| n° 21772 | Fiche technique | 50097 caractères | 50097 8427 Temps de lecture estimé : 34 mn |
13/05/23 |
| Présentation: Une éclaircie dans un monde bien sombre. Un début d’espoir et une nouvelle vie qui débute… | ||||
Résumé: Quand les autres humains, nommés Lilas et Vic par le garçon, étaient entrés dans la maison, la tueuse de loups les avait entendus rire. Elle-même ne riait que lors de certaines de ses lectures et ces éclats de joie ne la rassurèrent pas... | ||||
Critères: #aventure #sciencefiction #initiation f ff cérébral voir noculotte fmast caresses nopéné | ||||
| Auteur : Juliette G Envoi mini-message | ||||
| Épisode précédent | Série : Lyrie Montmartre Chapitre 02 / 10 | Épisode suivant |
Quand les autres humains, nommés Lilas et Vic par le garçon étaient entrés dans la maison, la tueuse de loups les avait entendus rire. Elle-même ne riait que lors de certaines de ses lectures et ces éclats de joie ne la rassurèrent pas. Pourquoi ces gens riaient-ils ?
Puis, les nouveaux arrivants s’étaient introduits dans la cuisine.
Le premier était un homme et non un garçon et s’il était surpris, sa réaction avait été très rapide. Il avait pointé son fusil vers l’intruse installée à la table aussitôt qu’il l’avait vue. Avant même qu’il ne pénètre dans la pièce, la dernière des Parisii avait levé ses mains en l’air et les avait laissées au niveau de son visage. Elle était restée un long instant les yeux fixés sur le grand type, puis son attention avait été attirée par l’autre inconnu qui le suivait. C’était une femme ! La tueuse ne s’attendait pas à rencontrer une autre femme et ne pouvait pas s’empêcher de la dévisager avec une certaine curiosité maintenant mêlée à sa peur. La nouvelle venue n’avait pas fait un geste et elle aussi l’observait. La femme avait un visage doux et des yeux bleus rieurs. Vêtue d’une sorte de large toge beige, elle lui souriait et cela étonna une Lyrie proche de perdre son calme apparent. L’homme, lui, ne souriait pas et son regard sombre sous le rebord d’un grand chapeau noir allait des armes de Lyrie posées sur la table à son visage. Ses yeux noirs et ses cheveux longs étaient de la couleur du plumage des corbeaux. Il paraissait immense à côté de la femme blonde et portait des vêtements constitués d’épaisses peaux aussi noires que ses cheveux.
La voix rocailleuse du grand bonhomme fit légèrement tressaillir la chasseresse. Elle avait rêvé à une chance de survivre une nouvelle fois, mais son rêve ne serait peut-être qu’un cauchemar de plus. Son dernier cauchemar.
L’homme était donc certainement Vic et la femme était Lilas. Un nom de fleur que Lyrie n’avait jamais vue en réalité, mais qu’elle connaissait de par ses lectures. La grande Parisii, ses yeux verts fixés au regard sombre de l’homme, baissa très lentement ses mains en hochant affirmativement la tête.
Le plus précautionneusement possible, la tueuse avait fait passer sa main gauche dans son dos, puis elle dégageait sa dernière arme et déposait son coutelas de chasse sur la table.
Lilas s’était avancée près du meuble qu’Élias avait appelé buffet et Vic pointait toujours son arme sur Lyrie. Il eut un mouvement de tête dans sa direction.
Le grand homme avait serré plus fort ses mains sur son fusil et Élias s’était aussitôt levé de table pour venir se placer aux côtés de celle qui venait de passer du statut de geôlière à celui de prisonnière.
Élias avait doucement caressé l’épaule de la chasseresse tout en parlant et elle avait longuement tressailli sous ce contact inconnu. Personne ne l’avait jamais touchée, ou en tout cas, elle ne se souvenait pas d’un seul toucher humain. Pour la première fois, la Parisii observa le premier humain qu'elle avait rencontré depuis sa plus tendre enfance. Le jeune Élias était beau ou devait certainement l'être parmi ses pairs. De lourdes mèches blondes mal coiffées tombaient sur des yeux très clairs proches du gris. Le visage aux traits réguliers paraissait calme et une large bouche sensuelle souriait à la ronde. S'il n'avait pas sa stature, il était déjà grand et plutôt bien découplé. Il y avait de bonnes chances que le garçon devienne bel homme et plaise aux filles.
La grande Parisii, les mains à plat sur la table, n’avait pas quitté le dénommé Victor des yeux.
Lilas, un chiffon aux doigts, fit un pas vers la table, mais Vic s’interposa aussitôt.
Le lait. Le fromage et le beurre et le pain si délicieux. La tueuse de loups restait incapable de dire ce qu’elle avait préféré de toutes ses victuailles. Elle n’avait jamais rien mangé de tel. Le pigeon, c’était bon aussi et elle avait découvert enfant que d’innombrables pigeons vivaient sur les toitures et qu’il était aisé de les attraper. C’était même devenu son menu pratiquement quotidien. Mais aujourd’hui, la Parisii se serait gavée de pain sans rien d’autre.
Lilas avait jeté un tissu sur la table puis avait passé son index autour de ses lèvres.
La femme avait une voix très douce. Elle n’avait pas cessé de sourire et ne semblait pas le moins du monde effrayée.
Décidément, ce Vic était d’une prudence obsessionnelle envers sa prisonnière. Mais n’était-ce pas de cette manière qu’elle-même aurait réagi ?
Élias contre elle, la chasseresse était aussi immobile qu’une statue. La femme blonde s’était encore avancée d’un pas vers la table et l’homme avait jeté un rapide coup d’œil sur Lilas et Élias. Il paraissait contrarié et si le garçon et la femme semblaient calmes, Vic lui, était tout aussi tendu que celle qu’il surveillait de si près.
Lilas avait rejoint la chasseresse, cette fois sans que l’homme n’intervienne. Elle s’était assise à table et avait posé sa main sur le bras de la tueuse en lui souriant. Encore une fois, Lyrie en avait tremblé d’émotion et ses joues s’étaient empourprées.
La blonde enleva sa petite main du bras qu’elle touchait et soupira doucement.
La dénommée Lilas sourit encore et croisa ses mains posées sur la table.
La prisonnière ne se contenta pas de s’expliquer sur les raisons de sa présence chez ces gens. De sa voix grave et un peu voilée, elle raconta tout de sa vie. Ce dont elle se souvenait de son enfance et des Parisii. Elle parla de la grande Bibliothèque de Paris. Elle expliqua tout de sa solitude et de sa survie parmi les chiens sauvages et les loups. Toute sa vie de survivante, de son enfance à son âge de femme, fut résumée en un long récit que personne jamais n’interrompit. À aucun moment on ne lui posa la moindre question. Quand enfin Lyrie Montmartre acheva son histoire, la nuit était proche de tomber.
Lilas avait quitté sa chaise et avait poussé un soupir à fendre l’âme.
L’espace d’un instant, la tueuse sembla comme perdue puis, à son tour, elle laissa filer un profond soupir. Ce fut proche d’un gémissement de soulagement qui la détendit d’un coup. Elle ne s’était pas même rendu compte que Vic, à un moment de son histoire, avait enlevé son large chapeau et l’avait posé sur la table, comme il avait déposé son fusil debout et appuyé contre le mur derrière lui.
La chasseresse frémit quand la blonde prit sa longue main entre les siennes.
Lilas jeta un rapide regard vers Victor et retourna son attention sur la grande femme brune.
Les mots lui étaient venus à la bouche sans même qu’elle n’ait réfléchi à la question de son interlocutrice. Une Lilas qui paraissait soudainement un peu dubitative.
La femme blonde semblait hésiter sur la conduite à tenir et Vic fit racler sa chaise en se levant.
Lyrie sentit son mal de tête reprendre vie et se contenta de hocher affirmativement la tête. La voix douce de sa voisine de table lui fit lever les yeux vers elle.
La voix aigrelette d’Élias sembla tirer la tueuse de son rêve éveillé.
Lyrie et le garçon étaient restés dans le salon et Vic était parti faire une ronde de garde. Ils ne risquaient rien, mais selon Élias c’était une habitude qu’il avait gardé d’autres temps plus dangereux. Lilas, revenue de la cuisine d’où parvenaient des odeurs autant alléchantes qu’inconnues pour la tueuse, resta un moment debout, les mains sur les hanches, considérant avec attention cette inconnue venue d'un endroit dont elle ignorait tout sans un mot. Puis elle se décida à parler.
Lilas laissa passer un sourire et fit signe à Lyrie de la suivre.
Une douche froide. De l’eau de pluie récupérée de gouttières parfaitement entretenues. L’eau emmagasinée dans une citerne au grenier était filtrée et finissait par éclabousser son corps dans la maison.
Du porc. Du cochon accompagné de pommes de terre. Les fameuses patates ! Des carottes et des navets. Et le pain si bon. Tout cela, c’était des mots lus, des images vues et la Parisii les vivait enfin.
La tueuse de loups tombait de sommeil. Elle était épuisée. Vic et Élias étaient partis se coucher et Lilas avait continué à la questionner et la questionner encore. Elle voulait tout savoir de sa nouvelle amie. Lilas était blonde et avait de grands yeux bleus. Lyrie sans savoir si c’était avec raison, trouvait cette femme très jolie. Une autre humaine… Beaucoup plus petite qu’elle et son corps était plus en chair. Mais elle était certainement jolie…
La question à brûle-pourpoint fit sourire la femme blonde.
Lyrie souriait et il fallut un instant pour que Lilas réagisse à sa plaisanterie.
Le petit groupe et sa carriole accompagné des six chèvres était arrivé au village de nuit.
Victor et Lilas étaient passés par une sorte de poste de garde et avaient expliqué la situation. Ils s’étaient portés garants pour l’étrangère qui les accompagnait et avaient assuré au factionnaire armé qu’ils présenteraient la nouvelle venue au conseil au petit matin. Un peu plus tard, Vic et Élias avaient laissé les deux femmes sur le seuil d’une petite maison de pierres au toit de bois et étaient partis se coucher.
La Parisii découvrit une bergerie garnie d’un grand nombre de chèvres et posa sa question à sa compagne.
Après avoir mangé du porc froid et du pain, Lilas et son invitée avaient décidé d’aller dormir. Demain serait un grand jour pour Lyrie comme pour le petit bourg. Les deux femmes étaient entrées dans la chambre de la maîtresse des lieux et la grande Parisii s’était laissé diriger sans broncher. Elle découvrait une nouvelle vie possible sans rien en connaître et elle ne tenait surtout pas à faire d’erreurs. Pour le moment, elle n’avait qu’une envie. Rester en compagnie de ces gens qu’elle venait de rencontrer. La tueuse ferait son possible pour ne pas les contrarier et pour qu’ils décident qu’elle avait une place parmi eux si elle le souhaitait. Le souffle de la tueuse se bloqua quand la bergère posa ses doigts sur son ceinturon.
Tout en parlant, Lilas avait déshabillé la chasseresse qui n’avait plus respiré que par instants depuis que son hôtesse avait posé ses mains sur elle. Une fois la tueuse entièrement nue, la jolie blonde lui avait désigné une immense paillasse. C’était un lit. Un lit habillé de bois clair. La bergère s’était débarrassée de ses habits de voyage, pantalons de toile et large chemise. Puis, tout aussi nue que son invitée, elle s’était glissée sous la lourde couette qui couvrait déjà sa compagne pour la nuit.
Un lourd silence s’était installé et pesait sur les deux femmes. Lyrie, tétanisée, sentait le corps nu et chaud de Lilas tout contre le sien et était proche de quitter la couche sans être très convaincue que ce soit la bonne chose à faire. Elle comprenait que sa vie d’être humain était morte quand elle était enfant. Elle découvrait d’autres personnes. À part dans une enfance dont elle ne se souvenait pas, c’était la première fois qu’elle entendait d’autres voix que la sienne. Puis elle parlait à quelqu’un d’autre qu’elle-même. Et là, cette nuit dans ce village inconnu l’amenait à être extrêmement proche d’un autre être humain. Trop proche ! Lyrie se sentait presque étouffée par cette présence tout contre elle. Une femme totalement nue et qu’elle venait de rencontrer. La tueuse en suffoquait presque.
Durant un moment qui lui sembla une éternité, la grande Parisii chercha une réponse qui ne risquait pas de gâcher ses chances de nouveau départ. Puis sa voix devenue plus rauque monta dans la nuit.
La tueuse laissa échapper un lourd soupir et osa bouger pour se tourner lentement vers sa voisine de lit, attentive à s’éloigner du corps chaud trop près d’elle. Elle distinguait à peine sa voisine sous les pâles lueurs de la lune. Elle s’étonna pourtant d’être aussitôt frustrée de la chaleur dégagée par la femme. C’était une impression affolante. Si elle était proche de l’étouffement et de la panique, elle trouvait très agréable d’être si proche d’une autre personne. C’était chaud, doux et agréable, et c’était rassurant. La Parisii se sentait bien contre cette femme, et ce malgré l’angoisse qui lui enserrait la gorge. Lyrie regrettait déjà de ne plus être serrée à celle qui avait pris son parti sans même la connaître. Lilas lui avait souri à peine entrée dans la cuisine du garçon. Depuis, elle n’avait plus cessé de s’occuper d’elle et la jolie blonde semblait désirer la protéger d’une vie inconnue.
La tueuse retint sa respiration quand elle sentit le pied de sa compagne venir se blottir contre le sien, et cette fois encore elle ne fit rien pour éviter ce doux contact.
La main de Lilas était lentement montée vers elle et Lyrie sentit ses doigts sur sa joue.
La tueuse eut un petit sourire sans savoir si sa voisine pouvait s’en rendre compte dans la pénombre.
Lyrie ne s’était pas même rendu compte que tout le temps qu’elle avait parlé, la main de Lilas lui caressait les cheveux.
La tueuse s’interrompit, hésita un instant et lâcha sa réponse d’un ton étonné.
Un instant le silence reprit ses droits, mais il ne paraissait plus aussi pesant pour la plus jeune des deux femmes. La chasseresse osa même s’enhardir à poser une question.
La petite main de la blonde s’était nichée sur la nuque de la grande brune et elle se fit pressante jusqu’à ce que la tueuse accompagne le mouvement que cette main lui imposait. Son visage était maintenant très proche de celui de Lilas.
Sur le moment, Lyrie ne saisit rien de l’allusion, ne pensant qu’aux lèvres de Lilas si proches des siennes. Elle savait ce qu’était un baiser. Elle savait ce que signifiait être lesbienne. Elle avait envie d’embrasser cette bouche si proche. Était-elle lesbienne ?
La bergère avait à peine soufflé ses mots que la tueuse éprouva une nouvelle fois l’impression d’étouffer sans toutefois cette désagréable sensation d’angoisse.
La grande brune sentit ses seins se gonfler et ses poumons parurent soudain incapables de remplir leur fonction. Lyrie aspira une longue goulée d’air avec un bruit de gorge qui fit rire doucement sa voisine. Un rire doux accompagné d’une nouvelle caresse sur sa joue brûlante.
Le souffle soudain accéléré de la blonde fit frissonner la tueuse. Un long frisson qu’elle n’avait pas pu contrôler.
Lyrie éprouva aussitôt une impression de chaleur intense qui l’enveloppa comme une douce capeline. Une étrange impression de bien-être qui étonna la jeune femme.
Il lui était impossible de savoir combien de temps s’était écoulé. La tueuse avait doucement mordu les lèvres de Lilas, puis leurs langues s’étaient mêlées et avaient dansé des danses lentes et parfois presque violentes. Ses lèvres avaient aspiré la langue de sa compagne avec délice et la jolie blonde avait fait de même avec la sienne. Les deux femmes s’étaient embrassées de longs moments à en perdre le souffle. La blonde avait fini par haleter dans la bouche de la brune et cette dernière avait osé satisfaire la demande de sa compagne. La grande main de Lyrie avait épousé celle de Lilas. La Parisii avait senti les mouvements des petits doigts sous les siens. Quand Lilas avait râlé doucement dans sa bouche, elle avait compris que la femme atteignait le plaisir. Ce plaisir si souvent écrit et décrit comme l’une des merveilles du monde.
Sa compagne bougea lentement et la main de Lyrie se retrouva abandonnée sur le corps de cette femme encore inconnue il y avait si peu de temps. Elle sentit les poils de son pubis sous sa paume et une chaude humidité sous ses doigts. Quand son hôtesse se tourna vers elle et se pencha pour l’embrasser encore, la tueuse de loups colla sa main au sexe mouillé de sa compagne.
Les lèvres soudées à celles de sa voisine, Lyrie contint une exclamation de surprise, comme un geste de retrait, quand les doigts de sa compagne fouillèrent doucement son pubis. Tout son corps était soudainement agité de légers tremblements qu’il lui était impossible de réfréner.
La chasseresse se sentit rougir quand la bouche de la femme aspira son épais téton brun tendu et dur et lâcha un soupir quand elle sentit des doigts glisser sur sa fente.
La brune tira doucement sur les cheveux blonds et colla ses lèvres à celles de Lilas. Puis, elle écarta légèrement les cuisses. Il lui sembla que les doigts de Lilas étaient des griffes brûlantes quand elle les sentit en elle. De douces griffes brûlantes.
La tueuse, emportée par les caresses de sa compagne en avait oublié ses propres doigts qui fouillaient doucement la grotte bouillonnante qu’ils exploraient.
Au moment où elle accélérait la cadence de ses doigts dans le sexe qu’elle prenait, Lyrie poussa un long cri étouffé par les lèvres de celle qui lui faisait l’amour. Les doigts de la belle bergère s’étaient enfoncés dans son sexe et allaient et venaient en elle avec une nouvelle vigueur.
Lyrie, essoufflée et proche d’étouffer sous de brutales émotions inconnues, ouvrit les yeux en poussant un gémissement rauque. Elle observa un instant les ombres de la nuit qui baignaient leurs deux corps dénudés. Des ombres qui parurent d’abord trembloter légèrement avant d’exploser en étincelles de couleurs éclatantes. Puis, les yeux clos, elle s’effondra sur le corps brûlant contre le sien et ses lèvres happèrent celles de la jolie blonde.
La tueuse de loups jouit en se tordant doucement alors que Lilas gémissait longuement dans sa bouche.
Il faisait toujours un temps agréable, même si Lyrie préférait une certaine fraîcheur. Elle était au village depuis un mois et si elle s’adaptait, il lui arrivait encore d’avoir du mal à supporter la présence des autres. Ils étaient si nombreux à vivre ensemble ! Et puis, il semblait à la tueuse de loups qu’elle attirait les gens comme le miel attirait les ours. Et, la plupart du temps, il lui était difficile de s’isoler.
Lilas, seule ne dérangeait jamais la grande Parisii.
La bergère avait gentiment souri et Lyrie soupira. Elle savait qu’elle pardonnerait n’importe quoi à cette femme adorable. Lilas avait été son amante, mais était avant tout son amie. Une amie ! Parfois, la Parisii n’arrivait pas à croire à ce qu’elle vivait.
Lyrie n’aimait pas ce nom que tout le monde lui donnait maintenant. Elle avait raconté son histoire et Lilas la première l’avait appelée ainsi. Depuis, tout le monde l’affublait de ce surnom que Lyrie trouvait idiot. Qu’aurait-elle pu tuer d’autre que des loups à Paris ? Elle avait dit qu’elle avait également tué beaucoup de chiens, mais cette idée rebutait les habitants du lac. Lilas, douce et toujours agréable était la personne que Lyrie appréciait le plus. Il lui arrivait même de rechercher la présence de la femme blonde. Élias, c’était autre chose, mais elle aimait sa compagnie et le garçon idolâtrait Lyrie.
Quant à Vic, la tueuse savait qu’il était très proche de la bergère et du garçon et elle avait décidé de lui accorder sa confiance. Toutefois, l’homme vêtu de noir était plus encore discret qu’elle l’était elle-même et leurs rapports restaient très espacés.
L’endroit s’était appelé Jablines.
Lilas et Victor avaient appris à Lyrie que c’était la présence du grand lac qui, vingt années auparavant, avait décidé le petit groupe d’hommes et de femmes partis en exploration à se décider à choisir le site où ils s’établiraient. Un si grand lac, s’était avant tout de l’eau de boisson à profusion et de la pêcherie possible. Personne n’avait eu à regretter ce choix. Le superbe plan d’eau était très poissonneux et était l’abreuvoir de toutes les bêtes du coin. Le matin très tôt comme au crépuscule, cerfs, chevreuils et autres habitants des forêts touffues qui cernaient le lac venaient là pour se désaltérer. Il suffisait d’un peu de chance et de trouver le bon endroit. Ces chasses se faisaient à l’arc, car les animaux n’étaient pas stupides et les villageois ne tenaient pas à ce que le gibier finisse par éviter ce point d’eau par peur des coups de feu. Le moins de bruit possible et des chasses très espacées n’affoleraient pas les bêtes et elles continueraient à venir boire. C’était des chasses faciles pour les villageois, mais ils tenaient à ce qu’elles restent les plus rares possible.
Lyrie se baignait dans le lac chaque matin, comme parfois elle y revenait le soir.
La tueuse de loups était sortie de l’eau et s’était réfugiée entièrement nue dans son arbre préféré. Son haut perchoir était devenu une sorte de refuge où elle se calmait de l’immuable présence des autres. Un jeune chêne facile à escalader et qui l’amenait assez haut pour qu’elle se sente bien. De sa branche, la chasseresse pouvait rester de longs moments à observer les abords du lac. C’était devenu une habitude. Lyrie déposait ses affaires au pied de son refuge d’écorce et allait barboter un peu, avant de revenir retrouver son chêne. La tueuse de loups n’avait plus qu’une idée en tête depuis sa découverte du lac. Apprendre à nager. C’était presque fait, et elle se débrouillait déjà très bien. Un jour, elle tenterait une traversée du grand plan d’eau.
Deux jours après son arrivée au village, Lyrie avait narré son histoire devant le conseil en place et elle avait été acceptée. Elle n’avait pas été rejetée par les autres. Cependant, il avait été convenu qu’elle ne prendrait pas immédiatement part aux activités du village. Pour une durée de trois mois, elle ne participerait pas à la vie communautaire du bourg. Cette décision du conseil de village n’était pourtant en rien une mise à l’écart ou une punition. La nouvelle venue n’était tenue qu’à certaines obligations pour ces premiers moments parmi la communauté. Passer la majeure partie de son temps libre avec les gens qui vivaient là, apprendre à bien les connaître et bien comprendre ce que serait sa vie, si elle décidait à rester parmi eux. Lyrie devait également se reposer le plus possible.
Lyrie était d’ores et déjà admise, mais le bourgmestre tenait à ce qu’elle soit bien sûre de sa décision. Lilas avait expliqué à sa protégée que Gilles était le chef du conseil et qu’il était très apprécié. C’était un homme d’âge mûr qui mesurait toujours ses propos comme ses décisions. Pour lui, Lyrie devait être un atout pour la communauté et il tenait à ce qu’elle se sente bien parmi eux.
Quant à Sylvie, la guérisseuse du village, elle avait son propre avis. Cette femme en savait plus que quiconque sur la médecine, sur les différentes manières de s’y prendre pour soigner et même sur une chirurgie rudimentaire. Les femmes de sa famille avaient toutes été chirurgiennes ou médecins. Sylvie était également la confidente de tous et celle qui distillait toujours le bon conseil au bon instant. Elle était guérisseuse des corps et des âmes. Sylvie allait sur ses soixante ans et avait assez d’expérience de la vie pour délivrer un diagnostic concernant Lyrie. Pour Sylvie, la tueuse de loups était traumatisée par toute une vie épuisante la plupart du temps et terrifiante bien trop souvent. La nouvelle venue devait prendre du temps pour elle et se rassurer. Elle devait apprendre à se reposer sur les autres et leur accorder sa confiance. Comme elle devait apprendre à donner la sienne. Elle n’était plus seule et devait appréhender ce que cela signifiait…
Les pensées de Lyrie s’étaient tournées vers la journée si étrange qu’elle avait vécu un mois auparavant. Elle découvrait les autres en agressant le premier garçon qu’elle rencontrait, avant de se livrer pieds et poings liés à un couple d’inconnus. Ce fameux jour, elle avait parlé à des êtres humains, chose qu’elle avait imaginée impossible. Elle avait mangé comme elle n’avait jamais mangé et découvert qu’une nouvelle vie était à portée de ses mains.
Puis, une première nuit parmi les autres avait été bien plus étrange encore. Par peur de décevoir, par peur de ne pas être comprise, elle avait laissé Lilas s’occuper d’elle. Elle avait partagé la couche d’une autre femme. Cela avait été une découverte déconcertante. Une nuit que Lyrie n’oublierait jamais.
Depuis leur arrivée, la Parisii vivait dans la maison de Lilas. Elle dormait toujours très mal les nuits et celle qu’elle considérait maintenant comme une amie lui avait parfois proposé de dormir avec elle. La tueuse avait toujours refusé. Il ne s’était plus rien passé entre les deux femmes depuis cette fameuse soirée où Lyrie avait connu la révélation du plaisir. La jolie blonde avait compris la décision de son amie et lui avait laissé entendre que ce serait à elle de décider d’un moment intime, s’il devait y en avoir un autre. La tueuse passait donc ses nuits dans la petite étable vidée de ses occupants habituels, attenante à la maisonnette de Lilas la bergère. L’épaisse paillasse de paille était par ailleurs bien plus confortable que sa couche à la grande bibliothèque.
Lyrie avait appris bien des choses en se mêlant aux autres, mais c’était surtout à Lilas et à Élias qu’elle posait ses questions. Si l’agriculture et la chasse n’avaient jamais été perdues, les gens avaient dû chercher à redécouvrir certains arts oubliés. C’était pourquoi beaucoup d’entre eux étaient vêtus d’habits très semblables. La plupart allaient et venaient dans des vêtements de laine grossière et d’autres étaient habillés de peaux d’animaux. Anne était une femme très importante pour le bourg. Elle avait fabriqué et appris à se servir de son métier à tisser. Viviane et deux autres femmes s’occupaient d’un troupeau de trois cents têtes de moutons. Des animaux devenus rares, car massacrés par les prédateurs. Pour les peaux des vêtements, on utilisait principalement les loups abattus d’une balle dans la tête. Tissage et tannage étaient maintenant plus au point, mais il avait fallu beaucoup de temps pour réapprendre ces méthodes antiques. C’était pourquoi les vêtements de Lyrie avaient fait un certain effet sur les gens du village. On connaissait le principe de l’éolienne, mais personne n’avait réussi à produire assez d’énergie pour qu’elle soit utile. Depuis un moment, on parlait de moulin. Un moulin aurait été une véritable aubaine. Personne ne savait comment s’y prendre, mais on y songeait.
Certains villages étaient plus belliqueux que le leur et cherchaient querelle à leurs voisins proches. D’autres bourgs faisaient pression sur le conseil pour qu’il accepte de dissoudre leur petite communauté pour rejoindre les leurs. Les villages désiraient s’agrandir pour être plus puissants. Les gens d’ici préféraient leur vie tranquille et espéraient qu’ils pourraient la garder comme elle était. Le récit de la tueuse de loups avait donné quelques idées au conseil. Il avait été décidé qu’une partie du temps de la communauté serait consacrée à la construction d’une palissade et d’une courette en hauteur autour du village. Cette protection serait accompagnée de quelques tours de guet. Lyrie avait été étonnée de cette décision puisqu’il n’y avait plus de loups. Lilas avait froncé son joli petit nez tout en lui expliquant que si les loups n’étaient plus le danger, il y en aurait peut-être d’autres.
Une certaine conversation avec la blonde avait fait découvrir à la Parisii que tout n’était pas parfait dans le petit monde communautaire. Lilas avait ri de bon cœur quand cette dernière lui avait confié ses doutes.
Le rire de Lilas avait interrompu la tueuse.
Les couples établis n’étaient pas très bien vus dans les communautés. Bien sûr, il y en avait, comme Lilas et Vic par exemple, mais si le couple pouvait vivre ensemble, il devait rester libre sexuellement et idéalement sans attaches sentimentales. Il y avait peu de femmes et elles devaient se partager avec le plus d’hommes possible et les hommes seuls en priorité. Les couples trop proches étaient tolérés, mais le partage devait exister. Lyrie avait déjà repoussé gentiment un nombre conséquent de propositions. Elle avait vite appris que tous les hommes du village la désiraient, mais surtout que nombreux étaient ceux qui la voulaient comme compagne de vie. Il y avait bien trop peu de naissances et Sylvie devait se battre comme une forcenée pour que les bébés passent leur première année. Trop peu de naissances, et trop d’enfants qui mouraient dans leurs premiers mois de vie. Sylvie parlait de radiations nées du jour où tout s’était éteint. C’était certainement cela qui avait affecté la fécondité humaine. Des maladies nouvelles, de nouveaux virus faisaient encore des ravages chez les humains, et leurs rares enfants devaient se battre pour leur droit à vivre. Sylvie pensait pourtant que les enfants qui gagnaient ce droit à la vie rendraient leurs descendances plus fortes.
Pour ce qu'en avait compris Lyrie, le XXe siècle avait été le déclenchement de la fin pour la terre. Il ne fallait surtout pas recommencer les mêmes erreurs…
Les caquètements des canards sauvages sortirent Lyrie de ses réflexions. Un vent plus vif faisait se dresser les bourgeons de ses seins et il était temps qu’elle se rhabille. La tueuse avait perdu la notion du temps comme à chaque fois qu’elle se perchait sur son arbre. De très nombreux canards et quelques cygnes se partageaient le lac avec des poules d’eau. La grande Parisii connaissait certains animaux sauvages, mais pas tous, et si elle avait cru reconnaître des belettes, elle n’était pas certaine que ces bêtes étaient bien celles auxquelles elle songeait. Toute une faune vivait sa vie autour de Jablines et peuplait les alentours. La forêt dense et le lac étaient leur domaine. Lyrie avait lu ce que les hommes avaient fait de leur habitat. Aujourd’hui, elle vivait non loin d’un petit paradis terrestre et elle adorait y être.
Les voix et les rires tirèrent la tueuse de loups de ses pensées. Deux personnes déjà proches couraient dans sa direction. Il était trop tard pour qu’elle puisse quitter son arbre, ils étaient trop près d’elle pour ne pas la voir si elle descendait de son perchoir. Lyrie n’était pas encore au fait de tous les us et coutumes des autres. Peut-être que ces deux-là la trouveraient ridicule, entièrement nue et perchée sur un arbre. Le rire de la fille était joyeux et le gars qui venait de l’attraper par les hanches la poussa doucement à terre. C’était André, un tout jeune homme et il avait été l’un des premiers à proposer une vie de couple à la Parisii. Celui-là était un jeune gars plutôt précoce. Lyrie ne connaissait pas tout le monde au village et il s’en fallait de beaucoup. Si elle avait croisé beaucoup de gens, elle n’avait pas passé de temps avec eux. Elle savait que le bourg comptait de la jeunesse dans ses rangs. Actuellement, deux bébés étaient farouchement couvés par leurs mères, une dizaine d’enfants batifolaient un peu partout sous la surveillance des habitants et quelques adolescents aidaient les adultes aux tâches quotidiennes de la communauté. Pour le reste, Lilas lui avait dit que le bourg abritait quelques personnes de moins d’une quarantaine d’années. Les autres étaient bien plus vieux que la tueuse.
Lyrie ne se souvenait pas de la fille aux cheveux noirs et au rire cristallin. André s’adressa à elle en l’appelant Adeline, mais ce nom n’évoqua rien pour la tueuse de loups. Cette Adeline était jeune elle aussi. Jeune et très belle. Lilas s’était trompée en disant que Lyrie serait la plus belle femme des sept villages. De grands yeux noisette éclairaient le visage aux traits délicats de la jeune fille. Sous la longue tunique de laine bleue, ses petits seins fermes se balançaient et son corps mince et nerveux se cambrait pour tenter de s’arracher à l’étreinte du jeune gars qui chatouillait sa proie.
La chasseresse n’avait jamais porté autre chose que des pantalons et elle s’était étonnée de découvrir les femmes du village, toutes ou presque enveloppées de sortes de tuniques longues ajustées près du corps ou plus amples. Quelques hommes, eux aussi, portaient ce genre de toges. Celle d’Adeline avait certainement été teinte à l’aide de mûres et d’autres fruits rouges, du chou rouge ou des fleurs de lavande. Pratiquement toutes les filles du bourg savaient comment teindre leurs robes ou leurs tenues. Pelures d’oignon, fanes de carottes ou feuilles de bouleau donnaient de jolis tons jaunes. Les pelures d’oignons rouges et le raisin apportaient des notes rouges. Les beiges et marrons naissaient des betteraves et de pommes de pin. Le vert était fait à l’aide de fougères, de thym ou d’épinards. Ces teintures étaient des coquetteries féminines très usitées.
Le couple était à une dizaine de pas de l’arbre et la tueuse cessa brusquement de respirer quand André releva la robe sur le corps de la fille. Elle voyait distinctement les poils noirs du pubis de la si jolie Adeline et sa large bouche s’ouvrit d’étonnement quand la fille écarta les cuisses. Aussitôt, André s’était penché sur elle et sa bouche embrassait le sexe offert. Lyrie savait que cette pratique sexuelle existait. Elle n’avait pas retenu le drôle de nom compliqué que l’on utilisait pour qualifier cet acte, mais savait que c’était un geste amoureux très courant dans les jeux d’amours. L’espace d’un instant, la grande brune imagina les lèvres de Lilas sur sa fente et retint un soupir. Sous l’arbre, la fille gémissait déjà et après un court moment, elle lâchait un petit cri avant de refermer ses cuisses sur le visage d’André. Il se passa un moment de silence puis Adeline bougea. Lyrie, mal à l’aise, restait immobile sur son perchoir se demandant ce qui se passerait si le couple levait les yeux vers elle. Adeline avait sorti le membre d’André et le caressait de sa main en embrassant son amant à pleine bouche. Puis, la fille changea de position et la chasseresse crut discerner un léger grognement lâché par le jeune homme quand Adeline le prit dans sa bouche. Cette fois, ce fut plus court encore et quand André, la main dans les cheveux d’Adeline, gémit en balbutiant des mots incompréhensibles, la voyeuse sut qu’il en avait terminé. La jouissance masculine lui était moins connue et elle venait de découvrir que l’homme pouvait éjaculer dans la bouche d’une femme.
Le rire frais et léger d’Adeline troua le silence et Lyrie se colla au tronc du chêne.
Adeline s’était levée et un instant elle se tint coite.
Le couple s’était éloigné de quelques pas à peine qu’Adeline se retournait et levait ses yeux noisette pour les fixer au regard vert d’eau de Lyrie.
La tueuse de loups, brusquement tétanisée par le regard d’Adeline, n’avait toujours pas esquissé un geste alors que le couple avait disparu. Un geai qui ne l’avait pas vu se posa à portée de sa main et Lyrie relâcha son souffle trop longtemps contenu. Le geai à peine envolé, la belle brune se laissait glisser au pied de son chêne. Lilas ne l’avait pas prévenue de ce repas pris chez ces gens. Il était vrai que son amie avait des journées bien remplies. Elle s’occupait de ses propres chèvres, mais veillait également sur un petit troupeau d’une centaine d’autres bêtes. C’était la bergère qui faisait le fromage pour tout le village. La jolie blonde aimait ces petits quadrupèdes, mais détestait Gédéon. Gédéon étant un bouc vindicatif et vicieux qui tentait de lui coller un coup de tête dès qu’il l’apercevait. Lilas s’occupait également de quelques personnes très âgées ayant besoin d’aide. Elle faisait leurs toilettes et les aidait de son mieux quand elle le pouvait. Tout le monde appréciait cette femme sympathique. Lyrie, elle, lui avait accordé sa confiance et savait qu’elle pouvait compter sur son amie.
Lyrie frémit doucement sous cette sensation imprévue quand ses tétons durcis furent caressés par le tissu du débardeur noir. Puis elle soupira sous une brusque avalanche d’images. Lilas, mangeant son sexe. Elle, léchant le ventre de son amie. Adeline, suçant le membre dur d’André. Elle-même avec le sexe du jeune gars dans la bouche.
Elle reçut instantanément la réponse à sa question en images. Lilas et elle, tête-bêche sur le lit. Elle, couchée aux côtés de son amie, son nez dans les poils clairs de son pubis et sa langue sur sa fente rose, alors que Lilas la dévorait avec douceur. Une autre pensée balaya la première et Lyrie se vit couchée dans l’herbe, Adeline en place d’André s’occupant à la faire gémir en embrassant son sexe.
La chasseresse était rhabillée et avait ramassé son arbalète et son couteau de chasse qu’elle ne quittait que dans l’enceinte du village.
Cette idée lui déplaisait assez pour qu’elle en éprouve un léger dégoût.
Lyrie, après un regard autour d’elle, se décida à quitter l’endroit d’un pas leste.