| n° 21709 | Fiche technique | 51809 caractères | 51809 8425 Temps de lecture estimé : 34 mn |
19/04/23 |
| Présentation: Un texte écrit en collaboration avec EdenPlaisirs. Bonnes lectures. | ||||
Résumé: La jeune femme se laissa tomber de la muraille, le corps bien droit et les genoux relevés. Le choc sur les épaules du garde la fit aussitôt réagir... | ||||
Critères: #aventure #sciencefiction #fantastique #conte f h fbi telnet amour cérébral jeu | ||||
| Auteur : Juliette G Envoi mini-message | ||||
Autant profiter de cette toute nouvelle expérience pour moi, pour mettre certaines choses au point. Comment une autrice nommée EdenPlaisirs peut-elle utiliser mes personnages de Chloé et Juliette dans l’un de ses textes ? En fait, c’est très simple et ce n’est pas un secret. EdenPlaisirs est mon personnage de Chloé. Elle est également ma compagne. Et il n’était absolument pas prévu qu’elle se décide à écrire sur Revebebe. Depuis que j’écris (2017), Chloé lit et relit mes histoires. Puis elle a imaginé écrire à son tour. Elle reprenait mes textes et les réécrivait en boucle à sa manière. Après cinq ans d’essais et de tentatives, elle décidait de lâcher l’affaire en disant qu’elle écrirait toujours comme une patate. Il y a des lecteurs de Revebebe (et d’ailleurs) qui ont comparé certains passages de mes histoires à du Frédéric Dard. D’autres trouvaient certains de mes dialogues ressemblant à de l’Audiard. D’autres encore m’ont dit que ma façon d’écrire leur faisait penser à celle d’un Loup Durand (j’adore cet écrivain). De quoi froisser une modestie ou gonfler un ego. Je suis tellement imprégnée de ces auteurs que je dois les imiter sans le faire exprès. Un peu comme une éponge absorbe de l’eau. La vraie question étant… Est-ce qu’on complimente une éponge ? Je me suis rendu compte que Chloé faisait l’éponge à son tour. Mon éponge à moi : ) Chloé l’a compris et ça l’agace beaucoup. Mme Patate et Mme Éponge finiront par devenir simplement EdenPlaisirs.
Ceci dit… Ce texte est une réelle collaboration. La toute première fois que j’écris avec quelqu’un. J’ai trouvé cela amusant et très intéressant. Le récit et toutes les idées sont d’Eden. Je n’ai fait que poser son histoire sur mon écran. Eden m’a conseillée très souvent, m’a fait changer quelques passages et certaines scènes. Un comble vu mon immense talent. Non ? Du coup, je pense que j’ai dû écrire comme une patate. Mais bon… Bonnes lectures. : )
La jeune femme se laissa tomber de la muraille, le corps bien droit et les genoux relevés. Le choc sur les épaules du garde la fit aussitôt réagir. La main droite accrochée à une épaule de l’homme, l’autre se posa sur le casque, tira violemment la tête sur l’arrière et une lame acérée se planta dans la gorge offerte. Le corps en armure qui s’effondrait parut ébranler le silence de la nuit. Une nuit d’un noir d’encre. Une nuit sans la moindre étoile dans le ciel.
Maintenant, la tueuse devait fuir…
L’obscurité était son alliée et la voleuse se devait de profiter de l’aubaine. La jeune femme avait traversé la basse-ville d’une démarche prudente, emmitouflée dans sa longue cape sombre et sa capuche baissée sur le visage. La noctambule s’était engouffrée dans l’auberge sans avoir croisé quiconque. C’était l’endroit parfait. Un bouge malsain pour la plupart des habitants de la capitale, mais idéal pour abriter une tueuse qui cherchait à se cacher. Si Lanna Voltaire était avant tout une voleuse, ses occupations dangereuses l’amenaient parfois à tuer. Voler lui apportait quelques richesses, un certain plaisir et beaucoup d’excitation, mais tuer ses semblables la rebutait toujours. Elle était pourtant parfois obligée de le faire.
La chambre était propre. Une chambre nettoyée de fond en comble et munie de tout le nécessaire pour pouvoir se laver. C’étaient les seules exigences de l’occupante du lieu et l’aubergiste avait fait l’effort de satisfaire cette cliente si délicate. Elle avait payé le prix fort pour ces demandes sortant de l’ordinaire. Un lit de bois pourvu d’une simple paillasse. Une armoire aux vernis passés. Une petite table bancale garnie d’une grande cuvette assortie d’un énorme broc d’eau claire. Un large miroir à la glace fêlée et ternie de moisissure fixé au mur. C’était tout. Lanna Voltaire avait loué cette chambrette pour cinq fois son prix.
Entrer dans le domaine du comte Hector Delastres avait été facile. Dénicher le coffret et le vider des bijoux avait été un jeu d’enfant. Quitter les lieux n’aurait pu être qu’une formalité. Mais il y avait eu le garde. Lanna n’avait pas voulu prendre de risques. C’était dommage pour sa victime comme pour elle-même. Elle avait bien failli réaliser le cambriolage parfait.
Lanna se débarrassa de sa cape, dégrafa le large ceinturon sur lequel étaient fixés deux fourreaux de cuir et se déshabilla en quelques gestes. Le pourpoint de cuir marron et l’ample chemise de coton blanc allèrent rejoindre la ceinture sur la paillasse du lit et la voleuse regarda les armes avec un petit sourire aux lèvres. Ses lames étaient ses seules amies. Les fourreaux étaient garnis de ses dagues. La vente de ses lames pourrait lui apporter une autre vie. Une vie riche et oisive. Pourtant, la voleuse savait qu’elle ne se séparerait jamais de ses chères dagues.
Lanna s’observa un moment dans le miroir avant de tremper le linge épais dans l’eau de la cuvette. Les deux lampes à huile faisaient danser des ombres à chacun des mouvements de la voleuse. C’était un peu comme si elle n’était pas seule dans cette pauvre chambrée. Ses cheveux de jais coupés court la désignaient comme une étrangeté aux yeux de ses contemporains et on la prenait souvent pour un homme. De grands yeux clairs d’un gris d’acier, des traits agréables, un nez droit et fort, une large bouche sensuelle et un menton puissant agrémenté d’une fossette. Le visage de la voleuse était un curieux mélange de genres. Lanna pouvait passer pour un homme un brin efféminé ou pour une femme aux traits légèrement masculins. C’était selon les choix de ceux qui la regardaient. Ses petits seins nus, ronds et hauts placés dansèrent doucement tout le temps que la voleuse se débarbouilla le visage. Lanna s’était maquillée à la suie pour entreprendre sa petite virée nocturne et c’était sans compter sur la sueur qui avait baigné son corps. Elle ne voulait pas dormir dans cet état.
La voleuse avait été violentée plusieurs fois dans sa jeunesse. Battue et malmenée plus souvent qu’à son tour, elle n’avait pourtant jamais été possédée par un homme. Un véritable miracle d’abord, puis elle avait su préserver sa virginité toute seule. Lanna Voltaire n’avait jamais connu les étreintes d’un mâle. Non pas par dégoût des hommes, mais simplement parce qu’elle n’avait jamais trouvé chaussure à son pied. Il en allait de même pour une éventuelle aventure avec une femme. Sa vie chaotique lui bouffait tout son temps. Depuis lors, la jeune femme se contentait de caresses solitaires. Une habitude qui la satisfaisait pleinement. Les pantalons de lin beige baissés aux genoux, la jeune femme passa le linge mouillé sur la toison noire de son pubis, puis descendit sa main plus bas. Comme après chaque larcin, elle éprouvait une excitation presque lancinante. Le tissu détrempé s’enfonça doucement dans la fente de son sexe et Lanna lâcha un soupir. Les genoux de la voleuse s’écartèrent lentement l’un de l’autre, tirant sur les pantalons épais et elle poussa un léger râle en enfonçant plus profondément le linge dans sa petite grotte. La douceur de ce qu’elle tenait en main lui parut devenir brûlante et la jeune femme se mordit la lèvre inférieure pour contenir un cri.
La vue de ses tétons durcis qui pointaient excita la jeune femme et ses doigts libres vinrent pincer un mamelon érigé et dur. Un orgasme la bouscula aussitôt et Lanna abandonna son sein pour agripper la petite table bancale. La jouissance la fit se pencher vers le miroir et se voir chahutée par le plaisir apporta une nouvelle excitation à la jeune voleuse. Les longs doigts lâchèrent le linge mouillé et glissèrent sur la délicate cicatrice de son sexe. Lanna jouit une nouvelle fois en se pénétrant presque brutalement.
Lanna s’était éveillée aux aurores. À peine les yeux ouverts, elle avait écarté ses longues cuisses musclées et s’était aussitôt caressée. La jeune voleuse dormait toujours entièrement nue, quelles que soient les saisons. Elle aimait le moment passé à se réchauffer doucement quand les nuits étaient fraîches et ne supportait aucun vêtement quand la chaleur pesait sur son corps. Débuter une journée par des caresses était devenu une sorte de rituel. Des premiers instants qui l’apaisaient de ses perpétuelles angoisses nocturnes avant d’affronter chaque nouvelle journée. Très vite, deux vagues d’une douce jouissance chahutaient le corps mince, et cette fois, Lanna ne put contenir quelques petits râles voilés par le plaisir.
Après une rapide toilette, la voleuse était descendue dans la grande salle de l’auberge.
La soupe était froide, le pain dur et la cuisse de poulet mal cuite. Un petit-déjeuner sans saveur et une bouffe matinale expédiée sans le moindre plaisir. Un premier repas qui serait peut-être le seul de la journée. Le lot habituel des habitants de la capitale, pas assez riches pour manger à leur faim. Pour le moment, Lanna devait se contenter de cette vie. Une vie loin d’être misérable en comparaison de bien d’autres. Parfois, elle se souhaitait une autre vie.
L’humeur déjà noire de la voleuse s’était accentuée. Elle venait d’apprendre une très mauvaise nouvelle de la bouche de l’un des habitués de l’auberge. Un triste larron qui lui servait d’espion contre espèces sonnantes et trébuchantes. Il se disait qu’un chasseur de primes était sur les traces de Lanna Voltaire. Et il ne s’agissait pas de n’importe quel pisteur.
Lanna n’avait pas insulté son compagnon de table. Le vieil homme était surnommé ainsi. Le blaireau. Un sobriquet dû à son mauvais caractère.
Lanna reposa le morceau de pain rassis et resta un instant à observer le vieux truand. L’homme buvait sa bière à petites gorgées.
L’Empire de Fürth s’effondrait lentement. Les populations des villes crevaient doucement de faim, des guerres et de peur. Vhor, la capitale impériale, tomberait en dernier lieu, mais elle tomberait comme les autres villes. Dans le même temps, les autres royaumes crèveraient eux aussi. Les guerres entre les petits royaumes et l’Empire, devenues incessantes depuis tant d’années, finiraient par épuiser ce monde. Très bientôt, les belligérants n’auraient plus que des ruines et des cendres à attaquer ou à défendre. Et les voleurs n’auraient plus rien à voler. Peut-être était-il temps de changer de vie ? Après tout, il était tout à fait possible de se la couler douce dans un petit coin de campagne bucolique et tranquille. Lanna pouvait commencer par vendre ses chères dagues et quitter la capitale, ou pourquoi ne pas quitter l’Empire. Ses armes étaient des outils efficaces autant que des bijoux. Les poignées étaient d’ivoire incrustées d’or pur. Les lames avaient été forgées par un maître forgeron des plus réputés. Beaucoup le disaient même le meilleur de Fürth. Des runes gravées à l’or fin enjolivaient un acier d’une qualité exceptionnelle.
La jeune femme n’avait aucune confiance en son voisin de table, mais elle n’avait que lui comme indicateur. Blaireau savait tout et connaissait tout de la vieille ville et de ses taudis. Le malandrin avait des contacts et des comparses dans tout Vhor. Lui seul pouvait l’aider et Lanna en était parfaitement consciente. Elle attendait du vieux truand une aide très particulière et la voleuse savait parfaitement que le Blaireau ferait tout à fait l’affaire. Il était même un expert dans ce genre d’entreprise.
Les yeux gris de Lanna affrontèrent le regard terne du pègreux devenu brusquement méfiant.
Le Blaireau parut à nouveau hésiter et il prit le temps de boire une gorgée de sa bière. Lanna leva la main et fit comprendre d’un geste à la jeune serveuse de remettre une tournée au vieux truand.
Quand on y songeait, c’était très simple. De puissantes multinationales arrosaient grassement les états de fonds frais et totalement légaux, les gouvernements payaient leurs populations et les peuples payaient pour jouer.
Depuis une petite dizaine d’années, et ce dans le monde entier, les gens étaient payés pour jouer. Une grande partie des populations du monde était devenue joueuse. Les populations s’étaient lassées de tout et découvraient un beau jour une vie dédiée aux jeux et aux loisirs ! Cela avait été le grand rêve de beaucoup. En fait, là encore, c’était très facile à comprendre. N’était-il pas merveilleux de vivre un rêve éveillé en permanence ? Vous deveniez quelqu’un d’autre. Les choix étaient vastes. Un simple balayeur de rues se retrouvait héros d’un Nouveau Monde. Il y avait un nombre de possibilités incalculables pour changer de vie. Une véritable manne pour accéder à un bonheur facile.
Évidemment, il y avait un piège et malheureusement il était trop tard pour la grande majorité des joueurs qui étaient tombés dedans. Les humains étaient ainsi faits. Énormément de ces rêveurs virtuels étaient devenus de véritables drogués de leurs mondes factices. Ils n’avaient plus besoin de grand-chose pour vivre et les gouvernements pourvoyaient à leurs maigres besoins. Un simple endroit pour manger et dormir de temps à autre suffisait à ces nouveaux esclaves de nouvelles sociétés. Les jeux étaient devenus leurs vies. Les états n’avaient plus à s’occuper du bien-être de leurs populations. Plus de services publics ou de services de santé trop onéreux, plus de sécurité à apporter, plus d’armées à gérer. Plus de plaintes ni de grèves. La vie végétative des joueurs les faisait crever à petit feu. Beaucoup se nourrissaient mal ou trop peu. Malnutrition et santé laissées en friche, les joueurs tombés dans le piège ne feraient pas de vieux os et ne coûtaient pas cher à entretenir. Le pire étant que ces accrocs aveuglés par d’autres plaisirs étaient satisfaits de leurs sorts, ou ne se rendaient plus compte de rien. Un peu partout dans le monde, des joueurs plus conscients du danger s’étaient brusquement réveillés à une dure réalité. Ils s’étaient rebellés contre ces systèmes devenus trop dangereux pour eux. Des soulèvements avaient eu lieu dans le monde entier. C’étaient les rêveurs les plus acharnés qui, après avoir fait l’effort de quitter leurs vies virtuelles, s’étaient dressés contre les rébellions et les avaient écrasées. Pour eux, le bonheur n’avait pas de prix et méritait bien quelques sacrifices. Les multinationales et les États n’avaient pas même à se reprocher leurs crimes. Il n’y avait donc plus de retour possible.
Bien sûr, il restait des travailleurs. Les différentes sociétés avaient encore besoin de quelques fourmis ouvrières. Les couches laborieuses. Antonin Grandier était l’une de ces fourmis. Quatre heures par jour, il travaillait comme développeur pour Alsson-Player’s. Une société spécialisée dans les jeux de rôles en ligne. Un travail difficile et exigeant qui avait pourtant permis à Antonin de découvrir un autre monde. Un monde virtuel. Un monde parfait. Un jeu qu’il avait découvert deux ans auparavant. Antonin, lui, ne s’était jamais lassé de sa vraie vie. Il avait su garder un pied dans une relative réalité, tout en se plongeant avec délice dans les mondes virtuels. Il se partageait entre ces deux réalités et en était satisfait. La veille, dans chaque ville du monde, certaines personnes avaient retrouvé assez de goût et d’allant pour fêter la nouvelle année. L’an de grâce 2049. L’an de grâce… Un terme désuet aujourd’hui dans ce monde, mais toujours employé dans la vie virtuelle qu’Antonin s’était choisie. Cette date de nouvelle année fêtait également la naissance d’Antonin Grandier. Trente-cinq ans, fêtés la veille, à minuit tapante.
Antonin reposa la tasse de café sur la table. Il s’était installé à sa place habituelle, exposée à la terrasse couverte et climatisée du bar. Un petit bistrot à l’ancienne nommé « Comme chez vous ». Son endroit préféré pour chaque matinée et petit-déjeuner. Les yeux noisette du développeur de jeux glissèrent sur les informations en ligne diffusées par la tablette numérique posée sur la table. La main d’Antonin fourragea dans la masse de ses cheveux roux coupés sans vraiment de recherche. Un roux très sombre que certaines femmes appréciaient beaucoup. Son ex-femme, elle, n’avait jamais aimé. Elle n’avait d’ailleurs jamais aimé son mari. Lydie n’aimait d’ailleurs rien d’autre qu’elle-même.
Visage agréable sans être réellement beau, Antonin Grandier avait du charme. C’était tout au moins ce qui revenait souvent dans la bouche des femmes qu’il avait rencontrées. Le sport poussé parfois à outrance avait forgé le grand corps du jeune garçon qu’avait été Antonin. Aujourd’hui, le développeur était taillé en athlète. Un physique alliant force musculaire et souplesse. Rares étaient encore les sportifs en activité depuis que les jeux avaient pris le pas sur tous les autres loisirs. Antonin avait toujours fait du sport et il continuerait. Le Kenjutsu le passionnait depuis l’adolescence. Un art martial japonais dédié aux techniques du sabre. Un art tiré du Bujutsu. Devenu maître, Grandier avait fondé son propre dojo. Un vrai succès. Puis, il y avait eu les jeux. Dès lors, faute de pratiquants à qui enseigner son savoir, Antonin avait continué à travailler son Kenjutsu tout seul. Comme il avait recommencé à courir et à nager.
Antonin Grandier ne pouvait s’empêcher de songer à Lanna Voltaire. Le monde virtuel qu’il avait choisi offrait une véritable vie fictive à mener. Il y avait également un côté rassurant au fait de jouer pour cette société de jeux en particulier. Toutes les informations relatives aux joueurs étaient soigneusement protégées. Même lui, pourtant exceptionnellement doué, n’avait pu accéder à ces données. Les joueurs pouvaient être tranquilles quant à la discrétion. Dans le monde de Vhôn, chaque personnage créé par un joueur n’avait qu’une vie à vivre. Un personnage pouvait mourir au premier jour de sa création, comme il pouvait accéder à une destinée incroyable. Tout était possible et tout était réalisable. Une vie d’avatar intense et heureuse ou la mort. Antonin avait décidé de faire vivre son personnage dans l’Empire de Fürth. Sa voleuse, Lanna Voltaire, avait vite trouvé sa voie. En deux ans, Lanna était devenue l’un des personnages les plus connus de Vhor, capitale de l’Empire. Elle était la voleuse insaisissable qui délestait les plus riches de leurs biens si précieux, et tuait ceux qui tentaient de l’en empêcher. Parfois, Antonin se perdait à se prendre pour cette jeune femme impétueuse qu’il avait lui-même imaginée et créée. Le joueur avait inventé un passé à son avatar. Un passé que le jeu avait pris en compte. Ensuite, Antonin avait donné la possibilité à son personnage d’évoluer seul dans une vie un peu plus privée. C’était l’un des attraits du jeu qui le passionnait plus encore que l’aventure. Chaque nouvelle connexion apportait des informations nouvelles à Antonin. Lanna avait fait certaines choses et les avait entreprises sans qu’il ne puisse rien y faire. Ce n’était jamais rien de trop important, mais les choix personnels du personnage apportaient un peu de surprise au joueur, comme un peu de piment à l’aventure. Il pouvait s’agir d’un petit larcin, d’une bourse volée sans risques ou d’une virée en solitaire entreprise par sa voleuse hors des murs de la ville. Antonin avait même découvert que Lanna Voltaire avait été invitée à un bal masqué organisé par le gouverneur de Vhor. Là, la voleuse avait tranché quelques cordelettes et vidé quelques bourses.
Antonin avait également opté pour que son personnage puisse avoir une vie sexuelle. Une sexualité qu’il dirigeait lui-même, ou que Lanna décidait de vivre seule quand il n’était pas aux commandes. Lors de certaines séquences de jeu, et surtout lorsque Lanna agissait de son propre chef, il arrivait que le joueur se masturbe en fantasmant sur la jolie voleuse. Comme cette nuit, où après avoir laissé Lanna à sa toilette, Antonin l’avait observée se caresser devant un miroir. Le joueur s’était donné du plaisir en regardant sa voleuse prendre le sien. Une décision prise uniquement par l’intelligence artificielle. À d’autres moments, Antonin s’amusait à épier l’avatar féminin dans des instants de vie simple et solitaire. Il aimait beaucoup regarder la jeune femme évoluer en pleine nature. Lanna le faisait d’ailleurs souvent, se promenant seule dans une prairie ou en forêt après une longue chevauchée. Là encore, c’étaient les seuls choix de son personnage. C’était surtout cela la magie de cette virtualité. Vivre une vie qui n’était pas la sienne ou fantasmer sur la vie d’un personnage. En l’occurrence, les aventures d’une jolie voleuse. Et évidemment, il était possible de faire les deux. Une magie qui pouvait pourtant devenir malsaine et qu’il fallait contrôler. Beaucoup de joueurs ne contrôlaient plus rien dans ces mondes imaginaires et ils le payaient chèrement.
Antonin ne voulait pas perdre sa chère Lanna. Cette fois, la jeune voleuse était réellement en danger. Elle était poursuivie. L’autre, le chasseur de primes, était bien plus connu que ne l’était la jeune aventurière. Le joueur qui dirigeait le pisteur était très fort. Ce personnage habitait le jeu depuis sa création. Le chasseur de primes en question était connu de tout Fürth, et sa réputation commençait à s’étendre hors des frontières impériales.
Les avatars évoluant dans le monde de Vhôn gagnaient en expérience dans toutes sortes d’entreprises. Il suffisait pour cela qu’ils soient connectés pour vivre leurs vies. Prendre un repas les rendait plus forts et plus endurants. Une chevauchée leur apportait de l’habileté ou de la dextérité. Tout était bon à prendre à condition d’être actif. Ainsi, le joueur pouvait améliorer les caractéristiques de son personnage au fil du temps. Les avatars pouvaient travailler ou se débrouiller comme ils l’entendaient pour gagner leurs vies. Les guerriers qui tuaient en combattant pour un royaume pouvaient garder le butin pris sur leurs victimes, or ou armes et équipements, en plus de leurs soldes. Un peu comme le faisaient les chasseurs de têtes. Ce genre de tueries avaient toutefois des règles et restaient assez rares. Certains aventuriers du monde de Vhôn s’étaient choisi un vrai métier. Certains mages étaient chimistes ou guérisseurs tout en vivant d’autres épopées plus palpitantes. Les occupations, certes rentables pécuniairement de ces personnages, étaient également du temps d’aventure perdu pour les joueurs. Le gros avantage d’un voleur était qu’il pouvait s’enrichir plus rapidement que les autres aventuriers du jeu. Il détroussait qui il voulait, quand il le voulait, et ce aussi souvent qu’il le désirait. Ensuite, il devait disparaître ou sa vie devenait très compliquée. Et surtout, face à un guerrier dans un combat, un voleur n’avait que peu de chances de survivre. Un guerrier comme ce Johann le Braz ne ferait qu’une bouchée de sa voleuse s’il lui mettait les pattes dessus.
La voix grave et chaude de Valentine Lavie tira Antonin de ses tristes états d’âme.
Les croissants au chocolat. Une pâtisserie totalement délaissée par la Bretagne, et ce jusqu’en 2030. Allez savoir pourquoi ? Peut-être que les pâtissiers bretons n’aimaient pas mélanger les genres. Les pains au chocolat suffisaient certainement à leurs petits commerces. Au « Comme chez vous », les croissants chocolatés étaient succulents et madame Lavie les distribuait très vite. Antonin était resté à regarder la patronne du bar s’éloigner. Une belle femme, que cette Valentine.
La couche d’ozone s’était amenuisée et atteignait le seuil critique. Mais tout était prévu ! Il suffirait, dans un premier temps, de ne plus mettre le nez dehors. Quelle fumisterie !
La situation était catastrophique. Ça, c’était la réalité.
Dans la nuit, Antonin avait appris que sa chère voleuse courait un danger imminent. Ça, c’était le virtuel.
Antonin était capable de beaucoup de charme, mais il se sentait trop nerveux pour un sourire charmeur. D’ailleurs, il ne s’intéressait plus assez aux femmes pour produire ce moindre effort. Aujourd’hui, il regardait Valentine comme une femme et non comme la patronne d’un bar. Il fallait avouer que cette fille était très jolie.
Le développeur tendit sa main et s’étonna de la rougeur du visage de sa voisine. Elle avait souri en lui donnant son sandwich, mais c’était à croire qu’elle était terriblement gênée. Et cette gêne n’était pas due à sa plaisanterie. Valentine, les joues d’un joli rouge coquelicot, avait déposé le sandwich dans la main d’Antonin avant de se détourner avec une certaine brusquerie. C’était pour le moins un comportement un peu bizarre.
Antonin avait entamé son casse-croûte sans grand enthousiasme. Puis, au fur et mesure qu’il mordait dans le pain, une idée s’imposa. Alors, il laissa filer un soupir de soulagement et croqua dans son en-cas avec un certain entrain.
La patronne de l’endroit avait déposé un grand café noir et fumant sur la table et resta un instant à fixer Antonin. Ses beaux yeux verts plissés et un petit sourire aux lèvres, Valentine, les joues toujours rouges, semblait partagée entre la gêne et la curiosité. Antonin fit un geste vague de la main et sourit à la patronne du bar.
Johann le Braz bougea lentement et la large main du guerrier crocha doucement dans la chevelure couleur paille relevée en chignon. Les doigts durs de Johann s’amusèrent à s’enfouir dans les épaisses mèches blondes, les tirant doucement.
La voix basse et grave de l’homme était voilée. Lisbeth était vraiment douée pour la fellation.
Lisbeth était une fermière courageuse. Veuve depuis quelques années, elle n’avait pas baissé les bras et avait su garder sa ferme, la tenant à bout de bras envers et contre tout. Lisbeth était également la maîtresse attitrée de Johann. Tout au moins, quand il était dans les parages. La belle fermière jurait par tous les dieux qu’elle lui était fidèle, mais le guerrier doutait fortement de cette fidélité. Et par ailleurs, il s’en moquait.
Deux nuits auparavant, il avait couché avec Maestra. La toute puissante prêtresse du temple d’Ozgar. La servante du dieu de la guerre était très différente et même à l’opposé de la fermière. Lisbeth était simplement belle. Maestra était sublime. L’une était blonde, petite et menue, l’autre avait des cheveux de feu, une taille exceptionnelle qui la rendait plus grande que de nombreux hommes et un corps de guerrière. Johann aimait caresser les petits seins en poire de l’une, et adorait jouer avec la poitrine de rêve, lourde et ferme, de la prêtresse. La fermière était timide et soumise, et Maestra, une braise incandescente. Le guerrier aimait déguster le fruit juteux de Lisbeth tout en jouant avec les poils clairs de son pubis, comme il se délectait du sexe lisse et trempé de Maestra.
Maestra était la représentante sur terre du puissant Ozgar. Elle était l’incarnation en chair et en os de l’épouse du dieu de la guerre. Ce qui devait faire d’elle une épouse fidèle. Et là, Maestra avait été honnête. Il était le seul homme avec qui elle faisait l’amour. D’après la prêtresse, Ozgar lui avait donné sa bénédiction. Pour le dieu, Johann le Braz était le plus puissant des guerriers et il méritait cet honneur. Maestra n’était pas du genre à mentir. Si elle avait eu d’autres amants, elle le lui aurait dit. D’ailleurs, la superbe prêtresse avait bien posé les choses. Elle baisait avec Johann parce que son dieu le lui avait demandé. Uniquement pour cette raison et pas seulement pour se faire plaisir. Bien sûr, le guerrier lui plaisait beaucoup et c’était heureux.
Johann explosa entre les lèvres sensuelles de la belle fermière et Lisbeth serra ses lèvres pulpeuses sur le membre qu’elle suçait. Sa petite main s’activa plus vivement sur la grosse hampe dure et la fermière leva ses grands yeux bleus vers son amant, s’appliquant à avaler son plaisir.
Johann le Braz avait vidé la chope de bière dorée brassée par la fermière. C’était une belle journée de printemps. Un doux soleil séchait sa sueur et les odeurs de la campagne étaient agréables aux narines. Ces derniers temps, il avait passé trop de temps sur les routes. Il arrivait même que sa solitude devienne pesante. C’était le prix à payer pour enrichir sa bourse et accroître sa notoriété. C’était ce qu’il faisait depuis six longues années. Une éternité passée à combattre. Au début, le guerrier s’était contenté de peu. Survivre aux contrats qu’il avait acceptés était déjà difficile. Puis les choses s’étaient lentement arrangées. Il s’était montré très doué pour le métier qu’il s’était choisi. Ensuite, il était devenu l’un des meilleurs et aujourd’hui, il refusait du travail. Il ne pouvait pas chasser à lui seul toutes les têtes proposées et mises à prix par les bourgmestres des citées impériales. Et ce matin, il recevait un courrier. Une missive officielle portée par un cavalier, garde de la légion du sphinx et élite des armées. Ce matin, Johann le Braz était enfin reconnu par l’Empereur lui-même. Son excellence, Althor Demestra en personne, lui ordonnait de s’occuper d’un contrat. Un contrat qui enrichirait un chasseur de primes au point qu’il pourrait cesser ses activités. Ce que Johann espérait de plus en plus souvent. Un dernier contrat et une autre vie.
Une bien belle journée, décidément. Seuls les incessants caquètements de la volaille proche l’agaçaient. Le guerrier détestait tous les volatiles, sans bien savoir pourquoi. Il n’avait d’ailleurs jamais cherché à en connaître les raisons. À demi allongé contre le tronc du jeune chêne, Johann observait l’étalon. Comme s’il avait compris qu’il aurait bientôt l’attention de son cavalier, le puissant cheval moreau piaffa et tira doucement sur la longe qui le gardait attaché au bois. Johann repoussa son plastron de cuir marron et sa grande main attrapa le fourreau où reposait son épée à deux mains. Une arme magnifique qui ne devrait pas traîner à terre. Mais il était vrai que Lisbeth s’était montrée impatiente et ne lui avait guère laissé le loisir de ranger son attirail de guerrier. L’épée posée debout contre le tronc, le guerrier entièrement nu se dirigea à pas lents vers la barrière de bois où était attaché son cheval. D’abord, il soignerait sa monture, ensuite il s’occuperait de la jolie fermière.
Lisbeth, la petite quarantaine, était vraiment charmante. La fermière, penchée au-dessus d’un vaste baquet de bois, avait entrepris de laver les vêtements de son amant. Le guerrier jeta un coup d’œil à son sexe et sourit. Cette petite coquine était très excitante et il sentait son membre se gonfler d’une vie nouvelle.
Lisbeth, toujours occupée à laver les braies crasseuses, n’avait pas entendu le guerrier s’approcher. Surprise, la fermière avait tressailli quand les mains de son amant s’étaient posées sur ses hanches.
Johann releva la large robe de coton brun grossier dévoilant un joli petit cul nu à la peau laiteuse. Puis il tira encore sur le vêtement et Lisbeth, sans un mot, l’aida à la débarrasser de son seul vêtement.
Lisbeth baissée, les larges battoirs de l’homme englobèrent les petits seins en poire qu’ils convoitaient. La jolie fermière poussa une petite plainte quand les doigts de son amant pincèrent ses tétons déjà durcis par l’excitation.
Johann s’était enfoncé entre les fesses tendues vers lui. Lisbeth était encore bien mouillée. Il savait qu’elle mouillait toujours en le suçant et l’avait pénétrée d’un coup, sachant qu’elle le recevrait facilement. Sa maîtresse jouirait très vite. Johann n’était pas seulement doué pour chasser les malfrats. Il aimait apprendre à connaître le plus parfaitement possible les désirs intimes de toutes les femmes qu’il rencontrait. Et il en avait troussé plus d’une. Chaque nouvelle rencontre lui était agréable et il se faisait un devoir de s’intéresser à chacune d’elles. S’il savait qu’il ne reverrait peut-être jamais l’une de ses conquêtes d’une nuit, cela ne l’arrêtait pas. Johann se faisait toujours une joie d’en apprendre le plus possible sur celle qui se donnait à lui.
Près de deux pieds de haut, bâti en force, le guerrier était tout aussi puissant que vif et souple. Il avait été surpris de constater que ses conquêtes ne détestaient pas les cicatrices qui couturaient son corps. Les blessures qui zébraient son torse et son dos paraissaient même attirer certaines femmes. Celles-ci restaient quelques moments à caresser ses marques qu’il avait pensé disgracieuses et elles lui demandaient parfois de leur raconter leurs histoires. En dehors de ses cicatrices, Johann se savait bel homme. Longue chevelure blonde nattée sur la nuque. Grands yeux sombres et des traits réguliers.
Lisbeth pouvait se montrer câline et sensuelle, comme elle était capable de se laisser aller dans des étreintes moins voluptueuses. Johann labourait maintenant une petite motte détrempée et savait par avance que sa maîtresse jouirait sur un mot de lui. D’abord, il pincerait plus fort les petits tétons durs, ensuite, il ordonnerait à la belle fermière de jouir. Une fois Lisbeth perdue dans son orgasme, il lui ouvrirait les fesses de ses mains et lui dirait qu’il avait très envie de son joli petit cul. Après ces mots, il sodomiserait aussitôt la belle soumise, prenant bien garde à s’y prendre avec délicatesse. Puis, quand Lisbeth halèterait et râlerait, il la défoncerait avec plus d’ardeur. Johann savait que tout se passerait exactement comme il l’imaginait. Il avait hâte d’entendre la belle Lisbeth crier. Puis, elle lui demanderait de la prendre plus fort. Alors, Johann attendrait qu’elle jouisse encore, avant de se laisser aller entre ses reins.
Après avoir mis la main sur la tristement célèbre voleuse, Johann resterait un peu dans la capitale. L’idée de garder cette Lanna Voltaire pour lui l’avait souvent effleuré. Il l’aurait retenue captive juste le temps de la séduire et de la baiser. Après quoi, il aurait même pu lui rendre sa liberté. Les croquis de la voleuse sur les murs de plusieurs villes la montraient très jolie. Le chasseur de primes avait songé qu’elle pourrait accepter de se donner à lui en échange de sa liberté. Mais c’était maintenant chose impossible. L’Empereur ne pardonnait jamais une erreur. Johann trouverait cette Lanna Voltaire et la livrerait aux geôles de la cité. Ensuite, il retrouverait Lisbeth et s’accorderait un long moment de repos. Il rachèterait les dettes de la fermière et lui donnerait assez d’or pour voir venir un bon bout de temps. Fidèle ou pas, Lisbeth était une femme bien. Elle méritait une meilleure vie.
Les quelques clients réguliers qui fréquentaient le bar ne suffisaient pas à assurer des revenus suffisants à Valentine Lavie. Tout au plus, elle aurait pu vivoter de ses maigres bénéfices. Les commerces s’étaient d’ailleurs tous effondrés pour la plupart. Comme bon nombre de gens, Valentine vivait grâce à l’état et aux jeux. La jolie blonde ne se voilait pourtant pas la face. Elle ne tenait son bar que pour une unique raison. Garder un pied dans la réalité.
Ce qui amusait la patronne du bar, c’était que tous ces clients connaissaient son prénom, alors que personne ne le lui avait demandé. Elle-même ne connaissait le nom que de quelques personnes. L’homme à qui elle venait de demander s’il désirait un autre café était certainement le plus régulier de ses consommateurs. Il venait là chaque matin. Deux heures plus tard, il avait bu ses deux cafés et avalé deux croissants au chocolat. Des viennoiseries qu’elle se faisait livrer par le dernier pâtissier de la ville. Pourtant, Valentine ne savait rien de lui. Pas même son nom. Ce qu’elle savait, c’était que cet homme lui plaisait beaucoup.
Valentine Lavie, debout derrière le grand comptoir de bois, alluma son ordi-tablette et lança la connexion de son jeu favori. Après quelques vues panoramiques aériennes d’un monde médiéval, l’image d’une grande citée apparue. Vhor, la capitale de l’Empire de Fürth. Une autre plongée visuelle, et la vue se figea enfin. Un grand guerrier blond arpentait une rue encombrée de gens. Des mendiants, des petits marchands devant des échoppes déglinguées, des enfants en haillons. Toute une faune de misère occupée à survivre.
Valentine jouait rarement quand elle était à son travail. Cette fois, elle devait se montrer plus présente et surtout très prudente. La nouvelle proie de son chasseur de primes n’était pas n’importe quelle cible. Cette Lanna Voltaire évoluait dans le jeu avec un certain brio. Elle s’était montré une aventurière d’exception. Le jeu foisonnait de joueurs connectés dans le monde entier et se faire une place au soleil dans ces décors virtuels était extrêmement difficile. Cette jeune voleuse y était parvenue très rapidement.
Johann le Braz avait éliminé un bon nombre d’avatars non-joueurs représentants des malfrats de tous ordres. Les combats avaient toujours été difficiles. Bien plus que les combats avec certains joueurs débutants. Cette Lanna Voltaire, en tant que voleuse, avait tué un sacré paquet de gardes en plus de s’être occupée de certains autres PNJ servant de pègre pour les villes. Valentine se contentait de regarder son chasseur de primes patrouiller dans la basse-ville. Avec un peu de chance, Johann trouverait seul quelques petits indices. Cela arrivait parfois. C’était la grande nouveauté du jeu. Le libre arbitre laissé jusqu’à un certain point aux personnages. Ce nouveau concept révolutionnerait l’intelligence artificielle. Peut-être même qu’un jour, l’on pourrait penser directement les actions de son avatar. Pour l’instant, il était simplement possible de le laisser vivre sa vie d’une certaine façon. Valentine savait que le jeu prendrait en compte une petite partie de la chasse à la voleuse. Son Johann agirait seul, sans cesser de chercher cette Lanna. Il la pisterait avec des indices laissés par la voleuse ou par des PNJ qui avaient été proches d’elle. Cela n’irait pas très loin et ne rapprocherait pas le guerrier de l’affrontement final, mais il glanerait peut-être assez d’informations pour que Valentine puisse réagir au mieux. Sans savoir trop pourquoi, la joueuse avait décidé de vivre les aventures d’un guerrier. Son Johann le Braz maîtrisait toutes les situations. La chance avait sa part, mais Valentine savait qu’elle se projetait vraiment dans les pérégrinations de son chasseur de primes. Et puis… Valentine avait découvert l’option sexualité. Une véritable révélation. Depuis, elle usait et abusait de cette impensable découverte. Jouer Johann le Braz lui apportait beaucoup d’excitation. Plus que cela, il permettait à la joueuse de vivre un véritable fantasme. Celui d’être un homme et de faire l’amour avec des femmes.
Valentine était une jolie femme de trente-deux ans. Une Jane Birkin blonde, aux jolis yeux verts. La patronne du bar avait le corps mince et souple, mais doté de seins lourds et hauts placés que n’avait pas la comédienne. Si Valentine était plutôt petite, elle avait un physique de sportive sans n’avoir jamais pratiqué un sport, quel qu’il soit. Il lui suffisait de se surveiller et de prendre garde à son alimentation. La douce et gentille madame Lavie ne s’apprêtait jamais et n’usait ni de maquillage ni d’artifices quelconques. Ce qui faisait qu’en cette époque de beauté factice affichée par une grande majorité de femmes, elle passait totalement inaperçue. De plus, sa timidité naturelle l’empêchait de se mettre en avant. Madame Lavie avait été très amoureuse de Myriam. L’année précédente, Myriam avait claqué la porte de leur domicile commun après une dernière dispute. Un désaccord qui couvait depuis les débuts de leur rencontre. Les deux femmes étaient certes amoureuses, mais il semblait que cet amour naissant n’était pas assez puissant pour que leur couple tienne ses promesses. Myriam était trop ancrée dans le monde réel pour comprendre l’état d’esprit de celle qu’elle avait choisie comme compagne. Vétérinaire, elle travaillait pour Ifremer et faisait passer son métier avant tout et même avant Valentine. Myriam vivait sa passion et l’état désastreux des océans lui donnait énormément de travail. Valentine avait donc dû choisir entre sa maîtresse et sa vie virtuelle qui lui apportait de quoi vivre plus correctement. Valentine ne regrettait qu’une chose. Les ébats amoureux avec Myriam. La jeune vétérinaire était très imaginative et très sensuelle. La petite brunette lui avait fait découvrir tant de choses, à commencer par son attirance pour les femmes. Si Valentine Lavie se savait attirée par ces dernières, elle n’aurait jamais pensé oser s’aventurer à batifoler avec l’une d’elles. Comme elle n’aurait jamais pu imaginer qu’elle aimerait être soumise. Malheureusement, la sexualité et le plaisir n’avaient pas suffi et le couple s’était séparé.
Plongée dans des pensées devenues érotiques, Valentine se sentit brusquement excitée. C’était bien la première fois qu’une telle envie la bousculait et elle en était réellement étonnée. Longtemps, et pour diverses raisons, madame Lavie se demanderait ce qui l’avait poussée à faire ce qu’elle avait fait ce jour-là.
À l’abri derrière son comptoir, ses yeux verts rivés à son seul client de la matinée, Valentine avait relevé sa jupe et écarté son string de coton noir d’un mouvement de doigts nerveux. Si la belle blonde ne fantasmait que sur des images de Myriam, elle ne pouvait s’empêcher de surveiller son client. Elle sentait les pointes tendues de sa lourde poitrine se frotter au tissu de son pull léger et cette sensation l’électrisa. Ses doigts caressèrent sa fente devenue mouillée, descendirent sur son anus, titillèrent le délicat œillet avec délicatesse, puis remontèrent pour peser sur son clitoris. Une idée brutale étourdit presque la patronne du bar. Il suffisait que son client se tourne vers elle et… Valentine sentit son visage la cuire et aspira une grande goulée d’air. La pensée d’être vue par cet inconnu la fit frissonner. Elle s’imagina se caresser toute nue sous le regard de l’homme. Cette image la chavira d’un coup. Les doigts s’enfoncèrent dans son sexe et Valentine descendit sa main gauche sur sa fesse. Quand son majeur pesa sur son anus, elle accéléra les mouvements sur son sexe. Un orgasme soudain lui tordit le ventre alors qu’elle se caressait fébrilement.
C’était la première fois qu’elle agissait ainsi. Jamais, Valentine n’aurait pu imaginer qu’un jour, elle se donnerait du plaisir dans son bar. Et ce, alors qu’un client sirotait un café. Certainement que l’angoisse d’être surprise en pleine action avait joué un rôle dans ce petit jeu…
Valentine Lavie, penchée sur le comptoir de bois, couvait son plaisir toujours brûlant. Le visage encore bouleversé par le plaisir, elle faillit sursauter en entendant la voix grave. La patronne du bar sentit aussitôt ses joues s’empourprer et une fine pellicule de sueur lui napper le front. Elle avait toujours ses mains sur elle et elle s’empressa de les éloigner de ses orifices. La jolie blonde s’était redressée d’un mouvement brusque, laissant redescendre sa jupe, alors que son string laissait son sexe découvert. Il s’en était fallu de peu que son client la surprenne en plein orgasme. Madame Lavie, quelque peu désemparée, rougit de plus belle en sentant sa petite chatte couler sur la peau nue de ses cuisses.
Le client la regardait d’un air curieux et, déjà, tendait la main vers ce qu’il désirait.
Valentine avait trouvé la force d’un pâle sourire. C’était une situation insensée. Un instant grotesque. La patronne du bar avait les doigts gluants de sa jouissance. Incapable de mettre de l’ordre dans ses idées bousculées par la panique, elle fit un pas sur l’arrière, se retourna contre l’étagère, et prit le dernier sandwich qui lui restait.
Tétanisée, la belle blonde avait tendu à son client la demi-baguette garnie de jambon et de beurre de la main droite. Elle en crevait de honte, mais il valait mieux cette main-là que l’autre. Valentine avait cru suffoquer quand il s’était emparé du sandwich. Elle avait subitement l’impression que son odeur de femme emplissait l’air autour d’eux. Une senteur légèrement épicée qui voletterait bientôt dans tout le bar.
Lanna avait finalement décidé de prendre le taureau par les cornes. Elle n’aurait aucune chance contre le fameux chasseur de prime que l’Empereur avait engagé pour sa capture. Ce Johann le Bras était une légende. Après avoir quitté l’auberge, la jeune femme avait dépensé de son or pour louer des chambres dans plusieurs auberges de la vieille ville. Puis elle avait fait savoir qu’elle cherchait de l’aide. Son plan était simple, mais il fallait qu’elle se montre intelligente et rusée. La voleuse s’était montrée généreuse avec ses contacts, comme très prudente en prenant ses marques. Il fut vite évident pour ceux que la tueuse rencontrait que quelque chose clochait. La fille cherchait à faire croire qu’elle voulait simplement se planquer. Ce n’était pas dans les habitudes de la si réputée Lanna Voltaire, voleuse aussi dangereuse qu’intrépide. Il s’agissait d’autre chose. Elle préparait certainement un gros coup. Ce comportement quelque peu insolite éveilla les bas instincts des gens de la pègre, au point que personne ne risquait plus de l’oublier. La voleuse avait fait de son mieux et pris sa décision. Elle quitterait Vhor cette nuit même. Ensuite, elle se ferait oublier pour un temps.
Après avoir avalé son sandwich, Antonin Grandier s’était reconnecté discrètement à son monde virtuel. Quels choix avait-il pour tenter de sauver son personnage ? Très peu de solutions s’offraient à lui et le joueur avait opté pour la prudence. Si Lanna Voltaire se montrait une proie assez intelligente, elle finirait peut-être par épuiser la patience et la ténacité de son chasseur. Il préférait perdre la jouissance d’aventures palpitantes que perdre sa chère voleuse. Antonin devait tirer son avatar des griffes du guerrier qui la pourchassait. Après avoir coupé la connexion, il avait jeté un regard vers la patronne du bar restée à son comptoir. Là, sans trop savoir ce qui l’avait poussé à se lancer, Antonin Grandier s’était jeté à l’eau.
Johann le Braz avait suivi une piste donnée par un aubergiste peu reluisant. Après une demi-journée de recherche, il retrouvait la trace du Blaireau. Après quelques taloches, le malfrat lui racontait toute sa vie, en plus de lui avouer où se trouvait Lanna Voltaire. La voleuse avait décidé de jouer son va-tout. Elle se cacherait dans la vieille ville le temps de monter un dernier coup. Elle avait assez d’or pour vivre un moment et soudoyer des comparses. C’était cela ou une vie de galère et de fuites sur les routes impériales. Elle aurait toutes les chances de se tirer de ce guêpier en restant cachée. Elle saurait se fondre dans cet environnement fait pour les voleurs. Elle serait là comme chez elle et une chance de trucider son poursuivant pourrait se présenter. Lanna Voltaire était en ville. Cette nouvelle agaçait le chasseur de primes. Il n’avait aucune envie d’une longue traque à travers ces saletés de taudis. De plus, il y aurait tout de même quelques risques. Comme l’avait dit cette fille à son sbire, elle était ici comme chez elle.
Madame Lavie soupira en observant la vue en hauteur de l’un des vieux quartiers de Vhor. Johann quittait une auberge. Pour la toute première fois, elle n’éprouvait aucune excitation en retrouvant son personnage. Elle comprenait que la suite du jeu ne la passionnerait pas vraiment. Elle passerait son temps à regarder Johann courir les taudis de la capitale et il n’y aurait rien de palpitant à cela. Ce serait une enquête fastidieuse et lassante. Décidément, cette satanée voleuse se montrait difficile à attraper. C’était certainement une femme qui manœuvrait ce personnage de tueuse sulfureuse. Une joueuse intelligente, intuitive, patiente, et qui n’éprouvait aucun scrupule à faire passer son avatar pour un lâche. Il n’y avait aucune testostérone dans un tel comportement. La voix de son unique client tira la jolie blonde de son humeur morose et après un instant de surprise, Valentine s’entendit répondre que c’était une excellente idée avant de proposer elle-même une idée. Une véritable audace qui la surprit encore.
Lanna Voltaire tira doucement sur les rênes de sa monture et la jument grise ralentit aussitôt son allure avant de s’arrêter. Au loin, les murailles de Vhor luisaient faiblement sous les lueurs d’une aube pâle. La voleuse laissa filer un petit sourire et talonna doucement sa jument. Cette fois encore, elle avait sauvé sa peau. Maintenant, elle avait des choix à faire…