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Temps de lecture estimé : 42 mn
28/11/22
Résumé:  Une jeune femme en pleines révolutions.
Critères:  #historique #initiatique #personnages fh hplusag extracon inconnu religion poilu(e)s jalousie exhib miroir photofilm lingerie caresses fellation cunnilingu pénétratio
Auteur : Radagast      Envoi mini-message
Ça ne coûte rien

Dans la rue les becs de gaz venaient de s’éteindre alors que retentissaient déjà les appels des rémouleurs et des vitriers, marquant le début de journée.


Son mari, Charles, se leva et alla procéder à ses ablutions et revêtir son habit dans le cabinet de toilette, aidé de Germain, son valet. Il coiffait et peignait les (rares) cheveux et rouflaquettes, étalait le savon à barbe et faisait disparaître à l’aide d’un « coupe-choux » les poils naissants et disgracieux apparus depuis la veille sur le menton de son employeur.


Dûment revêtu de son uniforme – redingote courte, gilet, chemise amidonnée et col plastronné, cravate blanche, pantalon tuyau de poêle et bottines rutilantes – il revint dans la chambre déposer un baiser sur les phalanges de sa jeune épouse.



Comme chaque matin elle se leva, uniquement vêtue de sa longue chemise de nuit en flanelle, comme chaque matin souleva légèrement le rideau de la fenêtre et regarda partir son époux.

Le soleil brillait en ce mois de juillet 1852.


Comme de coutume, une fois sur le perron, Charles posa son haut-de-forme sur son crâne dégarni.


Ce matin il s’accorda quelques instants avant de monter dans le véhicule qui l’attendait, vissa un monocle sur son œil, prit appui sur sa canne, observant avec attention l’agitation qui régnait dans la rue.

Outre les artisans habituels, une équipe de maçons s’activaient sur la chaussée et investissaient la maison d’en face, au 17 rue Magellan. Ils déchargeaient d’un chariot des pelles, des seaux, des masses avec force cris et jurons.


Charles jeta un coup d’œil sur sa montre à gousset, s’inquiéta de son éventuel retard et grimpa dans son cabriolet.


Intriguée elle aussi par ce qui se déroulait dans l’artère, elle ouvrit un peu plus le rideau, se montrant sans s’en rendre compte en habit de nuit derrière la vitre.

Les ouvriers la repérèrent bien vite, la désignant du doigt, riant aux éclats. Avant de se cacher, elle eut le temps d’entrevoir un contremaître soulever sa casquette en un geste de déférence qu’elle ne comprit guère.

Les sifflets appréciateurs et les lazzis l’accompagnèrent dans sa fuite.


Son mari partit, Euphrasie appela sa camériste qui l’aida à faire sa toilette et à s’habiller.

Elle se mirait dans la glace et songeait à sa vie tandis que Marie la coiffait.




ooOOoo




Née en 1830, pendant les Trois Glorieuses, elle eut la jeunesse heureuse d’une enfant de la bourgeoisie aisée de province, fille d’Edmée et Henri Bambelle, riches industriels des Vosges, propriétaires de plusieurs filatures prospères.


Benjamine et seule fille d’une fratrie de trois enfants, ses parents ne faisaient guère confiance en cette école communale crée par Louis Philippe et cette monarchie de juillet. Le père décida d’offrir à ses enfants, même à sa fille, ce qu’il estimait le mieux. Elle eut, comme ses frères, un précepteur qui lui enseigna la lecture, l’écriture, les mathématiques, l’histoire et la géographie, le latin et le grec, ainsi que le goût des belles lettres.


À treize ans, ses parents la firent entrer au pensionnat des Jonquilles, école catholique pour jeunes filles de bonne famille. École tenue par les religieuses de la congrégation de Notre Dame de Laghousse.

Elle y apprit l’art de la conversation, comment se tenir dans la bonne société, comment diriger sa maison et recevoir des invités. Elle y apprit aussi des rudiments de médecine, comment soigner les petits bobos de la vie courante.


Les lectures y étaient soigneusement sélectionnées, interdiction par exemple de lire une œuvre de cette George Sand, d’honorables jeunes filles ne pouvaient étudier une femme qui se vêtait comme un homme ! Elle lut les grands philosophes, Platon, Aristote, Montaigne, mais point trop, il ne fallait pas faire de ces jeunes femmes des révolutionnaires. Selon de doctes savants, le cerveau de la femme n’était pas apte à assimiler trop de connaissances.


À quinze ans son corps se transforma. De petite gamine maigrichonne, elle devint une jeune fille à la poitrine épanouie, à la taille fine et aux hanches rondes.

D’autres changements intervinrent, plus secrets, plus intimes. Une gêne, presque une douleur dans le bas ventre et les seins, puis cet afflux de sang qui la terrifia. Personne, même sa mère ne lui en avait soufflé mot.


La mère Mac Herrel, surveillante en chef du dortoir, lui expliqua que ce qui lui arrivait était une fatalité qui s’abattait chaque mois sur les femmes. De plus ce phénomène devait rester secret, telle une maladie honteuse, presque une infamie. On lui apprit à s’équiper et se protéger lors de ces événements mensuels qui réapparaissaient à dates régulières, ce fut tout.



Sa mère ne lui en raconta guère plus. À part de ne pas ennuyer les hommes avec ce sujet.


Bien évidemment, dans ce genre d’établissement hors de question de parler sexe.

Bien évidemment, entre elles ces jeunes filles en discutaient.

Bien évidemment, ce n’était que supputations et fantasmes, des ouï-dire, des échos de cousines ou de sœurs qui connaissaient la chose.


Elles visitèrent tout de même un musée, où elles examinèrent avec minutie un kouros⁽¹⁾, à l’insu de la directrice, Sœur Marie des Anges. Ce qu’elles virent ne les renseigna guère, mais les inquiéta un peu plus. Elles prirent aussi une pluie de remontrances et d’admonestations de la part de l’encadrement.




~o~




Son frère aîné, Edmond, fut formé pour reprendre l’entreprise familiale. Le père lui fit diriger seul une des filatures, pour se frotter au monde des affaires, il se débrouilla fort bien.

Il épousa une jeune fille de bonne famille, bien que de noblesse d’empire.

Le fils cadet, Édouard, entra dans les ordres, nommé secrétaire particulier de Monseigneur l’évêque de Metz, des sources bien informées parlaient de lui pour succéder au prélat.


Henri, le père, fit rédiger en 1847 un testament stipulant que, après la disparition des parents, Edmond devait garder la propriété des filatures, mais qu’il verserait chaque année une rente à son frère et sa sœur.


Ce fut lors de la signature de cet acte qu’Euphrasie rencontra son futur mari.

Le notaire, Maître Charles Magne fut séduit par la jeunesse, la beauté, l’élégance et l’esprit de la jeune fille. S’il fut aussi séduit par la rente qu’elle devait recevoir chaque année, nul ne le sous-entendit.

Maître Magne possédait une étude prospère et ne manquait pas de biens, c’eut été lui faire offense que de prétendre cela.


Euphrasie fut bien quelque peu chagrinée. Son prétendant était veuf, sans enfants, petit, bedonnant, et surtout portait presque trois fois son âge. Elle s’en ouvrit à sa mère, qui lui dit que son mariage aussi avait été arrangé, mais bien que n’étant pas spécialement amoureuse de son mari, elle avait fini par l’apprécier et lui donner trois beaux enfants.



Avant le mariage, elle alla voir son frère pour se confesser, mais aussi pour lui parler de ses préoccupations. Ça ne coûte rien de se renseigner.



Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, elle accepta que Maître Charles Magne lui fasse la cour.

Toujours accompagnée d’un chaperon, sa tante Mathilde le plus souvent, Charles l’emmena à l’opéra ; au théâtre – voir Andromaque, le Cid, le Malade imaginaire et non une des pièces qui créèrent des scandales comme Hernani – firent aussi des promenades en forêt, en calèche.

Née lors des Trois Glorieuses, en juillet 1830, un homme la courtisait alors qu’une révolution venait de sévir à Paris, de renverser la monarchie et d’instaurer la seconde république.


Les révolutions secouent la France conjointement à ma vie.

La jeune femme méditait cela tandis que Charles lui narrait les derniers événements parisiens.




~o~




Un peu avant le grand jour, sa mère l’emmena dans son boudoir pour avoir une discussion entre femmes. Edmée lui expliqua le grand secret, ce qui devait se dérouler entre un homme et une femme, lors de la nuit de noces, et ensuite, pendant la vie courante.

La jeune fille en fut fort surprise et manifesta une grande inquiétude. À la suite des conciliabules avec ses voisines de dortoir, elle possédait quelques notions, mais sa mère ne fit que lui chambouler l’esprit.



Ces paroles qui se voulaient rassurantes ne rassurèrent guère Euphrasie.


Après les vœux échangés devant le maire, après le mariage religieux et la bénédiction des anneaux, célébré comme il se doit par Édouard, en présence de Monseigneur l’évêque de Metz, les invités festoyèrent, dansèrent, firent de beaux discours, présentèrent leurs vœux de prospérité au nouveau couple. La dénomination de jeunes mariés ne convenait guère.


Les tantes et cousines, plus âgées et mariées depuis longtemps firent des recommandations à la jeune épouse. Être attentive aux désirs de son mari, ne pas le repousser malgré la fatigue ou le manque d’envie, tel était le devoir d’une femme. Ce, tant que les volontés du dit mari respectent les bonnes mœurs, ne contreviennent point aux écrits de notre Sainte Mère l’Église, bref ne soient pas contre nature.


La jolie Euphrasie comprenait autant ces conseils que s’ils lui avaient été donnés en Hébreu ou en Mandarin.


Le soir ils se couchèrent. Lui vêtu d’un bonnet de nuit, d’une liquette et d’un caleçon descendant à mi-mollets.

Elle, d’une longue chemise de nuit brodée pourvue d’une ouverture au niveau du bas-ventre.

Il se déshabilla dans la salle de toilette, elle, dans la chambre. Ils ne se virent pas une seule fois nus. Euphrasie remonta les draps sous son menton et attendit, le cœur battant, le retour de son mari.


Il revint, souffla les quinquets et se glissa sous les draps.



Elle frissonna, le moment tant redouté venait d’arriver. Il déposa un baiser sur ses lèvres et s’allongea sur sa toute récente conjointe. Elle le sentit trifouiller dans l’ouverture de la chemise. Un objet long et dur se posa sur sa douce motte velue. L’engin pénétra son intimité, elle en ressentit une vive douleur. Puis son mari remua, allant et venant en elle, irritant son conduit peu lubrifié.

Il se figea, poussa un soupir d’aise et se retira.



Il déposa un baiser sur le front d’Euphrasie, se retourna et s’endormit pour aussitôt ronfler.

Elle glissa ses doigts dans sa toison, sentit un liquide chaud et gluant s’écouler de ses lèvres intimes. Elle mit du temps à s’endormir, songeant à cette secrète activité dont on lui avait tant parlé.


Le lendemain matin elle vérifia son bas-ventre, une épaisse couche d’un produit blanchâtre poissait sa chemise de nuit, striée par un filet de sang.

Telle fut le souvenir de sa nuit de noces et de sa première fois.


Une fois par semaine Charles honorait son épouse. Chaque semaine Euphrasie se demandait ce que l’on pouvait bien trouver d’intéressant à cette activité, à part procréer.

Quatre ans plus tard, elle se le demandait encore.


Charles et Euphrasie déménagèrent deux ans après le mariage, le notaire provincial venait de reprendre une étude fort lucrative à Paris. Le couple avait fait l’acquisition d’un très bel hôtel particulier dans les beaux quartiers.




ooOOoo





La jeune camériste peignait les longs cheveux bruns de sa patronne.



Toilette faite, habillée et pomponnée, Euphrasie se rendit à l’église du Saint Sacrement.

Toutes les semaines elle se confessait auprès du Père Noricar. Elle ne racontait que peu de choses à ce brave curé, n’ayant guère l’occasion de pécher.

Puis elle rencontrait les dames de la paroisse pour parler des bonnes œuvres, de mode et derniers potins.



Discutant de menus soucis quotidiens, Euphrasie devint le centre de l’attention générale.



Elle n’osait avouer qu’elle parlait d’elle-même alors qu’elle se trouvait à sa fenêtre.



Revenue chez elle, elle s’enquit du menu du soir auprès de la cuisinière.



Les fayots détenaient un pouvoir soporifique certain sur son mari. Après le repas, il ne l’ennuierait pas avec ce devoir conjugal fastidieux au possible.

Charles revint peu de temps après. Alors qu’ils dînaient, Euphrasie interrogea son mari au sujet de cette nouvelle voisine.





~o~




Euphrasie poursuivait ses activités à la paroisse, s’occupait de ses pauvres avec les autres dames bienfaitrices. Chaque matin elle surveillait toutefois l’avancée des travaux de l’autre côté de la rue.

Elle vit ainsi passer, au fil des semaines, les plâtriers et menuisiers, les plombiers qui amenaient vasques et baignoire, cuisinière et évier.

Elle se gardait bien de se montrer à la fenêtre en vêtements de nuit, comme la première fois.


Des peintres et décorateurs suivirent, posant tapisseries et rideaux.



Elle se hâta de prévenir ses amies, madame Trouville et madame Louviers entre autres.


Le lundi matin, elles arrivèrent toutes vers huit heures, préférant se lever tôt plutôt que de rater le spectacle de l’emménagement de cette mystérieuse veuve.

Euphrasie avait fait préparer du thé, des biscuits et gâteaux et une carafe de Xérès.


Elles s’installèrent dans le petit salon, celui qui donnait sur l’extérieur. Le voilage de mousseline de soie cachait les curieuses tout en laissant voir l’activité de la rue.



Alors qu’Euphrasie proposait le thé à ses amies, des pas de sabots ferrés claquèrent sur les pavés. Des jurons retentirent.



Trois véhicules tirés par d’énormes chevaux ardennais s’arrêtèrent au milieu de la rue avec force grincements.

Un cabriolet précédait ce cortège. Le conducteur aida une jeune femme à descendre. Grande et élancée, la taille fine, elle portait une robe rouge sombre, faite de soie et de laine, assortie de volants et une capeline de la même couleur sur ses cheveux clairs. Elle tenait à la main une ombrelle assortie à sa vêture.

En posant le pied à terre, elle dévoila une bottine de cuir.



En effet, la dénommée Léonelle Mercadier portait une de ces nouveautés dont toute la capitale bruissait. De son ombrelle fermée, elle désignait les meubles et l’endroit où ceux-ci devaient être déposés.



Toutes les autres de pouffer derrière leur éventail. L’emménagement se poursuivait, des tables, des commodes, des vaisseliers, des chaises et des fauteuils passaient du véhicule à la maison ; puis vinrent les meubles de chambre, armoires, psyché et surtout le lit. Un très grand lit à baldaquin que les hommes manœuvraient avec difficultés. Toutes ces pièces semblaient de grande qualité.


Vers midi, la jolie inconnue fit sortir par ses gens des paniers emplis à ras bord de victuailles et surtout de bouteilles. Le tout accueilli par des exclamations de joie des ouvriers. Ils s’installèrent sur les marches de la demeure et s’enfilèrent de grandes lampées de vin ; puis sortirent les couteaux, tranchèrent le pain, taillèrent dans les terrines, pâtés, fromages et saucissons.


À la grande surprise des voyeuses, la propriétaire vint rejoindre les hommes, s’assit sur une marche tandis qu’une domestique lui apportait un verre de vin. Elle grignota quelques morceaux de pain et de fromage, discutant et riant avec les déménageurs.


Le midi, Euphrasie fit préparer un repas pour ses invitées.



Elles prirent leur repas en observant la nouvelle arrivante et ses employés.

Après une heure de repos, de l’autre côté de la rue le travail reprit avec un enthousiasme redoublé. Ils sortirent des malles en cuir et des caisses en bois, sûrement des vêtements ou de la vaisselle. Le déménagement prit toute la journée, entrecoupé de pauses où l’on célébrait Bacchus.


Avant qu’ils ne repartent, la nouvelle voisine donna une pièce à chaque homme, qui se découvrait en la remerciant.



Toutes de sourire, chacune des amies présentes connaissait l’avarice proverbiale du Baron Houillette.





~~oOo~~




Euphrasie laissa passer une semaine, que sa voisine puisse s’installer confortablement. Elle envoya sa camériste porter une lettre à Léonelle Mercadier le lundi suivant.


Chère Madame, je serais très honorée de vous recevoir en mon humble demeure, le jour et à l’heure qu’il vous plaira pour faire plus ample connaissance.


Marie revint porteuse de la réponse sur une feuille de vélin nacrée légèrement parfumée.


Vous me voyez flattée de votre invitation, que pensez-vous de lundi prochain, à 2 heures, l’après-midi, le temps pour moi de régler quelques derniers détails d’installation

.


Heureuse, Euphrasie commença les préparatifs de cette réception. Certes, elle menait une vie sociale et paroissiale active, mais elle avait toujours été invitée par d’autres dames de la bourgeoisie parisienne, jamais elle ne s’était occupée de recevoir elle-même une inconnue.


La semaine passa très vite. Euphrasie veilla à ce que tout soit parfait, il fallait faire bonne impression.

Un fait intrigua cependant la jeune femme ; un matin, alors que Charles venait de partir, elle vit Léonelle à sa fenêtre, dans un déshabillé plus que déshabillé, un vêtement fait de soie translucide pour ne pas dire transparent, qui laissait voir beaucoup de peau nue, beaucoup trop, et même des appas que nul ne devait admirer.


,Mais que fait-elle ainsi accoutrée ?


Non seulement sa vêture interpellait, mais elle ne semblait guère s’en formaliser, bien au contraire, car elle s’affichait ouvertement à la fenêtre ouverte.


Un homme grand, distingué, aux rouflaquettes proéminentes passait par là, il souleva son haut-de-forme et salua la femme, qui lui répondit d’un sourire et d’un hochement de tête. Il n’hésita qu’un bref instant, se dirigea vers la belle demeure et frappa à la porte. Une soubrette vint lui ouvrir. Il ne ressortit que bien plus tard, l’air fort satisfait.


Qu’était-ce donc que ce manège ? Manège qui se répéta une autre fois dans la semaine, avec un autre visiteur.




~o~




Les deux jeunes femmes faisaient assaut d’élégance en ce lundi après-midi, jupe et chemisier blanc cassé pour Euphrasie, robe rouge foncé pour Léonelle qui semblait apprécier cette couleur.

La femme du notaire voyait pour la première fois sa voisine de près. Elle semblait bien jeune pour une veuve, les deux femmes devaient avoir sensiblement le même âge.



Elles discutèrent ainsi de longues minutes, en dégustant un thé et de petits biscuits spécialement préparés pour l’occasion.



Léonelle sourit.



Euphrasie ne voyait pas bien où son invitée voulait en venir.



La belle brune ne savait quoi répondre.



La belle Léonelle s’interrompit, consciente d’en avoir trop dit. Euphrasie resta interdite quelques instants. Puis elle comprit.



Tout un monde s’écroulait autour de la jolie femme du vieux notaire. Son visage devenait blanc telle une statue d’albâtre.



Elle partit ainsi, laissant Euphrasie dans un grand trouble, l’esprit totalement chamboulé.




~o~




Chaque matin, juste après le départ de Charles, elle se précipitait à sa fenêtre pour regarder le discret cérémonial qui se mettait en place.

Trois fois par semaine, un homme, plus ou moins jeune flânait devant le 17, toujours très élégamment vêtu.

Léonelle apparaissait alors à sa fenêtre, uniquement vêtue d’un déshabillé qui laissait entrevoir la naissance des seins et les bras d’un blanc laiteux. On pouvait même deviner les aréoles et tétons à travers le tissu diaphane.

L’homme soulevait alors son haut-de-forme, s’inclinait légèrement en guise de salut. La jeune femme penchait la tête, un léger sourire sur les lèvres. Aussitôt l’homme avançait d’un pas rapide vers la porte en chêne sculpté, il frappait une fois avec le heurtoir à tête de tigre ; la porte s’ouvrait aussitôt et il y disparaissait.

Léonelle jetait alors un regard à Euphrasie, lui souriait et disparaissait derrière les rideaux.


En face, au 18, la jeune femme du notaire se perdait en conjectures ; quel était donc ce plaisir que Léonelle vantait tant. Ni sa mère, ni ses tantes ne lui en avaient touché mot. Étrangement, seul le curé dans les Vosges fit allusion lors d’un sermon à un plaisir coupable, sans qu’elle sache à l’époque à quoi correspondait cette satisfaction.

Sa voisine parlait même de jouissance, la seule jouissance qu’elle connaissait était celle des biens, vantée par son mari lors de dîners avec des confrères.


En règle générale, le visiteur repartait une heure ou une heure et demie plus tard, l’air satisfait.

Rien n’indiquait à Euphrasie si Léonelle partageait cette satisfaction ; pourtant lorsqu’elle la croisait dans la rue ou au Bon Marché, elle semblait irradier de bonheur, le teint clair et le port altier, signe s’il en était que cette pratique régulière ne causait pas que des méfaits.


De voir ces allées et venues plongeait de plus en plus Euphrasie dans les tourments décrits par le père abbé. Une lourdeur dans les seins, des tiraillements dans le bas-ventre, et aussi une certaine rêverie que Charles remarquait à peine ; mettant cette langueur sur le compte des éternels problèmes féminins.

Elle faisait d’ailleurs bonne figure auprès de ses amies de la paroisse, bien qu’une question lancinante la taraudait ; les maris de ces dames avaient-ils recours, eux aussi, aux bons services de Léonelle ou d’une de ses consœurs ?



Au bout de quinze jours infernaux, faits de rencontres fortuites dans la rue ou dans des boutiques, de sourires discrets échangés, elle reçut une invitation de Madame Léonelle Mercadier à venir passer un après-midi pour discuter entre voisines. Elle envoya de suite Marie accepter l’invitation.

Les deux femmes s’embrassèrent, déposant un baiser pudique sur la joue de l’autre.



Léonelle fit entendre un petit rire délicat.



Euphrasie ne savait comment formuler sa question. Mais ça ne coûtait rien de se renseigner.



Euphrasie ouvrit de grands yeux, la bouche ouverte en un « oh » muet.



Se pouvait-il que le Père Noricar soit au courant de l’origine de ces fonds !



La douce madame Magne émit un petit gloussement.



Gênée, madame Magne ne savait comment continuer cette conversation. Elle se souvenait de l’attitude du contremaître lors des travaux, cet homme qui avait soulevé sa casquette, se pourrait-il qu’il l’ait prise pour une femme de cette sorte ? Un geste malencontreux et cet homme aurait pu venir chez elle, dans sa chambre, et…



Léonelle observa longuement en silence sa vis-à-vis, au point de la gêner.



Léonelle émit un petit gloussement.



Euphrasie ouvrit et ferma la bouche plusieurs fois de suite, sans émettre aucun son, comme une truite hors de l’eau.



Son hôte se mura dans le silence, l’esprit en pleine confusion. Elle imaginait son frère et madame Mercadier !





~~oOo~~




Euphrasie se mordillait les ongles, geste inhabituel et totalement inconscient, signe de troubles chez la jeune femme. La dernière fois qu’elle s’était rongé les ongles, elle devait avoir dix ans et attendait Saint Nicolas et ses chocolats.


Elle venait de passer une semaine entière à se morfondre, à soupirer, à prétexter un état fébrile pour ne pas rejoindre ses amies à la paroisse.

Le sujet de ses réflexions étant, oser ou ne pas oser se laisser tenter par la tentation. De plus, elle venait d’apprendre par le plus grand des hasards que la bigote madame Louviers avait un amant, un jeune godelureau à peine plus âgé que son propre fils. Elle en fut sur le coup offusquée, mais plus elle songeait à Eugénie Louviers, plus elle lui trouvait des excuses. Son époux, le sénateur, étant un personnage pompeux et suffisant, traitant son entourage comme quantité négligeable. Même son épouse.


La question primordiale étant : « devait-elle reprendre langue avec Léonelle ». Mais ça ne coûtait rien de se renseigner.


C’est une Euphrasie inquiète, tourmentée et peu sûre d’elle qui se rendit chez sa voisine quelques jours plus tard.

Assises dans le jardin d’hiver, elles discutaient des derniers potins tout en dégustant un biscuit et un thé. Puis la timide Euphrasie osa se lancer.



Léonelle prit la main de sa voisine, la tapota et lui dit :



Léonelle sourit discrètement, but une gorgée de thé, réfléchissant à la meilleure façon de satisfaire son amie.



La bouche de l’ingénue s’arrondit de surprise et elle sentit ses joues devenir brûlantes. Elle se souvint alors des recommandations de sa mère et ses tantes sur certaines pratiques contre nature, serait-ce de ces pratiques dont parlait son interlocutrice ?


De retour chez elle, Euphrasie se plongea dans d’intenses réflexions. Léonelle avait instillé la graine du doute.

Elle se revoyait jeune fille, à l’église, devant son frère, promettant fidélité à son mari… même fidélité et obéissance. Et Charles, qui lui, de son côté promettait juste fidélité.

Et elle apprenait par la bouche même de la principale intéressée qu’il avait failli à cette promesse. Combien d’autres fois s’était-il parjuré, à combien d’autres femmes s’était-il frotté.


Elle n’avait eu droit qu’à une triste, douloureuse et lugubre cérémonie lors de son mariage. Elle n’avait droit chaque semaine qu’à une ridicule répétition de cette parade amoureuse.

Pourtant elle n’avait rien à se reprocher, subissant sans broncher les assauts matrimoniaux.

Elle se rendit compte que son mari ne lui demandait jamais son avis, lui imposait souvent ses choix, sorties, spectacles. Elle n’était qu’une jolie potiche qu’il exhibait en société.


Son éducation lui dictait de respecter ses engagements prononcés devant Dieu.

Une petite voix lui susurrait quotidiennement qu’elle ne devait rien à Dieu ni surtout à son mari.

Elle devait aussi admettre que la curiosité la tenaillait, Léonelle avait su éveiller son intérêt, qui tel un diablotin facétieux l’empêchait de dormir ou intervenait lors des saillies imposées par son époux. Il lui rappelait benoîtement aussi ces activités peu conformes à la morale, mais que Léonelle semblait apprécier.

Ça ne coûtait rien de se renseigner.




~~oOo~~




Par une belle matinée de printemps, sitôt Charles parti rejoindre son étude, Euphrasie se débarrassa de sa chemise en pilou pour revêtir un déshabillé couleur chair, obligeamment prêtée par Léonelle. Un bout de tissu chastement fermé par une ceinture, qui s’arrêtait à mi-mollets et qui laissait transparaître ses seins et son buisson dense et sombre.

Elle s’enroula dans une longue cape dont elle rabattit la capuche sur son visage, enfila des bottines, sortit par la porte de service, traversa la rue pour rejoindre la maison d’en face, vérifiant bien que personne ne la remarque



L’épouse du notaire se tordait les doigts, inquiète, se demandant si elle avait pris la bonne décision.

Remarquant son trouble, son amie lui proposa un petit verre de Marie Brizard, histoire de lui dénouer les nerfs. Cette boisson réputée soignait, paraît-il, toute sorte de maux.



Ayant bu son verre cul sec la jeune femme sentit la chaleur gagner tout son corps et lui donner un regain d’assurance. Son hôtesse ne portait point sa tenue habituelle, mais celle d’une personne de maison.



Elles montèrent toutes deux au premier, rejoignant la chambre de Léonelle. Un immense tapis persan recouvrait en partie un parquet de chêne clair.

De lourds rideaux de velours pendaient aux fenêtres, les murs étaient recouverts d’une sorte de papier décoré, représentant des oiseaux et des fleurs. Euphrasie avait entendu perler de cette nouvelle mode de décoration, le papier peint.


Deux portraits en pied représentant Léonelle et un homme âgé faisaient face au grand lit à baldaquin, recouvert d’un édredon rouge. Un lit au matelas épais posé très haut sur le sommier tapissier, sur lequel on pouvait poser les fesses sans presque plier les genoux.

Une armoire monumentale, deux tables de nuit, un large fauteuil en cuir, une grosse commode et une psyché complétaient le mobilier.


Et pourtant il restait de la place dans cette grande pièce, qui pourtant dégageait une sensation de calme et de sérénité, presque d’intimité. Quelques miroirs placés de judicieuse façon permettaient de se mirer de multiple façon.



Après quelques atermoiements de dernières minutes, elle se tourna vers Léonelle.





~~oOo~~




Après avoir dénoué la ceinture de son déshabillé de soie, Euphrasie écarta les lourds rideaux et entrebâilla la fenêtre. Elle avait aussi pris soin de se couvrir le haut du visage d’un loup de même couleur que sa vêture.


Les mains agrippées aux montants de la croisée, elle se raisonnait et essayait de faire bonne figure. Elle apparaissait en public à peine vêtue, certes, mais surtout sans être coiffée. Toute femme bien se devait de porter un chignon. Ses longs cheveux bruns lui tombaient sur la poitrine, cachant en en partie ses seins.

Elle frissonnait à la fois à cause de la légère brise, ainsi que de crainte, mais elle devait se l’avouer, aussi d’excitation. Excitation d’enfreindre un interdit.


Lorsqu’elle se montra, peu de gens circulaient encore dans la rue, juste, quelques artisans qui sifflèrent, appréciant le spectacle, des femmes de chambre et des lavandières se cachaient les yeux et riaient entre elles. Un gros homme rougeaud faillit trébucher en l’apercevant.


Un homme bien mis, bien fait de sa personne, dans la force de l’âge leva les yeux vers elle, souleva son haut-de-forme et s’inclina légèrement vers elle. Il portait une de ces nouvelles vestes à la mode, sombre et un pantalon. Fait étonnant, à part les rouflaquettes le visage ne se paraît d’aucune pilosité. Une fine canne complétait son apparence.

Comme elle avait vu maintes fois pratiquer Léonelle, elle pencha la tête vers son épaule et fit un léger sourire engageant.

L’inconnu reposa son chapeau sur la tête et s’avança d’un bon pas vers la porte d’entrée.


Le cœur battant la chamade, elle entendit le heurtoir frapper la lourde porte, un court échange entre son amie et l’inconnu, puis des pas qui se rapprochaient. Il était trop tard pour se dédire.


Euphrasie réalisa soudain que, pour la première fois, un homme la voyait presque nue. Même Charles ne l’avait jamais examinée ainsi.

Car l’inconnu devant elle la caressait du regard, allant des bas de soie tenus par une jarretière de lin, passant sur sa toison brune et fournie et ses seins lourds. Aucun jupon, aucun corset ne venait entraver la vision de son corps.

Elle se sentait petite face à cet homme.



Totalement déboussolée, la pauvre tentait de maîtriser la situation.



Il saisit la main de la jeune femme, lui baisa les doigts, déposa d’autres baisers sur le poignet, l’avant-bras, tout en se débarrassant de sa redingote.



Cet homme devait posséder plusieurs mains, ou du moins des membres surnuméraires, car il arrivait à lui caresser les bras tout en ôtant gilet, chemise et Lavallière.

Il se défaisait de son pantalon tout en lui embrassant le cou, il lui prenait les lèvres en se débarrassant de son caleçon long.


Jamais Charles n’eût l’idée de lui mettre la langue dans la bouche, les lèvres de l’homme dévoraient les siennes, puis cette idée de lui soupeser les seins en faisant tournoyer le pouce autour et sur les tétons, de les faire rouler entre ses doigts, sa peau se couvrit de chair de poule, elle en vacilla quelque peu.



Allongée et alanguie sur le lit dans un état second, Euphrasie se remettait à peine de ses étonnantes sensations que le dénommé Rodolphe revenait à la charge, saisissant cette fois un téton entre ses lèvres, tout en cajolant l’autre sein.

Une main s’aventura vers son ventre, se faufila à travers la toison, explora des contrées que Charles n’avait jamais daigné visiter autrement qu’avec la verge.


Des sensations étranges la traversaient tandis qu’un doigt inquisiteur s’ingéniait à déployer ses draperies intimes, s’intéressant à toutes les crêtes présentes, se frayant un chemin dans sa grotte sacrée, la rendant moite.

Ses doutes et ses craintes fondaient au rythme des caresses, se liquéfiaient à l’instar de son entrejambe.


À la faveur d’un mouvement, Euphrasie découvrit pour la première fois de sa jeune vie un pénis. Jamais elle n’avait observé celui de son époux. N’ayant pas d’autres points de références, elle ne pouvait juger de sa dimension.


Euphrasie, les fesses au bord du lit, les jambes pendantes dans le vide, laissa le jeune homme, Rodolphe, s’installer entre ses cuisses, et présenter son gland devant le bijou. Elle qui ne connaissait que le missionnaire préconisé par les autorités religieuses, se demandait ce qu’il voulait faire.


Si elle ne pouvait comparer de visu, lorsque l’homme s’introduisit elle manqua une respiration. Les rapports hebdomadaires avec son mari ne l’avaient guère préparée à ça.

Certes les agréables caresses de Rodolphe l’avaient ointe d’une douce liqueur onctueuse – inconnue avec Charles –, mais si elle facilitait l’intromission, la chose n’en pénétrait pas pour autant facilement.

Elle sentit son corps offrir une résistance à cette introduction inattendue. Cela lui distendait les muscles et éveillait en elle des sensations étranges. Son ventre enserrait ce visiteur dans une gaine étroite,



Alors que des frissons commençaient à lui parcourir le corps, que son cœur battait plus vite, Rodolphe poussa un gémissement à fendre l’âme et s’excusa d’une voix pleine de contritions :



La jeune femme alanguie venait d’entrevoir une autre facette des relations hommes/femmes, malheureusement, elle ne l’avait qu’entraperçue.

Elle s’en trouvait fort marri, mais en même temps encline à explorer ce nouvel univers.


Tandis qu’elle reprenait ses esprits, Rodolphe reprenait ses habits. Décemment vêtu, il porta les doigts de la belle à ses lèvres.





~~oOo~~




Léonelle entra dans la pièce alors que son amie reprenait pied dans la réalité.



Elle se rendit au cabinet de toilette pour se rafraîchir et effacer les traces de ce qu’elle considérait comme un agréable forfait.



Euphrasie sursauta soudainement.





~~oOo~~




Rentrée chez elle sans encombre, elle passa la journée à songer aux évènements de la matinée. Elle s’observait souvent dans sa psyché, cherchant un stigmate de son comportement de la matinée, cherchant sans succès une modification de son aspect.

Elle retrouvait la même Euphrasie, discrète, presque effacée. Pourtant à l’intérieur cela bouillonnait telle une de ces machines à vapeur dans une locomotive. Son reflet ne reflétait guère son trouble intérieur.


De retour le soir, Charles trouva son épouse quelque peu pensive, mais il estima qu’il devait s’agir d’un de ces troubles féminins récurrent et bien mystérieux.

Elle sacrifia au rituel du devoir conjugal, tant par obligation que par curiosité, savoir si elle allait retrouver les étranges sensations de la matinée.

Las, elle s’ennuya, désirant que Charles en termine le plus rapidement possible !




~




Le lendemain matin, ses ablutions rapidement effectuées, Euphrasie rejoignit discrètement la maison voisine. Elle veilla toutefois à se vêtir correctement, afin d’éviter tout accident malencontreux. Elle avait simplement omis corset, jupons et autre culotte inutiles. Il ne s’agissait que de quelques mètres dans la rue.


L’accueil de Léonelle fut tout aussi chaleureux que la veille.



Elle se repoudra le nez avant de se mettre à la fenêtre. De nouveau ces étranges frissons qui lui parcouraient le corps, et aussi cette lourdeur dans le bas-ventre et les seins aux tétons érigés.


Euphrasie, le cœur battant, observa la rue qui bruissait déjà de fiacres, de maraîchers qui s’en allaient vendre au marché, de gens de maison qui s’en allaient acheter au marché, de bourgeois qui se hâtaient vers d’obscures activités.


Un homme brun et large d’épaules, à la barbiche discrète, vêtu avec recherche, mais sans ostentation leva les yeux vers la fenêtre, son regard croisa celui d’Euphrasie, ils échangèrent un sourire tandis que l’inconnu saluait en soulevant couvre-chef.


Cette fois encore l’homme se retrouva dans la chambre après avoir toqué discrètement à la porte d’entrée.

Amélie/Euphrasie rougit sous le regard appréciateur de l’homme, qui détaillait ses appas exposés.



Sans plus attendre, il empauma un sein, en titilla le téton et plongea les doigts dans la toison fournie pour y dénicher sa féminité moite et béante. Puis il posa son séant sur le lit, abaissa son pont⁽²⁾ pour libérer sa virilité. Dans le même temps, il faisait s’agenouiller la novice entre ses jambes et l’attirait à lui.

Heureusement Léonelle lui avait fait part de certaines pratiques quelque peu particulières, et lui avait prodigué quelques conseils avisés. Ça ne coûtait rien de se renseigner.


Elle saisit entre le pouce et l’index la base du pénis – qui à l’image de son propriétaire était trapu –, puis posa les lèvres sur le sommet de l’obélisque, comme lorsqu’elle baisait l’anneau épiscopal de son frère lors des célébrations Pascales.

Puis, s’enhardissant, elle en goba le bulbe zinzolin, faisant faire des circonvolutions à sa langue autour de l’appendice.


Se remémorant les conseils de son amie, elle veillait à ne pas laisser traîner les dents. Le dénommé Joseph poussa des grognements d’aise lorsqu’elle engloutit presque en entier son membre, qu’elle entreprit d’y faire quelques allées et venues, veillant à ne pas aller trop loin afin d’éviter quelques hauts-le-cœur disgracieux.


Joseph semblait apprécier la pratique, il glissait ses doigts dans la longue chevelure de la jolie brune et lui massait le cuir chevelu.

Pour garder l’équilibre, Euphrasie posa par inadvertance la main sur les bijoux de famille de son interlocuteur, ce qui provoqua une crispation de ce dernier, qui marmonna nom de Zeus.


La bouche d’Euphrasie reçut une première et importante onction, surprise, elle se recula et hérita du reste sur le visage et la poitrine.



Encore tout abasourdie par ce qui venait de se dérouler, elle se retrouva sans s’en rendre compte assise sur le lit, la tête de Joseph entre ses jambes écartées.



Et de fourrer le nez dans l’épaisse toison. Euphrasie avait vaguement entendu des rumeurs concernant cette activité, elle aussi contre nature. L’éducation dispensée par les religieuses de la congrégation de Notre Dame de Laghousse ne préparait guère à ce genre de fantaisie.

Elle n’allait pas répondre par la négative à ce charmant jeune homme, qui aurait mal prit une rebuffade. Puis elle se trouvait là pour approfondir ses connaissances, autant profiter de l’aubaine. Ça ne coûtait rien.


Joseph écarta de chaque côté des lèvres la pilosité encombrante, ce pour éviter de brouter le paillasson et d’une langue agile explora la vallée de délices, de la porte cochère au bouton d’amour. Elle faillit défaillir de surprise sous les sensations inédites.

Tandis qu’il se faisait défriser la moustache, il écartait les cuisses, entrebâillait les lèvres à l’aide des pouces, faisait vibrer chaque millimètre de ces délicates draperies, aspirait, pourléchait, y faisait tournoyer la langue, déclenchant chaque seconde frissons, gémissements, stupeur et tremblements. Sans oublier la crue de l’amoureux ruisseau.


Après quelques minutes de cette fantastique torture, alors que la malheureuse Euphrasie tenait des propos incohérents en se tortillant sur le lit, imaginant ses seins et tétons durcir et se tendre telles des montgolfières et l’emmener vers les cieux, Joseph inséra un, puis deux doigts dans sa grotte, caressant les parois sensibles, touchant des points qu’elle n’eut jamais imaginer receler. Il accompagna ces caresses par une succion démoniaque sur le bourgeon d’amour.


Elle s’émietta en mille éclats en poussant un cri de délivrance digne d’un des éléphants du Muséum d’Histoire Naturelle. Ce faisant, elle enserrait entre ses cuisses le visage de son bienfaiteur, qui accompagnait sa première ascension vers la jouissance par de savantes succions distillées à bon escient, faisant perdurer encore et encore son premier orgasme et les frémissements qui l’accompagnaient.


La belle alanguie reprenait à peine ses esprits que son tourmenteur épongeait et lissait sa moustache à la manière d’un chat et réajustait ses vêtements.

Il s’approcha d’Euphrasie qui se relevait à peine, encore tout étourdie.



Il déposa un baiser sur la paume de la jeune femme.


L’homme sortit discrètement et aussitôt il fut remplacé par Léonelle qui avait assisté à toute la scène derrière son miroir.



Elle regagna discrètement son domicile, accompagnée de Léonelle. Toute la journée elle conserva un air rêveur, les pommettes roses à chaque fois que quelqu’un lui adressait la parole et craignant à chaque instant que l’on découvre son secret.




~




Le lendemain matin elle reprenait discrètement le chemin qui menait à la demeure de sa voisine, mais également celui qui menait au plaisir.

Elle fut accueillie avec empressement par madame Mercadier, qui ne s’estimerait satisfaite que lorsque son amie aurait découvert tous les arcanes de la jouissance.


Désireuse de connaître d’autres pratiques, Euphrasie se mit rapidement en tenue, et le cœur battant se posta à la fenêtre. Elle ne craignait point d’être reconnue, car elle avait encore revêtu un loup, cette fois gris.



Cette fois encore elle repéra quelques agréables spécimens, l’un d’eux la salua galamment, chapeau levé assortit d’une légère révérence.

Une fois encore l’homme vint saisir le heurtoir et fut aussitôt invité à pénétrer dans le vestibule.


Amélie/Euphrasie alla l’attendre près du petit bureau, là où la lumière mettait le mieux en valeur sa silhouette et son teint.

De ce fait, elle ne vit pas Germain, le major d’homme de son époux sortir de chez elle, en hélant un fiacre.




++





Elle lui offrit une tasse de café que Léonelle avait préparé et installé sur la table basse.



Un énorme fauteuil tout de cuir et de bois, large et profond, sur lequel il la fit s’agenouiller. Accoudée sur le dossier elle faisait face au miroir, et derrière ce dernier Léonelle qui se rinçait l’œil.

Dans ce même miroir, elle vit Edmond jeter sur le lit sa veste, dénouer sa cravate, ôter son pantalon et se tenir derrière elle, la virilité fièrement dressée.


Il lui fit écarter les genoux encore plus, passa un doigt sur les lèvres offertes, tirant un gloussement de la belle. Il malaxa les seins opulents, pinçant les tétons, embrassa la nuque, agrippa les hanches et planta son soc au plus profond de la motte. Motte déjà bien humidifiée d’anticipation.


Euphrasie poussa un gémissement de surprise tandis qu’il claquait son bas-ventre contre ses fesses. Il ressortit entièrement son dard pour le replanter derechef. Puis réitérer l’opération en variant le rythme, tantôt voluptueux, câlin, tantôt impétueux, volontaire.

Elle sentait monter en elle une chaleur bienfaisante, de plaisantes ondes lui parcouraient le ventre, ses seins devenaient lourds et les tétons s’érigeaient de plus belle.

Un étonnant étourdissement lui faisait tourner la tête et pousser des gémissements et ahanements de plus en plus bruyants.




++




Un carrosse s’arrêta brutalement devant l’hôtel particulier de Léonelle, Charles Magne en sortit accompagné de Germain. L’un fulminait, l’autre souriait d’un air chafouin.

Maître Magne frappa violemment la porte du pommeau de sa canne, une soubrette vint ouvrir, la malheureuse se fit bousculer, le notaire se précipita dans l’escalier face à lui tandis que son majordome maîtrisait la domestique.


L’altercation attira Léonelle qui intercepta le cocu et le poussa dans le cabinet de curiosité tandis que l’on entendait son épouse pousser des cris de délivrance.



Elle secouait sa longue crinière en poussant des ouiouioui et des hahaha tonitruants.



Ce faisant elle lui caressait l’entrejambe.



Elle lui délogea habilement l’objet tandis qu’il répétait en boucle :



Le pauvre notaire regardait son épouse nue lui faire face alors qu’elle subissait un ramonage en règle de son conduit. Les yeux révulsés, elle poussait grognements et gémissements tout en plantant ses ongles dans le cuir du fauteuil. Il lui semblait qu’elle lui rendait son regard.

Elle lança un grand cri tout en se cambrant pour s’empaler au plus loin sur l’instrument qui la pénétrait. Charles devina que l’inconnu se libérait dans les entrailles de son épouse, aussi l’esprit plein de confusion, il s’épancha lui aussi dans la bouche accueillante de Léonelle.



Quelques instants plus tard, Euphrasie entrait, suivie de son bienfaiteur, aussi nus l’un que l’autre.



Le susnommé Edmond n’avait pas éternué dans les broussailles.



Léonelle narra alors les évènements.





++




Le médecin de famille, le Dr Lucien Assamémaire fut appelé de toute urgence au 17 rue Magellan par Germain, le majordome, qui se scarifiait mentalement, se rendant responsable de ces malheurs, s’il n’avait point été quérir le notaire à son étude, rien ne serait arrivé.

Pour des raisons de morale et d’honneur, il fut convenu de celer les circonstances et le lieu de l’accident.


Charles séjourna quelque temps à l’Hôtel Dieu, d’où on le renvoya chez lui. Son état ne pouvait s’améliorer, aussi était-il plus humain de le laisser vivre dans un environnement familier et aimant.

Euphrasie reçut aussi le soutien de sa belle-sœur et de ses frères, l’évêque vint même prier avec elle pour le prompt rétablissement de Charles. Prières, qui, il fallut bien l’avouer, ne donnèrent pas grand-chose comme résultats.


Il passait ses journées dans un fauteuil garni de roulettes, à regarder par la fenêtre, à émettre balbutiements et borborygmes, le visage en partie inerte, un filet de bave s’échappant de ses lèvres.


En femme avisée, fille d’industriel et cultivée, Euphrasie administra les biens de son mari de façon très sérieuse, faisant prospérer l’étude de notaire en en confiant la gérance au premier clerc. Son mari avait aussi des biens immobiliers à Paris et en Lorraine, biens qu’elle fit fructifier.

Contre l’avis de ses banquiers, elle investit dans un tout nouveau moyen de transport, le chemin de fer, que nombre de savants critiquaient. Elle s’intéressa aussi à un projet initié par monsieur Ferdinand de Lesseps, un projet pharaonique.


Au terme de quelques mois de pénitence et d’abstinence, Euphrasie fit renaître madame Amélie, cette fois de chez elle, au grand dam de ses amies et connaissances

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Mais elle n’en avait que faire des commérages et autres rumeurs. Elle faisait porter une bourse au père Noricar en guise de pénitence, après chaque entorse à la morale. Le brave religieux fermait les yeux sur ces incartades, lui-même ayant parfois recours aux services de madame Léonelle.


Les deux femmes, proches amies, se laissèrent tenter par une toute nouvelle invention, la photographie. Elles posèrent vêtues de leurs plus beaux atours, Euphrasie en compagnie de son mari, mais elles posèrent aussi toutes deux ensemble, dans des tenues plus étonnantes, ou parfois pas de tenues du tout, comme des imitations de tableaux de Botticelli, ou encore telles Gabrielle d’Estrée en compagnie de sa sœur.

Elle fit aussi connaissance avec la Monte à Rebours, qui lui était totalement inconnue jusqu’alors. Mais comme elle répétait souvent, ça ne coûte rien d’essayer.


Mais la plus grande fierté de la jeune femme fut de recevoir, un soir, la visite un peu gênée de maître Trouville, l’avocat. Ce dernier désirait qu’Euphrasie déniaisât Lucien, leur fils aîné, un grand dadais de vingt ans, très timide et peu à l’aise avec la gent féminine.


Eugène Trouville ne voulait pas que cela fût fait par une vulgaire professionnelle, mais par une dame de la bonne société. Elle se plut à se savoir de nouveau incluse dans la bonne société.

Elle donna aussi quelques conseils à des jeunes filles en âge de prendre époux, afin que ceux-ci n’aillent point chercher ailleurs d’autres satisfactions.

Elle venait d’inventer le conseiller charnel.


Euphrasie songeait à tout cela, en cette belle matinée du 15 mai 1853. Que de chemin parcouru en une année. Appuyée au montant de la fenêtre, vêtue en tout et pour tout d’une nuisette noire, elle fit un petit signe et un sourire à sa voisine d’en face, son amie Léonelle Mercadier, qui prenait elle aussi le frais, dans la même tenue, à sa fenêtre.

Dans la rue, deux jeunes hommes observaient les deux femmes, les saluèrent, et se séparèrent, chacun ayant choisi, l’un la brune, l’autre la blonde.





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Note 1 – Kouros : statue grecque archaïque représentant un homme nu. Retour

Note 2 – pont : Ancêtre de la braguette, apparu au XVIIIe siècle qui perdura jusqu’au début du XXe siècle. Retour