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n° 21609Fiche technique20522 caractères20522
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Temps de lecture estimé : 14 mn
13/03/23
Résumé:  Récit d’un voyage vers le passé.
Critères:  hagé voyage amour nostalgie portrait -regrets
Auteur : mysterebinr      Envoi mini-message
Route 40




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Wolfgang et Serge avaient posé le pied à l’aéroport de Buenos Aires trois semaines plus tard. Après une visite rapide de la ville dont l’architecture évoque si bien les nombreuses vagues migratoires qui ont peuplé ce magnifique pays synonyme de fortune pour une poignée d’entre eux, et de rêve inabouti pour la plupart des autres, ils avaient loué une vieille jeep et avaient traversé les provinces du nord pour rejoindre Mendoza, point de départ de leur périple sur la route 40.

Cette voie mythique qui longe la cordillère des Andes non loin de la frontière chilienne et qui allait, du moins l’espéraient-ils, les mener tout au sud du continent au bord de l’infranchissable détroit de Magellan.

Si Serge avait tant rêvé de ce voyage, c’est qu’il était convaincu qu’il constituerait l’ultime étape d’une vie remplie de relations amoureuses aussi tumultueuses qu’inachevées.


Pour mener à bien leur objectif, les deux voyageurs allaient devoir emprunter une route qui, sur certains tronçons, n’est qu’un chemin rocailleux, et bien sûr franchir de nombreux cols, dont certains situés à plus de quatre mille mètres d’altitude. Pas si simple pour deux septuagénaires quasiment privés de déplacement pendant près de trois ans en raison des confinements imposés en Europe.



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Les premières journées furent enchanteresses. Leur progression maîtrisée leur permit de découvrir les régions viticoles les plus remarquables. La traversée de magnifiques paysages, bercée par les mélodies emblématiques de Roxy Music qu’ils écoutaient en boucle sur la radio défraîchie du 4x4, les remplissait d’aise.

Les nuits fraîches succédaient aux journées ensoleillées et les deux compères descendaient doucement, mais sûrement, vers les contrées de plus en plus sauvages à la découverte de panoramas à la beauté renversante.



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Peu après leur arrivée dans la province de Chubut, les deux voyageurs s’arrêtent à proximité d’une petite auberge espérant y trouver le gîte pour la nuit. Malgré la fatigue qui l’accable, Wolfgang fait une découverte dont il avise son ami sur le champ.



À ce moment, une femme d’une quarantaine d’années vient dans leur direction. Vêtue d’une salopette, sa courte chevelure brune laisse entrevoir la naissance de sa nuque brunie par le soleil.

L’inconnue s’arrête à la hauteur des deux voyageurs, puis s’adresse à eux dans un français dénué d’accent.




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Mathilda est une jeune femme brune de vingt-neuf ans. Dotée d’yeux pétillants aux reflets brun et vert, elle possède de jolies formes aux courbes voluptueuses sur lesquelles Serge ne peut empêcher son regard de trébucher. C’est lors de telles rencontres que le vieux séducteur regrette ces décennies superflues qui ont transformé le fougueux amant en un homme épris de nostalgie à l’esprit bien trop souvent aigri.

Wolfgang n’est point forgé dans cette trempe. Il a su, tout au long de son existence, ne garder que le meilleur de chaque période pour ne pas nourrir des regrets inutiles, et dans la petite maison où vient de les convier Talia, la Française du bout du monde, ce n’est point Mathilda qui stimule ses sens, mais bien Felicita – sa mère –, une femme sans fard à l’allure fière qui a traversé tant d’épreuves qu’elle remercie chaque jour Dieu de lui offrir le gîte et le couvert et de lui permettre de vivre aux côtés de sa fille unique.

L’intérêt que lui porte Wolfgang ne déplaît nullement à la sexagénaire qui n’a pas eu l’occasion de vibrer entre les bras d’un homme depuis le décès d’Enrico, son dernier compagnon. Felicita le regrette d’autant que le fougueux Enrico ne laissait jamais passer deux nuits sans honorer sa belle et la faire gémir d’un plaisir certes sauvage, mais tellement bienfaisant.


Alors que Wolfgang ne se pose pas de question, prenant le moment qui lui a permis de croiser Felicita comme un bienfait de la providence, Serge s’interroge. Il ne comprend pas pourquoi cette Talia, dont le physique est, il est vrai, empreint de traits masculins, est venue s’enterrer dans ce trou loin de tout pour partager la vie d’une trentenaire et de sa mère.

En bon esprit cartésien, Serge a le sens logique de ceux qui ont, par leur mérite, su gravir les échelons de la réussite sociale, et il a parfois bien du mal à saisir les effets d’une rencontre sur le déroulé d’une existence a priori toute tracée.


Talia est une femme de tête. Il ne fait aucun doute qu’elle dirige sa maisonnée avec fermeté. Et Serge devine aisément à quel point sa compagne Mathilda l’admire et lui est attachée. Pendant que cette dernière s’affaire en cuisine pour préparer un complément de repas afin de pouvoir nourrir dignement les deux invités inattendus, Wolfgang a suivi Felicita qui l’a convié à l’extérieur pour lui montrer son jardin qu’elle entretient avec passion.

Au prix d’un louable effort, le français parvient à rassembler des bribes de souvenirs de ses cours d’espagnol de lycée pour échanger quelques mots avec la sensuelle Argentine. Il apprécie ce moment impromptu partagé et se rapproche imperceptiblement de la femme jusqu’à la toucher.

Une décharge électrique traverse le corps de Wolfgang au contact de la peau délicatement tannée par le soleil. Felicita se sent envahie par une douce chaleur et elle ne refuse pas les lèvres du français. Les langues s’animent et la fièvre les gagne. Wolfgang enlace la Sud-Américaine, son sexe plaqué contre la vulve bouillonnante se met à durcir, retrouvant une vigueur qu’il n’avait pas connue depuis de trop nombreuses années.



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Les convives font honneur au repas préparé par Mathilda. La conversation dérive sur les raisons qui ont poussé Talia à quitter la douceur angevine de son enfance pour s’installer dans ce coin perdu au climat rude. On évoque le pays. Serge questionne leur hôtesse :



Pendant que Wolfgang couvre de baisers et de caresses la sensuelle Felicita, Serge écoute avec émotion Talia parler des deux Françaises établies dans la région.



Serge remercie chaleureusement Talia pour son hospitalité.




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En revoyant Margot après toutes ces années, Serge a le cœur serré. Bien qu’ayant franchi le cap de la quarantaine, elle n’a rien perdu de son extraordinaire beauté.

Le septuagénaire se souvient avec une intense émotion des étreintes merveilleuses qu’il avait partagées, à l’aube de ses cinquante ans, avec la passionaria.

Margot était alors une jeune femme intrépide, brûlant d’un ardent espoir de rendre le monde meilleur, et Serge, malgré son aversion pour les doux rêveurs, s’était retrouvé envoûté par la beauté enflammée qui semblait défier le monde du haut de ses vingt ans.

Combien de fois l’avait-il senti vibrer dans ses bras et réclamer, de sa voix si douce et pourtant si exaltée, qu’il la transperçât de son mât qui semblait ne vouloir jamais plier ? Bien sûr, les compagnons de lutte de Margot, et notamment ceux qui rêvaient de l’attirer dans leur lit, n’avaient que mépris et colère pour cette union transcendante entre la jeune révolutionnaire et celui qui n’était à leurs yeux qu’un vil suppôt du capitalisme.


Quelles raisons pouvaient pousser leur amie à s’envoyer en l’air avec ce vieux réac symbole de patriarcat et de libéralisme triomphants ? s’énervait à penser Armand, le leader alpha du groupe qui, selon sa propre opinion, était le seul mâle légitime à posséder Margot.


Il n’est pas pire rival qu’un jeune coq qui convoite la poule de celui qu’il considère comme un vieil usurpateur. Serge s’en rendit compte à ses dépens lorsque la meute, galvanisée par Armand, abandonna le quinquagénaire, le visage en sang et avec plusieurs côtes brisées, à proximité d’une mare croupie après un tabassage aussi lâche que violent.


Ce bâtard n’avait qu’à se contenter de baiser Margot au lieu d’ouvrir sa grande gueule pour dénigrer notre combat en le définissant comme une utopie liberticide qui allait conduire la civilisation à sa perte.

Telle avait été la justification d’Armand pour la correction infligée à Serge. Le jeune anarchiste avait ensuite conclu tout en faisant monter de force Margot dans le camion utilisé par la troupe : « Bien sûr, connard, que nous allons la détruire, ta civilisation de merde ».



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Ces souvenirs douloureux ont fini par s’estomper de la mémoire de Serge et il serait bien futile et stupide de les laisser remonter à la surface à ce moment, mais le cœur et la raison ne font pas toujours bon ménage et le septuagénaire peine à masquer son émotion en voyant Margot s’approcher de sa démarche chaloupée pour saluer le petit groupe constitué des deux voyageurs et de leurs hôtesses.



Elle aussi a du mal à maîtriser son trouble alors que face à elle, Serge, l’homme qu’elle a aimé comme nul autre la fixe, le regard éperdu. L’esprit perturbé du septuagénaire ne peut admettre que c’est bien Margot qui l’accueille aujourd’hui, si bien que, sonné par ces retrouvailles improbables, il se met à tituber. Heureusement, Wolfgang qui se demande quelle mouche est en train de piquer son ami parvient à le retenir avant qu’il s’effondre sur le carrelage de la grande salle.

Avec difficulté, il parvient à conduire Serge jusqu’à un fauteuil adossé au mur de l’entrée. Margot s’approche du septuagénaire et pose sa main sur son bras. L’homme lâche un rire amer avant de se parler.



Serge a bien du mal à accepter les informations délivrées par son ex-maîtresse, mais sa soif de comprendre est la plus forte, alors, il continue inlassablement de questionner Margot.



Un long silence fait suite à la confession de Margot. Serge ne peut retenir une larme. Il comprend qu’il n’a jamais cessé d’aimer cette femme qui le considère d’un regard apaisé, mais il comprend aussi que la jeune femme révoltée qu’il a connue vingt ans plus tôt n’existe plus.

Lorsqu’un hidalgo au visage souriant s’approche de Margot et enlace tendrement sa taille, la plaie brièvement réouverte par cette rencontre improbable au bout du monde se referme à jamais dans le cœur de Serge.