| n° 21683 | Fiche technique | 32846 caractères | 32846Temps de lecture estimé : 23 mn | 10/04/23 |
Résumé: Mangouste, une tueuse à gages, a décidé de s’en prendre à l’Organisation, une société occulte, qui a fait tuer deux de se amis. | ||||
Critères: fff couleurs asie vengeance massage caresses pastiche humour aventure -humour -aventure | ||||
| Auteur : Laetitia Envoi mini-message | ||||
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Résumé de l’épisode précédent :
Après avoir éliminé les responsables de l'Organisation en Amérique, Mangouste débarque en Asie. À Bangkok, précisément.
Je suis Chloé Maurecourt, trente-quatre ans, artiste peintre, côté face. Je suis aussi Mangouste, tueuse à gages, côté pile.
Deux faces d’une même personne ? Non, pour moi, c’est la même.
Tueuse à gages ? Oui, je tue. C’est mon métier.
Je suppose que vous vous dites que je devrais avoir honte de faire un métier aussi méprisable, abject même. Vous pensez que je devrais ressentir du dégoût de faire ce genre d’ignominies, d’abominations. Pour de l’argent surtout…
Détrompez-vous !
Je n’en éprouve aucune honte. J’ai rarement des regrets ou des remords après avoir exécuté un contrat.
Car voyez-vous, contrairement aux rois, souverains ou chefs d’État qui se sont succédé au fil des siècles, qui ont déclenché des guerres sanglantes, des massacres, des génocides, qui ont détruit, intrigué et utilisé des personnes comme moi, qui ont entraîné la mort de millions de gens, hommes, femmes et enfants, mon action à moi est ciblée, ajustée, adaptée, chirurgicale, spécifique.
Mon action est choisie même. Après mon passage, le monde s’en porte généralement mieux.
Mes victimes sont la lie de la société. Souvent, ce sont des criminels, des trafiquants, des exploiteurs, des personnes qui ont échangé leur âme et leur honnêteté contre un pouvoir, contre de l’argent. En clair, des personnes qui causent du tort à la communauté, des personnes que je trouve méprisables.
Alors, s’il vous plaît, pas de jugement hâtif sur mon métier.
Parce que, voyez-vous, je désinfecte, j’assainis, je cautérise, j’aseptise en éliminant la mauvaise graine de ce monde. Un peu comme les antibiotiques qui protègent vos organismes de l’infection en détruisant les bactéries néfastes ou les vaccins qui vous immunisent des virus. Un peu comme les corbeaux et les pies qui nettoient les carcasses des animaux morts sur le bord des routes. Ceux que vos voitures ont écrasés.
Je suis un mal utile.
En clair, je fais partie de ceux qui se sont dévoués pour rendre votre, notre monde meilleur.
Mais je digresse … Mon avion va atterrir d’ici quelques minutes… Bangkok.
oooOOooo
Bangkok, la deuxième étape dans la mission que s’est confié Mangouste, détruire l’Organisation.
Lorsque les portes coulissantes de l’aéroport se furent ouvertes et qu’elle eut quitté l’aérogare climatisée pour s’aventurer à l’extérieur, la chaleur lourde lui est montée d’un seul coup au visage. Elle eut un mouvement de recul. La mousson venait tout juste de se terminer dans cette partie du continent, et le taux d’humidité dans l’air était très élevé.
Il allait lui falloir un ou deux jours pour s’y habituer. Elle s’est, toutefois mise à marcher d’un pas rapide vers la rangée des taxis qui attendaient le client. Vite, retrouver de l’air climatisé.
Sur le siège arrière de la voiture qui l’emmenait vers le centre de Bangkok et son hôtel traînait un journal. L’Herald Tribune de l’avant-veille :
« John Jones, l’homme d’affaires américain, a été retrouvé mort, pendu dans sa villa de Palm Springs. D’après les informations que nous avons pu recueillir, la thèse du suicide, préalablement retenue, a été écartée par les enquêteurs. Jones a été retrouvé nu. De plus, son index droit a été tranché. Serial killer ? Jeux sadomasochistes qui auraient mal tourné ? Crime de rôdeur ? L’enquête devra le déterminer ».
Ce journaliste était plutôt bien informé. Jeux SM ? Pas loin !
Entrer chez Jones, dans sa villa hyper protégée, quasiment transformée en forteresse, avec vidéosurveillance et une armée de gardes du corps s’était révélé quasi impossible. Le bougre se méfiait. La mort de Sergueï, puis d’Ange-Battistu lui avait mis la puce à l’oreille. Mangouste a préféré une méthode détournée pour pénétrer chez Jones. Elle a hacké son ordinateur personnel. Elle a ensuite attendu le moment propice, qui ne s’est pas fait attendre.
Jones s’est connecté à un service de call-girls et a réservé Maîtresse Déborah pour la soirée. Mangouste a suivi à distance la transaction. Une fois qu’elle a été finalisée, elle s’est reconnectée sur le site avec les identifiants piratés de Jones et a demandé l’annulation de la prestation.
Il ne lui restait plus qu’à se faire passer pour Maîtresse Déborah, qui était blonde comme elle. Elle avait un peu de temps avant l’heure du rendez-vous, elle a ainsi pu s’acheter la tenue adéquate et le matériel qui va avec. Ainsi, elle n’éveillerait pas les soupçons de Jones ni même de la sécurité. Elle pourrait alors pénétrer sans problème dans la villa.
En effet, quand Jones a vu débarquer dans son salon, une femme blonde vêtue de cuir et une cravache à la main, il a juste dit « Superbe ! ». Quand pour toute réponse Maîtresse Déborah l’a giflé et lui a ordonné de se déshabiller, il a obtempéré, ravi. Quand Maîtresse Déborah lui a attaché les mains dans le dos, puis lui a passé une lanière de cuir autour du cou, après l’avoir fait monter sur une chaise, il a aimé. Quand il s’est rendu compte que la lanière avait au préalable été passée dans une des poutres du plafond, il a continué à se délecter de la situation. Le simulacre de pendaison a dû lui plaire. Certainement, devait-il apprécier de se sentir totalement à la merci de Maîtresse Déborah. Par contre, quand Maîtresse Déborah a donné un coup de pied dans la chaise et qu’il s’est retrouvé pendu au plafond, il a beaucoup moins apprécié, d’un seul coup. La circulation du sang et de l’oxygène a été coupée et la suffocation fut rapide. La pression sur la jugulaire a provoqué un arrêt cardio-respiratoire rapidement.
Les derniers soubresauts ont secoué le corps de Jones. Mangouste lui a tranché l’index droit. Non pas qu’elle soit particulièrement sadique. Non, elle voulait juste faire passer un message à l’Organisation. Jones, membre de la « Main », la cellule qui dirige l’Organisation, en était l’index. Un chef par continent, cinq continents, cinq doigts. Ne sachant que faire du doigt tranché, elle l’a enfoncé dans l’anus de Jones, afin que le message soit encore plus clair. Cela, l’Herald Tribune n’en parlait pas.
Il a suffi à Mangouste d’attendre une heure avant de ressortir, afin de ne pas éveiller la méfiance des gardes du corps. Elle a mis à profit cette heure pour fouiller le bureau. Un tiroir secret dans un secrétaire ancien lui a révélé la présence d’un disque dur externe. Il contenait pas mal de renseignements sur l’Organisation. Le nom des quatre autres dirigeants n’était pas porté. Les comptes-rendus de réunions à distance, les échanges ne comportaient que des lettres pour désigner les autres chefs de l’Organisation. AS pour Asie sûrement, AF pour Afrique, AM devait correspondre à Jones, OC à Océanie, enfin, EU pour Europe. Le secret et l’anonymat semblaient être une seconde peau pour ces gens.
En revanche, un nom revenait dans de nombreuses copies de mails, madame Boon, et un lieu, Bangkok.
Voilà pourquoi Mangouste débarquait aujourd’hui à Bangkok. Celle qui se faisait appeler madame Boon était-elle la cheffe du continent asiatique pour l’Organisation ?
Elle fut interrompue dans ses pensées, par un brusque soubresaut que fit le véhicule. Elle dit au chauffeur de taxi, qui venait juste d’éviter un camion qui venait droit vers eux :
Le taxi prit un virage soudain à un angle de rue vers la droite (on roule à gauche en Thaïlande, donc sur la mauvaise file). Des tuk-tuk à trois roues se jetèrent sur le côté :
Y avait-il quelqu’un au-dessus de madame Boon ? Comment la trouver ? Chaque chose en son temps. Déjà, se remettre du décalage horaire. En quarante-huit heures, Mangouste est revenue de la côte ouest des États-Unis en France, puis passée de Paris à Bangkok.
Madame Boon déjà, sûrement un surnom. Les Thaïlandais n’utilisent jamais, sauf dans les démarches strictement administratives, le nom de famille, mais systématiquement le prénom. Ils préfèrent la simplicité. Tous les Thaïs ont depuis l’enfance un surnom et c’est ainsi qu’ils sont appelés au quotidien par leur entourage.
Chloé allait vite apprendre que madame Boon était en fait Boon Mee Rattanapong. Boon Mee, son prénom signifie chance en thaï.
Elle arriva tout de même entière et en vie, à son hôtel en centre-ville. Elle n’en était pas à son premier séjour dans la capitale thaïlandaise, mais on ne s’habitue jamais vraiment à la façon de conduire des locaux ni aux conditions de circulation. Un autre chauffeur de taxi lui avait expliqué qu’à Bangkok, on parle de la circulation comme on parlerait ailleurs du temps. Il n’y a pas besoin de rester ici longtemps pour comprendre que la phrase magique « la circulation s’améliore » a un sens. Le temps, lui ne change que deux fois par an. Avant la mousson et après la mousson. Il commence à pleuvoir dans le courant de l’été. Et à partir de là, il va tomber des cordes pendant trois mois. Il n’y a rien d’autre à dire sur le temps à Bangkok, sauf qu’il fait chaud. La circulation, en revanche, conditionne la vie quotidienne des habitants. On ne sait jamais combien de temps on va mettre pour un trajet quotidien. Cela peut prendre de trente minutes à trois heures.
Mangouste a un contact à Bangkok, Pawin Kantawong. Pawin est bookmaker. Il prend les paris sur tout. Courses de chevaux et de lévriers partout dans le monde, matchs de football … Il s’est surtout spécialisé dans les combats officiels de boxe thaïlandaise, mais aussi dans les clandestins, ceux organisés dans les bas-fonds de Bangkok.
Pawin lui servait d’appui logistique lorsqu’elle avait un contrat à exécuter en Asie.
Elle trouva Pawin dans un entrepôt où avaient lieu des combats plus ou moins légaux. Le trouver n’avait d’ailleurs pas été une mince affaire. Déjà à Bangkok, il y a les artères principales d’où partent des rues perpendiculaires numérotées, les « soi » en thaï. Une fois que vous avez pigé le truc, vous trouvez à peu près là où vous voulez vous rendre. Mais ce n’est pas si simple. Le problème, c’est que les maisons ne portent pas nécessairement de numéros croissants, à cause des constructions les plus récentes qui prennent le premier numéro disponible, quelle que soit leur situation.
Mangouste traversa d’étroites ruelles, où les trottoirs faisaient office d’extension de living-room, où les gens lisaient le journal, cousaient à la machine, préparaient le repas ou faisaient la sieste. Quelques filles en uniforme d’écolière lui crièrent quelque chose en gloussant, la main devant la bouche. Cela devait avoir un rapport avec ses longs cheveux blonds.
Un homme ridé en short kaki lui indiqua du doigt la direction de l’entrepôt de Pawin.
Il était dans son bureau en train de compter une pile de bahts, la monnaie thaïlandaise. Depuis la paroi à miroir sans tain, il pouvait voir le ring et suivre les combats.
Autour du ring, où s’affrontaient deux adversaires, dont un mal en point, une vingtaine de parieurs poussaient des cris de joie ou de désespoir, selon sur quel combattant ils avaient parié :
Dans l’arène, un des deux combattants s’est effondré. Son adversaire leva les poings vers le plafond en signe de victoire. Des cris variés accompagnèrent le KO.
Pawin pâlit et perdit de sa constance :
oooOOooo
Patpong est le quartier chaud de Bangkok, il est composé de deux rues perpendiculaires, Patpong 1 et Patpong 2, où se succèdent les bars, les clubs de striptease et les instituts de massages. « Il sera temps d’y aller dans la soirée, se dit Chloé, pour être certaine d’y trouver ce Chayon Sriroj ».
Elle était à peine arrivée dans la ruelle donnant sur le canal derrière son hôtel, afin d’y entrer discrètement plutôt que par l’entrée principale, quand trois types, apparemment thaïlandais, l’entourèrent. À la position de combat que prirent les trois types, Mangouste vit rapidement à qui elle avait affaire : des petites frappes, des amateurs !
En moins de trente secondes, les trois types étaient hors de combat. Le premier tombé dans le canal jouxtant le quai où ils se trouvaient, le deuxième gisant au sol, assommé d’un coup de pied en pleine tête et le troisième avait pris ses jambes à son cou (et ce n’était pas une simple expression, il avait vraiment ses jambes à son cou, dont une bien tordue au niveau de la rotule).
Est apparu au bout de la ruelle un quatrième larron. Celui-là était gratiné. Il portait un costume près du corps en latex noir et une cagoule de la même couleur et de la même matière. Un « C » et un « S », rouges ornaient sa tenue :
Le style du dragon, qu’utilisait Mangouste est la seule pratique d’art martial chinois calquée sur un animal mythique. A contrario de la boxe des cinq animaux et des cinq éléments du Shaolin Quan : le tigre, la grue, le léopard, le serpent et l’ours. Le style du dragon combine des actions rapides du corps, notamment des hanches et de la colonne vertébrale, et des frappes mimant les griffes du dragon. C’est un style très complet qui se caractérise par sa férocité, sa fluidité, sa prestance et sa puissance. Avant d’être maîtrisé, il demande beaucoup de pratique, d’entraînement et d’abnégation.
Cobra quant à lui a choisi la technique de la grue. Les mains frappent en imitant le bec de la grue. Ainsi monté sur ses ergots, dans son costume en latex, il avait encore plus l’air d’un abruti fini :
La boxe des cinq animaux combine deux styles, le Wushu du nord de la Chine utilisant principalement les poings et les styles Choy-gar et Mok-gar du sud, utilisant largement les coups de pied.
Mangouste maîtrise parfaitement ces deux techniques. Cobra aussi apparemment. Il avait l’air d’un idiot, mais ça allait être un adversaire plutôt coriace.
Les deux combattants se tournaient autour, leurs regards rivés l’un dans l’autre. Régulièrement, l’un des deux tentait de porter un coup que l’autre esquivait ou bloquait aussitôt. Ils se jaugeaient seulement pour le moment.
C’est Cobra qui a touché le premier. Après que Mangouste eut lancé son poing vers son visage. Après que Cobra eut paré, son propre poing atteignit Mangouste au ventre. Elle accusa le coup et se plia en deux, le souffle légèrement coupé, elle recula aussitôt et se remit en position.
Cobra voulut profiter de ce moment de flottement chez son adversaire.
Il tendit sa jambe, afin d’atteindre Mangouste avec son pied, une nouvelle fois au ventre.
L’attaque était un peu téléphonée, Mangouste écarta le mollet d’un revers de son avant-bras. Cobra a reculé de trois pas en sautillant sur une jambe et en essayant de maintenir son équilibre. Mangouste lança son pied et atteignit Cobra sous le menton. C’est le mur qu’il a percuté de dos qui a permis à Cobra de ne pas tomber. Mangouste pressée d’en finir donna un violent coup de poing au plexus solaire de Cobra.
Cette fois, il tomba à genoux. Le pied de Mangouste partit, tel l’éclair, pour porter le coup de grâce. Cobra se coucha sur le sol et se releva aussitôt pour éviter le balayage du pied que venait de lancer Mangouste :
Elle s’éleva dans les airs, pied en avant. Ledit pied a atteint Cobra au menton. Cette fois, il s’écroula au sol sur le dos. Après s’être réceptionné au sol, Mangouste sauta à nouveau et atterrit, le coude plié en avant, au niveau de la carotide de son adversaire. Celui-ci perdit connaissance en lâchant un « argghhhhh sssssssss »…
De la mousse blanche sortit de ses lèvres.
Il venait sûrement de croquer une capsule de cyanure.
Mangouste n’était pas plus avancée. Il allait vraiment falloir que sa petite virée à Patpong l’aide à trouver madame Boon.
oooOOooo
En ce début de soirée, Patpong était déjà animé. Bangkok, la cité des mille temples, n’est pas connue que pour sa ferveur religieuse. Les quartiers chauds y pullulent également. Et Patpong en est le plus célèbre. Ce n’est pas son musée ou son marché nocturne qui attirent et séduisent les hordes de touristes à Patpong. Ce sont plutôt les bars à gogo-danseuses et la prostitution. Les enseignes lumineuses multicolores éclairent les rues et ruelles fermées le soir à la circulation.
Chloé est entrée dans le salon de massage que lui a indiqué Pawin, plus tôt dans la journée. L’hôtesse qui se trouvait à l’accueil lui montra le catalogue de la maison. Les prestations décrites vantaient les bienfaits des massages.
Le massage thaïlandais ! Les sens sont difficiles à appréhender pour les Occidentaux, car il faut les ressentir, sans les voir. C’est pourquoi on parle d’Art du Toucher. L’objectif est de débloquer les flux énergétiques et d’équilibrer les sens pour soulager les maux.
Les points d’acupuncture sont stimulés par pression des doigts, des coudes ou encore des genoux… Au besoin, le masseur peut même vous monter sur le dos. Le massage thaï s’inspire également du yoga.
Bon, enfin là, on se trouvait à Patpong. Pour le massage traditionnel et médical, il vaut mieux aller voir ailleurs. Les masseuses de cet établissement devaient proposer d’autres types de prestations.
« Puisque je suis là, je vais m’accorder une pause détente, je n’ai pas arrêté depuis que je suis arrivée à Bangkok ».
On lui indiqua une petite pièce où elle pouvait s’installer au premier étage, presque entièrement occupée par un banc de massage. Mangouste s’est déshabillée et a cherché la serviette blanche utilisée dans les instituts de massages. La serviette doit couvrir la partie du corps qu’on ne masse pas, en général les fesses. Là, pas de serviette. Encore un indice sur le genre de massages proposés.
Les deux masseuses sont entrées, elles portaient des kimonos fleuris de style japonais. « Quelle faute de goût ! », se dit Mangouste.
Une musique, composée de sons tibétains (enfin, supposés tibétains) à base de gong, envahit la pièce.
« Quel cirque ! », ajouta Mangouste pour elle-même. Une odeur d’huiles essentielles emplit l’air et s’est mélangée à celles des bougies parfumées que venaient d’allumer les deux masseuses.
Tout cela se voulait langoureux et martial. « Un ramassis de clichés bas de gammes pour touristes, mais les masseuses sont jolies ».
Les filles se sont enduit les mains d’huiles de massage, puis ont commencé le ballet de leurs doigts et de leurs paumes sur le dos et les mollets de Chloé. Chaque centimètre carré de peau y eut droit. « Au moins, elles savent y faire ! ».
La première a attaqué les épaules, la base du cou, la seconde est remontée sur les cuisses. Chloé se détendait.
Les paumes de la première descendaient le long de la colonne vertébrale, alors que celle de la seconde remontait sur le haut des cuisses.
Leurs mains se rejoignirent sur les fesses. Chloé poussa un soupir d’aise, puis retint son souffle quand des mains écartèrent les deux globes. Un doigt s’est égaré entre. Chloé, les yeux fermés, lâcha prise. Ce passage furtif et aérien lui arracha un soupir plus prononcé. Les effleurements intimes se multiplièrent pendant quelques minutes, alors que deux paumes lui malaxaient le postérieur. De l’huile glissa entre les fesses de Chloé, un doigt fureteur s’aventura plus avant. Chloé lâcha un petit « Oooohhhh ».
Les deux mains de l’autre masseuse s’activaient à faire pénétrer l’excédent d’huiles essentielles dans la peau de ses fesses.
Chloé fut presque déçue quand le doigt se retira et que les paumes arrêtèrent leur massage.
Les filles l’invitèrent à se retourner et à s’allonger sur le dos.
Côté face, le massage a commencé comme côté pile. Les mollets et les cuisses en bas, les épaules en haut. Puis les quatre mains s’aventurèrent vers des zones plus érogènes, seins, ventres, pubis, mais tout en effleurements seulement. C’était très agréable tout de même. La peau de Chloé frissonnait au contact des paumes et des doigts.
Quand les masseuses arrêtèrent leur action, Chloé rouvrit les yeux, surprise. « C’est déjà terminé ? ». Elle vit que les deux filles s’étaient écartées de la table. L’une couvrait le corps de l’autre d’huile. Chloé, redressée sur ses coudes, observait la scène d’un érotisme certain. Alors que la première tartinait les seins et le ventre de sa copine, l’autre jetait des regards lubriques de côté à Chloé.
« Ça promet ! ».
La « huilée » est montée sur la table de massage et s’est mise à califourchon sur le ventre de Chloé.
Elle s’est penchée en avant et a commencé son jeu de frottement sur le corps de la jeune femme. Les seins se sont frottés les uns aux autres, les tétons s’agaçant mutuellement. Elle sentit d’ailleurs les siens se durcir. La jeune Thaïlandaise se frottait maintenant le ventre contre le sien.
La seconde, pas en reste, massait les cuisses de haut en bas, par de longs allers-retours qui se terminaient systématiquement autour du pubis de Chloé.
Elle fixait la peau mate et luisante de la masseuse qui était sur elle et qui se frottait dans la lumière tamisée de la pièce.
Le contact de cette peau nue sur la sienne l’amenait doucement dans des zones proches de l’orgasme. D’autant plus que la seconde masseuse lui titillait le clitoris maintenant. Le doigt fureteur s’est écarté. La masseuse sur Chloé s’est redressée, et a glissé sa cuisse entre les deux siennes. Elle la fit monter et descendre avec des mouvements lents. Chloé poussa un petit cri de plaisir et ondula légèrement son corps au rythme de celui de sa masseuse.
Celle qui avait abandonné son pubis il y a quelques secondes, était maintenant derrière la tête de Chloé et massait sa poitrine. La cuisse de la première abandonna l’entrejambe de Chloé. Elle s’est allongée en se plaçant en face à face. La fourche de ses cuisses vint s’ajuster contre celle de Chloé, en ciseaux, ses lèvres se frottant aux siennes. Elles se sont écrasées les unes contre les autres. La jeune femme ne cherchait plus à retenir ses gémissements. La seconde masseuse abandonna ses seins et est vint se placer sur le côté. Elle caressa le petit bouton bien durci et rendu hypersensible. Elles sont douées les bougresses ! Les frottements des lèvres intimes contre les siennes d’une part, le massage clitoridien entre pouce et index d’autre part, eurent rapidement raison de Chloé. Elle sentit le plaisir monter et se laissa aller à la jouissance. Jolie manière de conclure ce massage très spécial.
Après s’être douchée et rhabillée et avoir donné un joli pourboire aux deux masseuses, Chloé est sortie de la pièce.
Au lieu d’emprunter l’escalier vers le bas et la sortie, elle est montée au second étage du bâtiment. Elle cherchait le fameux Chayon Sriroj, le nom donné par Pawin. Apparemment un des bras droits de madame Boon.
Au second, elle trouva un couloir avec une série de portes, dont une marquée « Private ».
« Soit c’est le bureau du boss, soit c’est les chiottes », se dit Mangouste.
Elle ouvrit sans frapper. Un Thaïlandais d’une quarantaine d’années était en train de ranger des liasses de billets dans un coffre-fort :
Chayon Sriroj pâlit :
Elle le traîna jusqu’à la fenêtre (fermée) et le précipita, tête la première, à travers. Le corps de Chayon Sriroj atterrit à plat au milieu de la ruelle en contrebas, deux étages plus bas, au milieu des débris de verre. Vu l’angle bizarre que prenait le cou de Chayon, ses vertèbres étaient en miettes :
Chloé ne tarda pas à trouver la seule maison bleue près du canal à Ron Pradu Village. Elle était entourée de hauts murs. Elle fit le tour en longeant le canal. Elle aperçut une femme d’une cinquantaine d’années sur le quai à l’arrière de la maison, près d’un hangar à bateaux. Trois hommes de maison autour d’elle. Elle les houspillait en montant à bord d’une vedette qui s’éloigna sur le canal :
Après avoir éliminé les trois ou quatre gorilles encore présents autour et dans la maison, Mangouste se mit à arpenter les pièces. Elle trouva rapidement le bureau de madame Boon. L’ordinateur ne résista pas longtemps à ses manipulations. Elle réussit à accéder rapidement à son contenu. À part une comptabilité détaillée des petites affaires de madame Boon, qu’elle fit suivre en pièce jointe vers les adresses, du Ministère de l’Intérieur local, d’Interpol et du FBI avec un petit mot explicatif, elle a trouvé en explorant la boîte mail de Boon un message qui l’intéressait :
Chère Boon,
Jones est mort. Une guerre de succession s’est déclenchée pour lui succéder. Nous ne pouvons plus compter sur nos frères américains. D’autant plus que tout ce ramdam a attiré l’attention du FBI, de la NSA et même de la CIA.
Apparemment, Mangouste est sur notre dos. Prenez vos précautions, chère Boon. Protégez vos arrières.
Votre dévoué Colonel Mombassa.
Mangouste continua sa fouille du reste de la maison, et notamment du sous-sol.
Elle y trouva une cellule. Une jeune fille y était enfermée. Quand Mangouste crocheta la serrure, la jeune fille eut un mouvement de recul :
Elle était vraiment jolie. Chloé fut aussitôt sous le charme. Les filles asiatiques, c’est son péché mignon. Elle la prit dans ses bras pour la rassurer. Bon, c’était aussi un peu intéressé :
La police thaïlandaise a trouvé plusieurs heures plus tard les cadavres de madame Boon et de trois de ses sbires flottant sur le canal. Il manquait à madame Boon son majeur droit. Encore un coup porté à l’Organisation. La main venait de perdre un doigt de plus.
Chloé, de son côté, après avoir consolé convenablement et longuement Sumi dans sa chambre d’hôtel et l’avoir déposée chez son père a pris la direction de l’aéroport international Suvarnabhumi de Bangkok, pour attraper le premier vol vers Paris.
« Encore trois doigts et la main sera un moignon, j’ai le nom du suivant. Mangouste arrive, Mombassa, elle va te donner un petit coup de pouce ! »
À suivre : prochain épisode, Mangouste contre l’Organisation – L’ordre règne à Bujumbura