| n° 21421 | Fiche technique | 22107 caractères | 22107 3675 Temps de lecture estimé : 15 mn |
10/01/23 |
Résumé: Si cette idée, poussée parfois à outrance par une Chloé enthousiaste, me traversait souvent l’esprit, elle n’était encore qu’un projet en gestation. Mais, effectivement, abandonner mon appartement pour une maison, c’était une idée... | ||||
Critères: #humour #occasion fh cérébral | ||||
| Auteur : Juliette G Envoi mini-message | ||||
| Collection : Les p'tits métiers Numéro 03 |
Si cette idée, poussée parfois à outrance par une Chloé enthousiaste, me traversait souvent l’esprit, elle n’était encore qu’un projet en gestation. Mais, effectivement, l’idée d’abandonner mon appartement pour une maison me venait de plus en plus souvent à l’esprit. Il me suffirait de louer mon bien, et d’en acquérir un autre. Il me fallait y réfléchir sérieusement.
Maud est ma meilleure amie. Nous avons approximativement le même âge et sommes réellement très proches. Et parfois trop proches mais cela est une autre histoire. Maud est une femme charmante. Il m’est souvent arrivé de comparer cette femme à Jacqueline Bisset. Avouez qu’il y a plus vilaine que cette actrice non ?
Des cheveux noirs coiffés en coupe courte, de grands yeux gris, et un visage aux traits délicats, mangé en partie par une grande bouche sensuelle. Plutôt grande, Maud a conservé un corps de jeune femme très agréable à l’œil. Un corps attirant, qui ne s’est pas laissé flétrir par sa quarantaine d’années. Un patrimoine génétique insolent. Maud n’avait commencé à entretenir son corps qu’à l’anniversaire de ses trente-cinq printemps. Elle est véritablement attirante. Toujours d’humeur joviale et d’un optimisme à toute épreuve, c’est un boute-en-train de femme, un peu fonceuse, et d’un caractère entier, qui ne plaît pas à tout le monde. Maud déteste que je l’appelle « Mon petit bulldozer ». Petit paradoxe, la franchise et la témérité de Maud vont à l’encontre d’une naïveté parfois inconcevable.
Depuis nos divorces respectifs, nous avions découvert que nous étions très attirées l’une par l’autre. Il nous était arrivé de nous rapprocher à quelques occasions, mais uniquement pour quelques petites taquineries coquines. Un vrai baiser. Des attouchements ou des caresses un brin osées. Rien d’autre. Puis, j’avais rencontré Chloé. Une Chloé qui, très vite, me donnait son avis sur une éventuelle relation avec Maud.
Une ombre au tableau de notre belle amitié, que je n’avais pas envie d’effacer, si d’aventure, il se passait quelque chose entre nous.
Deux ans après son divorce, Maud avait loué une maison. Puis, elle l’avait achetée à son propriétaire. Une petite maison en plain-pied sans prétention, construite de pierres jaunâtres, et que Maud avait noyée de verdure. Potager, petits arbres fruitiers, fleurs comme plantes diverses et variées. Le premier voisin de Maud était une exploitation agricole située à deux kilomètres de chez elle. Un choix de vivre isolé, que Maud avait assumé pleinement.
Quel est donc le rapport entre Maud, sa maison, et un quelconque petit métier ? Eh bien, vous allez le voir. Ou plutôt, le lire…
Primo, l’opération était obligatoire. Deuxio, le printemps était la saison idéale. Tertio, cette entreprise ne coûtait pas un œil de la tête. C’était de plus, une question de sécurité et d’assurance. Maud avait donc cherché, et trouvé ce qu’elle désirait. Un rendez-vous était donc fixé pour la semaine suivante. Maud tenait à se débarrasser au plus vite de cette corvée.
Pour les professionnels de ce milieu, il ne s’agirait pas d’une disparition brutale. Ils ne seraient pas broyés par les multinationales, ou par le manque de travail. Ils ne plieraient pas face au travail au noir, puisqu’il était obligatoire de s’adresser à ces professionnels. Ils mouraient simplement doucement. À petit feu, pourrait-on dire. Cela prendrait du temps, mais leur disparition serait inéluctable. Bientôt, il n’y aurait plus que quelques romantiques pour rêver devant un feu de bois. Finalement, écologie et nouvelles techniques de chauffes finiraient par faire disparaître toute cheminée. Et donc, tout ramoneur. Cela sauverait certainement quelques arbres. Pour un temps…
Une chute de cheval avait obligé Maud à une longue convalescence. Une douloureuse fracture du bassin et quatre mois de repos complet. La petite société Architecture intérieure et Paysagisme pouvait tourner sans Maud. Les contrats ne manquaient pas, et Alice, son associée, était parfaitement capable de jouer les cheffes d’entreprise. Depuis son accident, seules Alice et son amie Lucie étaient passées la voir. Au tout début de sa convalescence.
Ce mois de mai était doux et Maud s’efforçait de lire en attendant son rendez-vous. Allongée sur une balancelle de fer forgé garnie de coussins, elle passait le temps parmi ses rhododendrons et son magnolia blanc. Livre ouvert sur le ventre, et regard gris vagabondant sur les fleurs. C’était là encore l’une des particularités de cette femme parfois étonnante. Elle n’avait que très peu lu dans sa vie, ne regardait plus la sacro-sainte télévision, et faisait pourtant montre d’une grande culture. C’était à croire qu’elle était reliée à une entité supérieure, qui lui dispensait une culture riche et variée.
Les crissements de pneumatiques sur les graviers de l’allée, alliés à un bruit de moteur, tirèrent Maud de sa rêverie éveillée. Elle avait quitté la balancelle, quand la voix masculine résonna dans le calme de cette douce matinée.
Quelle question idiote ! Le petit camion blanc était agrémenté d’une image peinte. Un âtre où flambaient des bûches embrasées. « Une belle cheminée dans votre cher foyer ». Un jeu de mots sous l’image. Le mot « Ramonage » inscrit en lettres grasses, couleur de feu. Et, en plus petit, le nom de la société et de son patron.
Maud était de nature à s’émerveiller pour de petits riens. Elle était capable de se laisser emporter pour des broutilles. N’était-elle pas tombée follement amoureuse d’un homme, tout simplement parce qu’il était italien ? Un type pas vraiment laid mais sans véritable charme. Il lui avait suffi de débiter quelques inepties enflammées dans sa langue natale, et cette grande naïve de Maud avait aussitôt craqué. Un véritable connard égocentrique et macho, dixit Chloé. Maud n’avait rien vu. Aveuglée par son amourette. Bien heureusement, l’histoire n’avait pas duré plus de quelques mois.
Cette matinée chamboulait une Maud restée éloignée de tout, depuis trop longtemps. Si elle n’était pas Mary Poppins, son visiteur n’avait rien d’un ramoneur. D’abord, il n’était pas vêtu de noir, et ensuite, son visage n’avait aucune trace de suie. Évidemment, elle était sa première cliente mais Maud voyait mal ce Loïc se mettre à chanter, Chem’cheminée…
Un véritable canon, peut-être, mais Maud ne songeait pas à l’objet guerrier, comme l’on aurait pu le penser. La jolie brune n’avait pas en tête des images de nettoyage de grosse Bertha. Pas plus que de grosses brosses, allant et venant dans la bouche d’acier d’une batterie guerrière.
Maud imaginait plutôt un canon, du genre attaque de Fort Alamo. Ce gars-là tenait plus du cowboy que du ramoneur. Il portait un chapeau en cuir marron fatigué du genre Stetson, une ample chemise blanche, des jeans bleus, et des bottines assorties à son couvre-chef. Maud l’aurait vu arriver chez elle, monté sur un mustang, qu’elle n’aurait rien trouvé de comique à cette rencontre. Il ne manquait à son visiteur, que le fameux colt à la ceinture. L’homme était une version Far West de George Clooney. Un cowboy solitaire d’une quarantaine d’années. Grand et plutôt costaud. Très costaud, même. La chemise ample devait cacher un corps puissant. Le seul rapport avec son métier de ramoneur était le regard de braise, que les yeux gris de Maud avaient croisé, quand ils avaient parlé.
Le ramoneur avait souri en lui adressant un regard surpris. Maud était restée pieds nus, depuis son lever aux aurores. Jambes croisées, la jolie brune regardait son pied nu. Un mignon peton aux ongles peints de nacré, qui se balançait doucement dans l’air déjà chauffé par le soleil.
Après sa douche, Maud avait enfilé une sage petite culotte de coton blanc, un bas de jogging gris et un débardeur noir. Elle ne portait que rarement de soutien-gorge, et sentait les pointes de ses seins durcies sous le coton.
Maud se savait un peu tourneboulée. Proférer de telles idioties, et d’une platitude confondante, était le signe qu’elle était en train de glisser dans ce que Juliette nommait « Sa phase de gelée de cervelle ».
George Clooney avait eu un autre sourire, puis s’était levé avec un mouvement souple, avant d’enlever son Stetson.
Le cowboy avait rejoint son camion et s’était changé derrière les portes arrière, restées ouvertes. Il avait revêtu une combinaison de tissu noir, après quoi, il avait sorti son matériel. Puis, il s’était dirigé vers la maison et avait disparu.
Des bruits venus de la toiture, mais aucun pas de danse endiablé sur les ardoises, ou de Chem’cheminée chanté à tue-tête. Monsieur Dante travaillait. Un nom prédestiné ? Dans l’enfer de Dante, on devait certainement entendre parler de feux et de flammes non ? Apaisée par l’arrivée du ramoneur et du début des travaux, Maud avait trouvé assez de concentration, pour se plonger dans un magazine traitant de l’entretien des jardins.
La jolie brune lisait, cuisant lentement sous la douce chaleur de la matinée. Une fine pellicule de sueur au front, le corps moite, elle avait chaud. Maud n’avait pas menti sur le fait qu’il lui arrivait de rester nue chez elle. Bien qu’elle n’ait jamais tâté au naturisme et n’éprouvait aucune envie de tenter l’expérience, elle aimait beaucoup vivre nue dans sa maison, comme à l’extérieur de ses murs. Il ne devait plus être loin du midi. Maud vivait depuis un certain temps sans se préoccuper de l’heure et elle avait faim.
Maud avait légèrement sursauté à l’arrivée impromptue du ramoneur et il avait eu une petite grimace embarrassée.
Maud avait élevé la voix pour être sûre que son employé d’un jour puisse l’entendre de son camion.
Tant pis pour sa subite fringale. Maud sourit quand le ramoneur passa devant elle, un petit seau contenant un sac de plastique à la main, et une sacoche en bandoulière.
Le charme du cowboy était rompu, mais l’homme restait un George Clooney très acceptable.
Il avait souri gentiment et s’était éloigné sans rien ajouter. C’était une plaisanterie un peu trop osée, pour la poser à une cliente inconnue, mais la petite blague était bien amenée. Évidemment, même une dinde aurait saisi l’arrière-pensée de cette petite phrase. Ce charmant ramoneur le savait pertinemment. Comme ce type devait être conscient de son charme. Sans oublier que Maud lui avait avoué se balader à poil quand elle en avait envie.
Maud avait passé ses mains dans ses cheveux courts et avait poussé un long soupir.
Maud s’était parlé à elle-même. Un léger murmure. Elle le faisait souvent. Peut-être qu’elle passait trop de temps toute seule.
Maud avait préparé une petite collation composée de tranches de rôti cuit au sel, de salade de tomates et d’œufs durs. Du fromage et du pain. Deux bières et une bouteille de Juliénas conseillée par Juliette.
La réparation de la cheminée avait paru longue à Maud mais décidément, ce matin, le temps semblait défiler au ralenti. Ce n’était qu’une impression, et elle avait sursauté une nouvelle fois, quand le ramoneur déboula de derrière une haie. La jolie haie de bambou qui isolait de la maison, le petit bâtiment qui servait de garage et de rangement à Maud. Bientôt, elle l’aménagerait en petit espace à vivre. Ce serait idéal pour recevoir ses amis.
La grande bouche sensuelle de Maud avait imité une petite grimace dégoûtée.
Le jardin de Maud tenait plus du petit parc privé. Près de quatre mille mètres carrés de terrain où se cachaient sa maison, et son appentis de pierres. Le saule pleureur habitait la partie que Maud avait laissé vivre sans intervenir. Des herbes folles, hautes et épaisses. Joncs et roseaux, se plaisant et s’épanouissant car proches d’une petite source, située à une vingtaine de mètres du petit patrimoine de Maud. Elle était d’ailleurs en pourparlers pour acheter la parcelle en question.
Les victuailles attendaient dans la grande glacière, et Maud vivait l’un des instants les plus étranges de sa vie. Elle s’était installée sur un drap blanc et s’était déshabillée à peine assise sur le coton. Depuis, elle éprouvait des émotions contradictoires qui la faisaient frissonner sous une chaleur bienfaisante. Des questions et des idées se mêlaient dans un maelstrom d’images et de pensées. L’une de ces questions revenait en boucle. Était-elle devenue folle ? Quant à l’image qui lui venait à l’esprit le plus souvent, c’était celle de son ramoneur qui la prenait sur le drap. Entièrement nue, Maud se maudissait de sa bêtise et s’excitait de son audace.
Les joues couleur pivoine, la jolie brune avait levé les yeux vers Loïc Dante.
Le ramoneur mâtiné de cowboy avait opté pour une version personnelle, en réponse à l’invitation de la maîtresse des lieux. Plus de chapeau, les cheveux épais encore humides, la chemise sortie des jeans et les pieds nus.
Le ramoneur s’était assis tout en se débarrassant de sa chemise.
Maud n’avait pas pu s’empêcher de regarder le torse puissant. Elle avait parlé, les yeux revenus vers le drap étalé sur le sol. Puis, elle s’était sentie doucement basculée en arrière, et avait retenu un gémissement d’impatience en comprenant que l’homme déboutonnait ses jeans.
La jolie brune avait joui à peine le membre de son ramoneur niché dans son ventre. Puis, un nouvel orgasme la bousculait, quand l’homme l’avait prise plus fort. Après quoi, elle s’était laissé dériver. Elle nageait doucement dans une vague de jouissance latente, et ce fut à peine si elle se rendit compte que son amant l’abandonnait.
Tout le temps du repas improvisé, le ramoneur, s’il se remplissait le ventre, se gavait tout autant d’images de sa cliente. Les jolis seins en poire ornés de petits tétons légèrement brunis. Le corps mince, les fesses fermes et les cuisses fuselées. Une seule fois, il s’était interrompu, avait reposé son assiette, et ses doigts avaient caressé le mont de Vénus doux et lisse de Maud.
Le sosie de George Clooney avait regardé Maud d’un air un rien contrit.
Maud ne connaissait pas. Son rire grave troua le silence, se mêlant aux pépiements et piaillements d’oiseaux.
Leur fringale apaisée, la jolie Maud s’était occupée à sucer un membre, vite redevenu fringant sous ses lèvres. Maud, alors, avait pu constater que la blague qu’elle avait entendue était sans fondement. Si une hermine était bien blanche et sa queue bien noire, il n’en était rien pour son ramoneur.
Loïc, un peu plus tard, peaufinait un nettoyage du foyer de sa cliente. Une jolie cliente qui avait la chatte en feu. Puis, un second décalaminage s’imposait et le ramoneur s’était activé à satisfaire la demande. Tous ces services, sans bien évidemment oublier le plus fameux d’entre eux. Le tant réputé ramonage, du plus étroit des orifices de la chaudière qu’était devenue Maud dans leurs ébats. L’on pourrait dire vulgairement que pour avoir été ramonée, Maud l’avait été. Plusieurs fois, et totalement. Aucun de ses orifices n’avait été oublié. Un nettoyage en règle, mené d’une main de maître, et applaudi des deux mains par une Maud devenue chaude comme braise.
En fait… Des jeux de mots plutôt faciles et sans réelles recherches.
Ce qui était bien plus intéressant était d’un autre ordre. Un autre constat s’imposait. Après s’être restauré et s’être repu de plaisirs, le couple autant improbable qu’improvisé avait beaucoup parlé et beaucoup ri. Au fil de la journée, Maud et Loïc s’étaient découvert des points communs en de nombreux domaines. C’était à se demander si ce ramoneur si serviable, et charmant en diable, ne tenterait pas d’insuffler un peu de magie, au prochain Noël de Maud…