table. Je déglutis, je tathycardise ! Ça se dit ça, en France, je tathycardise ? Elle… Elle… Comment dire ?


Voilà que j’ai perdu mes mots. Elle est devant moi, je suis tétanisée. Elle me regarde avec un sourire désarmant, et moi… Et moi je reste comme une cruche, la bouche ouverte.



Elle est si naturelle, envoûtante. C’est la fille du vent, un souffle, que dis-je, un ouragan ! En se déplaçant, un léger parfum fruité s’envole et vient chatouiller mes sens. Je suis toujours bouche bée, un rien godiche, elle s’en amuse :



Puis elle me tend son ours.



Je trouve enfin la force de me lever pour l’accueillir dignement. Nous nous embrassons et – l’ai-je fait exprès ? – la commissure de nos lèvres se frôle. Instant magique, instant que j’enregistre et installe dans ma mémoire pour pouvoir m’en gaver autant de fois que je le souhaite.

Je recule la chaise pour qu’elle puisse s’y installer. Sa robe remonte un peu lorsqu’elle s’assoit et mes yeux se fixent sur ses jambes qu’elle a magnifiques. Tu m’étonnes, c’est une nageuse. J’imagine volontiers qu’il n’y a pas que ses jambes qui sont fermes et athlétiques.


Notre conversation commence par des banalités sirupeuses, et je reste plongée dans ses yeux. Oh, se noyer dans les yeux d’une nageuse ! Quelle belle ironie ! Nous nous apprivoisons lentement mais sûrement.


Nous commandons notre repas, un pavé de saumon safrané, et une bonne bouteille de vin, un chablis dont le sommelier nous vante les saveurs. Je me régale, c’est vrai, mais j’ai en tête l’envie de déguster tout autre chose ! Cependant, je ne veux pas brusquer les choses et reste très sage.


Finalement, je cède à l’envie irrépressible d’aller un peu plus vite que la musique et prends sa main dans la mienne. Je la caresse doucement et vois Rafa rougir, un peu gênée par mon initiative.


Baloo est le spectateur privilégié de ce jeu de séduction. Il est en outre le fil d’Ariane auquel ma proie se raccroche pour ne pas sombrer dans le labyrinthe dans lequel je tente de l’emmener. Mouais… plutôt une toile d’araignée qu’un piège labyrinthique, d’ailleurs.


Je force un peu le destin en engageant une discussion teintée de plus d’intimité et les questions que je lui pose l’obligent à s’exposer un peu plus. Au fil des minutes, le temps s’égrène et avec lui, la distance entre nous. Rafa devient volubile et se livre à visage découvert, elle n’omet rien de ses désirs, de ses penchants, de ses fantasmes.


Désarmée devant son naturel et son humour, je ne peux m’empêcher de sourire béatement, je sais que je suis complètement envoûtée. Alors que je me comportais comme la prédatrice, je constate que ma proie a juste changé les rôles.


Elle s’adresse régulièrement à Baloo et le prend à témoin de nos échanges. Je parle bien d’échanges, car, après s’être confiée, c’est à mon tour de me dévoiler. Je le fais sans pudeur et sans détour, ainsi sait-elle que je suis une domina.

Je me rappelle toutefois lors de nos échanges épistolaires que Rafa ne supporte ni la douleur ni les ordres. Aussi y vais-je avec tact et laisse mon alter ego dominateur bien rangé au fond de mon ventre.


L’alcool me rend un peu pompette et je deviens encore plus entreprenante. Le degré de chaleur de notre discussion monte encore d’un étage et je lui demande quelle lingerie elle porte. Elle s’en amuse, me répond qu’elle a piqué le slip Kangourou de son grand-père, puis, sérieusement, en me fixant intensément, se joue de moi :



Gloups… Je déglutis. Ne sachant quoi dire, j’ai l’idée saugrenue de l’inviter à danser.

Moi, qui suis une piètre danseuse et qui crains d’être ridicule, propose de danser sur une salsa ? N’y a-t-il pas plus facile ? N’y aurait-il pas un slow ? Un slow, ça, ça va ! Je sais danser le slow, mais la salsa…


Elle accepte avec plaisir et entrain ma proposition. Elle se lève, époussette sa robe, tire dessus puis m’attrape la main pour me mener au centre d’un endroit dégagé de tables. Il n’y a pas de piste de danse et, bien évidemment, pas de danseurs autres que nous. Baloo et les clients nous dévisagent et m’encouragent alors que la musique commence :


♫ Soy del rio de la plata, corazon latino, soy bien candombera ♬


C’est incroyable, moi qui ne sais pas danser, elle me guide merveilleusement bien ! Je n’ai qu’à la suivre, et par de simples petites impulsions de la main, elle me fait tourner comme si nous avions travaillé ensemble cette chorégraphie.


Nos corps se frôlent, se cherchent, se trouvent puis s’éloignent pour mieux se retrouver. À chaque balancier, j’inspire ce parfum si envoûtant, si enivrant et pourtant si discret.

Dans un dernier tourbillon, je me love dans ses bras et saisis cette chance pour l’embrasser.


Je dépose délicatement mes lèvres contre les siennes. Elle ne refuse pas ce baiser, tant s’en faut, elle entrouvre sa bouche et nos langues se rencontrent. Enfin, je la goûte et savoure l’exquise douceur de son souffle. Je dépose un bisou dans le cou, car je sais que c’est son talon d’Achille. Elle devient ardente, braise incandescente. Elle me tient par les cheveux et prend le contrôle de la situation, oubliant les clients, oubliant notre ours en peluche. Elle me soumet à son besoin torride de m’embrasser fougueusement, indécemment.

Moi, la domina, suis le jouet d’une tigresse.


Je la regarde dans les yeux pour m’assurer que je ne vis pas un rêve éveillé, et c’est toute tremblante que je lui propose de prendre le dessert dans ma chambre d’Hôtel. Elle me sourit et répond :





Chapitre 4 :



C’est main dans la main que les deux femmes quittent le restaurant. Rafa sait déjà en son for intérieur que même si elles vont vivre une nuit magique, l’histoire n’ira pas beaucoup plus loin entre elles.


Pour la Lilloise, elles se ressemblent trop, leurs différences ne sont pas assez marquées. Elles sont en beaucoup de points identiques, depuis leur façon de s’exprimer en passant par leur façon de se vêtir. Cependant, elle n’en dit rien, son crédo est « ici et maintenant » et elle compte bien en profiter jusqu’à plus soif.


La Canadienne est sur un petit nuage et fait déjà des plans sur la comète. Elle s’imagine déjà continuer cette relation au-delà des frontières. Elle se pose des questions, où vivront-elles ? Toute sa famille réside à Saguenay, et elle ne se sent pas de laisser tout son petit monde à des milliers de kilomètres, elle a besoin de ses amis et aussi de sa mère. Est-ce que Rafa voudra bien tout plaquer pour vivre là-bas ?

Une idée en chassant une autre, elle sait qu’elle va enfin découvrir les sous-vêtements cachés sous cette petite robe rouge. Un slip kangourou de son grand-père ? Cette vision la fait rire aux éclats en pleine rue.


Cette nuit se veut la plus longue possible. Chacune leur tour sera tantôt dominatrice, tantôt soumise à la volonté de l’autre. Leurs corps s’apprivoiseront et les langues se délecteront de chair, de fluides et aussi (et surtout) de chantilly, jusqu’à frôler l’abus.


Il neige à présent de gros flocons qui s’agglutinent sur le sol. Paris a décidé d’émerveiller ses deux amantes en revêtant ses plus beaux atours. Bientôt, les pieds s’enfonceront par endroits, tandis qu’ailleurs ce sera une patinoire.


♫ When we finally kiss goodnight

How I’ll hate going out in the storm ♫

But if you’ll really hold me tight

All the way home I’ll be warm♬


♫ And the fire is slowly dying

And, my dear, we’re still goodbying

But as long as you’d love me so

Let it snow ! Let it snow and snow ! ♬



Au détour d’une ruelle, trop affamées de tendresse, elles s’embrasent, se collent contre le mur, et dans une étreinte, l’une s’empare de la jambe de l’autre, remonte sa caresse pour effleurer le tissu de la culotte. Oh, la belle brunette porte visiblement des bas attachés par des porte-jarretelles ! Elles sentent leur cœur battre à tout rompre et s’oublient dans un baiser torride.


Les hormones en ébullition, elles ne se sont plus vraiment sur terre, elles sont ailleurs, bien loin. Plus rien ne compte que ce moment délicieux. Elles seraient prêtes à offrir aux regards des passants de fortune un spectacle qu’ils ne pourraient oublier de sitôt.


Tandis que les mains sont baladeuses, Rafa, à la recherche de son souffle, retrouve un zeste de lucidité :



C’est en pressant le pas, comme si une urgence vitale en dépendait, qu’elles rejoignent la chambre de la canadienne. À présent, chaque seconde compte, en gâcher ne serait-ce qu’une seule serait intolérable. Aussi, passent-elles telles des trombes devant le Scrooge d’Hôtel, Baloo sous le bras, sans lui prêter la moindre attention.

Dans les escaliers, elles manquent de les dévaler en ratant une marche. Devant la porte, Mina fouille avec frénésie dans son sac pour trouver le badge, sort de ce dernier le portefeuille, le passeport, la trousse de maquillage, une brosse à cheveux, l’agenda, un briquet, une boîte de médicaments, des chewing-gums, une trousse contenant plusieurs stylos de différentes couleurs, une bombe de laque, un tupperware de couscous, un pneu, un cric, une tronçonneuse ; bref, tout ce que l’on peut trouver dans un sac de fille sans dénicher ce fichu badge.



Derrière elle, un peu plus calme, Rafa lui suggère de regarder dans ses poches. Elle y trouve son trousseau de clés, un mouchoir, un vieux ticket de cinéma, panique, cherche, déniche la tétine de sa filleule, « Ah, elle était là, cette fichue tétine ! On l’a cherchée pendant deux heures ! », paniquée et au bord de la crise d’hystérie, tout tombe de ses mains, et soudain, telle une apparition de la vierge Marie, gît au sol, étincelant : le badge !

Elle le ramasse, mais il brûle entre ses doigts, elle est incapable de le tenir fermement sous le regard amusé de Rafa qui attend patiemment.

Sésame, ouvre-toi ! Elles auraient défoncé la porte à grands coups de pompe qu’elle n’aurait pas été si énergiquement ouverte. Elles n’ont pas le temps de la fermer qu’elles se dirigent lèvres contre lèvres, mains baladeuses, et chaussures retirées, presque arrachées prestement en un équilibre précaire.

Elles se jettent sur le lit, et alors que jusqu’à présent il n’était question que de frénésie, la tendresse se pose doucement et, se fixant comme si elles cherchaient dans le regard de l’autre des réponses aux questions qu’elles se posent chacune, Rafa sourit et dit :




********



Et la porte se ferme ainsi à nos regards de voyeurs. Alors, laissons-les vivre cette belle aventure saphique, contentons-nous d’imaginer les scènes torrides, les caresses passionnées, laissons-nous guider par les sons, les murmures et les mots gémis au-delà de cette porte.

Oh ! Je l’avoue, j’aurais bien aimé être à la place de Baloo. Il est dit que même la peluche rougît lorsque les amantes dansèrent la rumba et le cha-cha-cha.

L’escapade à Paris dura plus de temps que prévu et Rafa faillit tomber dans les vapes lorsque Harry Potter lui donna la note pour avoir gardé la deudeuche.



C’est sous un ciel de traîne qu’elle entreprît le chemin du retour. Sur l’autoroute, le café des stations-service perdit de son arôme, les sandwichs Dauna retrouvèrent le goût de l’essence, et l’eau de Cologne des sanitaires, l’odeur des chiottes.

Dans l’avion qui la ramenait à la maison, Mina s’assit au côté d’une femme âgée qui avait passé Noël près de son fils et de ses petits-enfants qu’elle n’avait jamais vus. Cette pauvre dame comprit très vite qu’elle était devenue une étrangère, que ses petits-enfants ne l’appelleraient jamais « Mamie » et que son fils avait fait un trait sur son passé.

Mina ne regarda aucun film, elle n’avait pas cœur à cela, elle voulait juste voir Baloo, lequel croupissait dans les soutes non chauffées du Jumbo. Elle demanda à une hôtesse s’il était possible de le récupérer, l’avion n’étant qu’à moitié plein ou à moitié vide, Baloo ne gênerait aucunement. Cependant, la charmante hôtesse expliqua que pendant le vol, il était impossible pour elle comme pour qui que ce soit d’aller dans les soutes.

Bien esseulée, elle ferma les yeux et chercha dans sa mémoire fraîche la compagnie de sa pédette. Très vite, le sourire qu’elle afficha illumina toute la cabine de l’avion, une promesse avait été faite et Rafaëlle, avec un F, tenait toujours ses promesses.