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n° 22016Fiche technique14652 caractères14652
Temps de lecture estimé : 10 mn
28/09/23
Résumé:  Sophia écoute le maître du jeu exposer les règles de la semaine à venir.
Critères:  grp vacances fsoumise hsoumis hdomine -dominatio
Auteur : Myhrisse            Envoi mini-message

Série : Sophia

Chapitre 01 / 11
Introduction

Bienvenue à tous, dit un homme à la mâchoire carrée.


Il se tenait assis sur une table dans une attitude nonchalante. Les cheveux courts, il proposait un visage glabre. Sa tenue et son physique prouvaient qu’il aimait prendre soin de lui.



Sophia observa les personnes présentes. Six femmes – elle comprise – et quatre hommes. Des caucasiens, comme elle, elle en compta cinq, trois hommes et deux femmes. Le dernier homme et les trois autres femmes étaient des Asiatiques. La plupart avaient, comme elle, la trentaine passée, mais aucun ne semblait dépasser les cinquante ans.



Sophia sourit. Des mois sans collier, sans personne pour tenir la laisse. Les dernières relations lui laissaient un souvenir amer. Difficile de trouver les bonnes personnes. Aucun n’avait été méchant ou irrespectueux. Ça ne collait juste pas. Elle observa les autres et constata que si certains, comme elle, souriaient, d’autres affichaient des fronts plissés et trituraient nerveusement cheveux, lacets de sweat ou doigts.



L’allègement de l’atmosphère fit acquiescer Olivier.



À nouveau, l’assemblée ricana.



Les six femmes se trouvèrent du regard et se congratulèrent silencieusement.



Sophia trouva cela surprenant de choisir le prénom de leur hôte.



Sophia sentit son ventre se contracter convulsivement. Il lui tardait que cela commence.



Les dix invités se lancèrent des regards rieurs.



Des grimaces apparurent sur de nombreux visages. Des moues penaudes sur d’autres.



Sophia ne put s’empêcher de rire et elle ne fut pas la seule.



Sophia fronça les sourcils. Elle entrevoyait à quel point cela pourrait compliquer les choses.



Des murmures s’élevèrent, preuve que l’assemblée hésitait sur la signification à apporter aux derniers propos de l’hôte.



L’assemblée, de nouveau silencieuse, hocha la tête.



Sophia sentit un nœud se défaire dans son ventre. C’était étrange, car elle n’avait pas eu la sensation de sa présence jusque-là.



Tout le monde acquiesça de concert.



La tirade venait d’alourdir sérieusement l’atmosphère. Voilà qui avait le mérite d’être clair.



Sophia ouvrit de grands yeux à cette précision. Vingt safewords ? Elle n’en avait jamais entendu un seul prononcé de sa vie. Elle ne fut pas la seule à montrer son incrédulité.



L’assemblée hocha la tête. Tous se regardèrent de travers. Quels étaient les fantasmes des autres pour qu’ils soient aussi loin des siens, au point qu’ils soient insupportables aux autres membres du groupe, pourtant des connaisseurs ? Olivier les sous-estimait-il ? La main droite de Sophia se mit à trembler. Son bas-ventre tressauta tandis qu’un frisson glacé parcourait sa colonne vertébrale. Perdue entre excitation et terreur, impatience et angoisse, Sophia grelottait de froid avant de mourir de chaud. Elle contrôla sa respiration afin d’accorder sa pleine attention à Olivier qui reprit la parole :



Sophia ricana et quelques autres soumis et soumises l’accompagnèrent.



Sophia se trouvait presque à l’autre bout de la pièce par rapport à la porte désignée par Olivier de sa main droite. Elle fut donc la dernière à rejoindre un grand couloir blanc très froid. Les portes en plastique vert criard faisaient mal aux yeux. Sophia s’avança. Elle se serait vraiment crue dans une piscine. Elle trouva rapidement la porte indiquant « Sophia » qu’elle poussa. À l’intérieur : un porte-manteau et un petit rebord. De l’autre côté, une autre porte fermée par un loquet en plastique. Normalement, on se changeait ici, on se mettait en maillot de bain avant de rejoindre les douches offrant l’accès aux bassins. Qu’y avait-il ici de l’autre côté ?


L’enveloppe lui répondrait. Sophia ferma la porte dans son dos, tournant le loquet en plastique noir. Elle décrocha l’enveloppe collée au mur de gauche et l’ouvrit. Très légère, elle ne contenait qu’une simple feuille de papier A4 où un court texte imprimé attendait d’être lu.


1700. Vous êtes la fille d’un filotier (cela signifie : fabricant de filets de pêche). Vous livrez les filets au port aux clients. La tâche est ardue sous un chaud soleil d’été. Vous vous hydratez en buvant régulièrement depuis une outre d’eau que vous laissez à l’entrée du ponton afin de ne pas vous alourdir. Alors que vous avancez sur la passerelle en bois après avoir bu une bonne rasade, vous vous sentez faible et tombez à genoux avant de sombrer dans l’inconscience. Où allez-vous vous réveiller ? Là est la question.


Sophia, figée tout en lisant, sentait son sexe ruisseler. Le scénario lui plaisait carrément ! Filet. Port. Passerelle. Dix-huitième siècle. Elle imagina les pirates, les marins, les corsaires, les voiles claquant dans le vent, les galériens, les vagues, le sel, la cale, le capitaine, les sabres, à l’abordage moussaillon.


Elle détestait la mer. Une simple houle et son estomac se vidait. En plein milieu de l’Ardèche, aucune chance de se retrouver sur l’eau. La curiosité de Sophia fut piquée au vif. Comment allaient-ils gérer leur scénario ?


Sophia s’était renseignée avant de s’inscrire. Sur les forums et lors des « Munchs », tous les anciens participants aux événements d’Olivier n’en disaient que du bien. Les mots « incroyable » ou « éblouissant » ressortaient souvent. Sophia n’y croyait que moyennement, mais le BDSM lui manquait et une semaine de vacances gratuite ne se refusait pas. Elle avait juste dû payer l’essence et l’autoroute pour venir jusqu’ici. Sa voiture l’attendait sagement sur le parking. Son sac à main avec ses papiers, son téléphone portable et ses clefs, elle les avait mis dans un casier à code à l’entrée.


Avant de venir, elle avait rempli sa carte. Sa confirmation d’inscription n’avait pas tardé. Sophia se souvint avec bonheur de ce moment. Elle s’était masturbée ce soir-là et l’anticipation l’avait gratifiée d’un très bel orgasme. Maintenant qu’elle y était, elle tenait difficilement en place, sautant d’un pied sur l’autre.


Elle poursuivit sa lecture.


Quand vous vous sentirez prête à plonger dans le terrier du lapin blanc, déshabillez-vous entièrement. Déposez vos affaires sur le rebord. Respirez. Buvez la bouteille d’eau présente sur le rebord.


Ah tiens, oui, il y avait une petite bouteille en plastique. Vraiment petite. Deux gorgées à peine.


Dès que vous l’avez bue, ouvrez la seconde porte et couchez-vous sur le lit. Ne perdez pas trop de temps. L’effet du sédatif est plutôt rapide.


La feuille se mit à trembler, empêchant Sophia de lire. Fort heureusement, la lettre se terminait ainsi. Pas d’autre explication. C’était tout. Quelques lignes d’ambiance. Trois lignes de comportement à adopter. Le reste, son cerveau allait devoir s’en charger. À elle de jouer le jeu, de broder.


Elle avait déjà pratiqué le BDSM, certes, mais jamais pendant une semaine non-stop ni dans un cadre autre qu’une chambre ou un donjon. Le « jeu de rôle » était nouveau. Après tout, pourquoi pas. Un changement de cadre ferait du bien. Se plonger dans la vie des marins du XVIII-ème ne lui déplairait pas, même si elle se doutait que le réalisme ne serait pas au rendez-vous. Peu importait. Elle n’était pas là pour faire une thèse d’histoire.


Tout d’abord, se déshabiller. Ensuite, boire la bouteille d’eau et passer vite la porte pour aller se coucher et s’endormir, se plaçant à la merci des dominants inconnus. Heureusement que Sophia avait fait ses propres recherches et que le discours d’Olivier l’avait rassurée. Sinon, elle serait repartie.


Tous ses contacts lui avaient assuré qu’elle passerait une super semaine. Olivier ne choisissait pas n’importe qui et ses scénarios valaient le détour. La liste d’attente était censée être longue. Sophia n’avait pourtant pas attendu. « Il aime les nouveaux », lui avait expliqué une connaissance.


Admettons !


Se déshabiller. Boire la bouteille d’eau. Se coucher. C’était simple. Sophia avait-elle une question, une incertitude à résorber ? C’était le moment ou jamais. Elle se força à respirer amplement, à plonger en elle-même, pour s’y découvrir sereine et impatiente. Aucune angoisse lisible. Aucune source d’inquiétude. Elle se sut prête.

Elle retira ses vêtements en s’obligeant à la lenteur. Elle tenait à profiter. Le jeu allait commencer. Autant se plonger dans le personnage sereinement. Elle se trouvait sur un port au XVIII-ème siècle. Elle s’imagina les grands bateaux à voiles et l’odeur du poisson. L’iode salé, le claquement des voiles dans le vent, les cris des pêcheurs, l’alcool frelaté, les prostituées offrant leurs services aux marins en mal de chair fraîche.


Elle prit le temps de plier correctement ses affaires et de les disposer régulièrement sur le petit rebord. Elle attrapa la petite bouteille d’eau, dévissa aisément son bouchon et avala le contenu insipide. Elle tourna la poignée noire pour découvrir une petite pièce toute blanche contenant seulement un lit de la même couleur. Se sentant lourde, elle se dirigea vers le matelas et s’y coucha.