| n° 22096 | Fiche technique | 13296 caractères | 13296 2410 Temps de lecture estimé : 10 mn |
07/11/23 corrigé 07/11/23 |
| Présentation: « La base de cette histoire est ceci : https://www.youtube.com/watch?v=r5JUj3QgKXk D’ailleurs, cette histoire répond à celle-ci : le 20771 Il est toujours bien de réécouter Bashung. » | ||||
Résumé: Dans la moiteur de la nique, j’entends des râleurs, j’entends des crics | ||||
Critères: fh caférestau hdomine délire | ||||
| Auteur : Samir Erwan Envoi mini-message | ||||
La base de cette histoire est ceci :
https://www.youtube.com/watch?v=r5JUj3QgKXk
D’ailleurs, cette histoire répond à celle-ci :
Bijou bijou : prose entre les strophes
Il est toujours bien de réécouter Bashung.
Il faut prolonger les belles chansons.
C’est un petit signe d’éternité.
A.Bashung
Dans la moiteur de la nique, j’entends des râleurs, j’entends des crics, je suis nerveux dans ce couloir sombre, je ne sais trop où aller, je veux être partout et nulle part. Je suis en sueur et me tiens contre les murs en titubant vers la sortie, une lumière rouge « EXIT » me montre le chemin, mais des haut-le-cœur me prennent, je ne veux pas dégueuler, juste sortir.
Continue comme ça, allez, continue comme ça, t’es presque dehors : derrière moi, les ahanements se poursuivent, certains deviennent aigus, d’autres sont plus graveleux, ça baise fort derrière les portes, mais qu’est-ce que tu fous là, en chancelant dans ce couloir ?
Tu te souviens juste du dernier verre que tu as roté, de l’humour noir de Teddy, du liquide qui gicle d’entre tes lèvres, de l’éclaboussure et de la bière qui coule sur ton menton et ta chemise. Et te voilà dans ce couloir glauque en vacillant vers la sortie, t’as envie de t’extraire de là, de crier, de briser des miroirs, de fracasser des vitres, la rage au cœur, le mal au cœur, t’as envie de mordre.
Une porte à gauche qui s’ouvre et Bella se glisse entre mon corps et le mur, elle me susurre des mots roucoulant et rauque, sa main sur ma joue, son souffle près de mes lèvres. Son chemisier blanc est à demi ouvert, mes yeux tombent sur ses seins libres et fermes, elle est chaude, la Bella, sa petite jupe rouge est relevée, elle sent le sexe, son mascara a coulé, mais elle n’a pas pleuré, elle s’est fait défoncer par Pierrot. Je le vois d’ailleurs, ce crétin toujours en heurts avec moi, dans le fond de la chambre, remontant son pantalon. Il a un sourire fat et me fait un signe de sa main, pouce relevé index pointé, fait semblant de me tirer pan ! Et Bella empoigne ma ceinture :
- — Sois pas chien, prends-moi dans le désordre, c’est ça ou rien…
J’ai trop bu hier, je ne peux rien faire et pourtant la Bella, je la prendrais bien :
Non, j’atteins enfin la porte antipanique, j’appuie sur la barre, me retrouve dehors en un vacarme de porte de métal : enfin ! Je descends l’escalier et Teddy, Paulo et Christian me crient de joie quand la lueur du jour me touche. C’est l’aube ? Les copains lèvent leurs verres et leurs bouteilles m’invitent à les rejoindre, j’ai toujours soif. On a fêté de l’aube à l’aube ? Ils sont cons, ils sont bêtes, tous des tocards, je sais ce que c’est, c’est des amis.
Un verre dans la main, mon coude fait l’aller-retour, le feu dans ma gorge, je râle et observe la base : une cour intérieure, des tables disséminées, les bouteilles vides, et le patron du bar qui attend qu’on parte, encore une nuit, encore un petit matin. Tout tangue et je hurle soudainement au soleil qui se lève. Tout le monde est surpris et Paulo me prend par les épaules :
Nous marchons dans la rue et nous foutons de tout, parlons fort pour réveiller les mégères. Une grosse pierre par terre, un abribus isolé, sans usagers, une publicité pour une pièce de théâtre : « Un bijou de production ! » annonce-t-elle. Un tonnerre dans mon corps, je lève le bras et envoie la pierre détruire le marchandisage. Paulo rigole, Christian crache, Teddy a trouvé une barre à mine.
Les abribus qu’on dégomme, rien que pour se prouver qu’on est des hommes ne nous ont rien fait, mais le plexiglas défoncé calme ma peine d’avoir perdu mon amour, ma moitié, mon petit brin de femme avec qui j’aurais fait ma vie : je suis donc le premier à tout démonter et Teddy frappe les restes.
Mets-toi bien devant, dis-moi ce que c’est, c’est le capitalisme, non ! c’est lavabo !
On rit fort au ciel et on se bombe le torse.
C’est nous, nous quatre ! On se dresse contre le monde dans une suite de jours et de nuits de cordials et de tord-boyaux et de gnôles et de femmes. Paulo a été le premier à visiter le fond du couloir, troisième porte à droite, et qui nous est revenu avec l’idée du nom du groupe : « Lavabo ! » dans une surexcitation d’alcoolo.
On a beuglé et chanté nos futurs tubes et s’en envoyant d’autres dans le gosier et le visage de mon amour perdu revenait me hanter : qu’est-ce que t’es con de l’avoir laissé partir, de ne pas avoir su la garder près de toi, d’avoir accepté qu’un guignol habillé en clodo devienne son coloc, c’est mon ami d’enfance qu’elle te disait, abruti, et toi t’as accepté ça, comme ça, tu cherches la lumière et c’est l’impasse, c’était Bijou ta lumière et t’as accepté qu’elle te quitte, et maintenant tu voudrais que ça débouche sur quoi ? Foutons les poubelles en feu dans ce matin qui se lève, il n’y aura plus de nouveaux jours !
*
Grand soleil, grande chaleur. Le son des machines qui vrillent, la force dans les bras pour tenir le marteau piqueur, je suis concentré à ma tâche. Les collègues tapent du marteau et attendent que j’aie terminé le trou pour y couler le ciment. Mon casque enserre mon crâne, j’en ai des palpitations tout autour de la tête, les dernières soirées/jours ont été difficiles, cinq jours de congé, cinq jours de rumba avec les amis. La vie bouge tellement vite et se transforme si rapidement. Il y a un mois à peine, je vivais le parfait amour avec Bijou. Nous nous étions rencontrés lors d’une répétition d’une pièce de théâtre, je jouais le Roi, elle une concubine et nos répliques sur scène nous ont amené à nous regarder dans les yeux. Puis à discuter le soir. Puis à se revoir. Puis je l’ai invitée à dîner. Un baiser seulement avant de se quitter. Puis de nouvelles répétitions théâtrales, je jouais mon Roi de façon magistrale, étais si doux et gentil avec mes « concubines », ai de nouveau invité Bijou à dîner, chandelles, violons, nappes et rideaux rouges. Puis par le poignet, je l’ai amenée à la maison. Elle n’a fait pas sa mijaurée, mais presque. Alors est enfin venu le moment de lui montrer mon arme, elle ne voulait pas au départ, disait que c’était trop rapide, qu’elle ne savait pas, mais quand je lui ai mis mon sexe dans sa main, Bijou a retrouvé son attitude de délurée tel que je l’avais perçu. Je l’ai troussée par-derrière, elle s’est bien laissée faire, elle a aimé et elle me l’a soufflé :
J’ai ricané, je suis un bon baiseur, je sais.
Puis nous nous sommes revus régulièrement, Bijou et moi. Quelques fois, elle compliquait notre relation, m’affirmait qu’il n’y avait rien entre elle et son nouveau coloc, me disait qu’elle en avait assez de mes crises de jalousie : mais je n’étais pas jaloux de ce pauvre connard joueur de guitare, il ne savait même pas aligner deux notes en plus ! Tout ce qu’il me fallait faire pour résoudre les crises de Bijou, c’était de bien la bourrer. Alors, elle s’apaisait. Jusqu’au jour où elle a cessé de m’appeler, cessé de répondre à mes textos rageurs, puis elle m’a confronté :
Les dents serrées à force d’effort en tenant le marteau piqueur qui crée de la musique électronique dans mes oreilles malgré mon casque, je fume de me dire que je n’ai plus eu de nouvelle de Bijou depuis, elle m’a vraiment abandonné, je devais réapprendre à vivre sans son cul et la sirène de fin de chantier sonne, m’extirpe de ma furie noire. Je retrouve mes collègues en enlevant nos casques, en essuyant nos mains. Je ne sais plus quoi faire depuis son départ définitif. T’as toujours la gueule de bois et la rogne au cœur Luc, et je fulmine : venez pas me faire chier parce que je vous en colle une à tous !
Sortie de chantier, revenu de tout, referme ton casier, passe sous la douche, l’eau sur ton front te fait du bien Luc, réfléchi bien à tes prochains coups. Au départ de Bijou, Teddy, Paulo et Christian m’ont rappelé :
On jouait du rock sale, du rock garage, du punk rock en distorsion, et ça me faisait un bien fou de laisser mes doigts sauter à contretemps sur le manche. Et l’alcool à profusion, et les filles qui venaient nous écouter, presque en pâmoison devant une bande de petites frappes qui se voulaient rockeurs :
Je rigolais pour garder un air de circonstance en tirant sur ma clope, je n’en voulais qu’une, au chemisier blanc et à la jupe rouge relevée, au mascara coulant sur ses joues parce qu’on l’avait trop tringlée. En même temps, je tentais de garder contenance avec ma troupe de théâtre, mais la vie, cette vie délirante et éméchée, filait trop vite entre travailler au chantier, interpréter avec la troupe de théâtre et improviser avec la bande.
Tu joues dans quel groupe ? T’es pas sûr, apprends ton play-back, play blessures, et tes plaies sont vives Luc, car avant, avec Bijou, tu ne te défonçais pas autant ! Tu fais quoi ce soir ? Rejoins ta base au bar tab, si on te cherche des noises, fais comme d’hab et ce qui devait arriver, arrive. Pierrot me fait chier direct à mon entrée au repère, j’ai pas cherché à dialoguer, je lui esquinte le portrait en moins de deux, le passe à tabac, Christian vient me retenir en me refilant une bière. Je la siffle rapidement tandis que Teddy et Paulo m’accueillent à table et au loin, près de la porte métallique, Bella en chemisette blanche échancrée et à la jupe rouge et courte effleurant le bonheur me regarde impressionnée par la raclée donnée à Pierrot, je rigole entre mes dents.
La fille du patron, faut lui donner, pour la tirer de là, tu sais où c’est.
Encouragé et requinqué, je me lève et lui indique du doigt de monter l’escalier et d’entrer, elle obéit. Son père au bar ne nous voit pas, c’est lavabo, Paulo fait des simagrées, Teddy cherche le proprio pour le divertir, Christian nous regarde les mains dans les poches, je vide le whisky et commence mon délire éthylique.
Luc, tu sais où c’est.
Fond du couloir troisième porte à droite, c’est là que se cache Bella, t’en es sûr, c’est de la faute à lavabo, ce groupe de musique rock qui t’amène là, et tu l’assumes, tu cherches la lumière et c’est l’impasse, tu restes dans le noir, tu voudrais que ça débouche sur quoi ?
Elle qui t’attend, qui se déshabille, qui t’invite, les boutons du chemisier éclatent, les doigts dans les cheveux, les lèvres entrecroisées, les langues fougueuses, les fluides partout déjà qui suintent des corps. Luc, tu la retournes Bella et tu la tiens, tu la prends et tu en es époustouflé, l’alcool monte en toi, dehors par la fenêtre tu vois un clocher et tu entends ses cris qui rythment tes mouvements de hanches. Tu t’écrases contre son dos, je reprends conscience qu’elle me parle :
Je lui réponds que je n’ai pas fini, mais que je prendrais bien un verre, elle aussi et ça tombe bien, il y a de l’eau-de-feu dans la chambre, elle s’en verse sur tout le corps et je l’embrasse et elle s’embrase, et je la lèche et elle se laisse. Sa peau est chaude et ferme et douce et je l’empoigne de partout, mon corps n’est plus qu’un sexe pointé et Bella n’est plus qu’un réceptacle, ma tête chavire et je ne sais plus ce qui me prend, je sens que la cavalerie arrive et Bella me dit des mots bleus :
Mais j’aurais dû voir venir, j’espérais me reposer avant de redescendre voir Paulo et les autres, mais je les entends crier :
Ça me réveille de la torpeur du stupre et de l’ivrognerie, je me dresse, ma queue ballottant entre mes jambes et l’avant-dernier Mohican joue aux Indiens, il ouvre la porte et Bella se cache les seins avec les draps. Un Pierrot amoché surgit dans la chambre et crie :
- — Qui sera le suivant ?
Encore une fois, je n’ai pas le temps de penser, je vois la fenêtre, je pourrais me sauver. Winchester ou cathédrale, choisis ton arme, de toute façon, je ne pose pas de question et fonce. Pierrot me reçoit dans le ventre et s’effondre contre le mur, je rigole, tourne la tête à gauche, au bout du couloir, c’est lavabo, mon groupe de musique, mes amis qui se tiennent là, mes potos, ils viennent chercher Pierrot qui est de nouveau sur le dos, pour l’amour d’une femme qui se partage.
Christian crache par terre et je retourne dans la chambre retrouver Bella, la fille du patron, éberluée.
*
« On comprend rien, mais on comprend tout », c’est ce que ça m’inspire, en m’enfilant cognac sur armagnac, t’as la niaque et Bella viens là que je te nique, fond du couloir troisième porte à droite, lavabo, où je dégueule parce que ça va trop loin, ça va durer jusqu’à quand, mais non, me regarde dans le miroir et la colère passe à moitié, tu vis un rêve d’éponge, où tu cherches la lumière et c’est l’impasse, c’est pas vrai, c’est Bella qui m’attend en écartant ses fesses pour que j’oublie Bijou, Bijou, alors je joue avec son beau corps pour me perdre et ne pas réfléchir et les bières sont là, à portée de main.
Tu voudrais que ça débouche sur quoi ?