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Temps de lecture estimé : 34 mn
19/05/23
Présentation:  Tòca`i si gausas.
Résumé:  Au temps de l’amour courtois, peut-être au XIIe siècle.
Critères:  #drame #historique #aventure #fantastique fh jeunes religion uniforme cunnilingu pénétratio attache fouetfesse
Auteur : Radagast      Envoi mini-message
Primæ noctis

Primæ noctis




Perceval restait en adoration devant ce tronçon de tapisserie installé dans un recoin peu fréquenté du palais.

Il existait pourtant d’autres chefs d’œuvres à admirer dans ce château. S’y trouvait une reproduction de la Tapisserie de l’Apocalypse, une autre de la conquête de l’Angleterre par le légendaire Guillaume le Conquérant, il y a de cela presque mille ans. Certains originaux demeuraient bien à l’abri dans le château d’Angers, Bayeux ou encore au musée de Cluny, leur état ne permettant pas de les transporter. D’autres grandes fresques venaient de Grande Bretagne ou d’Italie, comme les Actes des Apôtres.


Près de mille cinq cents ans d’histoire rassemblés en un seul lieu, des merveilles incontournables comme des ouvrages plus intimistes, mais non moins énigmatiques, telle cette mystérieuse Dame à la Genette, devant laquelle Perceval restait béat, comme hypnotisé. Une magnifique jeune femme, au regard insondable, ses cheveux d’or lui descendant jusqu’à la taille, vêtue d’une longue robe immaculée, elle tenait contre son sein une genette et en arrière-plan se dressait une chapelle sur les rives d’un lac. La tapisserie mesurait environ trois mètres de hauteur et trois mètres cinquante de largeur, mais une déchirure indiquait que cette Dame à la Genette faisait partie d’un ensemble beaucoup plus vaste. Selon les experts, cette énigmatique pièce datait du XIe ou XIIe siècle, soit nettement plus ancienne que la Tapisserie de l’Apocalypse.


L’histoire racontait que ce fameux chef-d’œuvre faisait cent quarante mètres de long, mais qu’il n’en restait que cent, car au fil des temps nul n’en prit grand soin, elle servit entre autres de couverture pour des chevaux. Cette malheureuse « Dame à la genette » avait, elle aussi, subi les outrages des années et des hommes.


Les terminales du Lycée Franky Vincent, sous la houlette de leur professeur d’histoire, madame Claire Jet, visitaient le château de Chambord où les plus belles, les plus anciennes et les plus célèbres tapisseries étaient exposées. Nombre des élèves s’intéressaient à l’exposition, une minorité, comme toujours semaient la pagaille.


S’ils n’osaient perturber trop ouvertement l’exposition, ils s’en prenaient à d’autres élèves, le harcèlement n’étant pas une vue de l’esprit. Leur tête de turc préférée étant le dénommé Perceval. Avec un prénom pareil, il ne pouvait échapper aux quolibets et aux surnoms douteux : Percy était encore passable, Perceval le Galeux ou encore « le taré », « le teubé », beaucoup moins.


Mais le jeune homme un peu rêveur n’en prenait pas ombrage, au grand dam de ses tourmenteurs. Il se réfugiait dans son monde, peuplé de créatures légendaires et où l’amour courtois était de mise. D’ailleurs, en parlant d’amour, il ne rêvait que de Noémie, une de ses camarades de classe, une jolie rousse qui ne prêtait guère attention à ce jeune homme timide, préférant les pitreries des Brandon, Jordan ou Kévin, produits parfaits de la culture télévisuelle mondialisée.


Les parents de Perceval, férus d’histoire médiévale, voyaient en leur fils l’égal des preux chevaliers et l’abreuvaient de romans épiques.

Toutefois cette éducation avait doté le jeune homme d’une imagination débordante, qui lui ouvrait les portes de studios de jeux vidéo, toujours avides de nouveaux talents et surtout nouveaux scénaristes. Comme il possédait un joli coup de crayon, il voyait son avenir tout tracé dans cette branche.


Ses carnets de dessins regorgeaient de superbes croquis, où une jolie princesse affrontait des hordes de trolls, de gobelins et de féroces dragons en compagnie d’un fier chevalier. Il ne fallait pas s’étonner de trouver une certaine ressemblance entre la princesse de ses rêves et une dénommée Noémie. Mais ça, c’était son jardin secret.

Aussi n’était-il pas rare de le trouver un peu à la traîne du groupe. Madame Jet, tout en commentant la tapisserie de l’Apocalypse, remarqua l’absence de son élève.



Émile Leclerc, professeur de français hocha la tête et lança un regard menaçant au dénommé Kévin.

Claire refit leur parcours en sens inverse et, au bout de quelques minutes qui lui parurent des heures, retrouva Perceval. Il était assis devant un petit élément d’une tapisserie, dans un recoin de l’exposition. Il se tenait bien droit, le regard fixe, la bouche entrouverte. Madame la professeure d’histoire se demandait même s’il respirait encore. Elle lui toucha l’épaule.



Non seulement il ne réagit pas, mais il semblait changé en pierre.



Des gardiens arrivèrent très vite aux nouvelles, désireux de savoir ce qui provoquait cette agitation. D’autres visiteurs aussi, ainsi que le reste des élèves et les accompagnateurs.



Madame Claire Jet acquiesça, laissant la place à l’homme de l’art. Il tapota les joues de Perceval, lui flanqua une lampe torche dans les yeux, lui prit le pouls, lui pinça les membres sans obtenir de réaction.



Perceval fut embarqué dans une ambulance, accompagné de madame Jet. La sortie fut écourtée, toute la classe remonta dans le bus, certains se réjouissaient, d’autres ronchonnaient. Noémie regardait l’ambulance s’éloigner, gyrophares allumés et sirène hurlante. Elle ne connaissait pas bien son jeune condisciple, mais contrairement aux autres élèves, elle trouvait que son air rêveur lui donnait du charme, mais jamais elle ne l’avouerait, ce serait se faire rejeter par la bande des semeurs de souk.


Près de la tapisserie elle avait ramassé un carnet aux pages couvertes de croquis, de bout de phrases, d’idées jetées au hasard, dans lequel elle repéra très vite un visage qui revenait sans cesse : le sien !

Rougissante, elle camoufla le manuscrit dans son sac.




†††




Le jeune homme s’enfonçait dans les ténèbres, il entendait vaguement une voix féminine l’appeler, mais il entendait aussi les heurts du métal contre du métal ainsi que des cris de rage, de terreur et de douleur.




†††




Quelque part en Vivarais, en l’an de grâce 1215, jour de la Saint Augustin


Béranger ne savait où aller. La bataille faisait rage, les deux armées s’étaient heurtées avec une violence inouïe. Tandis que les chevaliers chargeaient sur leurs destriers, les archers faisaient pleuvoir sur eux une pluie de traits, puis suivirent les hallebardiers et la piétaille armée de crocs sommaires qui tentaient de désarçonner les cavaliers et de les achever au sol, engoncés qu’ils étaient dans leurs armures. La confusion la plus totale régnait.


Les forces ennemies, plus nombreuses, venaient d’enfoncer le flanc Est des troupes royales.




~~




Nombre de familles ne pouvaient élever leur trop abondante marmaille, aussi tentaient-ils de les faire entrer chez les moines ou au service du seigneur des lieux. Cela faisait une bouche en moins à nourrir.

Déjà que les deux fils ainés l’aidaient sur les chantiers, Charles, le charpentier, fit entrer Béranger, son troisième fils au service du Chevalier Jean Aymar de Vauquonery, seigneur des environs et propriétaire du petit château-fort protégeant le village du même nom, une belle bourgade d’un millier d’âmes.


Béranger mesurait cinq pieds de haut, les épaules larges et les mains calleuses d’un homme habitué aux rudes travaux de la campagne et des bois. Brun aux yeux gris, il arborait toujours un sourire avenant.

Le jeune garçon s’occupait des chevaux, entretenait les armes et l’armure du Chevalier, bref, faisait fonction d’écuyer. Comme il mettait beaucoup de cœur à l’ouvrage, Aymar le prit en amitié, le chapelain lui apprit à lire, à écrire et lui inculqua quelques notions de mathématiques.


Le Chevalier l’initia au maniement de l’épée, de la lance et aussi de l’équitation. Aymar se doutait que le roi Philippe II, dit Philippe Auguste, allait tenter de rassembler diverses provinces sous la tutelle de la couronne de France, ce par le jeu des alliances, des mariages ou des armes. Que le monarque ne tarderait guère à rassembler l’Ost, à faire valoir son droit de suzerain et demander à ses vassaux de le rejoindre en vue de combattre.


Si certains duchés se plièrent volontiers au désirs du roi, d’autres puissantes principautés ou baronnies renâclèrent et envoyèrent paître les émissaires royaux.


C’est ainsi qu’un beau matin de printemps le Chevalier Jean Aymar de Vauquonery fut convié à rejoindre le roi en compagnie de ses hommes d’armes. Il laissa une petite garnison d’une cinquantaine de défenseurs au château, et emmena cent piquiers et son nouvel écuyer, Béranger. Le jeune homme montait une jument baie, nommée Prune, nom peu guerrier pour un animal qui allait bientôt se retrouver au cœur de sanglantes batailles.


Il portait une simple broigne faite d’anneaux de métal et de cuir bouilli1, passée par-dessus un gambison2, d’un casque bol avec une protection nasale et un protège nuque. Le reste de sa vêture se composait d’une culotte de cuir souple et de bottes, en tout point identique à l’équipement des autres hommes d’armes, appelés aussi piétaille. Un pourpoint aux armes des Vauquonery couvrait son torse.


Béranger portait à son ceinturon une épée droite toute simple mais solide, forgée spécialement pour lui par le forgeron du village, épée pour l’instant sagement passée dans un fourreau de frêne. Longue de trois pieds, elle pouvait se manier facilement tout en chevauchant.


Il tenait de la main gauche une lance à l’extrémité de laquelle flottaient les armes du Chevalier de Vauquonery. Parti et contre bandé de six pièces d’or et de gueules, de l’un à l’autre.

Un bouclier ovale en bois, recouvert de métal pendait à la selle de sa monture.


Il chevauchait aux côtés de son seigneur qui portait, lui, une armure de fer ayant connu des jours meilleurs. Le bouclier du Chevalier arborait ses propres couleurs.

Il avait rejoint les forces de son suzerain, le vicomte Eudes du Rouget, puis les troupes royales à près de soixante-dix lieues3 de Vauquonery.


Les armées royales campaient sur une petite éminence, le roi et sa cour abrités sous de grandes tentes, dans le camp d’en face il en avait été fait de même. Au faîte de l’un de ces velums flottait l’étendard du prince Charles de Largears, D’argent au dragon de gueule. Le prince abhorré venait défendre ses terres contre les armées du roi.


Les hommes de troupe avaient allumé des feux qui scintillèrent durant toute cette nuit froide et brumeuse.







Un soleil printanier se levait, chassant les brumes, en faisant rougeoyer le ciel et les nuages, présage d’une journée de mort et de sang.

Béranger, du haut de ses vingt printemps (et accessoirement, de son cheval) contemplait l’ennemi. Il ressentait une certaine appréhension avant son premier combat, les tripes qui se nouent, les mains moites et la bouche sèche.


Les deux armées se faisaient face, séparées par une vaste plaine de landes et de broussailles, une rivière y serpentait paresseusement. De petites collines boisées entouraient cette friche, sur l’une d’entre elles une tour s’élevait entourée d’un petit village, telle une mère poule protégeant ses poussins. L’unique cloche de l’église égrena ses huit coups, et les deux armées se dirigèrent l’une vers l’autre. Il y avait belle lurette que les habitants de Saint-Montan s’étaient enfuis, emmenant avec eux veaux, vaches, cochons et poules.


Plus de dix mille hommes servaient sous la bannière du roi, douze mille sous celle des usurpateurs.

La chevalerie du royaume chargea, lançant ses lourds destriers vers la cavalerie ennemie, qui faisait de même. Les cris de guerre retentissaient : Montjoie, Avant, Avant, Lyon le melhor, Au plus Dru ! pour les uns, Saint Georges pour les adversaires.


Le choc fut d’une violence inouïe, le bruit des épées sur les armures était assourdissant, plus effrayant encore les cris des hommes passant de vie à trépas.

Les piquiers suivirent en hurlant, accueillis par une pluie de flèches. Le ciel zébré de traits qui se croisaient. Les fantassins tentaient de s’abriter derrière des pavois dressés en catastrophe.


Béranger, moins bien protégé que son seigneur, ne participait pas à la charge initiale. Il devait guider les piquiers au cœur de la mêlée, mais dans l’enthousiasme de ses vingt ans, il se retrouva presque au cœur de la cohue.

Un homme à cheval se rua sur lui en hurlant, son épée levée au-dessus de la tête, couvert de sang sans que Béranger sache s’il s’agissait du sien ou celui de ses adversaires. Dans un geste réflexe le jeune écuyer abaissa sa lance vers l’assaillant, la pointe se ficha sous l’aisselle, dans le défaut de la cuirasse. Le sang gicla et l’homme glissa de sa selle, traîné par son cheval alors qu’il beuglait.


Béranger venait d’occire un homme pour la première fois. Il n’eut guère le temps de s’appesantir sur ses émotions car d’autres adversaires s’en prenaient à lui. Par un heureux hasard, il n’eut point de blessures graves, à part un coup de hache sur la tête, que son casque protégea efficacement. Du sang coulait sur son visage, mais il n’en avait cure.


D’autres ennemis vinrent se frotter à lui, attirés par sa jeunesse, son équipement sommaire et sa potentielle inexpérience. Mal leur en prit, il s’en débarrassa avec célérité. Il reçut en plus l’aide des piquiers du seigneur de Vauquonery, venus lui prêter main forte en repérant de loin ses couleurs. D’une centaine à l’origine, seule une phalange d’un peu plus de trois-vingt restait.



Gabin s’était pris d’amitié pour le jeune écuyer, amitié réciproque. D’ailleurs tous les hommes d’armes aimaient bien « le petit » comme ils le nommaient et l’avaient initié au maniement des armes potentielles qui leurs tombaient sous la main, comme des fléaux à battre le seigle, des faux ou encore des masses de forgeron. Nul ne sait ce qui peut se passer lors d’un combat, lui disait le vieux briscard.


Las, alors que les troupes royales semblaient prendre le dessus, des chevaliers adverses camouflés sortirent des bois environnants et chargèrent le flanc Est, provoquant une telle confusion que le roi se retrouva presque esseulé dans un méandre, acculé sur les berges de la rivière, entouré de juste une dizaine de ses féaux, isolé du reste des troupes.


Voyant cela, Béranger n’écouta que son courage et rameuta ses compères autour de lui.



Surpris, ceux-ci ne surent comment gérer à la fois le roi et ces furieux, arrivés d’on ne savait-où. Blessé, le cheval royal ne pouvait plus porter son cavalier, aussi le jeune homme invita le monarque à le rejoindre sur la croupe de Prune.

Accroché d’un bras à la taille de Béranger, le roi Philippe continuait à se battre, frappant de taille et d’estoc à l’aide de sa lourde épée baptisée Endurance.

Gabin vit l’étendard royal à terre, il le ramassa et le tendit à Béranger :



C’est ainsi que Béranger traversa les troupes ennemies, tenant haut les couleurs de son monarque : D’azur à six fleurs de lys posés, 3, 2 et 1, entouré de ses amis et de Philippe II qui frappait de dextre et de senestre comme un damné.


Mieux, le remue-ménage attira à eux le prince Charles de Largears. Mal lui en prit, il fut balayé comme fétu, lui et son entourage, par la furieuse charge adverse de dix chevaliers et de gens à pied. Il reçut un coup de pique dans la poitrine, le désarçonnant. Son écuyer, assailli de toutes part, lâcha l’étendard princier, récupéré par Gabin. Les troupes Françaises galvanisées lancèrent une contre-attaque pour secourir le roi, qui se retrouva vite en sécurité dans son campement.


Au loin, les adversaires totalement désorientés s’enfuyaient en désordre.




†††




Sous la tente royale se tenait une assemblée extraordinaire. Outre ses plus proches conseillers, s’y trouvaient Charles de Largears – maintenant otage de la couronne –, Jean Aymar de Vauquonery, mais aussi Béranger.



Jean Aymar de Vauquonery portait les traces des durs combats de cette journée. Une plaie à la tête, un bras en écharpe et un emplâtre sur la jambe gauche. Preuve s’il en était, que le preux Chevalier se trouvait au plus chaud de la bataille.



Il laissa passer quelques instants, observant Béranger qui ne savait quelle attitude adopter. Le roi se leva :



Le jeune homme se demandait ce que le souverain avait en tête. Le roi sortit Endurance de son fourreau, et d’une voix forte et claire déclara :



Le chevalier Jean Aymar toussota légèrement, attirant l’attention du souverain.



Le tout nouveau Chevalier reçu un parchemin paraphé de la main du roi, certifiant son tout nouveau titre, ainsi que ses nouvelles possessions.


Béranger resta quelques jours auprès du roi et de sa cour le temps de panser les blessures et laisser souffler les hommes, le roi intronisa un nouveau seigneur en Vivarais qui prêta allégeance au souverain. Les troupes rejoignirent leurs fiefs respectifs et le roi, Paris.


Béranger et sa troupe accompagnèrent le Frère Jean Aymar à l’abbaye Cistercienne de Mazan, où les adieux furent émouvants.


Puis la troupe reprit le chemin de leur petit bourg, trajet qui leur prit une semaine, ralentie par la lenteur des charrois de l’intendance et les blessés.

Le dimanche, ils virent le château où flottait les couleurs des Vauquonery, enfin de retour chez eux. Même le soleil semblait heureux de les voir revenir.




†††




Lorsqu’ils entrèrent dans le bourg, ils furent surpris de trouver les rues pavoisées mais vides.

Ils découvrirent pratiquement toute la population de la cité massée devant l’église, trop silencieuse selon Béranger, habitué aux exclamations et galéjades de ses compatriotes lorsqu’ils se retrouvaient en groupes.

Les habitants furent étonnés de voir revenir la troupe menée de surcroît par un nouveau seigneur, le petit Béranger. Cela faisait six longs mois que Messire Jean Aymar s’en était allé combattre sous les bannières du roi, tous craignaient qu’il ne fut arrivé un sinistre destin à toute la troupe et que le château ne tombe aux mains de mécréants.

Béranger, Gabin et d’autres soldats les rassurèrent et surtout se renseignèrent à propos de cet étrange rassemblement.



Le petit groupe s’avançait vers les portes de l’église, mais, à la grande surprise de Béranger, l’office nuptial ne se déroulait pas à l’intérieur de l’édifice mais sur le parvis.



Ils virent enfin les jeunes mariés. Côte à côte se tenait le couple le plus improbable de la chrétienté.

Lui, petit, bossu, le ventre proéminent, vêtu d’un bliaut ocre en laine lui arrivant aux genoux et de chausses écrues. Le nez orné d’un énorme emphysème, de sa lippe tombante suintait un peu de bave qu’il essuyait d’un coup de langue blanchâtre, sur son crâne en partie dégarni ne lui restait que quelques poils épars. Il bavait de plus belle chaque fois qu’il posait son regard porcin sur la jeune femme à ses côtés.


Béranger n’avait d’yeux que pour la future mariée. Revêtue d’une robe de laine écrue passée par-dessus une ample tunique de lin, ses longs cheveux blonds lui descendaient jusqu’à la taille. Sa silhouette élancée tranchait fortement avec celle du crapaud qui se tenait près d’elle.

Mais ce qui choqua le chevalier fut le beau visage livide et les yeux bleus ravagés par les larmes, ainsi que les lèvres tremblantes.


Le curé de la paroisse, le brave Père Julien ne semblait guère apprécier la situation. Alors que ce dernier allait procéder à l’échange de consentements, Béranger, n’y tenant plus, se manifesta à la surprise de tous :



Cette simple phrase courte provoqua murmures et stupeur dans la foule.



Avant que l’usurier puisse le contredire et instiller le doute, il tendit deux parchemins au Père Julien. Celui-ci les tint entre ses mains tremblantes, les parcourut du regard, et déclara d’une voix émue :



Béranger reprit ses documents, saisit la jeune fille par la taille et la déposa sur le dos de Prune, sans attendre une quelconque réponse. La belle Aliénor, de plus en plus livide se tenait raide sur la selle, se voyant tomber de Charybde en Scylla.



Béranger marchait aux côtés de la jument en la tenant par la bride, une main sur le pommeau de son épée. Il se dirigea vers le château sans attendre.

Personne n’osait se mettre en travers de sa route en avisant sa mine renfrognée. De plus les piquiers, Gabin en tête, faisaient une sorte de haie d’honneur redoutable à leur jeune seigneur.

En outre les habitants du bourg ne semblaient guère impatients de secourir le gros nabot, bien au contraire, tous heureux de voir ses projets contrés. Quant à la belle Aliénor, nul ne s’en souciait.




†††




Béranger fut accueilli comme le messie dès son arrivée au château. Le personnel, averti de son retour par des villageois, avait mis les petit plats dans les grands. Jeannette, la gouvernante, qui régnait sur une dizaine de servantes et de marmitons reçut le nouveau maître des lieux avec moult larmes et cris de joie.



Tous connaissaient Béranger depuis de nombreuses années, et tous l’appréciaient énormément, se réjouissant de son anoblissement.


Il éprouvait quelques difficultés à se mettre dans la peau d’un noble, mais en appréciait cependant les avantages, dont celui de se tremper dans un grand cuvier d’eau chaude et de se faire nettoyer la peau et les cheveux avec de la saponaire par une accorte servante.


Pendant ce temps, la jeune Aliénor subissait le même traitement. Cependant, au lieu de s’en réjouir, elle pleurait toutes les larmes de son corps, se lamentait de se voir traitée comme un vulgaire objet.

Mais elle n’était pas que jolie, Aliénor possédait un fort caractère, mis à mal ces derniers jours par ses déboires pseudo matrimoniaux, mais elle reprenait foi en elle-même.


Alors que les servantes l’amenaient dans l’imposante salle à manger, en présence de Béranger, après avoir pris une ample respiration, elle fit glisser sa tunique de lin à ses pieds et, ravalant toute pudeur, se présenta nue devant le nouveau maître du château.



Elle déclama sa tirade les yeux fermés, alors que derrière elle les servantes pouffaient.



Il l’enveloppa dans la fourrure et l’emmena près de l’âtre.



Il alla ramasser la robe et la tendit à une servante et lui demanda d’aider Aliénor à la revêtir, pendant ce temps, il observait le paysage par la fenêtre.

Il se retourna lorsque la camériste sortit.



Les potages, rôtis, volailles se succédèrent sur la table. Si la jeune femme picorait, Béranger faisait honneur au travail du cuisinier. Ils discutèrent de tout et de rien, des futures récoltes qui s’annonçaient bien, de la rencontre de Béranger avec le roi, de l’amour que la jeune paysanne portait à son père, amour qui l’avait contrainte à accepter de cohabiter avec ce démon d’Enguerrand, amour qu’elle portait aussi à certains animaux, qui eux ne vous trahissaient jamais. Ils échangèrent aussi des souvenirs communs, Aliénor se souvenant de l’entrée de Béranger auprès du Seigneur Jean Aymar. Elle aurait parfois voulu elle aussi échapper à sa condition.



Il lui proposa son bras pour l’emmener jusqu’à sa chambre, devant la porte il lui prit les mains et déposa de chastes baisers sur le bout des doigts.

La belle se retrouva seule dans sa chambre en proie à de sombres tourments : Demain, je me retrouverai entre les mains de ce gros porc, je n’aurais eu droit qu’à une nuit de répit.




†††




Béranger s’occupait du château et de ses habitants. Près de huit mois sans son seigneur, il y avait de nombreuses choses à voir, faire réparer certaines dépendances, s’occuper des animaux, mais aussi des habitants, nouveaux-nés ou vieillards, se renseigner sur les récoltes, sur l’état de ses terres et de ses métayers. Vérifier aussi l’état de santé de ses troupes après ces jours de marches et de combat. Il quitta le domaine simple écuyer, il revenait en maître du château. Il allait devoir se confronter aux diverses taxes, impôts à percevoir et devoirs d’un chevalier, même à rendre la justice.


Mais il pensait surtout à la belle Aliénor qu’il avait raccompagnée au moulin, la laissant entre les mains de son père, désespérée.

Il s’était confessé auprès du père Julien, qui lui donna volontiers l’absolution, et lui expliqua que les voies du seigneur sont souvent tortueuses, nul ne connaît Son dessein.


Bérenger se torturait l’esprit, ne sachant s’il avait commis une erreur en interrompant la cérémonie, ou s’il en avait commis une autre en ramenant Aliénor dans le village, quand un grand remue-ménage se fit entendre dans l’entrée.

Cunégonde, une matrone à la poitrine opulente, maraîchère de son état, fit une entrée remarquée dans la grande salle.



Elle fit de grand moulinets avec les bras tout en reprenant son souffle.



Béranger se leva brutalement, renversant sa chaise, le visage figé de rage.



Un spectacle épouvantable se déroulait sur la place de marché. Sur une assise de pierre recouvert de caillebotis était installé un carcan posé sur un pilori. Les bras et la tête passés dans l’instrument d’infamie, la belle Aliénor y était exposée à moitié nue, échevelée et en larmes.

À ses côtés Enguerrand Marcellin pérorait, fier d’humilier cette beauté. Il se délectait d’affirmer ainsi son pouvoir et de défier l’autorité d’un jeune seigneur certainement peu sûr de lui.



Il désigna un de ses sbires qui patientait à ses côtés et qui reluquait la jeune femme d’un air concupiscent, en se tapotant les chausses avec un fouet.



L’acolyte de l’Arsouille fit claquer son fouet dans le vide pour s’échauffer et terroriser la malheureuse, prit son élan pour donner le premier coup et se figea en voyant apparaître comme par magie une flèche, plantée entre ses pieds.


Devant lui, à une dizaine de pas, se tenait un groupe d’hommes à l’air peu commode, Béranger en tête.



Le tortionnaire hésita un peu et fit mine de lever le bras.


« Tòca`i si gausas ! »4 gronda Béranger en extrayant sa lame de son fourreau.


Courageux mais pas téméraire, l’apprenti bourreau prit ses jambes à son cou, laissant là, victime, fouet et maitre.



Béranger fit sauter les attaches du carcan d’un coup d’épée, recouvrit Aliénor de sa cape et la prit dans ses bras.



Il se retourna vers les habitants hébétés et les traita de capons, de pleutres.



Les villageois ne se firent pas prier deux fois. Ils se ruèrent sur Enguerrand Marcellin en poussant des hurlements de joie mauvaise. L’usurier tenta bien de s’échapper en trottinant, son gros ventre ballotant devant lui. Il fut bien vite rattrapé et entravé sur le carcan. Ses braies descendues sur les chevilles, ses grosses fesses furent fouettées avec entrain tandis que les gamins et les femmes lui jetaient des légumes avariés au visage, avant de passer aux bouses de vaches, insensibles aux cris du supplicié.


Pendant ce temps Béranger s’en retournait vers le château, serrant contre son cœur la belle Aliénor toute tremblante.



Arrivé au château, il fit mander Jeannette pour qu’elle prenne soin de la jeune femme, qu’elle lui fasse prendre un bain et lui prépare une robe, avant de l’inviter à rejoindre la salle à manger.


Béranger tentait d’étudier un texte mi-latin, mi-occitan, mais il ne pouvait s’ôter de l’esprits les yeux rougis d’Aliénor et son petit corps pressé contre le sien, et surtout ces petits seins moelleux qui se soulevaient au rythme de sa respiration haletante.



Les deux femmes attendaient à la porte. Aliénor avait revêtu une longue robe écrue et portait les cheveux libres sur les épaules.



Tout en disant cela il posa un genou à terre devant elle.



Alors qu’il écoutait la voix douce de la jeune fille, les yeux baissés, prêt à faire amende honorable, il vit avec stupéfaction la robe tomber sur les pieds délicats d’Aliénor. Décidément, l’histoire se répétait.

N’osant croire ses sens, il releva les yeux sur les genoux, puis les cuisses couleur de lait, et enfin se retrouva nez à nez avec le plus beau des animaux à fourrure de la création. Pour vérifier si ses yeux ne le trompaient pas, il tendit une main et caressa la peau satinée. Elle réagit par un frisson mais ne se déroba point. Encouragé, il avança les lèvres et déposa un baiser sur le creux de l’aine. Aliénor glissa les doigts dans la chevelure du chevalier, qui se releva en déposant une pluie de baisers sur le ventre, traçant avec ses lèvres une ligne de feu jusqu’aux seins et leurs tétins roses et sensibles.

Puis il saisit le visage d’Aliénor entre ses mains et embrassa les yeux, les lèvres, les joues de la jeune femme, dont la respiration devint erratique alors que les langues se trouvaient, se mêlaient, ne désirant faire qu’une.


Les mains de Béranger ne restaient inactives, caressant un sein, un dos, une fesse, et alors qu’il perdait les doigts dans le doux fouillis d’une toison blonde, Aliénor sentit les jambes se dérober sous elle, elle s’accrocha au cou de son sauveur.



Il passa un bras sous les genoux de la belle, son autre bras lui tenait le dos, il se dirigea vers la chambre alors qu’Aliénor enfouissait sa tête dans le cou de son sauveur. Il la déposa délicatement sur le lit, un grand feu ronflait dans la cheminée et réchauffait la pièce.


Feignant la timidité, Aliénor fermait les yeux alors que Béranger ôtait ses vêtements en grande hâte. Mais la coquine laissait entrouvertes ses paupières, se repaissant du spectacle donné. Elle frémit lorsqu’il retira ses chausses et que son bâton pastoral jaillit à l’air libre. En fille de la campagne, elle avait déjà vu des sexes masculins, qu’ils soient animaux ou humains, mais jamais d’aussi près ni aussi vigoureux, et surtout d’aussi beau.


Il prit place auprès d’elle, caressa d’un doigt l’orbe du visage, dessina le contour des lèvres, s’aventura sur la poitrine, empauma un sein, taquina du pouce le mamelon turgescent, continua son exploration sur le ventre plat.



Il s’empara de ses lèvres, elle noua ses bras autour du cou du chevalier qui arborait fièrement devant lui une lance dédiée aux tournois de l’amour. Elle gémissait sous ses baisers. Puis dans un souffle elle lui avoua : je n’ai jamais connu une étreinte avec un homme auparavant.


Aussitôt il se fit plus doux encore, déployant des trésors d’imagination pour la rassurer et la détendre. Il dessina une guirlande de baisers de ses seins jusqu’à son buisson doré. Lorsqu’il posa sa bouche sur les délicates lèvres, elle frémit, poussa un « Oh » silencieux, tendit une main vers la tête du chevalier, sans oser le toucher, de peur de rompre l’harmonie.



Car le chevalier, s’il se révélait doux et prévenant ne lui laissait guère le temps de reprendre ses esprits. Il lui écarta les cuisses, fourra son nez dans les draperies de chair sensible, débusqua du bout de la langue un petit éperon délicat, le fit vibrer tandis que ses doigts caressaient l’entrée du saint des saints. De mélodieux murmures retentissaient dans la chambre, Aliénor se demandait s’ils émanaient de sa propre gorge, et, ne sachant que faire de ses mains, elle les posa sur la tête de son délicieux tourmenteur, s’agrippant à ses cheveux. Elle finit par se tendre, se tordre et rendit les armes en poussant un cri de délivrance salvateur.


À peine remise de ses émotions, Béranger rampa sur elle, revint prendre possession de sa bouche, se fit plus délicat encore en présentant son bélier au portail de son castel. Il fit de légères incursions dans son conduit, n’allant guère plus loin que la largeur du pouce. Puis la demoiselle se libérant, il osa s’aventurer un peu plus.


Aliénor trouvait l’ouvrage à son goût et poussait de mignons gémissements d’aise. Tant et si bien qu’il osa affronter l’ultime rempart. Sa seule réaction fût un gémissement qui s’apparentait à un oui de délivrance.


Rassuré, Béranger fit de lents et amples mouvements du bassin, venant percuter celui de sa belle qui enroula ses jambes autour de la taille de son suzerain, tant pour mieux goûter cette étreinte que pour retenir son beau chevalier. Elle soupirait de plus en plus. Son antre s’humidifiait et se liquéfiait de plus belle, facilitant ainsi les œuvres de Béranger.


Les soupirs se muèrent en gémissements, puis en cris, pour finir en un râle de plaisir commun. Ils mirent quelques minutes à reprendre haleine, se regardant dans les yeux, souriants et rougissants. Il tendit la main vers le visage d’Aliénor qu’il caressa avec douceur, l’embrassa encore et encore, tant et si bien qu’ils se retrouvèrent de nouveau en pleine joute amoureuse.

Béranger en sortit aussi fourbu que lors de son premier combat en compagnie de son altesse royale. Mais aussi heureux que lors de son adoubement.



La seule réponse de la jeune femme fut un grand sourire et un baiser, ce qui rendit toute sa vigueur au valeureux guerrier.




†††




Aliénor se promenait sur les remparts, regardant le village à ses pieds, comme chaque matin, avant de rejoindre Béranger. Elle souriait au soleil, aux oiseaux qui volaient haut dans le ciel, même à ce papillon qui se posa sur sa main.


Une petite fille timide vêtue de haillons s’approchait d’elle en compagnie de Gabin. Des traces de cendres maculaient son visage et elle allait pieds nus. Elle serrait un objet contre son cœur.



Marie ouvrit légèrement les doigts et Aliénor vit une petite boule de poils dans les mains de la fillette.



La petite fille lui fit un grand sourire, un sourire à faire pâlir le soleil, sous l’œil attendrit de Gabin.


Pendant ce temps Béranger écrivait une missive destinée à son souverain.


Votre Majesté,

Je sollicite votre bénédiction afin de mener en épousailles la fille du meunier, une damoiselle de grande beauté nommée Aliénor, que je dus sauver des griffes d’un vil usurier qui abusait de sa position vis-à-vis du meunier, ainsi que des autres habitants du bourg. Le fesse-mathieu voulait faire fouetter la malheureuse, exposée en place publique.


J’ai mis au pilori le sinistre personnage, puis en vertu du droit de justice détenu par le seigneur des lieux, j’ai fait bannir le vilain et saisir ses biens.

J’espère n’avoir point outrepassé mes devoirs,


Votre dévoué serviteur, Béranger du Charles, Chevalier de Vauquonery et de la Loubière.




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Dans sa forteresse du Louvre, Philippe Auguste souriait. Il savourait la prose de son jeune protégé, qui lui demandait l’autorisation d’épouser une jeune beauté locale. Mais il était noble que diable ! il pouvait épouser qui il voulait, sauf bien sûr, une princesse !


Par contre il appréciait l’idée de saisir les biens de quelques personnages fortunés et de les exiler loin du royaume. Un jeune homme à suivre, ce Béranger.


La réponse du roi arriva quelques semaines plus tard en la personne de Marc de Bourgogne, le tapissier personnel du roi, venu en grande pompe spécialement de Paris pour créer une tapisserie en l’honneur des noces des deux jeunes tourtereaux. Le souverain lui offrit aussi des armoiries. Aux couleurs de Vauquonery, il ajouta une fleur de lys.


L’artiste dessina lui-même les motifs de l’œuvre. Aliénor, toute vêtue de blanc, se tenait devant une chapelle près d’un lac et serrait contre son sein une genette, une petite fille jouait à ses pieds.

À ses côtés Béranger regardait avec amour la jeune femme, un autour des palombes posé sur son poing ganté. Derrière lui on devinait la tour de la Loubière entourée de profondes forêts.


Le mariage fut célébré en la chapelle du château, en présence de tous les villageois. Une grande fête suivit, avec troubadours, jongleurs, dresseurs d’ours et cracheurs de feu.




†††




Béranger participa à la cinquième croisade, accompagnant son roi et le non moins célèbre Richard Cœur de Lion.

Les années passèrent, ils eurent deux enfants. Les amoureux vécurent longtemps, jusqu’à ce que la grande faucheuse les emporte tous deux, ils furent inhumés côte à côte dans la crypte de la chapelle du château.


La tapisserie fut rangée dans la sacristie, mais mise en péril lors des guerres de religion, elle fut coupée en deux pour mieux être manipulée, « la dame à la genette » fut cachée dans la vieille église du village.

Le « seigneur à l’autour » disparut quant à lui de la vue et de la connaissance des hommes.




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Perceval s’agitait dans son sommeil. Il voyait en songe une petite fille devenue grande, entourée de genettes expliquer à ses petits-enfants comment elle avait connu Aliénor et Béranger, ces mêmes petits-enfants racontant cette histoire à leur propre descendance, tout en l’embellissant à chaque génération, ces mêmes descendants protégeant au péril de leur vie la fameuse tapisserie, jusqu’à ce qu’elle soit déchirée, séparée à jamais.


Il vit cette partie manquante être cachée nuitamment dans une maison en pierre de taille et aux tuiles romanes, dans un petit village aux ruelles tortueuses. Le village où ses parents habitaient, la maison de sa grand-mère, son propre village et la maison de son enfance. Au fil des siècles, le nom du village de Vauquonnery se transforma en Vachaunnery.


Il se réveilla en sursaut en hurlant comme un forcené : Je sais où elle est ! , faisant tressaillir une charmante jeune fille qui somnolait dans un fauteuil, à ses côtés. Il enfila ses vêtements comme il le pouvait, au grand dam des infirmières qui tentaient de le retenir.


Il attrapa la main de Noémie et ils partirent en courant. Un bus et un taxi plus tard, ils arrivèrent devant la maison, au grand étonnement de ses parents. Sans une explication, il grimpa au grenier, descella quelques pierres dans le manteau d’une antique cheminée et dénicha un bout de tissu soigneusement enroulé dans un fourreau de laine.

Ils venaient de retrouver la partie manquante de la tapisserie.


Noémie lui sauta dessus et l’embrassa, telle Dame Aliénor embrassait jadis Béranger.

Ils allèrent aussitôt porter leur découverte à madame Claire Jet, la professeur d’histoire, qui contacta le ministère de la culture.


Restaurée, elle fut réinstallée en entier dans le château de Chambord, en grande pompe, en compagnie du ministre des Affaires culturelles et celui de l’éducation nationale, du préfet, et d’un Perceval heureux comme un roi. À l’intérieur du manchon de laine un parchemin fut retrouvé, signé de la main même de Philippe II, attestant de l’adoubement de Béranger.


Il ne sut jamais pourquoi il était tombé en transes devant la « Dame à la genette ». Peut-être l’avait-elle envoûté, lui avait-elle envoyé un message de l’au-delà, ou alors était-ce la petite Marie, son aïeule qui agit elle aussi. Il se faisait certainement des idées, mais il lui sembla que, lorsque la tapisserie restaurée fut dévoilée, la Dame à la Genette lui adressa un sourire.


En tout cas, il avait trouvé son Aliénor, la petite main de Noémie au creux de la sienne en était la preuve.


Ils furent accueillis en héros au lycée, sauf par le dénommé Kévin et ses acolytes.



La jeune fille se réfugia derrière Perceval tandis que le blaireau tentait de lui attraper le bras. Perceval s’interposa, impressionnant, une lueur dans le regard, pareille à celle de Béranger lorsqu’il chevauchait en compagnie du roi, bataillait contre Charles Largears, ou lorsqu’il arrachait Aliénor des griffes de l’Enguerrand.


Il rugit alors :




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1. Broigne : armure de cuir bouilli. Nombre d’armures n’étaient point faites de métal (coûteuses) mais de cuir bouilli dans de la cire chauffée, parfois renforcée de clous.

2. Gambison : pourpoint d’étoffe rembourré portée sous l’armure.

3. Lieue : Ancienne unité de mesure de distance, valant environ 4 km.

4. Tòca`i si gausas : « Touche si tu l’oses », en occitan.

5. Montpestler : Actuellement Montpellier.