| n° 21594 | Fiche technique | 17987 caractères | 17987 3154 Temps de lecture estimé : 13 mn |
08/03/23 |
Résumé: Il est pourri ce troquet. Vraiment pourri. Un bistrot ringard à pleurer. Ça doit pourtant causer à ces cons de touristes… | ||||
Critères: fépilée caférestau voir exhib noculotte lingerie humour -humour | ||||
| Auteur : Juliette G Envoi mini-message | ||||
Il est pourri ce troquet. Vraiment pourri. Un bistrot ringard à pleurer. Ça doit pourtant causer à ces cons de touristes. Un bar sur le port, décors façon pub, photos de l’Irlande aux murs et derrière le comptoir. Tu parles ! Paulo a appelé le patron Louis. C’est presque irlandais, Louis. Putain, faut vraiment être assoiffé pour venir dans ce rade. Et maintenant que Paulo s’est barré, je vais pas m’éterniser. Encore que… Ouais… Pas vilaine, cette gonzesse. Elle a l’air d’avoir un joli cul. C’est toujours leurs culs que je regarde en premier. Dommage, ce gilet qui camoufle la rondeur des fesses. Et après le popotin, je m’intéresse aux yeux. Faut aussi savoir apprécier un regard. Un cul, c’est pas vraiment parlant. Un regard, ça te cause. Y a de ces œillades de salopes des fois. Des coups d’œil bien coquins. Elle a les yeux clairs cette fille. Du bleu clair commun, je crois. Blondasse et cheveux tirés en queue de cheval. Du coup, t’as envie de les tirer d’une autre façon les mèches blondes. Pas vraiment moche, cette nana. Je la vois bien à genoux devant moi. La queue en pogne. Les queues ! Ses cheveux blonds et ma queue. Ma grosse bite sur sa bouche et je tire sur sa queue de cheval pour qu’elle me suce. Ce serait bien cool ça ! Elle a une belle bouche. Lèvre inférieure plus charnue que l’autre. C’est un signe ça. Cette nana, c’est de la suceuse de compet…
OK. Paulo ne savait même pas que ce Louis n’était pas le patron. Elle le sait, elle. Une petite mignonne qui carbure à un truc de mec. Tequila ? Alors c’est de la daube. La Tequila blanche c’est de la merde. Vodka peut-être ? Du coup, j’ai mon entrée en matière toute trouvée. Bonsoir. Je peux vous poser une question ? C’est quoi votre poison, là ? Faudra au moins ça. C’est de la bourgeoise, cette pépette. Et la bourgeoise, ça bataille. Comme dirait Bigard. En tout cas, elle est vraiment pas mal cette gonzesse. Allez. Je me lève et je file au comptoir. Et j’attaque franco. Cette jolie plante doit se faire chier à mort. Et une plante qui végète, c’est pas bon pour la nature. Heureusement que je fais dans l’écologie et que j’ai la main verte. Et leste. Putain oui, une main sur ce cul, là… Tu me feras pas croire qu’elle sort un soir de semaine pour aller tailler le bout de gras avec un barman. Faut pas pousser, quoi ! Elle est peut-être pas là pour le cul, mais si elle à une occase, va-t’en savoir… Faut toujours tenter sa chance. C’est qui le con qui a dit ça ? Un grand penseur, encore. Encore un.
C’est presque un sans faute sur mon petit calepin de barèmes. À part que je préfère les bruns. Ou plutôt, les cheveux noirs, bruns, c’est un peu vague. Lui, il est blond. Je dirais trente, trente-cinq ans. Yeux noisette et traits taillés à coups de serbe. Barbe de trois jours et la si fameuse fossette fichée sur un menton carré. Une gueule de baroudeur de BD. Grand et bien fichu. Le genre costaud naturel. Un beau mec vraiment. Et c’est dommage. C’est toujours un peu dommage de tomber sur un con, mais quand il est canon à ce point, on frôle le drame.
Bien sûr que non. Elle est Russe. L’une des meilleures, et ça c’est vrai.
Rien que pour mon sourire et pour mon regard amusé, je vais me lancer dans des castings pour décrocher un rôle dans l’industrie cinématographique. Encore qu’il n’est pas dupe mon roi de la drague. C’est heureux, où l’on parlait alors de déficience intellectuelle. Alors qu’il est simplement con.
Il n’en a absolument rien à fiche, mais moi, j’ai très envie de lui parler de mon métier.
Quel sourire charmeur je peux avoir, moi ! C’est fou ! Je m’impressionne parfois.
C’est sûr. C’est un peu comme les hommes délicats dans un bar après vingt-deux heures.
Celle-là était certainement trop fine pour lui. Encore qu’il fait une fixette sur mes cuisses depuis un petit moment. Il ne peut pas tout faire non plus le malheureux.
Un collector. Je ne vois que ce mot. Encore que c’est ce type, le véritable collectionneur. Xénophobe et certainement raciste. Un terme obsolète, mais tout le monde semble avoir oublié que nous ne sommes qu’une seule et même espèce et non des êtres de races différentes. L’espèce humaine. Ah non ! Il y a une autre espèce. Cette espèce de con. L’imposition du tutoiement. Ça m’agace vraiment ce genre de manière. Si encore on était passé sous coloscopie dans la même salle d’opération… Mais non, on ne se connaît pas. La vanne sur mon prénom doit dater des Capulet. Je ne supporte pas d’être appelée « ma jolie, ma belle ou ma chérie », et j’aurais certainement droit au faramineux « Poupée ». C’est surtout cette forme possessive associée aux termes, qui m’insupporte. Je n’appartiens à personne. Pas plus que Chloé ne m’appartient. Mais je l’appelle « Ma chérie » c’est vrai. Il faut dire que je la connais un peu. Depuis qu’il me bouffe des yeux, il n’a pas même remarqué que j’en étais à mon deuxième verre. Il invite, évidemment. Quelle grande veinarde je suis. Surtout que je n’ai pas un fifrelin sur moi. Et j’ai de l’humour et c’est rare chez une femme. Je découvre. Ce pauvre bougre ne voit que son nombril. Et le pire dans tout cela, c’est que nombre de femmes doivent boire les paroles de ce genre de guignol. Et ce, sous l’unique prétexte qu’elles ont envie d’un menton orné d’une fossette collé à leurs chattes.
Quarante balais c’est sûr. Grande et plutôt bien branlée. C’est pas de la bombasse, mais je ne dois pas être le seul à avoir envie de me la coller sur le pivot de la joie. Tu parles qu’elle ne cherche pas le cul ! Un gilet de laine noir. Moulée dans sa petite robe noire. Des godasses noires. Elle se la joue madame Zorro. Mais y a pas à dire, ça fait classe. Du coup, tu sors pas le classieux pour aller jacter avec un pote dans son troquet. Faudra pas qu’elle me la fasse effarouchée, quand je lui proposerai la botte. Les guiboles à l’air. Des jambes bronzées alors qu’on est en mars. Ça doit y aller les UV. Des petits nichons. Enfin, c’est du pas bien gros. Remarque, tant qu’ils tombent pas. Faut pas croire qu’il y ait que les grosses mamelles qui pendent. Les petits nibards pendouillent aussi. J’en ai vu. C’est moche. C’est dommage que le gilet cache son cul. J’ai remarqué ça en la reluquant tout à l’heure. Elle doit avoir un beau cul. Juste bien comme il faut.
Oh putain ! Le Juju ! Je ne l’attendais pas, même venu d’un abruti d’un tel acabit.
Et mon Louis qui s’agace d’un coup. C’est un vrai gentil Louis. C’est aussi un ancien boxeur. Lui n’en parle jamais, mais il a été champion de France de boxe. Nez cassé, cent quatre-vingt-dix centimètres de haut et bâti en armoire normande. D’ailleurs, il est Normand. Et l’autre imbécile qui nous fait un cours de morale à deux balles, prenant bien soin de m’ignorer et de répondre pour moi. Et c’est lui qui invite ! Encore. Décidément, j’ai un sacré bol. La grande classe, ce type. Le macho et sa potiche. Il est impossible qu’une femme, au moins une fois, n’ait pas dit à ce bellâtre prétentieux qu’il n’était qu’un sombre connard.
Un simple regard échangé, et Louis a lâché une petite grimace avant de s’éloigner. Il m’adore mon barman. Et moi, j’adore être adorée. Un peu plus de dix ans que nous nous connaissons. Huit années que nous sommes amis. J’ai bien compris qu’il aimerait beaucoup balancer ce type dehors mon gentil boxeur. Et plus si affinités. Oui. Il l’aurait bien cherché mon gugusse.
C’est surtout que j’ai du mal très cher. J’ai vraiment du mal à tutoyer un con tel que toi. Déjà que je ne tutoie pas les anges.
Ah chic ! Je peux rester. Connard !
La politesse, je ne m’y attendais plus. Et il préfère de beaucoup s’écouter parler. C’est une bonne question, ça ! Et tu vas avoir une réponse que tu vas beaucoup apprécier mon grand. Il faut simplement que je reste discrète. Mon Louis posté à l’autre bout du bar a peut-être les oreilles en chou-fleur, mais son ouïe est restée fine. Il me suffit de baisser le ton.
Même là ! Même dans ce genre d’instant, le bougre se montre au-dessous de tout. L’incompréhension dans les yeux noisette et une sorte de grimace qui rend subitement sans charme, une bouche pourtant sensuelle. J’ai encore le temps d’avaler une gorgée de ma Beluga, avant que le cerveau gélatineux de mon troll ne se décide à trembloter sous une pensée fugace.
Robe remontée sur le haut de mes cuisses, pieds écartés sur le large arceau d’acier du tabouret de bar, j’exhibe un très joli triangle de dentelle noir.
Évidemment. Quelle question idiote !
Pas de réponse, et ses doigts sur la dentelle. Des doigts durs qui pèsent un peu sur moi. Mes genoux se resserrent et mon roi de la drague enlève aussitôt sa main. Un peu comme si la peau nue de mes cuisses les avait brûlés.
Encore et surtout, ce qu’il ne fallait pas dire. Je déteste. Les abrutis employant ce type d’adjectif pour définir l’excitation féminine devraient investir dans des poêles à bois. Et tant qu’à faire, ils devraient y coller leurs petites queues de gnomes bien au chaud. Pas comme des bûches, non, plutôt comme des brindilles pour lancer le feu. Ou ils devraient se faire pompiers. Mais là, il faut un certain courage. Ce qui leur fait forcément défaut. Ou alors les cons seraient courageux ? Non. Ça se saurait.
Il va baver. Et là c’est sûr que mon barman préféré va s’énerver. Il aime son boulot, mais déteste le ménage et la serpillière.
Mon armoire normande lit « Le télégramme de Brest » et lève les yeux sur moi. Il n’est plus inquiet, mais je sais qu’il n’a rien perdu de notre conversation. Une conversation ! Tu parles. J’ai pourtant pris soin de baisser le ton quand je me suis faite aguicheuse et surtout, je me suis bien assuré que mon ami ne remarque rien de mon petit numéro d’allumeuse. Un petit spectacle dédié à mon fan de poêle à bois. Louis n’en aurait pas été choqué. Il m’a vu faire d’autres pitreries. Seulement voilà, je le sens un tantinet énervé, mon champion de boxe.
Mon sourire le plus charmeur agace certainement mon costaud de Normand, mais doit beaucoup exciter l’autre imbécile. Il ne faudra que cinq petites minutes pour que je récupère cette bouteille.
C’est plutôt étonnant, mais je découvre qu’un pithécanthrope connaît les chiffres et sait utiliser notre technologie pourtant complexe. Il a très vite dégainé son portable et a le doigt sur la gâchette.
Tout en ânonnant les numéros de téléphone, je remonte ma robe, décolle mes fesses de mon siège et fais glisser mon string sur mes jambes. Des gestes exécutés sans grâce et le plus rapidement possible. Un bref instant de panique, dentelle empêtrée dans les petits talons de mes escarpins et enfin, c’est fait.
Mon poêle à pétrole personnel, regard torve et bouche bée, fixe comme hypnotisé mon string, maintenant posé sur la toile bleue de ses jeans. Une cuisse que j’ai sentie dure sous mes doigts.
Bon. Là, je n’aurais pas dû. Le poêle à mazout va merdouiller. Une étincelle ou un truc qui va s’enflammer subitement et foutre le feu au bar. Et pour le coup, c’est sûr que mon boxeur va se montrer furax.
Cuisses écartées et chatte à l’air. Ma petite chatte totalement épilée, la fente ouverte comme une palourde sous une marée. C’est sûr, écrit de cette manière, ce n’est pas de la prose bien riche, mais c’est ce que ce primate attendait. Alors, bon… Disons que j’exprime, là, ses pensées les plus profondes.
Ah quand même ! Il a pris son temps mon boxeur. J’allais finir par prendre froid à force.
Timing digne d’un Ocean’s Eleven. Genoux serrés à peine ma phrase prononcée à l’arrivée de ma bouteille.
Après un facétieux clin d’œil à Cro-Magnon, je n’ai plus lâché mon Louis. Incluant le barman dans un pitoyable petit exposé insipide sur les vodkas chinoises. L’autre amateur de poêles à combustibles divers et variés, fulminant littéralement de me voir lui échapper. Pas bien futé, certes, mais toutefois capable de réaliser que la bûche ne prenait pas feu. Une sacrée frustration pour un pyromane de la dragouille. Sa proie lui filait entre les pattes. Une déception certaine pour un chasseur-cueilleur troglodyte. Presque je lui demandais s’il ne créchait pas à Lascaux. Et évidemment, il ne pouvait comprendre que c’était pour lui que j’agissais ainsi. Cruelle et salope, certes, mais pas folle. Je n’avais aucune envie que cette soirée, finalement pas si dramatique, ne finisse… eh bien, en drame, justement.
Après mon petit laïus sur les vodkas asiatiques, entrecoupé d’œillades langoureuses lancées à mon homme préhistorique frustré, j’avais quitté mon tabouret dans un mouvement de hanche lascif. De quoi coller une érection à un fakir hindou sur sa planche à clous. Rien de bien glorieux si ces gens ne sont simplement que des masochistes qui s’ignorent, mais bon… Un joli déhanché néanmoins. Du mouvement de corps érotique rudement coquet. Une bise sur la joue dure de mon boxeur chéri. Effleurement de mes lèvres sur la bouche sensuelle de mon Rahan. Un mâle que je trouvais fort dépité, après que la bise fut venue.
Un petit avertissement assorti d’un sourire timide et d’une moue légèrement déçue. Point trop en faire surtout, même face à la bêtise personnifiée. Un petit mot de fin de soirée à mon galant. Ce qui me laisserait largement assez de temps pour prévenir mon boxeur Normand. Un Louis qui pensait avoir tout compris de mon petit sketch, mais qui ne savait rien d’un futur appel téléphonique. Un coup de téléphone qui devrait le surprendre d’abord, avant de l’agacer ensuite. Et je déteste vraiment sentir mon barman préféré agacé.
Surtout quand il l’est par ma faute…