| n° 21754 | Fiche technique | 5594 caractères | 5594 952 Temps de lecture estimé : 4 mn |
04/05/23 |
Résumé: Quadrillage géométrique du désir. | ||||
Critères: #poésie grp | ||||
| Auteur : Landeline-Rose Redinger Envoi mini-message | ||||
| Collection : Les déambulations de Landeline. Numéro 07 |
Vicious circle
Si l’on considère que me déplaçant d’un point A vers un point B et retour en A en stationnant en C, on pourra alors faire le constat du parcours d’une révolution.
Je ne convoquerais ni Karl Jung ni René Girard, pas plus que la théorie du désir et des coïncidences.
Simplement, je suis ignorante des règles qui régissent nos actes, des injonctions faites à nos cerveaux, des ressorts de la motivation, des forces du désir. Je ne sais rien de ce qui nous meut, rien de nos choix de destination, pas plus que l’influence de la systémie qui nous place là où nous sommes, qui nous trace le chemin. À chaque geste, à chaque décision, à chaque acte une théorie est énoncée. L’invention de la sociologie, de la sociométrie, autant d’observations pour nous définir, nous qualifier et émettre une théorie globale. Non de cela, je ne sais rien. Je suis le phénomène observable, au même titre que vous l’êtes aussi.
Qui fut festoyeur sera Saint Augustin ou ne le sera pas.
Lui rompra le cercle vertueux pour une sphère licencieuse, d’autres rencontreront Dieu ou une force supérieure et il en sera tout autre de leur vie. Mais, la destinée reste ce qu’elle doit être.
Est-ce que, partant de chez moi sans but conscient, je suis déjà dans un objectif, déjà dans un espace géographique prévisible ?
Pourquoi, ayant fait le choix de la sobriété vestimentaire, pourquoi les hommes qui me croiseront, auront cette perception aiguë de la dispersion du désir, pourquoi va-t-il en être ainsi ?
Je ne peux croire en la propagation des phéromones hors du rayon proche de mon corps. Pas plus au sens olfactif surdéveloppé des mâles qui ajusteraient leurs antennes animales pour se coller à moi.
Certes, il y a la démarche, il y a ce qu’un homme cherche en la femme.
A-t-on une idée scientifique précise de l’impact du talon aiguille sur le macadam, a-t-on une donnée remarquable de la répercussion du son dans le mécanisme auditif de l’homme ou de la femme d’ailleurs ? Qu'en sait-on de la transmission du cerveau au mécanisme amorcé du désir.
À l’embouchure de ma ruelle en impasse, je verse vers le monde. Puis marchant vers le Parc, puis filant vers la grande avenue, il me semble, certains jours, être l’élément phare du cosmos.
Je ne le dis pas avec l’orgueil de celles sur qui sont centrés les regards, non j’énonce ici un fait, qui vous concerne autant que moi-même.
Il se peut que le choix de ma sortie soit conséquent de l’ambiance printanière qui incite à la hardiesse.
Au sortir de l’hiver, quand germe la nature, nos corps ne sont-ils pas mus par le terreau du désir ?
Aller sans but dans les rues de Paris, dans les rues des villes, n’est-il pas un luxe offert ?
Rendez-vous compte, je suis une femme, jeune aventurière jouissant d’un confort matériel, travaillant durement pour ne pas me perdre et, en capacité de s’octroyer l’agrément de la flânerie.
Comment d’une façon générale, les hommes perçoivent une femme en flânerie ? Je ne suis pas un homme, mais que vos réponses affluent à redingerlandelinerose@gmail.com et je pourrais sans doute en rédiger une théorie à mon tour, écrire un petit éloge de la flânerie.
Lorsqu’ayant réuni l’ensemble des paramètres cités en amont, je quitte mes appartements, alors puis-je prendre conscience que le moteur qui régit la mécanique du corps n’est pas le sang, pas les muscles, l’oxygène, le cœur (même si ce n’est que cela) mais en un mot, ce qui réunit l’ensemble de cette complexe horlogerie est : le désir, simplement le désir ?
Déambulant et flânant sur une avenue, dans un parc, me posant sur la banquette d’un taxi pour reprendre ma balade vers une terrasse ombragée, vers une chaise verte du Jardin du Luxembourg, je puis affirmer hautement que cette poétique de la déambulation est toute vertueuse. Je peux le dire, le crier, certes, mais il en va autrement des éléments constitutifs de mon être. Mon corps est ce qui apparaît à mes yeux, il est autonome et maître d’œuvre, distinct et gourmand, il va et me transporte et que puis-je y faire ? Qu'y puis-je ?
On me rétorquera que rien n’enclenche l’engrenage du corps sans flux, sans impulsion électrique, concomitant du cerveau – seul décideur de l’entreprise que je constitue.
Alors j’en serais au point zéro de mon questionnement.
Je suis entrée dans ce vaste espace du sexe. Espace hétéro, gratuit pour les dames. L’après-midi est moite. Le monde est affairé, Paris est au bureau, à l’atelier, à l’usine, au travail.
Ambiance tropicale, sauna, entrelacs de verdure grasse. J’ai fait tomber la serviette et mon corps déjà ruisselle de chaleur et de désir. Des mains se posent que je vois à peine, des ombres que je devine. On me parcourt. On tente déjà ma bouche. J’accueille, j’appelle, je quémande. Puis, je suis dans le balancement pendulaire, bouche enfournée, jambes ouvertes, triangle isocèle de mon sexe, fouillé, caressé, je suis la propre cartographie du parcours que j’aurais fait dans ma journée. Devant derrière visitée, multiple fois occupée.
Je reviendrais en soirée de B au point A car il fut ainsi dit que ma journée serait. Cercle vertueux pour qui va vers la vie, vicious circle pour les autres.
Je suis chez moi, la soirée est douce j’aspire l’orange à la paille.
Épilogue :
Mais ! diront certains lecteurs puristes et attentifs. Quid du point C ? Landie l’aurait-elle perdu, oublié en chemin ? Ou incohérence littéraire ?
Eh bien au risque d’afficher une certaine certitude mathématique, de bousculer un peu la classification alphabétique de la géométrie dans l’espace, eh ! bien mes amis, le point C, fut en quelque sorte le lieu de l’activité intense de mon Point G. Mais restons discrète.