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n° 21662Fiche technique56372 caractères56372
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Temps de lecture estimé : 40 mn
02/04/23
Résumé:  Sandrine déprime. Est-ce qu’un cadeau peut l’aider?
Critères:  fh cadeau inconnu voisins fépilée revede miroir lingerie fmast caresses fellation cunnilingu pénétratio -rencontre
Auteur : Amateur de Blues            Envoi mini-message
Le cadeau

À trente-six ans, Sandrine nage en pleine dépression. Divorcée depuis trois ans, elle n’arrive plus à tenir le coup et sombre, étape par étape, toujours plus profond. Seule avec sa fille de huit ans, elle ne parvient plus à assurer le quotidien, les courses, le ménage, les devoirs scolaires de Célia, tout lui semble insurmontable. Et sa fille, comme tous les enfants, met le doigt où ça fait mal. Ses résultats scolaires s’effondrent, elle est toujours morose et prend parfois des colères si terribles que Sandrine a peur pour sa santé mentale.


Au travail, cela ne va pas mieux. Elle ne mène pas à bien la moitié des tâches qu’on lui confie, oublie des rendez-vous et pleure dès que son chef de service lui fait une remarque. Ses collègues, dont certaines ont été ses amies, ne lui parlent pratiquement plus et parfois, à la cafétéria, il y a un espace vide autour d’elle, comme si elle était contagieuse.

Elle n’a plus de loisirs, ne sort plus. Lorsque Célia est en vacances, elle l’envoie à ses parents qui sont ravis de la garder et elle se contente alors de traîner sur le canapé devant des séries idiotes en mangeant des pizzas surgelées. Elle ne sait pas comment sortir de ce marasme, elle pense qu’il n’y a pas de solution parce que c’est en elle que quelque chose cloche. Sa médecin insiste pour qu’elle voie une psy, mais elle se dit que cela ne changera rien et elle continue d’observer sa descente aux enfers comme une entomologiste, avec une délectation morbide à chaque nouvelle étape dans sa déchéance.


Ce soir, dans les rues noires de monde où chacun se presse parce qu’il pleut et que la nuit tombe, elle erre, peu pressée de rentrer pour trouver un appartement vide et sale, ses pieds mouillés dans des chaussures, elles aussi en voient d’effondrement. Elle regarde vaguement les vitrines, dans l’espoir de trouver quelque chose qu’elle achèterait et qui lui ferait plaisir, mais elle ne voit rien qui l’intéresse puisqu’elle ne s’intéresse à rien et puis de toute façon, elle n’a pas d’argent.


Sandrine se retrouve finalement devant sa porte. Elle n’a pas d’autre endroit où aller. Elle cherche ses clés et son regard se baisse machinalement vers son paillasson tandis que sa main fouille son sac. Devant sa porte, il y a un petit paquet, enveloppé de papier brillant, comme un cadeau. Elle le regarde, étonnée, se demande qui peut l’avoir laissé là, mais il ne semble pas tombé d’un sac, il est posé bien droit, juste contre sa porte, avec un petit bristol posé dessus. Elle se baisse et voit qu’il y a écrit : « Pour Sandrine » sur le bristol.


Entrée chez elle, malgré la curiosité et une certaine excitation à cause du paquet, elle prend le temps de quitter son manteau et ses pauvres chaussures, de se sécher les cheveux et d’aller jusqu’à la cuisine pour boire un verre d’eau. Elle pense qu’elle va être déçue, que ce ne sera pas le miracle qu’elle attend depuis qu’Hervé est parti. Que peut-il y avoir d’intéressant dans un paquet de cette taille ?


Revenue au salon, elle s’attaque tout de même au papier qui le recouvre. Elle l’ouvre et découvre un chemisier en soie, un chemisier vieux rose avec des boutons en nacre, quelque chose d’assez luxueux et probablement cher. Sandrine est abasourdie. Elle fouille le carton avec nervosité, le retourne dans tous les sens, mais il n’y a rien d’autre que le chemisier à l’intérieur, aucun signe qui indique sa provenance, ni facture, ni message de l’expéditeur. Elle essaye de se souvenir, mais ne se rappelle d’aucune commande qu’elle aurait passée. Elle s’achète si peu de vêtements depuis le divorce qu’elle ne pourrait que s’en souvenir si elle s’était décidée pour un aussi bel objet.


Elle se laisse tomber sur le canapé, apeurée. C’est si étrange, ce cadeau inattendu. Est-ce que ce n’est pas une plaisanterie ? Quelqu’un a-t-il voulu se moquer d’elle ? Qui donc peut avoir envie de lui faire un cadeau ? Elle regarde à nouveau le chemisier, le tourne et le retourne devant elle. Il est neuf, beau et c’est probablement sa taille. Elle veut l’essayer, mais curieusement, elle a beau être seule, elle se sent observée, alors elle s’enferme dans la salle de bains avant de se déshabiller. Elle quitte le petit pull gris en coton qui pendouille sur son corps comme une vieille serpillière, réajuste le soutien-gorge trop petit qui comprime ses seins et se tourne dos au miroir, car elle ne supporte plus de se voir, surtout ce soir avec ses cheveux mouillés qui pendent comme des queues de rat autour de son visage.


Le chemisier est très agréable sur la peau, c’est une sensation qu’elle avait oubliée. Elle le boutonne entièrement avant de se retourner. Bien sûr, les queues de rat sont toujours là, mais le chemisier lui va très bien, de la bonne longueur, cachant l’ignoble pneu qui s’est installé autour de sa taille et mettant en valeur sa poitrine sans la comprimer plus que ne le fait le soutien-gorge. Celui-ci ne va pas du tout avec ce vêtement. Il est blanc et le chemisier est légèrement transparent. Aussi on ne voit que lui. Quand elle mettra le chemisier, elle en choisira un autre, noir peut-être pour être plus discret. Mais elle ne sait pas encore si elle mettra un jour ce vêtement pour sortir de chez elle. Il faudrait avant cela savoir qui lui a fait un tel cadeau, et pourquoi.


Habillée ainsi, Sandrine a l’air d’une femme sérieuse et sage, quelqu’un sur qui on peut compter, le contraire de ce qu’elle est vraiment. C’est sans doute dû aux boutons qu’elle a fermés jusqu’en haut, sous son cou et à la couleur de la soie. Ce rose n’est pas pour les jeunes filles, il a un côté romantique. Elle défait quelques boutons et trouve que sa peau qui apparaît alors a une jolie teinte. Elle serait presque désirable ainsi, si on ne regarde que ce petit endroit. Ses joues aussi se sont colorées après toutes ces déambulations sous la pluie, mais ses lèvres sont toujours aussi pâles. Si elle mettait le chemisier, elle devrait trouver un rouge à lèvres qui en rappellerait la teinte.


Mais elle ne le mettra pas. Ou du moins pas tant qu’elle n’aura pas éclairci son origine qui reste un mystère total. Elle tente par moments de faire le tour des personnes qu’elle connaît pour imaginer qui pourrait bien avoir eu cette idée, mais elle abandonne vite. Elle ne connaît personne, pas d’amies, pas de soupirants. Elle n’a que ses parents et sa fille, mais cela ne peut pas venir d’eux. Elle quitte le chemisier et le pose doucement sur le bord de la baignoire. Elle en profite pour quitter aussi ce vilain soutien-gorge qui la serre. Elle se masse un peu les seins, sans quitter le miroir des yeux. Mon Dieu, depuis quand est-elle devenue aussi laide ? Est-ce depuis le départ d’Hervé ou est-ce que cela avait commencé avant ? Si c’est le cas, cela n’est pas étonnant qu’il ait cherché quelqu’un d’autre. Elle est grosse et ses seins sont mous comme de la pâte à pain. Elle était différente quand elle était jeune et les hommes s’intéressaient à elle, à ses formes, à son sourire. À quel moment tout avait-il commencé à mal tourner ?


Sandrine dort mal, mais c’est si fréquent pour elle, les mauvaises nuits. Le lendemain, elle se sent différente. Quand elle marche dans les rues, quand elle s’assoit dans le bus, au travail, dans l’open-space qu’elle partage avec six collègues, quelque chose a changé. Elle se tient différemment, elle est plus attentive à son entourage, elle se sent plus présente. Elle veut savoir. Quelqu’un, quelque part, la regarde avec suffisamment d’intérêt pour avoir dépensé son argent. C’est peut-être un amoureux, ou un prédateur à moins que ce ne soit une blague.


D’habitude, elle passe ses journées dans une espèce de brouillard. Elle baisse les yeux quand on lui parle et n’écoute qu’à moitié ce qu’on lui dit. Aujourd’hui, elle est concentrée, elle regarde tout le monde avec intérêt, surtout les hommes, bien sûr, parce qu’elle a du mal à imaginer une femme acheter des vêtements pour une autre femme. Quand elle fait le point de ses observations, seule avec un sandwich dans le parc à côté de son travail, elle note qu’elle doit s’intéresser à trois hommes rencontrés aujourd’hui et qu’elle croise chaque jour, en fait.


Il y a son voisin. C’est un veuf, un vieux monsieur de soixante-dix ans très aimable et qu’elle rencontre souvent sur le palier. Il a toujours un mot pour elle, mais elle n’a jamais remarqué que son regard s’attardait sur son corps. Et il est vraiment vieux. Mais c’est lui qui a l’accès le plus facile à son paillasson.

Il y a le gardien de l’immeuble où elle travaille. Elle le croise chaque matin dans le hall. C’est un homme simple et poli qui est le plus souvent avec un seau et une serpillière quand elle passe entre huit et neuf. Lui aussi est aimable et souriant. Il a une quarantaine d’années, n’est jamais vraiment rasé ni peigné et il ne lui donne pas l’impression d’être très propre. Il semble aimer regarder les femmes qui sortent de l’ascenseur. Elle l’imagine mal entrer dans une boutique de luxe pour acquérir le joli chemisier. Et comment pourrait-il connaître son adresse ?

Il y a Philippe. C’est son chef de service, ainsi que celui de ses six collègues. Il est marié, mais les bruits courent dans la boîte qu’il « drague tout ce qui bouge ». Il n’a jamais essayé de draguer Sandrine ou alors elle ne s’en est pas rendu compte. C’est un gros type de son âge, colérique et dépassé par les tâches qu’il doit accomplir. Du coup, il se tourne vers Sandrine et ses collègues pour qu’elles fassent le travail à sa place et elles sont nombreuses à s’en plaindre. Avec Sandrine, il est plutôt cool, certainement parce qu’il a compris qu’elle est aussi incapable que lui de faire tout ce qu’on leur demande. Malgré son ventre de buveur de bière, est-ce qu’il est bel homme ? Sandrine repense à Hervé, son mari, grand, mince avec des yeux bleus qui voyaient en elle comme dans un livre. Elle frissonne. Non, vraiment, Philippe n’est pas du tout son type d’homme.


Quand elle rentre le soir, elle regarde encore avec attention tous les hommes qui prennent le bus avec elle, même les lycéens, mais elle ne remarque rien de spécial. Si, une dame a remarqué son manège et lui sourit au moment de descendre. Mais elle ne la connaît pas et estime que cela n’a rien à voir avec le chemisier rose.

Quand elle ouvre sa boîte aux lettres, son cœur s’arrête de battre. Parmi les publicités habituelles, il y a une enveloppe blanche avec juste son nom écrit au crayon dessus et un petit cœur dessiné à la place du i de Sandrine. Elle se refuse à l’ouvrir dans le hall de l’immeuble avec peut-être quelqu’un qui l’observe caché quelque part. Aussi, elle monte en courant ses deux étages et s’enferme à double tour chez elle, haletante.

Comme la veille, elle prend le temps de boire un verre d’eau à la cuisine avant de s’installer sur le canapé pour lire son courrier.


Chère Sandrine,


Je suis très déçu que vous n’ayez pas porté mon cadeau aujourd’hui. J’ai passé beaucoup de temps à le choisir, vous savez. J’ai bien sûr prévu de vous dire qui je suis et de m’expliquer. Mais je suis un homme timide et j’attendais de vous avoir vu avec mon présent sur le dos pour prendre contact.

S’il vous plaît, portez-le demain et vous aurez la clé du mystère (qui est un tout petit mystère).

Vous êtes très importante pour moi et je voudrais vous voir encore plus belle.


À demain


En lisant : « Vous êtes très importante pour moi », Sandrine a chaud partout, des sensations presque oubliées. Elle relit encore : « Je voudrais vous voir encore plus belle ». Elle n’est plus sûre de se trouver si vilaine quand elle se regarde dans le miroir. D’ailleurs, aussitôt après avoir posé la lettre sur la table, elle a envie de se voir. Nue dans la salle de bains, elle s’inspecte. Retour à la réalité. La graisse superflue est toujours là et ses gros seins ne sont pas remontés. Son admirateur ne l’a pas vue nue. C’est sa chance. Avec un soutien-gorge de qualité, ses seins peuvent faire illusion et avec des vêtements adaptés, comme le joli chemisier qui l’attend à l’endroit où elle l’a abandonné la veille, sur le rebord de la baignoire, on peut masquer toute cette graisse. Et puis elle pourrait entamer un nouveau régime.


Elle enfile le chemisier et le garde ainsi déboutonné sur son corps offert aux regards. Ce serait sexy si son correspondant pouvait la voir ainsi. Il la trouverait certainement désirable. Mais il y a du travail, ce buisson qui s’étale en bas de son ventre, ses jambes poilues et son visage ravagé par les cernes. Mais elle peut réussir. Il suffit d’un peu de volonté. Subitement, elle a envie. Envie d’être belle, envie qu’on la regarde, envie qu’on la touche aussi et d’ailleurs, elle se touche et elle se regarde se toucher. Elle est mouillée, plus mouillée qu’elle ne se rappelle l’avoir jamais été. C’est bon d’avoir un doigt dans sa fente, de se sentir vivante, d’être là devant le miroir avec la soie qui frôle ses tétons qui durcissent. Ses cuisses sont trop épaisses. Elle devra refaire du sport, s’inscrire dans une salle, s’acheter une tenue. Peut-être que cet homme la suit partout, peut-être qu’il la suivra aussi dans la salle de sport, qu’il la verra transpirer dans son legging collant à ses cuisses et à ses fesses. Le doigt de Sandrine va et vient de plus en plus vite. Elle a fermé les yeux. Elle imagine son chef, Philippe, qui la regarde se masturber, et elle jouit, très fort. C’est si bon. Cela fait si longtemps que cela n’était pas arrivé.


Elle se masturbe encore plus tard, dans son lit. Elle a décidé de dormir nue. Elle pense à son vieux voisin, imagine qu’elle l’invite chez elle et qu’elle lui sert le thé nue. Elle imagine la voix douce du vieux monsieur commentant ce qu’il voit et elle jouit à nouveau, comme une folle. Elle a eu un vibromasseur, à un moment donné, juste après le divorce. C’était un petit canard noir au bec rose qui vibrait silencieusement tout contre son clitoris. Il faudra qu’elle le retrouve, pense-t-elle en s’endormant. « À demain », a écrit son mystérieux correspondant.


Au matin, elle passe plus d’une heure dans la salle de bains, elle se maquille et finalement s’habille. Elle n’hésite pas une seconde avant de revêtir le chemisier en soie sur une jupe noire qui lui arrive au-dessus du genou. Elle a même retrouvé des bas autofixants dans un tiroir de sa commode qu’elle n’avait pas ouvert depuis qu’elle vit seule. Elle porte des chaussures à talon, ce qu’elle ne fait jamais quand elle va travailler, c’est-à-dire, jamais.


Dans les rues, elle se sent à la hauteur. S’il m’observe, pense-t-elle, il doit être si content. Au travail, elle se sent pleine d’énergie et curieusement, cela fonctionne. Elle est efficace et doit même aller voir Philippe dans son bureau pour lui demander une nouvelle tâche. Il la regarde avec intérêt, un fin sourire au coin des lèvres. Elle lui sourit elle aussi et même, elle lui fait un clin d’œil en sortant de son bureau. La journée passe vite. À un moment, elle se demande si elle ne va pas s’enfermer dans les toilettes pour se caresser. Elle en a envie, mais elle résiste, frotte ses cuisses soyeuses l’une contre l’autre et se demande si Philippe va lui dire quelque chose à la fin de la journée. Mais même en restant la dernière, son chef reste invisible. Elle prend l’ascenseur et rencontre le gardien qui semble l’attendre. Il la regarde passer en se frottant les mains avec un chiffon. « Jolies jambes » murmure-t-il sur son passage. Alors Sandrine saute sur l’occasion, se retourne et lui demande ce qu’il pense du chemisier. « Bien, bien aussi », répond le gardien, visiblement étonné qu’on lui adresse la parole.


Dans le bus, elle reconnaît la dame qui lui avait souri la veille. Elle s’assoit à côté d’elle, mais cette dame ne semble pas se souvenir de leur complicité et quand elle descend, elle ne tourne même pas la tête. En arrivant chez elle, Sandrine est un peu déçue. Elle s’attendait à ce que l’homme mystère se dévoile au cours de la journée. « À demain », avait-il écrit. Il ne reste que son vieux voisin qui peut-être l’attend sur le palier. Mais elle a vécu sur les nerfs toute la journée et elle souhaite presque que ce ne soit pas lui. Elle pense encore à son chef, qui reste le candidat le plus probable pour le rôle en ouvrant sa boîte aux lettres.


Il y a encore une enveloppe blanche ! Il y a écrit : « Merci Sandrine » et c’est tout. Comme la veille, elle s’empare de la lettre et se précipite dans l’escalier. Elle ne pense plus au voisin qui n’est d’ailleurs pas sur le palier. À peine entrée, elle déchire l’enveloppe et un petit carton coloré s’en échappe. Elle le ramasse sur le parquet. C’est un bon d’achat dans une boutique de lingerie du centre-ville. Sandrine est abasourdie par la somme indiquée. Quand elle reprend ses esprits, elle fouille à nouveau l’enveloppe et découvre qu’il y a aussi une lettre à l’intérieur. Elle se met à lire sans même finir d’enlever son manteau.


Belle Sandrine,


Le rose te va si bien, le maquillage aussi. Je ne t’ai jamais vue aussi magnifique et je ne regrette pas mon cadeau. J’aurais dû t’aborder aussitôt, mais j’ai hésité, j’ai eu honte et le moment est passé. Demain est samedi. Tu pourras en profiter pour faire des emplettes en ville. J’ai joint un petit cadeau à ma lettre pour me faire pardonner mes mystères. J’ai remarqué que tes soutiens-gorge ne sont pas à la hauteur de ta fabuleuse poitrine. Dans cette boutique que j’ai visitée, je suis sûr que tu trouveras des articles pour mettre ton corps en valeur. Il le mérite.

Très bientôt, je l’espère, nous pourrons peut-être y retourner ensemble. En attendant, accepte encore les excuses d’un homme peu sûr de lui.


Je t’embrasse (virtuellement bien sûr).


Cette lecture la met dans un état second et elle ne sait plus si elle doit craindre un homme pervers qui joue avec elle ou si elle doit se réjouir d’être aussi appréciée, elle qui croyait que sa vie amoureuse était définitivement terminée. « Magnifique », écrit-il. « Je t’embrasse ». Elle lit et relit et passe la soirée sans savoir que faire, finit par se masturber dans son lit avant de sombrer dans un sommeil empli de rêves et de cauchemars.


Le lendemain la voit des plus actives, des heures dans la salle de bains, un rendez-vous pris chez l’esthéticienne pour une épilation complète et en fin d’après-midi, Sandrine entre dans cette fameuse boutique de lingerie, le petit carton bien rangé dans son sac à main. Où qu’elle regarde, elle ne voit que soie et dentelle et n’a aucune idée de ce qu’elle recherche.

En la voyant perdue, une vendeuse s’approche, peut-être la patronne, une dame d’un âge, mais vêtue de manière très sexy, petite robe noire décolletée laissant apparaître un soutien-gorge rouge.



Sandrine se retrouve dans une cabine d’essayage avec un ensemble grenat plein de dentelles et un soutien-gorge qui effectivement, une fois bien installé, tient la poitrine en avant et laisse par un passage dans la dentelle voir les aréoles et les tétons. Elle se regarde encore, incrédule, dans le miroir quand la vendeuse la rejoint dans la cabine. Ses tétons sont dressés et elle est affreusement gênée, mais la dame ne paraît pas s’en apercevoir.



La culotte est juste à la taille de Sandrine, la dame a l’œil. Il y a un cœur transparent sur le devant et sa petite figue bien épilée est exposée comme un fruit mûr sur l’étal du marchand. La vendeuse entre évidemment à ce moment avec le porte-jarretelles.



Sandrine n’est pas sûre d’être adorable. Elle trouve qu’elle ressemble à une vache de concours, avec ses gros pis, la graisse autour de sa taille et sa vulve rose offerte aux regards et elle ne sait pas encore si un bonhomme va finir par profiter de la vue. Mais elle refuse d’essayer un autre ensemble et demande à garder celui-là sur elle. Elle espère toujours qu’avant la fin de la journée, l’amant mystère se sera fait connaître. Elle pense aussi à Hervé qui ne lui a jamais acheté de la jolie lingerie. Elle se dit une fois de plus qu’elle s’était trompée en l’épousant.


Dans la rue, elle épie tous les passants, mais aucun ne semble s’intéresser à elle. Pourtant, elle sent l’air frais sur ses cuisses et ses tétons n’arrêtent pas de bourgeonner. Il lui semble que tous les gens qu’elle croise savent qu’elle devient une espèce de putain. Cela l’excite et cela la terrifie. Mais personne ne la regarde et aucun mâle ne l’arrête en lui disant : « C’est moi. »


Elle traîne encore un peu, s’achète une paire de chaussures pointues avec des talons qui lui semblent vertigineux. Une fois posée sur ces échasses, elle a l’impression qu’en plus, elle dépasse tout le monde d’une tête et qu’on ne voit qu’elle. Mais cela ne change rien. Elle rentre seule et il n’y a pas de lettre dans sa boîte. Le voisin de palier a l’air absent.

Chez elle, elle se dépêche de quitter son déguisement, car elle n’arrive pas à se reconnaître habillée ainsi. Elle traîne un moment sur un site de rencontre où elle est inscrite, mais aucun message ne l’attire vraiment, toujours les mêmes banalités. L’amant-mystère a au moins trouvé un moyen original d’attirer son attention.


Elle regarde ses courriels et ne voit là non plus aucune trace de quiconque s’intéresserait à elle. C’est épuisant d’attendre ainsi. Soudain, en voyant sur l’écran le dernier courriel de son ex-mari qui date de plus de trois mois au sujet d’un week-end de garde, elle a une illumination. Si c’était lui ? S’il avait des remords et voulait la reconquérir, ne devrait-il pas inventer un stratagème pour l’amadouer ? Elle lui écrit aussitôt :


De : sandrine.boyer@gamil.com A : hervé.boyer@gamil.com

Salut,

J’espère que tu n’oublies pas que Célia est chez mes parents pour les vacances et que tu ne pourras pas la prendre demain matin.

Au fait, merci pour les cadeaux.


On verra bien sa réaction. Elle quitte l’ordinateur un moment pour se préparer une tasse de thé. Quand elle revient, elle a déjà une réponse.


De : hervé.boyer@gamil.com A : sandrine.boyer@gamil.com

Je n’avais pas oublié. C’est quoi, cette histoire de cadeaux, Sandrine ? Je ne t’ai fait aucun cadeau. J’espère que tu ne recommences pas à débloquer et que tu ne vas pas me harceler à nouveau. C’EST FINI !


Elle pleure un peu, mais c’est bien fait, elle n’a eu que ce qu’elle méritait. Ce type mystérieux la rend folle. Mais elle relit la lettre : « Je ne t’ai jamais vu aussi magnifique » et elle se caresse longtemps, les yeux fermés, sur le canapé.


Le dimanche est un jour mort. Il ne se passe rien. Elle s’ennuie, regarde des séries, appelle ses parents et parle à Célia. Elle attend son amoureux secret. Mais le soir vient et rien ne s’est passé. C’est donc un homme marié qui est avec sa femme le week-end, pense-t-elle et donc, il la connaît probablement par le travail, et donc, c’est sûrement Philippe. Elle s’endort sur cette certitude, épuisée de se masturber aussi souvent. Il faut dire que sa figue lisse et douce est très agréable à tripoter.


Le lundi matin, Sandrine est debout à l’aube et elle se prépare minutieusement pour aller travailler, là où, elle en est certaine, se tient l’homme-mystère. Sous-vêtements grenat, porte-jarretelles, chemisier rose, talons pointus, rose à lèvres et mascara, elle ne se reconnaît même pas quand elle se regarde dans la glace. C’est une autre femme, désirable et provocatrice, mais ce n’est pas elle.


Dans le bus, un homme l’observe. Il est jeune, probablement un étudiant, et il regarde ses seins. C’est plutôt normal, car son manteau est ouvert et elle sait qu’on voit tout à travers le chemisier, les tétons qui pointent, offerts comme sur un plateau. Elle pense à se couvrir puis elle renonce. Et si c’était lui ? Alors, elle croise les jambes, bien haut, pour que la jupe remonte et qu’il voit la cuisse au-dessus du bas. Puis elle écarte les jambes pour qu’il voie sa culotte. Le jeune homme en profite, ne la quitte pas des yeux. Puis soudain, il se lève pour descendre.



Il descend et s’éloigne sur le trottoir sans se retourner. Évidemment, ce n’était pas lui. Elle s’est donnée en spectacle pour rien. Enfin, pas vraiment pour rien puisqu’elle est toute mouillée.


En entrant dans l’immeuble, elle croise le gardien, appuyé sur son balai. L’homme siffle entre ses dents sur son passage, mais il a toujours sa vieille salopette sale et ne lui adresse pas la parole. Elle décide que ce n’est pas lui. Il n’a pas les moyens de se ruiner dans une boutique de luxe et elle ne veut pas que ce soit lui. Ce serait trop moche. Or, plus le temps passe, plus elle imagine une belle histoire.


Philippe boit un café assis sur le bureau de Sandrine quand elle entre dans l’open-space. Il plaisante avec sa collègue, mais peut-être l’attendait-il et donnait-il le change. Elle lui sourit et lui demande s’il veut bien lui rendre son bureau. Il rit et s’écarte, sans la quitter du regard. Il faut dire qu’il a les nichons de Sandrine très près de son visage. Mais il ne dit rien et il sort. Sandrine se dit qu’il va certainement la convoquer dans son bureau un peu plus tard, mais la matinée avance et rien ne se passe.


Alors elle décide de jouer le tout pour le tout. Elle passe aux toilettes pour vérifier son maquillage et essuyer sa culotte qui est très humide. Puis elle frappe à sa porte et entre. Elle avait prévu un prétexte pour se retrouver là, mais elle a oublié alors, le cœur battant, elle s’appuie des deux mains sur le bureau encombré de documents, se penche vers son chef et lui dit :



Elle fait demi-tour, se sent envahie de désir à l’idée qu’il regarde ses fesses. Un dernier coup d’œil lui permet de voir qu’il n’a pas bougé, qu’il est blanc comme un linge. Sandrine pense que les rumeurs sont trompeuses. Ce type est si timide qu’il est incapable de parler à une femme et il invente des stratagèmes compliqués pour arriver à ses fins. À l’idée de finir l’après-midi dans une chambre d’hôtel avec lui, elle est comme une pile électrique. Il doit certainement avoir une petite quéquette, c’est ça qui le rend timide. Elle s’en moque. Après trois ans d’abstinence, elle s’en contentera.


La journée est longue. Elle ne travaille pas beaucoup, toute à ses pensées, mais ce n’est pas grave. Ici, tout le monde a l’habitude qu’elle ne fasse rien. Contrairement à son habitude, on ne revoit pas Philippe de la journée. Pas de demande de dernière minute, pas de petite visite amicale à l’une ou l’autre de ses collègues. Elle va souvent aux toilettes, elle serre et écarte les cuisses en permanence, elle fait attention à ses bas, elle ne voudrait pas les filer le premier jour.


Enfin, c’est l’heure de la sortie. Philippe l’attend sur le trottoir et ils marchent côte à côte jusqu’à un pub irlandais où son chef a ses habitudes. Il la conduit dans un box au fond de la salle et va commander une bière brune pour lui et un verre de cidre pour elle. Il y a d’abord un silence et Sandrine commence à se dire qu’elle va devoir parler la première, mais Philippe se lance, sans la regarder, le nez dans son verre de bière.



La scène a duré cinq minutes. Quand Sandrine reprend ses esprits, elle est seule avec une enveloppe blanche posée sur la table. Philippe a descendu sa bière et elle n’a pas touché son cidre. L’enveloppe est pleine de billets de cinquante euros, une somme importante. Le cœur de Sandrine bat encore plus fort que lorsqu’elle s’imaginait faire l’amour à son chef.

Elle n’ose pas prendre le bus pour rentrer avec cette enveloppe de gangster dans son sac, alors elle se paye un taxi. De toute façon, elle a les moyens maintenant. Dans sa boîte aux lettres, il y a encore une enveloppe à son nom. Elle craque et s’effondre en sanglots devant la rangée de boîtes.



Le vieil homme est au courant du divorce et du moral déplorable de Sandrine. Elle rentre chez elle, jette ses chaussures qui lui font mal aux pieds et s’allonge sur le canapé. Elle ferme les yeux quelques minutes, mais elle sait que l’enveloppe l’attend sur la table basse.


Magnifique Sandrine,


Quelle métamorphose ! Tu étais la femme de mes rêves, mais tu es plus que ça, maintenant, et tu pourrais plaire à n’importe quel homme de ton choix. Je ne peux rester anonyme plus longtemps si je veux avoir une chance de gagner ton cœur.

Malgré la terreur que ce rendez-vous me donne, je t’invite au restaurant ce soir, au Colibri Gourmand, à vingt heures. Ne change surtout pas de tenue, tu étais parfaite en sortant de chez toi ce matin. Nous pourrons faire connaissance et peut-être envisager la suite. En tout cas, c’est mon souhait le plus cher.


À très bientôt, donc, ton soupirant au comble de l’impatience.


Sandrine a un instant d’hésitation, un petit, pas très long, à cause de la fatigue, à cause de l’émotion ressentie avec l’aveu de Philippe, mais elle veut, elle doit savoir qui est cet homme. Elle hésite aussi sur sa demande, a envie d’enfiler son vieux jean qui moule bien ses grosses fesses et un pull en laine que lui a tricoté sa maman quand elle avait seize ans. Elle pourrait mettre tous les cadeaux dans un sac en plastique et les rendre à l’homme-mystère. Ainsi, elle se sentirait forte et propre.


Mais elle a joui pendant cette dernière semaine plus que pendant les huit ans qui ont précédé. Car le désintérêt d’Hervé a commencé à la naissance de Célia. Après, cela a été de mal en pis, jusqu’à ce triste dimanche où il a avoué une liaison, rempli une valise et quitté la maison. Peut-être que le jeu qui a excité Sandrine si fort ces derniers jours pourrait continuer encore un peu. Elle a été tout près de se jeter sur l’affreux Philippe. L’homme-mystère peut-il être plus moche que son chef ?


Aussi, elle réajuste son maquillage, renifle sa culotte et décide que son état est acceptable. Elle sort dans la nuit, pleine d’appréhension et d’espoir mêlés. Elle se promet simplement de ne pas pleurer devant lui, qui qu’il soit et quoi qu’il dise. La nuit est froide et se glisse sous sa jupe, la rendant sensible à ce qui l’entoure, les lumières des néons, les phares des voitures, les phrases entendues (« Alors je lui ai dit : tu te fous de ma gueule… » ; « Tu comprends, elle ne disait que des conneries et je n’arrivais pas à l’arrêter… » ; « pizza ou sushi, mon chéri ? »).


Le restaurant est dans son quartier. Ce ne peut pas être un hasard. La piste du voisin reprend des points. Sandrine ne peut pas coucher avec ce vieillard, c’est au-dessus de ses forces, mais elle essayera tout de même d’être gentille et polie. C’est un restaurant gastronomique qui semble assez cher. Elle est déjà passée devant, mais n’est jamais entrée. Elle n’a pas les moyens et Hervé préférait sûrement emmener ses maîtresses au restaurant plutôt que sa grosse femme. Cet homme qui la trouve magnifique l’a-t-il assez bien regardé ou aime-t-il les grosses vaches ?

Elle entre et ne sait quoi dire quand on lui demande si elle a réservé. Elle n’y avait pas pensé avant. Elle regarde autour d’elle sans voir qui que ce soit qu’elle connaît.



Elle s’installe et commande un martini pour patienter. Ce pervers qui lui a donné rendez-vous pourrait aussi bien ne pas venir et continuer à la surveiller en cachette. Elle finit son verre et en commande un autre. Elle commence à avoir la tête qui tourne. Des gens entrent dans le restaurant, par deux, par trois ou quatre, mais aucun homme seul ne se présente. Finalement, un petit homme insignifiant, à lunettes épaisses, discute avec le restaurateur qui le guide jusqu’à Sandrine. Le cœur de celle-ci fait un bond dans sa poitrine et elle se demande si elle ne va pas vomir. Cet homme qui la regarde en souriant tandis qu’il enlève un manteau en tweed doit être plus petit qu’elle avec ses talons. Il ne semble ni fort, ni beau, ni intéressant. Il est habillé élégamment, tout en noir, mais c’est le seul point positif en sa faveur.


Sandrine ne dit rien, elle ne peut pas parler. L’homme semble prendre son temps. Il commande un whisky écossais, précise un nom que Sandrine ne connaît bien sûr pas puisqu’elle n’a jamais bu de whisky, avant de se tourner vers elle et de la regarder comme un vieil ami qui l’aurait enfin retrouvée. Cela l’agace, elle voudrait qu’il dise quelque chose.



L’homme la regarde en souriant, pose ses lunettes sur la table et Sandrine le gifle à toute volée, un aller-retour qui fait tourner la tête à tous les autres convives. Ensuite, elle se lève et sort du restaurant sans regarder derrière elle.


Une fois chez elle, la porte fermée à double tour, après avoir enlevé tous ces vêtements sexy et enfilé son vieil ensemble d’intérieur, très laid, mais dans lequel elle se sent protégée du monde extérieur, Sandrine essaye de penser à ce qui s’est passé, de se comprendre. Elle déteste cet homme suffisant et content de lui qui a joué avec elle comme avec une marionnette. Il a cru pouvoir l’acheter avec son fric, comme on achète une esclave.


Il l’espionne depuis des mois et s’est sûrement dit que ce serait facile de l’éblouir, cette femme malheureuse et mal habillée. Il veut bien baiser, mais pas faire l’effort de rencontrer une personne et d’essayer de la séduire. Et elle, elle a été ridicule comme d’habitude. Elle a rêvé de prince charmant, d’un type simple et honnête qui l’aimerait pour ce qu’elle est. Pourtant, elle a accepté de se déguiser et de faire tout ce qu’il lui demandait.


Et maintenant ? L’échec de cette rencontre signifie un retour à la case départ, c’est-à-dire la case dépression. Pourtant, elle s’est sentie tellement vivante pendant cette semaine. Le désir, l’espoir ont réveillé des parties d’elle qu’elle croyait mortes, à commencer par son vagin qui pouvait rester sec pendant des semaines et qui vient de redevenir le fruit juteux dont elle se souvient encore avec nostalgie.


Sandrine soupire, se lève du canapé pour aller jusqu’à sa chambre et regarder par la fenêtre. Il y a de la lumière chez son voisin d’en face, mais la rue est plus large que ce qu’elle imaginait quand cet Antoine Sorel en parlait au restaurant. Il ne devait pas la voir si bien que ça, à moins qu’il n’ait des jumelles. Il en avait sûrement, ce salaud.


Elle retourne à son ordinateur et cherche des informations sur lui. Il est effectivement connu dans le milieu des scénaristes qui travaillent pour la télévision. Il a écrit des dizaines de séries débiles, dont un certain nombre qu’elle a vues pendant toutes ces soirées solitaires et désœuvrées. Sur un autre site, elle trouve ses coordonnées, courriel et téléphone.

Sandrine n’hésite pas longtemps et l’appelle. Après tout, si jamais il s’intéresse vraiment à elle, elle pourrait l’obliger à le montrer d’une manière plus crédible et en faire un amant acceptable. Elle a surtout envie qu’il devienne humble et qu’il s’excuse. Elle ne veut plus jamais être la petite femme dominée qu’elle avait été pour Hervé. Elle l’avait tellement aimé qu’elle avait tout accepté de lui et qu’il avait fini par la mépriser. Cela n’arrivera plus. Jamais.



Sandrine voit l’homme en face poser le téléphone à côté de lui et se débarrasser de son pantalon, puis de son caleçon. Il reprend ensuite le téléphone, mais sans parler.



Sandrine pose le téléphone à son tour et enlève le vilain sweat qu’elle avait enfilé. Ses gros nichons élastiques s’agitent en tous sens avant de retomber mollement. Les tétons sont dressés et durs comme des pierres, mais il ne doit pas les voir, d’où il est. Par contre, elle voit qu’il a la main sur sa queue et qu’il se branle.



Sandrine se précipite à la salle de bains, essaye de sauver ce qui est sauvable de son maquillage et de sa coiffure. Elle remet les sous-vêtements grenat et enfile le fameux chemisier sans le boutonner. Antoine Sorel a certainement traversé la rue en courant puisqu’il frappe à la porte alors qu’elle a à peine fini. Elle regarde une dernière fois la grosse putain dans le miroir et va ouvrir la porte.

Ils se regardent un instant, sans parler, lui avec un air d’amoureux transi auquel elle ne croit qu’à moitié et elle avec un air dur de juge d’assise.



Sandrine s’efface pour le laisser entrer et lui touche les fesses au passage. Elle ne sait pas d’où l’idée lui est venue, peut-être de la morphologie de son futur amant, petit, mince, mais avec un derrière musclé et proéminent. Lui se laisse faire et attend visiblement qu’on lui dise quoi faire.



C’est un rôle qu’elle n’a jamais tenu. Avec Hervé, elle était parfaitement soumise à ses désirs et auparavant, avec les quelques hommes qu’elle a connus, elle était juste ignorante de ce qui pouvait se passer entre deux amants. Elle écartait les cuisses et tentait de simuler quand elle ne ressentait rien. Cela l’excite de prendre les commandes, mais elle n’est pas encore très sûre d’en être capable.

Elle s’approche du canapé, toujours debout, si haute sur ses talons pointus que son pubis est à la hauteur du visage d’Antoine Sorel.



Antoine Sorel remonte ses lunettes sur son nez avant de poser un index sur le cœur transparent de la culotte, sur le haut du sexe de Sandrine, le laissant ensuite descendre le long de la fente qu’il trouve humide. Sandrine le regarde faire, essayant de savoir ce qu’il vaut comme partenaire. Elle le trouve respectueux, peut-être timide comme il l’a écrit, différent de l’impression qu’elle a eue au restaurant.



Il ne répond pas, mais s’attelle à la tâche, lentement, glissant ses mains à plat entre les fesses de Sandrine et la soie et faisant descendre ensuite le tissu jusqu’au milieu des cuisses. Ensuite, doucement, il avance son visage et pose ses lèvres sur le petit abricot juteux.



Il recommence et la douceur du baiser fait fondre Sandrine. C’est peut-être la première fois de sa vie qu’on l’embrasse aussi tendrement. Elle sent les mains chaudes de son amant posées sur ses fesses et son souffle tout contre son bas-ventre.



Le désir envahit Sandrine. La jeune femme a envie de plus, maintenant, de beaucoup plus que ces tendres baisers. Elle s’écarte et demande à Antoine de la suivre.



Elle s’allonge sur son lit et écarte les cuisses sans pudeur. Elle a toujours ses bas et ses chaussures, elle se sent encore une putain, mais pour le moment, elle n’en a pas honte. Elle a envie d’être une grosse cochonne qu’un imbécile de mâle adore. Et Antoine joue parfaitement son rôle. Il fourre sa tête entre ses cuisses, ses mains palpent les hanches charnues et sa langue entre en action. C’est bon. Cela faisait si longtemps. Hervé est le seul homme à l’avoir léchée comme ça et ce n’est plus arrivé après la naissance de Célia. La langue est râpeuse et vivante, elle fouille, elle va et elle revient. Elle est rapide comme une anguille et fine comme la pointe d’un pinceau.


Sandrine a fermé les yeux. Elle a rapidement un orgasme puis un autre. Elle est obligée de le supplier d’arrêter. Il redresse la tête, s’essuie la bouche pleine de jus avec la manche de sa chemise, réajuste ses lunettes et la regarde avec l’air d’attendre la suite. « Que demandes-tu, maîtresse ? semblent dire ses yeux. »



L’homme se redresse et sans un mot, il déboutonne lentement sa chemise. Il a un torse puissant et couvert de poils noirs. Puis son pantalon tombe aussi au sol. Ses cuisses sont courtes, épaisses et aussi poilues que la poitrine. Finalement, il abandonne son slip et montre une bite dressée comme un mat, rougeâtre et luisante qui dit toute autre chose de lui que son petit sourire timide.

La vue de ce corps bouleverse Sandrine. Elle ne s’attendait pas à une telle virilité chez ce petit homme.



Elle a envie qu’il la prenne sans attendre, mais elle sent qu’elle doit continuer le jeu qu’elle a commencé et se faire obéir.



Quand il est en place, elle l’enjambe et frotte doucement sa chatte mouillée et au bord de l’apothéose sur le membre dur de son amant. Ses mains posées à plat sur sa poitrine solide, elle va et elle vient et elle s’oublie et elle jouit sur lui, mouillant son ventre et ses cuisses. Elle retombe alors sur le lit à ses côtés, molle et liquide comme une flaque de boue.



Une fois de plus, le voyeur la surprend. Plutôt que de la baiser sur-le-champ, car elle l’a mis au supplice sans rien lui offrir, il se penche sur elle et pose ses lèvres doucement sur la peau de la jeune femme, sur l’épaule, au bout d’un sein, près du nombril, un peu partout.



Il continue encore et encore puis il la retourne et recommence sur son dos, le creux de ses reins, le sommet de chacune de ses fesses. Sandrine s’est laissé faire, elle se sent bien comme jamais détendue et calme. Il peut prendre ce qu’il veut, elle le donnera.


Et d’ailleurs, il se décide. Elle sent son poids sur elle, ses poils contre son dos, sa barre à mine qui se glisse entre ses cuisses. Elle lui laisse le passage et enfin elle le sent en elle, prenant toute la place, bien dur, qui coulisse facilement, avec son ventre qui vient buter contre ses fesses. Il a un bon coup de reins, rapide et puissant. À chaque fois, elle a l’impression qu’il va plus loin. Elle recommence à jouir, alors elle pousse de petits cris. Avant, elle avait besoin qu’il se taise et il s’est tu, mais maintenant, elle voudrait qu’il parle.



Mais il ne répond pas, il la baise, il souffle fort et elle est secouée comme un tas de gélatine par ses coups de queue réguliers et puissants. Elle crie encore. Elle réclame encore des mots sur cette baise qui la tue.



Et en même temps, elle sent son foutre la remplir. C’est une impression parce qu’il a enfilé un préservatif, mais elle le sent vraiment et elle jouit une fois de plus, et elle répand son jus sur le lit une fois de plus.


Il y a un temps de silence. Il est retombé sur elle, il l’écrase et c’est bon, même si elle a du mal à respirer. Elle avait peur que ce soit un freluquet et il est lourd sur elle, échoué comme un gros morse sur son dos. Puis il roule et lui murmure un « merci » dans l’oreille. Puis elle écoute son cœur reprendre un rythme normal, les bruits des voitures dans la rue.



Sandrine se penche, joue un peu avec la bite épaisse et trouve que sa main est bien petite autour de ce gros machin. Elle le lèche un peu, de la pointe de la langue. Le goût n’est pas si mal, moins écœurant que ce à quoi elle s’attendait. Parfois, son mari l’obligeait à boire son sperme et elle n’a jamais aimé ça. Elle le prend dans sa bouche et il durcit presque aussitôt. C’est bon de faire cet effet à une bite, alors elle pompe, doucement d’abord puis avec avidité, sans ménagement. Elle lève les yeux vers le propriétaire, il n’a pas l’air de se plaindre. Il la regarde avec des yeux brillants et ce petit sourire auquel elle commence à s’habituer. Elle pompe encore et il dit « Stop ! », il demande une pause qu’elle ne lui accorde pas. Elle pompe toujours et il la tire en arrière par les cheveux. Le gland qui s’échappe de sa bouche fait un « flop » assez comique.



Mais elle ment. Elle s’installe, les mains posées sur le bord du lavabo, les fesses relevées par les talons des chaussures qu’elle n’a toujours pas quittées et elle ferme les yeux au début. Elle ne les ouvre pas tant qu’il lui caresse les fesses, glissant même un doigt irrespectueux dans son œillet bien serré. Mais quand il la ramone comme une cheminée encrassée, elle les ouvre et le regarde faire. Elle voit les muscles de ses bras tendus, son visage rougi et ravagé par le plaisir, ses cheveux hirsutes et ridicules qui volent au-dessus de sa tête et quand il va jouir, elle croise son regard et cet échange allume un incendie dans son ventre. Cela va peut-être durer. Ils vont peut-être le faire encore et encore jusqu’à ce qu’ils en aient assez. Elle ne va plus être seule dans son grand lit. Elle pleure, de grosses larmes qu’elle laisse couler sur ses joues.


Il jette le préservatif dans la poubelle et il la prend dans ses bras. Il ne dit rien à part de petits « Chut ! » accompagnés de baisers dans le cou. Puis il la soulève comme si elle ne pesait pas plus qu’une petite fille. Elle se sent d’ailleurs comme une fillette inconsolable et elle pleure encore plus tandis qu’il l’emmène dans la chambre, qu’il la couche sous la couette, qu’il éteint la lumière et qu’il se glisse à côté d’elle, collé comme une patelle sur son rocher.



Et il se relève, nu et poilu, sans un mot de protestation. Sandrine a envie de recommencer à pleurer. Personne ne lui a jamais apporté un plateau dans son lit. Elle a même une surprise quand il revient : il y a deux flûtes et une bouteille de champagne au lieu de son vin blanc de supérette pour accompagner l’en-cas.