| n° 21474 | Fiche technique | 100183 caractères | 100183 16557 Temps de lecture estimé : 67 mn |
24/01/23 |
Résumé: La cabine dansait doucement, sous la légère houle de la mer des Baléares. C’était une nuit calme et douce, et la femme ne regrettait pas ce petit voyage, entreprit pour Majorque. | ||||
Critères: #aventure #initiation f ff fbi fplusag frousses bain amour cérébral exhib ffontaine cunnilingu nopéné | ||||
| Auteur : Juliette G Envoi mini-message | ||||
| Collection : Aylin Temple Numéro 02 |
Résumé des épisodes précédents :
Après son aventure africaine, Aylin Temple était bien décidée à rentrer en Irlande. Quelques affaires concernant son immense fortune devaient être traitées en urgence, et l'Espagne était un endroit idéal. La rouquine ne tenait pas à tout perdre dans un long périple. Ensuite, une vie nouvelle s’offrirait à elle…
La cabine dansait doucement, sous la légère houle de la mer des Baléares. C’était une nuit calme et douce, et la femme ne regrettait pas ce petit voyage, entreprit pour Majorque. La compagnie du capitaine était plus qu’agréable et l’homme lui avait été d’emblée sympathique. Les marins eux-mêmes lui étaient agréables. Un équipage sérieux et efficace.
Ce premier jour de mer, ils avaient beaucoup parlé et le capitaine lui avait même apporté quelques conseils précieux. Investir dans les îles Baléares était risqué, mais pouvait rapporter gros. Il restait à savoir qui, des Espagnols, des Anglais ou des Français, deviendraient les maîtres de ces eaux. Il faudrait néanmoins entreprendre des affaires avec ces gens. Avait-elle une préférence ? La femme avait alors ri sans donner de réponse. Puis, brusquement, mais avec tact, le capitaine de la goélette avait changé le sujet de la conversation. Un sujet beaucoup plus personnel. Une évocation d’un rapport entre eux devenant plus intime.
La cabine du capitaine Delmaro était exiguë, uniquement meublée d’une table, de quatre sièges, d’un hamac, et décorée d’une vieille peinture de marine, représentant une mer déchaînée fixée sur une paroi de la petite pièce. Le petit navire était lentement bousculé par son lent périple, et la femme s’amusait à écouter le bruit des eaux contre la coque de bois, et les cris d’un oiseau de mer. Les immenses yeux gris se fixèrent à ceux de l’homme, et l’invitée du capitaine de la goélette lui sourit.
Aylin Temple quitta le capitaine Delmaro des yeux pour découper un morceau de volaille, avant de le porter à sa bouche.
Le rire léger de Delmaro fit sourire sa convive. L’homme maîtrisait parfaitement l’anglais, et pouvait saisir toutes les nuances données à ses propos par une Irlandaise.
La rouquine repoussa lentement son assiette, et sa longue main caressa le verre à demi plein d’un vin couleur rubis.
Les yeux gris de la rouquine brillèrent d’une lueur amusée.
Le marin s’était levé pour se rapprocher de son invitée.
Si Aylin était sincère, elle faillit se rebiffer quand les mains de l’homme se posèrent sur sa poitrine.
Aylin Temple portait une robe. Un souhait que Delmaro avait presque exigé. Il l’espérait vivement, vêtue d’une robe pour ce dîner. Une tradition maritime. Les invités d’un capitaine se devaient d’être les plus élégants possibles.
Depuis quelque temps, l’Irlandaise avait dû se plier au jeu de la femme idéale. Une femme de son temps. Perruque et robes, bons maintiens et langage étudié. Il fallait bien cela pour les affaires. Les banques espagnoles avaient déjà beaucoup de mal à accepter les visites de femmes non accompagnées de maris. Gustave et Romuald, eux, avaient parfaitement tenu leurs rôles. Parfois, Aylin agissait seule. Ses deux compères avaient été largement rétribués par la voleuse. De quoi vivre deux vies de richesses, pour chacun d’eux. Depuis, ils la vénéraient et ils étaient devenus des amis. Gustave était agréable à vivre, mais Aylin avait du mal à repousser les avances de Romuald. Si son compagnon lui plaisait beaucoup, l’Irlandaise savait que coucher avec lui serait une grossière erreur. Si les banquiers rechignaient pour faire affaire avec une femme, ils avaient tous finalement, accepté son or. Plusieurs banques espagnoles étaient devenues plus riches.
Les doigts du capitaine tirèrent lentement, mais fermement sur l’étoffe du décolleté de la robe, et les seins lourds de l’Irlandaise parurent bondir hors du carcan de la robe gris souris, quand l’étoffe les libéra d’un coup.
Les mains chaudes du marin massaient les globes de chair ferme et douce.
Aylin soupira, et s’adossa au dossier de son siège, quand le capitaine étira délicatement les pointes durcies de ses seins.
Delmaro laissa l’une de ses mains sur la poitrine lourde, et lança l’autre entre les cuisses de sa proie consentante. Les bruissements d’étoffes, et les caresses de sa robe qui se froissait en remontant sur elle, firent frissonner la rouquine. Elle maudit cette fichue parure, et ses longues mains empoignèrent les tissus pour les remonter sur son ventre.
Aylin ne portait rien sous sa vêture, et une paume chaude s’était installée sur son sexe brûlant.
Les doigts du capitaine s’enfonçant dans son antre firent gémir la voleuse.
Aylin remonta l’une de ses mains et la posa sur l’entrejambe du marin.
Les longs doigts de la rouquine s’attaquèrent aussitôt aux lacets, qui tenaient enfermés ce qu’elle désirait prendre.
Aylin gémissait sous l’emprise sur son sexe, tout en regardant le membre érigé qu’elle branlait doucement. Une queue droite, raide et turgescente.
À peine avait-elle lâché sa phrase, que les doigts de Delmaro s’activaient de plus belle. Ils la prenaient maintenant avec plus de force, et surtout plus pleinement.
Aylin se tendit, haletante, quand l’homme ajouta un autre doigt pour emplir d’un coup sa grotte détrempée.
Dit comme cela, l’on pouvait penser à une insulte envers les femmes aux goûts prononcés pour d’autres femmes. Pourtant, l’Irlandaise ne s’en formalisa pas. Elle avait goûté à deux femmes et avait été très amoureuse de la si belle Églantine.
Aylin n’avait plus rien connu des plaisirs de la chair, depuis l’incroyable baignade donnée par Adila et Aldo. De longs mois d’abstinence totale, hormis des caresses nocturnes solitaires. La voleuse avait maintenant envie de jouissance, et cet Armando lui plaisait beaucoup. L’Irlandaise bougea et approcha ses lèvres pleines du membre en érection. Oui, elle désirait vraiment cette belle queue. Dans sa bouche d’abord, puis entre ses cuisses ensuite. Elle jouirait très vite, c’était certain.
Delmaro s’était reculé alors que la langue de la voleuse l’effleurait à peine.
Le juron, puis la main qui l’abandonnait brusquement, tirèrent la voleuse de ses pensées comme de ses émois.
Cloche et sifflets. Des cris et des ordres. Soudainement, il semblait que la goélette reprenait vie. Une vie désordonnée et inquiétante. Un brouhaha sans nom qui ne devait présager rien de bon. Que se passait-il ? Qu’est-ce qui pouvait provoquer un tel remue-ménage ? Aylin, dépoitraillée et robe en bataille, avait quitté son siège dans un mouvement souple tout autant que vif.
Delmaro se rajustait déjà, une lueur de panique dans les yeux.
La nuit lui cachait en partie ce qui se passait, mais le tonnerre se déclenchant brusquement, apprit à l’Irlandaise qu’elle allait vivre un véritable drame. Soudainement, la goélette fut brutalement secouée sous une salve de canons et la rouquine s’étala sur le pont.
Un brick sur tribord ! Aylin avait reconnu un brick. La petite goélette n’avait aucune chance. Ses petits canons légers, et la petite quinzaine de marins d’équipage, ne feraient pas le poids contre les quarante canons du navire pirate. Des pirates ! Généralement, les hors-la-loi des mers préféraient manier les petits bateaux. Pas ceux-là ! Sur un brick, l’équipage variait, mais on pouvait estimer le nombre des marins. Souvent, entre soixante ou quatre-vingts hommes. Des barbaresques ? Il n’y en avait plus guère à écumer les eaux. Des pirates anglais, ou français, certainement. Les rares et derniers pirates en activité. Un manque de chance terrible. Aylin, comme elle l’avait dit à Amir lors de leur entretien, devait rentrer en Irlande après de dernières affaires en Espagne. C’était son vœu le plus cher. Protéger sa fortune en Espagne et enfin, rentrer chez elle.
Des explosions, du bois fracassé et du feu. Des hurlements et des cris. Delmaro en chemise blanche. Une nouvelle salve terrifiante de bruit et de fureur. Hurlements encore. Panique et douleur. Le brick presque à flanc. C’était déjà presque terminé ! La goélette était vide de cargaison et ses salopards le savaient certainement. C’était le navire qu’ils voulaient. La goélette comme prise de guerre.
La rouquine murmurait, observant le brick. Le regard gris se porta plus loin et Aylin sentit un frisson glacé courir le long de sa colonne vertébrale. D’autres bateaux ! Par-dessus le bastingage bâbord, la rouquine distinguait deux autres bateaux. Des sloops.
Pont en flammes. Des corps à terre. Des coups de feu. Les pirates tiraient aux pistolets et aux mousquets. Ils tuaient du brick, sans aborder la goélette. Leur navire était maintenant presque à couple. L’Irlandaise jeta un regard vers la poupe. Trop loin. Elle ne pourrait pas rejoindre sa cabine. Son or et ses armes ! Du perdu irrémédiablement.
Un choc puissant et Aylin se colla le ventre au pont de la goélette, s’accrochant désespérément à une petite bite de bois.
Un corps tombé presque sur elle. Un jeune gars de son bord. C'était un véritable massacre. Il n’y avait déjà presque plus de coups de feu. Plus de cris…
La rouquine se décida brusquement. La lourde sacoche de cuir, le baudrier garni du sabre, d’un coutelas et du pistolet du jeune marin tué près d’elle. Ses prises en mains, Aylin se releva d’un mouvement souple. Un bond vif et rapide. Courbée en avant, la voleuse fonça vers le bastingage bâbord. Un bref instant, elle regarda la mer. Les sloops étaient restés éloignés. La nuit l’aiderait peut-être…
Dans un dernier élan, l’Irlandaise sauta par-dessus le rempart de bois…
La rouquine décolla son visage d’un sable brûlant, et s’essuya les lèvres d’une main lasse et tremblante.
Une nuit, une journée pleine et une autre nuit passée à dériver, agrippée à un morceau de bastingage. Puis, Aylin avait entendu les oiseaux. Des puffins des Baléares. Ces oiseaux ne criaient jamais en pleine mer, comme ils ne s’éloignaient pas beaucoup des terres en cette saison.
Épuisée, l’Irlandaise avait traversé la plage des terres. Végétation clairsemée. Agaves et des petits pins. Il y aurait forcément de l’eau douce. Il ne lui restait plus qu’à la chercher et surtout à la trouver. La rouquine ajusta le baudrier sur son corps, et y accrocha sa lourde sacoche. Elle ferait l’inventaire de l’objet plus tard. Certainement de la poudre à pistolet, du plomb et d’autres petites choses. C’était déjà ça. Elle avait des armes et peut-être des munitions. Le marin tué à ses côtés lui sauverait peut-être la vie finalement. Le sabre était lourd, mais lui serait très utile. Si elle trouvait de l’eau. Sinon… L’Irlandaise avait déjà compris qu’elle était sur un îlot. Au mieux, une île. Mais îlot ou île, les lieux n’étaient certainement pas habités. Aylin releva sur elle la robe alourdie par l’eau de mer.
Si la voleuse se pensait maudite, elle se ragaillardit à la tombée de la nuit. Des rochers, et une coulée d’eau. Allongée dans le ru d’eau douce, Aylin avait bu sans toutefois se gaver. L’eau fraîche dans sa gorge et sur sa peau était un cadeau du ciel. Sa soif calmée, elle quitta le ruisseau pour aller s’asseoir à deux pas de la source, avant de s’allonger sur le dos. Il faisait maintenant nuit noire, et il lui était inutile d’entreprendre quoi que ce soit. La soif qui l’avait tenaillée atrocement durant ces longues heures de dérive, avait oblitéré sa faim. Une faim de loup, qui s’éveillait aussitôt son besoin d’eau assouvi. Il y aurait des animaux. Du gibier. Des bocs peut-être. Des chèvres sauvages. Ou d’autres chèvres. Des lapins ou des lièvres ? Oui, peut-être. Des oiseaux. Des amandes, des figues et des légumes sauvages. Oui…
Des carottes sauvages et des mûres. C’est tout ce qu’Aylin avait trouvé de la journée. Puis elle avait entendu les bêlements provenant d’une petite hauteur de pierrailles. Plus tard, la rouquine avait tué un boc. Au coutelas.
Patiente et têtue, la voleuse avait découvert quelques bêtes, qui s’étaient aussitôt carapatées à son approche. Trop épuisée pour tenter de les suivre, Aylin avait réfléchi. Elle avait une dernière chance à tenter. Ensuite, elle serait trop affaiblie pour survivre. Si ces bocs étaient là. Ils reviendraient. Elle avait donc utilisé ses dernières forces pour se mettre nue, se barbouiller de terre, et se hisser dans l’arbre, à une quinzaine de pieds du sol. Le puissant caroubier avait des branches fortes. Une chute de cette hauteur pouvait pourtant la tuer. Ou lui faire beaucoup de mal. Ce qui sur cette île, signifiait la même chose.
Aylin avait passé la nuit entière dans l’arbre. Au matin, les bocs étaient là. Après s’être concentrée, elle s’était élancée sur une grande chèvre aux poils rouge feu et noirs. Une bête qui lui parut énorme pour une chèvre. Le choc qui s’ensuivit, donna à la pauvre Aylin, l’impression que ses os se fracassaient. Une lutte sauvage. Accrochée au cou puissant de l’animal, Aylin avait plongé et replongé son coutelas dans le flanc de la bête, qui affolée, bêlait désespérément. Un moment de violence et l’animal s’effondrait lentement sur la rocaille.
C’était bien une île…
Aylin Temple était une naufragée abandonnée de Dieu et des hommes. Si la rouquine se fichait bien d’être ignorée de Dieu, elle s’accrocherait pourtant au besoin impérieux de quitter son petit monde. Elle devait retrouver les hommes, où elle deviendrait folle de solitude. Aylin avait entendu bien des choses, sur des marins perdus en mer, et revenus un jour d’entre les morts. Pour la plupart, ils étaient fous. Elle ne voulait pas finir comme cela.
Les conditions de vie de l’Irlandaise s’étaient grandement améliorées. D’abord, elle avait vécu sur la viande crue du boc tué, et de tout ce qu’elle pouvait trouver en fruits et légumes sauvages. Puis, elle avait soigneusement fait sécher sa poudre. Le contenu de sa sacoche et le pistolet lui avaient alors été très utiles, tout comme le briquet silex du marin. Elle mangeait dès lors de la viande cuite.
Aylin passait le plus clair de son temps à s’éloigner du cours d’eau pour explorer les lieux.
Le trente-troisième jour, et comble d’ironie, pas très loin de la plage où elle s’était échouée, elle trouva la caverne. Une caverne agencée en abri. Une large et basse avancée construite en bois protégeait l’entrée de la grotte. À l’intérieur, la rouquine découvrit des merveilles. Une petite table bancale et deux chaises rudimentaires. Un foyer et du bois coupé. Un chaudron. Des gamelles. Des outres de cuir. Des couteaux. Des pots et des ustensiles de toutes sortes. Trois gros pots de sel. Des épices. Des fûts vides. Des peaux tannées, amassées dans une charrette à bras en parfait état. Quelques barils de poudre. Huit mousquets, et huit pistolets accompagnés de leurs munitions. Des sabres, des coutelas. D’autres briquets, du silex de rechange. Des coffrets d’herbes séchées. Médecine certainement. Dans un grand coffre, des cordages, un lourd filet de pêche, des palanques et des lignes à poissons. Dans un autre, des haches et des coins de menuiserie, des rabots, d’autres outils. Une grande malle et des linges secs. Sous les tissus, un sextant, trois longues-vues et trois boussoles. Un véritable don des cieux. Une véritable manne. Des trésors. Une cache. Un abri ancien de boucaniers ? Y avait-il seulement eu des boucaniers dans les îles des Baléares ?
La rouquine, assise dos au tronc d’un pin, regardait sa découverte. Elle dormirait sous un toit pour la première fois, depuis un temps qui lui paraissait une éternité. Un soulagement immense lui gonflait le cœur. Elle était sûre de rester vivante un moment. Elle avait un abri. Une joie sans nom la fit rire, quand une fois remise de ses émotions et après avoir contourné la caverne, elle entendit un bruit d’eau. La voleuse regardait une source qui coulait de roches proches.
Aylin avait perdu ses chaussures en mer, et depuis longtemps, au deuxième jour, elle avait taillé dans sa robe grise sale et déchirée. Elle la portait raccourcie au-dessus des genoux, et avait arraché les longues manches bouffantes pour garder ses bras nus. Aylin se débarrassa de sa robe en lambeaux et se glissa sous l’eau froide, aussitôt frissonnante. Dieu que c’était bon !
L’Irlandaise avait passé sa robe sous l’eau et l’avait frottée du mieux qu’elle le pouvait. Nue sur une roche plate, elle se séchait au soleil couchant.
Dans un mouvement lent, Aylin éloigna ses longues cuisses l’une de l’autre, descendit sa main vers son ventre et deux longs doigts nerveux glissèrent sur sa fente encore humide d’eau douce.
Aylin bougea et se cala plus confortablement à la pierre tiédie. L’image du sexe dur du capitaine Delmaro. Son odeur un peu âcre. Le gland perlant de rosée et sa langue…
La rouquine soupira quand son majeur pesa sur son bouton, devenu dur sous-sol désir ardent. Elle descendit son autre main et écarta doucement les lèvres de son fruit.
L’index rejoignit son majeur et Aylin gémit.
Aylin laissa ses doigts sur son clitoris, et majeur et index de son autre main s’enfoncèrent dans une fente, maintenant mouillée par d’autres eaux que celles de la cascade.
Aylin avait quitté la grotte et avait exploré les environs. Elle trouva très vite une autre caverne. Plus petite cependant que sa première trouvaille, mais assez profonde. Il y faisait même très sombre dans le fond. Une cavité rocheuse.
Un gros fût de chêne. Des tonnelets. Des bouteilles. Du rhum ! Du tafia ! Un tonneau moyen de sel. Un autre coffre. Énorme et massif. Dedans, des rouleaux de parchemin qu’Aylin ne put lire dans la demi-obscurité, et des outils. Peut-être des outils pour le tannage des peaux. Plus loin, dans un coin du renfoncement pierreux, Aylin découvrit des pelles, des pioches, des bêches, ainsi que d’autres outils. Des marteaux, des clous dans des petits tonnelets. Des rouleaux de fil de fer, et du fer grillagé, accompagnés de tout un tas de planches de bois déjà apprêtées. Ces gens, quels qu’ils soient, avaient eu l’intention de s’installer sur cette terre. Qu’étaient-ils donc devenus ?
Aylin avait fait un grand ménage. Elle avait vidé la grotte, trié et écarté tout ce qui était trop vieux ou inutilisable. Elle avait nettoyé de son mieux les lieux, puis avait arrangé la petite caverne à sa convenance. Tout était en place, et elle s’y retrouverait très vite. Les haches surtout, lui seraient précieuses. Pour couper le bois de feu, pour construire quelque chose et peut-être plus tard, pour fabriquer un esquif. Pourquoi pas ! Un radeau. Il y avait d’autres îles pas si loin et habitées, celles-là.
Aylin vivait tranquille et soulagée. Elle chassait et pêchait. Elle avait trouvé de quoi aménager un petit potager. Aux soirs tombants, l’Irlandaise se mettait nue et se faisait jouir. Parfois de longs moments.
Un autre mois était passé. Aylin soupira en songeant qu’elle devrait tout explorer de l’île. Il y avait peut-être d’autres découvertes à faire. Et surtout, une reine ne devait-elle pas tout connaître de son royaume ?
Depuis trois jours, Aylin explorait son île. Elle avait emporté une boussole, une longue-vue, ses armes et des gourdes d’eau. Une hache et une longue corde de trente pieds de longueur. Un cordage lourd et encombrant, mais qui pourrait lui être utile, s’il lui était nécessaire de grimper ou d’escalader. La rouquine avait retrouvé forces et allant, et s’accommodait du poids de ce cordage. Aylin n’avait qu’une vague idée de la taille de l’île, mais elle avait tout le temps pour la découvrir dans sa totalité. Les soirs, Aylin se trouvait un endroit, ramassait ou coupait du bois, et faisait un feu pour la nuit. Elle mangeait et s’allongeait nue. Sa robe n’avait plus de robe que le nom, mais elle faisait tout pour la garder encore, sans trop l’abîmer. Les peaux trouvées dans la grotte étaient pourries par l’humidité, et elle les avait brûlées. Ces journées d’exploration ne la fatiguaient pas, et la voleuse se détendait en se donnant du plaisir avant de dormir. C’était devenu une habitude. Une très agréable façon, bienfaisante, de s’apprêter au sommeil
Une île où elle était seule. Une terre déserte.
Maintenant, l’Irlandaise n’était plus si certaine d’être le seul être humain à arpenter la terre de son île. Depuis qu’elle avait tué un boc au mousquet dans une petite vallée encaissée dans des rocailles, il lui semblait être épiée et suivie. Ses sens et ses instincts d’aventurière, la laissaient de plus en plus souvent attentive, à tout ce qu’elle avait ignoré jusque-là. Jusqu’au matin où Aylin Temple, fut certaine de ne plus être seule.
Le sentier seul était praticable. Il serpentait entre des roches broussailleuses, et menait sur des hauteurs. La longue-vue était un trésor. Aylin tenterait sa chance ici. L’épisode de sa première chasse au boc à l’esprit, elle s’élança vers le sentier. Elle sentait l’autre sur ses talons. Il y avait désormais un naufragé de trop sur son île.
Aylin avait longtemps couru. Puis, une idée lui était venue. L’autre était un véritable pisteur. Une vue exceptionnelle, et des sens aiguisés. Elle devait se montrer plus rusée que lui. Essayer de l’être en tout cas. La rouquine s’était écartée du chemin, cherchant un coin terreux. Elle avait alors vidé deux de ses gourdes sur une terre sèche, avant de se mettre nue. Après quoi, elle s’était enduit tout le corps de boue, avait ramassé ses affaires et avait repris sa course.
Ce n’était pas même un murmure. L’autre était enfin visible. De vieilles frusques en lambeaux. Une sorte de lance, un épieu de bois. Il marchait un peu courbé en avant. Il la pistait. Il allait vite comprendre que les traces disparaissaient au pied d’un arbre. Perchée sur son caroubier, à bonne hauteur, Aylin guettait depuis plus d’un quart d’heure. L’intrus était sous elle. Elle avait réussi à tuer un boc de cette manière.
Pistolet au poing, coutelas dans l’autre main, la rouquine se laissa tomber de son perchoir. Le choc des corps, une douleur intense à la cheville, un cri rauque de l’autre, et la crosse du pistolet qui cognait un crâne. Corps mêlés qui s’effondrent et Aylin roule sur elle-même en grimaçant de douleur. L’autre a son compte. Étalé face contre terre. Du sang dans des cheveux couleur de terre mouillée. Du sang qui coule doucement sur les cailloux gris. Une onde de douleur encore. La voleuse s’est blessée.
La rouquine s’est relevée et debout, surplombe sa victime.
S’il n’est pas mort. Le tuer. Vite et proprement. Aylin, incapable de tenir sur sa cheville blessée, s’accroupit, pistolet pointé sur la tête de l’autre. Sa grande main croche dans une épaule et soulève le corps inerte.
Tout d’abord Aylin avait cru à un jeune type. De son arbre, elle n’avait pas pu voir que l’autre était frêle et plutôt petit. Ce qui d’ailleurs n’aurait rien changé. Pas plus que si elle avait su que l’autre était une gamine.
Comme en réponse à son juron, l’autre poussa un léger gémissement.
Une foulure. Un rapide examen le lui avait appris. Quelques jours de tracas sans plus, en prenant bien garde, et en restant attentive à ne pas trop s’appuyer sur son pied gauche.
Aylin avait lié ses mains au dos de la fille, et l’avait laissée sur place. Très vite, elle trouvait un endroit plus tranquille et déposait ses affaires dans un petit renfoncement herbeux accolé à des roches. Toujours nue et couverte de boue, elle était repartie armée de son pistolet. La fille si elle ne crevait pas, ne pourrait toutefois pas être dangereuse. Mais autant ne pas tenter le diable.
Aylin parlait, la fille sur son épaule et mettant un pied devant l’autre avec prudence. Arrivée au coin qu’elle s’était choisie, la rouquine se baissa lentement et déposa le corps sur l’herbe. Il ferait sombre rapidement, et Aylin devait vite se faire un avis sur l’état de santé, et sur les chances de cette fille, de passer la nuit.
L’Irlandaise avait sacrifié de sa robe et de son eau, pour nettoyer la plaie à l’aide de ces linges mouillés improvisés. La blessure au cuir chevelu n’était pas bien méchante. C’était plutôt son poids sur la gamine, qui lui avait fait le plus de mal. Le coup de pistolet l’avait simplement assommée.
L’Irlandaise avait aspergé doucement le visage de la fille, d’eau devenue tiède, et avait tenté de la faire boire sans succès. Elle ne pouvait rien faire de plus de toute façon. Il faisait déjà sombre, et Aylin avait faim et soif. L’Irlandaise vérifia les entraves des poignets de sa prisonnière, et lia ensemble des chevilles délicates. Puis elle souleva doucement la gamine, pour la déposer sur un endroit incliné, corps calé entre le petit tronc d’un arbuste et une roche.
Tout en disant cela, Aylin se rendit subitement compte qu’elle parlait à quelqu’un. Même si l’autre était au pays des rêves, elle trouvait cela agréable. Même si l’autre était une ordure, qui voulait sa peau. C’était simplement très agréable de lui parler.
Aylin soupira et ouvrit les yeux. Elle n’avait pas fermé l’œil de la nuit, surveillant la fille et réussissant à lui faire ingurgiter un peu d’eau. Elle était restée nue, et avait maintenant un peu froid. Les restes de sa robe étaient mouillés par l’eau de la veille, et l’humidité de la nuit. La rouquine avait finalement capitulé, et s’était endormie aux premières lueurs de l’aube.
La fille la regardait. Jeune oui. Mais ce n’était pas une gamine. Petite et mince dans ses frusques puantes, mais pas une fillette. Des cheveux terre cuite enrubannés d’une bande grise, posée en bandage par la voleuse. Des mèches qui tombaient en rubans emmêlés. Des yeux lumineux. Un vert d’émeraude. Un nez droit et large, et une bouche épaisse, ouverte sur des dents éclatantes de blancheur. Un teint cacao. Une mulâtresse. Une métisse au regard devenu fixe, en constatant qu'Aylin s’était réveillée. Un regard qui brusquement, s’était chargé de terreur. Une mulâtresse qui s’était mise à trembler des pieds à la tête, ses yeux craintifs posés sur Aylin.
Pas de réponse. Des tremblements proches de convulsions, et une peur immense dans les yeux verts.
Aucune réponse. L’Irlandaise avait parlé avec le peu d’Espagnol qu’elle connaissait, et parlait ensuite en anglais. Uniquement de la terreur dans le regard clair.
La rouquine poussa un léger soupir. Elle s’était adressée à la fille en français. Aylin le parlait sans trop de richesses, mais c’était déjà un pas de fait. La jeune métisse connaissait le français.
Un long moment, Aylin resta silencieuse, puis elle se leva. Sa cheville l’élança aussitôt debout et elle retint un juron.
C’était peine perdue, surtout quand elle s’avança le coutelas à la main.
L’Irlandaise avait pris un risque énorme. Elle s’était uniquement basée sur ses connaissances de l’être humain. La petite crevait de peur. Une métisse trouillarde, qui l’avait toutefois suivie jusqu’ici, pour tuer celle qui lui faisait si peur. Pour tenter de le faire en tout cas. Cette Vanna n’avait pourtant rien d’une tueuse. Aylin avait donc décidé de prendre le risque de se tromper. Si son raisonnement était juste, ce serait tout bénéfice pour elles deux. Dans le cas contraire. Dorénavant, Aylin seule risquait sa peau. Elle ne tuerait certainement pas une gamine.
La voleuse désigna un sac de toile de son index.
Peu avant, Aylin s’était approchée de la mulâtresse, avait coupé ses liens, déposé le coutelas à ses pieds, puis s’était reculée pour se munir de son pistolet et de son mousquet. Vanna, terrorisée, n’avait même rien tenté. La rouquine était revenue vers la jeune mulâtresse, et avait posé ses armes avec le coutelas à ses pieds.
Aylin s’appliqua à parler calmement et lentement, prenant soin de prononcer correctement des mots qu’elle ne maîtrisait pas au mieux.
La voleuse n’avait rien ajouté et avait mangé un peu de viande de porc sauvage.
La robe d’Aylin ne lui cachait plus que le haut de ses cuisses. Elle marchait devant, lentement et précautionneusement, et Vanna la suivait docilement. Elles ne se parlaient pratiquement pas, mis à part le soir. Des banalités. Mange. Donne-moi de l’eau s’il te plaît ! Tu en veux ? Bonne nuit. C’était tout. L’Irlandaise appelait la jeune femme par son nom. Vanna elle n’appelait jamais la rouquine. Aylin était curieuse d’en apprendre plus sur la jeune femme, mais elle ne tenait pas à la brusquer. Et surtout, elle n’arrivait pas à se sortir de la tête que peut-être, la métisse attendait son heure. Une fois à la grotte, il lui serait facile d’attendre une nuit complice, et de là, tuer la grande femme rouquine qui lui faisait si peur. Cette fois, Aylin n’avait rien à explorer, et sa boussole était une aide précieuse. Elle n’avait qu’à marcher dans la bonne direction pour retrouver son refuge. La cheville fragile avait pourtant décidé de prendre tout son temps pour aller mieux, et la voleuse souffrait très vite de ses efforts pour mettre un pied devant l’autre.
L’Irlandaise et sa métisse retrouvèrent la grotte d’Aylin cinq jours plus tard…
Aylin était sortie de la grotte pour dormir dehors.
Peu après leur arrivée à la caverne, Vanna avait travaillé deux jours à fabriquer une paillasse épaisse en toile de sac, de près de cinq pieds de large sur six de longueur. Toile garnie d’aiguilles de pin et de fougères. Un gros, très gros boulot. Elles dormaient depuis dans la grotte, côte à côte, mais la rouquine aimait dormir à la belle étoile depuis toujours. Si la jeune métisse ne parlait toujours pas beaucoup, elle semblait avoir retrouvé le sens des mots. Vanna parlait peu, mais son français était maintenant plus élaboré, comme revenu lentement à sa mémoire. Elle se faisait maintenant bien mieux comprendre.
Si le temps passait, la jeune métisse se montrait toujours aussi timide et réservée, tout autant que parfois têtue. Ses horribles frusques puaient assez fort pour dégoûter un bouc, mais Vanna refusait obstinément de les enlever pour se coucher. Tout comme elle refusait qu’Aylin dorme nue à ses côtés. Il leur fallait donc vite trouver une solution, pour se vêtir un peu plus décemment. L’Irlandaise n’avait aucune idée sur les façons du tannage. Encore que, elle trouverait peut-être ce qu’il lui fallait dans l’autre grotte. Il y avait des chances pour qu’elle réussisse à utiliser le matériel qu’elle avait dégoté. Elle devait au moins essayer. Dès demain, elle se pencherait sur la question. Si elle échouait, des fougères valaient mieux que des fringues malodorantes. D’autant que sa robe la lâcherait très vite. Elle n’aurait alors pas même pas une peau pour se couvrir.
Aylin, nue, se caressait doucement, attentive à ne pas émettre un son. Elle était allongée à plat dos sur la pierre plate, où elle avait pris son plaisir des nuits durant. Deux longs doigts malmenaient doucement un téton durci, tandis que d’autres titillaient son clitoris gonflé de désir. La lune était voilée par de lourds nuages depuis quelques nuits. Des nuées qui couvaient de violents orages. La rouquine expira en pinçant un peu plus fort la pointe de son sein.
Aylin avait retiré ses doigts en un geste rapide. Elle n’avait rien entendu. Elle n’avait rien vu venir. Après un instant passé à des pensées idiotes et un rien désordonnées, l’ancienne voleuse se tourna vers la silhouette de Vanna.
Aylin, les joues en feu, opta pour un comportement le plus naturel possible. Il faisait nuit et Vanna n’avait pas dû voir grand-chose.
La voix de la voleuse était douce. Comment cette fille ne pouvait-elle pas comprendre cet état naturel ? N’était-elle jamais « énervée » elle-même ?
Au petit matin, Aylin ouvrit les yeux et sentit le corps chaud contre elle. La jeune femme dormait toujours. La voleuse observa attentivement sa nouvelle compagne. Vanna était belle. Un sacré mélange des sangs très sûrement. Aylin avait coupé un peu de la tignasse sale et poisseuse de sang, pour nettoyer la plaie à la tête. Un moment, elle s’était d’ailleurs inquiétée d’une éventuelle infection, qui heureusement n’était pas née. Les cheveux bruns couleur de terre tombaient en longs rubans serrés, comme des mèches enroulées sur elles-mêmes. De petits rouleaux compacts. Les yeux vert lumineux et les traits fins, en contraste avec la peau foncée couleur caramel, donnaient un charme indéniable à cette fille. Pour la première fois, Aylin évaluait la beauté du corps contre elle. Des petits seins hauts perchés, durs et arrogants. Un corps mince comme une liane. L’image de petites fesses fermes, vues plusieurs fois. Oui, Vanna était un sacré beau bout de femelle. La rouquine baissa son regard gris sur le ventre plat de la mulâtresse. Très peu de poils. Plutôt un fin duvet, pas même frisé et qui devait être soyeux au toucher. Beaucoup de sang blanc certainement. Une fille issue de descendants eux-mêmes mulâtres ? La pensée de la belle Adila naquit. L’Africaine a la peau ébène, qui l’avait fait tellement jouir lors de ce fabuleux moment de baignade dans la caverne des quarante voleurs.
Aylin, perdue dans ses pensées, tressaillit quand elle sentit son téton pincé.
Vanna prononçait son nom sans inclure le « N » de fin. Ayli.
La rouquine regretta aussitôt sa question. Elle était partie toute seule. Sa main enleva les doigts menus et chauds de sa poitrine.
Encore, Vanna pinça un bourgeon. L’autre mamelon de la voleuse.
La rouquine soupira et s’affola en pensées diverses et contrariées.
Aylin sentit une nouvelle fois son visage s’enflammer.
Aylin soupira encore et repoussa doucement la petite main.
L’Irlandaise était restée nue, et avait souri en constatant que Vanna l’avait imitée. Elles avaient déjeuné en silence de viande de porc sauvage, accompagnée de petites carottes. Viande et légumes grillés au feu. Aylin avait tant de questions en tête. Depuis quand Vanna était-elle sur cette île ? Comment avait-elle survécu avec un simple épieu de bois ? Tant de questions !
Vanna avait hoché la tête en croquant dans sa pomme séchée et Aylin attisa les braises du feu de la nuit.
Vanna avait désigné les seins nus de l’Irlandaise de son index tendu.
Ça venait enfin. Depuis peu, mais ça venait. Quand Vanna lâchait une information sur elle-même, l’Irlandaise la laissait dire sans relever.
Vanna avait connu ses parents. Des gens comme elle. Des mulâtres. Vanna était heureuse. Puis des prêtres français étaient arrivés. Ils l’avaient ensuite emmenée avec eux, avec l’accord des parents. Une école et d’autres gosses. La rouquine avait tout le temps du monde pour en apprendre plus. Là, Aylin tombait des nues. Une gamine sur une île déserte. Incroyable ! Aylin avait estimé l’âge de Vanna. Entre seize et dix-neuf printemps. Pas plus certainement. Des années, des d’années seule ici.
Aujourd’hui, elles pêcheraient au filet. Un lourd filet plombé, et lesté de petits flotteurs attachés par l’une de ses extrémités à un piquet planté sur la berge. Aylin plongeait et nageait jusqu’à tendre le filet, puis elle regagnait la rive en effectuant un large demi-cercle dans l’eau. Une opération très fatiguante certes, mais la grande rousse n’avait pas d’autres idées, pour un type de pêche plus rapide et plus efficace. Elles avaient découvert un plan d’eau, sorte de petit lac intérieur. Une eau claire et très fraîche. Des tanches, des perches, quelques brochets et surtout, de belles carpes et des écrevisses. Des poules d’eau vivaient au bord de l’eau. Une viande était une viande. Ce lac était une véritable manne des dieux.
Grasses et savoureuses. Aylin préparerait deux des trois carpes longues comme son avant-bras pour le soir, cuites sur la grille de fer rouillée, posée sur les braises. Elle garderait la troisième, les deux perches, la grosse brème et les écrevisses, pour le lendemain. Vanna avait pêché une bonne vingtaine d’écrevisses. La jeune femme était obéissante et travailleuse. Et presque toujours de bonne composition. Sauf quand elle boudait. Et là, badigeonnée de boue, Vanna boudait.
Aylin, elle aussi, s’était enduite tout le corps de glaise, cheveux compris. Elle avait également taillé ses cheveux roux, en regardant son reflet dans un vieux miroir un peu moisi. L’un des boucaniers, où qui qu’il puisse avoir été, devait être coquet. La rouquine réunit les rouleaux enduits de glaise dans sa main, et les lourds ciseaux dédiés à la préparation de peaux mordirent dans la masse de cheveux de la jeune femme. Relâchés, les rouleaux tombaient sur sa nuque.
Les immenses yeux verts s’étaient levés vers la voleuse.
La glaise avait séché.
Une légère brise venue du large balayait l’île, et l’Irlandaise frissonna dans l’air du soir.
Assises sur la grande roche plate, les deux femmes regardaient le soleil devenir lentement rougeâtre.
Vanna revenait sur le sujet. Toutes deux avaient gardé l’habitude d’aller entièrement nues, et Vanna refusait de chasser un boc pour tenter de tanner sa peau. Pourtant, elles le feraient très bientôt. Aylin ne céderait pas. Il y avait des orages chaque nuit ou presque, et bientôt les températures baisseraient. Il leur fallait de quoi se couvrir les corps. Et, il y avait une autre ombre qui planait entre les deux femmes. Et celle-ci était de taille. Vanna ne supportait pas d’entendre la rouquine parler d’une possibilité de quitter l’île.
L’Irlandaise se tourna vers sa compagne, bien décidée à éviter une dispute. Encore qu’il n’y avait jamais de dispute. Vanna se contentait de bouder. Souvent une journée entière.
Vanna avait son doigt sur l’un de ses tétons. Aylin sentit aussitôt son visage s’empourprer. Elle ne savait que répondre. Elle ne savait pas comment réagir. Parfois, Vanna la regardait d’une étrange façon. Une certaine curiosité, mais également une pointe de désir, qu’Aylin avait très vite décelée. La jeune femme agissait ainsi depuis cette fameuse nuit, où elle avait surpris sa compagne rousse, occupée à se faire du bien sur cette même pierre.
Putain de Dieu Vanna. Tais-toi ! Les joues en feu, Aylin se détourna et regarda vers le large.
Quand Vanna colla son corps au sien, l’Irlandaise crut étouffer. L’air subitement lui manquait. Elle sentait les lèvres épaisses, posées sur sa peau. Dans son cou. Elles n’avaient jamais été aussi proches.
La rouquine bougea un peu la tête.
Une bouche qui s’ouvrit. Des lèvres qui caressèrent sa nuque.
La rouquine avait dormi comme une masse. Elle se sentait fraîche et dispose. Elle avait décidé de garder cette journée pour parler à Vanna. Elle lui expliquerait tout. Tout ce qu’elle pourrait, et elle s’attellerait à faire son éducation si nécessaire. Résister à ses propres désirs, avait été facile pour l’Irlandaise qui n’avait jamais vraiment regardé Vanna comme une femme. Jusqu’ici…
Aylin entendit Vanna arriver et frissonna quand elle sentit sa bouche dans son cou.
La jeune métisse s’installa sans plus insister aux côtés de la rouquine, et piocha quelques mûres dans un bol de bois.
Aylin bougea. Une longue main écarta les mèches en rouleaux, et ses lèvres se posèrent sur la nuque cacao. Puis ses doigts effleurèrent un petit sein dur et agrippèrent un long bourgeon sombre.
Aylin avait descendu sa main et effleuré le pubis nu de la métisse, lissant le doux duvet de poils. Puis elle avait ramené ses doigts sur une cuisse brûlante.
L’Irlandaise, avait abandonné le sein de Vanna. Tout le temps de ses explications, elle avait parlé avec sa bouche collée à la peau cacao, agrémentant de temps à autre ses propos de petits baisers secs. Aylin avait fait au plus simple, et donc au plus court. Pourtant, il lui semblait avoir parlé des heures. La rouquine avait tout tenté pour expliquer les choses du sexe à sa compagne. Elle estimait avoir fait son possible. Maintenant, advienne que pourra…
La jeune femme écarta légèrement ses cuisses brunes.
Vanna était mouillée. Un fruit mouillé. Une fente sombre gonflée, et ouverte sur une intimité rouge sang.
Aylin sentit son sang bouillir et inspira profondément.
Aylin laissa filer un soupir sans pouvoir s’empêcher de sourire. Vanna était tout aussi excitante qu’elle était attendrissante.
Un baquet d’eau glacée en pleine figure. Les dernières paroles de Vanna avaient balayé toute trace d’excitation et une rage froide avait aussitôt étreint la gorge d’Aylin.
Aylin s’était collée à Vanna et l’avait serrée contre elle.
La jeune métisse approcha son visage de celui de sa compagne et ses yeux brillèrent de curiosité.
Aylin sentit une nouvelle fois sa gorge se nouer. Sa brusque colère s’était évaporée. Cette fois, elle éprouvait un autre sentiment, Une émotion bien plus agréable.
L’excitation de l’Irlandaise était retombée d’un coup à l’évocation des prêtres, apportée par la jeune femme.
Deux lapins sauvages et un petit cochon, que l’Irlandaise avait laissé filer. Vanna savait poser des lacets et des collets. Elle avait appris toute seule, en découvrant un lièvre emberlificoté dans un lierre. Un défi impressionnant, pour une enfant vivant seule sur une île déserte. Elles avaient également fait le plein de petites carottes et de racines comestibles, trouvées par la jeune mulâtresse. Vanna connaissait également des plantes à tisanes ou infusions. La journée avait filé à toute allure. Aylin avait compris que Vanna avait assimilé beaucoup des explications données sans pourtant poser de questions. Toute la journée, Aylin avait senti le regard de la jeune femme sur elle, et Vanna l’avait plusieurs fois embrassée dans le cou. La rouquine en avait eu chaud au ventre. Très chaud. Elle éprouvait pourtant une certaine angoisse, en imaginant ce que la gamine avait dû subir avec ces ordures de curetons. La rouquine espérait que Vanna ne subisse pas les conséquences de ces viols horribles, dans sa vie sexuelle d’adulte. Putains de Dieu…
Aylin avait décidé de se donner du courage, et avait goûté au rhum pour la première fois. Leurs prédécesseurs avaient bon goût. Un bon rhum brun. La voleuse avait vidé une demi-bouteille d’alcool et se sentait bien. Elle avait toujours bien tenu la bouteille.
Elles étaient assises sur leur pierre plate. Aylin poussa doucement sur une douce épaule brune et s’allongea sur le corps de Vanna…
Leurs langues se mêlaient. Douceur chez Vanna. Impatience et plus de rudesse pour Aylin.
L’Irlandaise s’était dégagée du corps de Vanna, puis s’était allongée, dos à la pierre.
Les longues mains de la rouquine englobèrent très vite deux seins lourds et pleins.
Aylin caressa longuement sa poitrine et agaça des pointes dures un petit moment.
L’Irlandaise bougea son corps et écarta largement ses longues jambes.
Deux des doigts d’Aylin, brusquement pressés, se glissèrent dans sa fleur ouverte. Si le but de l’Irlandaise était de faire comprendre certaines choses à sa compagne, elle découvrait brusquement que se donner du plaisir devant Vanna, l’excitait.
Quand la rouquine cria dans la bouche de sa compagne, Vanna se recula aussitôt, un peu inquiète.
Leurs dents s’entrechoquèrent sous les soubresauts de plaisir d’Aylin, et Vanna se recula encore.
Aylin, allongée contre Vanna la couvrait d’une partie de son corps. Son sein droit écrasant celui de la jeune femme. Elles n’avaient pas cessé de s’embrasser.
Vanna enfonça deux doigts dans son antre en soupirant, et les bougea un instant. Puis elle les retira comme à regret, et alla les poser sur les lèvres d’Aylin avant que la grande rousse ne puisse réagir.
Aylin, surprise tout d’abord, s’était aussitôt reprise, et avait sucé les doigts de sa compagne avec un naturel qui avait fait rougir Vanna.
À la question posée par la rouquine, qui lui demandait si elle s’était déjà caressée, Vanna avait répondu que parfois, elle se touchait un peu. Est-ce que c’était bon ? Comme quand un moustique te pique. Tu grattes et ça fait du bien. Bordel à putes Vanna !
Vanna, sur le dos, jambes ouvertes en compas, se caressait avec une impudeur totale, excitante au possible, et amenant Aylin au bord du viol. Un viol qui n’en serait pas un, la jeune femme ne désirant que cela.
C’était presque un appel de désespoir. L’Irlandaise voulait prendre le temps. Ne rien brusquer, pour que Vanna soit bien sûre de ce qu’elle désirait. C’était d’ailleurs devenu un véritable calvaire pour Aylin. Elle mourait d’envie de tout prendre de Vanna. Comme de tout lui offrir.
Aylin avait à nouveau allongé Vanna sur la pierre et s’était agenouillée à ses côtés.
La jolie mulâtresse gémissait sans discontinuer, au bord de l’asphyxie. L’orgasme pourtant ne venait pas. Elles étaient toutes les deux trempées. De leurs sueurs, comme de leurs mouilles. Vanna ne parvenait pas à jouir. Aylin avait pris la main de la jeune femme dans la sienne et avait mêlé ses doigts aux siens.
L’Irlandaise savait parfaitement qu’il valait mieux parfois ne pas insister. Vanna, elle, insistait avec son entêtement habituel. L’idée d’Aylin était ce qu’elle était, mais avait quelques chances de réussite.
Cette idée étant que peut-être douceur et tendresse, ne suffisait pas à apporter le plaisir à la jeune métisse. Donc, pour ne pas que Vanna ne se sente humiliée ou soumise, Aylin paierait, elle aussi, de sa personne. Enfin payer. Une certaine violence excitait toujours la rouquine. Aylin aurait préféré ne pas toucher à sa compagne. Des baisers oui, mais uniquement. Elle avait montré la façon de faire, et Vanna pouvait l’imiter et découvrir le plaisir seule. Plus tard, elle aurait décidé de la conduite à tenir. Le plan d’Aylin avait fait long feu.
Les deux femmes, l’une couchée et l’autre à genoux, avaient crié plusieurs fois dans le soir tombant. Aylin d’abord, s’effondrant presque sur le corps de Vanna, et jouissant en cascades. Et enfin… Vanna explosait. Le corps secoué de frissons, sous les doigts durs de l’Irlandaise. La belle métisse avait éclaboussé plusieurs fois le rocher en se tordant, hurlant d’un plaisir mêlé à une brusque panique. Alors, Aylin rassurait aussitôt sa compagne, à peine ses épanchements de plaisirs apaisés.
Vanna était au bord de l’épuisement physique, autant que nerveux.
Le rire chaud de Vanna fit sourire la rouquine…
Aylin secoua la tête, et passa ses mains dans ses cheveux courts. Elle avait nagé longtemps, un œil sur l’aileron qui la suivait, puis l’abandonnait pour revenir vers elle. En plongée, le squale l’avait certainement suivie, sans pourtant trop l’approcher. Un requin simplement curieux. Un requin qui ne lui faisait plus peur. Les palanques étaient posées. Les petites bouées de bois bien visibles. Les premières palanques étaient en place. Jusqu’ici, la rouquine n’avait pas osé s’aventurer jusqu’aux roches. Les squales lui faisaient peur. Aylin avait aujourd’hui vaincu ses doutes et ses angoisses. Maintenant, c’était fait, elle pêcherait en mer. Elle se débarrassa du ceinturon portant le coutelas et se laissa tomber sur le sable.
La jeune métisse avait crié et était arrivée en trombe.
Vanna s’était assise à califourchon sur le ventre de l’Irlandaise. Elle était nerveuse et inquiète.
La jeune femme ne devait pas atteindre les cinq pieds trois pouces et pesait moins de cent livres. La grande rousse rit doucement.
Aylin avait expliqué le mot et son comportement à Vanna. Un grand moment de rire entre les deux femmes. Vanna était superbe. L’Irlandaise s’en rendait maintenant compte. Pas seulement belle non. Vanna était une femme magnifique. Une véritable beauté cacao. Et ses yeux ! Bordel, ses yeux.
Il s’était passé quatre jours depuis leurs caresses, et Aylin crevait d’envie de cette femme. En permanence, ou peu s’en fallait. Vanna, elle, était restée depuis lors un peu distante, et Aylin respectait cette distance, non sans une certaine inquiétude. Elle était tombée amoureuse sans même s’en rendre compte. Putains de Dieu. Amoureuse comme une gamine. Des baisers dans le cou au lever et au coucher. Rien de plus.
Vanna plongea son regard émeraude dans le gris des yeux de l’Irlandaise.
Vanna poussa un petit cri aigu quand Aylin la renversa sur le sable sans paraître avoir fait un effort.
Plusieurs fois, leurs dents se bousculèrent doucement. Plusieurs fois, elles se mordirent les lèvres avec douceur.
Vanna jouit d’un coup alors que l’Irlandaise ne faisait que l’embrasser.
Les corps s’étaient roulés dans le sable et Aylin avait entraîné Vanna vers la mer.
Elles retournaient vers la grotte, Vanna marchant les bras autour de la taille de la grande rousse et soudain, Aylin n’y tint plus.
L’Irlandaise avait doucement poussé Vanna contre une roche de la petite falaise qui dominait la plage
Vanna, debout et cuisses ouvertes, gémissait et aspirait l’air comme une femme proche de la noyade. Les doigts de la rouquine ouvraient une fente mouillée et toute salée d’eau de mer, et sa langue l’explorait avec une douceur mêlée de fougue.
Tout le corps de Vanna tremblait, et Aylin avait couché sa compagne sur une herbe sèche.
Après quelques légers mouvements de recul, Vanna s’était calmée et acceptait les caresses. Un pouce caressait une rondelle tendre tandis que l’Irlandaise léchait un fruit devenu juteux.
Le pouce avait lentement œuvré, et était entré bougeant doucement dans le petit orifice détendu.
Aylin, son pouce bougeant doucement dans l’anus de Vanna, et deux doigts dans sa petite chatte, jouait à faire se toucher ses doigts à travers la fine paroi qui séparait les deux orifices qu’elle explorait.
Une coulée contrariée par les doigts d’Aylin trempa sa main, tandis que Vanna poussait un long cri rauque. Une autre giclée fusa et l’Irlandaise sans retirer ses doigts du fruit qu’elle s’était approprié, approcha sa langue du clitoris insolemment dressé. Un très gros bouton pour une toute petite métisse. Un régal sous la langue d’une très grande rousse. Aylin, doigts fouillant doucement la petite chatte et le petit cul de Vanna, aspira le bouton tendu de ses lèvres.
Devant la grotte, la voleuse vivait un délicieux enfer depuis le début de leur repas.
Deux carpes avalées froides avec les doigts, des sourires, des rires. Les nombreuses tentatives de Vanna pour s’approcher, toutes repoussées par la rouquine. Les mots de Vanna, les envies de Vanna. Les yeux verts étincelants constamment sur elle, Aylin n’en pouvait plus.
L’Irlandaise resserra ses cuisses en rougissant comme une gamine prise en faute d’un quelconque méfait. Puis, la jeune femme couleur cacao se jeta une nouvelle fois sur sa compagne et Aylin se laissa basculer sur la paillasse installée dehors.
La jeune femme tétait les seins d’Aylin, assise sur son ventre.
Vanna quitta brusquement sa tétée et pinça un téton mouillé de salive.
Aylin se cambrait et se tordait en gémissant.
La belle métisse dévorait vivante l’Irlandaise. Elle la mangeait avec une maladresse horriblement excitante. Elle la bouffait, s’arrêtait et parlait, repartait la déguster, parlait encore, donnait ses impressions, pour mieux retourner à l’assaut de sa gourmandise ensuite. Un véritable enfer pour la rouquine, qui n’en pouvait plus d’attendre une délicieuse échéance à ce manège infernal. C’était une extraordinaire torture. Une sorte de punition inconsciente infligée par la naïve Vanna
Aylin, allongée sur Wanna, avait longtemps léché et mordillé les longues pointes de seins brunes de la jolie métisse.
L’Irlandaise avait changé de posture. Tête-bêche sur la paillasse, Aylin, au-dessus du corps cacao, avait relevé les cuisses brunes et les tenaient coincées de ses bras. La voleuse regarda son œuvre en souriant. Une petite chatte trempée et ouverte, n’attendant que sa bouche et un petit trou prêt à être dégusté.
Les deux femmes en terminaient d’une année sur leur île. Ce qui n’avait aucune signification particulière pour la jeune métisse. C’était également huit mois de vie de naufragée pour l’Irlandaise, ce qui avait poussé Aylin à de nombreuses réflexions, à certaines décisions, comme à certains travaux.
Le tannage de peaux avait été difficile à mettre en place. Heureusement, leurs prédécesseurs étaient anglais. Le manuscrit l’était lui, en tout cas. Aylin avait déchiffré assez d’informations, dans ce vieux manuscrit moisi, aux nombreuses pages effacées, pour se décider à se lancer dans cette entreprise. Un traité de tannage. Un défi nécessaire pour la survie de deux femmes. Un défi qui avait coûté cher, aux bocs de cette partie de l’île. Les deux naufragées n’en tuaient d’ailleurs plus aucun depuis. Un petit troupeau de dix-huit bêtes avait été traqué, puis décimé en deux mois. Un véritable gâchis de nourriture, mais il leur fallait de bonnes peaux.
Vanna et Aylin avaient finalement réussi à se confectionner des peaux tannées. Des cuirs assez corrects pour être portés. Ensuite, elles avaient fabriqué leurs vêtements. Des peaux portées comme des sortes de robes moulant leurs corps. D’autres, confectionnées en braies et en courtes tuniques, d’autres encore, faisant office de capes ou de longs manteaux. Les deux femmes restaient la plupart du temps pieds nus, mais s’étaient fabriqué des sortes de sabots de cuir, assortis de semelles de bois.
Les instincts comme les goûts d’aventurière de l’Irlandaise, l’avaient décidée à reprendre une vie dédiée à une survie, certes inutile sur une île déserte, mais bien souvent nécessaire dans son ancien mode de vie. Comme nécessaire parfois un peu partout dans ce monde difficile, preuve en était de l’abordage de la malheureuse goélette. Vanna tirait maintenant correctement au pistolet, et mieux encore au mousquet. Vanna était habile armée d’un sabre, et se montrait très dangereuse avec ses deux coutelas en mains. Vitesse, souplesse, et vivacité. Aylin était très fière des progrès de sa compagne.
Aylin avait décidé d’être prévoyante. Leur vie était calme, mais l’aventurière savait qu’elle pouvait basculer très vite. La grande rousse et la petite métisse s’étaient donc confectionné une cache supplémentaire. Les plus mauvaises peaux avaient servi d’emballages à quatre mousquets, quatre pistolets, leurs munitions, des sabres et des coutelas. Trois des haches, deux marteaux et un tonnelet de clous. L’une des longues-vues et une boussole. Le tout rangé dans deux tonneaux, enterrés sous un bouquet de palmiers. C’était une simple précaution. Une façon de diviser pour mieux régner. Un gros tas de bois, un tonnelet de poix, de l’étoupe et un briquet, le tout protégé par une bâche épaisse, attendait au sommet de la petite falaise qui dominait leur refuge. Un signal dans l’éventualité du passage d’un bateau au large de l’île. Les deux naufragées avaient surtout travaillé à un gros chantier, en prévision d’un départ possible. Un radeau était entièrement achevé. Une belle bête solide. Des rondins, un fond en planches ajustées. Une bonne voile d’épais tissu à sac. Un bon gouvernail. Environ quinze pieds sur treize. Les deux femmes avaient même effectué quelques petits périples côtiers dans cette partie de l’île. Le radeau tenait parfaitement l’eau. En pleine mer, ce serait peut-être suffisant. Aylin l’espérait. Au cas où…
Aylin avait également une idée fixe. Le passé de Vanna. Elle devait repartir du début en ce qui concernait l’histoire de sa compagne. Vanna, deux ordures de prêtres et des marins étaient venus et s’étaient installés sur l’île. Après un temps indéfinissable, il s’était passé quelque chose. Une bataille, ou plutôt de simples combats. Combats durant lesquels la petite métisse avait vu les curés se faire écharper. La gamine s’était aussitôt enfuie. D’autres types l’avaient poursuivie un moment avant de la laisser tranquille. Aylin désirait tenter d’en savoir plus. Vanna se souvenait de l’endroit du débarquement. Une crique au Nord de leur position. Maintenant, elle connaissait la boussole. Les points cardinaux. Elle connaissait cette partie de l’île. La jeune métisse n’y était jamais retournée. La peur d’y remettre un pied, et aucune raison particulière pour désirer y revenir. Vanna avait également le souvenir vivace de son arrivée vue de la mer. Des roches dans l’eau, et l’une d’elles, la plus proche du rivage, ressemblant à s’y méprendre à la silhouette d’un homme debout, bras levés. Une plage courte et rouge. Des algues rouges. Des palmiers couchés par le vent. Vanna était certaine de reconnaître l’endroit. Aylin, elle, espérait trouver quelque chose sur place. Des indices ou des renseignements sur ces gens. Peut-être des informations, permettant de découvrir une partie du passé de Vanna. De toute façon, elles n’avaient que cela à faire.
Vanna s’était arrêtée, avait déposé son fardeau sur le sol de pierrailles, et avait essoré les rubans de cheveux bruns trempés par la pluie de ses petites mains.
Il pleuvait beaucoup depuis deux mois. L’hiver était là, même si les températures restaient plutôt douces. Les deux femmes s’étaient habituées à vivre nues, et s’étaient accoutumées aux fraîcheurs des nuits et des levers de soleil d’automne. Maintenant, elles marchaient vêtues de leurs peaux, de braies et de tuniques, les pieds chaussés de vieux cuirs lacés aux chevilles. Chacune portait un sac de cuir contenant une outre d’eau douce, des munitions et de quoi faire du feu. Aylin, plus robuste que sa compagne, supportait un sac supplémentaire. Un sac chargé de vivres et d’une hachette. Une couverture de lainage en bon état, trouvée dans sa caverne, roulée sur elle-même et sanglée à ses épaules. À leurs tailles, baudriers et sabres, coutelas et deux pistolets. Dans leurs étuis, leurs longues-vues et boussoles. Mousquets en mains ou au dos.
Aylin avait compris depuis longtemps que leur île était formée en cuvette. L’intérieur des terres en était le fond. Les seules hauteurs étaient des falaises qui donnaient sur les bords de mer. Les terres étaient sauvages. Un relief accidenté, des roches, des bosquets et peu de sentiers praticables. Leur progression aurait pu être épuisante pour d’autres, mais les deux femmes étaient devenues aussi sauvages que leur habitat. De plus, elles ne se pressaient pas. Vanna et Aylin marchaient depuis quatre jours, et arriveraient aux falaises au lendemain matin. La rouquine pensait qu’elles avaient traversé l’île dans sa partie la plus large.
Vanna bougea sous la grande couverture de laine et s’approcha de la rouquine pour s’incruster à son corps chaud.
Aylin sourit dans le noir. Les lueurs de leur feu de camp se reflétaient dans les yeux émeraude de Vanna. Une belle nuit.
Un passage sous la falaise et la plage sous leurs pieds. Une plage battue par une grosse averse de pluie froide et un vent d’Est turbulent. Une courte marche, pistolets et mousquets en mains. Des vestiges d’enclos ou de petites constructions. Une autre marche, de la prudence, sens aux aguets. Un peu plus à l’intérieur de l’île, en longeant la roche de falaise, des caroubiers et un grand baraquement en bois. Deux cadavres derrière des taillis. Deux squelettes aux crânes menaçants, vêtus de lambeaux. Orbites vides noirs et profonds, et rictus horribles. Vanna qui crève de peur et frissonne.
Rire tendu de Vanna à la boutade de l’Irlandaise. Aylin lui avait fabriqué des osselets et elles avaient joué.
Rien d’intéressant. Rien à récupérer. Et puis un coin de la bâtisse. Là, un coffre. Énorme, haut et large. Lourd et ferré. Dedans, un large coffret de bois plat. Sous le coffret… Des vêtements ! Bordel à culs ! Des vêtements de marins. Des manteaux, des vestes, des chemises, des tricots, des redingotes et des pantalons. Des bérets et des bottes ! Putains à bordels ! Des bottes ! Deux sabres, deux mousquets et deux pistolets. De belles armes décorées. Le coffret plat… Des papiers rédigés en français. De la paperasse officielle. Aylin lit très peu le français. Des feuillets. Des livrets. Deux bibles. Des papiers d’identité. Un feuillet. Le tout parfaitement conservé. L’Irlandaise a assez de connaissances dans la langue, pour traduire certaines lettres. Surtout une information qu’elle n’espérait pas réellement trouver. Un écrit capital à ses yeux.
C’est l’histoire de deux crevures de violeurs de gamine. Jean Daumier et Paul-François Auguste. Deux faux curés. Des espions au service de la France. C’est l’histoire d’une tentative d’invasion avortée. Une île de la mer des Baléares. Une mise en place d’avant-poste en attendant un débarquement militaire.
C’est aussi et surtout, un peu de l’histoire de Vanna.
La jeune métisse n’avait pas voulu entrer dans la bâtisse. Les deux femmes étaient assises à l’abri de la pluie, sous une sorte de toiture supportée par des poteaux de bois.
Aylin se pencha et ses lèvres effleurèrent celles de sa compagne.
« Vanna Durougiers. Nom de ses maîtres. Mulâtresse et fille d’esclaves mulâtres. Née à Saint-Domingue le 22/08/1713. Débarquée à Nantes le 16/04/1724. Embarquée à Nantes pour Tarragona d’Espagne le 06/07/1725. Vanna Durougiers, à ce jour du 23/09/1725, esclave et propriété de Jean Daumier ».
Pas loin très certainement de cinq longues années de solitude sur cette saleté d’île. Putains de Dieu ! Vanna, allait sur ses dix-huit ans…
Les deux femmes avaient dormi avec leurs peaux à même le plancher de la bâtisse. Vanna à contrecœur, serrée et parfois tremblante contre sa compagne. Une nuit de froidure et de pluie. Aylin s’était éveillée en constatant l’absence de la jeune métisse. La rouquine avait soif et faim.
La voix de Vanna. Pas un cri plutôt un appel. Pas de peur dans le ton, mais un appel tendu et nerveux. L’Irlandaise avait raflé son pistolet sur le sol et s’était précipitée au-dehors.
C’était une mule.
La mule de souvenait des hommes. Si elle avait refusé les pommes, elle s’était laissé approcher puis caresser. Une bête à la robe grise. Vanna avait vu une autre mule. Plus petite, mais qui ne s’était pas approchée et s’en était retournée.
Pas question de monte immédiate, mais cela viendrait. Ce n’était d’ailleurs pas important. Joliet était déjà d’accord pour porter leurs fardeaux, et cela oui, était d’importance. Les deux compagnes étaient sur place depuis trois jours. Elles avaient écumé les alentours de la plage, et avaient fait d’autres découvertes, dont l’une était d’une importance capitale pour l’Irlandaise. Deux porcs avaient été difficiles à capturer. Il leur avait fallu énormément de patience, comme beaucoup d’adresse. La petite troupe d’une dizaine de porcs avait faim et était plutôt curieuse.
Vanna avait fini par attirer la truie avec des pommes, avant de se jeter sur elle et de lui ficeler les pattes avant. Une jeune truie maigrelette et un jeune mâle à l’attache dans un enclos réparé à la va-vite. Cela suffisait. Les autres bêtes resteraient sur place. Peut-être qu’un beau jour, les femmes reviendraient. De toute façon, il y avait assez de cochons sauvages dans la nature. Elles avaient par ailleurs trouvé beaucoup mieux. Des volailles ! Poules, poulets et coqs. Une aubaine pour Aylin. Une découverte pour Vanna. Des courses-poursuites épuisantes. Et… L’affaire du siècle pour Aylin Temple, voleuse irlandaise. Une longue chasse aux œufs ! Un apport imprévu de nourriture facile. Une nourriture riche et succulente. Aylin avait choisi un superbe coq et quatre belles poulettes, qui avaient rejoint la truie et son compagnon dans l’enclos. Puis, elle avait tué trois poulets.
Aylin ruait sous les frappes de sa compagne en se tordant de rire.
La belle métisse éprouvait une sainte frousse envers ces bestioles à plumes ! Cela avait été l’objet de leurs sympathiques chamailleries.
Après leurs chamailleries, les naufragées s’étaient faites belles. Aylin désirait faire la fête. D’autant qu’elle avait trouvé deux bouteilles de rhum. Un bain en mer et un passage par une petite mare d’eau claire sous les rochers. Puis elles s’étaient habillées. Épais tricots bleus, pantalons de toile grise et bottes. Des bottes pour Aylin. Les douze paires de bottes étaient toutes trop grandes pour Vanna. Elle avait néanmoins trouvé des sandales de corde. Trop grandes également, mais qui lui tenaient mieux aux pieds grâce à des lacets de cuir.
L’Irlandaise avait fouillé la bâtisse et avait déniché de quoi faire un peu de cuisine. Une longue cuillère de bois, de vieilles écuelles d’acier et une poêle noire et bosselée.
Aylin, pilon de poulet aux doigts, avait embrassé la jeune métisse.
L’Irlandaise déposa sa volaille sur le fût qui leur servait de table, et soupira longuement.
Le regard gris s’était légèrement foncé. Une preuve de forte émotion chez la voleuse.
Les yeux gris s’étaient faits tristes au commencement des propos d’Aylin, et maintenant s’allumaient d’une lueur de gaieté.
Un long moment, la jeune métisse était restée sans réaction.
Le rire grave résonna dans la bâtisse et Aylin avala une courte rasade de rhum.
Les yeux émeraude étaient embués de larmes.
Aylin tenait Vanna en larmes serrée contre elle.
Pour la toute première fois depuis leur rencontre, Aylin et Vanna s’étaient disputées. Une mésentente qui concernait les animaux. Vanna avait fini par comprendre que volailles et porcs seraient, un jour, mis à la broche et ne décolérait pas.
Aylin avait dû expliquer à Vanna que les mulets ne pourraient pas se reproduire, contrairement à leurs autres compagnons de voyage. Quoique, si les cas étaient rares, il arrivait que des mules soient fertiles.
Vanna, les yeux flamboyants, fulminait.
Les femmes portaient leurs armes et leurs sacs. Joliet, lui, tenu en longe par l’Irlandaise, portait docilement les deux cages construites rapidement et contenant les volailles, un énorme ballot de vêtements, un sac empli des bottes, et les superbes armes des espions. Il y avait également un sac de cuir, où Aylin avait mis les harnachements des mules. La rouquine avait également conservé le coffret de paperasserie.
L’autre mule les suivait à distance. Joliette, elle, était plus jeune que le mulet et encore méfiante. Elle acceptait seulement de manger dans la main de Vanna.
Belle, la jeune truie, et Toubeau son mâle, baptisés ainsi par Vanna, étaient très dissipés et la belle métisse ne cessait de les houspiller en riant. Les deux bêtes, des harnais de cordes autour du corps, étaient tenus en laisse par Vanna, et ces longues promenades ne leur convenaient pas vraiment. Les deux femmes avaient longé les grèves de sable un moment, avant de décider de couper par l’intérieur. Le chemin serait plus difficile mais plus rapide. De plus, les mules pourraient brouter. La végétation était rare en bord de mer.
Aylin soupira en tirant doucement sur la longe de Joliet.
Le jour n’était pas encore levé et Aylin attisa le feu à l’aide de la petite branche de bois mort. Elle regarda les flammèches incandescentes monter dans l’air frais de ce début d’aube nouvelle, et sourit en entendant un léger bruit derrière elle. Les lèvres brûlantes de Vanna sur sa nuque firent tressaillir la rouquine.
Aylin sourit en sentant les pointes dures des petits seins de la jeune métisse contre son dos. Elle avait quitté la grotte nue et s’était installée sur la grande pierre plate pour regarder l’océan. Vanna, était nue elle aussi, et l’Irlandaise en était déjà un peu enflammée. Cette fille couleur cacao avait définitivement un grand pouvoir sur elle. Aylin l’aimait. Elle était folle amoureuse de la belle métisse. Mais il y avait plus encore. Vanna avait sur elle un pouvoir de séduction indéniable. Un pouvoir terriblement excitant.
Les lèvres dans son cou mordirent doucement sa chair, et la voleuse laissa fuser un rire grave.
Au coucher, Vanna s’était montrée très amoureuse. Elles avaient fait l’amour un long moment avec tendresse, et Aylin, repue de câlineries, avait été très surprise, quand sa compagne avait pris sa main pour la déposer sur son fruit toujours très juteux.
L’Irlandaise avait aussitôt comblé sa belle métisse de ses lèvres, et l’avait fait gicler de plaisir.
Si Aylin laissait partir quelques petites manifestations liquides, dans certains de ses orgasmes, Vanna elle, pouvait devenir un véritable arrosoir à jouissance. Alors, une idée un peu folle était venue à l’esprit de la rouquine. Une idée très spéciale. Ou plutôt, une tentative qui pourrait peut-être devenir une caresse très spéciale. Un acte qu’elle-même n’avait jamais fait, et n’avait jamais subi. Aylin avait donc pris tout son temps pour donner vie à son idée. Vanna, elle, avait gémi, crié et sangloté de plaisir, tout en suppliant sa chérie d’arrêter. Puis ses cris de plaisir avaient troublé la nuit un très long moment…
La belle métisse avait enfoncé ses doigts alors qu’elle n’était pas prête, et Aylin avait sursauté sous une légère douleur.
Assise sur le rocher, la rouquine par avance vaincue, râla doucement en s’allongeant lentement sur la pierre.
Cuisses largement ouvertes, Aylin cherchait un souffle nouveau en aspirant à grandes goulées, l’air de l’aube naissante.
Vanna parlait en tétant goulûment l’un ou l’autre de ses seins lourds, et la malheureuse Aylin avait d’ores et déjà perdu pied.
La belle métisse mordait doucement dans les tétons dressés et étirait les gros bourgeons durs de ses dents nacrées.
L’Irlandaise jouit brutalement en sentant son intimité totalement investie.
La belle métisse avait retiré ses doigts, et Aylin bouche grande ouverte, avait avalé tout l’air possible avant de hurler encore, en se sentant à nouveau défoncée.
Soudain, Aylin cessa de crier et resta inerte cherchant simplement à respirer.
Aylin s’était sentie dévastée d’un coup. Sans le voir, elle savait que Vanna avait sa petite main dans son ventre. L’Irlandaise se sentait pleine comme jamais elle ne l’avait été et une vague de frayeur la fit frissonner.
La rouquine crut l’espace d’un instant que son sexe allait se déchirer.
La belle métisse s’allongea avec précaution contre Aylin et ses lèvres épaisses se collèrent à celles de sa compagne.
Trois mois s’étaient passés, et si Aylin continuait à noter les jours qui s’égrenaient lentement, elle ne les comptait plus vraiment. Tout comme elle ne s’étonnait plus d’être véritablement heureuse. Vanna la comblait. Sa vie avec la belle métisse rendait cette île sauvage paradisiaque, et l’Irlandaise ne cherchait plus rien d’autre, qu’à profiter pleinement de ce simple bonheur. Bien sûr, tôt ou tard, un bateau accosterait. Si pour deux femmes naufragées les distances étaient immenses, elles ne l’étaient pas pour un navire. Il y avait de nombreuses îles dans la mer des Baléares. Et de très nombreux bateaux. Un jour, oui, l’un de ces navires viendrait et avec un peu de chance, elles le verraient arriver.
Aylin était persuadée que Gustave et Romuald l’avaient cherchée. Ils la cherchaient peut-être encore. Tous trois étaient devenus de véritables amis. Et s’ils s’étaient arrêtés de la chercher, le moindre indice découvert leur donnant un espoir, ils reprendraient leur quête. Ces deux amis étaient têtus, et leurs amitiés sincères et profondes.
Un navire, quel qu’il soit, viendrait un jour. Dans un mois, dans une année, où cela prendrait beaucoup plus de temps, mais quelqu’un finirait par accoster. Alors, la rouquine se débrouillerait pour en apprendre très vite le plus possible, sur cette présence chez elle. Elle-même n’avait pas eu de chance. Les pirates et les barbaresques étaient très rares. Un équipage sur leur île ne serait certainement que des marins curieux. Personne n’avait besoin de se ravitailler en eau douce ou en vivres, si près de l’Espagne. Mais il y avait toujours des capitaines, un peu plus curieux que les autres. Une fois rassurée sur la présence de l’un de ses équipages. Aylin et Vanna se montreraient. La rouquine le devait à la jeune métisse.
Toutefois, Aylin Temple avait aujourd’hui un autre rêve. Elle espérait en secret, qu’une fois qu’elle aurait découvert le monde, sa chère Vanna lui demanderait de revenir sur leur île. Une île que l’Irlandaise se débrouillerait pour acheter au plus tôt, si c’était possible. À peine les pieds sur le continent, elle adopterait officiellement Vanna. Elle ferait d’elle sa fille, pour la protéger définitivement. Peu importait que leur secret finisse par être découvert. Oui, Aylin, chercherait à acquérir cette île. Cette terre sauvage devait bien appartenir à quelqu’un. Aux Espagnols très certainement. Elle y laisserait une bonne part de son immense fortune, mais oui, si elle le pouvait, la voleuse achèterait leur île.
Une mouette perça le silence de son cri plaintif, et Aylin Temple resta immobile, attendant que Vanna s’assoie à ses côtés. Sa compagne sortait de sous la cascade, et son superbe corps nu était encore baigné d’eau fraîche. Un vague sourire aux lèvres, l’Irlandaise posa ses doigts sur le ventre couleur cacao.