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n° 21358Fiche technique13508 caractères13508
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Temps de lecture estimé : 8 mn
20/12/22
Présentation:  Peut-être est-il temps de révéler la vérité au monde. Alors si c’est à moi de le faire. Je me dois de l’assumer pleinement.
Résumé:  Anatole Lebon avait été mort. Il n’était pas même sûr que la phrase soit correcte. Mais depuis sa mort, une chose, elle, était sûre. Il était débordé ! Un boulot monstreux, qui ne lui laissait aucun moment de répit.
Critères:  nonéro délire humour fantastiqu -fantastiq
Auteur : Juliette G      Envoi mini-message
Le fossoyeur céleste

En haut


Quelle drôle de chose que la mort.


Anatole Lebon avait été mort. Il n’était pas même sûr que la phrase soit correcte. Mais depuis sa mort, une chose, elle, était sûre. Il était débordé ! Un boulot monstrueux, qui ne lui laissait aucun moment de répit.


Il en allait de même pour son homologue. Le grand escogriffe maigre, vêtu d’un costume noir d’encre et coupé sur mesure, qui l’accompagnait. Et l’autre l’avait encore appelé à la rescousse. Remarque, leur travail était la coordination alors…


Anatole Lebon était français. Enfin… il l’avait été. Il roula des épaules et sentit sa veste de costume de lin blanc, se tendre sur son corps.



Jack Punisher était… avait été Anglais. Son visage de rapace s’était tourné vers Lebon.



Punisher et lui étaient associés. Non… ils avaient été forcés de s’associer. Le vieux avait été clair sur le sujet. C’était ça ou… rien. Ce rien étant le véritable Néant. Néant avec un grand N. Pas de haut. Pas de bas. Pas de vie. Pas de mort. Le néant…


Le vieux était un véritable con. Pire… il était arrogant, tyrannique, cruel et sans états d’âme. Un comble, quand on savait que justement, ce vieillard fat et prétentiard devait gérer des âmes humaines… C’était une partie de son travail. Une infime tranche de son boulot. Et le vieux s’en tamponnait le coquillard. En même temps, être Dieu, devait faire gonfler la tête. Mais tout de même. Il aurait pu être un peu moins con, non ?


Anatole avait lâché un soupir. Deux ouvriers étaient proches d’en venir aux mains. Leurs bleus de chauffe étaient presque collés l’un à l’autre. Du coup, ça risquait de chauffer. Ce qui était logique pour des bleus de chauffe. Mais bon… les bleus… c’était devenu le nom pour une tenue de travail. Une autre façon de parler, puisque l’employé de Paradise Shop était vêtu d’une combinaison blanche, comme celui de Hells Company portait une tenue de travail noire.


Quand on savait que Paradis et Enfers n’existaient pas, on avait un petit aperçu du cynisme du vieux. Ou de son humour. Un humour particulier. Lebon était affilié à Paradise Shop. Punisher s’occupait d’Hells Company.


Lebon s’était approché des deux hommes, suivi de Punisher. Ce dernier lui avait déjà soufflé à l’oreille que le problème était à classifier 5 sur l’échelle des valeurs de la chie en lit. Escabeau céleste qui comportait douze marches. Leur propre barème à eux. Un schéma élaboré par Punisher et Lebon. L’Europe leur avait été dévolue par le vieux, et c’était un gros morceau à gérer.



Ni Punisher ni Lebon n’étaient des chefs. Ils étaient des conciliateurs. C’était le vieux le patron. Le PDG. Le Petit Dieu Grotesque comme disait Punisher.


L’employé de Paradise Shop fit un geste et un écran argenté scintillant apparut devant lui. Une carte de la masse nuageuse du nord-ouest de l’Europe. Son doigt vola dans l’espace.



La légère grimace d’incompréhension et le soupir de Lebon parurent agacer l’ouvrier vêtu de blanc.



Lebon soupira encore. Le vieux salopard devait détester les Bretons. Allez savoir pourquoi ? Peut-être qu’il n’aimait pas les chapeaux ronds ?


Anatole se détourna de son employé et eut un mouvement de tête pour s’adresser à mister Hells Company. Le type n’attendait que ça.



L’ouvrier soupira à son tour. Un soupir prolongé. Il prit une mine condescendante pour répondre.




En quoi un arc-en-ciel serait-il une catastrophe ? Décidément, les voies de l’autre vieux pénible étaient impénétrables. Lebon jeta un coup d’œil sur Punisher qui se contenta de hausser les épaules. Le regard d’Anatole sur le type de Hells Company fit se tortiller l’ouvrier en noir. Il semblait bien décidé à ne pas céder d’un pouce. Le Picasso du ciel de Paradise Shop ne céderait pas lui non plus. Il n’aimait pas gâcher ses gouaches divines.



Et bien sûr, l’autre tripoteur de robinetterie céleste et arroseur pervers de Bretons innocents en rajouta encore pour défendre son bout de gras.



Anatole se devait de calmer le débat.



Le gars de Hells Company, certainement décédé dans d’affreuses circonstances, fusilla Lebon du regard.



Hells Company leva les yeux au ciel. Une autre façon de parler, puisque tout ce petit monde y était déjà.



Paradise Shop contre attaqua aussitôt, l’air revêche et le ton dédaigneux.





Conciliabule céleste


Punisher et Lebon s’étaient concertés.


Anatole avait passé son bras autour des épaules de Paradise Shop.



Punisher coupa la parole à Lebon, pressé d’en terminer.



Anatole Lebon laissa finir son collègue et reprit la parole en s’adressant au sieur Paradise Shop.



Punisher ne connaissait pas Amina Kossufo, conciliatrice en chef pour Eden Oasis. Lebon lui, par contre, la connaissait très bien. L’entretien qu’il avait eu avec elle avait été encourageant.



Jack Punisher avait pris un air étonné autant que renfrogné.



Personne n’aimait les anges. Les « sans-bites » comme beaucoup les appelaient. Et le vieux ne les appréciait pas plus que les autres.





Le plan du vieux.


Oui. C’était pour bientôt. À l’échelle du vieux évidemment.


Tout était prévu et parfaitement planifié. L’Afrique et bientôt d'autres pays sur d’autres continents, se verraient désertés de leurs populations. La grande majorité de leurs habitants fuiraient leurs lieux de vies. Autant tenter sa chance sous des cieux plus cléments. Tout avait été fait pour cela. Les plus démunis désiraient leurs parts. C'était tout à fait compréhensible non ?


Alors… Quand l’Afrique serait presque totalement désertée de ses populations, l’arche de vie serait achevée. Et l’Afrique se repeuplerait des survivants de l'humanité. Bientôt, il n'y aurait plus que les Bretons qui seraient mouillés. Le vieux avait bien retenu cette fameuse histoire, inventée de toute pièce par certains de ses fans un tantinet pessimistes. Des fanatiques un rien torturés, mais pourvus d'une grande imagination. Alors oui. Du déluge il y en aurait. Et ce serait du lourd.




En bas


Sur le plancher des vaches, Anatole Lebon ne travaillait pas. Comment aurait-il pu occuper un emploi sur terre, accaparé comme il l’était par son métier céleste ? Et puis un mort, vivant les trois quarts du temps ailleurs que parmi les humains, se devait de rester discret.


Assis à la terrasse d’un bar situé sur le port de commerce de Brest, Anatole regardait les gens passer et se diriger vers la plage de la ville.




Le gamin s’était immobilisé et fixait un ciel sans nuages.



C’est vrai que c’était beau… mais ça coûtait un bras. Et le patron devait gérer sa petite entreprise.


Anatole savait que gérer une entreprise était parfois compliqué. Après une sombre période où il avait été le fossoyeur d’un petit village de cambrousse, il avait touché un petit pactole. Tonton Théodule avait tiré sa révérence en buvant un chouchen de trop. Anatole Lebon était néanmoins resté dans la partie en créant sa propre boîte. Pompes funèbres Lebon. Ensuite… une petite campagne de publicité lui avait valu les foudres du clergé breton. Pompes funèbres Lebon… le bon choix ! Enfin, la société d’Anatole avait dû déposer son bilan.


Il avait connu des hauts et des bas, du temps de sa vie précédente. Il était né en avance. Très bientôt ce genre d’affaires vaudrait de l’or. Pour faire tourner sa boutique, le vieux allait devoir coller un paquet de monde au chômage. Sa petite boule bleue était ravagée. Exsangue. Les humains maintenant bien trop nombreux avaient creusé leur tombe avec leurs dents. Quelque part, Anatole restait dans la partie. Il préparait le terrain. Il s’occupait aujourd’hui des vivants certes, mais faisait de son mieux pour leur préparer une belle mort. Ou plutôt, une fin pas trop dégueulasse. Le vieux avait pris sa décision. Il y aurait bientôt du changement. Un grand chambardement. Le vieux, s’il se fichait des humains, restait un architecte. Contrairement à ce que beaucoup pensaient, celui qu’ils prenaient pour un dieu n’avait fait que créer un monde. Ensuite, il s’était contenté de laisser la vie s’y installer. Et aujourd’hui, l’architecte tenait à sauver ce qui pouvait encore l’être de sa création. Le côté artiste du vieux bâtisseur n’était pas une façade. Cela dit sans jeu de mots.


Anatole Lebon soupira un avalant d’un trait son verre de chouchen. Il ferait de son mieux. Aujourd’hui, il était presque heureux. Ou tout au moins, il était plutôt content de lui.


Un gosse aurait vu un arc-en-ciel…