Résumé des épisodes précédents :
Sophia a bien profité de sa dernière journée à bord de la Nymphe. Elle a joui plus que jamais tout en donnant aux autres.
Sophia fut réveillée par une corne de brume. Elle ouvrit les yeux pour découvrir Scott.
- — Toutes les bonnes choses ont une fin, annonça-t-il en lui retirant son carcan.
Il l’invita ensuite à le suivre. Ils empruntèrent quelques escaliers et coursives, ne croisant personne, et passèrent une porte indiquée « Sortie ». Un chemin extérieur d’herbe protégé d’un toit, une porte, un couloir vierge, une pièce blanche ne contenant qu’un lit et elle retrouva le vestiaire de piscine.
Elle referma la porte derrière elle, laissant Scott partir guider un autre invité. Une enveloppe l’attendait. Elle l’ouvrit.
« Rhabillez-vous puis sortez par devant, tournez à gauche et poussez la porte marquée à votre nom. Vous trouverez de quoi vous réconforter : à boire chaud et à grignoter. Attendez que je vienne vous voir. »
C’était signé « Olivier ». Sophia fit ce qui était demandé. La bouilloire lui permit d’obtenir un doux chocolat chaud et des mini viennoiseries complétèrent agréablement ce petit-déjeuner surprise. Sophia se détendit dans un fauteuil confortable. Elle se douta qu’Olivier ne viendrait pas rapidement. Ils étaient dix. Elle ne serait pas forcément servie en premier. Il arriva un peu plus vite qu’elle ne l’aurait imaginé. Elle n’avait même pas fini la panière de douceurs.
- — Bonjour, Sophia.
- — Bonjour, Olivier.
- — Votre séjour a-t-il été agréable ?
- — Terriblement. Je suis comblée. Je vous remercie.
- — Des remarques à formuler ? Des critiques me permettant d’améliorer la session suivante ?
- — Là, tout de suite, rien ne me vient.
- — Que désirez-vous me dire ?
- — Merci ? proposa Sophia et ils rirent tous les deux.
- — À part ça ?
Sophia prit le temps de réfléchir puis secoua négativement la tête. Elle ne voyait pas bien quoi dire d’autre.
- — Bien, dit Olivier. Normalement, après cet échange, qui est parfois court, parfois long, ça dépend des gens, je propose à mon invité de rejoindre sa voiture et de rentrer chez lui ou elle. Votre cas est plus délicat.
- — Ah bon ? Pourquoi ? demanda Sophia.
- — Nous avons eu un temps merveilleux toute la semaine. Du soleil, pas une goutte de pluie, un vent léger. Idéal !
Sophia acquiesça, ne voyant pas bien le rapport avec elle.
- — Donc, bien sûr, maintenant, il pleut à verse.
- — Ah bon ? dit Sophia, se rendant compte que la petite pièce ne proposait pas de fenêtre.
- — Et discuter sous la pluie, sur un parking, n’est jamais très agréable. Alors voilà : souhaitez-vous un moment en privé avec Damien ?
Sophia se figea. Discuter avec Bouc émissaire ? En privé ? Maintenant ? Dans le monde réel ? Elle trembla et eut soudain très froid.
- — Vous n’êtes pas obligée, se sentit obligé de préciser Olivier. Ce qui s’est passé sur la frégate peut y rester. Une parenthèse agréable sans conséquence. Ce n’est qu’une proposition.
- — Est-ce qu’il a demandé à me parler ? demanda Sophia.
- — Je n’ai pas encore discuté avec lui. Souhaitez-vous que je lui donne votre numéro de téléphone ?
Reporter cette éventuelle discussion à plus tard. Repousser la prise de décision. Ça lui semblait être une bonne idée. Là, tout de suite, elle n’avait pas les idées claires. Elle avait besoin de temps. Elle hocha la tête.
Il ouvrit un tiroir auquel Sophia n’avait pas prêté attention. Il en sortit un bloc-note et un crayon. Sophia nota les chiffres. Olivier déchira la feuille et la plaça dans une poche. Après quoi il lui tendit un autre morceau de papier plié en deux. Sophia s’en saisit et l’ouvrit, pour découvrir un numéro de téléphone inconnu.
- — C’est celui de Damien ? demanda Sophia.
- — Non, celui de Flavien. Je n’ai pas encore parlé à Damien. En revanche, Flavien m’a demandé de vous transmettre son numéro de téléphone.
- — Qui est Flavien ? interrogea Sophia, perdue.
- — Vide-couilles.
Sophia en cessa de respirer.
- — Vous lui avez sacrément tapé dans l’œil, mais il a lui aussi préféré repousser une prise de décision à plus tard. Vous êtes tous les deux fins psychologues. J’aime échanger avec des connaisseurs. Voulez-vous lui transmettre votre numéro ?
- — Je lui ai tapé dans l’œil ? répéta Sophia, interloquée.
Elle se souvint de son attitude lors de sa première récompense. Il n’avait montré aucune joie, restant au contraire lointain et fuyant. Ce jour-là, elle n’était pas allée lui proposer de coucher avec elle, ayant reçu ce plaisir de Cordes et Service. Elle se souvint de son massage, de ses baisers passionnés, de sa manière si douce et prévenante de la baiser, tout en volupté.
- — Il était désespéré hier, dit Olivier. Depuis le gaillard arrière, on voit très bien le gaillard avant. Durant la partie de dés, il a prononcé mon prénom pour la première fois depuis le début de la semaine. Aucun de nous n’a compris pourquoi. Il a demandé à s’isoler physiquement et surtout, phoniquement. Vos cris de plaisir nous parvenaient, mais aucun de nous n’y prêtait vraiment attention. C’est une chose plutôt banale sur la frégate.
Sophia ne put s’empêcher de pleurer. Elle hoqueta. Olivier poursuivit :
- — On a fermé la porte, mis de la musique forte et il s’est pelotonné dans un coin. Il a accepté de dîner avec nous, mais a demandé à Franck d’aller directement dormir après, ce qui lui a évidemment été accordé.
- — Je suis désolée, sanglota Sophia dont la mâchoire tremblait convulsivement. Je ne m’étais absolument pas rendu compte…
- — Qu’il vous dévorait des yeux ?
- — Que ça n’était pas que physique. Je n’ai jamais été douée pour ça. Mes copines se moquent souvent de moi. Le mec a intérêt à être clair sinon, je passe totalement à côté.
- — Voulez-vous lui transmettre votre numéro de téléphone ?
- — Il l’attend et l’espère ?
Olivier hocha la tête. Elle attrapa le bloc-note et griffonna pour la seconde fois les chiffres requis. Sa main tremblait. Elle n’arrivait pas à s’empêcher de s’arrêter de pleurer.
- — Écoutez, Sophia, je ne peux pas vous laisser prendre la voiture dans cet état. Attendez-moi là. Je m’occupe des autres et je reviens vous voir. D’accord ? Vous ne bougez pas !
Sophia hocha la tête. Elle se sentait incapable de marcher, de toute façon. Il sortit et elle fondit en larmes. Elle se blottit en position fœtale dans le fauteuil. Ses pensées tournaient et retournaient. Vide-couilles – Flavien – était un homme tendre, à l’écoute et passionné. Damien – mais pourquoi avaient-ils des prénoms aussi ressemblants ? – était fort, impressionnant et son regard la rendait biche, la faisant fondre.
Elle revit sa semaine sur le bateau. Le combat de coqs entre Damien et Flavien pour savoir lequel des deux pourrait la laver. Damien s’effaçant, gentleman, devant son compatriote. Il savait se montrer partageur, sans aucun doute, car il aurait pu prendre l’ascendant. Elle revit Damien s’occupant de Commis et Chef, s’amusant de leur douleur et de leur frustration. Il lui faisait peur et pourtant, il lui avait aussi offert plus de plaisir que jamais personne auparavant.
Si elle devait choisir maintenant, vers lequel irait-elle ? Son esprit tourmenté n’avait pas la réponse à cette question. Elle avait besoin de se calmer, de prendre le temps. La semaine avait été rude. Sophia était épuisée, tant physiquement que mentalement. Elle subissait le contrecoup.
Olivier refit son apparition.
- — Ça ne va pas mieux, vous ! constata-t-il. Venez avec moi.
Voyant qu’elle peinait à se relever, il l’aida.
- — Vous tremblez.
- — J’ai froid, précisa-t-elle.
Il l’emmena le long de différents couloirs et passa quelques portes. Sophia ne prêta pas attention au chemin. Elle se retrouva dans un canapé sous trois grosses couvertures. Elle entendit un sifflement puis une boisson chaude apparut devant elle. Elle avala quelques gorgées. Ses tremblements se calmèrent et l’environnement lui sauta aux yeux.
Elle se trouvait dans un salon joliment décoré. Les immenses portes-fenêtres donnaient sur un jardin que Sophia ne pouvait pas voir sous le rideau de pluie puissant. La lumière artificielle inondait la pièce, nécessaire sous cet orage masquant totalement le soleil. On se serait cru le soir et pourtant, la box sous la télévision annonçait 9 h 23. Sophia constata la présence de deux autres tasses fumantes sur la table basse.
- — Ma femme ne va pas tarder, expliqua Olivier. Vu le temps, elle appréciera aussi une tisane chaude.
- — Votre femme ? répéta Sophia. Vous êtes marié ?
Il acquiesça de la tête.
- — Je ne veux pas m’imposer ! s’exclama Sophia en se levant, repoussant dans ce geste les couvertures.
Le froid la fit instantanément claquer des dents.
- — Asseyez-vous, gronda Olivier en la repoussant avec tendresse sur le canapé.
Sophia se laissa tomber sur les coussins moelleux. Il remit en place les plaids.
- — Ma femme est au courant de ce qui se passe sur le bateau. Elle participe souvent. Elle n’était pas disponible en début de semaine et personne n’arrive en cours de route, d’où son absence cette fois. Elle est partie faire le marché. Quand elle est sortie, il faisait un temps magnifique. Je ne crois pas qu’elle ait pris de parapluie. Elle va revenir trempée et pas dans le bon sens du terme.
Sophia ricana sous les couvertures chaudes.
- — Quand Babe participe aux sessions, les candidats se bousculent. Elle est domina.
Sophia sourit. Elle comprenait fort bien.
- — Vous êtes tous les deux dominants, lança Sophia qui ne trouvait rien d’autre à dire pour meubler cet échange.
- — C’est elle qui a eu l’idée de faire ça. Trop de soumis frustrés, répète-t-elle souvent. Et c’est vrai ! Il y a tant de volontaires. Nous sommes obligés de faire une sélection drastique.
Sophia hocha la tête. La porte s’ouvrit, dévoilant en femme en talons plats, petit haut blanc et jupe courte, cheveux longs dégoulinants. Olivier se rua dans l’entrée pour récupérer les paniers lourds des emplettes.
- — Quel temps de chien ! s’exclama la maîtresse de maison.
Elle essora ses cheveux puis retira ses chaussures, attrapa la serviette tendue par son mari et s’essuya. Elle retira son haut, alors Sophia détourna le regard pour respecter son intimité. Des murmures et des bruits de pas firent disparaître l’hôte féminine. Olivier se rassit dans un fauteuil et avala une gorgée de tisane. Sophia fit de même. Malgré la boisson chaude et les couvertures, elle tremblait.
- — Vous devriez vous allonger. Le canapé est confortable, précisa Olivier. La semaine a été longue. Reposez-vous.
Sophia ne se le fit pas dire deux fois. Elle s’endormit à peine couchée. Elle fut réveillée par une délicieuse odeur de beurre et de viande rôtie. La box annonçait 12 h 17. Sophia, qui avisa qu’elle avait très chaud, repoussa les couvertures et se redressa. Elle se sentait bien mieux, même si sa nuque et ses épaules la tiraient.
Elle se leva et suivit les bruits de voix pour retrouver Olivier et sa femme en train de discuter dans la cuisine. Olivier portait un tablier tandis que sa femme sirotait un verre de vin blanc.
- — Bonjour, Sophia. Je suis Aurélie, la femme d’Olivier. Vous avez bien dormi ?
- — Merveilleusement, je vous remercie.
- — Vous avez l’air en bien meilleur état, annonça Olivier. Le déjeuner est presque prêt.
- — Vous voulez bien m’aider à mettre le couvert ? demanda Aurélie.
- — Bien sûr, répondit Sophia.
Elle plaça les assiettes, les verres, les fourchettes, les couteaux et les cuillères qu’Aurélie ramenait depuis la cuisine. La salle à manger rayonnait. Sophia trouva que les résidents avaient très bon goût. Des photos d’adolescents agrémentaient le dessus de la cheminée.
- — Nos enfants, précisa Aurélie. Des jumeaux. Ils sont au Canada pour leurs études et ne rentrent que pendant les vacances.
Sophia hocha la tête. Olivier apporta l’entrée. Sophia refusa le verre de vin pour se contenter d’eau. Elle avait l’esprit assez en vrac pour ne pas en rajouter.
- — Vous feriez un beau couple avec Damien. Lui aussi déteste l’alcool. Il nous rabroue sans cesse sur ça.
- — Aurélie, grogna Olivier.
Sophia rougit de la tête aux pieds.
- — Quoi ? s’exclama Aurélie.
- — Nous n’avons pas à l’influencer. C’est sa décision !
- — Don Juan qui a enfin décidé de se caser ! C’est suffisamment surprenant pour que je veuille y mettre mon grain de sel.
- — Don Juan ? répéta Sophia.
- — Damien a tendance à papillonner, sauter de fille en fille, admit Olivier entre les dents.
- — Qu’il veuille se ranger est très surprenant ! s’extasia Aurélie.
- — Je ne requiers pas l’exclusivité, indiqua Sophia. Mon partenaire de vie pourra aller voir ailleurs s’il veut. Ça ne me dérange pas.
- — Tu vois ! s’exclama Aurélie. Ils sont faits pour être ensemble !
- — Flavien mérite aussi sa part de bonheur ! grogna Olivier.
- — Je n’aurais jamais cru que ça se produirait avec ce groupe, admit Aurélie. Nous avions pourtant peaufiné le truc.
- — En mettant trois couples, les risques étaient minimes, maugréa Olivier.
- — Qui était le troisième ? demanda Sophia, curieuse.
- — Qui sont les deux premiers que vous connaissez ? répliqua Aurélie.
- — Ryan et Service d’un côté, Commis et Chef de l’autre, indiqua Sophia.
- — Danny et Cordes, indiqua Olivier.
- — Ils sont ensemble ? s’étrangla Sophia qui n’avait rien remarqué de particulier entre eux.
- — Danny est le shibariste qui lui faisait ses cordes et elle dormait dans une cage dans sa cabine, indiqua Olivier.
Sophia n’en avait aucune idée.
- — Cela ne laissait que Eau et vous en femmes célibataires, compléta Aurélie. Du côté masculin, Franck étant homo pur, il aurait pu jeter son dévolu sur Flavien ou Damien. Sauf que nous savions que ça n’irait pas. Damien n’a aucune envie d’une relation de couple avec un homme et Flavien préfère des partenaires de son âge. Scott étant un sadique extrême et aucune de vous deux n’aimant la douleur, ça limitait les risques. Il ne risquait pas non plus de se mettre en couple avec Damien. Scott n’est pas homo. Frapper un homme, oui. Touche pipi, non. Quant à Toilettes, il est déjà en couple en dehors, tout comme mon cher mari.
- — Celui à fond de cale m’a demandé s’il pouvait voir le visage de celle l’ayant si gentiment nourri et sucé pendant son séjour, indiqua Olivier. Je lui ai répondu de demander à son imagination.
Sophia rit.
- — Dans son état, il ne risquait pas de s’enticher de qui que ce soit, compléta Aurélie tandis qu’Olivier servait le plat de résistance.
- — Vous accepteriez de m’expliquer : pourquoi le tapis de course ? s’enquit Sophia.
- — Dans son message, il nous indiquait avoir le fantasme d’être à la merci totale de quelqu’un : de ne pas pouvoir choisir son heure de réveil, de coucher, ce qu’il mange, ce qu’il boit, quand il le fait, d’être restreint physiquement dans ses mouvements et bien sûr aussi, sexuellement. Une contrainte vraiment forte, absolue. Sauf qu’il a un problème de santé qui l’oblige à faire du sport quotidiennement, condition essentielle à ses yeux incompatible avec un enfermement et une restriction de mouvement.
- — Vous êtes époustouflant ! s’écria Sophia, consciente qu’elle se répétait. Il a dû adorer.
- — Plus que ça ! rit Olivier. Il ne tarissait pas d’éloges lors de notre échange final. Il a passé la semaine à bander et ça va nourrir ses nuits pendant des années.
- — Il a appris quelques mots en japonais ?
- — Non, aucun. Cette méthode d’apprentissage des langues est nulle, maugréa Olivier avant de porter sa fourchette à sa bouche.
- — À aucun moment, je n’ai imaginé que Flavien et Damien pourraient flasher sur vous, insista Aurélie. Damien ne venait pas là pour se trouver une soumise, mais pour explorer son côté soumis. Quant à Flavien, c’était en tant qu’homosexuel qu’il venait. Nous savions bien sûr qu’il était bi, mais…
- — Nul ne contrôle ses émotions. Eux aussi ont été surpris, rappela Olivier.
- — Je me sens responsable de la situation, indiqua Aurélie.
- — Ce n’est pas de votre faute, assura Sophia.
Aurélie arracha un morceau de pain et sauça son assiette.
- — Vous cuisinez bien, dit Sophia, mais ça ne vaut pas les plats de Commis et Chef.
- — Vous avez bien mangé alors ? demanda Aurélie.
- — Une merveille ! Quel dommage que tu aies raté ça ! répondit Olivier.
- — Elles vont l’avoir, leur étoile ? interrogea Aurélie.
- — Leur étoile ? répéta Sophia.
- — Elles possèdent un restaurant et essayent depuis quelques années d’obtenir des étoiles, indiqua Aurélie.
- — Ce n’est pas la qualité des préparations qui les empêche de les obtenir, précisa Olivier, mais leur relation. Dès qu’elles sont stressées, elles s’engueulent comme du poisson pourri et se disent des choses qu’elles regrettent toujours ensuite. Il n’empêche qu’à cause de ça, les visites des inspecteurs se sont toujours soldées par un désastre. Leurs employés restent rarement longtemps, en ayant marre de leurs disputes incessantes.
- — D’où les bâillons ! comprit Sophia. Vous les avez obligées à se taire.
- — Je voulais qu’elles ressentent dans leur corps qu’on peut communiquer autrement. De plus, il n’y avait qu’un seul pilori dans la cuisine. Ainsi, une seule d’entre elles pouvait parler en même temps. Cela leur apprend à se taire et à écouter, mais aussi que ce n’est pas agréable de se faire insulter sans pouvoir répondre ! J’ai passé beaucoup de temps avec elles en cuisine. C’est pratique qu’elles soient bâillonnées, dit Olivier. Ainsi, pas besoin de bâtons de parole. Elles étaient obligées de m’écouter. Je leur ai donné des conseils sur la bonne manière de communiquer. Tu sais que Commis a frappé Chef le premier jour ?
- — Quoi ? s’exclama Aurélie.
- — J’y suis allé et j’ai remis les choses au clair : pas de violence chez moi. Elle était rouge comme une tomate, mais elle n’a pas recommencé.
- — Encore heureux ! Bien sûr qu’on ne peut pas cautionner des violences conjugales ! approuva Aurélie.
- — Elles ont reçu des récompenses en fin de semaine, se souvint Sophia. Elles ont réussi à mieux communiquer alors ?
- — Oui. Ça n’a pas été facile, mais oui.
- — Vous devriez vraiment penser à en faire commerce, insista Sophia.
- — Ah ! Mais coach en communication, c’est mon travail, précisa Olivier en riant.
- — Vous offrez souvent gratuitement vos services, comme ça ? s’étonna Sophia.
- — Leur métier contre le mien, indiqua Olivier. L’échange me semble tout à fait honnête.
Cuisine contre médiation de couple. Sophia jugea le marché correct.
- — Elles m’ont chaleureusement remercié lors de l’échange final, l’une comme l’autre, raconta Olivier. Je crois qu’elles vont s’en sortir. Elles ont toutes les clés en main, en tout cas.
- — Je suis heureuse pour elles, dit Aurélie en prenant la main de son époux dans la sienne.
Olivier la serra en retour puis se leva afin d’aller chercher le dessert. Sophia aida Aurélie à débarrasser la table, mais se figea au milieu de la pièce.
- — Sophia ? Ça va ? demanda Aurélie.
- — Il est 12 h 58.
- — Oui, et alors ?
- — Merde ! s’écria-t-elle en reposant sur la table ce qu’elle tenait dans ses mains. Je dois aller chercher mon téléphone !
- — Je vous accompagne, annonça Olivier.
Ils traversèrent plusieurs couloirs, passèrent des portes jusqu’à revenir dans le hall d’entrée avec les casiers à code. Sophia l’ouvrit et en extirpa son sac à main. Elle sortit l’appareil électronique et appuya sur le bouton. Rien ne se passa.
- — Il est déchargé ! s’énerva-t-elle.
- — Vous connaissez le numéro de votre interlocuteur ?
- — Non ! s’exclama Sophia.
- — Calmez-vous ! Nous avons des chargeurs de plusieurs modèles. Venez ! dit Olivier avant de la ramener vers la maison principale.
Il mena son invitée dans un bureau où il lui dénicha le chargeur adéquat. Le téléphone s’alluma. Sophia avait reçu plusieurs SMS dans les dernières minutes. Le dernier disait « Putain ! Tu fais chier ! Je dois vraiment appeler la police, là ? ».
Sophia appuya sur le bouton d’appel puis plaqua l’appareil contre son visage.
- — Sophia ? dit Claire d’une voix inquiète.
- — Abricot, dit Sophia. N’appelle pas la police, tout va bien. J’étais juste crevée, alors j’ai dormi et j’ai… j’ai totalement oublié de t’appeler. Excuse-moi de t’avoir fait peur.
Olivier s’éloigna. Sophia entendit Claire soupirer de soulagement.
- — Alors, c’était comment ? Aussi fantastique qu’on le dit ? Je m’inscris ?
- — C’est une expérience à vivre, je te le confirme, dit Sophia à sa copine.
- — Heureuse d’avoir retrouvé ton petit confort ?
- — Je ne suis pas encore rentré à l’appartement. Je suis toujours sur place.
- — Quoi ? Pourquoi ?
- — Tu me connais, moi et mes drops. Je n’étais pas en état de rentrer, alors les organisateurs m’ont gentiment offert de rester un peu chez eux.
- — C’est adorable de leur part, mais j’ai la sensation que tu me caches quelque chose.
Sophia se mordit la lèvre inférieure. Sa copine la connaissait trop bien.
- — Qu’est-ce qui s’est passé pour que tu sois dans un état tel que tu ne puisses pas rentrer ? insista Claire.
- — J’ai rencontré…
Claire hurla à l’autre bout du fil.
- — T’as rencontré un mec ! cria-t-elle.
Claire se mit à chanter. Nul doute qu’elle faisait la danse de la victoire dans son salon. Sophia ne put s’empêcher de rire avant de redevenir sérieuse et de lancer :
Claire cessa immédiatement de chanter.
- — Ah merde, lança-t-elle. Enfin, je veux dire… c’est cool. Deux pour le prix d’un. Euh…
- — D’où mon désarroi, indiqua Sophia. Ils sont tellement différents l’un de l’autre. Un dominant et un soumis.
- — T’as flashé sur un soum ? T’as pris un coup sur la tête ?
- — J’ai aussi fait un plan à trois avec deux filles, répliqua Sophia.
- — Oh putain ! Je m’inscris direct ! C’est le paradis, cet endroit !
- — La liste d’attente est longue.
- — Tu es chez les patrons. Tu ne voudrais pas leur parler de moi, par hasard ? Un petit mot glissé en toute discrétion, tu vois ?
Sophia avait l’impression de voir l’expression de chien battu de sa copine. Elle secoua la tête en souriant. Claire reprit :
- — Revenons à toi. Un soum et un dom.
- — Un switch pour être plus exacte, se corrigea Sophia. Flavien est bi. Damien est hétéro et… ah ben en fait non. Il veut se faire dominer exclusivement par des hommes donc, non, il est bi aussi…
- — Attends ! s’écria Claire. Je ne pige rien. Tu peux recommencer moins vite ?
- — Flavien est soumis. Damien est switch et masochiste. Ils sont bis tous les deux.
- — D’accord et alors ?
- — Alors, je rappelle lequel des deux ?
- — Comment ça ?
- — Ils m’ont tous les deux filé leur numéro. J’ai envie de les revoir tous les deux. Putain ! Je fais quoi ?
- — T’es conne ou quoi ? Tu rappelles les deux !
Sophia se figea. Claire en profita pour continuer à parler.
- — S’ils sont bis tous les deux, une relation à trois ne devrait pas les déranger. Toi, tu requiers pas l’exclusivité alors ça ne te dérangera pas que ton switch aille chercher son plaisir ailleurs et que tes mecs baisent ensemble s’ils veulent. Pourquoi tu te prends la tête ? Moi, je trouve que t’as tiré le gros lot. Le beurre, l’argent du beurre et le cul du beurrier. Bon, je te laisse. J’ai une inscription à finaliser et ils posent un milliard de questions !
Claire raccrocha. Sophia papillonna des yeux. Vivre en trouple ? Ma foi, pourquoi pas, c’était une idée qui méritait réflexion. Encore fallait-il que ces messieurs acceptent. Sophia rejoignit ses hôtes. Ils dégustèrent le dessert en discutant météo, cinéma et vélo en centre-ville. Sophia fut chez elle pour le dîner. Elle se donna la nuit pour réfléchir.