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n° 21561Fiche technique28691 caractères28691
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Temps de lecture estimé : 21 mn
24/02/23
Résumé:  Cela paraît long, une vie, mais ça passe vite.
Critères:  fh extracon fête travail collection amour journal -roadmovie
Auteur : Amateur de Blues            Envoi mini-message
Ma vie (sexuelle) en 11 moments-clés

1 – Mauvais départ


Début juillet, un an après le bac. On se retrouve tous dans la villa d’un chanceux dont les parents sont partis en vacances. Après une année de classe prépa où je n’ai fait que travailler, j’apprécie de revoir tous ceux avec qui j’ai partagé les années de lycée. Alice est là, je la suis des yeux au milieu de son groupe d’amies. J’étais amoureux de cette fille en terminale. Alice, brune à cheveux bouclés, de grands yeux noisette, un corps de sirène, est la joie de vivre personnifiée. Nous n’étions pas dans la même classe et je n’ai jamais pu m’en approcher assez pour tenter de la séduire. Ce soir, elle rit, elle danse et je l’observe. Elle porte une jupe longue et un simple débardeur, je suis toujours amoureux d’elle. Elle est belle, elle est intelligente, elle est drôle. Si je sors avec cette fille, ma vie va enfin commencer.


La soirée avance, je bois pas mal, deux ou trois filles de ma classe rient à chacune de mes plaisanteries, mais Alice reste hors de ma portée. La musique devient mauvaise, l’alcool me fatigue, il fait trop chaud, je sors dans le jardin fumer un pétard. Je marche un peu, contourne la maison. Alice est là, assise au bord de la piscine, les pieds dans l’eau, seule. Je m’assois à côté d’elle sans rien dire. Elle tourne la tête, me sourit, et ce sourire me tue. Je lui tends le pétard et elle l’accepte.



Alors elle se lève, dit « dommage ! » et rentre dans la maison.

Une heure plus tard, j’emballe une petite blonde potelée, je l’embrasse au bord de la piscine et lui propose de trouver une chambre vide dans la maison. Elle baisse le nez, rougit, mais ne dit pas non. Je l’emmène et je la baise. Elle n’ose rien, ne sait pas faire grand-chose à part écarter les cuisses, mais ça me convient. Je suis de mauvaise humeur et je m’en sers comme d’une poupée gonflable.



2 – La deuxième femme de ma vie


Je réussis le concours de Sciences Po, je passe des années magnifiques à étudier un peu et surtout à m’amuser. Les filles sont faciles et délicieuses. À la fin de mes études, je me rapproche d’Hubert Grange, un député centriste. Je suis un militant du premier cercle. Pendant la campagne des législatives, on est quelques-uns à faire tourner le QG de campagne, jour et nuit, sans compter notre temps. Un soir, tard, je suis seul avec Aurélie, une jeune militante de mon âge aux dents longues. Elle poste des messages sur les réseaux sociaux tandis que je mets sous enveloppe des demandes de soutien financier.

À un moment, elle me demande de l’aide, car elle n’est pas à l’aise avec le logiciel de retouche d’images. Je me penche au-dessus d’elle pour voir l’écran et comprendre sa demande. Ses cheveux sentent bon. Je tends la main pour lui montrer sur le clavier une touche de raccourci. En retirant ma main, je frôle son sein, sans intention. De ce que je sais, Aurélie a un petit ami qui vient parfois la chercher au local.



Je ne me pose pas de questions, j’empaume ses petits nichons et l’embrasse dans le cou. Elle se laisse faire un moment, puis elle dit :



On se déshabille tous les deux comme des furieux, jetant nos vêtements à travers la pièce. Elle me suce, je lui tète ses jolis nénés avec leurs belles aréoles sombres, on baise couchés par terre, puis debout contre le mur, puis sur une table dont on éjecte les piles de tracts. Elle couine, elle me griffe, elle me mord la lèvre. La première fois, j’enfile un préservatif, mais après on n’en a plus, alors on continue sans. Il fait jour quand on s’arrête. Hubert arrive toujours tôt le matin, on range tant bien que mal la pièce dévastée, on finit dans un café avec des croissants et les yeux brillants. Aurélie est assez jolie, intelligente, pas fidèle pour deux sous. Elle ne s’intéresse qu’à elle, mais au lit, c’est une bombe. On passe des mois à s’envoyer en l’air et, quand elle est enceinte, je l’épouse.



3 – La maturité


Hubert est réélu et je deviens son assistant parlementaire. Aurélie et moi avons une petite fille trop mignonne, Juliette, mais je ne les vois pas souvent, car bosser avec Hubert est très prenant. J’ai l’impression d’être en permanence dans un wagon de TGV avec mon ordi sur les genoux. On est à Paris, à l’assemblée, en train de préparer un amendement. J’ai fait la plus grande partie du travail, il reste à comparer notre proposition avec les documents que le principal syndicat patronal a fournis à Hubert. C’est là qu’il se rend compte qu’il a laissé la sacoche chez lui, à six cents kilomètres de là. C’est reparti pour un tour et c’est moi qui m’y colle, car il doit être en séance pendant trois jours.


Huit heures plus tard, je suis accueilli par sa femme qu’il a prévenue par téléphone. Je prends la valisette et m’apprête à repartir, mais elle s’insurge. C’est l’heure du thé et elle insiste pour que je le prenne avec elle.

Je suis assis dans un fauteuil ancien, elle pose un plateau avec théière, tasses et petits gâteaux, sur un affreux guéridon et s’assoit en face de moi. On entend le tic tac d’une horloge.



Mathilde a la cinquantaine, une poitrine généreuse, et elle s’habille comme un sac. Je déteste que les femmes n’aiment pas leur corps, je trouve ça injuste. Même les plus vilaines peuvent nous faire du bien si on sait les mettre en confiance et Mathilde n’est pas si vilaine, elle a des yeux très bleus et une jolie bouche.



Elle devient écarlate, mais ne dit rien. Je l’embrasse sur la bouche et bientôt nos salives se mêlent. J’ai une main sous sa jupe et j’atteins assez vite une culotte en coton toute mouillée. Je cesse de l’embrasser et commence à déboutonner son corsage.



Je la suis et la déshabille. Ses gros seins sont encore splendides et je joue avec tandis qu’elle sort mon engin de mon caleçon. Sans enlever sa culotte ni mes chaussettes, elle m’enjambe et s’enfile sur mon membre bien tendu. À l’intérieur, c’est brûlant et liquide. Je prends ses grosses fesses à pleine main et guide ses mouvements. Elle se penche sur moi et me gifle le visage avec ses seins en me traitant de « petit salaud d’amour ». Elle jouit et je remplis sa caverne de foutre.


Après un moment de silence et de respirations haletantes, elle se laisse retomber sur le dos, à côté de moi.



J’envoie un SMS à Hubert, invente une panne de train et dîne avec Mathilde qui est une excellente cuisinière. Ensuite, on prend une douche ensemble, je savonne avec application ses orifices et la baise et l’encule tandis que l’eau chaude coule sur nos têtes. Plus tard, Je la prends comme une grosse chienne et elle meugle comme une vache quand je la fais jouir. On ne dort pas beaucoup et elle m’accompagne en peignoir sur le perron quand je m’en vais.



Nous baiserons ensemble une douzaine de fois en tout. Mathilde sera une alliée précieuse pour ma carrière. C’est elle qui convaincra Hubert de me trouver une circonscription aux législatives suivantes.



4 – Retour sur terre


Je suis élu député. Mes parents sont très fiers. Je reviens donc régulièrement dans la ville où j’ai passé mon enfance parce que c’est ma circonscription. J’assiste à des réunions, j’inaugure, je commémore. Avec Aurélie, nous habitons un temps en ville, puis dans une grande villa avec une piscine. Quand je m’assois au bord, je repense souvent à cette fête, quand j’avais dix-neuf ans. Avec Aurélie, les rapports sont difficiles, pourtant, nous avons une deuxième fille, Manon, mais je ne suis jamais là et Aurélie ne réussit pas aussi bien dans le marketing qu’elle l’avait imaginé, aussi elle m’en veut parce que je ne l’aide pas beaucoup. Et puis, elle me trompe, je la trompe, nous baisons si rarement ensemble qu’on peut compter le nombre de fois en une année.


Un matin, je rejoins à pied ma permanence depuis la gare, en passant par la rue principale. C’est le printemps et les femmes sont belles au soleil. Soudain, je me trouve nez à nez avec Alice, la jeune Alice de ma jeunesse, celle que je n’ai jamais oubliée. Je lui souris, elle me reconnaît.



Elle me regarde un moment des pieds à la tête avant de répondre. Son visage est fermé. Elle est toujours aussi belle. Ses cheveux sont longs, son jean moule ses formes et elle a un tee-shirt rose tagué d’un symbole féministe avec en dessous ses seins sans soutien-gorge. De très beaux seins que j’essaye de ne pas regarder.



Et elle me tourne le dos. Elle a un cul splendide, mais j’ai mal à en crever. Le lendemain, je demande à mon assistant parlementaire de se renseigner sur elle, mais rien, elle n’existe pas sur internet. Trois mois après, je divorce.



5 – Au ministère


Je suis un député actif, un membre important de mon parti. Je travaille en profondeur les questions d’écologie. L’idée est de ne pas laisser le terrain aux écologistes, d’avoir des propositions qui montrent notre sérieux et qui n’effraient pas les industriels. Du coup, je suis fréquemment en réunion au ministère de la Transition écologique. La ministre est une femme ambitieuse et intelligente, Julie de Monsapin. Elle est mince, belle et élégante, j’ai du plaisir à la côtoyer.


Un jour, au cours d’une réunion importante avec une cinquantaine de participants, nos regards se croisent. Un type ennuyeux est en train de rappeler des banalités que tout le monde connaît déjà. Nous nous regardons longtemps, et si au début son regard s’est posé sur moi par hasard, je comprends qu’elle reste connectée parce que quelque chose se passe. Peut-être pense-t-elle au mémoire que je lui ai fait passer récemment pour envisager une nouvelle loi-cadre, mais peut-être non. Je la vois écrire, puis elle répond au type ennuyeux, et la réunion continue. Je la regarde toujours, mais elle ne tourne plus jamais la tête vers moi.


Dès la réunion terminée, elle se dirige vers moi et me rappelle – ce qui est inutile – que nous serons en commission parlementaire ensemble dans trois jours. En même temps, elle me tend un papier plié en quatre. Dès que je suis seul, je déplie le papier. Il est écrit de sa main :


Porte annexe du ministère, rue Abbé Souris, dix-huit heures.


Je vis seul dans un appartement minuscule. Rien ne m’empêche de me rendre à ce rendez-vous, bien que je ne sois pas encore sûr qu’il ne s’agit pas de comploter contre le projet de loi de sa collègue, ministre du Budget. Je me présente à la porte en question dans une petite rue calme. Une jeune assistante m’emmène à travers des escaliers et des couloirs, puis frappe à une porte. J’entre. Julie est plus ou moins allongée sur un sofa, avec un verre de vin blanc à la main, dans une pièce sans fenêtre. Il y a un autre verre et une bouteille sur une table basse. La ministre porte une robe noire très courte qui découvre largement ses cuisses bronzées.



Je bafouille que je suis d’accord.



Quand je suis devant elle, elle baisse ma braguette et sort ma bite. Je bande déjà à moitié et la laisse jouer avec mon engin.



Et elle me suce goulûment. Avant d’enlever la petite robe qui cache des dessous noirs, soie, dentelle et transparence. Nue, elle n’est pas mince, elle est maigre. Un peu décevant, mais elle a tellement envie de ma queue que le manque d’attrait pour son corps est largement compensé. Quand je commence à la fourrer, à quatre pattes sur le canapé, elle me dit :



Alors je me laisse aller. Ce n’est pas tous les jours qu’on peut maltraiter impunément une femme de pouvoir. Je lui pince les tétons, je lui tire les cheveux, je lui mords l’épaule, je lui claque les fesses et elle en redemande. Je finis par la remplir de foutre en serrant mes deux mains autour de son cou. Son visage est rouge, mais je vois bien qu’elle jouit.


Un peu plus tard, pendant qu’on partage un joint, elle me prend le menton entre ses doigts et m’oblige à la regarder.




6 – Retour sur terre


J’ai une vie publique et une vie secrète. Je baise ma ministre deux à trois fois par semaine et c’est les seuls contacts que nous avons. Le reste du temps, je suis un député influent et on parle de moi pour un poste dans le prochain gouvernement.

Je n’ai plus de famille. J’adore mes filles, mais je les vois peu. Et voilà qu’Aurélie a décidé de déménager en Suisse. Je l’insulte au téléphone, puis je décide de laisser tomber. Je ne vais pas me battre pour des gamines qui seront comme leur mère quand elles seront grandes. En plus de ma ministre, je baise aussi des jeunes femmes que je recrute parmi les militantes du parti ou les stagiaires des instituts avec qui je travaille. Mais ça ne dure jamais. Il faut dire que je les méprise. Comme je me méprise moi-même. Je n’ai pas oublié Alice.


Un jour, je suis invité à une réunion dans les bureaux d’une grande multinationale. Comme cette entreprise a des ennuis avec l’opinion publique parce qu’elle pollue beaucoup, je me sens à ma place et ne fais attention ni au nom de la société en question ni à celui de son PDG.

Je me retrouve dans un bureau immense, seul avec un homme de l’autre côté du bureau, PDG de multinationale et mari de Julie.



Je ne réponds pas, je signe et je retourne dans ma ville natale où je me cache dans un petit studio du centre-ville sous un faux nom.



7 – Manifestations


Je ne vois plus personne. Je vais de mon appartement au kiosque à journaux, et retour. J’ai inventé une histoire pour expliquer ma chute à mes parents et je n’ai aucune nouvelle de mes filles. En lisant le journal, j’ai des nouvelles d’Alice. Elle est mariée, mère d’un petit garçon, et adjointe au maire chargée de l’écologie. L’automne est pluvieux et le gouvernement que je soutenais est de plus en plus impopulaire. Les organisations syndicales multiplient les manifestations et la jeunesse en profite pour semer le chaos dans les grandes villes.


Un jour, je rentre chez moi d’une promenade ennuyeuse et le boulevard est noyé sous les gaz lacrymogènes. Je gagne ma petite rue et suis arrêté par des policiers harnachés comme dans les films de science-fiction. Ils ne veulent pas que je passe et je dois sortir ma carte d’identité pour prouver que je suis un résident. À ce moment, une gamine avec des dreads sur la tête et habillée d’un treillis informe déboule en courant et nous bouscule. Un des policiers l’attrape par le bras et, comme elle se débat, il lève sa matraque.



Les flics me regardent d’un drôle d’œil, mais ils la laissent passer. Je mets un bras autour de ses épaules et nous rentrons dans l’immeuble. Je ne sais pas pourquoi je l’ai sauvée, j’ai toujours défendu l’ordre, mais je ne supporte pas l’idée qu’on tape sur une femme.

Une fois à l’intérieur, elle me remercie, se met sur la pointe des pieds et me fait une bise sur la joue.



Elle accepte. Une fois dans l’appartement, je lui propose de prendre une douche bien chaude pendant que je fais le thé. Quand elle ressort de la salle de bains, enveloppée dans ma serviette de toilette, elle est vraiment mignonne, très jeune, et elle me sourit. Nous parlons des manifs, de ses études. Je m’invente une vie parce qu’elle ne comprendrait pas mon histoire. À un moment, il y a un silence, on se regarde puis elle m’enlace et m’embrasse sur la bouche. La serviette tombe. Elle a un corps magnifique, tout neuf comme seul peut l’être le corps d’une fille de vingt ans. Elle en a vingt-deux, moi trente-huit, mais ça ne lui pose pas de problème. Elle déboutonne déjà ma chemise. Nous baisons une première fois dans le salon, puis une seconde fois dans ma chambre.


Je lui propose de partager une pizza surgelée et de passer la nuit ici. Elle accepte, car son squat n’est pas chauffé. On parle de cinéma et de littérature. Elle me suce et refuse d’arrêter quand je l’avertis que je vais jouir parce qu’elle veut savoir si j’ai bon goût. Elle avale tout. Elle a une petite chatte étroite où je me sens chez moi. On passe une semaine sans sortir du lit. Elle s’appelle Zoé.



8 – Retour à la terre


Zoé a la bougeotte. Elle voudrait partir, quitter la ville, mais elle voudrait que je l’accompagne. Elle me parle d’une ZAD où des copains à elle se sont installés pour empêcher la construction d’un barrage qui noierait une vallée où vivent des crapauds uniques en Europe. Peut-être que j’ai besoin de prendre l’air, et dans une ZAD, aucun sbire de multinationale ne viendra me chercher.


La ZAD couvre une montagne entière, des bois et des prairies. Il y a là une centaine de sauvages, des hommes et des femmes, quelques paysans, quelques drogués et beaucoup d’idéalistes. Ils vivent dans des logements de fortune et, comme on arrive, le conseil nous attribue une cabane. C’est rudimentaire, mais j’apprécie le silence, la solitude et le petit cul de Zoé qui se blottit contre moi dès qu’il fait un peu froid. Comme on va vers l’hiver, elle ne risque pas d’avoir trop chaud.


Je participe aux travaux en cours. Pour la première fois depuis très longtemps, je repense à mon enfance. J’avais un grand-père qui me gardait pendant les vacances et qui passait son temps dans son potager. Il m’embauchait comme ouvrier pour enlever les mauvaises herbes, arroser, et j’adorais ça. Je retrouve ce plaisir ici en maniant la pelle ou la pioche. On construit des digues anti-flic en travers des chemins creux, des cabanes dans les arbres. Le soir, je suis crevé et je dors enfin sans problème.


Zoé s’ennuie. Le collectif féministe, ça va un moment, mais il n’y a pas assez de musique, et les travaux au grand air, ce n’est pas son truc. Elle veut qu’on retourne en ville.



Je me retrouve seul dans la cabane. Je travaille encore plus pour arriver à dormir sans ses petites fesses chaudes. Je ne parle pas beaucoup. Dans les conseils, je n’ouvre jamais la bouche. Je fais de longues promenades dans la montagne. Un jour, je croise des loups. Je les regarde, ils me regardent, et nous nous séparons bons amis.



9 – Nouveau départ


Des centaines de policiers ont essayé de nous déloger, mais ils n’y sont pas parvenus. On aurait cru la guerre, des grenades, des canons à eau, mais nous avions truffé le terrain de pièges. J’ai balancé des pierres de plusieurs kilos avec une catapulte que nous avions construite. Du grand guignol qui a duré deux jours. Finalement, ils se sont repliés à l’entrée de la vallée et on a repris nos travaux de fortifications. Les législatives changent la donne. Je ne suis pas au courant, mais mon parti perd les élections et on m’annonce que la nouvelle députée est écologiste et qu’elle va venir à la ZAD pour nous soutenir.


J’assiste au conseil. Je suis au fond de la salle, dans un coin. Alice est à la tribune. C’est elle, la nouvelle députée. Je la regarde avec admiration et un peu de douleur. Elle est de plus en plus belle, sans maquillage, avec ses cheveux bouclés qui se tortillonnent en tous sens autour de son visage et ses grands yeux intelligents. Avant de parler, elle balaie la salle du regard et ses yeux passent sur moi sans s’arrêter. Je suis barbu, j’ai les cheveux du Christ, et je baisse la tête.

Quand elle parle, on ne peut qu’être en accord avec tout ce qu’elle dit. Sa voix est chaleureuse et son discours est rempli d’humanité. Elle aime les gens, même les sauvages de la ZAD. Elle parle d’avenir, de la beauté de la montagne que je connais comme ma poche maintenant. Il n’y a qu’aux types aux dents longues en costume cravate qu’elle réserve son mépris. Je n’ai pas oublié. Elle avait raison.


Dès que la réunion se termine, je file. Je retourne à ma cabane et je mets de l’eau à chauffer sur le poêle. Je veux lire, Tolstoï, Anna Karenine, mais les mots dansent devant mes yeux et je n’arrive pas à me concentrer. On frappe à ma porte. Je ne vais pas ouvrir. On frappe encore. J’ouvre et je me retrouve face à la députée.




10 – Fin de l’histoire


Nous sommes devenus amis. Nous avons beaucoup parlé et j’ai fini par lui raconter toute mon histoire. Je me suis excusé de mon ambition, de mon machisme, excusé d’être celui que j’ai été. Elle m’a raconté son fils, le père qui n’a pas supporté qu’elle fasse une carrière politique et qui l’a quittée, ses idées, ses combats. Elle m’a proposé de revenir en ville pour qu’on puisse continuer de se voir et de se parler, mais j’ai refusé. Je n’ai pas très confiance en moi et je préfère rester dans ma montagne.


La ZAD se vide maintenant qu’il n’y a plus de danger, mais nous sommes une vingtaine à nous installer définitivement. Avec l’argent qu’il me reste de mes années glorieuses, j’achète les terres et je les offre au GAEC que nous formons, nous les survivants de la ZAD. Alice vient dès qu’elle peut. Elle amène son fils, Simon, et on s’entend bien, lui et moi. Je lui apprends le nom des arbres et je lui parle de mes amis les loups qui vivent dans la montagne et que je vois souvent. Un jour, Simon demande à sa mère de rester avec moi pendant les vacances. Elle accepte. Avec Simon, qui a dix ans, nous parcourons les montagnes et nageons dans la rivière. Un soir, devant un bol de soupe, il me dit :



J’adore ce gosse. Quand je le vois, je pense à mes filles que je ne connais pas. Ça dure comme ça pendant des années. Cinq ans en fait. Le temps d’une législature. Alice ne se représente pas. Un jour, elle vient et elle m’annonce ça :



Ce soir-là, très tard pour être sûrs que Simon ne nous espionne plus, nous nous glissons sous un plaid devant le poêle. Elle prend ma bite dans sa petite main et je mets la mienne dans sa culotte. Nous nous regardons comme deux adolescents qui découvrent le sexe pour la première fois. J’ai tout oublié, je ne sais plus faire, mais Alice me guide avec une douceur infinie et je finis la nuit au plus profond de son corps.



11 – Fin des temps


Alice est morte pendant la nuit. Elle avait quatre-vingt-huit ans et j’ai le même âge. Elle a été mon moteur et ma lumière pendant toutes ces années. Je n’ai prévenu personne. Elle est sortie de l’hôpital pour mourir à la maison et, maintenant que c’est fait, je me dis que Simon et sa petite sœur peuvent bien attendre vingt-quatre heures avant d’apprendre la nouvelle. Je sors. Alice est partout, dans les peupliers blancs dont le vent éparpille les feuilles d’or, dans l’eau froide de la rivière, dans les cimes déjà enneigées des montagnes. Je m’assois sur une pierre au bord de l’eau. Il y a beaucoup de courant, le torrent dévale en grondant de la montagne et se précipite vers la mer, là-bas, très loin. J’ai envie de voir la mer. Je vais sauter dans le courant et me laisser emporter. Alice sera là, c’est sûr, pour me donner la main.