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Temps de lecture estimé : 52 mn
31/03/23
Résumé:  Une croisière qui commence bien et puis un naufrage sur un atoll. La vie de Robinson a ses charmes, le retour à la civilisation un peu moins.
Critères:  ffh vacances voyage bateau fellation pénétratio aventure -aventure
Auteur : Roy Suffer  (Vieil épicurien)            Envoi mini-message
Vague scélérate

C’est un monstre ! Le vacarme est assourdissant et permanent. Nous sommes à deux mètres les uns des autres et il faut hurler pour se faire entendre. Il est quinze heures et il fait pratiquement nuit, sauf les éclairs qui nous rendent plus aveugles encore pendant un instant. Je ne croyais pas ça possible. Au début, j’ai pris quelques photos avec mon smartphone ; mais, maintenant, je ne peux rien faire d’autre que me cramponner. J’avais déjà entendu parler de creux de huit ou dix mètres, mais là on est au-dessus, au moins quatorze ou quinze. Quand le bateau arrive au sommet de la vague, on a l’impression qu’on va s’envoler, qu’on est au bord d’un précipice. Et puis plaf, il retombe lourdement sur ce toboggan liquide qu’il dévale à toute allure et crac, la proue se plante dans le fond. Tout vibre dans le choc, tout objet libre percute les parois vers l’avant, on a l’impression pendant un instant d’être un sous-marin, ou de couler, ou de tenter de passer sous cette montagne d’eau. Et puis non, le bateau se cabre, refait surface et tente l’escalade. En même temps, on a l’impression que cette énorme ondulation avance sous l’étrave et qu’on fait l’ascenseur comme un bouchon. À peine le temps d’être presque soulagé que ça recommence. Et encore, et encore… On va tous mourir, ça ne peut pas être autrement. Je me dis qu’au moins, étant dans le poste de pilotage, je verrai venir la mort. Le capitaine avait accepté ma présence parce que j’avais le pied marin et que, ayant déjà un peu navigué, j’étais curieux de voir un « coup de vent » aux premières loges, mais je ne m’attendais pas à ça, lui non plus, d’ailleurs. La tempête a dû passer sur un courant chaud et gonfler en cyclone en quelques minutes, la météo ne l’a pas vu venir.


On avance grâce à un tourmentin, tout petit foc très costaud, indispensable pour que le bateau reste manœuvrable et ne soit pas ballotté comme un fétu de paille. Et malgré tout, on a la sensation que ça tape de plus en plus fort. La preuve : au sortir du creux suivant, la trappe de la soute à voiles s’est ouverte. Elle tient encore par ses charnières, mais pour combien de temps… ? Et à chaque plongée on embarque deux ou trois mètres cubes d’eau.



Le « fiston » c’est l’unique marin du bord en dehors du capitaine, une sorte d’homme à tout faire : aider aux manœuvres, tenir le bateau propre, faire la cuisine… En fait, tout repose sur lui et tout le mérite en revient à son patron. Il prend la barre, les yeux écarquillés pour suivre la progression du capitaine cramponné au bastingage d’acier. On est en pleine remontée, il ne lutte que contre le vent et les embruns. Parvenu au niveau de la trappe, sans lâcher le tube d’acier, il parvient à la rabattre d’un coup de pied et s’acharne à coups de talon pour en bloquer la fermeture. Moi, je trouve que les choses deviennent très compliquées et me penche pour ouvrir le coffre des gilets de sauvetage. J’ai à peine le temps d’en enfiler un que la proue pique dans le bas du nouveau mur d’eau avec une violence inouïe, comme si le bateau allait passer cul par-dessus tête. Quand la flotte s’évacue des vitres, plus de capitaine.



Et il sort lui aussi. Oui, mais la porte du poste part d’un coup et frappe la paroi extérieure dans un grand fracas. Elle retombe, plus tenue que par la charnière du bas. Putain, me voilà bien ! J’aurais été ravi de piloter ce gros trimaran par beau temps, mais là, ça me paraît au-delà de mes compétences, surtout avec le vent et les paquets de flotte dans le dos qui peu à peu envahissent tout le poste. Le garçon court vers la poupe, je l’aperçois un bref instant en jetant un coup d’œil par-dessus mon épaule, lançant une bouée fixée à un très long cordage qui se déroule à une vitesse folle. Je me cramponne à la barre, on arrive au creux de la descente et, de nouveau, le choc de la proue plantée dans l’eau. De nouveau, le bateau remonte et l’eau s’évacue, sauf dans le poste. J’en ai jusqu’à mi-mollet. On est mal, on est mal ! Et le fiston qui ne revient pas. Je ne peux pas tenir la barre et essayer de remettre la porte en place. Soudain, un grésillement suspect, et schlack ! Plus de courant, tout a sauté. Plus d’écrans, de phares éclairant le pont, plus de manœuvres possibles puisque tout est électrique dans ce fichu bateau. Grand moment de solitude. Pour moi, c’est bon, l’affaire est pliée, il n’y a même personne pour entendre mes dernières volontés. Le fiston ne revient pas, lui non plus ne reviendra sans doute jamais. À moins qu’il n’utilise la bouée et le bout qu’il a lui-même lancés. Je n’ai pas le temps d’une prière, ni pour moi, ni pour les deux marins, ni pour les cinq autres passagers qui sont en dessous, dans leurs cabines, et doivent vomir tripes et boyaux sans se douter de ce qui se trame. Aussitôt, c’est un nouveau plantage de proue, encore plus violent, accompagné de craquements sinistres, comme si on avait heurté quelque chose. Bien qu’arc-bouté à la barre, je la prends en plein estomac, le souffle coupé pendant dix secondes. Heureusement que le gilet de sauvetage a en partie amorti le choc. Cette fois, c’est la fin. On va tous crever et disparaître « corps et biens » – comme dit cette expression stupide – bouffés par les crabes et les requins.



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Pourtant, tout avait bien commencé… ou presque. En fait, c’est mon toubib, devenu un copain à force d’aller le consulter pour sciatiques, vertèbres en vrac, intestins en capilotade et autres arythmies cardiaques, qui m’a dit un jour :



Alors je décide de m’octroyer un mois de vacances. Oui, mais pas à ne rien faire, pour moi, impossible. Je pense à mes amis qui habitent Saint-Pierre à la Réunion, ce serait sympa et dépaysant d’aller leur rendre visite. Ils m’accueillent avec joie, c’est la première fois que je leur rends visite sur cette île. Rien que les quatorze heures d’avion, je me sens déjà reposé. Dès le premier dîner, je leur demande ce que je peux découvrir sur cette île. Ils me listent les randonnées possibles, le Piton de la Fournaise et une dizaine d’autres endroits sympas. Et puis, devant ma moue mitigée, ils repensent à une croisière qui a ravi certains de leurs copains : Maurice, les Seychelles, Mayotte et retour par Madagascar sur un voilier. Un mois de croisière de rêve sur un petit bateau à taille humaine, pas une barre HLM flottante. Ça me plaît bien. Le lendemain, je fonce au Port et, sur leurs indications, je trouve le croisiériste en question. Un mec très couleur locale, mais un magnifique trimaran de vingt mètres, trois cabines simples et trois doubles, deux hommes d’équipage seulement pour un bateau tout neuf bourré d’électronique et d’assistance électrique. Su-perbe ! Les trois coques supportent un espace à vivre immense et très bien équipé, quasiment luxueux, le poste de pilotage est situé au-dessus, en « flybridge », couvert d’un toit de panneaux photovoltaïques qui couvrent, avec deux éoliennes à l’arrière des flotteurs, l’essentiel de la consommation électrique. Un moteur diesel est là pour suppléer éventuellement et effectuer les manœuvres de port. La croisière fonctionne sur le mode « charter », on ne lève l’ancre que lorsque les cabines sont toutes louées. Si je prends la cabine simple restante, le départ est pour après-demain. Banco pour une vingtaine de jours sur l’océan Indien, six mille kilomètres à une moyenne de vingt kilomètres-heure dans des conditions de silence et de détente parfaites. Et puis visite de toutes ces jolies îles dont les noms font rêver.


Le jour de l’embarquement, je fais connaissance des autres passagers : un couple de septuagénaires qui s’offre cette croisière pour leurs noces d’or, un gros bonhomme en costume et chapeau blancs accompagné de deux sirènes, l’une fine et blonde à cheveux courts, l’autre pulpeuse, brune et frisée à longs cheveux noir corbeau. Il me donne l’impression d’un mafioso partant en goguette avec deux de ses maîtresses et qui va se faire pomper le dard pendant tout le voyage sans sortir de sa cabine. En fait, j’apprends au dîner qu’il s’agit d’un roi de la pâte de luxe offrant une croisière à ses filles pour leur vingt-cinquième et trentième anniversaire. Leur mère suédoise, d’où la blondeur de l’aînée était décédée il y a huit ans d’une leucémie. Je partage avec leur père l’état de surmenage des chefs d’entreprises qui nécessite un break recommandé par la faculté. Le capitaine dîne avec nous, son matelot fait la cuisine et le service, le bateau est contrôlé par le pilote automatique et glisse silencieusement à bonne allure. Merveilleuse île Maurice, ancienne Isle de France, qui nous enchante tous par ses paysages et son dynamisme, avec un accueil exceptionnel pour les touristes. Puis, longue traversée vers les Seychelles, Mahé, plus précisément. Tout le temps de faire connaissance avec les autres passagers, notamment ces deux beautés, filles du roi de la pâte de luxe, parlant indifféremment le français et l’italien, comme leur père. J’en profite aussi pour pêcher avec le matelot, c’est sa détente favorite lorsque le pauvre bougre ne court pas partout pour tout assurer. Nous pêchons quelques thazards de belle taille, des sortes de gros maquereaux, et une ou deux carangues. « Fiston », c’est ainsi que l’appelle le capitaine, n’a pas son pareil pour les cuisiner à la façon locale et ainsi améliorer l’ordinaire. Chacune de nos escales permet également de se ravitailler en produits frais, fruits et légumes, ce qui limite au minimum le recours aux conserves. Sur Mahé, la plage de Beau Vallon est… somptueuse, à couper le souffle, l’une des plus belles du monde. L’occasion de jolis clichés, surtout avec mes deux compagnes de voyage en maillots minimalistes, elles peuvent se le permettre.


Jusque-là, tout va bien, comme disait le mec en passant devant la fenêtre du quatrième, chutant du quinzième étage. Nous ignorons ce qui nous attend sur la route de Mayotte. Tout juste est-il annoncé un coup de vent qui doit simplement renforcer les alizés qui nous portent à bonne allure depuis le départ, l’occasion de mettre un peu de piment à cette navigation paisible. Putain, si j’avais su…



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Pourtant le bateau remonte la pente, je le sens plus que je ne le vois, sauf pendant les éclairs. Juste le temps de distinguer des paquets de mer arrachés par la tempête à la crête des vagues. Sensation de s’envoler quand l’étrave franchit le sommet, l’estomac remonte quand le bateau retombe pour filer plus vite se planter dans le creux suivant. Cette fois, je m’attends au choc ; tassé sur moi-même, un pied calé contre le bas du poste, l’autre reculé pour encaisser l’impact, jambes à demi fléchies. Et ça tape, et ça recommence, encore et encore. La flotte rentre dans le poste puis ressort, et ainsi de suite. Combien de temps vais-je pouvoir tenir ? Moi, l’un des passagers, je me retrouve avec charge d’âmes. Et que se passe-t-il en dessous ? Mes doigts sont crispés sur la barre, mes muscles tétanisent, les yeux me piquent d’essayer de percer cette nuit en plein jour. Et puis soudain, c’est LE choc. Dans un fracas épouvantable, je me retrouve à plat ventre sur les instruments du bord, la tronche contre la vitre qui, heureusement, n’a pas cédé. Je me laisse glisser sur le sol. Le bateau remonte un peu, mais ne grimpe pas la montagne d’eau qui semble le faire reculer. Cette fois, il pique du nez en permanence, la barre tourne dans le vide, on coule ! La vague suivante le prend par l’arrière et le propulse comme une vulgaire planche de surf, il tourne seul vers bâbord et il se produit un nouveau craquement formidable. À n’en pas douter, nous avons d’abord touché le fond, bizarre en plein océan, et nous sommes en train d’être drossés sur des rochers sur lesquels l’embarcation se fracasse. Fond, rochers, donc terre. Je sors à mon tour pour essayer d’y voir quelque chose. Un éclair, rochers devant et à gauche et on va se replanter dessus. À droite, rien, apparemment. Je lâche le bastingage, c’est par là qu’il faut fuir avant la catastrophe finale. Je plonge. Le gilet de sauvetage me maintient à la surface, tête hors de l’eau, du moins de temps en temps. Tout petit bouchon flottant dans cet océan déchaîné, je ne donne pas cher de ma peau. Ma trouille est d’être broyé sur des rochers, je nage quand même de toutes mes forces pour m’en éloigner dans une direction qui me semble parallèle à celle du bateau. Il se passe des minutes, des heures peut-être, je ne sais plus, je suis épuisé. Que c’est dur de nager avec ce gilet et ces vêtements détrempés ! Je me laisse aller, abandonné à la volonté de l’océan. Ciao la vie, ce n’était pas si mal, mais bon…


L’instinct de survie me pousse à inspirer de grandes goulées chaque fois que ma tête est hors de l’eau. De temps en temps, j’en bois de bonnes rasades. Trop salée, pas bon, chef ! Et puis, première sensation. Au creux de la vague, quelque chose semble toucher mes pieds. J’attends le creux suivant, tendant bien les jambes. Yes, c’est le fond. Quoi ? Je ne sais pas encore. Je me remets à nager comme un fou jusqu’au creux suivant et là, oui, je peux me tenir debout sur un sol mou, du sable, apparemment. Je suis tellement content que je ne me méfie pas de la vague suivante qui arrive et me fauche. Pendant de longues minutes, je suis ballotté, roulé, plaqué, écrasé sur le sable. Je fuis cette flotte rageuse à quatre pattes, comme poursuivi par un fauve. Et puis pouf, plus rien, rideau…



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J’entrouvre les yeux. Tiens ? Un ange. Je suis bien mort alors. Bizarre, un ange qui pleure. Bon Dieu, la fille des pâtes !



Elle me prend les deux bras et me tire au sec, je baignais encore jusqu’à la taille. Balaise, la fille, pourtant très mince. Je me lève, je tiens à peine sur mes jambes et m’appuie sur son épaule. Le jour est revenu, le ciel n’est plus que gris. La mer est encore forte, mais seulement au loin, derrière une barrière de corail. J’en déduis qu’on est sur une île, un atoll sûrement, sur une plage qui pourrait être sympa, au fond d’une baie bordée par un lagon. À droite, un bloc de rochers sombres, du basalte probablement dans cette région volcanique. Et sur les rochers, le bateau planté sur son flotteur gauche, coques explosées, mât cassé. Une épave inutilisable.



La jeune femme est étendue, le côté gauche comme passé à la raboteuse du mollet à l’épaule. Ça ne paraît pas très grave, juste superficiel, mais avec l’eau de mer et sans désinfectant, ça pourrait s’aggraver. Je sais où se trouve la pharmacie, dans le poste de pilotage. Reste à la récupérer. Pas le choix, il faut y aller, et avant la nuit qui, sous ces latitudes, tombe d’un coup. Je décide d’y aller, la blonde Laura choisit de me suivre. C’est bien, à deux on pourra peut-être rapporter de quoi manger et dormir à l’abri. Crapahut sur les rochers, assez facile au début, puis de plus en plus rock 'n’ roll. Il faut aussi grimper sur l’épave, drossée à quarante-cinq degrés sur le côté, pour atteindre le poste de pilotage. La pharmacie est bien là, gisant par terre, car décrochée par les chocs, mais elle est restée fermée à clé. Il faudra un outil pour la forcer. Je la sors puis on va visiter la cuisine. Tout est bouleversé, mais il y a des gamelles métalliques, des couverts, des conserves. Nous prenons ce que nous pouvons dans nos poches, puis Laura s’écrie :



Elle se laisse glisser jusqu’à leur cabine, je l’aide à en sortir avec deux sacs à dos et deux valises.



On remplit les sacs à dos, ustensiles, conserves, boissons, les bouteilles plastiques ne sont pas cassées. Nous ressortons chargés comme des mules. Un tas de matériel flotte dans le lagon au pied de l’épave, des coussins, des morceaux de meubles… on s’en occupera plus tard. Au passage, je décroche le tourmentin qui pourra nous servir de couverture ou de tapis de sol. L’urgence est de nettoyer les plaies de Francesca, la frangine. Cette grande blonde me surprend. Elle est costaude et sportive et ne se plaint pas malgré son sac et ses deux valises. Moi j’en bave, la voile mouillée est très lourde et la pharmacie aussi.


On s’installe au sec, tout près des premiers arbres et arbustes. On étale la voile pour y installer Francesca hors du sable. Je force la pharmacie avec un couteau, deux en fait, car le premier casse. Laura la soigne délicatement, je vais chercher de quoi faire du feu, des branches, des feuilles mortes, des débris, de la laisse de mer. Vers dix-huit heures, la nuit tombe d’un coup. Après une douzaine d’essais, mon briquet accepte de faire une flamme, les feuilles s’embrasent, puis les branches. Ça pourrait être sympa, ce petit feu de camp. Pourtant les deux sœurs se tiennent serrées l’une contre l’autre et pleurent comme des madeleines. Je respecte leur peine. Si au moins j’avais une clope…


La nuit est mauvaise, on aurait pu s’en douter. Vêtements mouillés qui donnent une sensation de froid, et surtout toutes ces images d’horreur dans nos têtes. Résultat, plus de temps auprès du feu ravivé qu’à dormir. L’occasion, pour se changer les idées, d’élaborer un plan pour le lendemain. D’abord, explorer notre supposée île. En est-ce vraiment une, ou bien la pointe de Madagascar ou autre ? Est-elle habitée, grande, petite ? Francesca restera sur place pour guérir tranquillement et nous partirons avec Laura en longeant la plage.



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Nous marchons une heure dans un paysage identique, plage et lagon d’un côté, forêt dense de l’autre, silhouettes de poissons d’un côté et cris d’oiseaux de l’autre. Puis, petit à petit, la forêt devient moins dense, plus claire, moins haute également. Enfin, après une autre petite demi-heure, nous atteignons une pointe sableuse mourant en pente douce dans la mer. Bout de l’île. Nous décidons de repartir par la plage opposée, de nouveau une heure et demie de marche avant de repérer, dominant la forêt, la masse basaltique de notre échouage. La forêt est à cet endroit très dense, certainement grâce à un sol moins sableux et plus volcanique. Les espèces sont nombreuses, de tailles variées, et l’on y reconnaît avec joie des cocotiers, des manguiers, des papayers, des bougainvilliers, même des bananiers et des tas d’autres espèces inconnues. Nous en profitons pour rapporter des brassées de bois mort.



Blister de jambon et boîte de maïs, on convient de réserver le feu au soir. Ensuite, expédition au bateau, du moins, ce qu’il en reste ! Nous faisons deux voyages, rapportant tout ce qui est possible et a priori utile. On ne sait jamais : encore une tempête comme la précédente et on perd tout. Puis je demande à Laura, excellente nageuse, de pousser jusqu’à la plage tous les objets flottants tombés dans le lagon pendant que j’essaye de ramener des voiles qui nous serviront de tente. Encore cinq heures de travail acharné avant la tombée brutale de la nuit. Dîner-conserves, encore, mais chaud auprès du feu de camp. Nuit à peine meilleure sauf que la fatigue physique nous emporte dans quelques heures de profond sommeil.


Pour sortir les plus grandes voiles, il faut être au moins deux. Elles doivent être en kevlar ou une matière de ce genre qui ne retient par l’eau. En revanche, la flotte s’est infiltrée dans l’enroulement et pèse une tonne. Galère ! Mais de quoi faire une tente d’escouade. J’ai récupéré aussi le cordage lancé par le « fiston » avec sa bouée au bout. Une cinquantaine de mètres à faire sécher également. Avec tout ça, nous allons pouvoir installer un campement de fortune un peu plus confortable et abrité. Nous choisissons l’endroit le plus abrité possible, à l’arrière du pic volcanique, pour ne pas risquer de nous faire arracher la tente par une prochaine tempête. Mais il nous faudrait des outils, au moins une pelle et un marteau, une scie ou une hache pour tailler des piquets. Je finis par trouver l’outillage dans l’un des flotteurs, et il y a un peu de tout, une vraie quincaillerie. J’en profite pour finir de démonter la porte du poste qui nous servira de table et pour récupérer les deux tangons du spi, la voile ballon, pour faire des mâts à notre tente. Pendant ce temps, les filles creusent une plate-forme dans la pente volcanique pour y planter notre logis. Encore une fois épuisés.



Je dois être trop fatigué, je ne parviens pas à dormir. Moi aussi je suis dans une merde profonde : mon entreprise. Un mois de vacances un peu forcées passe, mais trois, ça va faire beaucoup ! Tant pis, je suis vivant, c’est le principal. Vivant, mais… pour combien de temps ? Sans eau surtout. Il faut trouver un moyen. Ah, et puis j’ai mal au dos sur le sable, zut ! Demain, je sors des matelas. De l’eau douce y en a dans le bateau, je l’ai vu faire le plein à Mahé : mille litres de fuel, mille litres de flotte. De l’eau pour faire des pâtes, du fuel pour les cuire. Je ne sais pas si ça ferait plaisir aux filles… Je suis con, les pâtes, ça se cuit à l’eau salée, donc eau de mer… Incroyable ce que l’esprit peut divaguer quand on est mal… Demain, il faut que je me trouve un couvre-chef, j’ai dû prendre un coup de soleil… Dodo.


Je vais au bateau. Cette fois, je visite toutes les cabines et je récupère tout ce qui peut servir, maintenant ou plus tard. Trois voyages, relayé par Laura une fois qu’elle a soigné sa sœur. Elle cicatrise bien, pas d’infection, ouf. Dans la cabine du capitaine, je trouve des trésors. D’abord des casquettes, pas celle qu’il portait quand il a disparu, évidemment. Et puis une collection de pipes et des boîtes de tabac en métal, encore scotchées autour du couvercle. Comme elles sont légères, il y a de fortes chances qu’elles n’aient pas pris l’eau. Et enfin, le bougre avait une collection d’alcools, surtout du whisky. Voilà des petits plaisirs dont je ne vais pas me priver. Embarqué. Ensuite, je m’attaque aux matelas, trempés, et donc lourds comme des ânes morts. Je laisse tomber ceux des cabines doubles qui baignent encore dans l’eau, n’essayant d’extraire que les simples, juchés haut sur bâbord. Malgré tout, c’est un travail de Romain. Je les sors juste de la coque, sur les rochers, il faudra être deux pour les traîner jusqu’à la plage. On y passe l’après-midi, puis on saute dessus, on les plie en de multiples endroits, on saute encore pour les essorer comme de grosses éponges. Après, le cagnard et l’alizé feront le boulot. Encore une journée épuisante. Feu de camp, conserves, mais après un bon whisky partagé avec Laura à même le goulot. Francesca n’en veut pas, trop fort pour elle. Ensuite, je savoure, ou presque, une pipe avec le tabac âcre du capitaine. Je sais, c’est pas bien, mais je suis intoxiqué et je n’ai pas eu le temps de faire un stage.



Moi je n’avais pas osé raviver les douleurs et je n’avais pas touché à sa cabine. La décision de Laura montre qu’elle commence à cicatriser de son chagrin, ou du moins à le surmonter. Vivement que les matelas soient secs, la nuit est encore pénible pour le dos.


Laura rapporte les valises de son père d’où elle sort effectivement une trentaine de tubes d’aluminium bien fermés, contenant chacun un gros havane. Je décide de m’en octroyer un par jour jusqu’à épuisement, bien meilleurs que le tabac à pipe trop raide du capitaine. Avec les poulies et le bout’ de la bôme, je fabrique un palan qui, attaché au bastingage, permet d’extraire les choses les plus lourdes. D’abord les matelas des cabines doubles, trempés et lourds aussi comme des ânes morts, bien qu’ils soient séparés en deux matelas de quatre-vingts. Six matelas à tirer donc que nous plaçons sur les rochers les plus pointus pour faire comme un chemin vers notre campement. À l’autre bout, Frane qui va de mieux en mieux charrie des bassines de sable pour compléter ce sentier d’accès à l’épave. Nous avons encore des tonnes de choses à récupérer, à commencer par les plus grandes voiles. Au lieu de bricoler avec les focs, une seule voile nous permet de monter une vaste tente tenue par les deux tangons et arrimée avec les haubans d’acier dont il a suffi de démonter les manilles. Les focs en tapis de sol, une grand-voile bien tendue et enterrée sur plusieurs dizaines de centimètres, nous voilà un abri très correct. Le tourmentin nous sert de « portière » pour protéger le couchage. Les trois matelas placés au fond côte à côte avec des draps bien séchés au soleil, notre campement pourrait avoir un aspect sympathique de camping sauvage dans un paysage magnifique… si la situation n’était pas aussi critique.



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Une quinzaine s’est écoulée depuis l’échouage. Les copains doivent commencer à s’alarmer, du moins on l’espère. Nous devions rentrer avant-hier à la Réunion. Désormais, notre organisation se fait en deux parties : le matin est consacré à la subsistance alimentaire, pêche, cueillette, ramassage du bois mort pour le feu ; l’après-midi, nous continuons à récupérer des objets dans l’épave, ne serait-ce que du bois de meubles pour le feu. Et puis j’accède enfin à la soute arrière où se trouvent les réservoirs. Un mètre cube d’eau douce, inutile de chercher à le déplacer, même en rêve, ça pèse exactement une tonne. Alors nous avons recours à des bidons alimentaires trouvés dans la cuisine, ayant contenu qui de l’huile, qui du vinaigre, qui du lait. Se laver à l’eau de mer, c’est mieux que rien, mais pour les cheveux, notamment, c’est pas terrible. Ça poisse. Nous nous accordons un litre par semaine chacun pour nous rincer les tifs après shampooing à l’eau de mer. Je n’utilise qu’un demi-litre avec mes cheveux courts, je file le reste à Francesca pour bien rincer sa tignasse longue et bouclée. En attendant la pluie qui ne vient pas, nous avons étalé le spi, cette immense voile ballon, sur la pente du piton volcanique, espérant ainsi que toute l’eau tombant du ciel ruissellera jusque dans nos réservoirs, munis d’un gros entonnoir et de deux passoires comme filtres. Mais surtout, cette voile très colorée vert et rouge constitue un repère en cas de survol par un avion. Pour l’instant, il n’y a que les frégates, ces pirates de l’air, qui baladent leurs doubles queues au-dessus de nos têtes, de plus en plus près d’ailleurs.


Mine de rien, nous consommons beaucoup de bois avec nos feux quotidiens. Certes, nous avons une vingtaine d’hectares de forêt à portée de main, mais ces espèces ne font pas beaucoup de branches et de bois mort. Surtout des feuilles trop vite brûlées. Avec Laura et nos sacs à dos, nous commençons à quadriller cette forêt, trouvant toujours des fleurs plus belles et des fruits plus délicieux. Quelques vieux arbres sont couchés sur le sol, abattus par l’âge et les tempêtes. Je scie les parties les plus fines, travail harassant par cette chaleur. Mais la meilleure source reste le bois flotté, essentiellement concentré de l’autre côté de l’île et plus ou moins piégé par la barrière de corail assez proche, une centaine de mètres.



Sur ce, elle pose t-shirt, short et petite culotte avant de se jeter à l’eau. La mâchoire m’en tombe.



Émoustillé est trop peu dire. Étonné sûrement, chamboulé c’est certain, excité je le sens bien. Je la regarde s’éloigner, plonger, crawler, continuant de l’admirer à travers l’eau transparente du lagon. Cette fille est une torpille dans l’eau. Les dieux de l’Asgard se sont penchés sur son berceau. Longiligne au possible, très mince, mais pas maigre, des épaules carrées, une cage thoracique bien développée, une taille fine, une olive parfaite des hanches, deux petites fesses hautes et rebondies comme deux melons et des seins… petits, c’est vrai, mais coniques et drus, terminés par deux aréoles boursouflées et deux tétons cylindriques gros et dressés. Elle pourrait être mannequin de mode, archétype de la féminité nordique. Elle empile les morceaux de bois en une sorte de radeau flottant gros comme un nid de rat musqué et pousse le tout à la seule force de ses battements de pieds.



Je m’exécute, mais… je ne peux dissimuler une érection majuscule.



Elle tombe à genoux et se met à me pomper avec empressement et savoir-faire. Délicieux, fantastique. Puis elle se relève sans lâcher mon sexe et le positionne à l’entrée du sien. Elle est tellement grande, ses jambes sont tellement longues que ça paraît d’une facilité déconcertante. Collés l’un à l’autre, ses tétons vrillent ma poitrine, sa langue s’enroule autour de la mienne, comme sa jambe levée qui se love autour de ma cuisse. Cette fille est une liane et je tiens dans mes mains étonnées deux boules de bowling, lisses et dures, pressant son bassin contre le mien. Moment d’éternité en toute voracité, mais la pose devient vite fatigante. Elle m’entraîne à sa suite jusqu’au premier arbre sur lequel elle prend appui, me tendant son joli petit cul pommé. Nouveau bonheur, nouvelles sensations, premier orgasme quand je lui massacre en même temps les tétons. Là, elle flanche et nous continuons à quatre pattes, en levrette. Cette fois, c’est à son clitoris que je m’attaque sans ménagement.



Quand elle atteint son second orgasme, je lâche les chevaux et annonce bientôt ma reddition. Elle se retourne d’un coup de reins et embouche ma queue en l’astiquant à toute allure. J’éjacule dans sa bouche à longs jets interminables, des semaines de réserves.



Je sors le bois de l’eau, en profitant pour laver ma zigounette ramollie, puis je charge nos sacs à dos. Laura endosse le sien, y ajoutant ses vêtements roulés en boule. Moi je me rhabille. Direction le campement.



Nous arrivons au camp et Francesca écarquille ses jolis yeux bleus.



En effet, une barre très noire est en train de monter sur le fond du ciel et les oiseaux font du rase-mottes. Normal, on est en hiver austral, la saison des pluies. Je cours comme un fou doubler les piquets de fixation du spi. Les filles remisent tout ce qui traîne sous l’avancée de la tente, arrimant tout ce qui est possible de l’être. Nous nous préparons au pire, mais nous le connaissons déjà. Il est temps de déjeuner, nous faisons un feu qui est peut-être le dernier avant plusieurs jours, histoire de manger chaud. Une brise se lève, assez fraîche, mais ce n’est qu’une brise. Puis, en milieu d’après-midi, la pluie arrive, presque tiède. Je trouve que le moment est idéal pour une douche gratuite et sans effort à l’eau douce. Je me déshabille et je sors avec une savonnette. Après un instant d’hésitation, les filles me suivent.


C’est la première fois que je vois Francesca nue et je ressens à peu près la même émotion que le matin en voyant Laura. Une beauté, très italienne, beaucoup plus charnue et voluptueuse que sa sœur, bien qu’à peu près de la même taille. Leur seul point commun, le bleu de leurs yeux. Sans hésiter, Laura me savonne, partout partout, et bien sûr je bande comme un bourricot. Puis elle me passe la savonnette pour que je la savonne et… que je savonne sa sœur. Le pied ! Les seins généreux de Frane, son fessier plantureux, tout ce corps enrobé de moelleux, si doux à pétrir, me fascine, m’enchante et m’enfièvre. Elle le sent, sa sœur aussi. Voilà deux déesses, l’une à la blondeur et la silhouette nordique, mais à la peau mate qui capte le moindre rayon de soleil, l’autre à l’anatomie et à la chevelure transalpine, mais avec la peau laiteuse d’une scandinave. Paix à son âme, mais le roi de la pâte a réussi un sacré doublé. Les ablutions terminées, les filles rentrent se sécher à l’abri, je vais changer le réservoir d’eau de pluie, ça me calme. Dire que cette première flotte est parfaitement limpide serait mentir. Elle a rincé le spinnaker et est un peu trouble. Une fois décantée, elle sera parfaite pour rincer nos tignasses. En tout cas, ça donne fort et un jerrycan se remplit en moins de dix minutes. Perdre cette eau douce serait scandaleux, alors je fais l’inverse : je transporte les jerrycans au bateau pour réalimenter le réservoir. Nous grignotons à l’abri notre dernier blister de jambon et quelques fruits, à tâtons sur la fin, car la nuit est tombée. Et puis au dodo malgré le martèlement permanent de la pluie sur la voile. Apparemment, c’est étanche. Je sens soudain la main de Laura, ma voisine de matelas, se poser sur ma poitrine puis descendre, descendre… Le drap s’envole et sa cuisse vient sur les miennes, puis son corps sur le mien. Quelle liane ! Elle s’enroule autour de moi, sa bouche trouve la mienne et son sexe cherche le mien à petits coups de bassin. Quand il le trouve, elle s’empale en ronronnant comme une chatte et très vite se met en mouvement à la recherche de son plaisir. Oui, mais, ce faisant, elle gémit et ahane comme un soufflet de forge.



Elles continuent de s’invectiver, mais en italien, si vite et avec des mots qui ne sont pas dans le dictionnaire que je n’y comprends rien. Sinon qu’elles sont très fâchées. Le début de ces ébats prometteurs m’ayant entraîné sur le matelas du milieu, les deux nanas se retournent chacune de son côté, je reste entre ces deux culs avec le paratonnerre dressé pour des prunes. Demain sera un autre jour…


Le lendemain, c’est explication de texte entre les deux frangines dès le réveil, leurs culs posés sur un tronc de cocotier tombé. Je vaque à mes occupations, en l’occurrence la pêche, le feu de camp et le poisson cuit dans les braises, enveloppé dans des feuilles de bananier, une technique vue à la Réunion. Délicieux. Pourtant les filles ont l’air de s’en foutre comme de leur première dent de lait. Laura est maussade, Francesca tout sourire, la cadette aurait-elle eu raison de son aînée ?



Francesca n’a pas soufflé mot durant toute cette discussion, alors qu’elle avait précédemment tenu tête à sa sœur. Mais l’aînée avait su reprendre l’ascendant. Peut-être aussi craignait-elle de se faire rembarrer en essayant de me séduire directement. Quoi qu’il en soit, je l’emmène sous la tente avec la sensation bizarre de le faire selon la volonté de Laura. Impression vite oubliée devant le corps somptueux qui m’est offert, tout en courbes lascives, une odalisque de toute beauté. Elle rosit sous mon regard, mais je l’interroge :



Mes mains remplacent mes regards sur ce corps de rêve dont la peau me surprend par son extrême douceur, quasi impalpable. Ses seins généreux subissent forcément la loi de la pesanteur tout en restant d’une agréable fermeté. Je sais bien qu’il est malvenu de comparer ces deux sœurs, mais mon cerveau ne peut s’empêcher de le faire. Autant l’aînée est tout en muscles et en force, autant la cadette est en douceur tendre et moelleuse, sans toutefois être grosse ou grasse. Et leurs caractères vont de pair, dur et volontaire pour l’une, calme et soumise pour l’autre. Car si Laura prend activement son plaisir, Francesca se laisse faire, accompagnant sans exiger. Pourtant, que de volupté dans ce corps sublime qui s’offre à toutes mes caresses, ouvre largement ses cuisses charnues pour que je me délecte de sa vulve épaisse et tendre, geignant dès mes premiers coups de langue. C’est quand je m’étends sur elle, mon sexe plongé au fond du sien, que nous échangeons notre premier baiser, qu’elle m’enlace et me serre contre elle, m’offrant l’infini confort de sa généreuse poitrine écrasée par la mienne. Je ne lui fais pas l’amour, mais la tendresse, lentement, profondément, délicatement. Nous roulons sur le matelas voisin et je la redresse pour qu’elle prenne son plaisir, empalée sur mon dard. Elle est lente et constante comme un chamelier, pétrissant elle-même ses tétons érigés. Somptueuse et délicieuse. C’est l’exigence de mon désir impérieux qui me la fait retourner à quatre pattes pour m’offrir une levrette endiablée dans ce cul si merveilleusement pommé et généreux. L’une tient du mannequin suédois, l’autre de l’actrice italienne des années soixante. Encore une fois, joli doublé, le roi de la pâte de luxe ! C’est le bruit du bois déchargé par Laura qui nous tire de la tendre étreinte qui a suivi nos ébats.



Après un dîner sommaire de fruits et de poisson grillé, nous rentrons sous la tente à la lueur du feu en extinction. Laura prend son tour rapidement, m’enveloppant de son corps de liane. Affamée, délirante. En levrette, je cherche instinctivement le corps tendre de Frane et trouve sa main entre les cuisses, en pleine masturbation. Je la remplace. Divin moment durant lequel je m’évertue à mener ces deux beautés à l’extase, mais c’est épuisant.



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C’est fou comme des gonades bien vidées peuvent donner la pêche. Je me réveille le dernier, certes, mais pétri du désir de donner du bonheur à mes deux compagnes. D’abord, ce sont les crabes, curieusement très nombreux sur les rochers ce matin, que je collecte aisément pour un succulent repas, nous les faisons cuire à l’eau de mer. Et puis sur l’épave, je donne du tournevis pour démonter des accessoires, l’essentiel ayant déjà été récupéré. Ce sont d’abord les miroirs, deux petits et un grand, pour que les belles puissent se pomponner et moi me raser. Ensuite, ce sont des toilettes, elles seront plus confortables qu’un simple trou dans le sable. Elles sont légères, en acrylique, on les remplira d’eau de mer et une tranchée permettra de disperser le tuyau de déjection dans une fosse à plusieurs mètres. Pas de solution en revanche pour remplacer le papier revenu à l’état de pâte, il faudra continuer de se laver le cul dans le lagon.


Le regret de ne pas voir mes splendides maîtresses dans la nuit de notre tente me pousse à tenter de récupérer l’éolienne la moins abîmée, sur l’arrière du flotteur le moins touché. En redressant au briquet deux pales de plastique légèrement voilées, le générateur semble fonctionnel. Des heures de travail ensuite pour arracher des mètres de câbles ; qui me conduisent à une armoire technique contenant des batteries de servitudes : éclairage en douze volts, onduleur pour les rasoirs et sèche-cheveux, régulateur couplant les éoliennes, les panneaux solaires inclus dans le toit et la génératrice du moteur diesel. Les batteries au lithium sont étanches et sans entretien, potentiellement encore opérationnelles. J’en prends une, douze bons kilos, quelques spots LED trouvent place dans mes poches. Une journée pour démonter tout ça avec délicatesse, une autre pour remonter un « bricolage » éolienne-batterie, batterie-spot avec interrupteur. Je décide de placer l’éolienne en haut du piton rocheux, exposée en plein vent et notamment à l’alizé. Mauvaise surprise : la barrière de corail est quasiment inexistante au pied du piton, qui n’a qu’une trentaine de mètres de hauteur. Le fond doit tomber à pic à cet endroit. Et à son pied, battus par le ressac, j’aperçois les restes de deux corps avec des lambeaux de vêtements et partiellement dévorés par les animaux marins. Vision d’horreur ! Mon sang se transforme instantanément en liquide de refroidissement. Un frisson colossal me fait grelotter. Malgré une énorme boule à l’estomac, je n’en parle pas aux filles et retourne rapidement dans l’épave au prétexte qu’il me manque une vingtaine de mètres de câble. Je retrouve surtout une bouteille de whisky dans la cabine du capitaine et j’en bois une grande rasade, tardant à rejoindre le campement. Je me file des claques pour reprendre des couleurs, je ne souhaite à personne de voir ce que j’ai vu.


Le lendemain, je teste l’éolienne avec une lampe, elle fournit du courant. Je la connecte sur la batterie et installe un spot sur le tangon de notre tente. Ça fonctionne ! Soir de fête pour ce nouveau confort permettant d’allonger les soirées et d’agrémenter les ébats de notre trio. Elles sont si belles… Francesca me demande de placer un spot dehors pour éclairer un peu la plage. Il est pratique de pouvoir aller se rincer dans le lagon après l’amour, ça donne chaud. Je vais donc démonter l’un des phares placés sur le poste de pilotage et encore une vingtaine de mètres de câble. Fixé sur un cocotier le plus haut possible, on peut désormais prendre sans souci un bain de minuit. Conséquence inattendue, lorsque le projecteur reste allumé plusieurs minutes, des poissons volants viennent s’échouer sur le sable. Repas assurés avec des bestioles qui ont un curieux et délicieux goût de chocolat. Pour une fois, Frane se régale avec du poisson.



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Nous fêtons notre premier mois de Robinsons, sans chèvres ni Vendredi. Je fume le dernier cigare. Il a de nouveau plu et nos réserves d’eau douce sont de nouveau pleines. Nous sommes en hiver austral en plein mois d’août, ce qui signifie à cette latitude tropicale la saison des pluies et un thermomètre entre 19 et 26 degrés. On n’en a pas, mais on est bien, même à poil. Et c’est devenu désormais, depuis que nous nous connaissons « bibliquement », sinon la règle du moins une habitude. Cueillette, pêche, ramassage de bois et parfois d’œufs d’oiseaux de mer sont nos principales activités matinales. L’après-midi, les filles font parfois de la lessive à l’eau de mer et au sable, laissant souvent le linge étendu en attendant la prochaine pluie pour le rinçage à l’eau douce. Les pauvres ont bien des soucis avec leurs règles, obligées de découper des bandes de draps pour s’en faire des serviettes hygiéniques, qu’elles frottent consciencieusement dans l’eau du lagon, attirant quelques barracudas et même une fois un jeune requin.


Mon système électrique fonctionnant parfaitement, je me dis que peut-être je pourrais me lancer dans le démontage des téléphones portables. Mes petites mains et la pointe d’un couteau pour tournevis, je démonte totalement le mien. Nettoyage de tous les composants et rinçage à l’eau douce, soleil et alizé se chargent du séchage. Remontage très, très laborieux, pas facile. Idem en ce qui concerne mon « multi-chargeur » retrouvé dans mon bagage, si pratique en voyage et qui me permet de tenter une recharge en tirant deux fils sur la batterie douze volts. Le lendemain matin, miracle ! L’écran s’allume, le smartphone a l’air de fonctionner. Mais évidemment, pas de réseau. Juste de quoi écouter quelques morceaux de musique enregistrés. Ce n’est pas grand-chose, mais ça fait plaisir au bout d’un mois hors de toute civilisation. Et puis je prends quelques photos de notre campement, de l’épave, des paysages et bien évidemment de mes deux beautés qui posent nues, sacrés souvenirs. Inutile de tenter quoi que ce soit avec la radio du bord, mes pieds ont dû l’exploser quand j’ai été projeté sur le tableau. Elle est en miettes.


Les recherches sont forcément activées maintenant, mais les jours passent sans que… rien ne se passe. Mine de rien, nous vivons aux aguets, mais nos oreilles ne perçoivent que le fracas lointain des vagues sur la barrière de corail, le bruit des feuilles agitées par l’alizé et quelques cris d’oiseaux. Au quarante-cinquième jour, ce n’est pas le désespoir qui nous gagne, mais une sorte de fatalisme teinté d’un peu de découragement. Nous assurons le minimum vital, mais notre principale activité, en même temps très récréative, est de faire l’amour, ensemble ou séparément. Les blessures de Frane sont bien cicatrisées et ont presque disparu, elle peut se baigner sans crainte et s’exposer un peu au soleil. Disons qu’elle y prend moins garde et devient légèrement halée, continuant toutefois à préférer l’ombre. Laura quant à elle est intégralement dorée, couleur de pain d’épice, ce qui met en valeur sa toison blonde, c’est très joli. Elle avait le matériel, mousse et rasoir, pour se « faire le maillot », elle me l’a donné pour que je puisse une fois par semaine tailler ma barbe et raser mon cou. Je voulais me raser complètement, comme avant le naufrage, mais Francesca m’a demandé de garder une barbe courte qui, paraît-il avec ma peau cramée, me donne un air de baroudeur très à son goût. Je me rase donc avec un peigne interposé entre peau et rasoir.


Il faut attendre le cinquante-sixième jour. Nous sommes en train de nous livrer à notre passe-temps favori sous la tente. Mes deux belles sont à genoux sur les matelas, m’offrant côte à côte leurs jolis culs dressés. L’un couleur de caramel au beurre salé, dur, serré, mais ouvert aux caresses et pénétrations, l’autre large, blanc, à la vulve saillante. Quel bonheur absolu ! Je les enfile alternativement fourrageant l’autre de ma main libre. Soudain, un vrombissement vient de l’est et enfle au fil des secondes. J’attrape au vol un t-shirt en me précipitant dehors, bientôt suivi par mes compagnes d’infortune dans le plus simple appareil. Un gros bimoteur à hélices, genre avion de reconnaissance, passe une première fois au-dessus de mes sauts et de mes signaux. Il tourne puis revient plus bas, rasant presque le lagon. Nous sautons et agitons encore nos bras en gestes désespérés. Il oscille de droite et de gauche, montrant ainsi qu’il nous a repérés. Puis il tourne encore et revient, mais plus haut cette fois, et un objet en tombe, suivi rapidement du claquement sec d’un parachute qui se déploie. Nous courons derrière la corolle de nylon rouge, ce qui nous entraîne presque de l’autre côté de l’île. Nous déballons le cadeau du père Noël tombé du ciel, alors que le bruit des moteurs décroît. Normal, ce n’est pas un hydravion et nous n’avons pas de piste d’atterrissage. Il faudra attendre des secours par voie de mer, mais nous sommes repérés, c’est l’essentiel. Merci pour le cadeau. Nous trouvons une quantité de couvertures inutiles, deux douzaines de bouteilles d’eau et quantité de rations de survie. Pain de mie, biscuits, boîtes de pâté et de lait concentré sont plutôt bienvenus, mais pas les boîtes de thon et de sardines. On a mieux. Cette fois, nous sommes vraiment enthousiastes. La fin du calvaire ou la fin des vacances, c’est selon.


Il faut encore trois jours d’attente, occupés à préparer nos bagages, avant qu’un autre grondement emplisse notre univers sonore. Le gros navire s’arrête à environ un kilomètre de l’atoll, et je perçois clairement le bruit des chaînes d’ancres qui se déroulent. À sa forme caractéristique, pont plat surplombé d’un haut kiosque, je reconnais un porte-hélicoptères. Confirmation immédiate, car deux gros hélicos viennent se poser sur notre plage dans des nuages de sable et de débris. Salut militaire.



Nous devons baisser les têtes avant de grimper dans l’un de ces Caïmans. D’autres ordres ont claqué et les bidasses débarqués se ruent sur notre campement, arrachant tout, détruisant tout et stockant les débris de notre petit paradis dans un filet étalé au sol. Le gugusse prend nos noms et demande si nous avons des papiers, il s’en empare tandis que nos trésors de deux mois montent dans le ciel au bout d’un câble. Les militaires ne perdent pas de temps. Déjà, certains s’agitent autour de l’épave et glissent d’énormes sangles entre les coques explosées. Un autre hélico à deux rotors, beaucoup plus gros, vole en stationnaire au-dessus du bateau et descend un lourd crochet. Quatre boucles y sont enfilées et les troufions se replient vers la plage. Alors dans un bruit d’enfer, le gros frelon reprend péniblement de l’altitude entraînant avec lui la carcasse de plastique. Aussitôt, les soldats rappliquent et ramassent tous les débris, remplissant un nouveau filet. J’en aperçois un qui arrache mon éolienne et mon câble au sommet du piton, deux autres qui replient le spi, laissant une trace d’herbe jaunie.



Puis notre hélico décolle pour nous poser deux minutes plus tard sur le pont du navire. Ce qui est le plus terrible pour nous, c’est ce boucan infernal qui traumatise nos oreilles habituées au silence. J’ai comme l’impression que le calvaire de l’ouragan recommence. On nous assigne, il n’y a pas d’autres mots, trois cabines séparées avec un troufion devant chaque porte. On nous file à chacun une salopette bleu clair emballée de nylon, direction les douches, séparées elles aussi, bien entendu. Et nous devons placer nos vêtements dans des sacs… poubelles, ou du moins ça y ressemble. Puis, direction l’hôpital du bord. On nous fait souffler, cracher, pisser, on nous pompe du sang, on nous braque une lumière dans les yeux, dans la gorge, dans les oreilles, pas dans le trou du cul, mais pas loin, pour nous entendre dire :



Super, le retour à la civilisation ! Et ce n’est pas fini. Car ensuite, viennent les questions, filmées et enregistrées, et nous sommes toujours séparés. Il faut tout raconter de A à Z dans les moindres détails. Craignant qu’ils envoient des plongeurs pour deux ou trois jours de recherches supplémentaires, j’omets volontairement de parler des restes humains aperçus depuis la falaise. Les retrouver, les rapporter et les identifier ne les ramènera pas pour autant à la vie. La vie, c’est nous, et j’ai hâte de rentrer. Ce qui me dérange le plus, c’est le barouf permanent des gros diesels qui nous propulsent en trois jours vers la Réunion. Bruit sourd, permanent, obsédant. Je demande les résultats de mes analyses, on ne me répond pas. Retour en cabine, toujours surveillé. Plateau-repas trois fois par jour, bouffe dégueulasse.



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Arrivée à la Réunion, il y a foule sur les quais du Port, des journalistes de tout poil qui filment et photographient notre épave sur le pont. Descente par une passerelle de coupée, encadré chacun par deux militaires. Dans la cohue, je n’ai même pas le temps d’apercevoir mes amis de Saint-Pierre qui doivent pourtant être là. On m’engouffre dans un fourgon de gendarmerie, il y en a un pour chacun de nous trois. Direction, le commissariat. Et rebelote, il faut à nouveau tout raconter. Cette fois, c’est une gendarmette qui saisit mes déclarations au fur et à mesure sur ordinateur. Impression de la dizaine de pages, on me tend la dernière :



Je lis, en profitant pour entourer d’un coup de stylo rageur la douzaine de fautes par page. Pas de quartier. Ils me font chier, moi aussi. Et enfin, j’arrive au bout et déclare :



Non, mais ! Extrait du rapport :


Monsieur Jérôme Rézin reconnaît les faits suivants :

– au moment de la tempête, il était le seul passager dans le poste de pilotage ;

– il a de lui-même endossé un gilet de sauvetage sans en distribuer aux autres passagers ;

– au moment du naufrage, il était seul dans le poste de pilotage ;

– au moment du naufrage, il tenait la barre du navire qui s’est échoué ;

– juste après le naufrage, il a abandonné le navire sans se préoccuper des autres passagers ;


Autant écrire : « Monsieur Rézin est responsable du naufrage et de la mort des passagers ». Je suis l’un des naufragés survivants, si ça vous dérange, c’est comme ça. Et l’ouragan alors ? On est en train de tout me mettre sur le dos. Il est large, mais quand même, faut pas abuser.



Je suis envoyé en cellule, endroit glauque et puant avec un tas d’autres individus, pochtrons, drogués, voleurs… Misère, deux mois de survie pour en arriver là. Je regrette terriblement notre petite plage, notre petit lagon, nos ébats merveilleux… Où sont-elles, mes chéries ? Subissent-elles le même sort ? Non, sûrement pas, elles sont des victimes, elles, mes victimes. On vient me chercher, menottes, fourgon cellulaire, direction le tribunal de Saint-Denis. Un juge d’instruction à son bureau, une greffière à sa gauche et en retrait à sa droite deux types en costards et cravates sombres.



Troisième épisode. J’en ai marre de re-re-raconter. Mais je le fais. J’ai confiance dans la justice de mon pays. Quand j’arrive au bout de mon récit, le juge me demande :



Direction la maison d’arrêt du centre pénitentiaire de Saint-Pierre. Au moins serai-je proche de mes amis. Donc les vacances continuent ! Un peu plus publiques cette fois, puisque les journalistes, toujours à l’affût de tout ce qui sent un peu la merde, ne m’ont pas trop lâché depuis notre retour. Mon transfert et mon inculpation font vite les unes locales. Les deux frangines, qui m’attendaient sereines pour rentrer tous ensemble en métropole, sont estomaquées et font immédiatement l’assaut de la taule pour me rendre visite. Quand elles l’obtiennent, c’est Laura qui se présente au parloir. Je lui parle en italien, mal, mais on se comprend, pour éviter les oreilles des matons.



Toujours à tout régenter, cette Laura. Seul dans mes neuf mètres carrés, je me repasse en boucle le film du naufrage en me questionnant. Qu’ai-je fait de mal ? Aurais-je pu faire différemment, faire mieux, sauver des passagers ? Ce que tous ces gens ne parviennent pas à imaginer, parce qu’ils ne l’ont pas vécu, c’est l’incroyable puissance des éléments, ces vagues hautes comme trois fois le palais de justice, l’extraordinaire rapidité de l’enchaînement des événements. Je me suis trouvé au mauvais endroit au mauvais moment. J’ai pris la barre juste avant que le bateau ne percute la barrière de corail, me privant d’instruments, de lumière, d’efficience de la barre. Dans le noir quasi absolu, je n’avais plus que les éclairs pour me repérer et tenter de sauver ma peau. Et en plus, les autres passagers avaient déjà été éjectés du bateau au moment où j’ai plongé, je ne le savais même pas.


Mes amis viennent me rendre visite, et Frane aussi souvent qu’elle le peut. Elle me dit d’être confiant, que Laure remue ciel et terre pour moi.



Les nouvelles ne tardent pas, même si le temps en taule paraît beaucoup plus long que sur l’atoll. Eh oui, la taule et l’atoll, pas de quoi rire. Un beau matin, on vient me chercher dans ma cellule, on me rend mes affaires et on me libère. « Libération sous caution », me disent-ils, avec interdiction de quitter l’île. Frane m’attend à la sortie et me saute au cou. Puis elle m’emmène jusqu’à son hôtel, l’un des plus classe de Saint-Denis. Bonheur de me doucher longuement, de me changer, de chasser l’odeur animale de la prison.



Ah ! Une nuit entre les cuisses tendres de Francesca, c’est comme l’éclair pendant l’ouragan, l’éblouissement total à la sortie du tunnel. Je revis à quelques détails près. Je veux des fringues neuves, qui n’aient pas subi le naufrage ni la prison, et puis un tas de choses qui ont été perdues et qui me manquent, notamment mes clopes préférées. Nous sortons faire des courses tous les deux, nous tenant par la main, comme sur la plage de l’atoll. Erreur fatale ! Un « papa rassi », comme je les appelle, en profite pour faire le cliché de la une locale du lendemain : « La riche héritière avec l’assassin (présumé) de son père ». J’en chiale pour elles deux. Merde ! Moi, une victime au même titre que les autres, même si je suis rescapé, traîné dans la boue et traité d’assassin. Ah ! La presse « people »… Le célèbre avocat arrive, nous nous entretenons longuement. Je joue le jeu et je lui dis tout. Une énième fois, l’histoire de la croisière et du naufrage, mais à lui je raconte aussi notre liaison avec Frane et Laura. Et je lui tends le torchon de la veille. Ça le fait sourire, ça y est, il a son plan.



Bon, on fait. Décidément, je chiale beaucoup en ce moment. Parce que j’ai chialé avec l’épouse du Capitaine, avec la compagne du matelot et avec les enfants du couple en noces d’or. Frane a séché mes larmes, a témoigné aussi de ce qui s’était passé sous mes pieds et que je ne pouvais pas deviner, a même réussi à faire un Skype avec sa sœur qui a enrichi ses propos. J’ai aussi montré les quelques clichés du début de la tempête. Ils ont trouvé cela effrayant, et pourtant ce n’était que le tout début. À eux non plus, je n’ai pas parlé des restes humains et lambeaux de vêtements aperçus depuis la falaise. Ça restera mon secret à jamais. Comme tout cela s’est bien passé, que ces gens me quittent en me considérant comme une victime à leur égal, j’accepte de passer à « Réunion la 1re », la chaîne locale. Coup de tonnerre dans les rédactions de tout poil, scandale pour le petit juge d’instruction. Mon avocat attaque pour vice de procédure et corruption de fonctionnaire, hélas monnaie courante dans l’île, mais trop souvent ignorée. Très rapidement, l’affaire passe devant le tribunal qui fixe le procès aux calendes grecques, attendant prudemment que les pressions retombent. Malgré tout, je peux récupérer mes papiers et le droit de rentrer en métropole. La caution versée, du coup sans objet, est restituée.



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Quatorze heures de vol et de tracasseries d’embarquement et de débarquement plus tard, avant d’atteindre ce vendredi le hall de Roissy où un joyeux groupe nous attend. Toute ma boîte, une douzaine d’informaticiens, mon copain le toubib et bien sûr Laura. Divine dans un costume-veste et pantalon gris souris à reflets, chemisier blanc, une « executive woman », paraissant encore plus grande et plus élancée sur de hauts talons hauts noirs renforçant son côté androgyne. Elle me saute au cou et m’embrasse longuement à pleine bouche sous les sifflets des autres. On ne va tout de même pas faire l’amour en plein aéroport ! Direction leur luxueux pavillon de Levallois-Perret à bord d’une puissante BMW qui lui va comme un gant. Les retrouvailles sont époustouflantes et prennent tout le week-end, je subis la voracité d’une Laura très en manque et me « repose » dans les bras et les formes très tendres de Francesca. J’arrive le lundi matin au boulot, un tantinet fatigué et hébété par ce week-end sur l’Everest du plaisir. Une autre montagne m’attend, celle du courrier ainsi que quarante-huit pages de mails. Par la porte restée entrouverte, je saisis une conversation discrète qui me fait sourire :