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10/06/23
Résumé:  Un voyage professionnel et les choses qui dérapent.Un instant précis dans la vie d’un couple pourtant bien installé dans la vie. Il suffit parfois de si peu...
Critères:  f h fh caresses pénétratio -occasion
Auteur : Jane Does      Envoi mini-message
Les folies sont affaires de vauriens

Le vent fait tourbillonner les dernières feuilles des arbres sur le terrain. Le lac a pris ses couleurs d’hiver, et la nature semble se recroqueviller sur elle-même, dans un lent et long sommeil. Là-bas, sur l’eau, les derniers touristes profitent du tour de la perle avant que les navettes ne soient remisées pour les jours mauvais. Sur son fauteuil, mon mari lit son journal, comme tous les soirs. Un calme apparent, pour une existence comme figée par la saison fraîche naissante. Les quinquets qui survolent les environs immédiats de notre maison, je me fais de drôles de réflexions.



Je hausse les épaules, engluée dans mes pensées. Je n’ai pas seulement fait attention que les mots étaient venus spontanément briser le silence du salon.



Je quitte ma tour de guet. Je me retourne lentement et lui me regarde. Je connais ce reflet dans ses yeux. Celui qui précède les jours d’absence, une lueur qui se veut navrée. Un long soupir sort de la gorge de cet homme qui sous des airs débonnaires et placides reste le meilleur mari du monde. Il n’exprime ses regrets de quitter le nid que par sa poitrine qui se soulève et s’abaisse un peu plus nerveusement.



Je saisis parfaitement à quoi il vient de faire allusion. Et d’un coup, le fait d’aborder ce volet intime de notre vie crée en moi également une sorte de besoin. Je viens gentiment m’asseoir sur le canapé et lui tends la main. Son canard quitte ses pattes pour se retrouver sur la table basse. Il me dépasse de toute sa hauteur, moi assise et lui debout. Il s’installe à mes côtés et dans une sorte de réflexe, je m’allonge de manière à poser ma tête brune sur ses genoux. J’ai besoin du réconfort de ses caresses. Il le sait et ne se prive pas de lisser ma chevelure. Ses doigts s’égarent dans les tifs atteignant mon cuir chevelu.


Il le masse délicatement et mes paupières se ferment sous la bienveillante tendresse de ce mari confus de devoir se rendre à ce foutu colloque. De mon crâne, les visiteurs sympathiques migrent vers mes joues. Un index facétieux s’évertue à longer les ailes de mon nez, puis part latéralement pour découvrir d’abord le lobe d’une oreille que le retrait d’une mèche de tifs laisse apparaître. Un frisson secoue mon corps. Un agréable sentiment de bonheur diffus que tout mon être enregistre par une chair de poule inévitable. Les soupirs changent de gorge. Je suis… bien, heureuse de la situation.


Quand les boutons de mon chemisier voient-ils les visiteurs de moins en moins innocents les ouvrir ? Ça fait un certain temps que de toute façon, je les attends, les espère aussi. Et la folle farandole qui mène à un effeuillage savant est en route. Pas question de faire le moindre geste pour dissuader la main de continuer le dépouillement entrepris. L’ombre du visage de Pierre qui se penche au-dessus du mien, malgré mes paupières toujours closes, je la devine plus que je ne la vois. Et ces deux bouches qui se rassemblent depuis tellement d’années déjà, qui se collent l’une à l’autre à la moindre occasion, y trouvent toujours un immense plaisir.


Le premier baiser a un goût prononcé d’envie et de flirt poussé. Mais la chaleur qui entoure un de mes seins ne change rien à cette pelle savoureuse. Puis évidemment, sous ma nuque qui retombe sur le haut des cuisses de mon nounours, il y a la modification radicale d’un endroit de lui qui se complaît à tendre le tissu. C’est bon, c’est magique ! Et nos lèvres se rejoignent de nouveau dans une posture plus que malaisée pour l’homme de ma vie. Il ne se plaint pas, gardant le majeur et l’index en forme de pince sur le téton dont ils provoquent une sorte de tension. J’entrouvre les yeux et Pierre me sourit.



Sa patte est entre poitrine et nombril qui navigue hors de vue sous le tissu souple dont la moitié des boutons est dégrafée. Alors comme pour me montrer que c’est bien pour moi qu’il bande, il attaque la fermeture de ma jupe. Pas vraiment de difficultés majeures pour ses phalanges expertes. Et la corolle sombre glisse sur mes collants, vers mes chevilles. Sous ma nuque, la barre qui s’y tient s’est encore raffermie et l’appétit ne vient-il pas en mangeant ? Que faire d’autre que de lui rendre la pareille ?


Puisque je suis en petite tenue, il n’y a aucune raison pour que la parité ne soit pas à l’ordre du jour. Tel un diable sortant de sa boîte la bête est là, qui jaillit dès le retrait de ce qui la retient prisonnière. Et la nudité est parfaite pour lui comme pour moi quelques instants après quelques manœuvres complexes. Les doigts fureteurs qui courent sur ma peau font quelques escales bien senties sur des points hautement stratégiques. Quant à ma langue, ce n’est plus vraiment dans un palais qu’elle officie, mais Pierre ne s’en plaint pas vraiment. Et en bons ouvriers, nous affûtons l’outillage. Le salon est d’un coup le théâtre de bien des folies intimes.


Nous renouvelons cet acte d’amour qui fait de nous un couple solide. Il aime, j’adore et tout le monde y trouve son compte. Nous sommes emportés par des sentiments que j’imagine similaires, sans en être absolument certaine. Si nous ne jouissons pas synchros, c’est si proche que nous ne nous en apercevons pas. Depuis tellement d’années que nous nous aimons de mille manières que c’est par cœur que nous savons le bon moment, même si parfois quelques ratés subsistent. Là, ce soir, sur le sofa mon orgasme est à la mesure de mes envies, de celle de Pierre également.


Si je suis totalement en phase avec cet homme, c’est que la douceur de chacun de ses gestes est un moment rare. Tout le temps que dure ces folies de nos corps que nous renouvelons le plus souvent possible, il se montre sous son meilleur jour. J’ai toujours le sentiment que pour lui je suis unique, n’est-ce pas l’essence même de l’amour ? Cette impression d’être irremplaçable, d’être mise sur un piédestal ? Des attentions de tous les instants et pas seulement pour une petite baise tranquille un soir de temps en temps. Non ! Mon Pierre, c’est une église, un monument. Une force tendre qui sait avancer avec un sourire et surtout qui me supporte ou m’aime telle que je suis.


Avec mes défauts qu’il connaît par cœur, et qu’il parvient à transformer presque en qualités. Un peu enveloppé depuis toutes les années de notre union, mon bon gros nounours est ce soir, fidèle à ses habitudes. Pour lui, il est impensable de voir une fin en soi dans nos orgasmes respectifs. Alors, s’il n’a pas toujours physiquement les moyens de recommencer une gamme de jeu, il sait calmer ce feu qui couve toujours en nous par des caresses feutrées. Lesquelles comblent mon corps d’un bonheur ineffable ! Tout chez lui est tourné vers une sensualité que j’apprécie.


Ce soir encore, j’ai eu droit à des préliminaires de reine, à une partie de jambes en l’air qui me laissent sur le flanc. Mais il ne se contente pas de cela. Il fait perdurer ses câlins longtemps après que nos ventres rassasiés redeviennent calmes. Ses grosses paluches magiques jouent dans mes cheveux, et son souffle court sur ma peau, comme pour entretenir cette communion qui vient de nous réunir. Je dois le rappeler à l’ordre pour qu’il n’oublie pas que demain matin, à mon grand désespoir, il doit prendre la route pour Bordeaux.


C’est à regret que nous gagnons notre chambre, après une douche rapide prise en commun. Oh ! Ce n’est pas l’envie de recommencer une seconde séance qui serait pour me déplaire. Seulement voilà… la fatigue et la conduite ne font jamais bon ménage, je dois me montrer raisonnable. Pierre insiste tout de même encore un peu dans ses caresses et je cède à demi. C’est juste une gâterie pour le combler qui vient clore nos ébats. Pas complète ma fellation, simple mise en bouche pour lui montrer que je suis encore et toujours amoureuse de lui. Qui de nous deux s’enfonce le premier dans le vide du sommeil ?




— xxXxx —




Une sonnerie qui dans le lointain résonne dans ma caboche me tire des bras de Morphée. Le corps chaud allongé à ma gauche dans le lit s’ébroue et grommelle quelques mots inaudibles. Puis la masse de chair et de muscles s’assoit sur le bord de la couche. Je réalise que dans moins d’une heure, mon doudou sera sur la route. Et en compagnie d’Annie, sa secrétaire. Je veux le croire fidèle, sans trop comprendre pourquoi l’image de cette nana vient s’afficher derrière mon front au lever. C’est vrai aussi qu’elle a un mari gentil, un gamin et que jamais elle ne s’est intéressée à mon Pierre. Elle est une employée modèle, mais ce déplacement pour cette réunion loin de la maison… Je réalise que c’est moi hier soir en plaisantant qui ai émis cette hypothèse.


Je suis le nez dans mon bol de café lorsque mon homme sort de la douche, nu comme un ver. Il se dirige vers le dressing et je l’entends farfouiller dans les tiroirs.



Il grogne une fois de plus sans que je comprenne vraiment de quoi il s’agit. J’arbore mon plus beau sourire lorsqu’enfin il émerge de la chambre, sapé comme un prince. Comme d’habitude et par expérience, je me lève pour venir me lover contre lui. Mes deux mains s’avancent vers son col de chemise. Je rectifie sa tenue, serre proprement son nœud de cravate et le gaillard en profite éhontément. Sa main longe mes reins, s’appesantit sur mes fesses, juste cachées par un déshabillé des plus transparent.



Pas question d’en rajouter une couche. Un baiser plein de fougue réunit nos deux bouches. La valise prête depuis la veille passe de la chambre au coffre de la voiture et les feux arrière de la berline ne sont bientôt plus que deux points rouges sur le chemin qui mène à la route nationale. Le silence retombe sur la maisonnée encore entourée d’un brouillard tristounet. Avec ses derniers attouchements, Pierre a de nouveau allumé en moi un brasier qui cette fois ne sera pas éteint, enfin… pas par ses pattes en tous cas. Le petit creux au ventre qui me saisit est autant dû au départ de mon homme qu’à ses câlins trop prononcés.


Seule la douche va me délivrer du mal et du mâle. Je me plonge sous la pomme avec une délectation certaine, espérant ainsi « oublier » ces braises réalimentées par le vent des caresses de mon nounours. Et c’est le portrait d’une Annie souriante et enjôleuse qui refait surface dans ma tête. Pourquoi, là, ce matin ? Pourquoi elle ? Sans doute parce que nous en avons parlé et que sans que j’en sois réellement consciente une alarme clignote dans mon cerveau ? Pierre n’est pas le genre de type à se taper sa secrétaire. Mais c’est ce que je veux penser en cet instant comme pour me rassurer.


Et cette incroyable idée fait son petit bonhomme de chemin dans mon esprit en dérangement passager. C’est ainsi que s’éloigne de moi cette envie latente de sexe, besoin créé de toute pièce par les mains de mon diable d’homme. La dose de la veille n’a donc pas suffi à me rassasier ? Bon ! Ce n’est pas la première fois que je suis en rut sans mon mari. Je sais gérer ce genre de trouble émotionnel, manuellement d’ordinaire. Mais là… il y a cette incroyable image qui s’impose à moi, celle d’un danger impossible à détourner. Cette peur soudaine porte un prénom : Annie ! Je dois être devenue effectivement folle pour avoir l’esprit aussi mal tourné, ce matin.




— xxXxx —




Il est quatorze heures lorsque Pierre m’avertit de leur arrivée à l’hôtel où ils vont séjourner à Bordeaux. Chacun dans une chambre, je veux le croire. Il me promet de me rappeler en début de soirée et pour moi l’attente prend des allures de cauchemar. Tout d’abord un crachin tombe dru, ensevelissant tout sous ses gouttelettes fines et froides. Et puis je me torture sans raison. Cette idée pernicieuse que Annie et Pierre… vont cohabiter durant une semaine me rend dingue. Je décide donc d’aller m’aérer un peu. La flotte qui dégringole d’un ciel si bas me complique singulièrement la tâche. Et je roule sans but, n’osant pas mettre un pied à l’extérieur de la voiture.


C’est ainsi que j’atterris dans la cour d’une vieille ferme rénovée. Au moment où je réalise que je ne sais même pas pourquoi je suis par ici, un type sort sur le pas de la porte et me fait un signe de la main. Un visage familier, des traits qui me rappellent je ne sais qui. J’ai beau fouiller dans ma mémoire, je n’arrive pas à mettre un nom sur cette bouille dont les mirettes inquiètent ne me quittent plus. Malgré la pluie, le gaillard s’approche en tee-shirt de mon véhicule. J’entrouvre la vitre et vais pour lui expliquer que je suis perdue. Mais…



Sans trop me rendre compte de ce que je fais, je suis le bonhomme. Il a quelques années de moins que moi. Et me voici pénétrant chez celle que mon esprit considère comme une rivale. Comment en suis-je arrivée là ? Je ne comprends pas pourquoi la conduite de ma voiture a pu m’emmener ici. Un coup du sort ? Un maléfice ? Le hasard plus probablement, mais ma tête ne veut rien admettre de tel. Il est affable et gentil.



Les yeux d’un brun sombre qui me scrutent me fond du coup douter et l’idée que possiblement la secrétaire et son patron pourraient… refait surface. Amplifiée par les craintes avouées du bonhomme qui me fait face. Ce Claude qui me parait d’un coup terriblement tendu. Il verse deux tasses d’un breuvage noir odorant et je fixe cette masse liquide, pour me donner une confiance que je n’ai plus du tout. Je sirote à petites gorgées ce café assez goûteux. Le gars qui me reluque avec insistance n’a rien à voir avec mon mari. Sa jeunesse affichée ne l’empêche pas d’avoir peur pour son couple. Et je dois dire que je suis dans mes petits souliers.


Je tente désespérément de me replonger dans notre conversation de la veille, dans celle de ce matin également, lorsque Pierre a pris la mouche devant mes insinuations. Alors pourquoi suis-je en alerte de nouveau ? Et puis… si ce Claude a également des doutes, est-ce que ça peut sous-entendre que peut-être, il n’y a pas de fumée sans feu ? Zut alors ! Quelle blague de la vie, rouler sans but et finir par me fourrer dans les ennuis. C’est tout moi, ça. Le remède est pire que le mal finalement. Dehors, la pluie vient battre les carreaux de la pièce où nous sommes assis. Malgré moi, les images du corps à corps de la veille avec mon homme sont là, qui me remontent en boucles sous ma tignasse brune.


Malheureusement, ce Claude n’a pas les quinquets dans sa poche. Et il sent de suite que je suis troublée. Ce qui fait que d’un coup son œil est plus égrillard et qu’il salive devant moi qui touille mon café sans savoir vraiment quelle attitude adopter. Ses paroles engendrent chez moi une ronde infernale. J’imagine déjà la scène. Annie avec ses bouclettes blondes et sa poitrine trois fois plus volumineuse que la mienne, couchée dans un lit d’hôtel avec mon Pierre. Le pire de cette affaire, c’est bien que je suis tout excitée par ces visions irréelles, invraisemblables que mon cerveau me distille. Et lui se rend compte que je ne suis plus tout à fait dans un état « normal ».


À moins qu’il ne soit plus réceptif à ces ondes que mon corps envoie tous azimuts. Il reste cependant loin de moi, sans franchir ce pas qui nous conduirait à l’irréparable. Je frissonne et la pesanteur de ses regards ne fait rien pour arranger les choses. C’est la première fois de ma vie que je suis « allumée » de cette manière, par un autre homme que mon mari. Volontairement ou pas, il a réussi le tour de force de me faire mouiller. Et quand je dis « mouiller », c’est une cataracte qui coule de mon sexe enveloppé dans ma culotte. Je me trouve toute conne devant un phénomène qui me dépasse largement.


Je déglutis péniblement le reliquat de café que contient encore la tasse. Et puis, je sais que je dois filer d’ici à toute vitesse, si je ne veux pas que ça vire à la catastrophe. Claude a les pupilles dilatées, il est tout rouge et aussi tremblant que moi.



Me voici de nouveau sous le crachin froid d’un petit lundi. Je rentre au radar chez moi. Là, je dois dire qu’il me faut vite quitter cette culotte qui me colle au sexe. Elle est bonne à tordre et seule une douche peut effacer les traces de ce qui vient de m’arriver. Comment ai-je pu… être à ce point chauffée par ce type ? Puis je songe avec un trait de bon sens qu’il n’y est en fait que pour bien peu de chose. C’est mon imagination qui me travaille et m’emporte dans des délires totalement dingues. Oh ! Pierre… est-ce le démon de la quarantaine qui me travaille à ce point ? Pourquoi diable faut-il que tu te sois absenté aujourd’hui, et cela pour une semaine ?




— xxXxx —





Et je raccroche mon téléphone. Mon index tremble beaucoup alors que j’enfonce la touche pour mettre en route l’appareil. Ça prend quelques minutes que je mets à profit pour… me dévêtir et me rendre au salon. Il est vrai que je ne porte qu’une nuisette depuis ma douche. Alors, c’est rapide. Ensuite il me reste à t’envoyer le signal d’appel pour une visioconférence d’un style bien particulier. Drôle aussi le contraste entre toi dans ta chambre d’hôtel entièrement habillé, et moi… à poils sur notre canapé. Je te sens sur la défensive.



Comment ne pas réagir à une telle sollicitation et nous ne sommes pas longs à prendre un plaisir solitaire à deux, par écran interposé. Bien entendu, ça n’a pas la même intensité que si nous étions vraiment réunis, mais c’est terriblement excitant de se sentir regardée alors que je me masturbe et je suppose que pour Pierre, c’est un identique bonheur. Avec je le reconnais, un zeste de honte qui amplifie encore la chose. Finalement il crache sa semence dans un kleenex et je me libère par une pluie de mouille, dans une démarche nouvelle et très érotique de l’amour au téléphone, avec vue directe sur l’évènement.




— xxXxx —




Une bonne nuit d’un sommeil sans rêves et me voici d’attaque pour un mardi aussi moche qu’hier. La pluie s’est alliée au vent et l’humidité ambiante est comme une gangue qui englue tout. Je n’ai pas de souci pour la mangeaille. Lorsque je suis seule comme c’est le cas, je me contente de peu et n’ai aucune envie de papoter. Alors, je prends mon temps, flâne un peu dans les pièces trop silencieuses à mon goût. Il y a sans doute fort à faire dans l’entretien d’une bâtisse comme celle où nous résidons Pierre et moi, mais le courage me fait cruellement défaut. Je suis dolente depuis le lever.


Je traîne donc cette misère morale dans toute la maison et c’est dans une nuisette pour seuls atours que je déambule telle une âme en peine dans les lieux chargés de nos souvenirs. Je suis soudain, aux environs de dix heures du matin, clouée sur place par le son dérangeant du carillon de la porte d’entrée. Mince alors ! Qui peut bien venir sonner chez moi ? De plus, ma tenue n’est guère décente pour aller ouvrir à cette visite inattendue. Je fais donc un détour par le dressing pour attraper au vol une robe de chambre, plus correcte. Et je reviens sans hâte pour voir qui se tient dehors.


Les gonds bien huilés tournent sans bruit pour entrouvrir, sur le visage de l’intrus, l’huis.



Il se tient devant moi, la tête rentrée dans les épaules, dégoulinant de cette pluie battue par la bise. Ses cheveux sont trempés et au bout de son bras tendu dans ma direction, le « carré Hermès » qui me sert de cache-cou. C’est vrai que lors de ma visite de sa maison j’ai dû le déposer sur le dossier d’un siège. Je réagis au quart de tour et sens bien qu’il n’est pas très à l’aise sous la flotte battante.



Il vient de jeter ces mots d’un ton détaché. Mais je perçois une ironie latente dans cette manière de dire les choses. Et je file vers la salle de bain, pour réapparaitre quelques instants plus tard un drap de bain à la main. Il s’éponge lentement en ne me quittant pas des yeux. Sa chemise style bucheron canadien est complètement imbibée. Sûr qu’il va choper une crève du diable et mes paroles vont plus vite que mes pensées.



Il y a dans les yeux de Claude, un drôle d’éclat. Mais c’est très curieux, au lieu d’engendrer une peur en moi, c’est un tout autre phénomène qui se passe. Je me sens… comment dire, toute petite, toute molle devant ce grand gaillard qui me scrute avec insistance et il y a dans son regard un truc qui me fait frissonner.



J’ai les jambes un peu coupées par ces mots monstrueux qui sortent de la bouche qui me fait face. La serviette continue ses lents passages sur une tignasse moins humide. Claude est à moins d’un mètre de moi et je suis comme figée par ce que je viens d’entendre. Pire encore, son discours résonne en moi, m’entre par tous les pores de la peau et… bien que je ne sois pas allée sous la pluie, il se trouve une partie de moi bien moins sèche que je ne le voudrais. Et lui qui me tend le drap de bain qui vient de remplir son office.


Ma patte instinctivement s’agrippe au linge qui devient un trait d’union entre les deux inconnus que nous sommes. Il n’a qu’à légèrement tirer sur le bout qu’il tient pour que j’atterrisse contre sa poitrine. Il ne me lâche plus du regard et son visage s’approche dangereusement du mien. Je ne vois plus sa bouche qui vient s’écraser contre mes lèvres, mais c’est normal, puisque sans savoir pourquoi, je viens de baisser les paupières. Et c’est une révélation. Un goût d’interdit qui m’enivre totalement. Une pelle qui m’enflamme, faisant couler dans mes veines un feu violent.


Ses doigts aussi se mettent en action. Ils se collent à mon dos et ont vite fait de découvrir mes épaules. Comment puis-je me laisser faire aussi facilement ? La robe de chambre n’est plus qu’un chiffon roulé sur le sol de l’entrée. Lui est haletant et sa bouche ne quitte plus la mienne. Il renouvelle les baisers dès qu’un filet d’air lui permet de recommencer. Je suis sans réaction, consentante à ce qui va inéluctablement arriver. La nuisette n’a pas besoin de quitter mon corps, il lui suffit de la relever suffisamment sur mes hanches pour avoir accès à ce qui déjà est en larme.


Claude frotte son entrejambe contre mon sexe alors que ses doigts malaxent mes seins bien trop visibles sous la fragile barrière de tulle. Je me sens perdue, mais ne fais rien pour arrêter ce cataclysme qui déferle dans ma tête et fait vibrer mon ventre. C’est comme dans un brouillard que je vois ses pattes me quitter un court instant. Une poignée de secondes suffisante pour qu’il se mette en posture de me prendre. Cette fois contre mes cuisses, ce qui s’agite n’appartient pas à mon mari. Et pour la première fois depuis mon mariage, une bite inconnue tente de se frayer un chemin vers ma chatte.


La chair est faible, la mienne plus que toute autre en ce moment délicat. La bouche qui ne m’embrasse plus s’attelle au lobe d’une de mes oreilles. Les dents mordillent l’endroit si délicieusement que je me sens devenir folle. Un tourbillon de folie qui m’emporte dans un univers dont je ne sais plus rien gérer. Quand le poignet masculin a-t-il attiré ma menotte vers ce braquemart raide et en plein essor ? Ça n’a plus d’importance de toute manière puisque mes doigts se referment sur l’objet et que d’instinct, dans un mouvement de va-et-vient je fais exactement ce que Claude attend de moi.


Il n’y a aucune résistance de ma part. J’ai de suite ce réflexe de le branler, comme il le désire. Personne ne parle et la situation évolue comme il le souhaite. La scène doit être hallucinante. Son pantalon tirebouchonné sur ses chevilles, moi le déshabillé entortillé sur le haut des reins et chacun de nous gardant une main sur le sexe de l’autre. Mon Dieu, c’est plus fort que moi, que tout. L’envie, le besoin qui déferlent dans mon corps m’interdisent de voir la réalité crue et dégueulasse. Je suis en train de tromper ce mari que j’aime plus que tout. Dire que je n’ai pas l’ombre d’un remord et encore moins de scrupules d’aller plus avant dans l’abjection !


Un soulagement de me sentir d’un coup, soulevée et emportée vers la cuisine. Les bras solides qui me soutiennent ont tôt fait de me positionner sur le plan de travail, à proximité de l’évier. Mes deux jambes sont relevées sans douceur, ouvrant un chemin au mufle d’un Claude en rut. Cette bouche ardente qui quelques instants auparavant me roulait des pelles, elle embrasse une nouvelle autre bouche. Loin de m’apaiser, cette caresse me fait râler. Ma caboche oscille à droite et à gauche dans un bercement impossible à refréner. Je suis totalement sous l’emprise de ce mâle qui ne veut que me baiser.


Et sans que j’en saisisse de suite les raisons, il stoppe brutalement sa manœuvre de léchouille. C’est simplement pour me soulever de nouveau et cette fois m’allonger sur la table de la cuisine toute proche. Il quitte mon entrejambe pour se diriger vers ma bouille. Je vois deux genoux encadrer ma caboche, et Claude se penche sur l’endroit qu’il vient de délaisser. Puis sa langue revient titiller mon clitoris, alors que sous mon nez se balance sa queue toujours dans un état de tension maximal. Ça va ! Je sais ! Et cette fois mes lèvres se collent à la tâche. Une pipe, c’est bien ce que veut le bonhomme… le voici servi !


Je suce avec une fougue toute particulière cette tige enflée. Lui ne se lasse pas de me lécher la chatte. Il monte et descend et puis ce sont un ou plusieurs doigts qui s’insèrent dans mon minou. Une brève fraction de seconde, je songe à Pierre, à Annie et c’est trop tard. Les deux-là, loin de nous sont désormais les cocus de service. Il est presque quinze heures lorsque faute de combattant cessent les hostilités. Je suis repue. Claude a l’étendard enfin en berne. Je ne vais pas me plaindre de cette partie fine qui vient de nous réunir. Il se redresse sur un bras, puisque nous avons, sans que je ne sache avec exactitude quand, opté pour le lit… bien plus confortable que le bois massif de la table.


Il me sourit. Pas question que je lui rende sa risette. Mais il y a dans sa voix une tonalité des plus guillerettes.





— xxXxx —




Le bruit du moteur, c’est Pierre qui rentre de son séminaire. La porte entrouverte, je suis des yeux ce mari qui vient de faire le voyage de retour depuis Bordeaux.



Un pieux mensonge pour une grande paix. Et la vie quotidienne nous happe avec ses petits et grands plaisirs… et nos souvenirs, dont certains ne sont pas à partager. Fermons la porte de la chambre un peu moins conjugale depuis… mais Pierre ne doit pas savoir !